- Speaker #0
C'est quand la dernière fois que vous avez pu demander son avis à une femme racisée ? Pas pour illustrer un débat, pas pour une simple anecdote, mais pour l'écouter, vraiment, sans filtre ni détour. Je m'appelle Aminata, je suis métisse, fille d'une mère landaise et d'un père sénégalais. Et si je lance ce podcast aujourd'hui, c'est parce que j'ai longtemps cherché des voix qui me ressemblent à ma grand-mère, à mes tantes ou mes cousines, sans jamais les trouver vraiment. Dans les livres, à la télévision, dans les médias, les femmes comme moi, comme nous et comme elles... existe trop souvent en creux à travers le regard des autres. J'ai voulu créer Tissage pour donner la parole aux premières concernées, pour mettre en lumière des récits qui, sans forcément être extraordinaires, sont essentiels. Et quoi de mieux pour commencer cette aventure qu'un salon de coiffure ? Un de ces lieux où nos histoires se mêlent et s'entrelacent, où nos voix sont libres, où l'on se parle sans masque. Aujourd'hui, je m'installe avec Maryse, coiffeuse, et témoin de mille confidences échangées sous les doigts habiles des tresseuses. On parlera de cheveux, bien sûr, mais surtout de ce qu'il raconte de nous, de notre héritage, notre identité et notre rapport au monde. Bienvenue dans Tissage.
- Speaker #1
C'est ça pour moi, ça, c'est là ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Ah ! D'accord, ok. Tu veux que je présente quoi ? La jeune fille, la femme, la chef d'entreprise ?
- Speaker #2
Ce qui vient en premier.
- Speaker #1
Alors, ce qui vient en premier, je suis Maryse Flore Choumessy. Choumessy, c'est mon nom d'épouse et ma faugance, c'est mon nom de jeune fille. Donc voilà, en premier, je suis pasteur d'une église. En deuxième, je suis épouse de Marie, de M. Choumessy, qui est lui aussi pasteur. En troisième, je suis maman, maman de cinq enfants. Et en dernier, je suis une femme de shop d'entreprise fondatrice de Bethel & Concept, qui est un salon de coiffure. OK.
- Speaker #2
Pourquoi il est important cet ordre-là précis ?
- Speaker #1
Cet ordre précis, pourquoi ? Parce que j'estime que la première casquette Pasteur, c'est celle qui me permet de porter tout le reste. OK. Voilà, c'est vraiment là où je tire ma force, là où je tire ma détermination, là où je tire, c'est la source de tous mes... Comment je peux expliquer ça ? C'est la source de tous mes réussites. C'est le socle, c'est le socle, voilà. Donc, il sera toujours le premier.
- Speaker #2
Est-ce que tu serais d'accord pour nous raconter un petit peu ton parcours ? Comment t'es arrivé maintenant justement à cette personne qui a... Cinq casquettes, je crois.
- Speaker #1
J'ai un parcours assez atypique. Il faut savoir que je me suis mariée très jeune. J'ai rencontré mon mari, j'avais 19 ans. Mais je me suis mariée, j'avais 20 ans. Parce qu'à l'époque où je me suis mariée, j'étais par exemple la seule fille de ma bande d'amis à se marier si jeune. J'étais la seule fille de ma famille à se marier si jeune. Donc peut-être que c'est arrivé à une époque où les filles commençaient déjà un peu à... à se rebeller, enfin, j'aimerais pas employer le mot se rebeller, mais à se revendiquer leurs droits, si je peux dire ça comme ça. Parce que je viens d'un pays où c'est vrai qu'à l'époque, les filles se mariaient encore plus jeunes. Ma mère, par exemple, elle s'est mariée à 16 ans. Mais à l'époque où moi je me suis mariée, ça commençait à disparaître, où les filles préféraient faire des études, travailler avant le mariage n'était plus une priorité. Avant ma vie de femme, le mariage ne nous disait absolument rien. C'était une forme de rébellion, une forme de... Peut-être aussi une manière à moi d'exprimer un peu ce que j'ai vécu étant petite. Je n'ai pas forcément connu les hommes de la meilleure des manières, mais ça a créé en moi une frustration. Je détestais les hommes, je ne vais pas le mentir. Donc pour moi... Quand j'ai rencontré mon mari, déjà, c'était quelqu'un de très patient. Je pense que s'il n'était pas patient, ça n'aurait pas abouti au mariage, parce que pour moi, ce n'était même pas envisageable. C'est vrai que c'est quelqu'un qui m'a beaucoup apporté sur tous les plans. Et c'est quelqu'un qui m'a permis de grandir, qui m'a permis de connaître ma féminité quelque part, qui m'a appris aussi les cours de la vie. Il faut savoir que la première fois que j'arrive à manger avec un couteau et une fauchette, c'est mon mari qui m'a appris. Parce que j'ai grandi dans des quartiers un peu difficiles où on s'en foutait de tout. Voilà. Donc la première fois que j'ai fait, par exemple, un restaurant chic où il fallait se comporter, il m'a bien fait un coup en avance. Et tu parlais,
- Speaker #2
tu as parlé rapidement un petit peu du fait que tu es grandi dans un endroit plutôt compliqué.
- Speaker #1
C'était où ? Au Cameroun. Ouais, ok. Si tu veux, j'ai été adoptée très jeune. J'ai été adoptée à l'âge de 3 ans. D'accord. Et donc, du coup, mes parents étaient très pauvres. Mes parents, de logique, avaient sept enfants. Et ils ont dû laisser une de mes tantes m'adopter parce que financièrement, c'était compliqué pour eux. C'était aussi une manière de diminuer la charge au niveau des enfants et tout ça. Donc, j'ai grandi de mes trois ans jusqu'à mes quinze ans. J'ai grandi dans une ville au Cameroun qui s'appelle Baminda. C'est une ville plutôt anglophone. D'accord. Et donc, à l'âge de quinze ans, j'ai fugué. de chez mes parents adoptifs pour revenir dans ma vraie famille à Yaoundé parce que voilà c'est chez mes parents adoptifs que j'ai vécu des choses un peu compliquées donc à 15 ans j'ai fugué sachant que jusqu'à mes 15 ans j'avais pas connu de garçon parce que dans ma famille d'adoption j'étais interdit de sortir j'étais interdit de faire plein de choses donc du coup j'arrive dans je quitte d'une vie où je vis plutôt dans une maison au jet-out, même si ce n'était pas à ma disposition, mais c'était quand même une famille un peu aisée. J'arrive dans une maison où chacun fait un peu ce qu'il veut. Les parents sont très souvent absents parce que ma mère sortait à 5h du matin pour aller faire son commerce, elle rentrait à 22h, mon papa aussi, il n'était presque jamais là. Donc je quittais d'un environnement où je suis très surveillée, à un environnement où Je suis un peu libre de faire ce que je veux. J'étais livrée à moi-même. Et quelque part, je rends grâce à Dieu parce que je crois que le fait que je sache déjà tresser, à cet âge-là, m'a évité beaucoup de choses. Oui.
- Speaker #2
Pourquoi ? Parce que c'était un lien social ? Ça permettait d'avoir un peu de revenus ?
- Speaker #1
Oui, parce que quand je suis arrivée dans ma vraie famille, je me suis rendue vite compte que si je devais pouvoir m'acheter, par exemple, des garnitures, il fallait que je me débrouille tout seul. Si je voulais acheter un truc, ça pouvait être du pain, n'importe quoi, il fallait que je me débrouille tout seul. Et c'était un environnement aussi où les filles aimaient être belles tout le temps. Bon, il y avait toujours un besoin. On tresse, voilà, et très vite j'ai créé mon petit business comme ça où je tressais les week-ends ou quand je rentrais de l'école. Et même si on ne me payait pas grand-chose, mais le fait d'être indépendante financièrement faisait que je n'avais pas forcément besoin de me faire entretenir par un garçon ou alors à faire des choses pas très correctes pour pouvoir avoir un peu d'argent. Et j'ai vu justement les jeunes filles du quartier où j'étais dériver dans ces choses-là, où finalement elles ont eu des enfants très jeunes, certaines ont attrapé des maladies, certaines ont fini pas très bien, parce que justement elles dépendaient des garçons, des hommes, voilà. Moi j'ai pas connu ça. Donc j'étais beaucoup sollicité, j'avais les clients tout le temps, donc j'avais pas le temps, des fois même mes copines me disaient « Oui, toi tu sors jamais, tu fais jamais rien, t'es toujours en train de tresser, mais... » C'est quelque part en développant ma passion pour les tresses, justement pour la coiffure, ça me permettait de me sentir, reprendre moi-même ma vie, me reprendre, de faire des choses pour moi sans demander l'avis de quelqu'un, sans que quelqu'un ne me pose sa manière de voir les choses. Quand j'ai rencontré mon mari, lui par contre c'était quelqu'un de croyant, il priait beaucoup et je ne voulais pas entendre parler, je m'en foutais complètement de la prière. Pour moi c'était... Pour moi, tu es du folk-loste. Il m'a gassé avec ses prières. Il le sait, si tu as vu ce que tu avais vu, il te dira. Il m'a gassé. Ça m'a gassé de le voir prier tout le temps, de le voir vivre cette vie.
- Speaker #2
Tu m'as dit il n'y a pas très longtemps que tu avais toujours été intéressée par le commerce. Ou en tout cas que tu avais...
- Speaker #1
toujours baignée des mains.
- Speaker #2
Est-ce que tu dirais que ça a commencé à ce moment-là, justement, ou tu as commencé à gagner un petit peu de sous en détresse ?
- Speaker #1
Ça a commencé bien avant parce que dans ma famille adoptive, justement, ma tante, celle qui m'a élevée, faisait déjà du commerce, d'une commerçante. Donc, j'allais l'aider souvent à faire son commerce. Déjà très jeune, elle m'envoyait dans les rues des marchés, vendre des trucs, voilà. Et donc, j'ai grandi comme ça. Et quand je suis arrivé chez mes parents biologiques, justement, j'ai commencé à gagner mon propre argent au travers de la coiffure. Mais ma mère aussi était commerçante. D'accord. Donc, il faut savoir que chez nous, par exemple, quand tu rentrais de l'école à 15h30... Tu avais deux heures à consacrer à ma mère pour faire son commerce. Dans de 16 heures à 18 heures, il fallait aller vendre quelque chose. Ça pouvait être soit des bananes, soit des ananas, soit les fruits de saison. Donc on se baladait devant les voitures, on proposait des trucs dans les sachets. Voilà, et toute la fratrie passait. C'était une discipline de vie. Et les week-ends, on avait des heures à consacrer au commerce de ma mère. Et après, on était libre de faire ce qu'on voulait. Quelque part, on le faisait avec plaisir, on le faisait sans difficulté. Pourquoi ? Parce qu'on savait qu'on était obligé d'aider ma mère à nous élever, à payer des études qui coûtaient très cher, à aider aussi maman peut-être à réaliser des projets, par exemple construire une autre maison et tout ça là. Donc, on avait conscience qu'on était obligé de faire ça. Donc, j'ai baigné vraiment dans le commerce depuis mon enfance. La coiffure, c'était... C'était ma première activité, je vais dire, pour arrondir les fins de mois. D'accord. Ça me permettait de m'acheter mes propres affaires. Ma mère était fière de moi d'ailleurs parce que pour les rentrées, elle n'avait pas à s'inquiéter pour mes fournitures scolaires. Je me prenais en charge toute seule. Voilà, la seule chose que ma mère avait à payer, c'était ma scolarité. Quand j'ai connu mon mari, c'est après... après mon mariage, que j'ai eu ma première activité qui était un restaurant que j'ai eu d'une manière vraiment très bizarre.
- Speaker #2
Je pense que c'est une de mes anecdotes préférées.
- Speaker #1
Est-ce que tu es d'accord pour la raconter ? Oui. Aujourd'hui, c'est une fiaté pour moi. Je comprends. Sur le coup, ce n'était pas une fiaté, mais avec du recul, je me dis que j'ai eu beaucoup de courage et de détermination pour le faire. Donc l'aventure commence quand mon mari décide de venir continuer ses études en France. À cette époque, on avait deux enfants. Et il arrive en France et les choses sont un peu compliquées vu que lui-même était étudiant. Il nous envoyait un peu d'argent pour moi, pour les enfants. La chance que j'avais, c'est que quand mon mari partait du Cameroun, on n'était plus en location. On avait déjà notre propre maison. J'avais pas de CAP. C'était vraiment les besoins du quotidien et tout. J'ai eu un bac en économie sociale et familiale parce que moi j'ai toujours aimé faire la cuisine et j'avais envie de faire de l'hôtellerie. J'avais envie d'avoir un restaurant, d'évoluer vraiment dans le milieu de l'hôtellerie. Et à l'époque au Cameroun c'est un milieu qui était très mal aperçu par les hommes. Parce que bon généralement c'est des métiers où on travaille tard, où on travaille le week-end, où on travaille au milieu des hommes. Et du coup, les hommes n'avaient pas une bonne approche de ces métiers. Ils considéraient que les filles qui faisaient ces métiers-là, c'était des femmes faciles ou des, voilà, un peu légères. C'est ça. Et c'était un cliché, vraiment. Mais mon mari ne voulait pas que je fasse ça parce que, déjà, lui, il estimait que, par rapport au travail que lui faisait, il était directeur administratif et financier dans une entreprise. Et pour lui, son rang faisait que sa femme ne pouvait pas. Travailler dans l'hôtellerie, à l'hôtellerie. Bon bref. Et quand il a décidé de venir continuer ses études en France, il m'a dit, chérie, il faut absolument que tu fasses quelque chose. Moi, je peux te dépister si jamais tu as, par exemple, un BTS en banque et finance. J'ai des amis qui ont des sociétés, machin et tout ça. Je lui ai dit, mais qu'est-ce que je vais aller faire en banque et finance ? Moi, je ne connais pas. En plus, quand j'étais à l'école, les mathématiques, ce n'était pas une matière que j'appréciais particulièrement. Il a insisté, il a dit non, je vais t'aider, vu que moi je suis dans le domaine, on va prendre des répétiteurs, ça va aller. Bon, il a essayé de me rassurer, j'ai accepté, j'ai dit, ben écoute. Et donc, il s'est renseigné dans les écoles de commerce de la ville, il m'a trouvé l'une des meilleures écoles. Et la scolarité, c'était environ 1200 euros, l'équivalent de 1200 euros. Et ils voulaient que je paie ma scolarité en une seule fois pour que je n'aie pas à être sorti des cours parce que je n'ai pas payé, parce que voilà. Et donc, avant qu'ils ne viennent ici, ils m'ont remis la totalité de la somme de la scolarité. Le lundi matin, je m'apprête, je vais dans l'école en question pour m'inscrire. Et en passant devant l'école, je vois un restaurant à côté de l'école où c'est marqué fonds de commerce à vendre. Et je regarde, je dis, mais attends, c'est un restaurant. Je passe le restaurant, je vais, j'arrive devant, je refais demi-tour. Je dis, attends, je vais quand même aller voir ce qui se passe à l'intérieur. J'entre, je trouve une dame, elle était en train de faire à manger et tout. Je dis bonjour, elle me dit bonjour, oui, j'ai vu que vous vendez votre fonds de commerce. Elle me dit, oui, je vends parce que j'ai une maladie, je ne peux plus continuer à faire ce que je fais et tout. Je lui dis, mais vous vendez votre fonds de commerce à combien ? Elle me dit, je vends mon fonds de commerce à, je crois que c'était 600 000, qui est l'équivalent de 800 euros. Et je regarde, il y a tout dans le restaurant pour commencer la cité immédiatement. Même si le restaurant n'était pas à mon coup, je dis, oulala, j'ai de l'argent dans mon sac, mais si je prends ce fonds de commerce, mon mari va me tuer. Je dis, bon merci madame, je ressors, je vais à l'école. Et j'entre à l'étendance où on payait la scolarité. Je rencontre le directeur, je discute avec lui. Je dis, est-ce qu'on est obligé de payer la scolarité en une seule fois ? Il me dit non. La scolarité peut être divisée en trois tranches. Donc, vous pouvez payer la première tranche, la deuxième tranche et la troisième tranche. Je dis, ah ! Et du coup, je lui demande, la première tranche, c'est combien ? Il me dit, la première tranche, c'est 400 000, qui est l'équivalent de 1 600 euros par là. Et quand je fais le calcul de la première tranche et la vente du restaurant, mais c'est pile poil l'agent que j'ai dans mon sac. Oui, il a les maths,
- Speaker #2
ça marche.
- Speaker #1
Alors là, j'ai eu comme un déclic dans ma tête. Je ne sais pas, il y a quelque chose qui s'est passé. Je sais, quand tu repères des bonnes affaires, tu as quelques secondes pour réfléchir. Et quelques secondes suffit pour hâter ta destinée. Des fois, il y a des décisions qu'il faut prendre à l'instant et il ne faut pas trop réfléchir. Et là, je dis, bon d'accord, je vais payer ma première tranche.
- Speaker #2
Et donc, tu retournes voir cette dame au restaurant ?
- Speaker #1
Oui. Je lui dis, écoutez, je veux acheter votre forme de commerce. Et là, je vois son regard. Elle se dit, mais attends, où est-ce qu'elle va prendre l'agent, cette jeune fille et tout ? Elle me dit, là maintenant ? Je dis, oui, là maintenant. Tout de suite ? Tout de suite, oui. Elle me dit, d'accord. Elle me dit, tu as l'argent ? Je dis, oui, j'ai l'argent. Et là, on a fait les papiers tout de suite. J'étais propriétaire du restaurant et je venais de me inscrire à l'école. Alors là, ça devient très, très intéressant. En fait, ce que je faisais, c'est que le matin, très tôt, je me levais, j'apprêtais tout ce qui devait aller dans le restaurant. Je faisais à manger moi-même et j'avais recruté deux serveuses qui devaient juste servir. C'est-à-dire que les plats étaient préparés à partir de 4 heures jusqu'à 6 heures. Je transportais les plats de chez moi jusqu'au restaurant. Je comptais les plats, c'est-à-dire que je savais le nombre d'assiettes qu'il y avait et tout. Et je laissais les serveuses faire le reste. Ce rythme de vie là m'épuisait parce que quand je finissais l'école, je devais aller faire des courses pour ravitailler le restaurant. Même mon mari quand il m'appelait, tout le temps je dormais, j'étais fatigué, il ne comprenait pas. Il trouvait que j'étais fatigué. Il m'avait même trouvé une nounou qui m'aidait à la maison parce qu'il disait il faut que tu te concentres sur tes études et tout. Mais ce qu'il ne savait pas c'est que les études je ne les faisais pas. J'allais à l'école mais je dormais en classe. Bien sûr, il y avait des matières où pour moi c'était le chinois, je ne comprenais rien du tout. L'analyse financière je me rappelle pour moi c'était... Et malgré tout ça, j'ai quand même... pu passer la première année, je suis allée en deuxième année, juste avec la moyenne, parce qu'il y avait quand même des matières où j'étais un peu plus forte que d'autres. Et en deuxième année, vu que les choses commençaient vraiment à se corser au niveau des études, mais les notes chutaient d'une manière, et en fait, je m'intéressais plus au restaurant qu'à l'école. En fait, mon histoire intriguait tout le monde. Elle est mariée, elle a deux enfants, j'étais un peu atypique à l'école. les autres jeunes filles étaient là pour les études très sérieuses et tout. Moi, j'étais une personne qui était déjà entrée dans une vie de famille, qui avait une vie business et d'école et tout ça. Et souvent, les commandes me demandaient comment tu fais pour arriver à gérer tout ça. Même moi, je ne pouvais pas expliquer comment je fais. Mais ce restaurant m'a permis de faire beaucoup d'économies. Ok. Donc, ça marchait bien. Oui, ça marchait bien parce que je fais très bien à manger. Oui. Je sais. Oui, ça marchait très bien. J'avais des économies secrètes que mon mari ne connaissait pas. Des fois, même lui, quand il était dans des difficultés d'argent, c'est moi qui l'aidais sans qu'il ne sache que c'était moi. Jusqu'au jour où... Un jour, il est arrivé au Cameroun, il était vraiment dans des difficultés financières et tout, et moi, ça m'a fait la peine de le voir comme ça. Et j'étais obligée de lui dire la vérité parce qu'il avait besoin d'une somme à l'époque, je ne sais plus combien c'était, ça devait être l'équivalent de 2000 euros. Mais pour être une jeune fille en Afrique avec 2000 euros, il faut... Et là, j'entrais dans la chambre, je me trouvais mariée à Sicilien, je lui dis, tu sais le problème que tu as, je peux t'aider. Il me dit, comment ça ? Je dis, j'ai de l'argent. Je lui dis, mais comment ça tu as de l'argent ? Et je sors les 2000 euros, c'était vraiment... Et en plus, il y a quelque chose que j'ai oublié de dire, c'est que quand j'ai acheté le restaurant, il n'y avait pas de frigo moderne, ni de congélateur, des trucs comme ça. Et les choses que j'avais chez moi. Donc du coup, j'avais pris mes congélateurs, mes frigos, j'ai ramené au salon. Voilà, et c'était une chose quand mon mari venait de la France, il disait, mais il est où le congélateur ? Je disais, non, il est en déampage. Je trouvais toujours des essais. Et en fait, c'était une vie, c'était un ingrénage pour moi quelque part. Révéler ça à mon mari, c'était aussi un soulagement. Mais bien sûr, parce que souvent, il m'appelait, je devais me cacher. Quand j'étais au restaurant, quand il m'appelait, il fallait que je sorte pour qu'il n'y ait pas de bruit. Mais c'était une vie de ouf. Et donc là, je lui dis, j'ai dit l'agent, il me dit, mais d'où tu sois cet agent ? Il me dit, j'ai un restaurant. Il me dit, quoi ? J'ai dit, oui, j'ai un restaurant. Il me dit, comment ça t'as un restaurant ? Il est où mon restaurant ? J'ai dit à côté de mon école. Tu commences à raconter de ton école. Et là, je lui racontais l'histoire. Et il commence à comprendre tout. Les fatigues, les mignons, les notes à l'école. Il dit, est-ce qu'on peut aller dans ton restaurant ? Je dis, oui. Je pense qu'il n'avait pas réalisé. Il croyait que c'était un canula ou je ne sais pas. Oui,
- Speaker #2
il voulait voir de ses yeux, vu que c'était un restaurant qui tournait.
- Speaker #1
Oui. Je l'ai mis là-bas, il l'a vu. Il n'a rien dit. On est rentré à la maison, dans la voiture, il était si l'heure suivie. Tu as dû avoir peur. J'avais peur. Je me disais, ouh là là là là là là. Ils disaient. Et là, on est arrivé à la maison, silence total. Après, plus tard dans la soirée, il m'a regardé. Il m'a dit, je voulais juste te dire que je suis fière de toi. Et là, pour moi, c'est comme si je venais de gagner. Comme si on m'avait annoncé que j'ai gagné la loterie ou bien le billet pour le paradis ou bien je ne sais pas quoi. Enfin, elle était tellement impressionnée qu'il a pris l'argent, il a résolu le problème qu'il avait à résoudre. Et après, quand il est revenu en France, il m'a demandé si j'avais besoin d'argent pour agrandir, si j'avais besoin d'argent pour faire... Et là, vraiment, j'ai commencé à me sentir soutenue. Tu vois, et il a compris que l'école, ce n'était pas mon truc. Du coup, j'ai arrêté l'école. La deuxième année de BT, je ne l'ai pas terminée. Je suis entrée pleinement dans le monde des affaires. Après, j'ai ouvert une boutique de vêtements. Conquer ? Non, en plus du restaurant, j'avais une boutique de vêtements.
- Speaker #2
Les deux en même temps ?
- Speaker #1
Les deux en même temps. D'accord. Avant que je ne vienne en France, c'est les deux activités que je faisais. D'accord. J'étais très autonome financièrement parlant. Et ce qui fait que quand je suis arrivée en France, c'était la redescente. Je n'aime pas dire aux enfants, mais c'était vraiment la désillusion. Je suis arrivée ici, je ne me retrouvais pas du tout. tout. Ce n'était pas la vie que je souhaitais avoir. Tout était différent. En tout cas, je ne me retrouvais pas.
- Speaker #2
Oui, un petit peu une perte d'identité aussi.
- Speaker #1
Une perte d'identité, une vie un peu d'individualiste aussi, où on ne dit bonjour à personne, où tu vas au pôle emploi, à la limite, tu as l'impression qu'on ne t'écoute pas. En fait, j'ai très vite compris que même ici, il fallait que je recommence tout à zéro et que je ne me déboule pas mes corps comme moyen.
- Speaker #2
Qu'est-ce qui vous a amené à prendre toute la famille et à venir en France ? Qu'est-ce qui a fait que ça a été le choix du couple à ce moment-là ?
- Speaker #1
Ça, c'est une très bonne question. En fait, c'est un choix qui s'est imposé à nous. D'accord. Mon mari, quand il est venu faire ses études ici, c'était dans le but d'obtenir, je ne sais plus comment ça s'appelle les diplômes. En fait, vu qu'il travaillait dans une société française au Cameroun, il s'était rendu compte qu'il n'avait pas le même salaire que ses collègues. Simplement parce que son diplôme était camerounais. Il était camerounais. Donc, lui, il avait décidé de venir faire le même diplôme en France pour avoir l'équivalence française pour pouvoir bénéficier. Voilà, c'était ça le projet. Ce n'était pas un projet de venir s'installer en France et tout. Et donc, quand il est arrivé ici, il a fini ses études pour valider son diplôme. Il fallait qu'il fasse un stage de six mois dans une entreprise. Et quand il a fini son stage dans cette entreprise, on l'a recruté et on l'a proposé un bon salaire. D'accord.
- Speaker #2
Et donc,
- Speaker #1
c'était une évidence pour vous de prendre l'opportunité. C'est ça. Quand on l'a recruté, il a expliqué à ses patrons qu'il a sa famille au Cameroun et tout. Ses patrons lui ont dit, on va t'aider à faire un repas familial, machin. C'est comme ça que je suis venu avec mes enfants.
- Speaker #2
Mais il n'avait pas ça dans l'idée au départ, il voulait vraiment...
- Speaker #1
Il voulait vraiment retourner. Mais quand il a vu le salaire qu'on lui proposait et tout, les avantages, les cas salariés étaient vraiment importants. Il s'est dit, on va tenter l'aventure. C'était une opportunité, voilà, c'est ça.
- Speaker #2
Ça a dû être difficile pour toi de laisser ce que tu avais commencé à construire, finalement, tes commerces, peut-être la vie de famille, le vieillisme.
- Speaker #1
Ce n'était pas difficile. Pourquoi ? Parce que je me disais que si j'ai pu faire ça au Cameroun, je pensais en fait que l'Europe, tout était facile. Je me disais que j'allais avoir plus grand en Europe. Pour moi, c'était... Honnêtement, je ne pensais pas que ça allait être compliqué quand je venais ici. Je me disais... Ça va être facile, c'est quand même la France, c'est le pays où tout est possible, je ne sais pas. Et en plus, l'erreur que j'ai faite pour moi, je pense que c'est une erreur, je n'aurais pas dû vendre peut-être mes affaires, j'aurais dû les confier à quelqu'un. Mais quand je suis arrivée ici, les choses étaient tellement difficiles que je me suis retrouvée à faire du minage. Et pendant que je faisais le minage, je regardais ma vie d'avant, je me disais, mais non, ce n'est pas logique, je quitte de patronne. Enfin, le ménage, pour moi, il n'y avait aucune logique dans ce que je faisais. Ce n'est pas pour dénigrer le métier. Non, non, mais en fait... Mais moi, par exemple, quand je me présentais au Pôle emploi, quand je donnais mon projet professionnel, quand je suis arrivée ici, je voulais continuer dans la restauration, mais on me disait, oui, vous n'avez pas de diplôme en France. En fait, tout en France, il fallait un diplôme. Il fallait avoir travaillé en France. Il fallait avoir un compte CPF, je crois que ça s'appelait comme ça. Bref, tout était fermé. Tout était compliqué. Et je me rappelle quand je me suis heurtée à cette réalité, j'ai dit à mon mari, mais non, moi je veux retourner au Cameroun. Je ne veux pas rester ici, je préfère retourner, reprendre mes affaires. Mon mari m'a dit, mais non, moi je ne veux plus cette vie-là, je ne veux plus faire des allées et retours au Cameroun et tout. Il faut juste être dans l'adaptation. Du coup, ça devenait même un conflit d'un autre coup, parce que je ne me sentais pas bien en France. Je n'étais pas à l'aise. Je n'étais pas à l'aise, il m'a fallu du temps.
- Speaker #2
Qu'est-ce qui a fait que ça a commencé à devenir positif à un moment ?
- Speaker #1
Ça a commencé à devenir positif quand mon mari a remarqué vraiment mon mal-être face à tout ce que je vivais. Je suis passée aussi par des périodes de dépression parce que je faisais un métier qui ne me convenait pas. Je n'arrivais pas à accéder aux formations que je voulais. Par exemple, je voulais faire une école de coiffure, mais je n'avais pas de financement. À l'époque, c'est le salaire de mon mari seul qui servait à subvenir aux besoins de toute la famille. Donc, je ne voulais pas rajouter une autre charge. Et c'était très compliqué. Quand mon mari a vu vraiment que je ne passais pas des moments difficiles, je commençais à dépérir et tout ça. Et un jour, il m'a dit, qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce que tu souhaites ? en fait. Et comme ça, je lui ai dit, je veux reprendre ma vie. Je suis fatigué de cette vie, garder les enfants, maison, école, aller chercher les enfants. Celui-là, c'est qu'il allait faire le ménage, le ménage de 5h à 8h, je crois, je me rappelle à l'époque. Et donc, un jour comme ça, il m'a fait asseoir, il m'a dit, écoute. Je te donne trois ans pour faire tes études de coiffure. Et donc, c'est ce que j'ai fait. Je cherchais des stages dans la coiffure, des trucs comme ça. Et j'ai pu accéder à une école de coiffure. Là encore, c'est une autre histoire. Mais finalement, j'ai pu accéder à une école de coiffure pendant trois ans. Oui, c'est mon mari qui faisait tout, qui s'occupait des enfants. Parce que j'allais à l'école de 9h à 17h. Et après 17h, j'avais des clients que je recevais tous les soirs à la maison. Alors, je les déplaçais chez eux les week-ends aussi. Et c'est comme ça que je faisais pour pouvoir payer mes études, sachant que mes études étaient presque 5 000 euros l'année pendant les croisants. Donc, c'était le début de l'aventure de Betel Air.
- Speaker #2
T'as ressenti quoi quand t'as obtenu ton local ?
- Speaker #1
Quand j'arrive le matin, quand il n'y a pas de clients, quand je m'assois pour prendre mon café. Je me dis, mais comment ça a été possible en fait ? Des fois, je ne réalise pas.
- Speaker #0
Il y a des moments où je réalise, mais des moments où j'ai l'impression de rêver, j'ai l'impression de vivre la vie de quelqu'un d'autre. Et c'est tellement jouissif de bénéficier de quelque chose dont tu t'es battu. Et je trouve ça tellement beau de souffrir pour quelque chose, parce qu'une fois que tu l'as, tu trouves que tu le mérites. C'est comme une récompense. Je dis souvent, c'est comme l'accouchement en fait. C'est neuf mois de grossesse, c'est compliqué. Tu en veux à la terre, même au mari qui t'a mis enceinte, tu en veux à Timbrose. Et le moment où tu tiens ton enfant dans les bras, c'est comme une récompense. C'est un accomplissement de neuf mois de galère, de souffrance. Moi, c'est ça. C'est vraiment donner naissance à un projet. Et donner naissance à Bethel, pour moi, c'est un parcours. C'est vraiment un parcours chargé d'émotions, chargé d'obstacles aussi. Parce que j'ai été beaucoup combattue, j'ai eu beaucoup d'obstacles sur mon chemin. Le premier obstacle, c'était lié à mon âge. Parce que je me rappelle, quand j'allais au Pôle emploi, je disais, je vais intégrer une école de coiffure. Non, vous n'avez plus de 26 ans. Les financements, c'est pour les moins de 26 ans. J'ai demandé de l'aide au conseil régional. Ça a été refusé. J'ai demandé de l'aide. Puis les portes étaient fermées. Mais vraiment. et chaque fois le même projet revenait sur la table quand je vais voir ma conseillère au Pôle emploi et à un moment donné elle me dit écoutez Vu que vous insistez, si vous arrivez peut-être à trouver un salon de coiffure qui vous prend un stage, il fallait que je me fasse évaluer par un coiffeur ou une coiffeuse qui disait que oui, je suis apte à faire de la coiffure et peut-être, voilà. Et j'ai commencé à démarcher des salons de coiffure, j'ai demandé un stage d'observation, non, tous les salons étaient fermés, machin. Et même ça, même le stage, je n'arrivais pas à trouver. Et un jour... Je reçois une cliente à la maison, je lui explique mon problème, je lui dis purée, je suis fatiguée, j'ai besoin d'un stage de 10 jours quelque part, juste pour observer, j'ai besoin de la vie d'un coiffeur. Elle me dit, écoute, je connais une coiffeuse européenne chez qui je vais souvent faire mes couleurs, parce qu'à l'époque je ne faisais pas de couleurs, je faisais que des tresses. Je vais lui en parler, si jamais elle est d'accord, écoute. Elle retourne, je dis, deux jours après, elle me dit, Marlise, elle m'appelle, elle me dit, Marlise, je vais parler de toi à ma coiffeuse. Elle est d'accord pour te prendre en stage, mais il faut que tu viennes d'abord, elle veut te voir. Je dis, elle veut me voir, pourquoi ? Elle dit, mais non, elle a dit qu'il faut que tu viennes te présenter. Et ce jour-là, je pars de la maison, je m'habille en noir. Je ne sais même pas pourquoi, mais je m'habille en noir, bien coiffée et tout. Et quand j'arrive dans le salon de la dame, elle s'appelait Christine. Quand j'arrive dans son salon, j'entre, je dis bonjour, je suis Maryse. Je viens de la part d'Ethel. Et la dame, elle me regarde. Et elle me dit, vous commencez votre stage demain.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
ok. Je dis, c'est tout ? Elle me dit, oui, c'est tout. Bon, d'accord. L'entretien n'a pas duré. Elle m'a juste vue, il me dit, voilà. Et le lendemain, quand je reviens, je lui demande, mais pourquoi vous m'avez donné un stage sans... Je croyais que j'allais passer un test et tout. Elle me dit, non, je voulais voir comment vous vous présentez. Et quand vous êtes arrivés, vous étiez bien coiffés, vous étiez bien... Et donc, quand j'arrive le lendemain, elle me présente le salon, elle m'amène à l'arrière. Elle me dit, par contre, Malise, je veux que vous me changiez votre parfum, j'aime pas l'odeur. D'accord. Et là, il y a eu un blanc dans ma tête. J'ai dit, attends, elle vient de m'insulter ou je comprends pas. Et sur le coup, j'ai voulu m'énerver. Je me suis dit, tu sais ce que tu veux, tu vas te calmer. J'ai commencé le stage le premier jour, ça ne s'est pas bien passé parce que c'était un salon de coiffure un peu chic. Et sa clientèle était des personnes un peu âgées, des bourgeois un peu, je ne sais pas, qui se prennent pour... Et la dame m'avait prévenu, elle m'avait dit, il se peut qu'il y ait des personnes qui ne veulent pas que vous leur touchez et vous respectez. Oui,
- Speaker #1
ça a été un aversissement qui t'a été donné d'abord.
- Speaker #0
Elle m'a dit, oui, si j'allais vous accueillir une cliente et qu'elle ne veut pas... Vous laissez tomber. Je dis d'accord, il n'y a pas de problème. Et donc, le premier jour, il y a des clients qui arrivaient. Je disais bonjour madame, elle ne répondait pas. D'accord. Et j'aurais pu me décourager le premier jour avec l'histoire du parfum. Et ça, j'aurais pu me dire écoute, non, je laisse tomber, non. Je suis rentrée, j'en ai discuté avec mon mari. Mon mari m'a dit écoute, ce n'est que dix jours. Fais ce que tu as à faire. Voilà. les détails ne tiennent pas compte. Et donc, le lendemain, j'arrive au salon, mon mari m'accompagne à Sephora, il me prend un autre parfum. J'arrive le matin, elle me dit « Ah, j'aime bien l'odeur de votre parfum. » Je dis « Bon, je n'ai pas tenu compte de ça. » Et elle m'avait dit au début du stage que je n'allais rien faire, que j'allais juste observer. Et heureusement pour moi, trois jours après mon début de stage, sa coiffeuse tombe malade. Elle peut venir. Et c'était en décembre, c'était vraiment la période où il y avait beaucoup de clients. Et elle me dit, Marlise, écoutez, là, il va falloir que vous nous aidiez parce qu'on est en manque d'effectifs. Est-ce que vous savez faire des shampoings ? Je dis, non, mais si vous me montrez, oui. Elle m'a montré, elle a dit, vous voulez essayer ? Je dis, oui. J'ai fait le premier shampoing, la dame était contente et tout. Et c'est comme ça que mon aventure a commencé. Et finalement, les 10 jours qui devaient être un stage d'observation, c'était un stage de pratique. de pratique. Et à la fin, il fallait qu'elle me signe un document qui disait que oui, je suis apte à faire la coiffure. Elle m'a remis le document et elle m'a dit je ne veux pas que tu le lises, maintenant tu vas arriver chez toi avant de le lire. Et quand je suis arrivée au salon, elle m'a fait une boîte à peau bois parce qu'elle m'a dit que c'est comme ça qu'elle évaluait les gens qui travaillaient avec elle parce qu'un client satisfait, c'est un client qui les a soulevés. Et donc... Quand elle a pris ma tirelée, elle a cassé. Je crois qu'il y avait 31 euros dedans, je me rappelle. Pour 10 jours, elle m'a dit, même en un mois, ces coiffeuses ne font pas. Et elle m'a dit, juste à cause de ça, parce qu'elle m'a rappelé l'épisode du parfum. Elle m'a dit, quand vous êtes partis, je m'attendais à ce que vous ne reveniez pas. Mais vous êtes revenus. On n'avait rien dit. Pendant les dix jours, vous avez été respectueuse. J'en ai discuté avec certains de mes clients qui sont très contents et tout. Donc, rien que pour ça, j'ai décidé de vous aider. Et je la regarde et je dis d'accord. Elle me donne un numéro de téléphone. Elle me dit, c'est le numéro du directeur du CFA de Bordeaux. Vous allez partir le voir, vous venez de ma part. Je ressens avec le numéro. Et quand j'arrive dans la voiture, parce que mon mari venait me chercher tout le soir, il me dit que je ne conduisais pas. Et j'ouvre le truc de stage, je lis tout ce qu'elle a écrit. J'étais tellement émue parce qu'elle n'a dit que des trucs positifs. Et même moi, j'étais tellement... Pour moi, c'était la première fois depuis que je suis arrivée en France d'entendre des trucs positifs. C'était tout le temps des trucs négatifs, tout le temps des trucs négatifs. Et la semaine d'après, je prends rendez-vous au CFA, j'arrive devant le directeur, il me dit « Oui, Christine m'a parlé de vous, vous lui faites de la coiffure et tout. » Le problème c'est qu'ici au CEFA, on a que des jeunes et la scolarité coûte très cher. Vu que vous, vous n'avez pas de financement, ça va être compliqué que je vous garde. Mais par contre, je vais vous donner le numéro d'un de mes amis qui a une école privée. Et vous allez le voir, j'en ai discuté avec lui. Et puis, il va trouver comment faire pour que vous puissiez faire votre formation. Et c'est là que mon aventure a commencé et que j'ai pu faire mes trois ans d'école. C'est parti d'un stage où tu aurais pu déraper parce qu'on m'a critiqué par rapport à mon parfum. Et c'est pour ça que des fois, quand je parle à la ville et aux jeunes, je dis, écoutez, dans la vie, quand tu sais ce que tu veux, il faut persévérer.
- Speaker #1
Je voudrais qu'on parle un petit peu aussi de ce que c'est que d'avoir un salon de coiffure aujourd'hui. Parce que pour moi, ça a toujours été un lieu un petit peu particulier. Ah bon ? Ouais, parce que je suis métisse. Et pour moi, le salon de coiffure, c'est le seul endroit où j'allais et où j'étais au contact de femmes noires. J'ai été éduquée ici. Autant je pouvais rentrer au Sénégal de temps en temps, voir ma grand-mère et mes tantes, autant dans ma vie quotidienne en tant que jeune fille qui grandit en France, c'est quand j'allais au salon de coiffure que je pouvais m'asseoir et regarder des femmes qui me ressemblent.
- Speaker #0
parler rigoler et surtout ça a toujours été un endroit où on pouvait parler de tout presque oui oui c'est un endroit spécial parce que déjà c'est un lieu de beauté C'est un lieu où les femmes se retrouvent, où elles se sentent belles. En fait, la coiffure est révélatrice. La coiffure suffit pour remonter le moral. Des fois, je vois des clientes arriver, elles ont eu peut-être d'enterrement, mais juste avec une belle coiffure, tu as l'impression de leur avoir donné vie. Et surtout, ce qu'il faut savoir, c'est que les cheveux, c'est vraiment le point de contact de la vie de quelqu'un. Parce qu'une mauvaise personne te touche les cheveux, tu ne peux pas être tes cheveux. Des fois, les gens ne le savent pas. Le cheveu a quelque chose de spirituel. C'est pour ça que des fois, il ne faut pas accepter que n'importe qui touche à ta tête. Il y a des personnes, quand j'ai commencé à les coiffer, elles n'avaient presque plus de cheveux. Et aujourd'hui, quand je vois l'évolution de leurs cheveux, je comprends que je ne suis pas juste une coiffeuse. Et quand je dis évolution de leurs cheveux, ce n'est pas à cause des produits. Ce n'est pas à cause de... de quelque chose de particulier. Au travers de la coiffure, tu communiques ce qu'il y a dans ton cœur. D'ailleurs, chez nous, en Afrique, ça se dit quand quelqu'un te fait mal pendant qu'il te croise, ça veut dire que la personne a un cœur dur. Ça se dit à un moment là, au matin, je ne sais pas comment expliquer ça en français.
- Speaker #1
C'est intéressant parce que c'est vrai que quand on est petit, avec nos cheveux, c'est compliqué parce que souvent, moi, j'ai toujours entendu... plein d'enfants dire ça et même moi j'ai pu le dire, ça fait mal. Ça fait mal quand on nous démêle. Et en fait, j'ai compris que ce n'était pas forcément le cas. Quand c'est quelqu'un qui fait attention et qui a de la bienveillance en elle, ça fait pas mal. Et des fois, il y a une forme de dureté dans la manière dont on traite nos cheveux. C'est un sujet qui est... Pourquoi il y a cette forme de dureté vis-à-vis de nos cheveux ? Est-ce que toi, tu as une idée de ça ?
- Speaker #0
Oui. Je pense que tout... tout vient de l'enfance, du passé. Tu sais, si un enfant grandit en écoutant tous les jours « t'es moche » , elle va grandir en intégrant qu'elle est moche. Si un enfant, tu dis tous les jours « tu seras jamais rien, tu seras un imbécile » , ben toute sa vie, l'enfant va grandir en faisant ça qu'il est un imbécile. Mais par contre, si t'as une petite fille qui grandit et tu lui dis tout le temps « oh, t'as des beaux cheveux, oh là là, tes cheveux ils sont magnifiques » . La petite fille, en grandissant, elle intègre qu'elle a des cheveux magnifiques, quel qu'en soit ce qu'on peut lui dire à l'école. Et donc, le cheveu écoute. Le cheveu, c'est une partie vivante du corps, ce n'est pas une partie morte. C'est-à-dire que tu peux parler à tes cheveux. Pendant que tu masses ton cul chevelu, tu leur parles. « Oh là là, j'ai des beaux cheveux. » En fait, plus tu dis des trucs positifs sur tes cheveux, le cheveu comprend que tu l'aimes. Mais si tu passes ton temps à le dénigrer, même ta manière de peigner, en fait, tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #1
Il faut donner de l'amour.
- Speaker #0
Il faut donner de l'amour à ses cheveux. Il faut apprécier ses cheveux. Il faut, comment dire ça, rectifier quelque part ce qu'on n'a pas pu te donner dans l'enfance.
- Speaker #1
Et ne pas le voir comme une corvée peut-être aussi.
- Speaker #0
et ne pas le voir. Moi, j'ai pu reconseiller beaucoup de personnes avec leur chute. Moi, je connais des personnes qui ne pouvaient pas sortir sans mettre des mèches, qui ne pouvaient pas sortir sans mettre des perruques, qui ne pouvaient pas sortir sans mettre des extensions. À la limite, les extensions étaient devenues leur identité. Je ne critique pas ceux qui mettent les extensions, mais les extensions, ça doit être un choix, ça doit être un accessoire, une nécessité, tu vois. Et je pense que la faute aussi revient des fois aux parents. Moi, je prends l'exemple avec mes propres enfants. Mes propres enfants, je les éduque par rapport à leurs cheveux. Par exemple, ma fille, Osana, de 11 ans que tu connais, elle prend soin de ses cheveux tout seule. Et elle aime prendre soin de ses cheveux. Pourquoi ? Parce que tout le temps, je lui dis, mais ma chérie, tu as de beaux cheveux. Tu peux faire ci, essaye de faire ça, essaye de faire ci, essaye de faire ça. Aujourd'hui, j'ai trois filles et je ne prends même pas soin de leurs cheveux. Elles arrivent, par exemple, mes deux grandes filles. Elles se font des échanges. Une fait le shampoing, l'autre... C'est un moyen de communication. Pour moi, la femme afro ne devrait pas avoir honte de ses cheveux. Et par contre, l'extrême aussi n'est pas bon. Parce que je vois maintenant une sorte de revendication des cheveux afro, des machins. Oui, c'est bien. Mais en fait, les cheveux, dans la vie, comme pour toute autre chose, on devrait être libre d'en faire ce qu'on gagne cher. Tu vois, si tu veux te défriser les cheveux et que tu te sens à l'aise avec tes cheveux défrisés, fais-le. Si tu veux garder les cheveux crépus et que tu te sens à l'aise avec tes cheveux crépus, fais-le. Ce n'est pas parce que tu défrises tes cheveux que tu es moins afro qu'une autre personne. C'est pas parce que tu gardes les cheveux bouclés, texturisés, que tu es plus afro qu'une autre personne.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en plus, on sous-estime le temps que ça prend. En vérité, on peut s'occuper de ses cheveux. Il y a plein de gens qui n'ont pas le temps, qui n'ont pas l'énergie. Si on a un impératif à faire quelque chose, c'est fini.
- Speaker #0
C'est simple. Le cheveu afro demande beaucoup de temps. L'entretien demande le temps. Et des fois, je vois mes filles prendre passionnément le temps de prendre soin de leurs cheveux. Moi, aujourd'hui, je n'ai pas le temps de faire tout ça. Pour moi, la solution de facilité, c'est de défriser parce que je n'ai pas le temps. avec le défrisé, les cheveux défrisés tu passes un coup de peine vite fait, tu sors Je n'ai pas le temps de passer une heure à faire un masque, à faire machin et tout. Mais par contre, j'encourage toutes les jeunes filles qui ont le temps, qui veulent prendre soin de leurs cheveux, de le faire, de se sentir à l'aise. Autant avec un tissage, avec des tresses, avec des cheveux lâchés. On a le plus beau cheveu qui existe au monde. C'est une richesse le cheveu afro. C'est un cheveu à lequel on peut tout faire. Tu peux quitter du lisse au crépu, du crépu au ondulé, de blonde à rousse, de rousse à...
- Speaker #1
On peut changer une coupe de cheveux tous les jours si on veut.
- Speaker #0
Il y a un homme un jour qui est entré au salon de coiffure. Il me dit, oh là là, il me tardait de vous rencontrer. Je dis, ah bon, pourquoi ? Il dit, oui, je voulais rencontrer celle qui fait que chaque fois que ma femme rentre, j'ai l'impression d'avoir changé de femme. Ah, c'est beau. Et ça fait quelque chose qui m'a touchée. Il me dit, oui, parce que chaque fois que ma femme vient ici, quand elle rentre, j'ai l'air de la voir tromper parce que ce n'est pas... Et à la fin, il me dit, et j'étais tellement morte de rire, il me dit, en fait, ce qui est génial, c'est que j'ai eu plusieurs femmes en une seule. C'est génial. Tu vois ? Oui, oui. On ne se rend pas compte de ce que c'est, mais c'est énorme. En fait, le cheveu afro, le salon de coiffure afro, c'est un endroit où tu entres, tu sors, tu n'es pas pareil. Ce n'est pas pour critiquer la coiffure caucasienne. Moi, j'ai fait les deux et je fais les deux. Par exemple, tu vas voir une... Une personne caucasienne entrée dans un salon, elle va dépenser une somme énorme. Mais quand elle va ressortir, tu ne vas pas trop remarquer la différence. Par exemple, la personne qui va venir, elle était châtain foncé, elle veut juste un châtain clair. C'est-à-dire qu'il n'y a pas une grande différence. Mais avec la coiffure afro, des fois, quelqu'un entre, tu finis de la coiffer, tu la regardes au miroir, tu dis, attends, c'est la même personne qui est entrée, ce n'est pas la même personne, tu vois, c'est ça. C'est ça qui me passionne dans la coiffure, c'est vraiment avoir l'impression que je change la vie de quelqu'un. avoir l'impression que j'ai redonné le sourire. Moi, j'ai vu des personnes arriver en pleurant et en ressortant me disant, oh là là, merci, je me sens belle, je me sens... Voilà, c'est ça la coiffure à fond. C'est vraiment un lieu d'échange, un lieu de partage et aussi un lieu où les gens se confient beaucoup. Oui.
- Speaker #1
Par exemple, c'est quoi le sujet qui revient le plus en ce moment ?
- Speaker #0
Alors, je vais te dire quelque chose qui vient du fond de mon cœur et qui me préoccupe beaucoup et je demande vraiment la sagesse à Dieu de... de me donner, de pouvoir aider ces jeunes filles. L'aventure fait que j'ai une clientèle assez jeune et une clientèle que j'ai suivie. J'en ai connue étant étudiante, étant lycéenne. Aujourd'hui, elles deviennent des femmes. Le discours qu'elles avaient hier, ce n'est plus le même discours qu'elles ont aujourd'hui. Et ces derniers temps, ce qui revient beaucoup, c'est que j'ai remarqué qu'il y a eu cette... Il y a eu une certaine rébellion chez les jeunes filles aujourd'hui qui fait que j'essaie de vouloir dire ça délicatement sans offenser les gens.
- Speaker #1
Tu peux dire les choses franchement.
- Speaker #0
Enfin, j'ai l'impression que les jeunes filles aujourd'hui sont arrivées à un stade de leur vie où elles pensent qu'elles peuvent évoluer toutes seules sans avoir besoin de l'aide d'un nom ou alors d'un compagnon. Je ne sais pas comment vous appelez ça ici. Et ce que je trouve dommage, c'est qu'elles ne le font pas pour de bonnes raisons. Je m'explique. Beaucoup de personnes, par exemple, prennent cette décision-là parce qu'elles ont été déçues, parce que, et moi je me revois...
- Speaker #1
Et oui, il y a quelques-uns qui me disent...
- Speaker #0
Et je me dis, moi ayant vécu ça, et aujourd'hui qui vit quelque chose de différent parce que j'ai rencontré la bonne personne. Ce serait dommage de ne pas leur en parler, parce que peut-être elles peuvent passer à côté de quelque chose, parce qu'elles ont eu à faire des mauvaises rencontres. Je ne sais pas si tu vois ce que je dis.
- Speaker #1
Oui, en fait, je pense que c'est un petit peu, on parlait il y a cinq minutes du sujet, par exemple, de l'impératif de laisser ses cheveux afros et de ne pas les défaiser. Pour toi, j'ai l'impression que c'est un petit peu la même chose. Je veux dire, tu as l'impression qu'on impose à ces jeunes filles d'être toujours plus indépendantes. Je sais que c'est un grand sujet pour toi, mais qu'on ne leur laisse pas le choix aussi de vivre une vie, par exemple, maritale qui, pour toi, est très importante. Et je pense que ça, c'est un truc qui... Quand on en parle comme ça, on a l'impression que ça va à contresens de l'histoire. Ouais, effectivement. Ouais, c'est vrai. Parce que, mine de rien, tu défends des valeurs qui sont traditionnelles. Mais je pense que c'est plus profond que ça. Je pense que t'as envie de montrer à ces jeunes femmes qu'on peut avoir une vraie liberté. C'est-à-dire que je sais particulièrement que tu respectes autant une femme qui choisit une indépendance affirmée. qu'une femme qui va s'accomplir parfaitement dans un mariage heureux. Mais ce que tu veux, c'est... J'ai l'impression, en tout cas, arrête-moi si je me trompe, que tu défends une vraie liberté d'agir.
- Speaker #0
Une liberté qui n'est pas calquée sur un modèle d'échec. Je m'explique. Une liberté qui vient de toi, de tes propres décisions. Pas des décisions influencées sur ce que tu as vécu ou sur ce que tu peux vivre autour de toi. Et quand je parle avec mes clients, c'est l'impression que j'ai. Parce que ma mère a eu ci, moi je n'aurais pas ça. Parce que mes copines ont eu ça, moi je ne ferais pas ça. Je prends un exemple plutôt banal. J'ai connu une jeune fille qui aujourd'hui, c'est une personne détruite. Elle a vécu quelque chose de très compliqué. C'est une histoire qui m'a profondément touchée. Et de voir cette jeune fille grandir, ayant comme seul modèle ce modèle de vie qu'elle a eu finalement, qui n'était pas une vie qu'elle a choisie de vivre. En fait, ce que je défends, c'est que quelqu'un se prive de vivre de belles choses parce qu'elle a malheureusement eu à vivre dans un environnement toxique. Pour moi, ce n'est pas ça la vraie liberté. Tu prends une certaine forme de liberté qui, pour toi, tu penses être une femme forte parce que tu te rebelles, parce que tu prônes des valeurs contraires, mais qui, au fond de toi, tu sais que c'est parce que ce dont tu as envie. Ou alors, quand tu rencontres des personnes qui ont vécu autre chose que ce que toi tu vis, cette jeune fille, je l'ai connue comment ? Parce qu'elle est venue chez moi, j'étais encore coiffeuse à domicile à l'époque. Et pendant que je la coiffais, elle arrivait une période de Noël. Et je veillais de la coiffer, il est temps qu'elle parte. Et elle ne veut pas partir. Et elle se met à pleurer. Je lui dis, mais pourquoi tu pleures ? Elle me dit, parce que c'est beau de ce que vous vivez. Je vois, pendant que tu me coiffais, tu disais à ta fille de faire le poulet, d'apprêter. En fait, on était en train d'apprêter les tout du réveillon. Et elle, elle ne savait pas qu'il y avait des familles qui vivaient comme ça. « Tu vois ce que je veux dire ? » Et je lui dis « Mais pourquoi tu pleures ? » Elle dit « Parce que je n'ai personne, parce que je ne sais pas où est-ce que je vais passer Noël. » Malheureusement, elle a fait des mauvaises rencontres, elle a eu un enfant à 15 ans. Bref, elle a vécu dans un monde vraiment compliqué. Et je lui dis « Tu sais quoi ? Tu vas passer le réveillon avec nous. » Je l'ai accompagnée chez elle, mon mari et moi, on est partis chez elle. Elle a pris son fils qu'elle avait fait garder par quelqu'un, elle a pris quelques affaires. Elle est venue passer Noël et Nouvel An. Je ne la connaissais pas. Et pendant une semaine, elle a vécu avec nous. Et en fait, elle a compris que le modèle de vie qu'elle s'était fait dans sa tête, il peut y avoir autre chose à côté.
- Speaker #1
Oui, en fait, ce que tu dis, c'est que c'est aux personnes concernées d'essayer de construire une vie dont elles rêvent pour de vrai. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Ne te prévenons pas de vivre une vie que tu peux vivre parce que tu as vécu quelque chose de traumatisant ou bien quelque chose de... Ce que je veux dire, c'est que s'il y a des mauvaises personnes, il y a aussi des bonnes personnes. La clé, c'est de l'espoir, c'est de ne pas se priver de vivre quelque chose qu'on peut vivre. C'est le fait de ne pas montrer une fausse force des caractères, alors que derrière, il y a quelqu'un de fragile. Quelqu'un qui a besoin de se faire entendre, quelqu'un qui a besoin de connaître des choses peut-être qu'elle n'a pas pu connaître. Tu vois ce que je veux dire ? Oui, bien sûr. Et pour moi, c'est ça le plus important. Je dis, c'est si tu te sens bien seule, que tu te sentes bien seule parce que tu es bien seule. Pas parce que ta mère a vécu seule, elle était bien, mais que moi aussi je peux vivre seule et je suis bien. Tu vois ce que je veux dire ? Si tu veux être une femme indépendante, forte et faire chemin seule, que tu le sois. parce que tu te sens pleinement épanouie, pas parce que ta mère a été une femme seule, indépendante, elle m'a élevée tout seule et elle s'est bien sentie, donc moi aussi, je peux. Oui, je comprends.
- Speaker #1
Je comprends très bien. Je pense que c'est un sujet qui est super actuel. On parle beaucoup en ce moment de santé mentale, par exemple. On parle beaucoup de thérapie, de pouvoir, de réussir à commencer à se soigner. Et je pense que les générations un peu plus jeunes commencent à aller vers ça, petit à petit, parce qu'on en parle et c'est important. Et c'est un bon sujet. Tout le monde a sa manière, je pense, de se soigner. Ça peut être par la thérapie, par la foi. Par juste l'échange avec les autres, par l'écoute aussi. Et je pense que ça, pour le coup, ça va vraiment dans le sens de l'histoire. On va dire, OK, on a tous vécu des choses sans doute très difficiles. Certaines personnes plus que d'autres, c'est vrai. Mais on peut tous se relever, quoi. On peut tous se battre pour vivre bien, c'est ça.
- Speaker #0
Le plus important, c'est d'être heureux dans tout ce qu'on fait. D'être épanoui dans tout ce qu'on fait. Et d'accepter aussi les échecs. Et l'échec n'est pas fait pour que tu restes à terre, mais pour qu'à un moment donné, tu te relèves. Ne pas laisser les peurs du passé t'empêcher de vivre les belles choses que Dieu a prévues pour toi. Parce que je sais que Dieu nous aime tous. Il a prévu qu'on vive de belles choses. Mais, sauf que l'être humain est un loup pour l'autre. Et le loup, quel être humain a réussi à vouloir transformer tout le monde en loup ? n'accepte pas d'être transformée en loup, reste telle que tu es.
- Speaker #1
Avant qu'on termine tranquillement, je voulais juste aborder un dernier sujet qui pour moi est très important. À quel point est-ce que le climat actuel impacte ta vie ? Oui, beaucoup.
- Speaker #0
Et c'est un sujet, je discute de ça souvent avec mes enfants, mon mari et moi, on discute de ça avec nos enfants. C'est pour ça qu'on leur a toujours dit dans le choix de leurs études. Faites des études de tel point que vous pouvez trouver du travail partout où vous allez, que ce soit en Afrique, que ce soit en Europe, que ce soit... Voilà, choisissez des métiers en fonction de l'évolution du temps. Moi, ce que je refuse aujourd'hui, c'est de voir mon enfant être emprisonné dans une espèce d'idéalisme selon quoi il y a des endroits sur cette terre qui sont meilleurs que d'autres. Non. Partout où on peut trouver, on peut tirer son épingle du jeu. Il n'y a pas de sous-pays, il n'y a pas de sur-pays. La preuve, les pays qui se croyaient suprêmes aujourd'hui sont heurtés à leurs propres difficultés, à leurs propres... En fait, la liberté a des limites et aujourd'hui on voit bien qu'il y a des limites. Et aujourd'hui, moi si j'avais le choix, je ne vivrais pas ici. Voilà, je lui dis clairement, je ne vis pas ici, je vis ici parce que mes enfants ont grandi, ils se sont habitués ici, ils se sont accommodés, ils ont fait leurs études et pour moi, ça serait un peu le brutaliser de retourner en Afrique avec eux. Je préfère les laisser prendre leur majorité et chacun prendre ses propres décisions. Mais pour moi, je n'hésiterais pas à retourner chez moi. Non, du tout.
- Speaker #1
Est-ce que vous arrivez avec ton mari à leur donner une forme de fierté identitaire aussi, à leur insuffler ça, à leur dire, en fait, vous allez où vous voulez, vous êtes qui vous êtes,
- Speaker #0
quoi ? C'est ça. C'est pour ça que nous, on fait l'effort, par exemple, c'est vrai qu'on a cinq enfants, en termes de billets d'avion, ça coûte très cher, mais on fait l'effort de ramener souvent nos enfants en Afrique. Ouais. Parce qu'on ne veut pas qu'ils grandissent étant des, comment on appelle ça, des connexions. d'où ils viennent en fait. Et c'est quelque chose que j'ai beaucoup remarqué chez les jeunes enfants ici métissés. Il y en a qui ne connaissent pas. Bien sûr,
- Speaker #1
il y en a plein qui n'ont jamais la chandelle derrière.
- Speaker #0
Moi je trouve que c'est un handicap énorme. C'est un handicap énorme. Je suis sûre que si les parents avaient laissé le choix aux enfants, pour moi le métissage c'est un héritage. En fait, le métissage ça t'ouvre les portes, ça t'ouvre les portes sur autre chose. Il y en a qui sont non connus. Par exemple, je prends le cas de la France où on est. Un Français, par exemple, de souche, ne connaît que la France. Il ne connaît rien d'autre. Alors qu'un métisse, peut-être, il a grandi en France, il est né en France, il ne connaît rien d'autre. Mais il a un pas, quelque part, qu'il ne connaît pas.
- Speaker #1
Que ce soit physique ou à la maison.
- Speaker #0
Et même, des fois, quand tu discutes avec ces enfants-là, ces jeunes-là qui, des fois, se perdent, à un moment donné, ils sont en quête d'identité. Bien sûr, à un moment donné, ils se posent des questions. Au fur et à mesure qu'ils grandissent, ils se disent « Mais peut-être si je connaissais une autre partie de moi, peut-être, peut-être, peut-être qu'ils n'auront pas le temps de me dire ça Une année fermée de réponses, pour moi, je trouve ça tellement dommage.
- Speaker #1
Mais c'est pour ça qu'ils font des podcasts.
- Speaker #0
Donc je profite de ça. Mon mari et mon ami se pied un projet qui va peut-être bientôt voir le jour par la grâce de Dieu. En fait, on est en train de faire un centre spirituel en Afrique, au Cameroun plus précisément, parce que c'est de là qu'on vient. C'est un projet d'appartement meubli où tu pourras, ou bien les personnes éventuelles qui voudront pourront prendre des séjours. avec une personne à disposition pour découvrir, pour essayer de découvrir le pays, la région, des trucs comme ça. Quand le projet sera bien ficelé, je vais en parler. Aujourd'hui, l'espace est en train de... On est presque à la fin, il reste juste de meubler les appartements et tout ça. Et mon souhait, vraiment, c'est... Et le projet est venu d'où ? En fait, j'ai parlé avec un jeune métis camerounais qui venait souvent se coiffer au savon, et il me disait tout le temps... Tantine, il faudrait qu'un jour tu m'amènes au Cameroun. Je lui disais oui, peut-être un jour. Même si au début c'était la rigolade, mais plus il insistait, plus je me disais... Quand même, il me faisait de la peine. Je me disais, mais... Il me disait oui, je voudrais bien aller, mais je ne connais personne. C'est difficile, hein ? C'est difficile. Pour moi, quelque chose qui peut être amoureux pour moi, pour quelqu'un d'autre, ça a une importance capitale. Tu vois ? Et j'ai dit à mon mari, oui, peut-être on peut... De ce côté-là, on peut faire quelque chose, tu vois. Et pour moi, c'est un projet qui me tient à cœur. C'est dans la continuité de ce qu'on a déjà commencé ici, parce que nous, on a une association qui s'appelle Solidariste. Tous les vendredis, on donne à manger aux sans-abri dans la rue. Et encore, c'est des histoires qui nous touchent à chaque fois. Moi, je suis quelqu'un, j'aime beaucoup écouter les sans-abri, parce que des fois, on a des a priori sur ces personnes-là, on ne s'en rend pas compte, mais on se dit, oui, c'est des personnes qui ne veulent rien faire, qui sont dans la rue. Mais quand tu prends le temps de les écouter... Tu comprends qu'il y a plus profond et encore une fois, tout remonte dans le passé. Le passé mal géré affecte le futur.
- Speaker #1
Un dernier mot que tu voudrais dire à n'importe quelle jeune personne qui passerait par là ?
- Speaker #0
Le seul conseil que je peux donner et un conseil que je donne à mes enfants, ne vous laissez influencer par personne. On vit dans un monde où l'influence prend le dessus. Il y a des métiers même appelés influenceurs, pardon, mais en réalité, il ne faut pas se laisser influencer par qui que ce soit. Il faut vivre sa vie pleinement et ne pas s'empêcher de vivre certaines choses. Ne pas avoir peur de se tromper. Ne pas avoir peur de commettre des erreurs, parce que ce n'est qu'en commettant des erreurs qu'on apprend. Ce n'est qu'en traversant des difficultés qu'on arrive là où on doit arriver. Et ce que je n'ai pas dit dans mon témoignage, c'est que la coiffure est venue de... En fait, j'ai commencé à tresser suite aux maltraitances que j'ai subies. Donc, chaque fois que je recevais des coups, j'étais un enfant battu, on me battait tellement. Et chaque fois qu'on me battait, pendant que je pleurais, je tressais les herbes. En fait, je pouvais faire une tresse longue. Tant que je n'arrêtais pas de pleurer, je continuais à tresser. C'est pour ça que j'ai appris à tresser. J'ai appris à tresser sur les herbes. Et plus je tressais, plus je perfectionnais mes tresses sur les herbes. Et je ne savais pas que plus tard, ça devait être un métier dans lequel non seulement je serais épanouie, mais un métier par lequel Dieu devait passer aussi pour apporter la guérison à d'autres personnes. Parce que je peux vous dire que oui, au travers de mon métier, Je reçois des témoignages tous les jours des personnes qui, grâce à mes conseils, et mes conseils calqués sur mon vécu, parce que je pense qu'on ne peut que transmettre ce qu'on a vécu. Quand on transmet quelque chose qu'on n'a pas vécu, c'est du copier-coller. En fait, on raconte une histoire. Mais quand tu transmets quelque chose que tu as vécu, en fait, tu transmets ce que tu as. C'est différent. Moi, tout ce que je dis, c'est des choses que j'ai vécues. Quand je dis que tu es capable de ne pas... Calquer ta vie sur la vie de quelqu'un d'autre, c'est parce que je l'ai vécue. Moi, je pensais que je ne pouvais jamais avoir une vie de famille parce que la vie de famille que j'ai eue comme exemple n'était pas la meilleure. Mais aujourd'hui, sans me vanter, j'ai une vie de famille qui n'est pas peut-être parfaite, mais qui est normale et surtout qui me rend heureuse et dans laquelle je vois mes enfants grandir étant heureux.