Speaker #0Bonjour à toutes et à tous. A la fin de cet épisode, vous comprendrez mieux ce qu'est une crise, son fonctionnement et ses conséquences. On va même voir ensemble, de manière un peu contre-intuitive et provocatrice, que l'on peut tirer avantage de ces périodes néfastes. Aujourd'hui, on rencontre un problème. Et un problème de taille. C'est que le mot crise est devenu omniprésent dans le paysage médiatique. Il fait partie de notre quotidien. Il est partout. Il suffit d'ouvrir un journal, d'allumer la télé ou la radio, de suivre l'actualité tout bonnement, nationale comme internationale, pour tomber nez à nez avec la crise. A se demander si ce n'est pas devenu un marronnier pour les médias. C'est un terme qui est chargé, qui fait naître l'émotion. Il donne directement une couleur dramatique à n'importe quel propos. Dès qu'une situation ne fonctionne plus, qu'un système se dérègle, que quelque chose inquiète, fait peur ou nous dépasse, on utilise le mot crise. parfois à bon escient et parfois pas du tout. Et à force d'être utilisé pour tout et n'importe quoi, ce mot a fini par perdre une partie de sa substance. C'est un peu comme quand on dit « passe-moi le machin » ou « c'est quoi ce truc ? » Des mots fourre-tout. Ils sont parfois pratiques sur le moment, mais au final, ils ne veulent plus dire grand-chose. L'objectif de cet épisode est donc simple. À la fin, il faut que vous sachiez précisément nommer ces périodes et distinguer les crises des non-crises, comprendre les mécanismes qui sont à l'œuvre et les effets, les impacts que cela peut avoir sur les individus. Alors bien évidemment, on ne peut pas envisager et traiter de la même manière une crise économique, sociale, politique ou démographique. Ce n'est pas la même chose d'assainir une situation dégradée dans un cadre familial que dans une entreprise, un grand groupe ou même une nation. Pour poser des bases, j'ai choisi de partir d'un terrain qui nous concerne tous, la crise personnelle. Celle qui nous touche directement, individuellement. Parce que nous ne sommes pas tous chef d'état, chef de guerre ou grand dirigeant. En revanche, nous avons tous une vie personnelle, un environnement professionnel. Beaucoup sont salariés, indépendants, entrepreneurs ou portent des responsabilités à leur échelle. Alors n'oubliez surtout pas de vous abonner pour ne pas rater les prochains épisodes, de partager avec les gens à qui vous pensez que ça peut servir. Et je reste disponible si vous avez la moindre question ou une envie de collaboration sur les réseaux sociaux et par mail. Je vous souhaite un bon épisode et une bonne écoute. C'est parti ! La crise, c'est un surgissement brutal et inattendu. Tout est paisible, normal et d'un coup sec. on vit un terrible renversement. Du latin « crisis » , elle est définie comme un événement soudain, une altération, un trouble brusque qui vient bouleverser une situation jusqu'alors paisible. C'est un choc, un événement ponctuel et défavorable, souvent limité dans le temps. Toutes les difficultés ne se valent pas. Nous qualifierons certaines de « complications » . Ce ne sont que des secousses du quotidien. Un oubli, une dispute, un contre-temps, une altercation, des moments désagréables certes, mais qu'on parvient généralement à dépasser aisément. Et puis il y a les véritables crises, celles qui ébranlent notre quotidien et mettent à l'épreuve notre capacité à tenir debout. Un licenciement, une rupture difficile, un accident, une faillite ou une situation de raquette, des événements d'une grande violence dont les répercussions dépassent souvent le cadre immédiat. et peuvent bouleverser durablement une existence. Enfin, au-delà, viennent les crises extrêmes. On pense bien sûr à la perte d'un proche, l'incarcération, la ruine financière, la maladie incurable, mais on peut aller encore plus loin, l'enlèvement, la séquestration, le bannissement social, des situations d'une intensité telle qu'elles laissent parfois des traces irréversibles. Quand on prend conscience de la crise, c'est comme une douche froide, un violent tupercute reçu en traître. Une chute dans le vide. A la vitesse de la lumière, on comprend qu'une période inédite s'annonce. Elle est imminente. La carte du monde vient de changer. On intuite que les règles du jeu, pendant un temps indéterminé, vont être drastiquement remaniées. Quand une crise personnelle survient, il n'est pas rare que plusieurs de ces traumatismes se renforcent et se répercutent mutuellement. Ce n'est plus un événement isolé, mais une constellation. C'est un ensemble de désordres qui s'influencent et se nourrissent entre eux. Une perte d'emploi qui remet en cause le couple. Une séparation qui altère la santé. Un conflit qui épuise. C'est une avalanche. Chaque déséquilibre peut en amplifier d'autres, dans un même mouvement où causes et effets se confondent. Il s'agit d'une situation complexe. Il faut ici absolument faire la distinction entre le compliqué et le complexe. Le compliqué est, en principe, compréhensible et résoluble. Il est décomposable et suit une logique où des causes conduisent à des effets identifiables. Le complexe, lui, renvoie à des situations organisées, non linéaire et en partie imprévisible. Les événements y sont reliés par un enchevêtrement d'interconnexions multiples et dynamiques qui évoluent et peuvent se reconfigurer, faisant émerger des effets souvent inattendus. Ces événements requièrent d'endosser le rôle de chef d'orchestre, une sorte de super soldat qui intervient sur plusieurs niveaux, sur tous les fronts en même temps. Ce type de période revêt des propriétés qui lui sont propres. Les connaître ? C'est se donner les moyens de la clairvoyance. Cela nous permettra de reconnaître cette période et aussi de mettre en œuvre les contrefeux les plus efficaces, au bon moment. La crise personnelle se caractérise tout d'abord par une solitude presque ininterrompue, intense, voire même pesante. On peut alors parler d'une solitude structurelle. Le sujet se sent seul, parfois incompris, souvent marginalisé. Le lien social est fragilisé, il s'effrite et en règle générale tend naturellement à se rompre. Dans ce contexte, les décisions cruciales et les efforts de reconstruction reposent entièrement sur les épaules de l'individu. La douleur qu'il endure est peu reconnue, souvent banalisée ou disqualifiée par l'extérieur. Cette négation peut l'amener à douter de sa propre légitimité dans la souffrance et par voie de conséquence à se nier lui-même. en tant que tourmenté, à occulter sa détresse. Les crises prennent naissance, presque toujours, par un déclenchement imprévu et extérieur à la volonté du sujet. Il peut s'agir d'un événement exogène, un choc brutal comme une perte, une rupture ou un accident, qui vient briser une stabilité préexistante. Mais la crise relève également d'événements endogènes, comme une grave maladie. De toutes les manières, On parlera d'événements qui sont imposés à l'individu, difficilement anticipables et contrôlables, surtout sans expérience et sans préparation. Ce sont des épisodes de grands renversements, de lourds désordres qui surviennent en cascade dans plusieurs sphères de la vie à la fois. Comme nous l'avons vu, très rapidement, la crise installe un rapport direct à l'inconnu et à l'incertain. L'avenir devient illisible. Les repères temporels s'effacent. La crise révèle des aspects de la réalité jusque-là ignorés ou déniés. Les croyances rassurantes ou les naïvetés antérieures s'effondrent. La manière dont le monde fonctionne semble avoir changé. Le sujet entre alors dans une réalité qu'il ne sait pas interpréter ni gérer. Dans ce contexte, la crise fait apparaître un danger réel et une menace existentielle. Ce qui est en jeu touche au fondement de la vie, logement, lien, santé, travail et dignité. La douleur n'est pas seulement psychique ou émotionnelle, elle est structurelle, prolongée et peut se révéler invalidante. Le sentiment d'être en danger est constant, même s'il reste flou, ce qui le renforce et le nourrit. Face à cette situation, la crise entraîne une atteinte à l'identité même du sujet, rendant nécessaire Une recomposition. Elle ébranle ce que la personne croyait être ou devenir. Il peut arriver que le passé soit également réécrit et corrompu. L'image de soi se déforme ou se brise. La crise n'est pas surmontable sans réinvention. Il faut se reconfigurer, parfois à partir de presque rien. Enfin, l'ensemble de ces phénomènes s'inscrit dans une désorganisation systémique. Comme on l'a vu un peu plus tôt, Elle impacte plusieurs sphères simultanément, familiales, professionnelles, intérieures, sociales. Ce qui faisait cadre, habitude ou rituel devient inopérant. La crise évolue selon un rythme propre, irrégulier, parfois sans logique apparente. Il est impossible de déterminer le commencement de la crise, ni de dire avec certitude quand ou même si elle va prendre fin. Elle change sans cesse de forme. rendant toute planification très difficile. Elle provoque du désordre, une perte de sens, un effondrement de la structure. Lorsqu'on se trouve à une entrée de période de ce type, plusieurs postures sont possibles. La soumission, un abandon pur et simple face à la situation. La sidération, une stupéfaction qui fige et immobilise. La fuite, un déni total. Je vais bien, tout va bien. Il y a l'attaque, la volonté de combattre pour résoudre, pour réparer, pour sauver, pour survivre. Pour se lancer et vivre au mieux ses coups du sort. Il faut accepter d'avoir mal, de souffrir, car ce sont des moments qui, inévitablement, mettent à rude épreuve. Il faut aussi être préparé au conflit et à l'adversité. Le nombre d'interlocuteurs va augmenter, les relations vont se détériorer. Il va y avoir des rapports de force avec ceux qui ont des volontés contraires, ou qui tout simplement ne voudront pas jouer le jeu. Vous êtes plongé dans les marécages de l'hostilité, projeté dans un enfer dédaléen où la menace est constante. Le mépris devient coutumier. La colère et l'agression sont monnaie courante. La qualité de vos échanges ternit, occultée par l'ombre de l'intérêt, de la cupidité et des confrontations égotiques malsaines. Il n'y a plus d'amis. Alors je viens tout de suite nuancer et apporter quelques précisions. Quand je dis qu'il n'y a plus d'amis, comprenez bien que l'objectif, c'est pas de devenir complètement paranoïaque et défaitiste. C'est pas ça du tout. La gentillesse gratuite, l'empathie, la bonté existent bien évidemment et rendent notre monde meilleur. Mais comprenez que ce sont des choses qui sont volatiles, incertaines, fluctuantes. Vous ne pouvez pas mettre en place une stratégie et mener des actions en vous basant là-dessus uniquement. Vous avez besoin d'avoir du solide. Dans ces cas que nous décrivons, vous avez une mission exigeante qui ne supporte que trop peu l'erreur. Il s'agit donc de redoubler de vigilance. et de ne pas s'appuyer sur d'hypothétiques alliés. Toujours sans être négatif gratuitement, comme vous l'avez compris, il va y avoir de la casse. L'objectif donc est simple. Préserver l'essentiel, quoi qu'il en coûte, mais toujours dans la limite des possibles. Il faut réduire les pertes à tout prix. Ne craignez pas la chute, mais l'inévitable atterrissage. Tout l'enjeu est d'en amortir l'impact pour limiter les dégâts et vivre au mieux la crise. J'utilise sciemment l'expression « vivre la crise » . Beaucoup de contenus relatifs au sujet promettent bien souvent des techniques de gestion, ce qui évoque le contrôle total, l'appréhension technique, presque mécanique de la situation. J'estime qu'il s'agit d'une erreur d'une importance capitale. Elle pose un axiome de base selon lequel on peut, comme par magie, administrer ses périodes et en sortir sans le moindre tracas. La vérité est tout autre, moins séduisante. Habiter la crise, c'est agir et subir. Le sujet expérimente la douleur de répondre à une injonction circonstancielle d'agir, alors même qu'il évolue dans un environnement qui agit sur lui et restreint fortement sa marge de manœuvre. Il s'agit là d'une injonction paradoxale. Le sujet est sommé de déployer sa puissance, d'agir efficacement et en autonomie, tout en étant simultanément désaisi Merci. d'une large part de sa souveraineté. Dans le livre « La gestion de crise » de Delbecq et Combalbert, ces derniers paraphrasent Adam Smith. Et avance qu'on pourrait dire qu'il existe une sorte de main invisible de la crise qui élabore un véritable dispositif déstabilisateur autonome, spontané, sans conscience ni volonté, mais animé d'une force, d'une énergie cinétique propre. Tout au long de cette période, La prise de décision devient un exercice plusieurs fois quotidien, aussi vital que complexe. Dans des laps de temps réduits, voire simultanément, il faut trancher sur des dossiers aux conséquences souvent préoccupantes et parfois critiques. Vous devez résoudre pour vous-même, mais aussi pour des tiers qui vous font confiance. Pour élaborer des réflexions stratégiques, les données dont vous disposez sont limitées, souvent de piètre qualité et incomplètes. Vous l'aurez compris, le management de crise ne se pratique pas à l'instinct, dans l'improvisation. C'est un art à part entière qui exige de la préparation, de la lucidité et une fine compréhension des rouages qui la constituent, la déclenchent et l'amplifient. Nous avons dressé un tableau bien sombre de tout cela. Cependant, même si la crise n'est ni souhaitable ni convoquée, mais plutôt imposée et loin d'être désirée, elle n'est pas seulement destructrice. Effectivement, une fois totalement achevée, elle peut se révéler au contraire féconde. comme une matière brute qui ne demande qu'à être modelée, sculptée, ou encore une terre meuble sur laquelle l'agriculteur bien guidé saura faire s'élever de riches cultivations. Ce qui suit relève de ce que j'appelle des gains cachés. Alors qu'est-ce que c'est que des gains cachés ? Il s'agit de bénéfices silencieux et invisibles. Ils ne sont ni garantis ni immédiats, difficilement accessibles, mais présents. Pour ceux qui connaissent leur existence. Pour ceux qui savent comment les récupérer et se donnent suffisamment de mal pour le faire. La crise est tout d'abord une occasion d'aiguiser son sens de la résilience. Tenir bon, encaisser, ne pas s'effondrer et aller de l'avant dans l'adversité. Mais elle peut aller plus loin. Là où la résilience consiste à dépasser un événement impactant, puis revenir à l'état antérieur, on peut viser plus haut et se développer. On fait alors preuve d'une croissance post-traumatique. Je vous explique brièvement. Lorsqu'on parle de croissance post-traumatique, on évoque les changements psychologiques positifs auxquels certains individus peuvent accéder. Non pas grâce au traumatisme en lui-même, mais à travers la lutte qu'ils ont engagée pour faire face à un événement hautement éprouvant. Il est donc essentiel de distinguer la résilience d'un côté, et de l'autre la croissance post-traumatique. La résilience renvoie davantage à la capacité d'endurer, de s'adapter et retrouver un niveau de fonctionnement proche de l'état initial, malgré l'adversité. La croissance post-traumatique, quant à elle, implique une transformation plus profonde. On parle d'une transformation dans la manière dont on se perçoit, dans la qualité de connexion aux autres, et dans la façon dont on donne du sens à son existence. et aux épreuves qui ont été traversées. La crise devient alors un voyage vers un épanouissement nouveau, bien qu'inespéré. Dans ces cas-là, elle fait office de levier de prospérité en quelque sorte. Pour continuer sur les gains cachés, il y a les innombrables compétences nouvellement acquises ou perfectionnées dans le vacarme, l'hostilité et la contrainte. Des compétences réapplicables à d'autres crises, transférables à d'autres domaines. et cumulatives. La crise ne vous rend pas plus heureux, mais peut-être plus compétent. C'est effectivement l'occasion d'acquérir des savoir-faire précieux. Décider sous pression, s'organiser, composer avec l'incertitude, négocier, analyser des rapports de force, la liste est quasi infinie, car dépendante de la nature de l'individu, mais aussi de la nature des obstacles qu'il a rencontrés. Autre énorme avantage de la crise, elle est également une disponibilité. Pourquoi, me direz-vous ? Parce qu'elle détruit, elle saccage, elle isole. Et de ce fait, nous sommes bousculés souvent au point d'être sortis brutalement de la route que nous suivions. Elle crée un vide. Un vide imposé, certes, non voulu, non choisi. Mais ce vide ouvre des possibilités. De nouvelles trajectoires sont désormais envisageables. Certaines d'entre elles étaient d'ailleurs tout simplement impossibles auparavant. La crise ne crée pas immédiatement des opportunités, elle crée d'abord de l'espace. Le terrain idéal et nécessaire à l'avènement de nouveaux mouvements, de nouveaux projets, de nouvelles réalisations. Dans la même veine, je dirais même dans le prolongement de cette disponibilité, elle offre aussi une formidable opportunité de restructuration. Effectivement, les individus, les organisations, les systèmes de manière générale peuvent fonctionner tout en étant fragilisés. Ils peuvent opérer en dessous de leur potentiel. Cela se produit lorsqu'ils sont rigidifiés par le temps, alourdis, moins cohérents, moins simples. Cette dégradation peut parfois même être la cause de la crise. Mais même lorsqu'elle ne l'est pas, la crise vient jouer le rôle de révélateur. Elle met en lumière les moindres petites fêlures dans l'édifice. les faiblesses ignorées, les vulnérabilités négligées. La période de crise permet alors de tout remettre à plat. C'est le moment de rebâtir. La conjoncture idéale pour reconstruire sur des bases plus solides, un édifice plus robuste. Ce qui était fonctionnel mais pas tout à fait efficace, ce qui dysfonctionnait, ce qui tendait à se dégrader, tout cela peut être corrigé. Enfin, d'un point de vue anthropologique, la crise s'apparente à un rite de passage. On n'est pas le même avant et après. Dans de nombreuses cultures, les rites de passage impliquent danger, douleur, exposition. et transformation irréversible. C'est exactement ce que produit la crise. A ceci près qu'elle n'est ni ritualisée, ni encadrée. La crise est donc un rite de passage, sans rituel, sans cadre et sans guide. C'est la formidable possibilité d'un changement identitaire. En d'autres mots, l'ouverture d'un espace de transformation, une forme de seconde naissance symbolique. Il devient alors possible... d'accepter de ne pas redevenir exactement la personne que l'on était auparavant. Parce qu'en réalité, ce retour en arrière est impossible. Ce qui a été vécu a déjà transformé quelque chose. Considérer cette aventure comme un rite de passage permet justement de le conscientiser, d'aller dans le sens de la vague plutôt que de lutter contre elle, et d'intégrer ce changement plutôt que de le subir. Dès lors s'ouvre une autre possibilité. Celle de choisir la personne que l'on va devenir. Une personne différente. Une personne nouvelle. Une personne qui a vécu. Comme vous pouvez le constater, les gains cachés sont nombreux. Pour autant, rien de tout cela n'est automatique ou certain. La crise n'est pas positive en elle-même. Elle peut seulement devenir matière à création, à condition d'effectuer le juste travail. Pour rentabiliser une crise, je vous propose de se concentrer sur deux temps. Le pendant et l'après. Pendant, il s'agit de tout consigner par écrit. Les étapes franchies, les actions menées. Je vous conseille de tenir un journal de bord. Archivez les to-do list, les agendas, les mails, les fiches de rendez-vous et tous les éléments capturables. Lorsque vous êtes dans l'action, ce journal de bord permet à la fois de structurer la stratégie sur le moment, mais aussi d'opérer des rétrospectives régulières sur l'avancement des opérations, sur la tournure que prennent les choses. Parallèlement, je peux signaler en passant que c'est un atout non négligeable d'avoir tous ces éléments à disposition. Effectivement, parfois il arrive qu'on se trompe, que la crise ne soit pas réellement terminée, qu'un dossier se rouvre brutalement, et à ce moment-là, vous devez pouvoir vous replonger immédiatement sur le sujet. Ensuite, parvenu à l'issue finale, c'est pour vous l'occasion de récupérer facilement les données nécessaires au bilan de sortie de période. Arrivé en sortie de crise, un travail s'impose. Il faut dans un premier temps résister à l'oubli. La résistance à l'oubli, c'est prendre de vitesse cette envie presque pulsionnelle de passer à autre chose. Car cet oubli n'est pas neutre. Il s'accompagne très souvent d'une réécriture. Le cerveau s'arrange. Il adoucit, il simplifie. Il atténue la douleur et minimise les erreurs commises. C'est un mécanisme automatique qui vise à mettre à distance ce qui nous fait souffrir et ce dont nous ne sommes pas. pas nécessairement très fiers. Et c'est précisément pour ça qu'il faut intervenir tant que tout est encore frais dans votre esprit. Il s'agit de mener un travail de synthèse, de relecture, d'analyse, de post-mortem. Votre but est de comprendre ce qui a fonctionné et ce qui aurait pu être fait autrement. Il s'agit alors d'assumer la réalité et vos prestations. Analyser les succès, bien évidemment, constater le chemin parcouru, les compétences acquises, mais pas seulement. La matière la plus précieuse à examiner, ce sont les échecs, les manquements, les erreurs de communication, les fautes stratégiques, les lacunes. Je vous conseille d'écrire un véritable réquisitoire sur le vous qui a traversé la crise. L'objectif n'est pas de mener un exercice stérile d'auto-flagellation, noyant vos écrits dans un torrent de larmes, seul dans une demi-obscurité. L'objectif est de faire face, de tirer des leçons et ainsi de devenir meilleur. Vous transformez les souffrances d'hier en levier pour les victoires de demain. Nous sommes les seuls capables d'être aussi lucides, exigeants et durs avec nous-mêmes. C'est en ayant cette démarche, en adoptant cette disposition, en menant ce travail de manière rigoureuse, que l'on peut espérer tirer profit de ces tranches de vie. Aujourd'hui, on a vraiment bien travaillé. Maintenant, je vous propose de passer à la dernière partie et de voir ensemble trois éléments que je propose de retenir sur cet épisode. Alors, premier point, la crise impose une posture d'humilité face à la réalité. Effectivement, on ne négocie pas avec le réel. C'est lui qui a toujours le dernier mot. Ensuite, deuxième point, la crise peut être rentabilisée, grâce aux gains cachés, à condition de faire le nécessaire. Et enfin, c'est presque une évidence, c'est un peu comme l'eau s'amouille ou le feu s'abrulle, mais on s'est rendu compte qu'on ne sort pas indemne d'une crise. Un effondrement cause toujours des dégâts. Ce sont des périodes qui ne sont jamais propres. Il faut consentir au brouillon et à l'imparfait.