- Speaker #0
Bonjour à tous, bienvenue dans Blackprint. Je suis très honoré parce que pour ce premier épisode, j'ai la chance et l'immense honneur de recevoir une star internationale, on peut le dire comme ça. C'est quelqu'un qui a marqué son époque, quelqu'un qui a laissé une empreinte significative, un Africain qui a impacté et qui a impulsé des nouvelles tendances dans le monde. J'ai l'honneur de recevoir Mohamed.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Merci, un grand plaisir. C'est surtout un honneur aussi pour moi de faire partie de cette belle aventure qui est Blackprint et l'inauguration. Ça fait plaisir, vraiment. Merci à toi.
- Speaker #0
Mais tu sais, je suis toujours surpris de t'entendre parler français parce que quand je t'ai découvert, j'étais assez jeune, tu vois, je t'entendais chanter en anglais. Donc moi, je serais loin de m'imaginer que j'ai un cousin Banto en fait qui a impacté le monde, tu vois. Mais est-ce que tu peux expliquer pour ceux qui ne te connaissent pas comment ça se fait ?
- Speaker #1
Bon, le français, je l'ai appris vraiment dans mon enfance. Je pense que c'est la première langue, enfin une des premières langues que j'ai appris à commencer à parler parce que je suis né à Kananga. C'était le Zaire dans le temps, à l'époque, mais aujourd'hui, la RDC, Congo. J'ai grandi à Kinshasa aussi une grande partie de ma vie. Et donc, du coup, avec un père congolais et une mère suédoise, j'ai tout de suite eu comme ça, biculturel. Je suis biculturel, si ça se dit même, je ne sais pas. Mais c'est deux cultures dès le départ. Mais bon, avec évidemment... L'œil. ma culture africaine qui a toujours été au centre. Donc voilà, j'ai l'habitude de dire, surtout quand je venais à l'époque tourner ici en France et faire mes shows, je disais toujours... Parce que les gens avaient justement la même... « Ah mais comment ça se fait qu'il... » « Ah oui, il parle français, on ne savait pas ! » Ça m'arrive très, très souvent, tout le temps. Et voilà, donc je ne suis pas français, mais bon, j'adore le français.
- Speaker #0
Carrément. Et du coup, tu disais que... Ta mère est suédoise, ton père est congolais. Comment ça s'est passé ? Tu as grandi principalement au Congo, tu es parti en Suède. À quel moment tu as pu vivre en tout cas de la musique ? Tu vois comment le déclic est arrivé ?
- Speaker #1
Alors oui, depuis que je suis très petit, on m'appelle l'afro-viking. C'est vraiment, enfin, pas que moi, mais notre... Le clan Mupondo d'où je viens, c'est des afro-vikings. Et donc du coup, je suis né au Congo, j'ai quitté à l'âge de 11 ans pour retrouver la Suède dans des conditions assez difficiles parce que c'était la guerre civile, on va le dire. C'était chaud en ce moment-là, en 98, on dit en français. Et donc j'ai retrouvé Stockholm dans mon adolescence. Et donc la musique, pour moi, a toujours été présente. dans ma vie. J'étais très jeune, je pense que j'avais 5 ans, 6 ans, quand j'ai fait mon premier spectacle, on va dire, vraiment dans mon intimité avec la famille. Je crois que c'était à Noël. J'avais préparé un petit spectacle de Beatles. J'ai chanté la chanson « Yesterday » de Beatles. Et je suis monté sur la table. Je dis à tout le monde, « Allez, silence, je vais chanter. » Et je me suis mis à chanter et je ne savais pas quoi trop m'attendre. C'est juste qu'un gamin qui kiffe, qui kiffe ce moment. En plus, je viens d'une très grande famille, on est 15 frères et sœurs, donc c'était mon petit moment d'attention. Et quand j'ai terminé de chanter, silence total. Alors là, je commençais à paniquer, je me disais, c'était pas bon. Et alors, c'était l'euphorie. Depuis ce jour-là, mes premiers supporters, on va dire, les gens qui ont vraiment tout début, qui se sont mis derrière moi, qui m'ont encouragé à continuer à chanter, à continuer à monter sur scène, c'était ma famille. Donc voilà, je viens vraiment d'un background. J'ai été privilégié en tant que passionné de la musique, parce que je sais que ce n'est pas le cas pour tout le monde, d'avoir le soutien de la famille et des proches. Alors moi, je suis vraiment l'exemple de... d'un petit qui a démarré comme ça, entouré de ses proches et des gens qui m'aiment réellement.
- Speaker #0
C'est beau. Et du coup, là, ils t'ont poussé directement vers la musique. Donc, tu avais déjà 7, 8 ans, 11 ans. Tu vois comment, la dernière fois, tu m'as raconté que tu faisais déjà des concerts, tu faisais des scènes internationales, carrément à un très bas âge, tu vois. Et comment ça t'a permis de te construire ? Parce qu'étant jeune, ça peut être compliqué, tu vois.
- Speaker #1
Tout à fait. C'était donc, évidemment, grâce... Je n'étais pas le seul, je ne suis pas le seul musicien. dans ma famille. J'ai créé avec mon frère un groupe qui s'appelait le groupe Avalon. C'est ça qui est fantastique. Quand tu crées quelque chose, c'est intemporel. Ça reste pour toujours. La musique, elle ne disparaît pas. C'est surtout grâce à mon frère qui était à fond dans le rap, dans le hip-hop. Moi, j'ai commencé à danser un peu. Au début, après, je rappais parce que j'écrivais des poèmes. J'étais vraiment dedans. Et donc, évidemment, l'école, très important, et les études. En tout cas, dans ma famille, c'était vraiment un code que tu ne peux pas briser. Mais dans mon temps libre, la musique prenait tout mon temps. Je faisais tout pour faire un maximum de musique. et monter sur un maximum de scènes. Et une chose a mené à l'autre, donc on s'est mis, quand on est arrivé à Stockholm en 1998, on a vraiment pris ça au sérieux, parce que les infrastructures permettaient à des jeunes comme nous de trouver des studios, des endroits où on pouvait enregistrer, dans le cadre de l'école et tout ça, dans le cadre éducatif. Donc ça, c'était vraiment un grand bonus. Et donc, on a commencé à enregistrer nos démos, on a commencé à... monter sur les scènes, dans les festivals, dans des grands événements. Et voilà, c'était ça vraiment le début. Rap, R&B en suédois, français, un peu de Lingala, anglais. Donc on mélangeait déjà, dans le temps je mélangeais, ma culture était vraiment, mon mix de culture était vraiment présente dans la musique. Et voilà, on a commencé à se faire un nom. des plus grosses scènes, des plus gros événements. Après on commençait à aller à l'étranger aussi, à se présenter à l'étranger. En 2003 on a gagné un Korra en Afrique du Sud par exemple. On était vraiment des... Moi j'avais quoi, j'étais très jeune. Donc voilà c'était... Donc très très jeune, sur scène et je n'ai jamais quitté.
- Speaker #0
Dans ta tête, comment ça se passe ? Parce que quelque part, il faut être assez fort pour... En tout cas, au niveau du mindset, tu vois. Comment tu te prépares à ça ? Est-ce que tu es accompagné ? Est-ce que tu es tout seul ? Là, le fait d'être avec ton frère, c'est ton grand-frère,
- Speaker #1
ton petit-frère ? Mon grand-frère. Ton grand-frère.
- Speaker #0
Donc, ça t'a permis aussi d'avoir la tête sur les épaules aussi ?
- Speaker #1
Tout à fait. Et là, vraiment, je dois rendre hommage à mes parents parce que l'éducation, finalement, c'est la base. Et je n'ai jamais vraiment vu la musique ou le, on va dire, le star system ou toute cette attention qui, à un moment donné, braquait sur toi en tant qu'artiste. Je l'ai juste pris vraiment comme une bénédiction. Je l'ai pris ça vraiment, on va le dire, un peu à la légère. C'est normal, c'est mon boulot. Donc, il y avait le Mombi qui était la bête de scène, qui montait sur scène et qui fracassait tout. Mais une fois que je descendais, j'étais le petit frère, j'étais le pote, j'étais le gars du quartier, comme tout le monde. Donc voilà, c'est un peu la personne que je suis. Et je pense que ça vient de mon éducation et ça m'a vraiment toujours aidé à garder les pieds sur terre.
- Speaker #0
Et donc là, tu me disais qu'on était à peu près dans les années 2003, etc. Donc c'était cinq ans avant Bumpy Ride, par exemple.
- Speaker #1
Ouais, enfin, même encore plus. The Pampy Royale est sorti en 2010. 2010, quoi. Ouais, donc on a fait vraiment une longue... C'était un long parcours que j'ai fait dans cette école de groupe familial, de band familial, un peu à la Jackson 5, à un autre niveau, évidemment. Mais c'était le même spirit, quoi. On y va, on y va ensemble, on est en famille, allons-y jusqu'au bout. Mais après, j'ai démarré une carrière solo.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous expliquer un peu quel était le pont ? Comment on passe de, justement, artiste congolo-suédois à un artiste reconnu mondialement ?
- Speaker #1
Oui, alors c'est vraiment l'histoire de prendre les risques, de croire en soi et de se dire rien n'est impossible. Et donc pour moi, c'était ça. J'ai pris la décision d'aller à Los Angeles, aux États-Unis. Sur un coup de tête ? Oui, c'est une décision que j'ai prise le jour même. Pas que le jour où je suis parti, mais vraiment sur un coup de tête, comme tu dis. Parce que j'avais un ami à moi. David Jassy, qui est beaucoup plus âgé que moi, qui m'a pris un peu sous ses ailes dans le sens où lui, il était compositeur. Il faisait des top lines déjà pour des beaux projets de Disney, par exemple, aux États-Unis. Artiste de Disney et tout ça. Il m'a dit, mon B, on travaillait bien, on faisait une bonne équipe. Il m'a dit, moi, je vais aller à L.A. Je vais à Los Angeles, je vais à Hollywood. Je vais tenter ma chance. J'ai dit, mes gars, mais moi, je viens avec toi. Moi, je viens avec toi, comme tout grand rêveur. En tout cas, dans ce temps-là, en 2008, il n'y avait pas un autre endroit que moi, je voyais, à part Los Angeles, parce que je me suis dit, moi, je veux viser la grande scène. Sky is the limit, comme on dit. Et donc, c'est ce que j'ai fait. Je suis allé à Los Angeles, j'ai pris ma valise et je suis parti. Parce que j'avais justement aussi, il y avait le producteur Red One qui, en ce moment-là, venait de sortir le single de Lady Gaga. Il a produit quasiment son premier album, une grande partie en tout cas. Et lui, il travaillait avec Akon. Et pour moi, Akon, c'était en ce moment-là la référence. Africain, il a évolué aussi. en Occident et qui a ouvert les portes pour des jeunes comme nous, comme moi. Et je m'identifiais à ça. Il y avait Red One, il y avait Akon. J'ai dit mais attends, qu'est ce que moi je dois faire pour bosser avec eux ? Je dois aller sur place. Et c'est ce que j'ai fait.
- Speaker #0
Mais une fois que tu arrives sur place, comment tu fais ? Parce que là, tu arrives à l'aéroport. Ouais, de l'aéroport au studio.
- Speaker #1
C'était chaud. C'était chaud. C'est pas facile parce que prendre ce pas là, vraiment, c'est... C'est comme si tu sautais sans parachute. Tu ne sais vraiment pas ce qui va se passer. Donc, j'arrive à L.A. Nous, on a trouvé un appartement. Daud et moi, on a trouvé un appartement. On s'est installés. Et je pense qu'une semaine après, parce que ce que j'ai oublié de dire, c'est que Red One aussi a grandi à Stockholm.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Donc, il y avait un dénominateur commun. Il y avait vraiment des trucs. Il y avait une synergie déjà d'office.
- Speaker #0
Vous ne vous connaissez pas encore.
- Speaker #1
On ne se connaissait pas, mais on savait. Il avait entendu parler de moi et moi, évidemment. Lui, en ce moment-là, c'était le grand boom. Ça a pris une semaine, je pense. J'ai rencontré l'équipe de Red One, c'est-à-dire toute son équipe. Parce que tu n'arrives jamais au sommet seul. Il y a toujours une équipe. Et lui, son équipe à lui, on a commencé à sympathiser. Deux, trois mois plus tard. Ils m'ont dit, mon bi, il y a Red One qui a envie de te rencontrer. Ah bon, c'est vrai ? Ouais ! Moi, je dis, il n'y a pas de problème, moi je viens évidemment. Et donc, c'était comme si c'était écrit dans les étoiles. Et j'avais vraiment manifesté ça. Et donc, je suis allé voir Red One, je dis, voilà, moi je viens. Ah mon bi, j'ai entendu parler de toi à Stockholm. Tu fais des trucs avec ton frère et tout. C'est du bon boulot, qu'est-ce que tu fais ici ? Moi, je suis venu parce que j'ai envie de travailler avec toi. Et je pense que je peux servir, je pense que je peux rajouter quelque chose avec ma plume. Parce que j'écris, en ce moment-là, j'étais en train d'écrire pour beaucoup d'artistes au Japon et en Corée. Vraiment la K-pop au tout début. Big Bang, c'est vraiment un des groupes pionniers de la K-pop. J'avais écrit des tubes pour eux. Ce qui m'a permis aussi de mettre un peu d'argent de côté pour aller à Los Angeles.
- Speaker #0
Depuis Stockholm ?
- Speaker #1
Depuis Stockholm, je faisais ça.
- Speaker #0
C'est vrai que Stockholm, pour ceux qui savent... pas, c'est vraiment les pionniers de la pop musique. C'était comme un incubateur, un tremplin finalement. Parce qu'il y avait beaucoup de projets qui arrivaient directement là-bas. Je me souviens, on discutait avec Bilal Hassani par exemple, qui disait que lui, il avait fait tout son album directement en Suède parce qu'il savait que c'était des hitmakers directement. C'est vrai, c'est juste pour relater.
- Speaker #1
Ouais, non, t'as raison. La Suède est vraiment connue pour être un pays qui qui exportent de la musique. Un des plus grands pays exportateurs au monde, je pense le deuxième. après les États-Unis. Et jusqu'aujourd'hui d'ailleurs, on a des collègues avec qui d'ailleurs on est allé à Los Angeles de manière parallèle, on était colloque. Il y a Salma Zadeh aujourd'hui, c'est lui qui fait The Weeknd, Ariana Grande, c'est une tube planétaire qui était colloque avec nous à Los Angeles. Et donc il y a toujours cette influence suédoise, jusqu'aujourd'hui, dans la musique populaire mondiale.
- Speaker #0
Vraiment. Et de ce que j'entends aussi, j'ai l'impression que c'est beaucoup des affaires de génération finalement. Est-ce que toi, en tout cas, dans ton évolution, le fait d'avancer avec, grouper avec une équipe de ta génération, ça t'a aidé aussi, tu vois ?
- Speaker #1
Oui, absolument. Mais moi, j'étais vraiment le petit Benjamin, du coup, dans cette clique de Marocains suédois qui m'ont adopté et j'étais vraiment devenu le... Vraiment, c'était une famille. qui s'est créée en ce moment-là, on l'est toujours d'ailleurs, et on continue même à travailler jusqu'à aujourd'hui. Tout le monde a un peu évolué de son côté, mais quand on se retrouve, c'est comme si le temps s'arrêtait. Et voilà.
- Speaker #0
Tu as eu l'occasion de collaborer avec beaucoup d'artistes. Des fois, ça peut être tabou, mais... En tout cas, c'est souvent des phases cachées avec le public, mais c'est pas, tu vois. Travailler en tant que songwriter et travailler en tant qu'artiste interprète, des fois, ça peut être très différent, tu vois. Comment t'as réussi à faire la balance entre les deux, sans te perdre, par exemple, etc. Parce que des fois, quand t'es songwriter, tu te mets dans la place, dans la peau des gens. Mais après, quand tu te mets dans ta peau à toi, tu vois, comment, sachant que tu mets quand même de ton identité dans les morceaux que t'écris pour les autres, tu vois. Je sais pas si tu comprends un peu. Oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Bien sûr, tu fais.
- Speaker #1
Mais justement, ce qui s'était passé au studio, ce fameux rendez-vous avec moi, ce qui est intéressant, c'est que moi, je lui ai dit « Ouais, moi, je voudrais travailler comme songwriter, avec top line et tout ça, compositeur. » Lui m'a dit « Mais tu es artiste. » Je lui ai dit « Oui, mais je suis artiste. » J'ai toujours été. Il m'a dit « Mais moi, je veux que tu viennes dans mon label comme artiste. » Et les top 9, tu vas les faire d'office, parce qu'on est au studio lundi avec Bruno Mars, mardi avec Rihanna, Jennifer Lopez qui débarque vendredi. C'est vraiment ça la vie qu'on vivait tous ensemble à LA. Ce qui s'est passé, c'est que moi j'ai toujours voulu, j'ai toujours eu un objectif fondamental dans ma musique. c'est qu'il faut que la musique gagne. Je n'ai jamais eu ce souci de « ouais, mais cette chanson, elle est trop bonne » ou « cette chanson, elle est à moi, je ne veux pas la donner, je ne veux pas la vendre, je ne veux pas faire ci » . Moi, ça a toujours été, quand une chanson est créée, c'est une création qui a été faite et il faut trouver la meilleure, il faut la mettre entre les meilleures mains possibles pour qu'elle puisse gagner et pour que tout le monde puisse gagner. Quand tu as cet état d'esprit-là, c'est là où tu peux justement, comme tu m'as demandé tout à l'heure, comment est-ce que tu fais, comment est-ce que tu équilibres ça ? Le songwriter et l'artiste. Mais moi, vraiment, ça a toujours été la musique doit gagner, peu importe si c'est moi qui chante dedans ou pas. C'est comme le titre avec J Balvin, « Mi gente » , dans lequel j'ai participé, un énorme tube. Voilà, évidemment. Au début, j'étais là, ouais, mais j'aimerais bien aussi mettre un petit P dedans. Je sentais que ça allait être la bombe atomique. Mais quand j'ai compris que ça calait trop, j'ai dit non, il n'y a pas de souci. Il faut pouvoir mettre son égo de côté pour faire des grandes choses.
- Speaker #0
C'est fort. Et ce que je retiens de tout à l'heure aussi, tu disais, pour pouvoir travailler avec les gens, il faut être présent, il faut être là finalement. Il ne faut pas hésiter à se déplacer. Mais c'est... une chose entraîne une autre, tu vois. Mais ça peut être compliqué aussi pour certaines personnes d'avoir accès à des réseaux, tu vois. Qu'est-ce que tu conseillerais à ces gens-là ? Tu sais, en
- Speaker #1
2008, c'était beaucoup plus difficile de joindre quelqu'un qu'aujourd'hui, par exemple. Aujourd'hui, il y a toute cette technologie qui nous permet, qui nous rapproche du coup. Ce qui fait que les déplacements se font de moins en moins, ce qui est aussi un peu dommage en même temps. Le revers, c'est quoi ? C'est la chimie humaine, c'est l'échange qu'on a en se rencontrant comme on fait maintenant, qui fait qu'il y a aussi cette magie qui se crée, surtout dans la créativité. C'est comme, je suis venu ici vous voir, on a fait de la musique extraordinaire. À Roubaix. À Roubaix. Qui aurait cru ?
- Speaker #0
Qui aurait cru ?
- Speaker #1
Ben nous, on a cru ! Nous, on a cru. Et c'est ça, justement, le fait de pouvoir être ensemble dans la même pièce, échanger. Il y a une synergie qui se crée, il y a une énergie, il y a une chimie. Et ça, c'est très, très dur de produire à distance. Mais voilà, donc, il faut prendre le risque de se déplacer. C'est vrai, comme tu dis, ce n'est pas donné à tout le monde. Tout le monde n'a pas ce privilège-là, surtout avec les frontières qui ont été imposées sur cette terre qui ne nous appartiennent finalement pas. les pièces qui sont là elles existent même pas c'est des virtuels tout ça mais ça rend un peu la vie difficile pour ceux qui essayent de percer mais la règle numéro un c'est de ne jamais abandonner ok
- Speaker #0
et c'est intéressant qu'on parle de musique justement tu sais aujourd'hui et de frontières surtout tu vois aujourd'hui la musique n'a plus vraiment de frontières on arrive sur quelque chose d'assez hybride tu vois et Comment tu vois justement l'arrivée de la vibe afro dans la pop-musique ? Est-ce que c'est quelque chose qui a toujours existé ? Est-ce que c'est maintenant que ça arrive ? C'est quoi ton regard là-dessus ?
- Speaker #1
D'un point de vue subjectif, pour moi, elle a toujours existé. En tout cas, dans tout ce que moi, j'ai pu participer et contribuer. J'ai toujours, évidemment, eu ma touche à moi, afro, qui naturellement est présente dans ce que je fais. Après... L'influence afro aujourd'hui est au top. Enfin, la musique est au top, la culture de manière générale. L'afro-influence, c'est aussi parce que le monde, du coup, a braqué ses yeux sur ce qui se passe sur la scène africaine. Et tout a un cycle aussi. Chacun son temps. Il y a quelques années, on n'écoutait que du reggaeton, que du latino. On consommait de la musique en espagnol uniquement. Et on le fait toujours d'ailleurs, mais maintenant, il y a plus d'Afro. Je trouve ça extraordinaire, c'est magnifique de pouvoir avoir cette reconnaissance du monde entier parce qu'il ne faut pas oublier que finalement, toute source est liée à l'Afrique d'une manière ou d'une autre. Et c'est beau de voir que finalement, on peut avoir maintenant le spotlight sur notre culture.
- Speaker #0
Clairement. Et de ton avis personnel, pourquoi, à ton avis, ça arrive maintenant ? Pourquoi ça arrive dans ces années-là et pas avant ou pas après aussi ?
- Speaker #1
Je pense que c'est beaucoup grâce au fait que l'Afrique est un continent jeune. La grande majorité en Afrique a moins de 25 ans, donc on est des jeunes. On est motivé, on est inspiré, on a beaucoup de choses à dire. On a une histoire qui doit être véhiculée, qui doit être connue dans le monde. C'est en nous, et je pense que c'est pour ça qu'on est vraiment à fond dans l'essai de s'exprimer de toute manière possible. Et la musique finalement, la musique du monde, va puiser aussi ses racines en Afrique, comme je disais tout à l'heure. Donc, pourquoi ça arrive maintenant ? Il était temps. Il était temps. On n'a attendu que ça.
- Speaker #0
Carrément. Et on vous connaît du coup sur la face artiste, aussi songwriter, mais tu es aussi un businessman. Est-ce que tu peux nous parler de ça ?
- Speaker #1
Oui, absolument. J'ai pas mal d'activités. J'ai très vite compris qu'il fallait capitaliser sur le réseau, le network. Donc, en tant qu'artiste, tu fais le tour du monde, tu rencontres plein de gens. Si tu vas t'enfermer dans ta chambre d'hôtel, c'est ton droit. Tu ne veux voir personne, c'est ton droit. Mais si tu peux, à un moment donné, te donner ce cadeau-là d'échanger avec les gens et d'avoir cette confiance en toi, de vraiment aller vers les gens aussi, tu te rendras compte qu'il y a énormément de choses à faire, en dehors de la musique. Et moi, je suis quelqu'un de très relationnel, donc j'ai très vite compris ça. Et ça a ouvert beaucoup de portes pour moi de pouvoir faire des très beaux projets en dehors de la musique, que ce soit des projets culturels comme la création d'un média, par exemple, de radio au Congo, l'immobilier, que ce soit... Enfin, on ne va pas entrer dans tout ça, mais je n'ai pas que la musique comme talent. J'ai envie aussi de développer l'entrepreneur en moi. Il fallait lui donner naissance. Et ce qui explique aussi un peu mon silence ces dernières années.
- Speaker #0
C'est vrai. Parce que je trouve ça quand même important de parler de l'aspect business, même que ce soit dans la musique ou autre, tu vois. Mais tu sais, en tout cas, moi, quand j'étais plus jeune, et peut-être encore jusqu'à aujourd'hui, la musique, c'était vu comme un milieu d'aventurier un peu, tu vois. Comme un milieu d'aventurier qui n'est pas stable, précaire, etc., tu vois. Et ça peut être difficile de comprendre, percevoir, parce qu'il y a beaucoup de... de zone d'ombre. Toi, comment tu as réussi à changer la face de tes proches par rapport à ça, en tout cas le mind de tes proches, ou à te persuader que c'était possible aussi ?
- Speaker #1
Je pense que quelque chose qui a pu contribuer à ça, c'est que j'ai vraiment eu une indépendance. Et quand je dis indépendant, c'est en tant qu'artiste. Comme j'expliquais tout à l'heure, avec mon frère, on a créé ce groupe, mais on a aussi créé notre label, notre boîte. Donc on a tout de suite essayé de comprendre les différents aspects de la musique. Et pas seulement le côté extravagant, la scène, la gloire, le fame et tout ça, mais aussi comprendre tout ce qui se passe derrière, à lire des contrats. On faisait nous-mêmes. Moi, j'avais deux, trois adresses e-mail où j'envoyais comme je faisais mon propre management. Il y a un pseudo nom. J'inventais un nom là. John, je ne sais pas si c'était quoi. Salut, écoute un peu ces morceaux. Ce sont des jeunes qu'on est en train d'encadrer alors que c'était moi-même qui envoyais les mails. Donc, tout ce genre de choses-là, c'est quelque chose que j'avais soif d'apprendre. Comment lire des contrats ? Comment marche l'édition ? Comment marchent les masters ? C'est un écosystème qu'il faut comprendre parce que si tu ne le comprends pas, tu deviens tout de suite une proie. Parce que, comme tu disais, c'est une industrie qui est mal perçue aussi parce que c'est justifié à cause de beaucoup de gens qui ont « take advantage » . Comment tu dis ça ?
- Speaker #0
qui prennent l'avantage de toi.
- Speaker #1
Qui ont pris l'avantage et profitent de tous ces jeunes qui juste veulent un truc, c'est de faire de la musique. Donc, voilà. Moi, c'est vraiment un conseil que je donne à tous ceux qui veulent se lancer là-dedans ou qui sont déjà là-dedans. Il faut apprendre le business. C'est très, très important parce que être un artiste, c'est être une entreprise.
- Speaker #0
Chaque artiste est entrepreneur.
- Speaker #1
Chaque artiste... et entrepreneur à la base. C'est comme ça qu'il faut le voir. Et un entrepreneur, une entreprise, elle a besoin de quoi ? Elle a besoin d'une équipe. Tu ne peux pas tout faire toi-même. Même si tu penses que tu arrives et il y en a beaucoup qui font énormément eux-mêmes. Mais plus tu veux agrandir ton entreprise, ça va demander du capital humain, ça va demander des compétences extérieures qui... peuvent te venir à l'aide, qui doivent te venir à l'aide.
- Speaker #0
Donc finalement, ça devient un talent de savoir s'entourer.
- Speaker #1
C'est le plus grand talent à mon avis qui existe, c'est de pouvoir détecter et identifier les talents chez les autres.
- Speaker #0
Et savoir les mettre en commun finalement. Mais toi, comment t'as fait ? Parce que d'entrée de jeu, quand t'étais jeune, t'étais entouré, tu me disais que c'était ta famille et tout. Après, T'es parti tenter ta chance à LA. Donc, tu t'es scindé à un groupe, finalement. En tout cas, tu t'es associé avec un groupe. Suite à ça, t'as fait toi-même tes propres entreprises, etc. Du coup, comment tu les as attirées ?
- Speaker #1
Alors, la vérité, c'est que je me suis fait avoir aussi beaucoup. J'ai fait beaucoup d'erreurs. Et c'est comme ça que tu grandis, c'est comme ça que tu apprends du coup. J'ai signé des contrats qui étaient des contrats d'esclaves, donc je suis passé par là aussi. C'est un parcours, c'est très dur d'échapper à tout ça. Quand tu as des coups comme ça, ils te rendent plus fort et ils te remettent un peu sur un chemin où la prochaine fois, tu sais ce que tu ne dois pas faire. C'est bien de savoir ce que tu veux faire, mais... C'est aussi très important de savoir ce que tu ne dois pas faire.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous citer un ou deux exemples, par exemple, des choses que tu n'aurais pas dû faire ?
- Speaker #1
J'aurais dû... Après, quand tu es jeune comme ça, tu as juste envie d'y aller. Tu as peur de te faire éjecter parce que tu as été compliqué avec les négociations. Tu veux juste dire, ouais, on y va, allez, c'est parti. Mais moi, ce que j'aurais dû faire au tout début, chose que je fais aujourd'hui, par exemple, je ne signe pas un contrat avant que mon avocat me dise, ça y est, c'est bon. Et que mon avocat me fasse comprendre exactement tout ce que c'est et tout ce que ça représente pour que je puisse donner mon avis. Ouais, si tu signes ça, ça, ça veut dire ça. Ah non, moi, je ne voudrais pas que ce soit comme ça. Je voudrais modifier. Ouais, je ne veux pas 5 ans, je ne veux pas 10 ans. Je veux peut-être essayer pendant une année ou deux, et si ça ne marche pas, je peux partir. Et si ça marche, on peut renouveler, on peut continuer. Des choses comme ça, mais qui sont finalement, sur le long terme, très importantes. Voilà, moi, je ne signe aucun papier. Avant, mes avocats, d'ailleurs, j'en ai plusieurs, ça dépend du contexte, me disent, écoute, on a eu un échange, on a discuté, voilà, maintenant c'est bon. Tout ce que toi, tu veux. Et la personne veut, il y a une entente qui est win-win pour les deux. Alors c'est bon, là j'y vais.
- Speaker #0
Et dans tout ça, quand tu t'es fait avoir par exemple, mentalement, comment tu te relèves ? Parce qu'aujourd'hui, c'est des choses qui reviennent beaucoup. On parle de santé mentale, etc. Mais c'est des choses qui existent depuis la nuit des temps finalement. À une époque où ça pouvait sembler tabou par exemple, surtout peut-être aussi en tant qu'Africain aussi, tu vois. Comment tu... Comment tu as réussi à cultiver, à garder la tête fraîche ?
- Speaker #1
Ça n'a pas été évident. Il y a eu des périodes compliquées. Après, ça dépend vraiment de chacun. On est tous différents. Et c'est ça qui est la beauté aussi de faire partie de cette race humaine. C'est qu'on est tous différents, mais on est tous ensemble en même temps. Je pense que moi, personnellement, je suis quelqu'un qui cherche toujours, qui me dit qu'il y a une raison pour tout. Et quand quelque chose se passe, j'essaie de tirer, même si c'est une fraction de l'ensemble, qu'est-ce qui a été positif dans tout ça ? Et comment est-ce que je peux grandir avec cette expérience ? Voilà, donc ça, c'est personnellement, je sais que je connais beaucoup de cas où quand il y a des choses comme ça qui arrivent, c'est très lourd. Et ça pèse et ça blesse. Ce sont des cicatrices qu'il faut juste vivre avec. C'est ça la vie, finalement.
- Speaker #0
Vraiment. Aujourd'hui, ça fait plus de 20 ans que tu es dans le milieu. Comment tu expliques ta longévité ?
- Speaker #1
Je pense que ma longévité a beaucoup à voir avec le fait que j'essaie de toujours rester égal à moi-même. Essayer d'être quelqu'un d'autre que soi, c'est se mentir. Essayer d'être quelqu'un qui n'existe pas. Et quand j'essaie d'être quelqu'un qui n'existe pas... qui es-tu finalement ? Donc je pense que rester égal à soi-même et essayer de trouver ce que toi tu as valeur ajoutée dans le monde finalement. Et ton identité à toi. Beaucoup de gens disent, il y a déjà un David O, il y a déjà un Akon, il y a déjà un Gims. Et ceux qui font, ils ont ce succès-là parce qu'ils sont eux. Donc, à chacun de trouver qui suis-je ? Qu'est-ce que moi, je vais pouvoir rajouter de beau et de magnifique sur cette terre ? Et je pense que c'est justement ce voyage-là qui s'appelle la vie, vraiment apprendre à se connaître réellement et d'accepter ce que tu es.
- Speaker #0
L'acceptation.
- Speaker #1
L'acceptation.
- Speaker #0
J'ai l'impression que c'est le plus gros challenge aussi, en tant que...
- Speaker #1
C'est très dur parce qu'on vit dans un monde qui cherche à nous... vouloir qu'on voit uniquement nos différences. Ouais, toi tu es garçon, toi tu es fille, toi tu vas porter du bleu, toi tu vas porter du rose, toi tu vas ci, toi tu vas ça. Ne fais pas ça. On est vraiment... Il est comme ça, elles sont comme ça, elles non. Alors que finalement, si on regarde vraiment toutes nos similarités, tout ce qui nous unit, on va se rendre compte que les différences, finalement, ne sont pas aussi importantes que ça. Je ne sais pas si j'ai répondu à ta question.
- Speaker #0
Tu as répondu, c'était assez philosophique. J'ai envie de te dire, là on arrive à peu près à la fin de l'entretien. Comme je l'ai dit, ça fait 20 ans que tu es là. Ça fait le tour de la planète, tu as fait des concerts partout. Tout à l'heure, tu me disais que tu as fait au moins 100 pays en concert.
- Speaker #1
Oui, oui, oui, plus ou moins, oui.
- Speaker #0
Je ne sais pas si tu te rends compte, c'est comme si pendant trois mois, tu fais un pays différent.
- Speaker #1
Tu vois ?
- Speaker #0
Donc, tu as dû rencontrer beaucoup de personnes. Quelle est la question qu'on ne t'a jamais posée et que tu aurais aimé qu'on te pose ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu aimes plus que la musique ?
- Speaker #0
Et du coup, qu'est-ce que tu aimes plus que la musique ?
- Speaker #1
J'aime Dieu plus que la musique. Et mes enfants. C'est vrai. S'il y a bien une chose que je sais très bien faire, c'est être parent. Je défie tous les darons là-bas. Vous voyez la caméra là-bas ? Tous les darons. C'est moi le meilleur.
- Speaker #0
Mon vieux, merci beaucoup d'avoir partagé avec moi cet entretien. Merci d'avoir partagé ton expérience, ton parcours. Tu as montré que la prise de risque pouvait payer à un niveau qu'on ne peut même pas s'imaginer finalement. Et j'espère que ça a pu édifier beaucoup d'entre vous et que ça a pu laisser une empreinte. Qu'est-ce que tu aimerais qu'on te souhaite ?
- Speaker #1
Que je puisse continuer à avoir un impact positif, non seulement sur moi, mais aussi sur mon entourage. Que je puisse continuer à contribuer. C'est bien d'être important, mais c'est encore plus important d'être utile. Moi, j'aime mes trucs.
- Speaker #0
Super. Merci beaucoup. Let's go. Black Prince ! Black Prince,
- Speaker #1
yeah, yeah, yeah. Oh,