- Jean Chabod
Bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue dans ce nouveau format, un format podcast pour Bois Ternière, pour cette revue, pour 36, que vous tenez entre les mains et vous êtes arrivés ici sur une version audio de la rubrique un pas de côté qui s'appelle s'intéresse à la question du handicap et de l'inclusion en entreprise. Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir Tiffany Mazard et Xavier Bancel que je vais vous présenter. Moi-même, je suis Jean Chabot, je suis chargé de rédiger l'ensemble de la revue. Et j'ai aussi le plaisir d'animer et de présenter ce podcast Un Pas de Côté. Tiffany Mazard, vous êtes conférencière en France et à l'international sur le handicap invisible, la diversité et l'inclusion. Bonjour.
- Tiffany Mazars
Bonjour.
- Jean Chabod
Xavier Bancel, vous êtes directeur client et associé chez Quaternaire, où vous pilotez le projet interne sur le handicap, qui est orienté inclusion dans l'emploi. Bonjour.
- Xavier Bancel
Bonjour Jean, bonjour Tiffany, bonjour à toutes et tous.
- Jean Chabod
Voilà comment ça va se passer, on est ensemble pour une trentaine de minutes pour balayer le sujet. C'est un sujet assez large, 30 minutes sont évidemment bien courtes, paraissent bien courtes pour tout traiter. Mais très modestement, je crois que c'est un mot qui va revenir, la modestie, on va défricher les grands sujets, les grands thèmes, les problèmes, les leviers. sur le sujet de l'inclusion, de la question du handicap. C'était en quelques phrases, je vous ai présenté au début, Tiffany Mazard, vous êtes conférencière, est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur vous et sur votre lien avec ce sujet ?
- Tiffany Mazars
Eh bien, je vais vous dire qu'être conférencière, ce n'est pas un choix, c'est un emploi. Je vais vous expliquer très brièvement pourquoi, c'est parce que j'ai justement été victime de discrimination à l'emploi. De par la RQTH, reconnaissance qualité travailleurs handicapés, dont je bénéficiais et dont je bénéficie toujours d'ailleurs quand ma maladie s'est déclarée. J'ai une fibromyalgie, qui est une maladie chronique qui provoque des douleurs musculaires et articulaires diffuses en tout corps, et un TDAH, un trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité. Et la RQTH, pour moi, c'était la seule adaptation possible, la seule reconnaissance que j'avais pour me permettre de pouvoir... vivre tout simplement. Et en fait, ça m'a plus porté préjudice qu'autre chose. Et puis moi, en fait, on ne me dit pas ce que je ne dois pas faire. Donc, ça m'a plus déclenché un élan de « Ok, vous ne voulez pas que je sois embauchée dans le cadre de la RQTH ? Je vais vous montrer que vous allez vous tromper. » Et donc, tout un parcours entrepreneurial s'est déclenché. Et aujourd'hui, j'interviens dans les organisations. entre autres et partout en France et aussi à l'international pour montrer que la RQTH, c'est un formidable outil qui nous permet justement de vivre pleinement avec ces singularités et non malgré. Donc voilà, j'essaye de prôner une énergie beaucoup plus positive et optimiste que celle que j'ai subie.
- Jean Chabod
Oui, on le sent, ce côté, cette approche positive que vous gardez, cette énergie que vous avez. Il y a un mot qui est important pour vous, c'est invisible, handicap invisible. Pourquoi ?
- Tiffany Mazars
Parce qu'aujourd'hui, nous avons un peu plus de 12 millions de personnes en France qui sont concernées par le handicap. Et 80% d'entre eux concernent les handicaps invisibles, où il y a plusieurs familles de handicaps invisibles, comme les troubles musculosquelettiques, les troubles sensoriels, les troubles psychiques, les troubles du neurodéveloppement ou encore les maladies invalidantes. Et en fait, comme ça ne se voit pas, eh bien, il n'y a pas... pas de prise en compte, de reconnaissance du sujet de par la société de tout un chacun. Et donc, il y a le handicap invisible, mais il y a aussi les aidants, qui représentent un peu plus de 10 millions de personnes en France qui sont encore plus invisibilisés pour le coup, puisqu'ils ne choisissent pas non plus ce qui leur arrive. Et donc, du coup, moi, j'essaye de faire un appel à la tolérance que ce n'est pas parce qu'une personne ne vous répond pas dans la rue qu'elle est impolie, elle est peut-être tout simplement sourde.
- Jean Chabod
Vous parlez des aidants, ce sont les personnes qui accompagnent les personnes malades, vieillissantes, handicapées, et qui sont vraiment très nombreuses en France. Xavier Bancel, vous, je disais, vous pilotez le projet interne sur le handicap. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur votre implication sur ce sujet ?
- Xavier Bancel
Avec plaisir. Peut-être juste quelques mots de contexte sur quoi dernière qui nous sommes. Nous sommes une entreprise, une PME de 75 salariés et nous nous faisons du conseil, de la formation et de l'accompagnement opérationnel avec une clientèle qui est pour deux tiers dans l'industrie et un tiers dans les services. Nous avons récemment retravaillé notre projet d'entreprise. Et dans le cadre de ce projet d'entreprise, qui s'appelle Impact, il y a une dimension RSE. Et donc, on a eu l'occasion, il y a à peu près un an, de sortir notre tout premier rapport RSE. Nous sommes très fiers, nous sommes très heureux d'avoir créé cette matière qui nous ressemble bien. Et dans le cadre de cette politique RSE, il y a un volet sur le handicap. Et donc, nous nous sommes fixés comme objectif de contribuer à notre dimension, à l'accès et au maintien dans l'emploi pour les personnes en situation de handicap, avant tout au sein de Quaternaire, donc de notre entreprise, et ça pour les salariés actuels qui seraient ou qui deviendraient porteurs de handicap, et aussi via nos futurs recrutements externes. Et avec comme ambition de viser à terme d'atteindre notre obligation d'emploi de 6% de personnes en situation de handicap dans nos équipes. A ce jour, on est à 0%. Et puis contribuer aussi à ça à l'extérieur de Quaternaire, donc de manière plus modeste, plus humble, plus limitée, en étant des ambassadeurs entre guillemets de ce sujet-là, chez nos fournisseurs, chez nos clients, etc.
- Jean Chabod
Mais alors Xavier, pour passer de 0 à 6%, quels vont être les premiers leviers à activer ?
- Xavier Bancel
Alors c'est quelque chose que nous sommes en train de construire puisque cette décision d'œuvrer et de contribuer à ça, c'est une décision qu'on a prise au début de l'année 2025 et donc on a réalisé depuis plusieurs actions de sensibilisation en interne. d'abord auprès de notre équipe d'actionnaires, les actionnaires ayant comme particularité tous des salariés de l'entreprise, 100% du capital appartient à l'entreprise. Donc on a d'abord commencé par les instances dirigeantes de l'entreprise. Et donc on a fait une action de sensibilisation en s'appuyant sur l'AGFIP qui est intervenue pour nous faire comprendre l'handicap, qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que ce n'est pas, qu'est-ce qu'on peut faire, qu'est-ce qu'on ne peut pas faire. des exemples aussi de réussite chez d'autres entreprises. Donc, on a commencé par une action de sensibilisation auprès de nos actionnaires, puis auprès de 100% de nos équipes. C'est une séance que nous avons eue au mois de septembre. Et la prochaine étape, et nous sommes dans cette prochaine étape-là, nous sommes en train de constituer une équipe projet, une équipe chantier qui va construire des propositions à présenter à l'équipe de direction de Quaternaire. pour atteindre ces objectifs-là. Quels vont être les leviers ? Nous ne le savons pas encore. Nous avons pas mal d'ingrédients qui nous ont été communiqués par la GFIP et dont nous nous imprégnons. Et tout ça reste à construire. Et avec une équipe dans laquelle il y aura une personne de chacun de nos sites. Nous avons quatre sites. Il y aura aussi notre référent handicap. Il y aura notre chargé de recrutement. Et puis on a été attentif à ce que la composition de cette équipe projet recouvre aussi différents profils en termes d'âge et de personnalité.
- Jean Chabod
Vous parlez de l'AGFIP, c'est l'association aide à l'emploi pour les personnes en situation de handicap qui propose une multitude de services et d'aides financières pour les entreprises et les salariés concernés. Tiffany, des entreprises, des PME dans la même situation que Quaternaire, vous en croisez beaucoup, c'est-à-dire qui sont au point de départ et qui ont engagé les premières démarches seulement ?
- Tiffany Mazars
Absolument. C'est ce qui est aussi très bien dans le sens où on pourrait dire « oh là là, mais ils s'y mettent tard » , mais en fait, il vaut mieux s'y mettre que pas du tout. Et de contribuer pleinement à cette construction de la politique handicap. évidemment que je prêche pour ma paroisse en ayant un angle de vue que je trouve effectivement constructif, du coup je me dis que je suis très heureuse de pouvoir mettre ces premières bases aux côtés de ces entreprises, là au moment où on enregistre la semaine prochaine, il y a la semaine européenne de l'emploi des personnes handicapées j'ai une dizaine de conférences qui est prévue en cinq jours et j'en ai peut-être la moitié où ils sont dans les débuts justement de cette construction politique handicap, donc il y a tout à faire Et avec une énergie et une motivation qui est basée sur la création, sur la nouveauté et vraiment sur cette énergie du collectif. Donc, du coup, c'est très porteur. Et puis, ça permet de tout imaginer ensemble. Donc, je trouve ça très vertueux.
- Jean Chabod
Mais Tiffany, est-ce qu'il y a quelque chose qui est propre au PME ? Et est-ce qu'il y a des différences qui s'observent si on change d'échelle pour les ETI ou les grandes entreprises ?
- Tiffany Mazars
Déjà, la capacité d'organisation, c'est-à-dire que dans les PME, il n'y a pas forcément d'équipe dédiée à la mission handicap, c'est-à-dire qu'il n'y a pas forcément d'antenne spécifiquement référent handicap avec une mission handicap, avec des chargés de mission handicap, etc. Donc déjà, en termes de structuration et d'accompagnement du personnel, là, ça va changer, ne serait-ce qu'aussi pour la mise en place. C'est-à-dire que dans les PME, il y aura peut-être un peu moins de personnes dédiées, ce qui fait que pour la mise en place... de la politique, ça prendra peut-être un peu plus de temps et les moyens seront différents, alors que dans les ETI, il y a vraiment des budgets qui sont aussi accordés et il y a du personnel aussi qui est vraiment mobilisé pour ça. Donc forcément que ça apporte une différence pour les collaborateurs. Maintenant, le point le plus important, ce n'est pas forcément les moyens, bien que c'est très important, mais pour moi, c'est surtout la sincérité dans la démarche qui compte.
- Jean Chabod
Et à quoi vous la mesurez, la sincérité ?
- Tiffany Mazars
Eh bien, aux actions dans le temps. Si on fait juste une sensibilisation pendant la SEPH et qu'on n'entend pas parler du handicap durant l'année, clairement, c'est pour entrer aussi dans un objectif de montrer, vous avez vu, on est en train de participer à un truc qui nous concerne tous. Tu parles une seule fois dans l'année, non, ce n'est pas assez engageant. Maintenant, c'est qu'est-ce qu'on met en place durant l'année qui fait que ce sujet ne devient plus un sujet à part entière, mais un vrai sujet qui concerne absolument tout le monde.
- Jean Chabod
Xavier, comment vous faites-vous pour vous prémunir, pour éviter ce côté paillettes et one-shot ?
- Xavier Bancel
On est au tout début du chemin, donc on est en train d'apprendre, de construire, de comprendre. Et on a vraiment cette même volonté-là qu'évoquait Tiffany, c'est-à-dire que l'équipe projet dont je parlais tout à l'heure, l'équipe projet qui va porter sur le handicap et l'inclusion dans l'emploi, en fait, dans les livrables clés que nous souhaitons que cette équipe fournisse, Il y a d'une part des propositions à présenter. à l'équipe de direction de Quaternaire pour avis et validation, dans lesquelles les propositions porteront sur la politique handicap et inclusion et avec une feuille de route pluriannuelle, et puis aussi des propositions de premières actions concrètes à enclencher dès maintenant. Donc ça, c'est la partie proposition parmi les livrables clés de cette équipe-là. Et il y aura aussi dans les livrables clés la mise en œuvre de ces premières actions-là. Donc on veut vraiment que... notre projet ait des intentions claires, compréhensibles, concrètes et qu'il y ait aussi très rapidement la mise en œuvre de toutes premières actions pour ne pas être que dans l'intention à moyen long terme. Donc on est très attentif à ça. Et puis pour l'implication de chacune des personnes dans l'entreprise, Nous avons franchi une... toute première marche cette année, en 2025, avec les deux actions de sensibilisation que j'évoquais. J'ai été très heureux des feedbacks enthousiastes que nous avons reçus de la part de pas mal de collègues à l'issue de ces deux sensibilisations. Je trouve ça extrêmement encourageant sur la volonté d'avancer et la volonté de faire des choses concrètes, petite marche par petite marche. et que ça aboutisse au bout du compte dans quelques mois, dans quelques années, à des grands effets positifs.
- Tiffany Mazars
Et si je peux me permettre pour compléter la démarche, Xavier, c'est une graine semée, mais pour que la démarche soit la plus ancrée et la plus juste possible, ce qui est très intéressant à mettre en place, c'est que les propositions soient aussi faites avec des personnes concernées. de telle sorte à ce qu'elle soit véritablement correspondant à des besoins réels et non pas à des « tiens, on va faire ça pour les personnes en situation de handicap, elles vont être contentes » . Non, ça se trouve, ce n'est pas adapté par rapport aux besoins de l'entreprise, donc c'est important de mobiliser aussi les acteurs concernés.
- Xavier Bancel
Je suis en phase avec vous sur ça complètement. Une des problématiques qu'on va avoir à travailler, et c'est normal et c'est légitime, C'est que pour l'instant, nous n'avons que très très peu de visibilité sur qui chez nous serait en situation de handicap. Donc d'un point de vue purement officiel, on en a zéro, puisqu'on a 0% de personnes qui ont la qualité de RQTH. Par contre, par les discussions informelles et individuelles qu'on a avec les uns et avec les autres, on sait qu'il y a des personnes qui ont des... des situations handicapantes en tout cas, en termes d'audition, en termes de dysorthographie. Donc on sait qu'il y en a, mais c'est plus pour l'instant informel qu'autre chose. Et donc un de nos défis, ça va être tout en respectant les souhaits de chacun d'en parler un peu, beaucoup ou pas du tout, de tout ça, c'est de réussir à ce que ça devienne un sujet non tabou. constructif sur lequel on va pouvoir construire de manière sereine. Mais oui, je suis complètement d'accord avec vous sur le fait que ce qui est super important, c'est que les personnes concernées contribuent à ça, puisque au bout du compte, c'est aussi beaucoup pour elles.
- Jean Chabod
Vous êtes combien, Xavier, chez Quaternaire ? 70 environ ?
- Xavier Bancel
Oui, on est 75 salariés répartis sur quatre bureaux à Lyon, Nantes, Paris et Toulouse.
- Jean Chabod
Donc Tiffany, statistiquement, sur 75 salariés, c'est impossible qu'il n'y ait aucun handicap.
- Tiffany Mazars
Sachant que statistiquement, il y a à peu près une personne sur cinq qui est concernée par le handicap en France, ça veut dire qu'il devrait y avoir 15 personnes sur 75 qui devraient être concernées par l'RQTH.
- Jean Chabod
Alors quels seraient vos conseils, Tiffany, pour lever les tabous ? Pour aider les personnes concernées à en parler, parce qu'il y a aussi le fait de s'exposer qui est compliqué. Oui, ça apporte des avantages, mais socialement, c'est aussi complexe d'exposer un handicap. On ne veut pas forcément afficher ce qui peut sembler être une faiblesse. Alors, comment faire ?
- Tiffany Mazars
Il faut déjà accepter du côté employeur qu'on touche un sujet qui est quand même très intime et que du coup, tout le monde, effectivement, comme le disait Xavier, n'est pas forcément OK. pour en parler. Mais pour ça, pourquoi est-ce qu'il y a aussi des difficultés à en parler ? On va revenir sur une terminologie très basique, on va revenir sur la sémantique du mot handicap, qui vient de l'anglais end in cap, qui veut dire mettre la main dans le chapeau pour redonner une chance par souci d'équité.
- Jean Chabod
Ah d'accord.
- Tiffany Mazars
Ça c'est quand même un relativement positif, en général, on est quand même plutôt sur une démarche de construction, alors que quand on regarde la définition dans le dictionnaire français... on tombe n'est pas capable d'eux, mais en état d'infériorité.
- Jean Chabod
D'accord.
- Tiffany Mazars
Voilà. Donc, en France, on n'a pas forcément déjà cette ouverture à l'autre. Et en tout cas, ce côté, quand tu es handicap, en fait, tu es un nuisible. Tu es quelqu'un sur qui on ne sait pas trop quoi en faire. Et il y a une notion de trampologie qui s'appelle la liminalité qui illustre justement ce côté entre deux pour... En fait, on ne sait pas trop quoi en faire de ces personnes-là puisqu'elles sont capables, mais pas tellement, selon la société. Mais il y a encore une autre terminologie, c'est-à-dire que vous savez d'où vient le mot inclusion ?
- Jean Chabod
Allez-y, dites-nous Tiffany.
- Tiffany Mazars
Inclusion, ça vient du latin « in » « clouder » , « in » à l'intérieur, « clouder » qui veut dire « fermer » , ce qui veut dire que « inclusion » au latin, ça veut dire « enfermement » . Donc quand on cherche à faire de l'inclusion, finalement mettre des gens dans des autres cases, est-ce que vraiment c'est la démarche qu'on souhaite faire ? Alors du coup, moi, je n'étais pas du tout d'accord avec ça. Oui, on l'entend. Et l'année dernière, oui, désolé. L'année dernière, je me suis dit, non mais attends, c'est quoi le contraire de l'enfermement ? C'est l'ouverture. Et le verbe qui vient donner du mouvement à l'ouverture, c'est ouvrir. Et je cherche le latin d'ouvrir. Et je tombe sur apérir. Et apérir, ça veut dire rendre quelque chose accessible, enlever un obstacle à quelque chose. Et là, je me suis dit, OK, là, on rentre vraiment dans quelque chose qui vraiment est l'intention qu'on veut y mettre quand on parle d'inclusion. Et finalement, ça ouvre une autre perspective. Ça veut dire l'ouverture à l'autre.
- Jean Chabod
Donc au-delà de faire du latin, ça veut dire que c'est d'abord le changement de regard, de perception, d'état d'esprit sur le handicap avant de penser à des leviers, des actions ?
- Tiffany Mazars
Exactement. Déjà, il y a toute cette transformation sociétale sur laquelle on est en train de faire. On parle des transitions environnementales en RSE, etc. Mais il n'y a pas de transition environnementale s'il n'y a pas de transition sociétale. Ça veut dire aller vers l'acceptation. Donc là, j'y viens. Si on a des terminologies qui nous donnent des étiquettes handicap inclusion qui est très enfermant, etc., on ne peut pas aller sur une démarche d'ouverture et de construction. Donc, il y a cette partie, je suis en situation d'handicap, je ne veux pas en parler parce que les étiquettes du handicap et de l'inclusion m'enferment dans quelque chose qui ne me correspond pas. Mais il y a aussi des personnes qui sont en situation d'handicap, mais qui ne le savent pas. Qui vont se dire, ben non, mais en fait, moi, je ne suis pas concernée, ce n'est pas un handicap. Ben si, en fait, quand tu dois aller aux toilettes à chaque réunion parce que ça ne va pas, etc., ben si, c'est une situation d'handicap. Donc, en fait, on met une étiquette sur le mot handicap, sur une situation qui nous montre qu'en fait, on n'est pas capable d'eux, alors que justement, ça nous permettrait de faire les choses complètement autrement. Et c'est la démarche que j'entame.
- Jean Chabod
Xavier, ça vous parle, ce que dit Tiffany dans... ce que vous avez perçu des collaborateurs de Quaternaire sur leur perception du handicap, sur les premières présentations que vous avez faites. de vos actions ?
- Xavier Bancel
Parmi les feedbacks qu'on a eus à l'issue des sensibilisations, il y a notamment le fait de mieux connaître, comprendre, quand on parle de handicap, de quoi il s'agit. Et la plupart d'entre nous, nous n'avons ou nous n'avions que très peu de connaissances et de compréhensions par rapport à tout ça. Par exemple, le fait qu'il y a 7 ou 8 familles de handicap, c'est quand même quelque chose qui est extrêmement important pour commencer à raisonner sur ces sujets-là. Le fait qu'il y ait 80% des handicaps qui sont invisibles, comme l'évoquait Tiffany, c'est aussi quelque chose d'extrêmement éclairant. Je pense qu'un des ingrédients de base pour commencer à avancer, c'est ça. Le côté un peu tabou, le côté difficulté qui peut exister, soit pour exprimer son handicap, soit pour même prendre connaissance de son handicap, c'est une étape sur laquelle nous n'avons pas encore travaillé. On n'a pas encore franchi de cap sur ce sujet-là, mais ça fait clairement partie des sujets sur lesquels notre équipe projet va travailler, va faire des propositions pour qu'on puisse... avancer dans cette direction-là.
- Jean Chabod
Mais votre équipe projet, elle travaille déjà avec des collaborateurs sélectionnés, choisis, qui tournent, quand vous parlez de remontée de terrain, c'est ça, j'imagine, c'est sonder les collaborateurs ?
- Xavier Bancel
Alors, l'équipe projet, elle va se réunir pour la première fois dans les semaines qui viennent, donc on est au tout début, sa composition a été identifiée, en revanche, on a 7... personnes au total qui vont participer à cette équipe-là. Donc, c'est... Et ce qui va ressortir de leur travail, enfin de notre travail, je ne peux pas encore le dire à l'heure où nous nous parlons, puisque ce travail reste à faire.
- Jean Chabod
Oui, bien sûr. Tiffany, vous disiez qu'il faut impliquer les personnes qui sont concernées. C'est pour eux, mais avec eux que ça doit se faire, évidemment, et encore plus largement avec l'ensemble des collaborateurs. Est-ce que c'est carrément un besoin de formation qu'il y aurait besoin ?
- Tiffany Mazars
Oui et non. C'est-à-dire qu'on ne peut pas imposer non plus. Si on n'est pas concerné par le handicap, c'est difficile de s'y mettre. Maintenant, l'objectif, il est de pouvoir éduquer. Là, on en est carrément à une phase d'éducation, de se dire qu'il y a des informations qui sont nécessaires à avoir pour pouvoir faire preuve de tolérance et de respect et de bienveillance pour tout un chacun. Et ça ne vaut pas simplement... pour le handicap. Aujourd'hui, on fait un amalgame entre inclusion égale à handicap, dont l'inclusion, c'est tous les publics avec ces singularités. Donc oui, il y a besoin d'information, formation pour les personnes qui vont être amenées à accompagner les personnes à un besoin spécifique, comme les référents handicap, ça c'est nécessaire, puisque c'est vraiment leur travail au quotidien. Maintenant, ce qui est important, c'est de pouvoir apporter le sujet de manière positive, de manière... différentes pour ne pas faire quelque chose de victimisant, larmoyant. Vous avez regardé, vous avez vu les pauvres handicapés, il faut vraiment les soutenir, etc. Machin, sinon ils ne seront pas inclus. Non, clairement, on n'a pas besoin de ça. Mais comment est-ce qu'on peut vraiment se dire, en fait, le handicap, il arrive au cours de la vie. Et si on en parle aujourd'hui, peut-être que ça va te servir dans quelques années. Et peut-être toi ou peut-être un autre. Donc, du coup, simplement de se dire que ça fait partie de la vie humaine, que de s'intéresser à tous les besoins.
- Jean Chabod
Si on parle pilotage, Tiffany, quels sont les meilleurs exemples dont vous avez été témoin dans les entreprises que vous avez rencontrées ? C'est-à-dire comment les équipes dirigeantes s'organisent ou organisent le travail en interne pour faire avancer le sujet plus vite ? Est-ce que vous avez des bonnes idées, des initiatives à partager avec les auditeurs ?
- Tiffany Mazars
Oui, absolument. Moi, je travaille beaucoup avec Robin Siksik, qui est le fondateur de Andineo. et qui est consultant en politique handicap, en fait, qui permet de piloter avec plein d'acteurs, notamment aussi des travailleurs indépendants en situation de handicap. Donc, du coup, c'est des personnes concernées qui vont faire des formations, qui vont faire de l'audit, qui vont faire des conférences, qui vont faire des rapports, etc. Donc, il a toute une petite équipe avec qui il intervient. Et là, notamment pour la SEPH, je travaille beaucoup avec lui, avec une prise en charge très systémique, afin que... les entreprises puissent avoir une offre complète sur la création, la proposition et la mise en application de politiques handicap durables. Donc du coup, c'est un plaisir de pouvoir travailler avec des personnes concernées. pour les personnes concernées.
- Jean Chabod
Est-ce que vous avez des exemples d'initiatives ou de dispositifs auxquels on ne s'attendrait pas et qui fonctionnent bien et que vous voudriez partager ?
- Tiffany Mazars
Il y a le côté ambassadeur sur lequel on m'a sollicité, où en fait, je viens, moi, intervenir, certes, en conférence, mais l'idée, c'est d'être le liant entre les équipes managériales, les RH et les collaborateurs et les clients. également in fine pour pouvoir quelque part entre guillemets incarner le sujet et leur montrer que personnellement ça ne m'empêche pas du tout de faire les choses. Donc du coup, faire ce choix d'avoir une personne qui vient un petit peu utiliser les mêmes termes que les personnes concernées et en même temps être un peu facilitateur quelque part du sujet. Donc ça, ça fonctionne. Après, il y a toujours des initiatives de sensibilisation par la culture, soit des séances de dédicaces ou alors sportives. Là, ça a été pas mal tendance pendant les Jeux paralympiques où les entreprises faisaient appel pas mal à des sportifs de haut niveau pour venir sensibiliser au sport pour toutes et tous. Il y a également des expositions photo dont je fais partie également qui va bientôt sortir pour pouvoir apporter quelque chose de plus lumineux. Il y a vraiment plein d'initiatives possibles, des Jeux. également des quiz, des serious games. Il y a vraiment plein de possibilités pour sensibiliser différemment au sujet.
- Jean Chabod
Le but, c'est de sortir du côté institutionnel et grave du traitement du sujet handicap.
- Tiffany Mazars
Exactement.
- Jean Chabod
Quand vous parliez d'ambassadeur tout à l'heure, est-ce que vous parliez de collaboratrice ou de collaborateur interne qu'on va nommer ambassadeur ou vous parlez de personnes externes qu'on va faire venir dans la boîte ?
- Tiffany Mazars
Là, en l'occurrence, c'était moi. Mais moi, l'objectif, quand j'arrive, ce n'est pas de me dire « Salut, c'est moi la star » . Ce n'est pas du tout ça. C'est plutôt se dire « Regardez, là, je suis un « liant » vis-à-vis de l'entreprise et vis-à-vis de vous. Je peux vous aider, vous accompagner, etc. » Mais moi, mon objectif, il est de transformer les collaborateurs en ambassadeurs. C'est-à-dire que c'est à eux aussi d'être acteurs, d'être responsables aussi de leur parcours professionnel et de faire leur part. part aussi d'une certaine manière. Quand on est concerné par le handicap, ce n'est pas simple de l'accepter déjà de manière personnelle, d'en parler autour de soi, mais quand on est dans cette phase d'acceptation et qu'on cherche des solutions pour soi, on peut les mettre au service des autres également pour que ça puisse servir absolument tout le monde et pas forcément non plus des personnes en situation de handicap. C'est ça qui est assez incroyable, c'est que les adaptations des uns peuvent servir les intérêts des autres aussi. Donc c'est comment est-ce qu'on peut Merci. par, je ne dirais pas l'exemplarité parce que je ne suis pas un exemple, mais je suis une histoire parmi tant d'autres, un témoignage parmi tant d'autres, comment on peut s'inspirer les uns des autres pour trouver des solutions.
- Xavier Bancel
Un grand merci Tiffany pour tous les éclairages que vous avez exprimés, ça nous est extrêmement utile, donc je vous en remercie.
- Jean Chabod
Xavier, est-ce que vous avez brisé des notes pendant que Tiffany parlait ?
- Xavier Bancel
Non, je n'ai pas pris de notes volontairement. Je suis quelqu'un qui prend beaucoup de notes, mais là, je suis resté concentré sur l'échange, donc je n'ai volontairement pas pris de notes.
- Tiffany Mazars
Non, mais Xavier, ne vous inquiétez pas, je venais vous reparler.
- Xavier Bancel
Avec plaisir.
- Jean Chabod
Ok, Tiffany, Xavier, un grand merci pour votre participation et à demain. Au revoir.
- Xavier Bancel
Merci, au revoir. Merci.