- Speaker #0
On vit tellement dans un monde conditionné qu'on ne prend plus le temps. Et le temps, c'est la richesse la plus importante en fait.
- Speaker #1
Bienvenue dans Un Pas Dehors, le podcast qui explore ce que le temps passé dehors en nature change en nous. Je m'appelle Audrey, je suis écologue, et ici, deux fois par mois, j'invite celles et ceux qui entretiennent un lien fort avec le vivant pour comprendre comment cette relation façonne leur manière de vivre de penser et d'habiter le monde. Pour ce premier épisode, je vous partage ma discussion avec Dorothée. C'est une conversation autour du temps, de notre difficulté à ralentir et surtout de ce que l'on redécouvre lorsqu'on laisse un peu plus de place au dehors et à la nature dans nos vies. Bonne écoute. On est parti. Salut Dorothée. Ravie de t'accueillir sur un pas dehors. Tu es la première avec qui j'enregistre en plus, donc épisode particulier quand même.
- Speaker #0
Ouais, c'est un honneur pour moi. Franchement, ça me touche.
- Speaker #1
Je suis très contente en tout cas. Alors tu vas voir, j'ai une petite question, on verra si je m'y tiens, mais j'aimerais bien que ce soit un peu la question un peu signature pour commencer les épisodes. Est-ce que tu te souviens de la dernière fois où la nature t'a vraiment émerveillée ?
- Speaker #0
Euh, oui.
- Speaker #1
Je pense que tu as plein d'exemples en tête, mais quel est le premier truc qui te vient ?
- Speaker #0
Pas deux jours, on était sur le lac Iriki, c'est un lac asséché au Maroc et c'est mon endroit préféré au Maroc parce que c'est là où je me suis trouvée. Donc voilà, rien que d'y penser j'ai déjà les larmes.
- Speaker #1
Que tu t'es trouvée, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ? Comment tu t'es sentie ? Qu'est-ce qui t'a vraiment marquée sur cet endroit-là qui a l'air d'être un endroit marquant ?
- Speaker #0
Ouais ouais, en fait j'ai fait le rallye des gazelles et c'est un lac. qui est grand et asséché, donc il n'y a pas d'eau. Donc c'est une immense étendue plate, et là-dessus tu roules à fond en fait. Et c'est un endroit où je me suis retrouvée dans une tempête de sable, je ne voyais pas à deux mètres, et je roulais dans le néant. Et ça a duré un certain temps, enfin dans ma tête ça a duré une éternité, mais c'est un endroit où je me suis vraiment, il y a eu un déclic et où je me suis connectée à moi-même. Ça a été une émotion vraiment intense d'être dans ce néant et de me retrouver moi avec moi. C'est là que j'ai eu un gros déclic sur moi et sur toute la vie et sur tout le reste. C'est cette connexion qu'il y a eu. Je ne sais pas, il y a eu un instant de connexion intense avec la nature et cet endroit particulier.
- Speaker #1
C'est un endroit où tu avais déjà été, c'était il y a combien de temps ? La première fois que tu avais été dans cet endroit-là ?
- Speaker #0
La première fois, c'était en 2010. J'y suis retournée en 2012, en 2020 ou 2021, je ne sais plus. Enfin, à chaque rallye des gazelles que j'ai fait. Mais là, j'y suis retournée... Tu en as fait plusieurs. Oui, j'ai fait plusieurs rallies. Et là, j'y suis retournée pour faire découvrir l'endroit à Jean, mon compagnon. Et voilà, c'était... À chaque fois que je vais à cet endroit, je ne sais pas, il y a un truc qui se passe.
- Speaker #1
Une accroche, il s'est passé quelque chose. Là aujourd'hui, tu disais que tu le faisais découvrir à Jean. Donc là, vous êtes en van tous les deux. Comment ça se passe pour vous en ce moment ? Puisque vous êtes sur un mode de vie quand même assez sympa.
- Speaker #0
C'est ça. Donc on est nomades à 100%. On a pour seule maison Jojo, donc notre van qui est un Renault Trafic Aménagé. Là, on est au Maroc depuis début janvier. Et voilà, on est venus au Maroc au départ. On pensait faire le Portugal dans la continuité de notre voyage. puisque Jean m'a rejoint en septembre 2025 à bord de Jojo à temps plein. Et on a commencé par les Pyrénées, on a fait le nord espagnol et on pensait faire le Portugal. Sauf que l'hiver s'est annoncé pas trop cool en Europe. Et j'ai une copine gazelle qui a dit qu'elle allait au Maroc. Et on a dit, bah chiche en fait, on se casse au Maroc. Et voilà, depuis janvier, on est au Maroc. Et je redécouvre le Maroc d'une autre manière. que par des rallies. Et voilà, la nature, elle est sensationnelle. Là, on arrive dans la partie vraiment rallye des gazelles, mon terrain de jeu, on va dire. Et je fais découvrir à Jean des endroits que je connais et qui m'ont touchée. Donc c'est vraiment sympa.
- Speaker #1
Et du coup, là, t'es sur un rythme totalement différent de ce que tu disais. Donc c'est des endroits que t'as vus sous le format plutôt rallye. Comment tu vis ? un peu ce contraste entre ces deux rythmes à un même endroit
- Speaker #0
C'est vrai que nous, là, on est en mode slow travel, slow life. On vit vraiment au ralenti. On ne garde quasiment pas notre montre. On vit avec le soleil, en fait, la nature. Le rallye des gazelles, l'avantage, c'est que ce n'est pas un rallye de vitesse, c'est un rallye d'orientation. Et tu vas au cap, tu prends le temps d'avancer. Le but, c'est de faire le moins de kilomètres possible dans ce rallye. Donc, en fait, tu vas tout droit pour aller atteindre, relier des balises. Donc, c'est quand même un rallye slow travel. Mais le lac Iriki, c'est justement un endroit où là, tu penses qu'à rouler tout droit et à garder ton cap. Mais c'est quand même un rythme différent de voyager, de découvrir autrement. En plus, là, je suis en deux roues motrices et pas en quatre roues motrices. Du coup, il y a des endroits qu'on ne peut pas atteindre. Des fois, c'est frustrant. C'est pour ça qu'on va changer de maison. On va adopter un quatre roues motrices dans quelques mois. Et pour continuer justement à s'éloigner, parce qu'en fait la vie nomade qu'on vit, elle est de plus en plus connectée à la nature, et on a de plus en plus envie d'aller dans des endroits isolés. Parce que ce voyage au Maroc nous a donné des ambitions plus grandes. On veut faire l'Afrique, faire plus de pistes, et là, on ne peut pas continuer avec Joujou, sinon on va finir. par le casser. Déjà qu'on passe dans des endroits, il faut qu'on change de véhicule.
- Speaker #1
Je pense qu'on reviendra un petit peu sur l'évolution de vos perspectives. Je pense que c'est hyper intéressant. Je voulais revenir un petit peu avant sur ce qui se passait pour toi avant la vie en van. Est-ce que tu peux nous raconter un peu où est-ce que tu vivais, dans quel mode de vie tu étais ? Est-ce que tu étais plus dans une vie à 100 à l'heure, beaucoup de boulot ? Est-ce que tu étais plutôt dans une grande ville, déjà plus proche de la nature en campagne ? Voilà un peu comment tu vivais avant d'être nomade.
- Speaker #0
Moi j'ai vécu jamais vraiment dans des grandes villes, toujours dans des villages, enfin dans des villes de campagne, pas dans des villages mais dans des villes de campagne. Après mes parents m'ont toujours appris à être la petite fille modèle, bien travailler à l'école. J'étais première de classe et puis j'ai fini par être carriériste. J'étais à fond dans mon travail, je travaillais à 200% pour ma carrière, dans un rythme effréné. En plus, quand je suis sortie de mes études, j'ai été directement engagée dans une grosse agence de pub à Bruxelles. Donc là, j'ai déménagé dans une grande ville. Et ouais, c'était à 2000 à l'heure. Je dormais, je mangeais et je vivais boulot. Et puis justement, c'est ce fameux rallye des gazelles qui m'a fait un déclic. Quand je suis revenue du rallye, j'ai eu un rallye blues un peu. Et en fait, les gens autour de moi, quand je suis arrivée au boulot le premier jour où j'ai repris après le rallye, tout allait à 2000 à l'heure. Les gens parlaient trop vite, ils bougeaient trop vite. Et j'étais dépassée par les événements en fait. Je me suis dit, mais les gens sont fous. Ils sont complètement fous. Et moi, j'ai toujours été proche de la nature. Le premier boulot que j'ai voulu faire, c'était archéologue pour voyager, partir à l'aventure, découvrir. Et ma mère m'avait dit que si je faisais ce boulot, je n'aurais pas une vie normale. Je n'aurais pas de mari, je n'aurais pas d'enfant. Et au fil des années, je me suis rendue compte qu'en fait, je ne voulais pas une vie normale. Mais voilà, j'ai toujours respecté ce que mes parents me disaient. Mais à chaque fois, je suis revenue dans le droit chemin.
- Speaker #1
qui en fait je me suis aperçue n'était pas du tout le droit chemin pour moi donc rapidement tu sentais quand même qu'il y avait un décalage bon apparemment le rallye ça t'a vraiment fait une transition directe mais déjà est-ce que par exemple juste avant le rallye est-ce que tu sentais déjà ce truc de ça va trop vite que tu sentais déjà qu'en toi je sais pas il y a quelque chose qui allait pas ou vraiment c'est une fois que t'as fait le rallye ça t'a ça t'a ouvert les yeux là-dessus, mais est-ce que tu l'avais déjà un petit peu avant ou tu te rendais pas forcément compte ?
- Speaker #0
En fait, j'ai toujours je pense que depuis que je suis née je suis comme ça, mais je comprenais pas et je me sentais différente des autres même à l'école, tout ça déjà physiquement j'étais rondouillette et puis le fait d'être première de classe et tout Je sentais que j'étais en décalage avec les autres, mais je ne comprenais pas pourquoi. Du coup, j'ai subi du harcèlement à l'école et tout ça, à cause de ça. Je ne me sentais pas à ma place, depuis toujours. C'est clair qu'au fur et à mesure du temps, la vie a fait qu'à cause de tout ça, je suis tombée dans l'anorexie pendant dix ans. Puis après, il y a eu ce rallye des gazelles. C'est tous des événements de la vie qui m'ont ouvert les yeux sur qui je suis et me dire, mais arrête d'essayer de faire plaisir à tes parents. Vis ta vie, sois toi-même. Et ça a pris du temps. Ça a pris, je vais dire, 40 ans pour me sortir de ce bridage.
- Speaker #1
Donc là-dedans, un peu la continuité de tout ça, ça a du coup été la décision de partir en van. Alors, est-ce que tu peux nous dire depuis combien de temps c'est le cas ? Qu'est-ce qui a fait un peu la transition ? Est-ce que c'est une idée que tu avais en tête pendant un moment et à un moment tu t'es décidée ? Est-ce que c'est venu plus d'un coup ? Comment tu en es arrivée à passer le cap ?
- Speaker #0
Je vais dire que je n'ai jamais été célibataire. Et en gros, mon premier compagnon, quand je l'ai quitté, je voulais partir seule. Parce que j'avais ce besoin de... De me retrouver, en fait depuis toujours j'ai ce besoin de me retrouver et finalement je ne suis pas partie seule parce que j'ai rencontré quelqu'un d'autre donc je me suis servie de ce gars-là pour fuir en fait la vie dans laquelle j'étais mais ce n'était pas un bon plan, j'ai envie de partir seule et du coup quand j'ai quitté ce deuxième compagnon, je suis partie seule et là j'ai vécu un temps seule à Perpignan Et c'est là que vraiment je me suis posé les bonnes questions, de savoir ce que je voulais pour moi et pas pour les autres. En fait, j'en ai eu marre de me consacrer qu'aux autres et de ne pas penser à moi. Et dans l'affaire, il y a eu le décès de ma maman aussi qui a fait... En fait, elle a été à la retraite et un an après, elle est décédée. Et elle me disait toujours qu'elle allait vivre un peu ses rêves, parce que quand elle était... Jeune, elle voulait être prof d'anglais, mais ses parents, à l'époque, ce n'était pas comme aujourd'hui. Ses parents n'ont pas pu lui payer les études et tout ça, donc bref, elle n'a pas fait ça. Elle voulait aider des enfants à apprendre l'anglais, vers plein de choses comme ça. Et finalement, elle ne l'a pas fait. Et là, quand ma maman m'a raconté un peu sa vie dans la dernière année que j'ai passée avec elle, où vraiment c'est là que j'ai découvert la femme qu'elle était, je me suis aperçue que je ne voulais surtout pas la vie qu'elle a eue. Et je voulais surtout pas profiter de la vie trop tard, parce que demain il est peut-être pas là. Voilà, quand elle a fermé les yeux, je me suis promis de vivre mes rêves maintenant et pas demain. C'est à la fois le décès de ma maman qui a engendré tout ça, le fait de me retrouver à vivre seule et à me poser les bonnes questions sur ce que moi je veux. Et après, je ne sais pas, j'ai commencé à tomber sur des vidéos de nomades sur YouTube et tout ça, des gens qui vivent comme ça. Et je me suis dit, mais en fait, c'est ça que je veux, c'est ça. Et voilà, je me suis lancée un peu sans rien y connaître, mais ça venait du cœur des tripes et je m'y suis lancée et je ne regrette pas.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, si le van s'appelle Jojo, c'est aussi un clin d'œil à ta maman. À ma maman. Tout un sens là-dedans.
- Speaker #0
C'est ça, c'est mon premier van. C'est un peu le van qui m'a libérée. Je voulais lui rendre hommage en l'appelant Jojo, puisque ma maman s'appelait Josiane. Le prochain van changera de nom. Il y en a beaucoup qui sont tristes, parce qu'ils pensaient que j'allais aussi l'appeler Jojo. Mais il faut aller de l'avant aussi. Et je pense que j'ai besoin aussi. que le vin ne s'appelle plus Jojo aujourd'hui.
- Speaker #1
Donc c'est un peu une évidence de faire ce show-là. Est-ce que tu as quand même eu peur au moment de tout lâcher pour cette vie nomade ? Ou c'était tellement évident que finalement, pas trop ?
- Speaker #0
Oui, je n'ai vraiment pas eu peur. Je sentais que c'était là où je devais aller. Non, je n'ai vraiment eu zéro peur. Ça a été un cheminement de se débarrasser de ses affaires. Mais finalement, non, je n'ai pas eu peur. J'ai toujours eu ça en moi, en fait. Et j'ai l'impression d'être vraiment à ma place aujourd'hui. Parce que quand j'étais bébé, je crois que j'avais un an ou un truc comme ça, j'ai failli me noyer. Et c'est des gens du voyage qui m'ont sauvée. Alors, je ne m'en souviens absolument pas. C'est une histoire qui se raconte dans ma famille. Et je ne sais pas pourquoi, mais un jour... J'ai fait une sorte de méditation guidée et j'ai vu une femme qui m'a transmis son énergie. Et je pense vraiment que c'est la femme qui m'a pris dans ses bras pour me sauver. Et je ne sais pas, est-ce qu'ils m'ont transmis cet esprit du voyage ? Je ne sais pas, mais en tout cas, il s'est passé quelque chose. Et à chaque fois que je voyais des gens du voyage, des caravanes, j'aimais bien faire du camping avec mes parents. Je pense que j'ai ça depuis toujours en fait. Je suis enfin revenue à ce que je dois être.
- Speaker #1
C'est beau encore une fois. Et du coup, dans ce changement, tu as quand même gardé la même activité professionnelle. Donc, tu étais graphiste. Après, je te laisserai compléter, etc. Mais tu étais graphiste maintenant, tu es graphiste nomade. Du coup, est-ce que tu peux nous raconter un peu comment tu as fait la transition et peut-être à quoi ressemblent tes journées de travail aujourd'hui par rapport à avant, ce que tu as adapté pour que ça fonctionne maintenant ?
- Speaker #0
Avant, j'ai fait dix ans de carrière dans des grandes agences de pub. en Belgique. Après, j'ai créé ma propre société, Hello Mikado. Et là, j'ai commencé à avoir mes propres machines. Donc, j'avais un parc machine avec plein d'imprimantes. Je faisais du vêtement, de l'autocollant, du print papier, enfin bref. Et donc, ouais, j'étais à fond là-dedans. Et quand j'ai décidé d'être nomade, les machines, ça ne rentre pas dans le van. Donc j'ai dû réinventer mon métier et surtout me recentrer sur ce que je sais faire, c'est-à-dire la création, parce que de base c'est vraiment la création qui m'intéressait et j'ai fini par avoir des machines, je ne sais même plus pourquoi. Et donc j'ai décidé de revendre toutes mes machines et de plutôt redevenir graphiste simple. Et après ce mot graphiste ne me parlait plus, donc j'ai réinventé le nom de mon métier en tant que créatrice d'âme visuelle. où je crée vraiment une âme forte pour les entreprises qui me demandent des logos ou des identités visuelles. Et donc voilà, c'est vraiment la découverte de mes émotions, d'assumer mes émotions aussi, qui a fait que j'ai transformé mon métier et aujourd'hui c'est ça que je veux transmettre dans mon métier. Et alors pour compléter, j'ai aussi passé un diplôme d'art thérapeute, parce que quelque part c'est aussi la... pratique de mon métier d'art, mon métier artistique finalement, puisque le graphisme, c'est de l'art, qui m'a aussi permis de cheminer. Et j'ai compris aussi que ça a aidé à faire cheminer plein de gens. Et je trouvais que c'était une corde à mon arc en plus pour aider les gens à vivre leurs rêves. Et je n'ai pas de prétention, mais j'aimerais vraiment inspirer les gens. Pas à devenir nomades, ce n'est pas ça, mais à vraiment s'écouter, à être eux et à ne pas écouter dans quoi on veut les mettre.
- Speaker #1
J'en profite pour rebondir sur le fait que la vignette du podcast est made by Dorothée. Est-ce que tu penses qu'aujourd'hui, ton mode de vie, et notamment le fait d'être beaucoup en lien avec la nature, d'être beaucoup dehors, est-ce que tu trouves que ça a un impact sur ton processus de création, ta créativité ? D'ailleurs, je crois que tu organises tes journées... qui me semble que tu bosses plus le matin et que l'après-midi tu te laisses vraiment le temps de faire tes activités en extérieur et tout ça. Selon toi, quelle place a ce lien à l'extérieur dans tout ce que tu arrives à faire aujourd'hui, ton processus de création, etc. ?
- Speaker #0
La nature a un rôle très important dans ma créativité. Ça la décuple même plus dans tous les domaines de ma vie, dans mon travail et dans ma vie privée. Je suis beaucoup plus ouverte. d'esprit et tout ça. Et je me suis rendue compte, en fait, quand j'étais sédentaire, à un moment, j'ai été dans un bureau, dans une cave, sans fenêtre. Parce que mon compagnon, mon ex-compagnon, ne voulait pas que les clients viennent dans sa maison. Donc, en fait, il m'avait fait mon bureau dans la cave. Et en fait, je me suis retrouvée coupée de la nature et ma créativité a complètement perdu en puissance. Et c'est vrai que de retrouver la nature là, ça change tout en fait parce que tu vois les couleurs de la nature, tu vois les matières, le végétal, la pierre, les animaux. Enfin il y a plein de choses, tu rencontres aussi des cultures en voyageant. On apprend plein de choses ici, on est au Maroc et on apprend plein de choses vraiment intéressantes. Enfin moi je suis quelqu'un qui aime bien se cultiver. Et tout ça, le fait de se cultiver, la créativité forcément en découle. C'est l'ouverture d'esprit. Et dans la nature, tu es forcément à 360 degrés ouverts.
- Speaker #1
Oui, tu es beaucoup plus alerte, tu captes beaucoup plus de choses. Et j'imagine aussi que le fait d'être, tu parlais de slow travel, vous êtes quand même sur un rythme où je pense que vous vous écoutez aussi beaucoup. Là-dessus, il y a peut-être aussi cette combinaison du temps que vous prenez aussi avec cette nature. C'est aussi un peu pourquoi j'ai voulu faire ce podcast, mais c'est que déjà, je trouve qu'on passe beaucoup moins de temps en nature et que souvent, quand on y passe du temps, on traverse sans forcément regarder et prendre le temps d'apprécier ce qu'on a autour de nous. Là, j'ai vraiment la sensation qu'en plus, dans votre rythme de vie, non seulement vous y passez beaucoup de temps et vous prenez le temps, de vraiment être présent et de ressentir, etc. Et c'est vrai que ça doit vraiment être... Oui, ça doit changer pas mal de choses.
- Speaker #0
C'est clair que quand tu es dans une vie... Enfin, je ne vais pas dire normal, parce que pour moi, ma vie d'aujourd'hui est normale. Quand tu es dans une vie sédentaire classique, tu travailles du matin au soir. Et c'est vrai qu'avant, j'avais des journées comme ça, où je me levais, j'allais dans mon bureau et je ne ressortais pas avant presque la nuit. Mais au final, sur ta journée, tu as été efficace, quoi. La moitié de ton temps, en gros. Puisque les autres parties, tu rêvasses, tu ne fais rien, tu... t'es pas concentrée, t'es sur internet à regarder des conneries. Tu perds ton temps. Et en fait, j'ai appris à bosser que le matin. Je bosse, je suis concentrée. Et finalement, en une demi-journée, je fais mes journées entières parce que je suis focus. Et l'après-midi, effectivement, on visite, on fait du sport. On randonne beaucoup, on fait du VTT pour découvrir les alentours. On regarde la nature. C'est un autre rythme, mais finalement, je ne suis vraiment pas moins efficace. Au contraire.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Au-delà de l'aspect créativité, etc., tu vois même un aspect performance, clairement, beaucoup plus efficace au moment où tu es dedans, tu es à fond dedans.
- Speaker #0
Oui, on est tellement bridés à bosser. Moi, j'ai été conditionnée comme ça. Il fallait bosser, En fait, quand tu réfléchis et que tu te poses, que tu fais un cheminement et que tu analyses, ce n'est pas possible de travailler toute une journée et être à fond. C'est impossible. Humainement, tu n'es pas efficace. Donc quand tu tries et que tu ne prends que ce qui est efficace, que tu l'isoles, tout le reste c'est de la liberté à profiter de la vie. Parce que finalement, on n'est pas sur Terre pour que travailler. Même si c'est nécessaire, évidemment, mais voilà, on n'est pas des esclaves non plus.
- Speaker #1
Tu disais au début que vous aviez un petit peu revu vos perspectives avec Jean sur où est-ce que vous comptiez aller, jusqu'où vous vouliez aller. Parce qu'au début, si je ne me trompe pas, vous êtes partie sans destination, donc vous vous laissiez porter. Comment ça a évolué maintenant ? Je suis curieuse de savoir. Comment ça a évolué maintenant et surtout, qu'est-ce qui est à l'origine de ces choix à venir ?
- Speaker #0
En fait, on est toujours sans destination, sans timing. C'est toujours notre... Il n'y a pas de règle. C'est juste que là, quand on est arrivé au Maroc, on est arrivé par Tangier, puis on a descendu la côte, donc on a longé la côte jusque Darla. qui est quasiment en Mauritanie, enfin pas loin de la Mauritanie. Et on a eu envie de continuer, tu vois. On s'est dit, la Mauritanie, c'est pas loin. Mais on s'est dit, non, pas avec Jojo, c'est pas possible. Enfin non, il faut qu'on reste dans ce qu'on avait prévu de base, plus ou moins. Même si on ne prévoit rien, mais on a quand même, à trois jours près, on a quand même où on va dans les trois jours suivants. Mais on avait envie, tu vois. Et là, on s'est dit, bon, après, ça veut dire Mauritanie, peut-être Sénégal, puis finalement l'Afrique. On veut plus de nature, on veut plus de pistes, on veut s'éloigner des routes en bitume. Voilà, la nature. En fait, on se rend compte qu'on n'est plus des touristes. On est des voyageurs, on apprend à vivre avec la nature et on s'impose pas à la nature. Et nous on fait vraiment la différence entre ça, entre touristes et voyageurs, parce qu'on se rend compte qu'on n'a plus la même relation à la nature en fait.
- Speaker #1
Quand tu dis on s'impose pas à la nature, qu'est-ce que t'entends derrière ?
- Speaker #0
Je sais pas, je me dis, tu vois les touristes ils se posent, ils déballent leurs chaises, leurs auvents, leurs machins... Et ils regardent pas en fait. Tu vois, ils sont venus, ils ont une liste de trucs à visiter qu'ils doivent cocher et ils font... Enfin après, ils ont un timing imposé. Et nous, on a cette chance de pas avoir ça. Mais nous, on se pose dans un endroit quelconque. Il y a des endroits où on est allés, on sait même pas où on était. Mais c'est pas grave, on s'est posés, on s'est promenés dans les alentours. Il y avait rien à visiter. Mais on a admiré la nature, on prend le temps de se poser, de regarder, juste de respecter en observant. Le matin, on ouvre la porte du van, il y a des petits oiseaux qui sont là, qui viennent nous dire bonjour. On se rend compte que la nature nous accepte, tu vois. Enfin, je ne sais pas comment expliquer, c'est un ressenti. C'est vraiment différent que quand tu fais du tourisme. Nous, on peut se poser 4-5 jours à un endroit où il n'y a rien. Et on s'en fout, en fait, on est bien.
- Speaker #1
Et en plus, tu me diras si vous le vivez, mais je pense en plus quand tu prends le temps de te poser à un endroit en nature. Moi, je le vois pas mal quand tu vois d'aller dormir en tente, d'aller bivouaquer un soir. Tu vois la différence quand tu prends le temps d'être posé. C'est que t'arrives, tu te dis peut-être qu'il se passe rien, qu'il n'y a pas grand-chose autour. Et en fait, quand tu prends le temps d'être là et de t'immerger dans l'endroit dans lequel tu es, tu te rends compte de toute la nature qui s'agite, qui vit autour de toi. Et en fait, c'est à ce moment-là que tu te rends compte de ce qui se passe. Et c'est vrai que si juste tu passes sans avoir ce temps-là, je pense que tu ne te rends pas compte de tout ce qui s'y passe. Mais en fait, il se passe plein de choses.
- Speaker #0
On découvre des trucs parce que plus tu regardes la nature, plus tu la vois en détail. Et la nuit, nous, on a une tente de toit, enfin un toit relevable, donc on dort dans le toit relevable, donc c'est de la toile, et on entend les bruits de la nature la nuit, on voit des animaux, et il y a des trucs qu'on voit, qu'on n'avait pas vus la veille. C'est assez marrant de dire « Ah, t'as vu, il y a ça, un crâne de chameau, des choses comme ça, et même les pierres » . On a rencontré un Marocain qui était venu chasser. Donc, on était vraiment perdus au milieu de nulle part. Et lui, il était venu chasser le lézard pour le manger. Et il ramassait des pierres pour les revendre aux touristes. Alors, ça nous a fait rire parce que finalement, c'est des pierres quelconques. Mais par contre, nous, en marchant, on regarde et c'est vrai qu'il y a des pierres, elles sont banales. Enfin, je veux dire, nous, on ne vendrait pas ça. En gros, ça ne vaut rien. Mais elles sont belles, elles sont différentes. Sur un même terrain, il y a des pierres vraiment... Enfin, moi, ça me passionne. J'ai même commencé à lire des bouquins sur la géologie. C'est mon côté archéologue qui, à mon avis, ressort, du coup.
- Speaker #1
Qui revient.
- Speaker #0
Ouais, c'est vrai. Mais franchement... Et du coup, il y a vraiment plein de choses. La nature, elle est passionnante. Il y a des phénomènes géologiques impressionnants. On a été dans le désert des Bardenas, le désert de Monegro. Le désert des Bardenas, c'est un peu touristique, mais ça vaut le coup d'être vu quand même. Et le désert de Monegro aussi, dans le nord espagnol. Waouh, mais la nature, elle est impressionnante. C'est une artiste... C'est l'artiste la plus patiente du monde. C'est hallucinant. C'est merveilleux.
- Speaker #1
Et sur le côté de... Le fait que les gens qui viennent peut-être plus comme, on va dire, touristes, est-ce que c'est le fait d'avoir un timing imposé qui fait qu'on, dans ces cas-là, on n'arrive pas à prendre le temps de vraiment voir ? Est-ce que c'est plus ancré, qu'on n'a tellement pas l'habitude de le faire, qu'on ne sait pas le faire quand on voyage ? Tu dirais, qu'est-ce qui joue à ce moment-là dans le fait de passer sans voir ?
- Speaker #0
Je pense qu'on vit tellement dans un monde conditionné qu'on ne prend plus le temps. Et le temps, c'est la richesse la plus importante, en fait. Tu vois des touristes, ils ont la tête dans leur téléphone, ils ne regardent même pas autour d'eux, en fait. Après, moi, je suis sur les réseaux sociaux, je ne vais pas critiquer les réseaux sociaux, puisque moi, j'en ai besoin pour mon métier. Il y a du temps pour les réseaux sociaux, il y a du temps pour regarder la nature, mais tu as les gens, en fait, tu as l'impression qu'ils s'en foutent, ils sont venus. à leur destination pour faire des photos, pour se mettre sur les réseaux sociaux, pour dire « Ah, t'as vu, j'ai été là » . Mais après, tu vas leur demander de décrire le paysage, ils ne s'en souviennent même pas. Ils ne prennent pas le temps de regarder, d'écouter. C'est comme on dit « tu écoutes ou tu entends » . Ce n'est pas pareil. Je pense que les touristes, ils entendent et nous, on écoute.
- Speaker #1
Donc vous sentez vraiment... Tu sens vraiment maintenant le décalage ?
- Speaker #0
Ouais, c'est assez rare qu'on se retrouve avec des gens parce que nous, on cherche des spots assez isolés. Après, on fait des belles rencontres. En termes de voyageurs, il y a tout style. Il y a vraiment des gens avec qui on a lié des vrais liens d'amitié, d'autres avec qui on n'a même pas parlé parce qu'on ne le sent pas. Mais aussi, tu vois, quand on est perdu, on a rencontré un berger ici qui gardait les chameaux. Donc, en fait, il promène ses chameaux pour son patron qui les revend pour la viande. Le gars, il nous a dit venez, on s'est approché de lui. On ne savait pas trop, tu vois. On se dit, il nous a demandé de nous asseoir. Et il a partagé le thé. Il nous a fait goûter du lait de chameau. Et voilà, c'était un moment unique. Et en fait, on s'est rendu compte ici au Maroc que la culture, c'est comme ça. Et moi, je n'avais déjà aucune impréhension par rapport au Maroc parce que je suis quand même déjà venue douze fois au Maroc. Il y a plein de voyageurs qui m'ont dit, ah, tu vas au Maroc, tu verras, le Maroc a changé. ils demandent de l'argent, moi je ne me suis pas sentie bien, je suis partie. Et puis un jour, on était dans une rue, on attendait notre linge qu'on avait mis au pressing, et un gars est venu taper à la porte du van, il nous a ramené à manger. On s'est dit, mais non ! Et c'est toute cette ouverture d'esprit que les gens n'ont pas, en fait, on est tellement conditionné à avoir peur de l'autre. Que d'office, s'il y a quelqu'un qui dit « vas-y, baisse ta vitre, je veux te parler » , les gens vont accélérer, ils vont partir. Que nous, on a appris à ouvrir notre fenêtre et à dire « bah oui, qu'est-ce qu'il y a ? » On reste sur nos gardes, comme tout le monde, mais en fait, on s'aperçoit que c'est jamais malveillant.
- Speaker #1
Et est-ce que tu penses que, aussi, le fait d'être dans un environnement où t'es plus en nature, t'es dans quelque chose où le temps est déjà plus calme autour ? Moi, je pense que ça joue aussi sur comment t'abordes les relations humaines autour. Et t'es, je pense, aussi dans un état d'esprit beaucoup plus apaisé. Je sais pas ce que t'en penses, à quel point ça peut jouer, mais je pense que ça a aussi tout son rôle là-dedans.
- Speaker #0
Ouais, parce que, justement, sur ce côté don de soi, en fait, on a vécu plusieurs expériences ici où les gens nous ont donné... sans... Un jour, il y a un jeune gamin de 16 ans qui est venu au van et il nous a dit « venez boire le thé » . C'est souvent comme ça que ça se passe ici. C'est « venez boire le thé » . On a fini par manger un couscous avec la famille. On a fait le couscous. J'ai coupé les légumes avec une des filles. Enfin bref, elle m'a montré comment elle fabriquait la semoule et tout. Et en fait, on s'est dit « mais on est vraiment des… » Enfin, moi et Jean, on s'est vraiment sentis cons en fait. Qui en France ferait ça ? Aller trouver un étranger et lui dire viens boire le thé avec moi. Et c'est pas des grandes choses, c'est juste échanger quelques minutes parfois, tu vois. Et du coup, nous, on s'est mis à offrir du café. Quand un gars passait en mobilette, il venait voir le van, parce que souvent ils sont curieux donc ils viennent voir, et on leur proposait un café, une pâtisserie marocaine, enfin bref. Des fois, c'est juste quelques minutes. On a commencé à... à donner des choses simples, c'est pas de l'argent, c'est juste du temps et un moment. Et voilà, on s'est aperçu qu'en fait, moi je me suis sentie mal à l'aise d'être aussi bête. Le fait de se reconnecter à la nature, aux gens, aux relations, à s'ouvrir, à sortir de tout ce qu'on nous inculque, à avoir peur de tout. Tu sais, il y a des gens qui disent « tu vas au Maroc, mais t'as pas peur des chiens, ils vont te mordre » . Non, en fait. Il y a plein de gens qui nous disent des trucs, mais on se dit, mais vous êtes tarés. Il y a des gens qui nous disent, mais vous vous potez dans la nature, vous n'allez pas dans les campings, mais vous n'avez pas peur. Non, il y a des gens qui sont terrorisés de venir au Maroc et à l'étranger.
- Speaker #1
Je l'entends beaucoup, cette peur. Alors, il y a la peur de l'étranger, tu as la peur d'être dehors en nature. Alors que je pense que plus tu y passes de temps, plus c'est là que tu te sens justement bien et que c'est là que tu te sens super safe.
- Speaker #0
En fait, quand tu es dans la nature, au milieu de nulle part, ce n'est pas là que tu vas te faire agresser. Ce n'est pas le fou, il ne va pas faire 50 bornes pour venir t'embêter toi alors qu'il n'est même pas sûr que tu es là. C'est plus aux abords des villes, dans les villes qu'il faut faire attention. Mais ça, ce n'est pas... Ce n'est pas lié à un pays ou à un autre, c'est partout. Je me sens plus en sécurité ici qu'en France, par exemple. Je pense que c'est aussi comment on t'aborde les gens. Si tu ouvres ta fenêtre, tu souris. Ou si tu regardes la personne en disant « qu'est-ce qu'il me veut ? » Déjà, la personne va ressentir aussi ton émotion et elle va se braquer aussi. Il faut une ouverture d'esprit. Il faut avoir un regard différent, je pense.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des choses qui vous ont surpris ? Ton surpris dans ce mode de vie, peut-être des déceptions ? Est-ce qu'il y a des choses plus compliquées à des moments ?
- Speaker #0
Quand il ne fait pas beau. Quand il ne fait pas beau pendant longtemps et qu'on doit rester enfermé dans le van. Et l'hiver, c'est pour ça qu'on va chercher le chaud. L'hiver, c'est plus difficile aussi en van. Mais bon, on a l'opportunité d'avoir une maison qui bouge. Donc c'est un peu bête de rester dans le froid si on ne s'y sent pas bien. C'est ça l'avantage aussi de la vie nomade. C'est que si t'es pas bien, tu bouges.
- Speaker #1
Vous migrez comme de nombreux animaux migrent. Vous migrez selon... Mais oui,
- Speaker #0
mais c'est exactement ça. C'est exactement ça, quoi. En fait, il faut s'inspirer de la nature, en fait. Et pourquoi les oiseaux migrateurs bougent ? Ben, voilà, il y a la réponse. En fait, la nature te donne beaucoup de réponses sur toutes ces questions-là. Mais ouais, sinon après c'est plus des aspects techniques, de prendre une douche dehors, en pays musulman par exemple, c'est plus des choses pratiques, mais bon, il y a des solutions. Il n'y a pas vraiment d'inconvénients qui pourraient me dire « ah non, je ne veux plus de cette vie » . C'est vraiment des détails.
- Speaker #1
On a un peu parlé de tourisme, mais je voulais aussi avoir ton point de vue sur un peu, on voit cet essor de la van life comme on peut le voir sur les réseaux sociaux. Je trouve que ça a pris, ça prend pas mal d'ampleur, on en entend beaucoup parler. Qu'est-ce que tu penses que les gens cherchent dans ce truc de... Qu'est-ce qui fait que ça prend autant d'ampleur et pour des profils parfois assez différents ? Oui,
- Speaker #0
il y a des profils vraiment différents. Déjà, clairement, c'est le Covid. Ça a été le déclencheur de l'essor de la vanlife. Les gens qui se sont sentis enfermés, je pense que ça a fait vraiment évoluer le cerveau des gens, d'être enfermés comme ça. Ça a déclenché plein de choses, je pense, dans la tête des gens. Ce n'est pas des cas exceptionnels, finalement on est humain et quand tu es enfermé, tu réfléchis en fait. Tu te retrouves isolé et c'est un peu le phénomène de mon fameux l'Akiriki où je me suis sentie dans le néant total. Et voilà, il y a eu du déclic. En fait, quand tu es enfermé, tu as le temps de réfléchir. Ça a forcé les gens à ralentir, à pu travailler, à se concentrer sur leur petite vie et à se dire qu'est-ce que je fous là en fait. Donc c'est ça. qui a fait un essor de la van life. Et puis voilà, il y a des gens qui ont fait marche arrière parce qu'ils sont retournés dans leur train-train et d'autres gens qui ont eu le déclic et qui continuent. Après, la vie nomade n'est pas faite pour tout le monde. J'en suis assez consciente. Il faut quand même accepter beaucoup de choses. Il faut lâcher du matériel. Il faut apprendre à vivre avec l'essentiel. Parce que moi, quand j'ai commencé à trier mes affaires, J'avais fait des tas dans ma maison, j'avais mis un tas de « je veux absolument garder » , « je veux peut-être garder » , « je veux pas garder » , « je veux vendre » , « je veux donner » , j'ai voulu jeter au minimum. Et au fur et à mesure que je triais, c'est le tas « je dois garder l'essentiel que garder » . Il y a très peu de choses que j'ai pu conserver, j'ai dû garder que l'essentiel. Et c'est un tri, il faut fonctionner en entonnoir, tu vois. J'ai trié, retrié, retrié, et petit à petit, la quantité de matériel a diminué. Mais c'est difficile de se séparer de tes diapos d'enfance, de choses comme ça, et de les mettre à la poubelle, parce que ça, ça ne se revend pas, ça ne se donne pas. Donc voilà, c'est... Je pense que quand même, il y a un déclic. Je trouve que la jeune génération aussi, elle aborde différemment la vie que nous.
- Speaker #1
Oui, sur la vision du travail et de la place que ça prend aussi, je trouve qu'il y a pas mal de réflexions, à quel point on veut que ça prenne de la place. Je trouve qu'il y a aussi beaucoup le besoin d'avoir du sens. dans ce qu'on fait qui ressort et qui parfois peut un peu créer de la friction dans le monde du boulot où il y a ce côté performance etc mais je pense que la génération qui est un peu la mienne on a besoin d'avoir du sens pour faire les choses avant tout, ce qui est plutôt bien je trouve d'ailleurs.
- Speaker #0
Ouais ouais mais c'est vrai que moi je trouve que les jeunes d'aujourd'hui par rapport au travail ils sont beaucoup plus Tchoooo ! moins engagés, mais moins esclaves de leur boulot. Ils veulent du temps libre, ils font leurs horaires, mais ils ne veulent pas non plus travailler jusqu'à en crever. Je pense qu'il y a une évolution nette à ce niveau-là. Moi, j'ai l'impression.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu conseillerais à quelqu'un qui est plus dans ce mode de vie ? classique, peut-être un peu plus on va dire citadin alors il y a, bon, passer à la vie nomade c'est ce que tu disais, c'est quand même un choix de vie hyper important etc, mais peut-être dans une déjà sans changer drastiquement de mode de vie, de quotidien qu'est-ce que tu conseillerais peut-être pour retrouver justement ce temps pour observer etc, est-ce que tu aurais des choses que tu conseillerais ?
- Speaker #0
Ben moi je conseillerais de faire une pause pour soi Vraiment de se consacrer à soi pendant, c'est difficile à dire, mais au moins un mois. Je dirais au moins un mois de se poser. Après, ce n'est pas forcément faisable, mais moi, j'encouragerais les gens à se poser et à se poser des questions sur ce qu'ils veulent vraiment, eux. De un peu écrire quelle serait leur vie idéale si vraiment ils pouvaient choisir à 100%. Et je pense que ça, ça fait réfléchir. Parce que moi, j'ai pris le temps de le faire. T'écris, tu fais... Enfin, tu vois, même par l'art-thérapie. Moi, j'encourage mes consultants à faire des tableaux, des collages, des dessins, des choses comme ça, de leur vie idéale, de comment ils la vivraient s'ils étaient les seuls décisionnaires. Et là, quand tu commences à vraiment te lâcher et à faire... Ton espèce de tableau, tu te rends compte que ça chemine dans l'inconscient. Et là, tu te dis « Ah merde ! » Et après, tu te demandes pourquoi tu fais les choses que tu fais au quotidien alors que tu n'as pas envie de les faire. Pour aider et aimer les autres, il faut s'aimer soi-même et s'aider soi-même. Et je pense que c'est ça, mon conseil. C'est de prendre du temps pour soi, pour se découvrir soi. Et après, tout va mieux en fait.
- Speaker #1
Laisser un peu d'espace. Que tout puisse émerger un peu dans l'inconscient, dans le conscient, dans tout ça, carrément.
- Speaker #0
Et déjà, je ne sais pas, aller marcher une heure par jour dans la nature, parce que quelque part, la nature, c'est un peu un refuge où tu peux trouver des endroits calmes. C'est difficile de s'isoler dans une maison où il y a de la vie, que si tu prends du temps pour toi, d'aller dans la nature. Ça va te permettre de réfléchir, je pense. C'est plus facile. C'est toujours être dans le bruit, finalement. C'est toujours cette histoire, quand t'es dans le bruit, t'écoutes plus, tu entends, mais t'écoutes plus. Donc je pense que c'est important de se recentrer.
- Speaker #1
Je vais en arriver à la question de la fin. On imagine, on se projette un peu dans... dans un futur, disons qu'on est à peu près en 2100. À quoi t'aimerais que ressemble justement notre relation à cette nature, au monde vivant qu'on a autour de nous ?
- Speaker #0
Moi, j'aimerais bien qu'on revienne un peu en arrière. Enfin, c'est difficile de souhaiter quelque chose, mais je pense que les gens doivent se reconnecter à eux-mêmes et à la nature. C'est vraiment important. Je pense qu'on doit commencer un peu à réfléchir.
- Speaker #1
Je suis bien d'accord sur se reconnecter à soi et à la nature. C'est là que tu te rends compte de certaines choses. Et quand tu prends cette habitude de prendre le temps et que tu passes plus de temps en nature, ça t'ouvre à toi, ça t'ouvre aux autres, ça t'ouvre au monde vivant.
- Speaker #0
Et nous, on s'est rendu compte, à chaque fois qu'on s'installe sur un spot, et surtout à chaque fois qu'on... On quitte un spot, on remercie le spot, on démarre le van. Et souvent on dit merci petit spot. Tu vois, on remercie l'endroit. Parce que ça s'est bien passé. Parce qu'on a passé un bon moment. Au début, on le faisait aléatoirement. Et maintenant, on le fait quasiment systématiquement. Parce que c'est un besoin normal. C'est devenu normal de dire merci quand on s'en va. Et je trouve que c'est important de savoir aussi... Dire merci à la nature de nous permettre ces moments et ces retours à soi.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode. S'il t'a plu, n'oublie pas de t'abonner et de suivre mes aventures sur mon compte Instagram et ma page LinkedIn.