- Speaker #0
Bienvenue chez The Patron, le podcast qui démystifie la réussite. Ici, le syndrome de l'imposteur se transforme en courage et la chance se provoque. Je suis Elvire, coach en leadership, je suis ravie de t'avoir parmi nous. N'hésite pas à liker et partager et enjoy. Aujourd'hui sur The Patron, un invité très particulier puisque c'est un patron. Bienvenue Romain Lio.
- Speaker #1
Bonjour !
- Speaker #0
Tu n'es pas une patronne, tu as accepté cette invitation sur The Patron, merci.
- Speaker #1
Ah bah tout à fait, c'est un vrai plaisir d'être ici, merci de m'accueillir.
- Speaker #0
Tu es en ce moment en train de promouvoir ce livre qui s'appelle Reset Fashion, on en reparlera un petit peu plus tard. Mais d'abord, je voudrais parler de ton parcours en tant qu'entrepreneur. Tu es le cofondateur de Adormi. Pour toutes celles qui ne connaissent pas encore Adormi, c'est parce que vous n'êtes pas assez américaine, c'est une marque de lingerie que tu as lancée aux Etats-Unis en 2012 ?
- Speaker #1
2012, oui.
- Speaker #0
2012, et que tu as depuis revendu à Victoria's Secret pour 600 millions de dollars.
- Speaker #1
Tout à fait, tout à fait. Sauf que ce n'est pas un tu, je dirais que c'était une équipe, c'est une aventure collective, donc nous.
- Speaker #0
Si on revient au tout début de cette histoire, vous étiez deux mecs, deux potes, puis quatre, rapidement quatre, à avoir cette idée un peu folle d'aller faire la révolution du marché de la lingerie, mais aux Etats-Unis.
- Speaker #1
Et oui, la vie prend des détours assez étonnants. on se voyait entrepreneur et puis on a essayé de chercher des choses et à l'époque c'était le début du e-commerce finalement donc on se disait il y a quelque chose à faire dans la mode avec la tech donc la tech c'était dotcom, voilà c'est ça la tech et en cherchant on voulait une idée qui était en vendant un produit entre 35 et 80 dollars pourquoi ? En dessous de 35, c'est très compliqué de vivre. Il y a Amazon qui est hyper fort en logistique. Au-dessus de 80, on se dit que personne n'achètera nos produits. Donc après, qu'est-ce que tu peux faire ? Entre 35 et 80 dollars, puis tu fais une liste, puis tu descends la liste et puis tu finis sur la lingerie.
- Speaker #0
Donc en fait, tu es parti du positionnement prix et ensuite tu as défini le type de vêtement ?
- Speaker #1
C'est plus compliqué que ça. Évidemment. Non, non, c'est plutôt... Tu regardes les choses de plusieurs facettes. Quand tu lances quelque chose, il y a toujours quelque chose un peu... un peu fou, j'ai envie de dire, et donc tu vas regarder le problème sous de nombreux angles. Je pense que celui-là, c'était à posturer un filtre qu'on avait utilisé au début, qui était assez puissant, c'était pas le seul filtre.
- Speaker #0
Tu disais, le « on » , il représente d'abord toi et Morgane. Vous étiez tous les deux des potes rencontrés chez McKinsey.
- Speaker #1
Oui, on a fait du conseil ensemble.
- Speaker #0
Vous avez fait du conseil, et moi, je me rappelle, on s'est rencontrés la première fois, j'ai une date très très précise. C'est le 27 octobre 2013, on était à New York à l'anniversaire d'une amie en commun qui s'appelle Adeline. Coucou Adeline. Et tu venais d'arriver à New York, tu avais fait quelques allers-retours, mais là ça y est, tu avais lâché ton job et tu venais vraiment t'installer à New York et on avait parlé de ce projet. Et moi je me rappelle à l'époque, j'avais travaillé pendant quelques années pour la maison La Perla et quand vous m'avez parlé de ce projet, je tiens à le dire, j'ai le nez très très fin, je me suis dit... C'est vraiment pas un business que j'aurais envie de lancer ! Quelle idée folle quand même de se lancer dans la lingerie ?
- Speaker #1
Oui, en fait, dans le marché de la mode, la lingerie c'est une niche assez particulière, qui fait un peu moins de 10% de la mode, et qui est en fait très compliquée. Alors tous les business sont compliqués, et tous les business de mode sont compliqués, mais la particularité de la lingerie c'est qu'il y a beaucoup de composants. Dans un soutien-gorge, il y a une cinquantaine de composants, alors que dans une chemise, il va y en avoir cinq, et dans un iPhone, il va y en avoir une centaine. Donc vous êtes entre l'iPhone et la chemise d'un point de vue nombre de composants, et ça en fait induit l'ensemble de la chaîne de valeur qui est assez particulière, avec des fabricants qui sont plus ou moins spécialisés dans la lingerie, eux-mêmes qui travaillent avec des fabricants qui sont un peu spécialisés, Donc en fait, c'est très différent des autres... des autres produits de la mode, juste d'un point de vue nombre de composants et ça induit sur la chaîne de valeur. Après, l'autre problématique, c'est les problématiques de taille parce qu'un t-shirt, vous avez six tailles alors que dans un autre si un gorge, vous avez une trentaine. Et donc, ça, la taille, déjà, ce n'est pas facile à faire. Il y a une partie ingénierie du produit qui n'est pas facile. Et puis, il y a aussi les problématiques de stock parce que pour qui travaille dans la mode, l'inventaire, c'est un gros sujet parce que c'est du cash immobilisé. Et en fait, pour commencer à vendre, Vous avez besoin d'avoir... Si vous voulez avoir 3 produits dans chaque taille, c'est 90 produits. Ça multiplie tout. Tout est multiplié. C'est très compliqué. C'est pour ça d'ailleurs que beaucoup de... Les entreprises de lingerie font régulièrement faillite, même s'ils sont venus, parce que c'est vraiment pas facile, et que les géants de la lingerie en fait sont pas des géants de la mode, chacun reste un peu dans son point. Vous avez évidemment toujours des marques de mode qui vont lancer une petite brassière et tout, mais... Si vous regardez les choses de manière un peu snob du point de vue de la lingerie, une brassinière, ce n'est pas de la lingerie.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
C'est différent. Vous n'avez que 4 ou 5 tailles, vous comprenez que ce n'est pas de la lingerie. Et souvent,
- Speaker #0
ils sous-traitent du coup à des personnes spécialisées là-dedans.
- Speaker #1
Des choses comme ça. Et donc, du coup, c'est vrai que c'est très complexe la lingerie par rapport à ça. Et je pense que c'était notre chance à la postéorie, parce que déjà, on était un peu fous, parce qu'on ne se rendait pas compte de la complexité. Donc, on est rentré dedans sabre au clair. et aussi je pense que Nos qualités, qui étaient plutôt être des gros geeks qui étaient assez forts en chiffres, étaient mises à profit dans le marché de lingerie. Si on avait voulu lancer une marque de jeans ou de chemise, je pense que l'aventure n'aurait pas été la même.
- Speaker #0
Oui, parce que là, du coup, finalement, c'est le fait que ce soit, bien que ce soit un secteur sinistré à cette époque-là, il y a vraiment beaucoup d'entreprises qui font faillite. Vous, vous vous dites, là, il y a une opportunité parce que c'est un produit très complexe. Et d'ailleurs, vous ne choisissez pas la simplicité puisque vous avez dès le début cette idée d'être super inclusif et donc de proposer un grand éventail de tailles. Et donc là, vous vous dites, il y a un coup à jouer, à essayer de simplifier, processer. C'est quoi du coup votre arme secrète ?
- Speaker #1
Déjà, je pense que les armes secrètes, elles ont toujours évolué au cours du temps. Tu dois toujours te rendre en tête. Je pense qu'il y a... Aucun business, surtout quand tu te lances, où tu dis c'est notre arme secrète et tu vas la mener pendant 5 ans, parce que sinon quelqu'un d'autre va te prendre ton arme secrète et l'utiliser. A l'époque du dot-com, la révolution c'est que tu n'avais pas besoin de magasin. Maintenant ça semble évident, mais c'était des nouveaux comportements, c'était en croissance et tout. Donc c'était plus ou moins cut the middleman, c'est-à-dire que tu n'as pas besoin d'autant d'intermédiaires, tu n'as pas besoin de magasin, et du coup ça te permet d'avoir des produits qui étaient compétitifs d'un point de vue qualité-prix, qui étaient vendus directement aux clients, Et en ligne. la concurrence était beaucoup plus faible qu'aujourd'hui. Et donc, du coup, on pouvait très vite être au même niveau que les géants autour de nous.
- Speaker #0
Avec une super politique d'échange.
- Speaker #1
Avec une super politique d'échange, mais même en faisant de la publicité en ligne. C'était le début de la publicité sur Facebook, qui au début était une vraie révolution parce que tu pouvais faire un targeting très précis. Et c'était vraiment pas cher. Les prix sur Facebook, ils ont fait x30 depuis 2013. Donc c'était possible de gagner de l'argent en faisant la publicité sur Facebook à l'époque, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui dans la mode. Donc en fait, on a eu, je pense que comme toute aventure entrepreneuriale, on a eu de la chance, il faut quand même le reconnaître, et une conjonction de facteurs, certains qu'on avait anticipés, c'est complexe, il y a peut-être quelque chose à faire, c'est bon, price point, et aussi des choses qu'on n'avait pas vraiment vues, c'est-à-dire il y a des tendances de fonds qui nous ont favorisé à l'instant T, et sur lequel on a surfé, qui nous ont permis d'atteindre le premier million, et puis après c'est un... encore une autre aventure, un autre avantage concurrentiel qu'on a su développer graduellement. D'ailleurs, on n'a pas commencé directement avec les tailles inclusives. On a commencé sur des ventailles de mode classiques. Mais très vite, on s'est dit vous êtes des Français, vous arrivez aux Etats-Unis, vous remarquez que la mode inclusive c'est quand même un sujet. On s'est dit qu'on allait sur ce marché-là parce qu'il y a un coup à jouer. Au bout d'un an, c'était tôt, mais ce n'était pas immédiatement. Ça, ça fait partie des armes qu'on a développées au cours du temps.
- Speaker #0
Donc c'était avant ou après le premier million de chiffre d'affaires ?
- Speaker #1
Je dirais à peu près au premier million. C'était pas immédiat. Mais là, on s'est heurté à d'autres types de difficultés. C'était pas facile de faire des produits de grande taille, donc c'est pas la même chose. La raison pour laquelle il n'y a pas de produits de grande taille dans la lingerie, où il y avait très peu à l'époque, c'est que c'est une autre construction, c'est d'autres moules, c'est d'autres fournisseurs. Les fournisseurs qui en faisaient ne veulent pas en faire. Il y avait aussi des problématiques de positionnement. Qu'est-ce que tu veux dire par là ? Le DA de Victoria's Secret... de l'époque, donc il a été viré entre temps, mais il disait qu'il est hors de question d'avoir un produit de grande taille dans le magasin.
- Speaker #0
Parce qu'on ne veut pas de femme de grande taille dans le magasin.
- Speaker #1
D'ailleurs, ce n'était pas forcément Victoria's Secret, c'était une autre marque et ce n'était pas possible parce que ça n'allait pas. Il y a aussi des problématiques de positionnement prix parce qu'en fait, les produits que vous faites coûtent on va dire 50% plus cher. Donc imaginez, vous avez un soutien-gorge, vous pouvez le vendre à 40$, mais en fait, si vous voulez voir le même dans la grande taille, tout devrait converger pour dire que vous avez le pricé à 60 dollars ? ça coûte 50% plus cher et puis ça se répercute. Est-ce que vous le pricez à 60$ ? Non, c'est inacceptable parce que ce serait de la discrimination. Donc vous le ferez à 40$. Donc du coup, les gens disent qu'en fait, on ne préfère pas faire pour préserver notre marge, que perdre sur les grandes tailles. Bref, l'industrie n'était pas prête pour ça, n'était pas structurée. Donc on s'est dit, hop, allez, on l'attente. Et puis petit à petit, c'est devenu quelque chose. Et puis après, c'est devenu beaucoup plus mainstream. Et maintenant, je pense qu'une marque de lingerie ne peut pas ne peut pas Avoir des produits de grande taille. Mais bon, il y a tout un spectre. Jusqu'à où la grande taille ?
- Speaker #0
Et reste, il ne le fait pas encore.
- Speaker #1
Chacun a sa politique des produits et des prix. Hein, c'est vrai ?
- Speaker #0
Si on revient au tout début, avant le million, avant le premier million de chiffre d'affaires, vous êtes quand même quatre mecs. Enfin, j'ai envie de dire, parce qu'on est sur The Patron, non mais le culot des mecs qui débarquent aux Etats-Unis et qui se disent, nous, on va réinventer la lingerie pour femmes. Qu'est-ce qui vous a pris et qu'est-ce qui vous a aidé à ce moment-là pour avoir ce projet qui, pour le coup, vous ne pouviez pas... paraître pas très légitimes sur ce secteur d'activité ?
- Speaker #1
Oui, alors tu poses une bonne question sur la légitimité. Je pense que quand tu lances un projet entrepreneurial, c'est toujours extrêmement dur parce que tu n'as pas beaucoup de cartes dans ton jeu. Alors évidemment, il y a toujours des exceptions, quelqu'un qui est hyper légitime, il connaît le sujet, mais en fait, souvent, la plupart des entrepreneurs, ils ont leur force de travail, la bonne idée, quelques... quelques actifs, des connaissances et tout, mais enfin globalement, tu n'as pas un super jeu. Et donc du coup, il faut aller un peu au culot. C'est ce qu'on a fait et je pense que c'est ce que font beaucoup d'entrepreneurs qui se lancent. Par rapport à la question de la légitimité, parce qu'on est sur The Patron, je pense qu'effectivement, tu ne peux pas te permettre d'avoir le syndrome de l'imposteur, parce que la vérité, c'est que tu es un imposteur, donc il faut y aller sabre au clair tout le temps. Et donc, ce serait peut-être un des facteurs, d'ailleurs, qui explique pourquoi il y a une surreprésentation des hommes, vraiment, tout au début, dans l'entrepreneuriat, parce que peut-être qu'ils se posent moins de questions. Autant, dans les organisations plus grandes et plus complexes, ne pas se poser de questions, c'est un vrai problème. Autant, quand tu commences, en fait, il faut y aller à l'esbrouf, quoi. Et donc, je pense que ça a joué.
- Speaker #0
Parce que toi, tu as quand même quitté un job de consultant chez McKinsey. d'un point de vue social quand même très valorisant. À aucun moment, tu t'es dit « Là, je suis en train de me mettre à risque. Je pars. C'est trop l'inconnu. » Oui,
- Speaker #1
mais en fait, c'est un peu l'aventure entrepreneuriale. C'est le marketing de l'entrepreneur. Oui, tu as ça. Puis, tu es à New York. C'est sympa. On a eu la chance que ça démarre assez vite pour ne pas se poser trop de questions. Je pense que c'est beaucoup plus dur. Et j'en vois des gens qui lâchent tout, qui lâchent le confort d'un boulot corporate et qui se lancent. Première année, en fait, tu as la foi du charbonnier, tu l'as. Mais en revanche, comme souvent, ça met minimum 3 à 4 ans pour décoller. La deuxième année, la troisième année, la quatrième année, c'est là où tu as tendance à te dire est-ce que j'ai bien fait et à te poser des questions. Nous, on a eu la chance que ça décolle suffisamment vite. Pour pas qu'on ait besoin de se poser ces questions-là. Et puis après, il y a le côté équipe. Je pense que ça, c'est très important. C'est avec qui t'es entouré, est-ce que tu t'amuses et tout. Je pense que la combinaison de t'es seul et que ça met du temps à décoller, c'est beaucoup plus dur de se dire, mais dans quelle galère je me suis mis. Et donc, après, chacun son aventure.
- Speaker #0
Quand vous avez démarré tous les quatre, est-ce qu'à un moment, vous vous êtes dit, on se donne tant de temps ? Parce qu'en fait, il peut y avoir un moment où celui qui a plus faim que d'autres va se décourager plus vite. Est-ce que vous vous êtes mis un délai ou pas du tout ? Vous aviez vraiment autant la confiance que ça allait marcher ?
- Speaker #1
En fait, c'est marrant, dans la vie, tu as des tas de questions que tu ne te poses pas tellement. parce que t'as tellement d'autres sujets donc tu ne raisonne pas en je me donne un deadline de 24 mois c'est plutôt on y croit, ça avance tu crois aux signaux t'interprètes positivement tous les petits signaux faibles tu vois si je fais de manière un peu provocatrice le fait de se donner une deadline en se disant je vais me faire trois critères et puis si on est là, c'est le confort de corporate tu vois en fait ça ne marche pas comme ça Non mais... Alors après, il y en a qui arrivent à le faire et qui sont hyper rationnels et qui arrivent. Et je pense que c'est très important parce que justement, c'est des mécanismes finalement pour éviter trop de biais cognitifs, de dire je vais me refaire et tout. Tu dis quand est-ce que tu arrêtes tes pertes ? Mais en fait, tu te plais, tu as des choses qui viennent, tu crois, puis tu commences à lever, puis tu as un peu de traction, mais qui ne sont pas grand-chose au début. Mais bon, tu t'accroches à tes petits signes d'espoir.
- Speaker #0
Mais tu vois même le fait de lever, tu dis on a commencé à lever, je crois que les levées de fonds, c'est 97% des levées de fonds qui sont menées par des hommes, les femmes ont beaucoup de mal, les femmes entrepreneurs.
- Speaker #1
Tu m'apprends quelque chose, mais ouais ça m'étonne pas.
- Speaker #0
C'est un faible, le ratio il est ridicule. J'ai vraiment envie qu'on se nourrisse de cette, tu parlais de désbrouffe masculine, mais parce qu'il y a tellement de femmes qui quand elles entreprennent, elles entreprennent avec peu d'ambition. Toi, direct, tu t'es dit, ça va marcher, on va lever des millions. Comment ça s'est transformé dans ta tête ?
- Speaker #1
À mon avis, ce qu'il faut, pour moi, la leçon, c'est que... De toute façon, c'est toujours très dur pour tout le monde au début. Ne pas être trop intelligent et ne pas se poser trop de questions. Je pense qu'au début, c'est finalement pas mal. Parce que... t'as pas trop de temps à perdre et puis tu vas s'abrocler. Et ça malheureusement le sein de l'imposteur font qu'on se pose trop de questions et on n'ose pas alors qu'en fait il faut oser, ça fait partie du jeu donc il faut être joyeux de se prendre 20 portes fermées en disant la 21ème c'est la bonne. Mais il faut se dire c'est normal, ça fait partie du processus de se prendre 20 portes fermées. Faut pas avoir d'ego aussi. Et après...
- Speaker #0
C'est important ce que tu dis, parce que là, on voit, on a avec le recul, on voit les millions et tout, mais tu te les es pris, les 20 portes fermées ? Évidemment.
- Speaker #1
Je pense que toute aventure entrepreneuriale, tu as une grande part de chance. Les gens n'osent pas le dire,
- Speaker #0
il n'y a pas de secret,
- Speaker #1
de timing, des rencontres. Après, c'est beaucoup de travail, et puis après, c'est des qualités intrinsèques de l'équipe, de la tech. Moi, je connais des tas d'entrepreneurs qui étaient incroyables et qui n'ont finalement pas eu de chance. Donc, il faut le reconnaître. Mais face à cette adversité, parce que tu as plein de vents contraires, il faut pouvoir avancer sans se poser trop de questions, je pense. Et puis après, ça évolue, tu rajoutes un peu de rationalité et tout. Mais voilà, au début, tu fais avec ce que tu as. Et en fait, tu n'as pas beaucoup et tu dois faire beaucoup.
- Speaker #0
Et tu y vas quand même. Tu me parlais de vos premières campagnes de publicité à New York. Tu peux raconter comment ça se passait pour vous ?
- Speaker #1
tu me donnais un exemple de pourquoi se poser cette question au début t'as pas d'argent, tu veux faire un photoshoot t'es avant MeToo, tu vas dans la rue et tu vas parler à une jeune chambre pour dire on est une marque de mode, de lingerie et on veut faire un photoshoot avec toi tu serais fantastique Et évidemment, heureusement d'ailleurs, tu te prends beaucoup de portes. Mais c'est comme ça que tu fais. Et après, on peut rigoler en se disant, mais ce n'est pas possible et tout. Bah ouais, mais en fait, tu es en 2013, tu es à New York, tu n'as pas d'argent, tu dois faire tout ce shoot. Et les résultats, à postériorité, n'étaient pas incroyables en termes de qualité. Mais en fait, c'était là. Et donc, quelques années plus tard, on pouvait rire, on pouvait se gorger et tout. Mais en fait, bah ouais, mais tu fais finalement avec rien. Et ça, c'est un exemple de porte qu'il faut être prêt à se prendre. Et puis après, tu construis là-dessus. par rapport à... A ta question sur Patron et tout, je pense qu'il faut forcer la nature et je pense que c'est plus dur pour ceux qui sont trop cérébraux par rapport à ceux qui le sont moins. Moi, j'avais la chance de monniquir des gens qui étaient encore plus bourrins que moi. Je pense que c'est important. Et puis après, petit à petit, tu amènes de la profondeur et tout. Et je pense qu'un des facteurs clés de succès pour se donner du courage, c'est de s'inscrire dans une cause plus large. Je pense à une entrepreneuse exceptionnelle comme Emma de la marque Almé de mode inclusive. En fait, elle a la cause de la mode inclusive. Et donc, du coup, ça lui donne du courage pour avancer. Donc, je pense que s'inscrire dans une cause plus large te donne du courage que tu n'aurais pas si c'est juste, bon, c'est pour mon business, je veux gagner un peu d'argent. Ça, c'est une espèce de petite...
- Speaker #0
Trouver son why.
- Speaker #1
Ouais, trouver son why profond. Et du coup, voilà, tu y vas, quoi.
- Speaker #0
Donc, vous y êtes allé à fond. Alors, on ne va pas se refaire tout l'historique de Adormi avec le fait que, finalement, vous avez refilé votre beau bébé, Victoria Secret, contre... Une très jolie retraite avancée. Quand est-ce que tu as lâché complètement Adormi ?
- Speaker #1
Alors moi, je suis parti fin 2024. Donc deux ans après l'achat, l'intégration. Et en fait, j'ai arrivé à une autre période de ma vie. Je me suis dit, bon, il est temps de faire un peu autre chose. Et puis là, l'entreprise était suffisamment forte. On n'avait plus besoin de moi. Et je pense que si je dis ça avec beaucoup de... Beaucoup de candeur et de joie parce qu'en fait, l'équipe était suffisamment forte. Donc en fait, tu n'as plus besoin. Je pense que c'est la transmettre le bâton. C'est un, je le vois comme un facteur de réussite en disant, il y avait plus ou moins. Et c'est normal parce qu'en fait, au début, ça ne tient sur pas grand chose. Je parlais des sbroufs. Après, heureusement, tu as quand même des vrais actifs et ça ne tient plus à les sbroufs. Vous avez créé un vrai truc solide. C'est ça, exactement.
- Speaker #0
Comment tu l'as vécu personnellement de fermer ce chapitre ?
- Speaker #1
Moi, plutôt bien. Je dois reconnaître que j'ai eu la chance de prendre un petit break en Polynésie en famille, ce qui m'a beaucoup changé les esprits, et de faire un truc radicalement différent et très sympa. Donc j'ai bien trouvé. Après, c'est vrai que tu as toujours une petite phase de nostalgie, tu prends des nouvelles et tout. Mais je pense que c'est un peu comme quand tu te souviens de tes études. Ah, c'était le bon vieux temps, mais en même temps, tu étais content de bouger dans la vie.
- Speaker #0
Tu étais prêt.
- Speaker #1
Dans la vie active. Donc à un moment, tu es prêt. Mais c'est vrai que c'est toujours un petit pincement de cœur. Je pense que prendre un break, c'est indispensable. Et puis après, revenir sur de nouveaux projets, c'est bien aussi.
- Speaker #0
Un an à Tahiti et tu reviens avec un livre ou tu l'as écrit juste après ?
- Speaker #1
Je l'ai écrit à mon retour.
- Speaker #0
À ton retour.
- Speaker #1
À mon retour.
- Speaker #0
Reset Fashion, donc, avec une très jolie couvre. On voit New York et Paris avec des soutiens-gorges. Et en même temps, ce n'est pas juste l'histoire de Adormi. C'est tout un travail, toute une réflexion que tu as sur... Justement, la durabilité et ce secteur de la mode au global, qui est un secteur qui a du mal à allier objectifs environnementaux, RSE et performance. Qu'est-ce qui t'a motivé à écrire ce livre ?
- Speaker #1
Très bonne question. Je pense qu'à Dormi, on n'a pas du tout commencé dans la durabilité, mais on a fait un vrai shift à partir de 2019, en mode, en fait, il faut y aller. On pourrait revenir sur cet épisode-là. Et après, on a... fait les choses à notre manière, qui était assez atypique par rapport à l'industrie. C'est-à-dire qu'on a mis beaucoup de data, beaucoup de technologies, beaucoup de cœur et faire les choses pas comme les autres font, mais comme nous, on pensait qu'ils étaient bien, avec un certain nombre de paris qu'on a pris.
- Speaker #0
Vous avez essayé de révolutionner le business model.
- Speaker #1
Certains perdants, certains gagnants. Et en fait, j'en étire un certain nombre de leçons. Et c'est un peu le... une espèce de fil d'Ariane dans le livre. Mais effectivement, Adormi n'est qu'un prétexte pour parler du sujet de la durabilité, des enjeux dans la mode, pourquoi c'est important, qu'est-ce qui ne fonctionne pas. Parce que je pense qu'il faut avoir un diagnostic lucide sur le sujet. Il y a beaucoup de choses dans la durabilité en général, mais particulièrement la durabilité dans la mode, qui ne fonctionnent pas et en fait, on s'est un peu planté. Mais il faut les nommer. Et puis, expliquer en profondeur comment fonctionne le secteur. parce que les solutions simplistes qui ne prennent pas en compte le réel, c'est sympathique, mais ça ne fait pas avancer le réel. Et puis après, une fois que tu es montré, il y a un chemin parce qu'il y a quand même déjà une nécessité d'avancer sur la durabilité. On l'a bien vu à Paris ces dernières semaines, nous avons eu deux épisodes de canicule. Mais aussi, il y a une possibilité. Donc en fait, un chemin de crête, ce n'est pas facile. Et comme tu l'as dit, la mode n'a pas réussi historiquement mois. allier business, bonnes intentions, et pourtant je pense qu'il y a un chemin. Mais il faut savoir nommer les choses. Aujourd'hui, la mode, c'est une des industries qui pollue le plus. C'est environ 6 à 8% des émissions carbone du monde, donc c'est 5 fois plus que le transport aérien. C'est une catastrophe d'un pendulon sur d'autres extériorités négatives comme la biodiversité, comme l'eau, et c'est bien dommage parce qu'il y a des choses à faire. Et en fait, faire la mode durable, c'est un peu une oxymore, parce que notre consommation produit du déchet. Mais tu peux faire une mode qui est deux fois moins négative sur la planète tout en ayant des vêtements. Mais pour faire ça, il faut faire un peu différemment. C'est un peu le but de ce livre.
- Speaker #0
Donc, ce n'est pas seulement de taper sur Chine et ses marques chinoises et de promouvoir... Une non-consommation, ce n'est pas du tout ça son propos. Au contraire, c'est plutôt d'expliquer qu'est-ce qui rend le sujet complexe, même pour tous ceux qui essayent d'avoir des bonnes initiatives et ouvrir des pistes d'organisation, pas que de système de production.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Plusieurs questions. Je parle de Chine et en quoi c'est effectivement une catastrophe, mais que aussi ça pose un certain nombre de questions et de manières de faire. qui peut être un chemin pour la mode de demain. Quand même, Chine, ils ont réussi avec de la data à améliorer un certain nombre de choses, à atteindre une vélocité, une intelligence collective et systémique que personne n'a réussi à matcher dans la mode. Donc, ce n'est pas mis au service d'une bonne cause parce qu'au final, ils produisent plein d'horreurs, donc ça pollue beaucoup. Mais quand même, il faut reconnaître qu'il y a une très grande intelligence. Tu as aussi parlé d'un autre sujet, c'est la sobriété. Et je le range dans ce que j'appelle un peu les fausses bonnes idées. C'est-à-dire que, oui, sur le papier, la sobriété, ce serait une des solutions que les gens consomment moins. Pas forcément pour la mode, mais pour beaucoup de choses. C'est un peu un non-dit de l'industrie, puisqu'évidemment, qui dit sobriété dit réduire les business de 50% et personne ne veut entendre parler. Mais je pense que c'est aussi une fausse bonne solution parce que... Aujourd'hui, les clients n'en veulent pas. C'est ça la vérité. C'est qu'aujourd'hui, la mode n'a jamais vendu autant de vêtements. Il y a la consommation qui a fait x2 en 20 ans. Et même en France, où on parle de sobriété toute la journée, les seuls qui sont plus sobres... C'est les gens qui n'ont pas d'argent. Donc en fait, c'est... Et encore, eux-mêmes achètent sur Chimine. C'est pas par choix. Et donc en fait, pourquoi ? Parce que c'est là où il faut comprendre la mode. La mode, c'est une industrie qui est assez particulière, qui a un vecteur d'identité très fort. Les gens, c'est pas qu'ils mettent un vêtement pour s'habiller, c'est pas un produit d'habillement. C'est un accoutrement, j'en prends le terme un peu à dessein, qui est un peu provocateur, qui est signifiant, c'est-à-dire que vous vous habillez d'une certaine manière, vous envoyez un message, qui vous êtes.
- Speaker #0
Ça peut avoir un impact sur la confiance.
- Speaker #1
La confiance en soi, vous pouvez passer pour quelqu'un de cool. Et en fait, ce vecteur d'identité, on vit dans une époque où on voit bien que toutes les problématiques identitaires sont assez fortes, on s'affirme son identité, des choses comme ça, et en fait la mode surfe sur ces tendances-là, et on ne reviendra pas. À l'habit paysan d'il y a deux siècles, tout le monde était habillé de la même façon. Et donc en fait, à partir du moment où les gens sont dans une volonté d'identité qui passe par le vêtement... Ils consomment des vêtements. On peut dire que c'est dommage, mais c'est une réalité. C'est très particulier par rapport à d'autres secteurs. Par rapport à l'environnement, les Français baissent la température de leur chauffage, moins 1,5 degré au moyen au cours des dix dernières années. Ils sont prêts à manger moins de viande. Ils font des choix assez forts. Pour la mode, c'est « Ah non, mais alors là, la sobriété, c'est pas pour nous » . Alors, ça pose un certain nombre de questions. On peut dire qu'il faut changer nos représentations, tout ça. Donc, je pense qu'on va y aller. Mais en fait, on va mettre beaucoup de temps à changer nos représentations parce qu'en attendant, il y a cette vague de « Qui es-tu ? » « Qui je suis ? » et j'envoie un message sur lequel surfent les marques de mode. Donc, le parti pris que j'ai dans ce livre-là, c'est de dire « Bon, ben, la consommation, elle sera ce qu'elle a en termes de pièces vendues. Ça serait bien qu'on en vende moins, mais bon, ça reste là. » Comment on s'assure que chaque vêtement vendu réduit son empreinte environnementale de 50% ? Parce que c'est un lieu... Et en fait, là, c'est possible. C'est ce que j'essaie d'expliquer dans mon livre. Et puis, ce travail sur... On explique comment on fait ces 50%.
- Speaker #0
Donc, ton propos, c'est... Arrêtons de nous battre et essayer de convaincre tout le monde d'acheter moins de t-shirts. Assurons-nous déjà que chaque t-shirt produit soit beaucoup moins polluant pour la planète.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Comment on arrive à faire ça réellement ?
- Speaker #1
Voilà. Exactement. Et en fait... Quand je dis arrêtons de nous battre, c'est parce qu'en fait je pense que ça fragilise le débat et en fait on n'avance pas, donc en fait on est bloqué. Donc il y a une situation de blocage, on met trop d'énergie là-dessus et en fait tout est un peu bloqué parce que les leviers, les gens ne veulent pas rien faire. Donc je préfère dire bon bah ok, qu'est-ce qui fait consensus ? Bah je pense que personne aujourd'hui dira ça serait bien de réduire l'empreinte environnementale de chaque vêtement vendu. Et donc là il y a du travail à faire et puis bah...
- Speaker #0
Et c'est vraiment très complexe. Moi, j'ai une amie qui a créé une... et qui est sur le podcast, l'épisode... je ne connais pas le numéro encore, mais c'est Daphné. Ici, ce sera l'épisode 37, qui a créé une marque qui se voulait éco-responsable. Et elle n'a pas réussi. C'était trop complexe d'arriver à sourcer, de s'assurer vraiment que chaque tissu avait vraiment une bonne traçabilité. En fait, c'était d'une lourdeur, c'était vraiment un défi. Elle a essayé pendant deux ans, ça marchait bien, mais pour elle, c'était trop énergivore. Donc parle-moi justement de... Tiens, on en parlait juste avant de la zone 3. C'est quoi le point sur la zone 3 ?
- Speaker #1
Ah, alors le SCOP3.
- Speaker #0
Ah voilà, tu vois, je ne l'ai même pas retenu. Parle-moi du SCOP3.
- Speaker #1
Alors, le SCOP3, c'est une comptabilité carbone qui n'est pas propre à la mode, qui cherche à découper en SCOP1, SCOP2, SCOP3, les impacts carbone qui sont générés par soit des entreprises, soit des industries, soit des pays. Donc on parle de SCOP1 de la France ou de SCOP3 de la France. Ça correspond à SCOP1, c'est les émissions directes d'une entreprise. Scope 2, c'est... Direct plus, j'ai envie de dire, la consommation d'énergie pour les activités de l'entreprise. Et scope 3, c'est tout ce qui est les sous-traitants qui ont été nécessaires pour avoir une activité d'entreprise. Vous êtes Air France, le scope 1, ça va être le kérosène que vous brûlez dans votre avion. Le scope 2, ça va être l'électricité qu'il y a à l'aéroport. Et puis le scope 3, ça va être toute l'énergie qui a été utilisée pour faire les plateaux repas qui sont servis, l'eau, la nourriture. Et chaque industrie peut finalement déterminer quel est son scope 1, scope 2, scope 3. Et il y a des industries comme la construction ou l'industrie aérienne qui ont plus de 60% de leurs émissions qui sont le scope 1, donc ils s'attaquent à ça, parce qu'effectivement c'est la majorité. Et en tant que, quand vous êtes une entreprise, c'est plus facile de s'attaquer au scope 1 qui est directement à votre main qu'au scope 3. Et donc c'est une démarche qui est salutaire. Alors, dans le cas de la mode, la particularité c'est que 99% des émissions c'est du scope 3.
- Speaker #0
Qui est lié finalement à la sous-traitance et aux partenaires avec qui tu travailles. Exactement,
- Speaker #1
c'est tes fournisseurs, tes fournisseurs des fournisseurs, tes fournisseurs des fournisseurs, toute la chaîne de valeur. Et donc là l'approche c'est qu'il y a beaucoup de marques qui ont dit on va travailler sur nos Scope 1. Et là je dis en fait je pense que ça ne fonctionne pas, je vais le dire gentiment, parce que le Scope 1 étant tellement faible par rapport à l'enjeu, il faut aller direct sabre au clair sur le Scope 3. Et évidemment, il y a un certain nombre d'inconnus et ce n'est pas toujours facile, mais en fait, on sait quand même quels sont les grands leviers au sein du scope 3 sur lesquels il faut travailler. Oui,
- Speaker #0
parce que ça implique, excuse-moi, que tes fournisseurs et tes sous-traitants soient très bons sur leur propre scope 1, scope 2 et scope 3.
- Speaker #1
Parfois, en tant que donneur d'ordre, tu peux quand même influencer et travailler avec eux pour améliorer leur empreinte sur scope 3. Je te donne un exemple. La moitié des émissions de carbone de la mode, C'est lié à la teinture, donc c'est la couleur. Tu vois ma chemise bleue là, elle est bleue. En fait, ça, c'est la moitié des 6 à 8 %, donc c'est environ 4 % de carbone mondial. C'est la teinture, c'est la couleur de tes vêtements. Donc c'est trois fois le transport aérien. La teinture, pourquoi ça pollue autant ? C'est qu'en fait, tu fais chauffer beaucoup d'eau, donc la taille d'une piscine, tu la fais chauffer à 200°C pendant 3 jours, tu mets un vêtement blanc, d'ailleurs ce n'est pas un vêtement, tu mets un tissu blanc, tu mets un peu de couleur et tu attends 3 jours et la miracle, tu trouves ton bleu, t'es ravi. Ce n'est pas très efficace, surtout que c'est souvent, comme ça pollue beaucoup, dans des pays qui ont un mix énergétique un peu pourri avec beaucoup de charbon. Donc là, la teinture, c'était une horreur.
- Speaker #0
Donc il ne faut qu'on ne mette que des vêtements blancs.
- Speaker #1
C'est que la partie carbone. Ça, c'est que la partie carbone. C'est aussi 20% des pollutions mondiales des eaux et des produits chimiques partout. Parce que la seule innovation qu'il y a eu au cours des 100 dernières années, c'est rajouter des produits chimiques pour chauffer que pendant deux jours au lieu de trois jours. Mais ce n'est pas génial, parce qu'après, tu as de l'eau avec des produits chimiques. Et en fait, il y a des solutions qui commencent à émerger qui permettent justement de réduire fortement cette empreinte. qui n'existait pas il y a 5 ans. C'est très récent. Tu peux utiliser de la chimie verte pour justement, au lieu de chauffer ta grande quantité d'eau, tu fais des teintures à froid. Il y a une entreprise en France qui s'appelle Everdye, où c'est des chercheurs sur le plateau de Saclay qui ont trouvé un processus qui permet de faire ça. Donc là, tu réduis de 99% tes émissions qui sont liées à la teinture, ce qui est quand même dingue. 4% des émissions mondiales, tout le monde utilisait... La technologie Everdye, tu aurais pu. Gros impact. C'est quand même gros impact. C'est à peu près les émissions de carbone de la France. Et puis il y a d'autres processus qui ne réduisent pas de 99%, mais qui vont réduire de 25% juste en optimisant la manière dont tu vas chauffer et tu vas utiliser tes machines pour faire ta teinture. Donc en fait, il y a quand même des leviers qui arrivent. Mais généralement, comme ça se passe au niveau du... sous-traitant du sous-traitant de la marque de la mode, ça n'intéresse personne. Tu n'entends jamais parler de la teinture et c'est bien malheureux. J'aimerais bien qu'il y ait des fashion teinture week, tu vois, régulièrement. Et c'est dommage parce que c'est là où il y a des vrais leviers. Et en plus, c'est des leviers où, d'un point de vue juste business, tu as un très bon ROI. C'est-à-dire que ce n'est pas non plus des choses qui coûtent des fortunes ou qui sont impossibles. Donc en fait...
- Speaker #0
Ça ne coûte pas beaucoup plus cher d'utiliser cette technologie ?
- Speaker #1
Parfois c'est iso-cost, parfois ça coûte moins cher parce que tu n'as pas d'utilisation d'énergie. Ça c'est plutôt quand tu optimises et puis parfois c'est un tout petit peu premium et on parle d'une différence de 15 centimes sur un vêtement à 50 dollars. Voilà, moi je veux parler du scope 3 parce que je dis la mode, arrêtons de parler du scope 1, ça ne sert à rien, c'est sympathique mais ça n'a aucun intérêt par rapport aux enjeux et à tant que nous, au scope 3 et au gros lieu du scope 3.
- Speaker #0
Ton livre est bien documenté, tu vas en profondeur mais tout en gardant une approche très pédagogique sur les sujets, c'est très intéressant pour toutes les personnes qui travaillent dans le secteur de la mode. ou qui ont envie mieux de comprendre, tout simplement parce qu'on est tous consommateurs de mode. C'est intéressant d'être un petit peu mieux informé sur ce sujet dont tout le monde parle, mais avec peu d'idées claires sur ce qui se joue derrière. Ce que j'aimais bien aussi dans ton approche, et c'est toute la première partie, on reviendra après sur le sujet du leadership, mais tu avais cette idée de nous sommes pleins de très bonnes intentions qui ont eu des effets pas si favorables que ça. Est-ce que tu peux un peu développer cette idée-là ?
- Speaker #1
C'est une théorie des organisations qui date des années 60, qui dit que c'est les conséquences non intentionnelles des bonnes intentions. Donc c'est typiquement Airbnb, tu veux louer ta chambre, c'est sympathique pour gagner un peu d'argent, et puis tu as Barcelone qui n'a que des Airbnb. Et en fait, il y a beaucoup de choses, je pense, qui se sont passées dans la mode, où les gens voulaient bien faire. Il y a eu beaucoup d'initiatives, on a beaucoup entendu parler. Franchement, pour avoir passé beaucoup de temps avec les gens de la mode, c'est pas que les gens étaient cyniques en disant on s'en fout. Je pense qu'ils voulaient bien faire. Ça n'a pas marché. Et pourquoi ? Parce que dans les systèmes complexes, il y a d'autres choses qui se passent. Et je pense que la mode était finalement parfois un peu victime de ses propres illusions. Et ils se sont dit que c'était un exercice de communication, de branding. Alors qu'en fait, ce n'était pas qu'un exercice de communication. C'est un exercice scientifique de regarder en profondeur. Et c'est ce que j'essaie de faire d'une certaine manière à travers mon livre. Et pour lequel la mode n'était pas toujours bien équipée. qu'il n'y avait pas les bonnes priorités. En tout cas, ça n'a pas fonctionné, parce que tous les secteurs sont globalement à peu près décarbonés, mais le secteur de la mode, année après année, augmente ses émissions de carbone. Donc, qu'est-ce qu'on fait face à ça ? Il y a quand même un problème. Mais je ne pense pas que ça partait d'une mauvaise intention. Je pense que ça n'a pas pris les pieds dans le tapis. Et donc, le but de la première partie du livre, c'est un peu taper du poing sur la table pour dire, Alors bon... c'est super les bonnes idées, les fausses bonnes idées, je préfère les dénoncer et les mettre sur la table, quitte à un peu froisser quelques personnes, pour pouvoir apprendre des leçons qu'on peut en tirer, parce qu'il y a des leçons à en tirer, et puis faire des choses qui soient un peu plus utiles, et que dans 10 ans, on se dise, ah enfin, ça y est, la mode a vraiment réussi à décarboner, et puis il y a des tas de choses à faire, donc est-ce qu'on peut décarboner plus vite ?
- Speaker #0
Parce que pour toi, c'est possible. C'est possible de créer une mode qui soit rentable et aussi moins polluante.
- Speaker #1
Ah bah complètement ! Bah je dirais, de toute façon, c'est possible, c'est indispensable, et ça va arriver. Enfin, ce que les gens ne voient pas, c'est le rouleau compresseur chinois qui va arriver et qui va proposer, et qui commence à proposer, de la mode plus durable à bon prix. Et qui vont faire un carton. Comme aujourd'hui on voit les BID, les constructeurs de l'automobile chinois, ça va être la même chose dans la mode. Donc on peut se gosser de Chine, dire que c'est des grands vilains, c'est des grands vilains aujourd'hui, mais en fait il y a tout un écosystème chinois qui est hyper avancé. hyper intelligent, hyper cohérent où entre le mix énergétique de la Chine qui est de plus en plus décarboné, en 2025 la Chine a atteint son pic d'émissions carbone, là il commence à baisser mais ça c'est au niveau du pays en fait la mode ça se passe pas partout en Chine, ça se passe sur la côte chinoise et la côte chinoise c'est la plus avancée donc entre Shanghai et Hong Kong La plus avancée d'un point de vue panneau solaire et compagnie. C'est un mix énergétique incroyable sur ça. Et ils avancent très vite. Ils ont de la chimie verte. Pour un Everdye français, vous avez 20 Everdye chinois qui se passent. Et donc, dans 3-4 ans... Eux,
- Speaker #0
ils vont y arriver en fait.
- Speaker #1
Mais ils vont y arriver, ils vont proposer. Alors, on pourra toujours dire, mais les Chinois, c'est bien. Mais en fait, quand on commence à dire, quand vous allez sur votre... Vous allez avoir votre vêtement, vous allez réaliser qu'en fait, le nombre de kilos de carbone par vêtement est mieux. que les marques françaises sympathiques mais qui ont fait peu de progrès on pourrait toujours dire oui mais les chinois oui d'accord mais enfin en même temps ils y arrivent et aujourd'hui on voit bien et je pense que l'automobile d'aujourd'hui c'est la mode dans 5 à 10 ans de manière inéluctable et tous les arguments qu'on dit aujourd'hui Ils ne savent pas faire, il y a la désirabilité, tout ça. Oui, allez-vous promener dans le reste du monde ? J'étais à Singapour il y a deux mois, 90% des voitures vendues à Singapour, c'est des voitures chinoises, alors qu'il y a cinq ans, 70% c'était des voitures allemandes. Donc ils savent faire la désirabilité les Chinois, ils ne sont pas bêtes. Et donc, ils attaquent tous les segments du marché, du luxe, où il y a une marque qui s'appelle Icicle, qui est une marque chinoise qui fait des choses bien depuis des décennies. qui a un pignon sur rue parce qu'ils ont un magasin sur les Champs-Elysées, ce qu'ils font, c'est du haut de gamme et c'est bien. D'ailleurs, ils sont en train de se faire acheter par un acteur français du luxe qui a bien vu qu'il y avait quelque chose qui se passait et que l'Ishinoya, c'est aussi faire de la désirabilité et de la durabilité. Et après, l'ensemble de la chaîne de valeur, ils vont y arriver. Donc oui, si on ne bouge pas, le marché va se passer et il ne nous restera que nos yeux pour pleurer. Donc il est temps de se réveiller.
- Speaker #0
Donc si on veut continuer à être des producteurs, des acteurs de la mode, c'est des questions qu'il faut aborder et aborder un petit peu différemment.
- Speaker #1
Exactement. Je dirais plutôt acteur parce que producteur, ça fait longtemps qu'on n'est plus des producteurs ou très peu malheureusement.
- Speaker #0
Très peu, oui. C'est vrai. Moi, je reste avec mon spectre Hermès. Il y a beaucoup de choses qui sont produites en France, mais pas que. C'est vrai.
- Speaker #1
Mais je pense que les marques de luxe ont un rôle à jouer là-dedans. Alors, je suis parfois un petit peu critique des marques de luxe, mais en fait, ils ont quand même... c'est le haut de la pyramide du désirabilité de donner le là ils ont quand même un certain nombre de compétences de ressources c'est vraiment leur intérêt d'avoir un écosystème autour d'eux qui soit fort pour la durabilité parce que c'est leur désirabilité de demain et s'ils ne le font pas ils commencent à se prendre les pieds dans le tapis puis ils vont se prendre les pieds dans le tapis en Chine qui a fait quand même plus de 50% de la croissance du luxe des 5 dernières années c'était en Chine et puis après dans le reste du monde genre mystère de la production, tout ça, c'était bien un moment, mais en fait, ça ne va pas suffire. Donc en fait, soit ils sont prêts, soit ils ne sont pas prêts, et s'ils ne sont pas prêts, ça va faire très mal.
- Speaker #0
Donc il faut bien se préparer et révolutionner un peu notre manière de faire. En termes de leadership et de gestion des équipes, déjà, c'est quoi ta vision sur le leadership féminin ?
- Speaker #1
Je pense qu'en général, à Dormi, on avait commencé avec des garçons, mais on s'est Merci. énormément féminisé au cours du temps et donc à la fin on avait une majorité de femmes à tous les niveaux au niveau de la 6-8 au niveau de l'équipe de leadership donc sur base de mon expérience et un peu de mes lectures je pense que les les qualités qu'on associe au leadership féminin elles sont extrêmement fortes pour les situations de complexité prendre en compte les parties prenantes donnez voix au chapitre à plus de monde le doute on parle du syndrome imposteur ça je pense qu'en fait dans un monde complexe c'est vraiment les qualités dont on a besoin beaucoup plus que tout début pour contraster avec l'entrepreneur et les groupes du début les groupes du début c'est bien pour les vues mais c'est pas pour les situations complexes alors et donc ça tombe bien parce que en fait plus les organisations sont grosses plus elles deviennent complexes et plus les situations et est complexe parce qu'on rajoute de la durabilité ou de la technologie ou des choses comme ça plus en fait naturellement les qualités du leadership féminin vont être importantes, c'est pas d'ailleurs que les femmes qui ont le leadership féminin, les garçons mais voilà, d'ailleurs c'était, je me souviens d'un interview de Christine Lagarde qui expliquait sur base de son expérience et son parcours incroyable, qui disait quand c'est vraiment la merde, on appelle les femmes et il y a un peu de ça je pense donc je suis euh Je suis impatient de voir de plus en plus de femmes dans toutes les situations où c'est vraiment compliqué. Et on ne va pas se mentir, en France, en 2026, on a pas mal de situations complexes à tous les niveaux. Donc je pense que le leadership féminin a le vent en poupe.
- Speaker #0
Pourquoi les patronnes devraient lire ton livre ?
- Speaker #1
Alors, je pense que les patronnes devraient lire mon livre parce que... Déjà, la durabilité et la mode, c'est important en tant que sujet. C'est un sujet de société. C'est également une très bonne... Il y a beaucoup de leçons à en tirer pour beaucoup d'industries, parce qu'en fait, finalement, la mode n'est qu'un miroir déformant du capitalisme aujourd'hui, avec ses aspects positifs... développement d'une richesse incroyable, créativité, tout ça. Et puis évidemment, c'est par sombre. Et c'est tellement caricatural parfois qu'en fait, c'est plus facile de voir les choses que si c'était un secteur tout mignon où les choses se passent bien. Donc en fait, c'est accessible à tous les publics. Je pense qu'effectivement, les gens qui travaillent dans la mode s'intéresseront peut-être un peu plus, qu'ils connaissent plus les sujets. Tout le monde l'a lu et comprend. Mais il y a beaucoup de leçons à en tirer. Et je pense que les allers-retours entre tentatives, doutes, échecs, leçons, réussis, ce sont en fait des choses auxquelles une patronne s'intéressera beaucoup.
- Speaker #0
Je pense aussi que c'est tellement un des sujets, comme tu disais, d'une grande complexité. et les femmes ont tendance d'ailleurs à peut s'exprimer parfois parce qu'elles ont peur de dire une bêtise. Et comme tu as fait beaucoup de recherches et tu partages un certain nombre d'éléments très factuels, ça permettra de nourrir la réflexion. Et je pense que certaines femmes se sentiront plus à l'aise pour parler de ces sujets-là après avoir lu ton livre. Donc moi, en tout cas, je vais le lire avec beaucoup d'attention. On termine tous les épisodes avec trois questions rituelles. La première, c'est si je te donne un panneau publicitaire dans la ville de ton choix. Tu y inscris ce que tu veux, c'est ton message au monde.
- Speaker #1
Je mettrais un grand panneau publicitaire dans les rues de Shanghai. Et je dirais, let's collaborate. Peut-être signer... Les marques occidentales.
- Speaker #0
Bisous le French fashion.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Deuxième question.
- Speaker #0
Je suis obligée de te demander, j'imagine que c'est en lien avec ce que tu viens de dire avant sur le fait qu'en Chine, ils sont tellement en avance. Tu sens vraiment cette urgence ?
- Speaker #1
Ce n'est pas que ça. Je pense qu'on vit dans une époque très complexe où je pense que la collaboration... Au niveau individuel, entre les entreprises, entre les nations, et de plus en plus importantes, et malheureusement on a plutôt tendance à s'écarter, la Chine est un acteur incontournable. On ne peut plus se permettre soit de l'ignorer, comme on fait, soit de les snobber, soit de les prendre comme des ennemis. Et donc je pense que, déjà, j'invite toutes les entreprises à mieux collaborer entre elles, sur l'ensemble de la chaîne de valeur, mais le faire avec, entre guillemets... L'adversaire traditionnel caricatural, c'est envoyer un message pour tout le monde. Si on arrive à collaborer à ce niveau-là, le reste suivra.
- Speaker #0
J'ai une pensée émue pour mes anciennes collègues. Moi, j'étais en poste, je coordonnais avec la Chine notamment. Et c'est vrai qu'en France, je trouve qu'on a une vision très erronée de ce qui se passe là-bas et des qualités que l'on peut trouver là-bas, même en termes de savoir-faire haut de gamme. On est très bien lotis en France, mais la Chine a vraiment des savoir-faire extraordinaires. Donc sur tous les niveaux, effectivement, cette collaboration serait très très riche. Je valide. Si tu te retrouvais face à Romain Dizan...
- Speaker #1
Dans Dizan ou il y a Dizan ?
- Speaker #0
Il y a Dizan, quand tu avais... Non, quand tu avais Dizan. Ah, quand j'avais Dizan. Quand tu étais un petit garçon de Dizan, quel est le petit conseil que tu voudrais lui donner ? Le message du futur ?
- Speaker #1
Je dirais...
- Speaker #0
Apprendre à faire des soutiens-gorge ?
- Speaker #1
Non. Non, non, je dirais, fais ce dont tu as envie. En fait, je pense que le système est trop contraint pour rentrer dans le moule. Et c'est dommage, en fait, je pense qu'il vaut mieux développer ses propres qualités. Et en fait, on est meilleur là où on s'amuse, en fait. Et c'est vraiment, au-delà de l'anecdote, c'est vraiment un changement de paradigme assez profond qui est des études qui sont faites par... Harvard Leadership Project, par exemple, qui dit qu'avant, on disait que pour être fort, il fallait être fort partout. En fait, ils ont dit que ce n'était pas du tout la branche. Il faut être encore plus fort là où tu as des qualités. Donc, je dirais, quel que soit ce que tu aimes, essaie juste de devenir excellent, d'en faire de plus en plus. Le reste suivra.
- Speaker #0
Et dernière question. Si tu n'avais pas peur d'échouer, qu'est-ce que tu lancerais demain ?
- Speaker #1
Si je n'avais pas peur d'échouer, déjà il ne faut pas avoir peur d'échouer pour lancer quoi que ce soit. Je pense que ce serait les projets collaboratifs, les communs numériques, c'est hyper intéressant. C'est comment tu repenses un peu le système à l'heure du digital. L'espace public numérique, je pense que c'est un vrai sujet qui n'est pas bien adressé. Les infrastructures de demain, c'est des infrastructures digitales. Et on a tout intérêt à ce qu'elles soient communes et pas à la propriété de quelques gars-femmes qui s'en mettent plein les poches.
- Speaker #0
Merci Romain pour ce passage et cet épisode très spécial, vous l'aurez compris. Romain n'était pas une patronne typique, il a une expérience riche et surtout une expérience qu'il nous partage dans ce livre, Reset Fashion, une plongée entrepreneuriale dans les eaux troubles de la durabilité, dans la mode. Merci Romain pour ce moment et si vous avez aimé l'épisode, n'hésitez pas à mettre 5 étoiles et à partager cet épisode autour de vous. A très bientôt sur The Patron ! Merci à toi d'être resté jusqu'au bout. J'espère que cet épisode t'aura plus intrigué, inspiré. Et n'hésite pas à le partager, ainsi que de laisser une évaluation, un commentaire. Ça aidera énormément le podcast à être plus diffusé. Merci et à très bientôt sur The Patron Podcast !