- Mélina
La première fois que j'ai rencontré Aurélien Francisco, c'était sur un chantier. Il était en train de poser des étoiles à la feuille d’or pour orner la coupole d'un projet art déco. Ça m'a rappelé les étoiles phosphorescentes qu'on avait au-dessus de notre lit avec ma sœur quand on était petite, et je me suis dit que c'était quand même vachement cool de faire ça comme métier.
- Aurélien
Peintre en décor, c'est un métier d'art, c'est artisanat d'art. C'est le métier qui est un peu à la frontière entre le monde de l'art d'intérieur et le monde du bâtiment. C'est-à-dire que ça répond à des logistiques de bâtiment, puisque ça fait partie de cet univers. Mais on apprend, on doit avoir un certain niveau artistique, un sens de la couleur, un sens des harmonies, un sens de l'ornement, toutes ces choses-là, et avoir un peu de culture aussi générale, des styles, etc. Et donc l e peintre en décor, historiquement, c'est celui qui va faire les imitations de matière et les moulures, c'est-à-dire les faux bois, les faux marbre qu'on peut trouver à l'Assemblée Nationale, dans des châteaux, Versailles, etc. Et aujourd'hui, il a beaucoup évolué vers beaucoup d'autres choses, des dégradés de couleurs, des patines décoratives, des effets de matière. Mais à la base, le peintre en décor, c'est celui qui va faire les imitations de matière, faux bois, faux marbre et fausses pierres, tous les dérivés.
- Carla
Aujourd’hui, Mélina et Emma partent à la rencontre d’Aurélien et d’Alexandra, fondateur et fondatrice de l’Atelier Francisco aux côtés d’Olivier et Cédric, les deux autres associés qui complètent le quatuor. Pour ce premier épisode de Térébenthine, l’Atelier Francisco nous ouvre ses portes et nous emmène dans les coulisses de la peinture décorative, un savoir-faire traditionnel à la croisée de l’art et de l’artisanat.
- Mélina
On vous emmène donc à la Chapelle-la-Reine, un petit village parmi les villages au nom médiévaux. À l'orée de la forêt de Fontainebleau. Arrivé 8h54 à Gare de Lyon. 9h16, le train démarre. Et c'est Carla ligne R qu'on arrive à la minuscule gare de Bourron-Marlotte, où nous attend Alexandra. Quelques minutes de voiture entre les champs de blé doré, avec une playlist qui sent bon les vacances. Et ça y est, on y est. Juste à côté d'une bâtisse en pierre blanche avec ses six volets bleu clair, c'est accompagné par le chant des oiseaux qu'on a poussé la porte de l'Atelier Francisco.
- Emma
Bonjour ! Bienvenue dans ce podcast Térébenthine ! On est à Bourg la Marlotte
- Aurélien
C'est La Chapelle-la-Reine...
- Emma
Bonjour !
- Aurélien
C'est La Chapelle-la-Reine... Bonjour, bienvenue. Réunis Atelier Francisco, bienvenue à Atelier Francisco. Je t'invite à rentrer. On est une petite équipe de quatre, puis après on a beaucoup de gens qui bossent avec nous. Donc ici on a une partie bureau, une partie atelier, une partie un peu exposition de nos échantillons, et puis une partie de préparation du matériel, etc.
- Carla
Ancien cabinet de dentiste, Atelier Francisco a tout d'un petit appartement. En entrant à gauche, la salle de réunion, où sont exposés tous les échantillons, faux marbre, faux bois, imitations de métal, de béton, d'ivoire, un espace très agréable qui donne sur le jardin. À droite, le labo, véritable caverne Ali Baba. Pinceaux, blaireau, brosses, peintures et enduit y sont sagement rangés, prêts à partir en expédition sur le chantier. Enfin, au fond, la salle de travail, toujours éclairée par la lampe à bras du dentiste. Au mur, les croquis et les fiches recettent des projets en cours. Oiseaux colorés, motifs végétaux et imitations de matière recouvrent le panneau de liège qui court sur tout le mur latéral. Et au centre de la pièce, une grande table blanche où les attendent café et meilleurs pains au chocolat des environs. S'est installées dans un canapé en laine bouclée vert kaki que Mélina et Emma leur ont demandé quelle place occupait la peinture dans leur enfance.
- Alexandra
Moi, je peignais beaucoup, je dessinais beaucoup. Donc c'est vrai que ça a toujours été là. J'ai toujours aimé dessiner, j'ai toujours aimé les arts plastiques. Et d'ailleurs, en école d'architecture, on me disait que j'étais plus plasticienne parce que je m'égarais toujours un petit peu. J'allais toujours un peu trop loin dans mes délires artistiques. Mais c'est vrai qu'il me manquait avec l'architecture ce côté manuel. la matière. Et en fait, j'avais connu ce métier pendant mon enfance. J'avais vu des peintres qui étaient venus refaire les portes d'entrée des appartements de mon immeuble en faux bois. Et j'avais toujours gardé cette image, ce souvenir. Et plus tard, quand j'ai compris ce que c'était, ça m'a intéressée. Et en tant qu'architecte d'intérieur, je trouve que des fois, on manque un petit peu de connaissances. sur justement la peinture, les matériaux utilisés, etc. D'abord, je suis allée à la rencontre de ce métier pour parfaire un petit peu mes connaissances. Et puis finalement, je me suis rendue compte que c'était beaucoup plus ma personnalité, en fait.
- Aurélien
Moi, j'ai toujours, pour la petite anecdote, gamin, depuis que j'avais 3 ans, je disais à ma mère, je serai un joueur artiste peintre. Puis ensuite, on devient enfant, on veut être, je ne sais pas, tout un tas d'autres métiers. Au final, je suis quand même finalement redevenu peintre. Enfin, devenu peintre. Mais c'est stage en troisième, j'avais pas envie de faire des longues études, ça ne m'intéressait pas plus que ça, pas que j'étais mauvais à l'école, mais j'avais envie d'être debout, j'avais envie de bouger, j'avais envie de faire des choses, donc je suis parti en bac professionnel peinture en bâtiment à la suite d'un stage en troisième, stage en troisième dans une entreprise de peinture bâtiment, et j'avais tout de suite vu le potentiel, j'ai dit tiens, ça peut être intéressant et tout, donc je suis parti en bac pro là-dedans, et première année de bac pro à la suite du concours des Meilleurs Apprentis de France, on m'avait offert un livre, première ou deuxième année, qui était un livre de peinture décorative, et c'était mon premier... La première fois que je m'étais confronté à ça, j'avais adoré. J'avais dit ok, je vais faire peintre en bâtiment, puis je vais aller vers ça petit à petit. Mais j'ai toujours aimé la peinture, le dessin...
- Mélina
Et comment tu te dis, genre quand t'as 14-15 ans, que t'as envie d'avoir un livre en peinture décorative ? En fait, je pense qu'il y a plein de gens qui ne connaissent pas ce métier. C'est un peu niche, en tout cas c'est ni vraiment peintre en bâtiment, ni artiste peintre comment t'es venu cet attrait ? C'est vraiment toi tu t'es documenté tout seul ou t'as rencontré quelqu'un ?
- Aurélien
Déjà que le métier d'origine, comme on fait des imitations etc, c'est un métier qui est censé ne pas être vu, s'il est vu c'est qu'il est mal fait. J' exagère un peu mais on était à la base des métiers de l'ombre, on accompagnait les décors. Aujourd'hui non c'est un peu différent. O n est plus visible. Après le livre m'a beaucoup aidé après il y a beaucoup de curiosité, j'aime énormément l'histoire j'aime beaucoup les monuments, j'ai fait beaucoup de visites de châteaux quand j'étais enfant avec ma mère. Notamment Fontainebleau, on n'est pas loin de Fontainebleau, mais ça a contribué beaucoup à ce qui a pu enrichir mon imaginaire. Mais j'ai toujours aimé tout cet univers là, donc après, une fois qu'on découvre qu'il y avait des peintres dans cet univers là, on dit, ok, c'est génial, il faut y aller.
- Mélina
Et toi du coup, Alexandra, tu as rencontré dans ton évolution professionnelle Aurélien, vous vous êtes dit, voilà, on va s'associer. C'est quoi toi qui t'attires, si c'est peut-être moins le côté patrimonial ?
- Alexandra
En fait, au moment j'ai voulu me reconvertir. Je me suis beaucoup... Je connaissais déjà le métier de peintre en décor, mais j'étais aussi intéressée par tout ce qui est conservation du patrimoine, de décor, de la main des anciens, qu'on a envie aussi de garder et de faire perdurer. Et en fait, je me suis renseignée auprès de plusieurs personnes, dont un restaurateur du patrimoine, qui m'a appris pas mal de choses et avec qui j'ai travaillé pendant un an avant de faire ma formation en fait en peinture décorative. Et c'est vrai que moi ça, ça me plaît beaucoup parce qu'il y a un côté, l'ego s'efface en fait. On est vraiment là juste pour le décor, pour l'histoire. Et je trouve ça très intéressant parce que c'est vrai que quand on est dans des décors... plus contemporains, c 'est vrai que là, on peut partir... on parle souvent de la frontière entre l'artisanat et l'artistique, on peut partir dans des choses un peu plus artistiques. Et là, pour le coup, on est vraiment dans de l'artisanat parce qu'on doit reproduire une main qui n'est pas la nôtre. Et il y a ce côté recherche, en fait, moi, que je trouve très intéressant aussi dans ce métier et qui m'a plu au départ, qui m'a amenée vers ce métier au départ.
- Mélina
Par la recherche un peu technique et...
- Alexandra
En fait déjà l'observation, c'est beaucoup d'observation. Comprendre qu'est-ce qu'on voit, qu'est-ce que c'est comme matière quelles sont les étapes qui ont permis de créer ce décor et puis c'est intéressant quand on va dans les églises on arrive, quand on a un peu plus d'expérience, à voir qui a peint quoi parce qu'il y avait souvent le maître et le stagiaire. Et on arrive à voir quelle main a fait quel faux marbre, quel bois. Et c'est ça qui est intéressant. Il y a un côté recherche, je trouve, dans ce métier, et d'observation surtout, qui est très enrichissant.
- Emma
J'avais visité l'Opéra de Versailles. En fait, ils nous avaient expliqué que pour des questions d'acoustique, ils avaient fait des faux marbre ou des faux bois. Qu'est-ce qui fait que dans des bâtiments, on se dit « Ah, ce serait peut-être mieux de faire du faux que du vrai » .
- Aurélien
Il y a plusieurs raisons. Dans l'imititation de matière, il y a la raison technique. Des fois, il y a des formes qui sont trop complexes ou des éléments très en hauteur qui feraient énormément de poids en vraie matière. Donc on passe en décor parce que plus léger, plus simple. Il y a des raisons écologiques, il y a des matières qu'on n'a plus le droit d'exploiter, il y a des carrières qui sont protégées, on a des matières comme l'ivoire, comme l'écaille de tortue, etc., qui ont un graphisme... Très enrichissant pour le monde de la décoration mais qu'on ne peut plus exploiter donc ça on passe en décoration. En l'occurrence pour l'acoustique j'avais jamais entendu ça mais c'est intéressant. Et ça c'est déjà à l'époque c'était déjà le cas puisque dans les cheminées de châteaux souvent on raccordait les plaintes en faux à l'époque parce que c'était plus simple. Mais ça peut être de tout, ça peut être technique ou écologique ou pratique...
- Alexandra
Là c'est la salle de conception et d'inspiration aussi. On a souvent, en permanence, un mood board avec des inspirations, des maquettes de chantiers en cours, des croquis. Et c'est aussi une salle de réunion où on vient choisir un petit peu les matériaux qu'on doit présenter aux clients, architectes, particuliers. Ça, c'est un décor qui a été réalisé sur de la dorure, dans une salle à manger dans un appartement. On l'a réalisé dans deux niches qui ont été d'abord dorées et ensuite on a peint ce décor. Alors là en l'occurrence il y a eu plusieurs propositions, je crois que c'était celle-ci qui a été retenue. Donc il y a d'abord des croquis préparatoires qu'on va montrer au client pour voir si on est dans la bonne direction. Et puis ensuite on travaille un peu plus dans le détail où là on crée des poncifs...
- Carla
Faux marbre, faux bois, Aurélien et Alexandra nous ont fait voyager parmi les matières. Mais leur métier ne s'arrête pas à l'imitation. Ils imaginent aussi leur propre décor, dessinent des motifs, peignent des fresque. On a alors voulu savoir quelles étaient les autres facettes du métier de peintre en décor.
- Alexandra
Il y a une facette plus contemporaine, comme ce que tu disais, c'est-à-dire qu'en fait, on reste quand même des artisans. Donc on répond souvent à une commande, notamment souvent des architectes ou parfois particuliers, Et là, il y a deux possibilités où les gens arrivent avec une idée en tête bien précise. Et là, nous, notre rôle, c'est de la mettre en œuvre, de répondre à un budget aussi, de trouver des techniques pour répondre au mieux à la commande et à la vision du client. Parfois, on peut venir enrichir aussi cette demande. Et puis, des fois, on a des choses plus créatives. On nous donne une image d'inspiration avec une idée de graphisme ou de décor qu'on aime bien. Et là, nous, on doit créer un décor original en se basant sur les contraintes techniques du lieu, les contraintes de budget.
- Mélina
Est-ce que ça vous plaît autant le côté reproduction ultra réaliste de matériaux existants ou le côté plus créatif ?
- Aurélien
Franchement, c'est l'ensemble des deux qui marche bien, qui nous plaît aujourd'hui dans les métiers qu'on exerce tous les jours, c'est qu'on n'a vraiment pas un chantier qui se ressemble. Chaque nouveau chantier, c'est un renouvellement pour nouveau, etc. Et ça, c'est hyper intéressant. A savoir que parfois, on enrichit notre base puisqu'il y a des architectes qui nous proposent des choses qu'on n'avait pas encore faites. Donc nous, on va réfléchir, comme a dit Alexandra juste avant. Puis il y a aussi des fois, quand on a des temps libres d'activité, où on va être dans une démarche de laboratoire, on va expérimenter des choses, etc., qu'ensuite, on peut proposer. Et du coup, là, c'est, on va dire, l'effet inverse. Et là, on va proposer des choses qu'on aurait... inventé, des matières qu'on aurait inventées, pas en imitation de matière, mais des jeux de patine, des dégradés, des couleurs, des effets, des choses comme ça qui ensuite vont pouvoir, à l'inverse, enrichir un... un référentiel de déco pour des architectes, pour des décorateurs, etc. Donc il y a un peu ces deux côtés-là. Et cette phase de laboratoire, elle est hyper aussi intéressante pour nous parce qu'on s'amuse, je pense, je trouve. Puis on passe du temps à ça et c'est comme ça aussi qu'on découvre des trucs.
- Mélina
C'est toute la phase de l'expérimentation, le carnet de croquis du peintre ou du dessinateur. En fait, vous avez un labo à taille réelle.
- Aurélien
Oui, puis il y a ce petit truc aussi quand on se balade dans la rue ou quand on voit des trucs, on se dit, tiens, regarde, t'as vu ce truc là, prends-le en photo, machin. Jouant à des trucs un peu... rigolo là-dedans. Un peu de chasseur Pokémon, j'exagère, mais un peu de... Moi, pour ma part, c'est par exemple les faux marbre. Dès que je vois un faux marbre, je me dis que celui-là est beau, il a une belle forme, je prends en photo. J'ai un peu mon Pokédex de faux marbre. Mais quand on est en déplacement ou même, peu importe, des fois on voit des matières, on dit, tiens, t'as vu, c'est sympa et tout, qu'on le fasse. Ou dans un catalogue. Il y a toujours un peu cette veille artistique, mais cette veille un peu de ce regard qu'on est toujours obligé de parfaire avec tout ce qu'on observe, ce qui est hyper intéressant.
- Alexandra
On a tous les deux une grosse bibliothèque. d'images dans notre téléphone. Lui, en général, c'est plus les faux marbre, les matières plus classiques et moi, en général, un peu plus les fresque. Des fois, les gens nous regardent bizarrement parce qu'on est dans la rue et on s'accroupit sur une plainte, on fait un zoom, on prend une photo, les gens se demandent ce qu'on fait. Mais du coup, ça permet d'avoir un imaginaire, une banque d'images qu'on a dans la tête. Et c'est vrai que des fois, quand on est en laboratoire, justement comme ça, à l'atelier... On se dit tiens, on va faire une série d'échantillons sur cette matière qui nous fait penser à... Des fois, une matière peut faire penser à un paysage. Et puis souvent, on fait des séries d'échantillons. Des fois, il y a des échecs, il y a des choses qui nous plaisent pas du tout. Puis des fois, un échec permet de rebondir sur un graphisme, une matière auquel on n'avait pas pensé. Et puis, c'est assez excitant des fois de se dire qu'on peut rebondir comme ça à l'infini. En fait, ça s'arrête jamais.
- Mélina
Ou que vous faites peut-être un test qui, là, ne rentre pas dans tel projet, mais en fait, après, il va y avoir un autre client et ça va totalement se retrouver dans la nouvelle commande.
- Aurélien
C'est comme on a une bonne bibliothèque d'échantillons. Des fois, il y a des trucs qu'on l'a fait, on l'a bien aimé, puis on l'a laissé. Puis un an après, il va ressortir ou des choses comme ça. Et puis, pour rebondir sur ça, sur cette partie un peu excitante, c'est qu'on forme un bon duo, on se comprend pas mal. Et quand on est en phase laboratoire, des fois, on a des espèces de ping-pong créatifs et on arrive en très peu de mois à comprendre là où on veut aller. Et ça, je trouve, même en préparation de projet, c'est hyper amusant. Des fois derrière les plus beaux échantillons qu'on a, il y a un bel échec qu'on a recouvert on pensait à l'idée du siècle et on dit, oulala il est affreux comme tout on repeint l'échantillon et là on a un super échantillon et celui-là en fait souvent, parmi les plus beaux qu'on avait fait à l'époque il y avait derrière souvent un échec il ne faut pas oublier mais bon
- Alexandra
Est-ce que vous êtes complémentaire dans le sens où vous complétez dans vos ce que vous savez bien faire ou vous êtes à peu près tous les deux fort techniquement Complètement complémentaire Merci.
- Aurélien
c'est presque mystique des fois la complémentarité mais j'exagère il y a un peu de hyper complémentaire sur quasiment tout c'est pour ça que je trouve que notre duo marche bien moi en fait quand j'ai rencontré Aurélien je suis venue en tant que stagiaire donc
- Alexandra
il venait il commençait à ce moment là d'ailleurs la peinture décorative et moi je suis arrivée j'ai fait un stage de 3 semaines avec lui dans un château Bon alors j'ai fait des filets pendant trois semaines, c'était très formateur.
- Mélina
Des filets ?
- Alexandra
Des filets oui, c'est des lignes de peinture, voilà, que des lignes de peinture. Ça entraîne le trait. Ça entraîne le trait, voilà. C'est ça, moi qui ne suis pas patiente, c'est compliqué. Mais en fait, tout de suite, il y a quand même une connexion, c'est-à-dire que déjà on partage les mêmes valeurs. Pour nous, c'est important dans notre travail aussi de créer des valeurs et de partager nos valeurs aussi avec les gens qui travaillent. Et puis après, on avait aussi... Moi, je viens d'un milieu plus artistique et lui, plus technique en fait. Donc tout de suite, il y avait cette complémentarité entre le technique et l'artistique ou le côté plus contemporain, moderne, qui tout de suite a matché. et en fait on a commencer à réfléchir à des choses déjà à ce moment là et je pense que tous les deux on savait que ça allait pas se terminer au stage et très vite on voilà on savait qu'on allait travailler ensemble on savait pas encore à ce moment là qu'on allait former l'atelier mais Tu l'as ressenti comme ça ou pour toi c'était une stagiaire parmi d'autres ?
- Aurélien
C'est la seule stagiaire avec qui j'écris une boîte. Non, on s'est bien marré au premier stage, je vais être honnête. humainement c'était vachement bien et puis après professionnellement comme elle l'a dit Alexandra ça a matché tout de suite sur quasiment tous les sujets donc la petite anecdote on est quatre associés en fait, ça a été aussi sous l'impulsion d'Olivier et Cédric qui ont enrichi aussi toute cette aventure énormément, qu'ils le font encore aujourd'hui et j'étais pas en fait parti à Dubaï à la même époque où j'avais rencontré Alexandra parce que je voulais monter déjà une affaire avec Cédric Olivier et j'avais créé un petit book avec ce que moi je savais faire et je me souviens un peu de cette Quand je suis parti à Dubaï, on m'avait reçu en me disant, parce qu'on était partis voir plusieurs interlocuteurs, ils m'avaient dit « Oulala, mais ça c'est vieillot un peu, c'est pas très beau » . Et on m'avait un peu claqué la porte au nez. Et c'est la première fois où je me Fontainebleau à « Ouais ici c'était cool » . Et là-bas, on m'avait dit « Non, c'est pas beau, on connaît par cœur » . Et Alexandra, en rentrant, m'avait dit « Bah oui, c'est clair » . Et ça m'avait bien fait marrer. Et donc en fait, on avait... beaucoup travaillé ensemble parce qu'elle était en freelance après sa formation. Donc, je l'avais fait venir sur beaucoup de mes chantiers à l'époque. C'est comme ça d'ailleurs que le duo professionnel en dehors du stage s'est créé. Et en fait, on avait beaucoup discuté, mon retour de Dubaï, un petit peu, ça c'est mieux, ça c'est plus joli, ceci cela, etc. Et j'avais commencé à voir un petit peu comment on pouvait fusionner un peu tout ça pour créer des choses un peu différentes. Moi, me sortir de ma zone de confort, etc. Et puis petit à petit, moi j'avais dit Olivier Cédric, on est en train de former un duo, nous Alexandra, donc je leur ai présenté, et puis en fait, on a finalement formé une super équipe à quatre.
- Alexandra
Alors un poncif, je ne sais pas si on voit bien, en fait c'est un motif qu'on reproduit sur un calque. Ensuite on vient faire des petits trous et ça nous permet de pouvoir ensuite déposer le calque sur le support, sur le mur par exemple. Ensuite on vient avec du pigment frotter le calque et donc partout où il y a des trous, le pigment va venir se déposer sur le mur. Ça nous permet de pouvoir avoir une trame et ensuite de venir peindre sur notre motif.
- Carla
Lieux publics, boutiques, restaurants, maisons de particuliers, châteaux. Aurélien et Alexandra nous ont raconté la diversité des lieux où ils exercent leur métier. Et ils ne s'arrêtent pas aux murs puisqu'ils peignent aussi sur du mobilier. On leur a alors demandé de nous parler d'un projet qu'ils avaient particulièrement aimé réaliser.
- Aurélien
Moi, le technicien, on va dire, passionné du groupe, on a fait un manoir dans le Sussex. Un vieux manoir où on a fait tout un décor en trompe-l’œil qui était un cabinet de curiosité. qui était techniquement très très intéressant des faux bois, des faux objets des trompe-l’œil, de mouluration de perspective etc, ça techniquement pour moi il était absolument passionnant, d'autant plus que le lieu était magique il y avait tout en volume j'imagine une fausse bibliothèque les murs étaient plats et on devait créer une pièce complète avec des étagères donc une perspective techniquement il était hyper abouti, c'était pas le plus beau de nos projets Enfin, le plus visuellement... Mais par contre, techniquement, pour moi, ça a été un régal. Parmi les projets, en tout cas...
- Mélina
Et comment tu... Par exemple, du coup, j'imagine, donc là, mettons, par exemple, tu as une pièce, tu as quatre murs à faire. Comment tu... dessines Ali Baba en plus petit ? Tu fais un croquis ? Comment tu crées toutes tes perspectives et tout ? Est-ce que vous faites une petite esquisse et après vous le reproduisez à grande échelle ?
- Aurélien
Oui, ça pour le coup c'est Alexandra qui a beaucoup, parce qu'avec ses compétences d'architecte, ça nous avait beaucoup aidé sur ce projet, sur la perspective, tout ça. qui avait dessiné toutes les élévations qu'ensuite on a mis en relief, mais qu'on a fait valider aussi par le déco, le choix des objets. Il y avait toute une recherche des objets, des trucs, de ce que le client voulait, ne voulait pas, les inspirations aussi qui devaient contribuer par rapport au lieu. Il y avait tout un tas de trucs. Et tout a été dessiné à l'échelle, en élévation, qu'ensuite on a reproduit. On est parti prendre les mesures là-bas, parce qu'on a fait ça sur toile et ensuite on est parti maroufler. Donc c'était un projet techniquement, pour moi, qui m'a bien marqué.
- Alexandra
Pour tout ce qui est fresque et ce genre de projet, il y a un gros travail de conception en amont, de travail d'atelier où on va étudier, il faut savoir lire des plans. C'est vrai qu'on fait beaucoup de plans d'élévation pour créer des maquettes à échelle réduite parce que nous, ça nous permet déjà de réfléchir en dessinant. Et puis ça nous permet aussi de voir à petite échelle les contraintes qu'on a déjà en dessinant, ce que ça pourrait donner après à grande échelle sur un mur. Donc en fait ça nous permet de gagner du temps sur les chantiers parce que le projet est déjà de manière miniature validé en fait. Donc après il y a juste à le reproduire et on sait déjà les points de vigilance à avoir. Donc ça fait gagner beaucoup de temps sur les chantiers. Puis ça permet aussi de rassurer les clients parce qu'en amont, ils ont validé un décor et après, ils nous laissent.
- Mélina
Donc en fait, finalement, la création-conception, c'est vraiment en échelle réduite. Et après, c'est l'exécution, ça déroule sur place.
- Alexandra
Alors des fois, ça dépend quand on a des décors où on est plus dans des patine, des effets de couleurs, etc. Là, ça nous arrive de travailler directement sur les murs. Je pensais au projet qui m'avait plu. C'est cet appartement, notre premier gros projet déco. Et là, en fait, il n'y avait pas un centimètre carré qui n'était pas peint et qui n'était pas avec du décor. Et donc là, c'est ça aussi, encore une fois, que j'aime bien, c'est qu'il y a eu tout un travail de recherche sur place. On faisait directement sur place des essais sur les murs, le client était là, il y avait vraiment un échange, l'architecte était là. Je trouve que c'est encore plus enrichissant ce travail en amont de conception, parce qu'après le décor on le connaît, au final il est fait et puis on le reproduit sur un mur. Mais toute cette phase en amont, moi je trouve que c'est super intéressant et quand c'est sur place comme ça, il y a une espèce d'adrénaline. On dit qu'il faut sortir l'échantillon, il faut le faire valider et des fois c'est pas forcément simple.
- Aurélien
Surtout que des fois on a des briefs qui sont un peu... Il faut interpréter des fois les dires du client, parfois aussi de l'architecte, donc c'est marrant. Pour revenir sur cet appartement qui était presque 8000 m² de patine, enfin j'exagère mais voilà, avec chaque univers dans chaque pièce, et je me souviens d'avoir une des pièces où la couleur c'était... d'une émission, un arrière-plan d'une émission que le client nous avait donné, c'est ce bleu-là que je veux par exemple. On a fait une quinzaine de nuanciers pour trouver le bleu de l'émission, du truc qui avait marqué. Des fois, on a des briefs qui sont des fractions d'une émotion d'un client. Moi, j'ai ressenti ça quelque part ou j'ai vu ça. Des fois, c'est des trucs très... Quand on parle d'imitation de faux marbre, ça c'est très classique, on reproduit machin, mais sur des fois, des sensations, là, il y a une recherche qui est assez drôle. Pour une autre pièce, c'était le soir je vais être dans un univers et la journée je vais être dans un autre univers, mais ça ne change pas la couleur de la pâte. Et ça c'est une émotion, donc retranscrire ça dans des patine ou des choses comme ça, c'est hyper intéressant.
- Mélina
Et comment tu recrées un bleu en particulier ? Tu parlais de peinture à l'eau du coup, c'est quoi c'est de l'acrylique ?
- Aurélien
Oui il y a de l'acrylique, on peut utiliser de la gouache, ça peut arriver, c'est surtout de l'acrylique.
- Mélina
Et donc comment vous préparez vos couleurs ? C'est des mélanges de peinture liquide ? Ou il y a des solvants, il y a des pigments que vous rajoutez ?
- Aurélien
Bah, disons, on a des bases de... de la peinture décorative de la peinture décorative ah c'est passé en plus je suis désolé on n'est pas à l'huile on n'est pas à l'huile il n'y a pas de peinture décorative c'est pour ça ça ne sent pas d'ailleurs la peinture décorative il y a des couleurs qui existent déjà après on peut faire nos mélanges à la palette et des choses comme ça puis après on a aussi beaucoup de colorants on travaille beaucoup avec des colorants avec des bases alors en peinture décorative c'est des glacis qui sont des bases de peinture transparente où on peut faire des effets dedans donc ça on les teinte nous-mêmes donc ça nous fait nos mélanges puis on a surtout un Merci. On référence tout ce qu'on fait, on a un carnet de recettes énorme dans lequel on marque absolument tous nos mélanges, on source énormément toutes nos recettes pour pouvoir les refaire déjà et puis parce que c'est important.
- Mélina
Donc la quantité par exemple de la pointe de jaune que vous allez ajouter... dont votre bleu pour que ça tire un tout petit peu plus vers le vert. C'est ça ?
- Alexandra
Oui, en fait, c'est de la cuisine. C'est vraiment... Déjà, il faut avoir quand même des connaissances de base. Il faut connaître le cercle chromatique. Il faut avoir quand même une bonne vision des couleurs. Ça, j'avoue, c'est quand même... C'est plus facile quand on a une bonne vision des couleurs. Après, ça s'apprend. mais effectivement des fois c'est une pointe de jaune, deux pointes de bleu c'est pour ça que nous on marque tout parce que quand il faut reproduire une couleur après
- Mélina
on gagne du temps quand on a déjà la recette mais c'est des mélanges c'est chimiste en fait un travail de laboratoire vraiment littéralement avec des quantités ça nous arrive de passer un peu de temps pour retrouver une couleur pour
- Alexandra
avoir la bonne couleur une couleur ne donne pas on n'a pas la même vision d'une couleur selon le support selon la lumière donc on peut faire une couleur sur un échantillon en atelier on va l'amener sur sur le mur dans l'appartement où on doit peindre on Emma la verticale alors que nous quand on fait des chantiers on Emma l'horizontale ça n'a pas la même on n'a pas la même perception en fait des couleurs donc il faut jouer avec le côté chimiste donc on sait que telle couleur mélangé à telle couleur donne cette couleur mais après c'est surtout c'est la perception en fait au final qui qui valide qui valide le prix projets. Donc, c'est...
- Mélina
Faut le tester.
- Alexandra
Faut le tester, c'est ça. Faut toujours tester. C'est pour ça que ce travail de recherche, il est hyper important.
- Aurélien
Là, je sors ces 2-3 pinceaux qu'on utilise dans les imitations de matière, par exemple, qui sont assez rigolos à voir. Donc, on a ce qu'on appelle, nous, les 3 mèches ou les 2 mèches. C'est des pinceaux avec 2 têtes. Ça, puis après, on va avoir beaucoup de... des pinceaux qu'on va partager avec le bâtiment, des spaltères, des brosses un peu classiques. Puis, on a un peu notre indispensable. du métier c'est ce qu'on peut retrouver aussi dans d'autres c'est le blaireau en fait ce qui nous sert à adoucir nos décors donc dans un geste de 8 ça c'est un peu notre indispensable c'est le c'est un peu la baguette magique du peintre en décor après des brosses à faux marbre
- Carla
Vous écoutez Térébenthine, un podcast qui vous emmène dans les coulisses des ateliers contemporains.
- Emma
Vous parliez tout à l'heure de matériaux et d'émotions. Est-ce qu'il y a des matériaux qui vous apportent des émotions ? Par exemple, vous voyez Dubaï et ça vous touche plus que si vous voyez un certain faux marbre ? Ou plutôt, il y a des...
- Aurélien
des géoformules peut-être t'inquiète moi j'ai pigé moi aussi j'ai pigé du coup c'est fluide pour moi je vais revenir dans mon univers il y a des fois des beaux blocs de faux marbre et des belles brèches, une belle couleur une intensité un caractère, moi qui peux rester devant. Ça peut me faire... Du vrai faux marbre.
- Mélina
Tel bloc de faux marbre, telle tranche précisément.
- Aurélien
Ah oui, complètement. Il y en a certains où je dis que le travail du truc est fou, etc. Ça, oui, en matière.
- Mélina
Et en couleur ? J'aime beaucoup ce qu'il y a du contraste, j'aime beaucoup les couleurs fortes, beaucoup de contraste. Je suis un peu moins dans les pastels par rapport peut-être à mon caractère ou je ne sais pas, mais j'aime beaucoup les choses contrastées, fortes, les faux marbre contrastées qui ont du caractère et qui ont de la couleur. Pareil pour les patine, les lacs rouges, les lacs bleus, du vert, des choses un peu fortes, je dirais.
- Aurélien
Moi, c'est très varié. Je pense que c'est déjà moi plus les couleurs, plus que la matière. Je crois que c'est plus une couleur qui va me toucher. Et après, oui, les matières, effectivement, alors pour moi, c'est plus le faux marbre que le bois. Mais oui, il y a des choses dans les faux marbre qui sont assez belles. Quand on regarde un faux marbre et qu'on zoome dessus, il y a des matières qui apparaissent assez folles, des couleurs aussi. Mais bon, c'est dur à expliquer, c'est une émotion, c'est difficile à transcrire.
- Alexandra
C'est vrai que tu dis c'est sous la terre ou dans les montagnes c'est incroyable l'intensité des couleurs ou des nuances dans des veines de faux marbre et tout et se dire que c'est quelque chose qui s'est formé naturellement en fait moi c'est ça nous on recrée, on fait du faux mais il y a des... de se dire qu'à l'état naturel, il y a des choses comme ça qui sont nées de rien du tout moi je trouve ça dans la nature que ça soit les oiseaux souvent quand on regarde les couleurs qu'on peut retrouver dans certains animaux moi je trouve que ça nous inspire beaucoup aussi il y a des choses magnifiques et je pense que la nature de toute façon c'est c'est ce qui nous... C'est notre plus grande bibliothèque de référence.
- Aurélien
Pour rebondir sur le lien avec la nature, les échantillons qu'on fait, quand on se bat dans la forêt, il y a un pattern dans un écorce d'arbre qui est super beau. Le platane, par exemple, c'est un pattern exceptionnel. Quand tu reviens à une bibliothèque, on a de l'ivoire, écaille de tortue, du galuchat, des marbles, des bois, de la pierre, Dubaï brûlé, des choses comme ça. On a tellement déjà une bibliothèque de graphisme dans la nature qui est offerte. Merci.
- Emma
Un très joli métier que de reproduire la nature plutôt que juste la prendre et la mettre chez des gens et après on ne la voit plus et c'est juste plus accessible. Là, vous reproduisez des éléments de la nature que vous aimez bien chez plein de gens. Ça rend beaucoup plus accessible des choses belles plutôt que juste les exploiter. Je trouve ça très joli.
- Aurélien
Si on fait de l'imitation de matière, oui. Puis après, ça nous oblige aussi à avoir un œil dessus. Parce qu'observer le bois, voir comment ça s'est fait. Parce que quand on fait de l'imitation de matière, on ne fait pas que ça. On en parle beaucoup, mais on fait aussi d'autres choses. Quand on en fait, en tout cas, on est obligé de savoir comment elle est constituée. Donc, ça nous oblige à regarder la nature vraiment. Et je pense, en tout cas pour ma part, que réussir à faire des belles imitations de matière, il faut d'abord la comprendre. Ça, c'est un indispensable. Comprendre comment tourne le bois de fil dans un bois, comment fonctionnent les veines. Pour pouvoir les dessiner, il faut les comprendre déjà. Et donc, comprendre, c'est savoir comment l'arbre pousse, c'est savoir que s'il pousse vite, les lignes ne sont plus espacées, que s'il est serré. serré, il pousse lentement, toutes ces choses-là. Donc ça nous oblige, je trouve, à avoir un œil sur tout ça. Et cet œil-là, il nous oblige, quand on se balade, par exemple, quand on se balade dans la nature, ou même dans Paris, dans Paris, l'architecture est grandiose, de ne pas être sur son téléphone, de regarder aussi ce qui nous entoure, d'avoir un œil, d'avoir un... Voilà, même quand on en va. Moi, quand je suis en vacances, je regardais un peu les couleurs dans ce qui nous entoure. Des fois, on a fait des dégradés, certainement qui sont inspirés de coucher de soleil ou des trucs comme ça. C'est normal, c'est ce qui contribue. Donc, d'avoir un œil glacis, ça nous connecte aussi pas mal, je pense. peut-être.
- Mélina
Et dans une posture aussi assez, je pense, quand même assez délicate vis-à-vis de l'environnement. Finalement, en fait, comme dit Emma, vous n'exploitez pas, vous ne sortez pas les blocs des carrières, vous les observez, vous les reproduisez, mais... C'est rendre hommage.
- Aurélien
C'est presque rendre hommage. Peut-être que j'ai dit ça aussi, mais c'est presque rendre hommage. Après, c'est un enjeu. Il y a des essences de bois qui sont interdites à l'exploitation aujourd'hui. Écaille de tortue, ça fait depuis énormément de temps que c'est interdit. L'ivoire est interdit.
- Mélina
C'est quoi, juste, écaille de tortue ?
- Aurélien
L'image la plus simple que j'ai donnée, c'est que les designs de lunettes sont dans écaille de tortue. Vous savez, les trucs un peu tachetés dans les orangés avec des taches brunes. Écaille de tortue, c'est quelque chose qu'on retrouve énormément dans le mobilier d'intérieur. Ça se trouve beaucoup, 19e, etc. c'est un design qui est toujours à la mode, qui ne s'est jamais démodé. Le Léopard, c'est un design qui ne s'est jamais démodé. L'ivoire, toutes ces choses-là, c'est des designs qu'on a dans la marqueterie, qu'on a dans toutes ces choses-là, et on ne peut pas les exploiter. Mais non, on peut les reproduire. Si c'est juste une question de graphisme, on peut reproduire. Et ça, c'est un enjeu. La Malachite, par exemple, on reproduit en décor. La Pisse-Lazulie, on reproduit en décor. On peut reproduire du métal, on peut reproduire plein de choses, en fait. Au-delà de tout ce qui est la partie fresque, qui est un autre domaine de notre métier, mais sur ce domaine d'imitation de matière.
- Mélina
Et j'avais une question de Mathilde, du coup, qui était venue la dernière fois. Emma demandé de vous la poser, puisqu'elle ne pouvait pas être là aujourd'hui. C'était, comme vous reproduisez des choses... Le but, dans la reproduction de matière en tout cas, c'est quand même de reproduire au plus proche de la réalité. J'imagine pour que le trompe-l’œil fonctionne. Dans quelle mesure vous avez un peu la liberté ou l'envie de mettre votre propre patte ? Est-ce qu'en fait, plus qu'un illusionniste, il y a aussi un côté où on sait que ça va être Atelier Francisco, où vous, c'est plutôt justement que vous vous rapprochez au plus de la réalité, qu'on ne sache pas forcément que c'est vous ?
- Aurélien
C'est une très bonne question, je pense qu'on en a même... pas forcément la même réponse. Alors déjà, dans notre univers de peintre en décor, on arrive à savoir qui a fait quoi. Parce qu'il y a un caractère qui se ressent derrière quelque chose qui est peint. Le but étant de se rapprocher le plus possible de la nature. C'est pour ça que j'ai tendance à dire, il faut, ce que je conseille aux gens aussi au maximum, de copier des vraies matières, plutôt que de copier des décors qui ont été faits par d'autres, parce qu'il y a déjà de l'interprétation. Donc, moi, c'est comme ça que je le vois. Donc, le but étant de, si on ne le voit pas de loin, ou si on n'y fait pas attention, c'est que c'est réussi. Après, il y a plein de manières d'y parvenir. Et après, on ressent toujours, malgré tout, on ressent toujours la main, le caractère et la personnalité de quelqu'un. Je parlais de contraste et d'énergie dans le truc. Moi, j'adore les marbre bréché, j'adore y mettre de l'énergie, j'adore y mettre du contraste. J'adoucis très peu ce que je peins. En général, c'est graphique. Et il y en a d'autres qui vont adoucir beaucoup plus, qui vont avoir des tonalités de couleurs un peu plus douces, des choses comme ça, etc. Donc, on arrive malgré tout, même si on imagine des couleurs, on arrive, sachant que la matière nous offre. tellement de possibilités que moi je vais peut-être être touché par ce style, d'autres non, ou ils vont réinterpréter ou truc, etc. Mais on peut avoir plusieurs styles qui malgré tout ressemblent au réel. Ça c'est possible et c'est justement hyper agréable nous quand on est en convention, quand on voit le boulot des autres de dire « Ah bah lui il avait pensé le faire comme ça, moi je l'ai pensé le faire comme ça » et on arrive à se voir un peu à travers ça, c'est comme une signature. Et puis on peut cacher des choses aussi dans ce qu'on peint, on idéalise la matière, donc on peut avoir des formes de cailloux, faire un cœur dans un caillou et puis on le cache comme ça dans tout. On peut signer des matières comme ça, c'est possible.
- Alexandra
Oui, je suis assez d'accord avec toi. Il y a toujours la main, la patte. Ça, on ne peut pas l'enlever parce que c'est une émotion qu'on transcrit. Après, il y a aussi le fait qu'on est quand même dans un décor. Il y a quand même une composition qui doit se faire. C'est-à-dire que... Ou même quand on prend du faux marbre... On est obligé de choisir ses morceaux et de composer en fait. Et donc là, quand on crée un décor, si on cherche une photo d'un vrai faux marbre et qu'on essaie de reproduire le faux marbre, il y a des fois, il y a des endroits qu'on ne va pas reproduire parce qu'on sait que dans la composition du décor, ce n'est pas harmonieux. C'est-à-dire qu'il faut quand même qu'il y ait quelque chose d'harmonieux au final. Il y a des choses qui vont être présentes dans un faux marbre, des fissures ou... Je ne sais pas comment expliquer ça, des endroits qui ne sont pas forcément beaux à mettre dans un décor en fait.
- Mélina
Des imperfections, des pierres dans un vrai bloc de pierre.
- Alexandra
Voilà, il y a des imperfections qu'on va mettre dans des décors, mais d'autres qu'on ne va pas mettre, ça c'est après, c'est une question de composition, c'est de l'harmonie générale du décor. Donc ça c'est vrai que des fois il faut faire attention, c'est-à-dire qu'on reste quand même, même si on reproduit des vraies matières, dans une composition et dans un décor qui doit plaire aussi. Et s'inscrire dans une architecture. Donc selon ce qu'on a devant nous, on ne peut pas non plus faire n'importe quoi. Des fois on ajuste, des fois on fait des choses et on les refait parce qu'on se dit « Ah non, là la compo ne va pas, il faudrait plus le faire comme ci, plus le faire comme ça. »
- Mélina
Est-ce que ça vous est arrivé de faire une pièce entière et à la fin de vous dire « Non, on refait un truc bizarre » ?
- Alexandra
pas une pièce entière en général on le voit vite on le voit très très vite parce que l'on prend beaucoup déjà on bosse toujours à plusieurs en général donc il ya toujours différents regards et on prend du recul toujours sur le décor. On prend du recul et des fois, on prend la pause déj et puis on revient et on se dit, ah bah non, non, mais ça, on ne l'avait pas vu tout à l'heure, mais là, ça ne va pas du tout.
- Aurélien
On parlait de complémentarité tout à l'heure, mais en général, on n'a même pas besoin de se le dire. On revient de la pause et on regarde le truc qui ne nous plaît pas et on dit, on le change ? On est d'accord. C'est plus de l'ajustement que de, on refait tout.
- Emma
Mais justement, il y a beaucoup d'artistes qui, quand ils ont fini une peinture, ils se disent peut-être que j'ai pas fini, peut-être qu'il faut que je rajoute un détail. Comment est-ce que vous sentez que c'est fini, c'est bon, vous pouvez...
- Aurélien
C'est jamais terminé.
- Alexandra
Ça, c'est très difficile. On se contraint. C'est-à-dire qu'à un moment donné, on se dit, bon, là, il faut qu'on s'arrête. Je ne sais pas... En fait, quand on regarde une pièce et qu'on se dit que c'est harmonieux... On s'arrête.
- Aurélien
Oui, sur la partie artistique, on peut toujours un peu faire mieux, toujours ajouter des étapes supplémentaires, des glaciers supplémentaires, etc. En tout cas, c'est sur ça que tu parlais. Après, il y a les indispensables du métier. Si le chantier est propre, qu'on est bien allé dans tous les angles, que les lignes sont nettes. que les vernis sont bien appliqués, toutes ces choses-là, ça, quoi qu'il arrive, c'est systématiquement fait et sans réserve. Mais c'est sur cette partie artistique, en tout cas, où on peut toujours fermer, on peut toujours enrichir. Donc, c'est plus sur ce... Mais oui, une fois que tout le monde est satisfait, qu'on valide les termes du contrat, on est bon, quoi. Entre guillemets. On est quand même un métier polluant, il faut le reconnaître. Et c'est un enjeu un peu pour la suite. On a une machine ici qu'on utilise, qui est une machine à circuit fermé, qui sert à séparer la peinture de son eau, en fait. Donc, qui récupère dans un bague. Donc on nettoie les piliers. les rouleaux, toutes ces choses-là ici, et ça récupère dans un bac les produits polluants de la peinture, que ça sépare de l'eau, et ces produits polluants ensuite, comme c'est un circuit fermé, ce n'est pas connecté aux eaux usagées, donc on les emmène après en déchetterie. Donc voilà, c'est notre contribution écologique, on va dire.
- Emma
Votre contribution écologique, elle n'est pas que dans le recyclage de l'eau, parce que vous permettez aussi de reproduire des matériaux sans les prélever forcément dans...
- Aurélien
Oui, exactement. On a tout le... Comme tu as pu peut-être le voir dans la partie chaude. showroom, on a des écaille de tortue, de l'ivoire, Dubaï d'ébène, etc. qui, elles, sont des matières protégées. Donc nous, on peut imiter ce graphisme pour le rendre accessible à la décoration d'intérieur sans avoir à toucher la nature.
- Carla
On a ensuite voulu en savoir plus sur le concours du Meilleur Ouvrier de France Aurélien prépare actuellement.
- Aurélien
C'est un diplôme d'état depuis plusieurs années maintenant, donc on peut être plusieurs titrés sur la même année. Je crois qu'il faut avoir plus de 18 sur 20. C'est un diplôme d'état qui reflète un peu l'excellence dans chaque métier, où là on doit être très technique, très référencé avec un travail de recherche puis de réalisation. On présente une œuvre à l'issue du concours qui est ensuite notée.
- Mélina
Comment ça se passe ? Tu candidates en tant qu'associé Atelier Francisco ?
- Aurélien
Non, à son propre nom. À son propre nom, ok. Je candidate en tant Aurélien Francisco, parce que le titre, du coup, il est adossé à une personne. Après, c'est des préparations, une sélection. À l'issue de la sélection, ensuite, on a un an de préparation de l'œuvre pour ensuite être noté. C'est un travail qui est... Je vais dire très personnel, puisque on va être mis face à notre propre peur. Moi, c'est le problème avec la patience, des choses comme ça. Donc, se mettre dans un projet qui va durer 400, 500 heures, être focus dessus, c'est un défi pour moi. Et puis, pour un amoureux du métier, c'est une opportunité de fou.
- Mélina
Tu peux le faire, le tenter plusieurs fois ? Oui,
- Aurélien
on peut.
- Mélina
Et c'est quoi l'offre que tu prépares, du coup ?
- Aurélien
Alors là, on est quand même driveé. On ne peut pas faire ce qu'on veut. Donc, tout est très balisé. Là, c'est le XIXe siècle, style Napoléon III. On a deux panneaux à fournir. Je n'en parlerai pas beaucoup, mais on verra dans un an ce que ça donne. Vous aurez les retours.
- Mélina
On aura l'update.
- Emma
Et qui sont les gens qui disent que c'est bien parce que c'est un jury très détaillé ?
- Aurélien
C'est un jury très détaillé, beaucoup d'anciens MOF, puis des gens incontournables de notre profession, des gens qui ont contribué énormément à notre profession, qui ont posé des bases, qui ont énormément influencé, qui ont un œil vraiment dessus, puis qui ont pour beaucoup déjà été MOF aussi, donc qui ont ce regard dessus.
- Emma
MOF, Meilleur Ouvrier de France.
- Aurélien
Oui, voilà.
- Mélina
Ça me fait penser à Divergente. Tu sais, genre, à un moment, il y a des épreuves que tu dois passer et te mettre face à tes propres peurs. Et du coup, c'est vraiment ce Carla. À la fin, il faut juste que tu vainques toi-même ta peur.
- Aurélien
Il y en a plein qui le font pour certainement plein de raisons différentes. Pour moi, c'est vraiment pour le défi, puisque je suis quelqu'un de très impatient, très pressé. Et me focus sur un temps donné, sur un truc où il faut que j'y aille. Ça me challenge vachement.
- Carla
On arrive bientôt à la fin de cet épisode, alors on a voulu leur demander s'il y avait un sujet qui leur tenait particulièrement à cœur et qu'ils souhaiteraient partager avec nous. Aurélien et Alexandra ont choisi de remercier toutes celles et ceux qui travaillent à leur côté et qui continuent à faire vivre les projets de Atelier Francisco.
- Aurélien
Juste pour ne pas oublier tous les gens qu'il y a derrière Atelier Francisco qui sont chers à notre cœur, je dirais, puisque au-delà d'être des passionnés du métier, de vouloir vraiment l'excellence dans tout ce qu'on travaille, dans tout ce qu'on fait, dans nos recherches, dans notre chantier, dans notre... Dans tout ce qu'on entreprend, derrière tout ça, il y a des équipes de gens passionnés qui aiment bosser avec nous, avec qui on aime bosser.
- Alexandra
Parce qu'à deux, on ne peut pas...
- Aurélien
À deux, on n'aurait pas...
- Mélina
Vous bossez avec combien de personnes ?
- Aurélien
Alors l'atelier est un petit atelier, on n'est que quatre en interne, mais... Enfin, quatre sur l'atelier, après on a les autres boîtes, mais... On travaille beaucoup avec des freelancers, c'est comme ça que fonctionne beaucoup le décor, mais peut-être une quinzaine de personnes au total. Mais de gens adorables, passionnés, qui enrichissent toute cette aventure, et franchement, ça c'est... C'est un vrai gain en plus dans une vie d'entrepreneur, dans une vie de peintre en décor en tout cas. Et là c'est un bon remerciement aussi pour tous ceux qui sont derrière Atelier Francisco et qui nous font vivre de super chantiers.
- Alexandra
Tous ceux qui nous ont appris aussi.
- Aurélien
Tous ceux qui nous ont appris aussi et qui continuent d'apprendre des grands pontes de notre métier aussi qui sont derrière. qui nous pousse aussi à nous dépasser, parce qu'on n'est pas non plus les meilleurs des meilleurs, mais qui nous pousse aussi dans tout ça, qui nous soutiennent, qui nous, ça c'est important aussi.
- Mélina
La grande famille de la peinture décorative.
- Aurélien
Exactement, que je remercie beaucoup, en tout cas beaucoup de ceux qui m'apprennent encore de Grand Ponte, que je remercie aussi personnellement.
- Carla
Avant de se quitter, place à la question signature de Térébenthine. A chaque épisode, on imagine une collaboration utopique avec nos invités. Si l'on créait ensemble un flacon de Térébenthine, à quoi ressemblerait-il ?
- Aurélien
Je ferais un flacon qui dégraderait un marbre bréché dans de la dorure.
- Mélina
C'est vraiment précis.
- Aurélien
Ah j'avais le truc, tu vois, signature mais j'avais rêvé.
- Mélina
Donc c'est un flacon de quelle forme ?
- Aurélien
Je le verrais plutôt cylindrique, avec un bouchon en globe, en vert, tout en vert. Et je peindrais une brèche sur la partie basse qui se dégraderait dans le haut du flacon en doré. Donc transparence Ali Baba, donc juste la brèche en transparence, on verrait le liquide jusqu'à ce qu'on ne le voit plus qu'il soit dans le doré.
- Mélina
Et quand tu dis brèche pour les personnes qui savent pas ce que c'est ?
- Aurélien
Une brèche, c'est un style de faux marbre qui est très graphique où on voit les fragments. Les veines, on ne voit pas, on voit que des fissures qui sont des veines. Les brèches, on voit les fragments. Excuse-moi, c'est très précis.
- Alexandra
Tu me mets la pression là. Non, alors, je sais pas, comme ça, je vois un flacon très épuré, très sobre. Quelque chose d'assez translucide, très... Je pense à de l'aquarelle, très diffus, un dégradé diffus, et des éclats d'or...
- Mélina
Un peu de précieux.
- Alexandra
Un peu de précieux, ouais, mais pas beaucoup. Enfin, juste ce qu'il faut, quoi.
- Carla
Vous pouvez bien évidemment retrouver toutes les informations sur Atelier Francisco en description de cet épisode, sur nos réseaux sociaux et également sur le site de l'Atelier Francisco Si cet échange vous a plu, n'hésitez pas à le partager et à nous dire en commentaire qui vous aimeriez entendre dans un prochain épisode.
- Mélina
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