- Speaker #0
C'est là aussi où l'émerveillement rentre parce que tu te rends compte de tous les petits détails qui se cachent dans les abeilles, c'est encore un autre monde. On se rend pas compte du niveau de détail que la nature fait très bien les choses.
- Speaker #1
Bienvenue dans Un Pas Dehors, le podcast qui explore ce que le temps passait dehors, en nature changeant nous. Je m'appelle Audrey, je suis écologue, et ici deux fois par mois j'invite celles et ceux qui entretiennent un lien fort avec le vivant. pour comprendre comment cette relation façonne leur manière de vivre, de penser et d'habiter le monde. Salut Paul.
- Speaker #0
Salut Audrey.
- Speaker #1
Bienvenue sur Un Pas Dehors.
- Speaker #0
Merci pour l'invitation.
- Speaker #1
On va quand même le dire, mais c'est très drôle que tu sois là, parce qu'en fait on est juste potes, donc c'est très drôle de te voir actuellement derrière ce micro. Je te pose la première question, et je vais même la modifier un peu, parce que soyons... transparents. Je vais dire, est-ce que tu te souviens ? Mais je sais que tu y as déjà réfléchi. Est-ce que tu peux nous raconter la dernière fois où la nature t'a vraiment émerveillé ?
- Speaker #0
La dernière fois, il y a beaucoup de moments, je suis plus ou moins tout le temps émerveillé par la nature. Ça pourrait être la semaine dernière où j'ai fait un peu de plongée en apnée et je me suis retrouvé devant quelques poissons et déjà rien que là, j'étais émerveillé. Mais la dernière fois où j'ai vraiment été émerveillé en mode découverte de la nature, c'était surtout quand j'ai fait mon baptême de plongée il y a quelques semaines maintenant et j'ai découvert un univers que je ne connaissais absolument pas, l'univers sous-marin. Et c'était incroyable. Des nouvelles sensations, des nouvelles choses à voir, un nouvel environnement. C'était vraiment fou.
- Speaker #1
Le fait que ce soit nouveau, ça apporte le petit truc qui fait que tu t'en rappelles plus.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. C'est vraiment la découverte d'un tout nouveau monde que je ne connaissais absolument pas. Comparé à d'autres, je suis souvent amené à traîner dans la nature et à observer la nature. Donc, on est vraiment habitué à observer ces choses-là et à être émerveillé. Mais là, c'était encore la découverte de... quelque chose de nouveau encore qui fait que c'était quelque chose d'incroyable pour moi.
- Speaker #1
Tu nous dis que t'as l'habitude de passer du temps dehors en nature d'observer. C'est quoi les espèces, la faune ou la flore ? Je sais déjà un petit peu la raconter. Les espèces que t'as le plus l'habitude de voir ?
- Speaker #0
Généralement ça va être plus que beaucoup les insectes en particulier tout ce qui va être pollinisateur papillons, les abeilles les guêpes Les coléoptères. Puis après aussi toute la faune de manière générale. Les reptiles, les amphibiens, les oiseaux. Je suis amené un peu à regarder tout ça et observer tout ça d'un peu plus méticuleusement que la plupart des gens.
- Speaker #1
Et en particulier les insectes. Je rebondis dessus parce que c'est un petit peu le sujet dont je voulais qu'on parle tous les deux aujourd'hui. Ça fait combien de temps que tu observes les insectes ? Est-ce que tu as... Même tes premiers, je ne sais pas, peut-être tes premiers souvenirs ? Parce que ça n'arrive pas à tout le monde de se dire que c'est un truc que tu as envie d'observer pendant des heures, des jours et des semaines.
- Speaker #0
Ça va faire depuis que je suis tout petit, je pense. Déjà, mes 3-4 ans, ça va être bête. Mes références, ça va être Spider-Man, forcément les araignées. J'avais une passion pour les araignées quand j'étais tout petit. Puis ensuite, quand tu grandis un peu, que tu traînes un peu à l'extérieur, dans le jardin, etc., tu apprends à observer les araignées. Et au fur et à mesure, j'ai porté ma curiosité sur les abeilles en particulier, que je trouve qu'elles sont vraiment magnifiques. Et notamment, c'était en service civique, donc un peu plus tard, où j'ai vraiment approfondi. Ce sujet-là, sur les abeilles, la pollinisation, etc. Et c'est vraiment à partir de là où je me suis mis à fond dedans. Et c'est là où je sais que j'adorais ce groupe-là en particulier.
- Speaker #1
Quand tu dis abeilles, je pense que pour des personnes qui ne passent pas leur temps à observer des insectes, je pense qu'on peut avoir une vision assez simplifiée, dans le sens où je pense qu'on pense tous à la même abeille. Je ne suis pas sûre que toi, tu penses forcément à la même chose. Non,
- Speaker #0
pas vraiment, non. C'est vrai qu'on pense tous à l'abeille domestique, l'abeille des ruches, celle qui fait le miel, mais qui est qu'une espèce d'abeille parmi tant d'autres, finalement, et qui n'est pas forcément... Elle est emblématique parce que tout le monde la connaît, mais ce n'est pas forcément la plus belle, ou forcément celle qui... Qui porte le plus d'intérêt réel pour la biodiversité ?
- Speaker #1
C'est-à-dire ? C'est quand tu dis qui porte le plus d'intérêt pour la biodiversité. Déjà, cette abeille-là, du coup, c'est une espèce qui est domestique. Ça, c'est déjà le bon élément à dissocier peut-être des autres. Déjà, de manière générale, qu'est-ce que ça peut apporter pour la biodiversité ?
- Speaker #0
Une abeille ?
- Speaker #1
Une abeille.
- Speaker #0
Une abeille, elle joue un rôle de... fonction de pollinisation. C'est une pollinisatrice de fleurs. Elle assure la reproduction des fleurs de manière générale. Et puis après, elle a d'autres interactions avec d'autres espèces, notamment dans une chaîne trophysique où elle va servir de repas pour des oiseaux, des trucs comme ça. Et après,
- Speaker #1
elle fait tout simplement partie de la diversité, plein d'espèces qui fonctionnent toutes.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Mais je trouve ça assez marrant, parce qu'il y a combien d'espèces qu'on se rend compte quand même à peu près ?
- Speaker #0
Il y en a environ 1000, 997,
- Speaker #1
96.
- Speaker #0
En France ? En France, oui, en France.
- Speaker #1
Rien que ça.
- Speaker #0
Mais au monde, on est plutôt sur du 20 000 espèces d'abeilles, enfin plus ou moins 20 000. Après, on en découvre chaque année forcément, parce que c'est un taxon qui est assez compliqué à identifier.
- Speaker #1
C'est vrai que je trouve assez fou, et c'est vraiment pour ça que je voulais faire un épisode. assez focus sur les abeilles parce que je trouve ça assez fou à quel point on peut être en fait je pense pas que les gens se rendent compte qu'ils ne savent pas par exemple, tu vois t'as un peu l'impression je trouve que c'est dans la connaissance commune, l'abeille c'est l'abeille domestique et on se rend même pas compte qu'il peut y en avoir d'autres qui existent alors qu'il y en a des centaines et des milliers d'autres et je trouve ça fou à quel point on peut être ne même pas se rendre compte qu'on ne sait pas ouais,
- Speaker #0
on passe totalement à côté de la réelle diversité sur les abeilles. Et ça, après, forcément, ça vient avec de la curiosité pour se rendre compte qu'il y en a d'autres autour que uniquement l'abeille domestique.
- Speaker #1
Et si on se balade sur un chemin de randonnée, est-ce qu'on peut facilement voir d'autres abeilles ?
- Speaker #0
Oui, totalement. Il y en a vraiment, littéralement, partout autour de nous. Rien que... Je pense qu'il y en a quand même beaucoup qui pensent à mettre des hôtels à insectes. Et rien que là, ils voient déjà d'autres espèces d'abeilles qui sont différentes de l'abeille, qui ne sont pas forcément l'abeille domestique. Et déjà rien que là, on voit deux, trois, quatre espèces d'abeilles différentes, sans se rendre compte forcément que c'est peut-être des abeilles par rapport à l'image qu'on a de l'abeille domestique. Mais ce sont des abeilles, au même titre que des bourdons, par exemple, qui sont également des abeilles. Et ce n'est pas le mâle de l'abeille, ce n'est pas le bourdon, c'est une espèce d'abeille à part entière.
- Speaker #1
Ça, il y a plein de fausses infos, d'a priori, qui passent. Est-ce que tu en as d'autres ? Donc le bourdon est une espèce d'abeille à part entière. Est-ce que tu en as d'autres ?
- Speaker #0
Est-ce que j'en ai d'autres, des a priori ? L'abeille n'est pas du tout agressive, comme on pourrait se l'imaginer. Au même titre que les guêpes, d'ailleurs, ou les frelons. Ce n'est pas du tout des bestioles, des petites bêtes qui sont agressives. On parle plutôt de réaction de défense, forcément, si on les gêne un peu. Mais elles n'ont pas pour but premier de vouloir vous piquer. piqués. Par contre, un a priori qui est vrai, c'est qu'il n'y a que les flémales qui piquent. Les mâles n'ont pas de dard. La génétique fait bien les choses.
- Speaker #1
Je pense qu'après, du coup, c'est vraiment le fait qu'il y a plein, parfois, d'espèces qu'on voit voler et, comme tu disais, en fait, on ne sait pas que c'est des abeilles.
- Speaker #0
Toi,
- Speaker #1
comment tu les reconnais ?
- Speaker #0
Comment je reconnais que c'est une abeille ? Wow ! Dans les grandes lignes. Après, oui, parce que déjà, il y a la pratique et l'observation de manière générale qui fait qu'on sait que c'est des abeilles. Comment reconnais-tu une abeille ? Toujours assez simple, c'est une petite abeille. Généralement, elles sont noires. Elles peuvent être grandes, petites. Elles peuvent avoir des tailles différentes, des formes différentes. Des formes, non, pas trop. Mais des tailles différentes, des couleurs différentes. Plus ou moins velues. Comment la reconnaître d'une guêpe ? Notamment, les guêpes, elles vont avoir vraiment la taille de guêpe qui va être très visible. Et généralement, les guêpes sont plus grosses que les abeilles. Et après, du coup, les abeilles, elles ont surtout ce que les guêpes n'ont pas. Elles ont des appareils de récolte du pollen. Elles vont généralement être velues. Pas toujours, pas toutes les espèces. Mais généralement, elles vont quand même être poilues. Ça peut déjà être un bon indicateur. Et puis, généralement, la taille... Une petite bestiole qui vole sur une fleur un peu velue, généralement, on peut se dire facilement que c'est une abeille, comme un bourdon, par exemple. Bourdon très reconnaissable. Je pense que tout le monde sait reconnaître plus ou moins un bourdon. Je pense. Je pense. C'est un peu tous ces critères-là qui font dire que c'est une abeille ou une guêpe ou autre chose. Puis elles ont quand même des formes différentes des autres insectes, comme les coléoptères qui n'ont absolument rien à voir, ou les papillons qui n'ont absolument rien à voir non plus.
- Speaker #1
Et là, tu disais, le fait qu'elles soient poilues, c'est un rôle dans la pollinisation ?
- Speaker #0
C'est ça, ouais. C'est ça, en gros, l'abeille va se... posée sur une fleur. Et elle, elle va butiner et elle va récolter le nectar que la plante va produire pour elle se nourrir. Et en fait, c'est en se nourrissant entre chaque fleur qu'elle va diffuser le pollen sur chaque fleur et donc du coup, ça va permettre la pollinisation, le rencontre entre le pollen et les étamines et ce qui va permettre la reproduction de la fleur en particulier.
- Speaker #1
Et en soi, l'abeille ne fait que... venir se nourrir et après elle se balade pour aller se nourrir ailleurs.
- Speaker #0
C'est pas sa première fonction, c'est pas forcément de... Pour elle, sa première fonction, c'est pas vraiment de polliniser, c'est surtout de se nourrir. Donc c'est un phénomène totalement passif. Après, il y a eu plein de phénomènes d'évolution qui ont fait que les abeilles pollinisent d'une manière plus ou moins efficace en fonction des abeilles, des espèces de fleurs, des espèces de... Il y a plus ou moins d'efficacité là-dedans, mais... Voilà, la plupart des abeilles pollinisent de manière efficace les plantes qu'elles visitent.
- Speaker #1
Oui, je trouve ça trop mignon parce qu'au final, c'est une petite boule de poêle qui se retrouve toute recouverte de pollen. C'est ça, c'est ça.
- Speaker #0
On peut avoir les images de bourdons tout jaunes durant le printemps, là, où le pollen est bien lancé. Et il y a du coup vraiment le pollen tout jaune sur les pattes du bourdon qui vont de droite à gauche. bourdon qui va de droite à gauche. Et là, du coup, c'est là où on sait qu'ils disséminent le poulaine pour la reproduction de la fleur.
- Speaker #1
Est-ce que tu parlais de à quel point la plongée t'a émerveillé tout à l'heure parce que c'était une découverte ? Est-ce qu'au moment où tu as commencé à découvrir les abeilles, ça t'a fait ce même effet d'émerveillement ?
- Speaker #0
Ouais, quand même. Surtout en service, c'est là où pendant mon service civique et mon premier stage en licence, en écologie, où là, j'ai vraiment euh J'ai découvert le monde des pollinisateurs et en particulier, surtout de l'entomologie de manière générale, parce que j'y connaissais, enfin, hormis par curiosité, de mon côté, j'y portais pas plus d'intérêt. Une fois arrivé en stage et puis en service civique, à découvrir, à discuter avec les gens, c'est là où je me suis vraiment intéressé sur ces groupes-là et c'est là où j'ai vraiment la passion. Elle a été découverte la première fois où j'ai vu des nouvelles aspects d'abeilles différentes. de l'abeille domestique. C'est là où j'ai compris que j'ai été piqué par cet accent-là, quoi. Pour ta faire jeune beau.
- Speaker #1
Trop tard, c'est fait. T'arriverais à dire ce qui t'a vraiment... Enfin, je sais pas, comment t'as ressenti le truc ?
- Speaker #0
Rien que le fait de voir, d'observer des couleurs différentes, des textures, parce que des fois, il y a des petites abeilles qui vont avoir des reflets un peu métalliques, verdades, que je trouve magnifiques. Tu vas avoir des espèces qui vont être plus ou moins venues. Et donc, il y a des espèces qui vont avoir... Les mégakilles, c'est une famille d'abeilles que je trouve magnifique parce qu'elles ont le ventre, enfin les femelles ont le ventre, avec plein de poils pour récolter le pollen. Et c'est vraiment... C'est mes abeilles préférées, quoi. Elles sont juste magnifiques. Puis mille espèces d'abeilles, quand même, en France, rien qu'en France. On ne se rend pas compte de tout ce à quoi on passe à côté. Quand on marche à côté, sur un sentier de randonnée par exemple. Même porte chez vous, vous allez dans votre jardin, vous risquez de tomber sur un bourdon. Puis après, à côté, vous avez une autre petite abeille solitaire qui va se balader. C'est bien probable.
- Speaker #1
Des fois, même juste les petits parterres de fleurs, les petits trucs plantés comme ça, même juste une bordure ou quoi. De se poser 2-3 minutes à regarder, plutôt au printemps évidemment. Il se passe tellement de choses en fait. Ah oui, non,
- Speaker #0
mais c'est... Au printemps, là, c'est un boom au niveau des... Surtout des abeilles. C'est là où tu te dis, ça y est, le printemps, il recommence, etc. Puis il y a tout qui s'émerveille, il y a tout qui prend, qui se cumule. Et là, c'est là où l'émerveillement arrive, quoi. Enfin, de mon point de vue, c'est là où ça arrive.
- Speaker #1
Et après, il y a quand même un point où je me dis, ça serait... Il faut partager aussi jusqu'où ça va de l'observation des abeilles. Parce que... L'observation des insectes, c'est quand même assez particulier, puisque quand tu vas plus loin pour identifier, toi tu les regardes sous loupes, etc. Ça paraît, je pense que c'est quelque chose qu'on n'imagine pas forcément, qu'on n'est pas du milieu. Est-ce que tu peux nous raconter, pour, c'est pas forcément, on peut regarder comme ça de nous-mêmes et juste voir les espèces différentes qu'il peut y avoir sur des fleurs, etc. Mais les personnes qui vont plus loin, qui vont jusqu'à déterminer les espèces, est-ce que tu peux nous expliquer un peu ? Par quel process tu passes ?
- Speaker #0
Comment ça se passe ? Il y a plein de choses qui peuvent être mises en place. Pour mon cas, si je veux simplement observer une abeille et savoir quelle espèce c'est, généralement, je vais la capturer. Malheureusement, bien souvent, les abeilles sont assez compliquées à identifier. Il va falloir les tuer. Généralement, on les met dans des petits flacons quand on est sur le terrain. Arrivé à la maison, on les met au congèle. Une fois qu'elle... On a le temps de pouvoir les identifier, on les sort du congèle, on les prépare, c'est-à-dire on les pique. Je pense qu'on a un peu tous l'image en tête des insectes qui sont naturalisés, qui sont bien mis dans des belles boîtes, etc., pour être bien exposés. Là, on fait plus ou moins la même chose avec les abeilles. On va les mettre d'une certaine façon à ce qu'on voit toutes les parties du corps de manière parfaite pour pouvoir l'identifier derrière.
- Speaker #1
Même dans les muséums d'histoire naturelle, tu les vois bien piqués au milieu,
- Speaker #0
etc. Sur le thorax. Et une fois qu'elles sont piquées, elles sont préparées, on va pouvoir passer à l'identification. Généralement, l'identification se fait sous la loupe bidoculaire. Ça permet d'avoir un grossissement qui permet de voir des petits détails sur les abeilles. Et c'est là aussi où l'émerveillement rentre, parce que tu te rends compte de tous les petits détails qui se... cache dans les abeilles, c'est encore un autre monde. Je vous invite tous à, si vous avez l'occasion un jour, bon, il faut avoir le matériel, mais observer une abeille sous l'eau binoculaire, parce que c'est vraiment, c'est quelque chose de... On se rend pas compte du niveau de détail que la nature fait très bien les choses. Et une fois, donc, du coup, sous l'eau binoculaire, on peut identifier les abeilles selon des critères. Ça peut être la présence, ça peut jouer des fois sur la fine ponctuation du thorax. de l'abeille, des fois ça va être sur la présence ou l'absence d'épines sur les tibias, sur les pattes des abeilles, ça peut jouer sur énormément de critères.
- Speaker #1
Tu peux passer combien de temps sur une espèce sur laquelle tu ne sais pas trop à l'avance ce que ça va être, ça t'est arrivé de passer combien de temps à juste identifier un individu ?
- Speaker #0
Deux, trois heures.
- Speaker #1
Ce que François me dit, il faut aussi se rendre compte des fois de ce que ça implique, mais voilà, tu peux passer deux, trois heures à compter des petits poils sur un bout de... Oui,
- Speaker #0
plus ou moins. Après, l'expérience se fait au fur et à mesure. Et au fur et à mesure, on apprend de plus en plus. On observe de plus en plus rapidement. On s'identifie de plus en plus rapidement les abeilles. Mais oui, au début, c'est une tâche ardue. Des fois, on galère trois heures sur l'espèce, sur l'individu. On ne sait toujours pas quelle espèce ça peut être. On hésite entre deux, entre des espèces. et puis en plus Si on fait ça de manière autodidacte, il n'y a pas vraiment de gens derrière qui peuvent nous diriger ou nous guider sur la bonne réponse. Donc ça peut être très ingrat comme travail, passer plusieurs heures sans avoir forcément de retour derrière ou de réponse. C'est pour ça qu'après il y a des rassemblements qui existent pour pouvoir un peu identifier et pouvoir valider les données.
- Speaker #1
Et comment tu les captures ?
- Speaker #0
Et comment je les capture ? Je les capture avec un filet à papillon. C'est un filet avec une grande poche, assez souple quand même. On peut les capturer directement en filet, ou alors après si elles sont posées sur une fleur. Toutes les espèces n'ont pas besoin d'être tuées non plus, certaines peuvent juste être photographiées. Avec une bonne photographie, on peut savoir, on voit assez bien l'espèce, on va pouvoir arriver directement jusqu'à l'espèce, mais la plupart du temps, il faut les capturer avec un filet à papillon. Ou alors, une fois qu'elles sont en train de butiner sur une fleur, on peut arriver doucement derrière elle avec un pilulier et puis l'enfermer directement dans le pilulier.
- Speaker #1
Tu peux passer beaucoup d'heures sans réussir à l'identifier. Ça doit quand même être très cool quand tu as passé plusieurs heures et que tu arrives à avoir l'espèce. Il y a aussi un truc... Alors, on est tous les deux un petit peu dans ce milieu où le fait d'aller identifier des espèces, d'aller vraiment jusqu'à l'identification, c'est quelque chose qu'on a un peu l'habitude de faire. mais si on revient un peu sur le process en lui-même, pour toi pourquoi on va, tu vois là tu pourrais te dire mais quel est l'intérêt de passer 3h pour aller déterminer jusqu'à l'espèce précisément, pourquoi tu resterais pas ah bon bah c'est une abeille de tel genre à la limite et puis je m'arrête là.
- Speaker #0
Pourquoi ? Bah déjà de un, la connaissance scientifique d'une manière générale, améliorer les connaissances sur cet accent qui déjà de un n'est pas très étudié en France enfin Il y a quelques bases quand même, mais je pense que ça pourrait être mieux quand même. Donc déjà, la connaissance scientifique en priorité. Et ensuite, il y a aussi une satisfaction personnelle d'avoir réussi quelque chose qui paraissait à la base dur. Et puis finalement, on voit qu'on y arrive. Donc c'est aussi... Bien pour soi, on sait reconnaître que le travail qu'on fournit, parfois paie. Aussi, parfois, on peut se douter, on peut découvrir de nouvelles espèces. C'est plus rare en France, parce qu'on connaît assez bien la diversité d'abeilles qu'on a en France. Mais découvrir des espèces qui, on pensait, n'étaient pas présentes à un endroit. Et en fait, en faisant un petit inventaire, on se rend compte qu'il y a certaines espèces qu'on peut découvrir. pensées pas du tout présentes à un point donné en fait finalement elles sont présentes et du coup ça revient sur le point de la connaissance scientifique, on se rend compte qu'on améliore la connaissance en disant cette espèce on la croyait pas présente ici et finalement en fait elle est présente et juste c'est parce qu'il y a pas assez de personnes qui font des inventaires sur cet axon là.
- Speaker #1
Et après une fois que t'arrives à dire c'est précisément telle espèce que j'ai trouvé à tel endroit Qu'est-ce que ça t'apporte comme connaissances ? Tu sais par exemple que telle espèce va plutôt être dans ce milieu. Ça t'apporte des informations sur les fonctionnements.
- Speaker #0
Ça apporte des informations sur l'écologie aussi. Du coup, on se dit que cette espèce est plutôt affiliée ou présente dans des pelouses. Il y en a qui sont certaines plutôt dans les prairies, dans les milieux chauds, dans les zones humides. Ça apporte aussi des connaissances sur l'écologie de l'espèce. Et puis même après... Ce qu'on peut aussi faire, ce que moi j'ai déjà pu observer sur le terrain, mais je pense que tout le monde peut le faire, c'est que chaque espèce a sa propre écologie. Il y en a plutôt qui vont plutôt vivre au sol, enfin pondre leurs œufs au sol. Il y en a plutôt qui vont pondre leurs œufs dans des cavités comme dans les hôtels à insectes. La paille domestique, elle fait des ruches. On va avoir des espèces qui vont être spécifiées à faire des nids dans des coquilles d'escargots. On va avoir des espèces qui vont couper des feuilles pour faire un espèce de petit nid dans des cavités, dans des petits endroits qui sont creux, dans des branches qui sont creuses. Tu as des espèces qui vont vivre dans le bois mort. Et en fait, le fait de connaître les espèces, ça permet de savoir les capturer et de retenir les milieux dans lesquels elles ont été capturées. Ça permet aussi d'améliorer toutes ces connaissances sur les... Sur les abeilles et aussi, du coup, énormément, avant de les capturer, énormément d'observations des abeilles, de leur comportement, de leur écologie. Parfois même, pourquoi pas les suivre un peu pour savoir où est-ce qu'elles vont, quelles plantes elles butinent aussi. Parce que certaines espèces ont plutôt préféré butiner une fleur plutôt qu'une autre, ça paraît. Ça fait partie de leur écologie, de leur comportement qu'on peut observer tous les jours, sans forcément que tout le monde s'en rende compte.
- Speaker #1
Est-ce qu'on sait ce qui fait qu'elle préfère aller buviner une fleur plutôt qu'une autre ? Pensez-nous, d'un point de vue humain, on aurait tendance à dire que c'est la couleur, ou parce qu'on a la vue qui est très développée, mais...
- Speaker #0
Il y a la couleur, il y a les phéromones, que des fleurs peuvent diffuser pour attirer certains types d'abeilles. Il y a la forme aussi, notamment chez les orchidées. C'est très connu où, en gros, les orchidées font... elles vont avoir une fleur qui va ressembler à un bourdon, à un mâle de bourdon. Du coup, les femelles vont aller sur cette fleur, sur l'orchidée, en pensant rencontrer un bourdon. Et dans ce cas-là, juste la fleur se fait polliniser et juste le bourdon, lui, va pouvoir récolter du nectar quand même. Mais du coup, ça ne sera pas couplé. pensaient que c'était de la coupe des morts.
- Speaker #1
Il n'est pas venu pour rien,
- Speaker #0
mais il n'est pas venu pour les bouts initiales. C'est ça. Du coup, c'est un mode de fonctionnement pour les fleurs aussi, pour être pollinisées.
- Speaker #1
On parlait des interactions et du comportement passif, on va dire. Là, le bourdon vient pour une raison et au final... C'est vrai que quand tu te rends compte de l'adaptation dans les deux sens, la fleur qui développe, c'est assez incroyable quand tu te rends compte de... À quel point les fonctionnements sont liés, à quel point les interactions ont évolué ensemble,
- Speaker #0
à quel point tu as des espèces... Ça, c'est une évolution qui date de plusieurs centaines de millions d'années. C'est une évolution, c'est une sacrée évolution qui a pu être observée, notamment aussi avec beaucoup de paléontologie où les paléontologues ont pu observer des abeilles et des fleurs et comparer les... les différents organes de reproduction chez l'un et chez l'autre et se rendre compte qu'en fait ça coévolue ensemble. Et ça, on le sait, on sait que ça coévolue depuis des années. Et encore maintenant, on voit les effets de cette coévolution et ça continuera encore d'évoluer les fleurs. Les abeilles, elles continueront d'évoluer ensemble sur de nouvelles méthodes de fonctionnement, peut-être. Ça, on ne le sait pas encore.
- Speaker #1
Ouais, c'est assez incroyable à observer. Quand tu parlais de tous les nids qu'elles peuvent faire, mais ça, pareil, c'est hyper méconnu, je trouve. Ah oui, oui, totalement. Autant sur les oiseaux, c'est plus visible et donc c'est plus facile à observer. Ouais,
- Speaker #0
on s'imagine un peu plus qu'un oiseau pourrait... pourrait faire son nid dans un arbre, dans une cavité d'arbre, ou alors au sol, comme les perdris, les faisans, les oiseaux comme ça. Mais autant les abeilles, on s'imagine la ruche, peut-être encore la ruche. Non, mais surtout, on pense qu'une abeille, comme les fourmis, ce sont toutes des bêtes qui sont un peu sociales, alors que pas du tout. La plupart sont même solitaires, elles vivent toutes seules. Il y a quelques autres espèces hors de l'abeille domestique qui vivent d'une manière groupée, notamment les bourdons qui peuvent faire des petites colonies qui vont être sous terre. Ils vont faire des nids sous terre, les bourdons. Quelques espèces de bourdons. Il y a notamment l'abeille charpentière. Peut-être que certains en ont déjà vu une. C'est une grosse abeille toute noire, mais vraiment noire ou un peu violée, un peu violacée.
- Speaker #1
Que t'entends arriver ?
- Speaker #0
Que t'entends arriver ? Enorme, quoi. Et puis généralement, les gens s'affolent dessus. Il y a une guêpe ou quoi ? La plus grosse abeille d'Europe, quand même. Mais qui fait un peu... Comme une grosse abeille. Qui, elle, va pondre ses oeufs dans le bois mort. Elle va pondre des larves dans le bois mort. Et puis, au printemps suivant, ça va... Elles vont pouvoir éclore et puis voilà, le cycle. Voilà, donc le bois mort et la majorité d'entre elles pondent dans le sol. A peu près 70%, il me semble. Et donc du coup, ils font des petits trous dans le sol. Et puis on peut en observer pas mal. Si vous vous baladez dans une forêt, dans un sentier de forêt, vous voyez un peu la terre à nu. Et bien si vous attendez un peu, des fois, vous voyez les abeilles qui arrivent et qui... cherche un peu et en fait on se rend compte qu'il y a un petit trou dans le sol et en fait c'est là où l'abeille elle va pondre ses larves.
- Speaker #1
Excellent.
- Speaker #0
Ouais, excellent.
- Speaker #1
Et d'un côté on pense qu'à la ruche et en même temps comme on pense qu'à l'abeille domestique qu'en fait l'abeille, bon ça va de pair, on pense qu'à la ruche et dès qu'on commence à s'ouvrir au fait qu'il y ait énormément d'autres espèces d'abeilles, là en effet tout gros, bah oui, et ces autres espèces elles ne vivent pas toutes selon les mêmes conditions et tout. Après, ça a quand même beaucoup d'impact. Par exemple, aujourd'hui, je ne sais pas, tu vas me dire, mais on entend quand même souvent, je veux favoriser les pollinisateurs, je vais mettre des ruches. Mais là, quand tu parles de ça, tu te dis, du coup, on est à côté de la plaque.
- Speaker #0
Quand on dit, je veux favoriser les abeilles, on dit souvent, il faut sauver les abeilles. Si les abeilles disparaissent, l'humanité va disparaître. Ce qui n'est pas totalement faux sur le principe. Parce que les abeilles, ça représente quand même la pollinisation, donc le rôle de la pollinisation joue quand même un rôle très important, même dans l'alimentation humaine. 100 acteurs de la pollinisation, donc abeilles, fourmis, insectes, de manière générale, des coléos, des papillons, même des chauves-souris, on peut même parler de mammifères aussi. La pollinisation par des êtres vivants est super importante. Et donc dire, je vais sauver les abeilles en mettant des ruches, c'est, revient à la même chose de dire, pour sauver les oiseaux sauvages, je vais installer des poulaillers partout. J'aime bien cette comparaison. Je pense que cette image parle à beaucoup de monde. Moi-même, c'est une citation que j'ai entendue d'une association, Arthropologia, qui a pour objectif de sensibiliser les gens sur les invertébrés, particulièrement sur les pollinisateurs. Donc du coup, ouais, penser mettre des ruches pour sauver les AV, c'est absolument pas... Dans un sens, c'est logique parce que le commun du mortel, entre guillemets, qui n'est pas du tout, qui ne s'est pas du tout renseigné sur le sujet, peut penser que ce sera efficace. Sauf que pas du tout, parce que les ruches, du coup, c'est favorisé qu'une seule espèce d'abeille. Parmi les mille qu'on a en France et les quelques vingt mille qu'on a dans le monde. Et surtout, les ruches, il faut s'imaginer qu'une ruche, ça peut aller jusqu'à vingt mille individus. qu'elles ont un territoire d'action ? pour aller récolter du pollen, pour faire du miel qui est monstrueux. Et surtout, les abeilles domestiques sont quand même plus grandes et plus grosses que la plupart des petites abeilles solitaires qu'on peut trouver. En fait, elles vont s'accaparer un peu de toutes les ressources en nectar et en pollen que les abeilles solitaires ont besoin, elles, pour pouvoir vivre. Alors que la ruche, elle, si jamais elle est en mauvaise position, derrière il va y avoir l'apiculteur qui va pouvoir arriver et lui faire un apport en eau, un apport en nutriments ou autre pour que la ruchure vive alors que du coup les abeilles solitaires qui elles n'ont pas de ressources parce que potentiellement il y a eu des mauvaises conditions météo qui font qu'elles n'ont pas pu sortir ou que les fleurs n'ont pas pu se développer correctement ou bien qu'il y a une trop grande densité d'abeilles domestiques elles n'ont pas pu se nourrir correctement et du coup elle s'est dit il faut sauver les abeilles Il faut sauver les abeilles, c'est des abeilles solitaires qu'on ne parle pas du tout des abeilles domestiques.
- Speaker #1
Parce qu'imaginons que dans une prairie, ce soit quasiment, on grossit un peu le trait, mais monopolisée par l'abeille domestique qui va polliniser, qu'est-ce que ça implique pour l'écosystème, pour la prairie et ce qui se passe ?
- Speaker #0
En fait, c'est que chaque abeille a plus ou moins, en fonction des abeilles, des abeilles qui vont être généralistes, qui vont polliniser plein de fleurs. L'abeille domestique est généraliste. Mais toutes les abeilles ne se valent pas en termes de pollinisation en fonction des espèces de fleurs qu'elles vont voir. Il y a certaines espèces d'abeilles qui vont se spécialiser sur la pollinisation d'une espèce en particulier de fleurs, ou d'un genre de fleurs en particulier. Si ces espèces-là, ces espèces d'abeilles, ne survivent pas, c'est en partie parce que l'abeille domestique monop... polisent le territoire et assurent une pollinisation, certes, mais une pollinisation moins efficace que la petite abeille solitaire qui est spécialisée pour cette espèce-là de fleurs, on va se retrouver avec des carences génétiques, notamment pour les fleurs, mais également, du coup, la perte d'une espèce potentielle d'abeille, en lien avec la perte potentielle d'une espèce de fleur.
- Speaker #1
Et après, on peut quand même avoir des ruches. Oui,
- Speaker #0
bien sûr. C'est vrai que j'ai forcé un peu le trait, mais bien sûr que c'est surtout, je parle beaucoup, pour un contexte où il y aura plusieurs centaines de ruches qui vont être posées à un endroit, parce que ça devient de l'élevage intensif. Finalement, c'est de l'élevage intensif où on a un but, c'est la production de miel. Ou d'autres produits que la ruche peut proposer. Avoir une ruche chez soi, C'est ok. Apparemment, c'est ok. Après, si tout le monde, chaque personne dans son jardin met une ruche, là, ça va être problématique. Et notamment, c'est ce qui se passe aussi dans les grandes villes, où il y a des politiques d'installer des ruches un peu partout parce qu'il faut sauver les abeilles. Mais du coup, toutes les espèces d'abeilles qui sont plus ou moins accommodées à l'homme, déjà, quand on revit, il n'y a pas beaucoup de fleurs. Donc, les ressources sont quand même assez limitées. Si d'un seul coup, une ville dit... On va sauver les abeilles, on va installer des ruches en ville, et qu'on installe 100 ruches un peu partout dans la ville, là on se retrouve avec plus du tout d'abeilles solitaires dans les villes, alors que pourtant elles sont quand même présentes, même si elles sont présentes en nombre moins important que dans un milieu naturel. Et il faut penser aussi à la ressource alimentaire qui est aux alentours des ruches, et si on se retrouve en pleine ville, il n'y a clairement pas assez de ressources alimentaires pour... pour toutes les abeilles, pour toutes les ruches qu'on pose.
- Speaker #1
C'est ça que je trouve ça bien, quand tu commences à prendre notion de la complexité, de la diversité, de la richesse qu'il y a derrière, de se rendre compte à quel point une action comme ça, individualisée, qui n'est pas pensée avec tout ce qui se passe autour, en fait ça n'a pas spécialement de sens. Là, juste se dire, je prends des ruches et je les mets à tel endroit, parce qu'on parlait des ruches, quand tu n'as pas toute notion de... Il se passe plein de choses en fait.
- Speaker #0
Le fonctionnement global des écosystèmes, les interactions entre espèces.
- Speaker #1
Et là, on parlait ruches. Tu l'as évoqué, mais tu vas nous dire du coup ce que t'en penses. On voit aussi beaucoup fleurir les... Pareil, quel jeu de mots pourave. On voit beaucoup fleurir les hôtels à insectes.
- Speaker #0
Ah oui, les hôtels à insectes, c'est pareil, c'est un grand sujet. Les hôtels à insectes, c'est quand même pas ce qu'il y a de mieux. Les hôtels à insectes, c'est très bien. Enfin, c'est très bien. Si je devais penser, si je dis ce que je pense... Les hôtels à insectes, c'est vraiment pas bien pour la biodiversité. Sinon, d'un point de vue pédagogique, ça permet aux gens d'ouvrir les yeux sur les insectes, qui est déjà un monde qui est, pour la plupart des gens, est un monde incompréhensible et totalement fermé. Et juste, c'est des bêtes qui nous font chier, on pense aux moustiques, etc. Et donc, ouvrir... L'autel insecte permet d'observer des espèces différentes, d'abeilles, mais pas que. On peut avoir un peu d'araignées, on peut avoir un peu de coléoptères, des choses comme ça. Mais les autels insectes, surtout, le problème, c'est que ça favorise... Généralement, les autels insectes, on voit les espèces de petits troncs qui sont avec une cavité au milieu. Généralement, ces autels insectes, ça va être pour favoriser qu'une... petite partie de la réelle diversité des abeilles, puisque comme je l'ai dit, la plupart des abeilles font leur nid dans le sol, donc à priori inutiles, les hôtels à insectes sont inutiles pour elles, et donc généralement ça va favoriser l'installation d'abeilles qui sont quand même assez répandues. Je pense à l'osmicornue, qui va faire son petit nid dans sa petite cavité, dans son hôtel à insectes. Mais le problème, il y a plusieurs problèmes sous-jacents à ça, c'est que ça concentre une densité d'individus d'une ou plusieurs espèces de manière anormale, c'est-à-dire que par habitude, les abeilles, comme elles sont le plus souvent solitaires, elles vont vivre chacune de leurs côtés. Et là, mettre un hôtel à insectes où tout le monde se réunit en même temps, en fait, ça va favoriser la propagation de maladies, ça va favoriser la prédation, notamment avec pas mal d'araignées qui vont se mettre devant les hôtels à insectes pour pouvoir chasser. Du coup, entre guillemets, ce n'est plus un hôtel à insectes, c'est un buffet ouvert. Et surtout aussi, la plus grande aberration que je vois, c'est généralement quand les hôtels sont énormes au milieu des ronds-points.
- Speaker #1
Il y a quand même pas mal de questions à se poser sur ce qu'on disait, le fonctionnement global.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et encore, même en vrai, quand on essaie d'avoir cette pensée-là, je ne sais pas ce que tu en penses, mais moi je pense qu'il y a plein de choses qu'on ne sait pas et qu'on ne se rend pas compte. Non, non, je pense que... On tâtonne et encore on se pose la question à l'échelle globale, mais alors en plus, sans même envisager ce qui peut se passer autour, bon c'est sûr que ça donne lieu à des hôtels insectes au milieu de Rompoint qui n'ont, écologiquement parlant, en tout cas du point de vue de la biodiversité, pas spécialement, pas du tout, d'intérêt. Et toi qu'est-ce que tu ferais, peut-être on peut prendre un jardin par exemple pour illustrer, si tu devais faire un jardin favorable aux pollinisateurs, comment tu l'aménagerais ?
- Speaker #0
off déjà première chose c'est de ne pas tondre sa pelouse dès qu'il y a une paquette qui dépasse de l'herbe, évidemment laisser les fleurs fleurir laisser la végétation pousser avoir une prairie enfin une prairie, une pelouse avec une végétation assez haute quand même parce que l'herbe de rien aussi ça évite laisser sa pelouse pousser, ça évite qu'en plein mois de juin ta pelouse elle soit jaune parce qu'elle a été cramée par le soleil déjà de l'air ce serait un peu plus esthétique Et si jamais ça te dérange, tu peux dégager un passage, un petit coup de débroussailleur, mais au milieu, et laisser des petites zones de ta pelouse un peu s'enfricher, un peu laissées en mode pré-réal, donc laisser la végétation s'exprimer. On peut aussi, pour favoriser notamment les abeilles, puisqu'on parle des abeilles depuis le début, ce serait intéressant de laisser un coin qui est complètement dénudé avec de la terre apparente. qui permet à quelques individus de pouvoir nicher dans ta pelouse. Et aussi un peu de bois mort, laisser un peu de bois mort pour que les abeilles aient aussi des petites zones de repos, des petites cachettes pour la nuit ou quoi. Et évidemment, laisser les fleurs. Pourquoi pas mettre un arbre aussi ? Les arbres sont avec du lierre, notamment sur les murs. pour laisser des micros habitats pour ces espèces-là. C'est ce qui est le plus important, c'est qu'il y ait une diversité d'habitats qui permettent au plus grand nombre d'espèces d'abeilles de pouvoir s'inviter chez soi.
- Speaker #1
Au final, c'est ça. Pour favoriser la diversité d'espèces, tu favorises la diversité d'habitats.
- Speaker #0
C'est tout bête, mais avoir un peu de terre à nu, laisser un peu de végétation s'exprimer. Certes, on va dire que c'est sale, mais non, encore une fois, ce n'est pas sale d'avoir un petit peu de végétation qui s'exprime dans ta pelouse. C'est sale parce que ça a été vendu comme ça avant.
- Speaker #1
C'est un sacré sujet là-dessus. Je n'ai pas du tout fait de recherche là-dessus, donc je n'ai pas tous les tenants et aboutissants, mais je pense au jardin à la française qui incarne tout sauf un jardin favorable à la biodiversité. Je pense qu'aujourd'hui, en France, c'est encore très très très très ancré. Et un beau jardin aujourd'hui, tu l'imagines comme un jardin à la française, où en fait l'herbe est à ras et tu n'as que des arbustes bien taillés. Et en termes de biodiversité...
- Speaker #0
Il ne reste plus que des moustiques ou des mouches, les espèces qu'on... On apprécie le moins et du coup, c'est un cercle vicieux aussi.
- Speaker #1
Et imaginons, je prends un peu le contre-pied exprès parce qu'on a un peu le même point de vue là-dessus, mais imaginons si moi, ce qui m'émerveille, c'est le jardin à la française.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et que est-ce qu'on peut concilier un peu les deux ? Imaginons, parce que imaginons quelqu'un qui a vraiment cet imaginaire-là et qui surtout apprécie cet aspect-là. On peut peut-être se dire que ça ne convient pas à tout le monde d'avoir un jardin assez naturel, etc. Imaginons un petit entre-deux, qu'est-ce que tu proposerais ?
- Speaker #0
Intéressant. Vraiment, du coup, tailler à ras, au millimètre près ? Déjà,
- Speaker #1
je pense que le fait de se dire que tout le jardin n'est pas forcément... n'a pas à être tenté de la même manière, je me dis que c'est déjà une bonne piste. Tu peux faire un truc très entre guillemets, frôpre, à un endroit et peut-être moins sur le fond ou quoi ?
- Speaker #0
Ce qui peut être un entre-deux, c'est un peu ce que les Anglais font. C'est les jardins à l'anglaise où ils laissent un peu la nature s'exprimer tout en laissant des zones dégagées pour le passage des gens, etc. Une gestion un peu différenciée. On va laisser des zones de pelouse. Peut-être qu'on a moins de visuel dessus. peut-être déjà pour commencer. Il y a aussi beaucoup les fleurs. Généralement, on peut avoir des jardins qui vont être assez fleuris. Planter des espèces de... Semer des espèces de fleurs qui sont locales déjà. On va éviter de mettre des espèces exotiques dans nos pelouses et dans nos jardins. Mais on peut semer des espèces de fleurs qui vont être jolies. Des coquelicots, de la chicorée. des bleus et des choses comme ça, des espèces, des fleurs qui sont jolies à observer. Aussi au niveau de la tonte des arbustes, déjà, éviter de tondre pendant les périodes de nidification des oiseaux.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, parce qu'il y a les techniques et comment on tond, et il y a les périodes aussi.
- Speaker #0
Les périodes plus sensibles, typiquement la période de printemps, c'est la période la plus sensible.
- Speaker #1
pour la biodive. Ça pourrait aussi être un peu ça, dans l'entre-deux, de se dire qu'il y a une période où je sais que mon jardin est plus tenu au propre, et au printemps, je sais que c'est une période importante où il se passe plein de choses, et j'en profite pour observer un peu ce qui s'y passe. J'attends que le cycle se termine, que les oiseaux aient fini de nicher dans ma haie pour la tailler, que les pollinisateurs aient fini de polliniser dans ma prairie pour me dire « là, je vais tailler ma haie, je vais tondre, etc. » Et déjà, de se poser la question, je pense que tu peux trouver un truc sympa. Oui.
- Speaker #0
Après, le tout, c'est de vouloir faire des concessions sur ce que tu veux, sur ce que tu as envie d'observer et ce que tu veux en termes de propreté de ton jardin.
- Speaker #1
Oui, et je pense comprendre ce que tu veux. que ça implique et ce qu'il y a derrière. C'est aussi ça qui fait que tu vas peut-être faire d'autres choses.
- Speaker #0
C'est se forcer à ouvrir les yeux sur ce qui t'entoure aussi et potentiellement vouloir s'intéresser à la chose. Il faut un minimum d'intéressement aussi, un minimum de curiosité.
- Speaker #1
Oui, clairement. Mais j'espère qu'ils nous écouteront.
- Speaker #0
J'espère aussi.
- Speaker #1
Et qu'ils auront trop envie de voir plein d'abeilles super stylées et que du coup, ils vont laisser des petites fleurs parce qu'il faut absolument voir toute cette diversité d'abeilles.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Bon, du coup, on répond déjà naturellement à ma question de la fin, mais peut-être que tu... On va voir. Soit tu veux rester sur les jardins, soit tu bascules sur autre chose. Imaginons, on est dans plusieurs dizaines d'années.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Comment tu aimerais que soit notre relation au vivant ?
- Speaker #0
Déjà, j'aimerais que les gens soient plus curieux, notamment au niveau des invertébrés, parce que c'est la base de toute vie. Hormis les plantes, c'est vraiment la base de la chaîne alimentaire. Donc être un peu plus curieux et un peu moins en exclusion vis-à-vis des insectes. Et surtout, avoir une petite... conscience que, à notre échelle, ça paraît rien, mais juste rien que si dans dix ans, toutes les personnes qui ont un jardin laissent un petit bout de leur jardin s'exprimer comme ça, faire sa propre vie sans que nous on intervienne, ça pourrait déjà faire un peu de bien à la planète, je pense. Donc tout le monde a un peu une conscience au niveau de la gestion de son jardin. Rien que déjà que ça, je pense que dans dix ans... Ça serait déjà pas mal, je pense, sans être trop gourmand sur tout le reste.
- Speaker #1
Parfait, soyons curieux déjà.
- Speaker #0
Oui, soyons curieux, ouais.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode. S'il t'a plu, n'oublie pas de t'abonner et de suivre mes aventures sur mon compte Instagram et ma page LinkedIn.