- Speaker #0
Il y a des trajectoires qui rentrent dans aucune case, et celle de Linda en fait partie. Née en France, franco-algérienne, issue d'un milieu populaire, fonctionnaire, rien ne l'a prédestinée à faire sa vie en Tunisie. Et pourtant, en 2013, elle vient pour des vacances et elle ne repartira jamais. Pas de calcul, pas de stratégie, mais parce qu'ici, quelque chose s'est aligné en elle. La Tunisie lui a pas seulement offert un cadre de vie, elle lui a permis de s'autoriser à vivre, de changer de métier, de révéler sa créativité. d'embrasser une vie plus libre, plus fluide, plus juste pour. Aujourd'hui, ça fait 12 ans que Linda vit à Tunis. Elle est enseignante, DJ, cofondatrice du festival Achelia et surtout profondément enracinée. Dans cet épisode, elle nous raconte sans romantisme excessif, mais avec beaucoup de sincérité, ce que la Tunisie lui a donné et ce que ce pays peut offrir à celles et ceux qui osent écouter leur intuition. Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel pays. Bonjour Linda, bienvenue sur le podcast. Merci. Je t'en prie, ça me fait super plaisir de te recevoir parce que tu as un parcours qui est atypique. Toi, tu es ici de la diaspora maghrébine, tu es algérienne d'origine, tu es franco-algérienne et tu as décidé de venir faire ta vie en Tunisie. Donc c'est un parcours qu'on a vraiment envie de connaître, qu'on a vraiment envie de creuser un petit peu parce que ça peut être super inspirant, je pense, pour vachement de gens de la diaspora. Donc tu as grandi en France, Franco-Algérienne, grandi en France. Tu es arrivée ici en Tunisie en 2013 et tu es venue ici pour des vacances, sauf que tu n'es jamais repartie. Je n'ai jamais repartie. Et donc tu m'as dit un truc qui était vachement fort la première fois qu'on a échangé, c'est « je dois tout à la Tunisie » . Oui. C'est un petit peu ça qu'on va essayer de détricoter aujourd'hui. On va un petit peu remonter le fil. Pour commencer, est-ce que tu peux nous raconter le contexte de ce premier voyage ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui a fait que tu t'es dit « c'est ici que je veux vivre » ?
- Speaker #1
Je suis venue en vacances en 2013, j'ai fait le tour du Pays, et puis à la fin de mon séjour, je me suis posée à la Marsa. En France, j'étais en congé. Je n'ai pas eu envie de repartir, je n'ai pas d'explication. Sincèrement, ça s'est fait très spontanément. J'ai décidé de prolonger mes congés. J'ai loué un appart. J'avais quelques économies, donc j'ai pu vivre avec mes économies. Ensuite, je suis allée toquer dans une école.
- Speaker #0
Attends, tu vas un petit peu vite. Moi, il y a plein de choses que je veux savoir. D'accord, ok. Tu es arrivée ici en vacances. J'imagine que tu as fait comme tout le monde. Tu es arrivée à l'hôtel, c'est ça ? Tu étais en vacances à l'hôtel ? Oui,
- Speaker #1
dans les premiers temps, oui. J'ai fait le tour de la Tunisie. J'étais dans les hôtels, tout simplement. Et après, on est arrivés à la Marsa et on a loué un appart. On a bien aimé la vie ici.
- Speaker #0
Voilà, t'es venue dans le cadre de vacances.
- Speaker #1
Exactement, ouais. On a bien aimé la Marsa parce que c'est vraiment différent du reste du pays. Déjà, on n'était pas dans un hôtel, donc on voyait, je trouve, la vraie vie en fait, au quotidien.
- Speaker #0
Quand ça, ça arrive, on est en 2013. Quelle était ta vie, toi, justement, avant d'arriver en Tunisie ? En fait, ce que j'aimerais savoir, c'est, tu es maghrébine d'origine. tu es franco-algérienne, donc tes deux parents sont algériens. Absolument. Et donc, avant de visiter la Tunisie, quel rapport tu avais au Maghreb, en fait ? Est-ce que c'est quelque chose qui te travaillait ou est-ce que... Non, tu ne te posais pas spécialement la question.
- Speaker #1
Alors, bien évidemment, mes parents m'ont transmis la culture maghrébine, m'ont transmis également les coutumes, m'ont transmis également la religion musulmane. Donc, ce rapport-là, oui, c'est en moi. Et j'ai grandi avec cette double identité. Alors, je viens d'une petite ville où on va dire qu'on était les premiers franco-maghrébins. Mon père était l'un des premiers à s'installer. Donc, je n'ai pas vraiment subi de racisme, mais bon, des petites moqueries à l'école, voilà. Rien de bien méchant. J'ai pu faire des études supérieures sans problème, j'ai trouvé du travail sans problème, enfin voilà. Mais oui, ça fait partie de moi. Et comme je te disais, tu ne peux pas me demander de choisir entre ma main gauche, ma main droite ou ma main gauche.
- Speaker #0
Tu as deux identités qui sont profondément ancrées en tout.
- Speaker #1
Profondément ancrées et même mon identité normande parce que je viens de Normandie. Et voilà, je pioche quand ça m'arrange. et comme je te disais également je ne souhaite pas que ce soit l'autre qui impose mon identité. Quand j'ai envie de dire que je suis française, je suis française, point. Si j'ai envie de te dire que je suis franco-algérienne, c'est moi qui décide. Si j'ai envie de te dire que je suis normande, je suis normande, point. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Oui,
- Speaker #0
tout à fait. Tu me sens pleinement les deux. Je n'ai pas envie de me justifier.
- Speaker #1
Je tiens tête aux personnes qui souhaitent m'imposer une identité particulière.
- Speaker #0
Tu es en 2013, tu te dis, j'imagine que tu as un boulot, une vie normale en France. À un moment donné, tu choisis de changer de vie, on est d'accord. Au moment où tu décides de t'installer en Tunisie, tu sais que c'est un changement de vie.
- Speaker #1
Est-ce que tu l'as pris comme ça ? Absolument pas. Je te jure, ça a été tellement facile. Quand je raconte ça aux gens, ils hallucinent parce que quand tu déménages, tu as plein de choses à anticiper. L'administration, ton appartement, tout. Non, celle-là, c'était vraiment d'une simplicité, d'une fluidité. Je n'ai pas de mots pour t'expliquer. J'avais un taf, j'étais en congé. Je suis arrivée à la Marsa, j'ai kiffé. J'ai démissionné. J'ai mis en sous-location mon appart. J'ai trouvé un petit job dans une école. J'ai commencé comme surveillante de cantine. D'accord. Je travaillais deux heures par semaine. Deux heures par jour, pardon. Je gagnais un petit salaire.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Voilà, et je vivais avec mes économies.
- Speaker #0
Ah oui, donc toi, tu n'es vraiment pas arrivée comme une expatriée avec un salaire européen, etc. C'est-à-dire que tu es arrivée, toi, tu es allée direct dans la vie locale.
- Speaker #1
Je gagnais 400 dinars par mois. Je ne vivais pas grâce à ces 400 dinars. Oui, tu avais des économies. J'avais mes économies en France. Mais voilà, mon premier salaire tunisien, c'était 400 dinars. Je ne suis pas arrivée comme une expat et je n'aime pas ce mot plus expat.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Oui, on en reparlera parce que c'est vrai que c'est un vrai débat.
- Speaker #1
Les mots sont importants.
- Speaker #0
Oui, je suis d'accord avec toi. Il y a toujours ce côté un peu colonisateur, colonisé, en fait, quelque part à travers ces termes. Parce que quand un Français s'installe ici, c'est un expat. Et dans le sens inverse, c'est un immigré.
- Speaker #1
Voire un clandestin. Les termes sont très négatifs. Et le jour où on parle à deux des Africains, quand ils arriveront en Europe comme des expats, là, il n'y aura pas de problème.
- Speaker #0
Et donc, c'est quand même une décision importante. C'est un changement de vie. Même si toi, au moment où tu l'apprends, tu ne t'en rends pas vraiment compte. En fait, finalement, tu suis l'instinct. Oui,
- Speaker #1
parfait diable.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Tu te plais dans un endroit, tu te dis, tiens, pourquoi pas faire ma vie ici ? Pourtant, on avait échangé. Tu m'avais dit que tu étais fonctionnaire en France. Donc, tu avais quand même une vie relativement cadrée, très dans les rails.
- Speaker #1
Oui, peut-être trop cadrée, justement.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Tu t'étais quelque part un peu perdue, quoi.
- Speaker #1
Non, la vérité, j'étais malheureuse. J'étais pas bien. On peut dire les choses sincèrement. Oui,
- Speaker #0
bien sûr.
- Speaker #1
Non, non, je ne trouvais pas ma place. Pourtant, tout allait bien, tu vois. J'habitais à Versailles. J'avais un bon job. Après mes études, j'ai été recrutée dans la fonction publique. Je n'ai pas eu de difficultés particulières, je te l'ai dit. Mais voilà, la vie parisienne... Quand il vit, il n'y a rien d'extraordinaire. Le métro, boulot, dodo, ce n'était pas fait pour moi. Et ici, j'ai trouvé ça tellement facile et tellement simple. Déjà, cette lumière extraordinaire. Je pense qu'on a dû te le dire dix milliards de fois.
- Speaker #0
Moi, j'en ai parlé parce que moi-même, je la ressens. Et en plus, à chaque fois que j'ai quelqu'un sur le podcast, il me parle aussi de la lumière. C'est assez dingue. Je suis d'accord avec toi.
- Speaker #1
Et je ne m'en lasse pas. Je fête mes douze ans. Voilà, tu ouvres tes fenêtres le matin et waouh, tu penses au ciel bleu.
- Speaker #0
Je suis complètement d'accord avec toi. Et tu sais que pour un épisode, j'avais fait quelques recherches, j'ai essayé de comprendre cette lumière. Et tu sais qu'il y a un fait scientifique derrière. C'est vraiment scientifique en fait. Il y a un mélange de facteurs qui fait que la lumière ici, elle est vraiment particulière. Donc ce n'est pas juste une impression.
- Speaker #1
Je me suis même fait tatouer.
- Speaker #0
Ah, c'est génial ! C'est incroyable ! Donc ça, la signification...
- Speaker #1
En fait, oui,
- Speaker #0
c'est mon soleil. Donc, on va dire, pour ceux qui ne font que nous écouter, tu as un soleil tatoué au niveau du poignet.
- Speaker #1
Absolument. Et mon nom de scène, peut-être qu'on en reviendra dessus, c'est Solis, qui veut dire soleil en grec.
- Speaker #0
D'accord. Ah oui, d'accord. C'est incroyable. Il y a plein de choses qui sont prédestinées.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Donc toi, tu prends cette décision de te dire, je vais rester là, je vais rester en Tunisie, c'est bon, je vais faire ma vie ici. Parce qu'a priori, tu t'y sens bien. Comment tes proches et notamment tes parents ont réagi ? Parce que c'est un truc de dingue. Tes parents sont immigrés, ils sont en Europe pour avoir une meilleure vie. Et toi, tu décides de retourner dans un pays du Maghreb, qui en plus, c'est la Tunisie, c'est même pas l'Algérie. Oui, oui, oui. Alors,
- Speaker #1
c'est drôle, j'ai deux versions. Alors, mon papa, lui, qui était super content pour moi. Très bien, ma fille, tu rentres au bled, que ce soit l'Algérie ou le Maroc, c'est pareil. Et pour ma maman, elle était un peu étonnée, mais pas étonnée, un peu inquiète, on va dire, dans le sens où on est un peu sur les clichés du Maghreb. Mais ça s'est très vite dissipé. Alors mes potes, c'est pareil, ils étaient contents, mais en même temps, immigrés en Afrique, c'est pas très populaire, on va dire. Tu vois, émigrer au Canada, émigrer en Europe, waouh, ça claque. Mais alors, émigrer en Afrique, pourquoi ?
- Speaker #0
Oui, oui, oui, on se pose des questions.
- Speaker #1
Et la position et la place de la femme dans la société, ils me connaissent, tu vois. Donc, enfin, voilà, est-ce que tu vas t'y retrouver ? Je fais, oui, je m'y retrouve pleinement, justement, c'est ça. Après, la Marsa, c'est très particulier.
- Speaker #0
Oui, ce n'est pas le reste de la Tunisie.
- Speaker #1
C'est une bulle à la Bolle Nord, j'ai bien conscience, je connais bien le pays. Donc, voilà, on est dans une petite bulle.
- Speaker #0
Donc, toi, en tout cas, tu te sentais bien, tu as envie de faire ta vie. Donc, du coup, j'imagine qu'au départ, tu t'es dit, je vais chercher un boulot. J'imagine que tu ne t'es pas dit que tu serais là 12 ans plus tard. Ah non, non. Ah oui,
- Speaker #1
pas du tout. Moi, c'est carpe diem. Vraiment, comme je te dis que je vis au jour le jour, ce n'est pas des âneries. Donc, je t'ai dit, j'ai frappé à une porte. Je me suis présentée dans un lycée français. Comme j'avais déjà de l'expérience, l'encadrement des enfants et tout, ils m'ont recrutée. J'ai commencé comme maîtresse de cantine, j'ai fait de la surveillance. Ensuite, j'ai été remarquée. On m'a proposé de faire des remplacements. Et l'année suivante, j'ai postulé dans une autre école française. J'ai commencé comme ça ma nouvelle vie en tant qu'enseignante.
- Speaker #0
D'accord, bien que tu aies devenu enseignante. Oui. Donc, rien à voir avec ce que tu faisais en France, finalement ?
- Speaker #1
Non, rien à voir. J'ai toujours plus ou moins travaillé de près ou de loin avec les enfants. Il y a toujours eu un lien. J'ai été conseillère municipale déléguée à la jeunesse. Quand je travaillais dans la fonction publique territoriale, je bossais à l'aide sociale à l'enfance. J'ai été surveillante, j'ai été animatrice. Oui,
- Speaker #0
tu as toujours eu un lien.
- Speaker #1
J'ai toujours eu un lien de près ou de loin avec les enfants et les ados. Et comme je te disais, la Tunisie m'a permis de faire le métier de... je voulais faire quand j'étais petite fille en fait.
- Speaker #0
C'est incroyable. Qu'est-ce qui fait que tu t'autorises à faire des choses en Tunisie que tu ne t'autorisais pas à faire en France ? Qu'est-ce qui fait que tu franchis le pas ? Parce que là, on parle du métier, on va parler après aussi de la partie musique, mais d'après toi, pourquoi le fait de venir ici en Tunisie a fait que tu oses quelque part, tu oses finalement... aller au bout de tes rêves, de tes envies, alors que tu as une certaine retenue quand tu es en France ?
- Speaker #1
Déjà en France, je pense que t'es bien dans une case. Moi, je viens d'un milieu social populaire. J'ai eu la chance de faire des études supérieures. Mais bon, voilà, tu viens d'un milieu populaire, l'ascenseur social, l'ascension sociale, on ne la connaît pas forcément facilement. Et ici, je ne sais pas, des rencontres, des portes qui se sont ouvertes facilement. On m'a donné ma chance, tout simplement. Voilà. Si on m'a posé des questions, bien évidemment, on m'a posé des questions par rapport à mon expérience en France. Mais on m'a donné ma chance, on m'a fait confiance, tout simplement.
- Speaker #0
Oui, oui, d'accord. C'est assez dingue de dire ça, parce que c'est vrai que quand on regarde de loin, on se dit que c'est forcément plus difficile ici, tu vois, qu'il y a plus d'obstacles, etc. Et en fait, ce n'est pas tout à fait vrai, finalement, quand on t'écoute.
- Speaker #1
Alors, ce n'est pas tout à fait vrai, ou alors j'ai une très bonne étoile et je suis une privilégiée. Sincèrement, je n'ai pas d'explication rationnelle.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Parce que les choses se sont faites très spontanément. Des rencontres, j'ai envoyé mon CV, j'ai fait un entretien. Tu commences le lendemain. Ok.
- Speaker #0
Oui, oui. Donc, les choses se faisaient avec beaucoup de fluidité.
- Speaker #1
Beaucoup de fluidité.
- Speaker #0
Est-ce que, d'après toi, parce que tu sais, c'est un discours que j'entends, tu vois, tu n'es pas la première.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et bien souvent, on a l'impression qu'effectivement, on s'autorise des choses quand on est en Tunisie. Enfin, en Tunisie. Parce que je parle de la Tunisie, mais c'est peut-être le cas peut-être ailleurs. Mais on s'autorise des choses parce qu'on n'a pas le regard de la société. Et puis, on se sent quelque part un peu aligné avec son identité. Est-ce que tu penses que toi, le fait... Parce que tu as une identité maghrébine. Donc nécessairement, j'imagine qu'en Tunisie, tu te sens à la maison.
- Speaker #1
Ah oui, j'ai retrouvé mes codes.
- Speaker #0
C'est ça. Absolument. Donc, est-ce que tu... Tu ne penses pas que nous, en tant que binationaux, quand on est à l'étranger, on se bride volontairement ? Parce que quelque part, on a une espèce de traumatisme, comme si on n'avait pas vraiment notre place. Il fallait qu'on se fasse discret.
- Speaker #1
Oui, notre légitimité, il faut qu'on la prouve tous les jours, au quotidien. Comme je te disais, moi, je t'avoue, j'ai un parcours assez particulier. Je viens d'un milieu populaire, mais voilà. J'ai pu faire des études supérieures. Je suis devenue conseillère municipale déléguée à la jeunesse. Enfin, ce n'est pas moi qui suis allée frapper à la porte de la mairie. C'est pareil, c'est entre guillemets, on m'a repérée. Mais voilà, on est toujours... Alors, j'avais toujours des petites remarques. Alors, j'avais l'impression... Alors déjà, j'étais la plus jeune. À l'époque, quand j'ai été élue, j'avais 26 ans. Les autres élues, c'était des retraités.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc, voilà. Alors, j'avais des remarques par rapport à mon genre, parce que je suis une femme. de remarquer parce que je suis une rebeu. C'est pas méchant, c'est toujours sous forme de blague. Mais bon, voilà, t'es toujours obligé de te justifier.
- Speaker #0
Le racisme ordinaire. Le racisme,
- Speaker #1
absolument. Ah, toi on t'aime bien, t'es pas comme les autres. Oui, oui,
- Speaker #0
c'est ça. Parce qu'il me tue.
- Speaker #1
Et ça, je l'ai entendu depuis mon enfance. On t'aime bien, l'ingrat.
- Speaker #0
T'es pas comme les autres.
- Speaker #1
Quand tu viens d'un petit bled de 5000 habitants.
- Speaker #0
Je comprends ce que tu dis. Moi, j'ai grandi dans un village de 1500 habitants. Donc, je sais exactement. On était la seule famille de Maghreb. Donc, tout ça, c'est quelque chose que je connais. Et c'est aussi une analyse que j'ai faite moi. Alors, c'est peut-être aussi transmis par nos parents. Tu sais, nos parents, ils ont dû se faire discret.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Tu vois, parce qu'eux, ils l'ont vécu violemment. Tu vois, ils n'étaient vraiment pas à leur place. On leur a fait comprendre qu'ils étaient bien que les autres. Bien sûr. Et je pense qu'ils nous ont quelque part transmis. une forme de frustration, une forme de pudeur excessive. Vous faites un peu marquer. Oui, c'est exactement ça. Ne faites pas trop de bruit. Et du coup, j'ai l'impression que ce truc-là fait qu'on n'ose pas s'affirmer entièrement. C'est une analyse que j'ai maintenant à posteriori. Je ne sais pas si elle est vraie ou pas, mais c'est l'analyse que j'ai parce que je constate vraiment que Merci. Il y a plein de gens qui rentrent en Tunisie et qui s'autorisent tout. Comme si d'un coup, ils redevenaient alignés avec leur identité. Et une fois que tu es aligné, tu fais les choses naturellement. Et justement, comme tu dis, peut-être avec fluidité. Parce que tu fais des choses qui te correspondent quelque part. Et puis tu as peut-être plus ce complexe. Tu sais que c'est ton identité, tu fais partie du truc.
- Speaker #1
Oui, je m'assume.
- Speaker #0
Oui, c'est exactement ça. Voilà, tu peux t'assumer.
- Speaker #1
Complètement. Même par rapport à notre religion, je veux dire.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. C'est vraiment. Oui, oui, c'est ça.
- Speaker #1
Chacun fait ce qu'il veut, mais moi, je suis musulmane. De pouvoir, si j'ai envie d'aller prier, je vais prier ou pas. Enfin, peu importe, on fiche, quoi. Mais voilà, on a le choix.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Oui, parce qu'il faut bien dire que quand même, malgré tout, ici en Tunisie, il y a une grosse forme de tolérance, quoi. Oui. Voilà, ok, il y a encore certains endroits où c'est vachement... un peu plus sectaire. Oui. Mais globalement, si tu vis dans des endroits un peu ouverts, fais pas gaffe à ce que tu fais.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Donc, je pense que ça a quand même des avantages. Effectivement, on parlait du fait de s'autoriser à vivre. Toi, depuis quelques années, tu évolues dans le milieu de la musique.
- Speaker #1
Également, oui. Notre porte s'est ouverte.
- Speaker #0
C'est ça. Donc, voilà. Alors, parce que tu as aussi... ça t'a permis de faire un peu éclore ta créativité absolument toute la partie voilà ton côté artistique c'est ça c'est donc tu avais parlé de la photographie etc etc et dernièrement du côté musical est ce que tu peux nous revenir un peu sur ça tout enfin voilà comment tout ça c'est en chine ce
- Speaker #1
fut des rencontres C'est vraiment déjà mon amie qui m'a fait découvrir le monde de la musique électro. Moi, j'étais plutôt du milieu hip-hop.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc, je découvre l'univers électro à la Marsa, à Gamart, les nuits folles de Gamart. Je m'éclate. Et ensuite, je rencontre une femme qui a une association sur Tunis qui donnait des cours intenses pendant un mois de DJing. Et là, elle m'a dit, viens. J'ai dit, pourquoi pas.
- Speaker #0
C'est à quel moment, ça ?
- Speaker #1
Ça, c'était en
- Speaker #0
2023. D'accord. Oui.
- Speaker #1
Et donc, janvier 2023, je fais un stage de DJing. Voilà. Moi, je m'éclate. Après, j'achète mon petit contrôleur. Je continue à la maison. Je joue à la maison. Et puis, avec mon compagnon, on décide d'organiser un événement dans une maison vers Bizerte. Et on pensait... On pensait qu'on serait 30, 40 personnes. Finalement, on se retrouve avec une centaine de personnes. Ça se passe super bien. Extraordinaire. Moi, je ne m'excite pas encore. On a commencé d'abord par un autre événement. Et là, pareil, je rencontre, on me présente le patron d'un bar-club à Gamart qui me fait confiance, qui ne me connaît pas et qui me laisse jouer.
- Speaker #0
Il a dit, vas-y, prends les patines. Voilà,
- Speaker #1
il me donne trois dates d'affilée. Je joue. Bon, je me lance comme ça.
- Speaker #0
C'est incroyable. Mais ça, tu sais quoi ? On parlait des opportunités, etc. Mais ce genre de choses, franchement, ça ne peut pas arriver en France.
- Speaker #1
Impossible.
- Speaker #0
C'est ça le truc. Je pense que c'est pour ça que la Tunisie, c'est aussi une terre d'opportunités. Oui, oui. Tu peux faire des trucs. Tu sais, je parlais avec Nadia ce matin, Nadia Jendoubi, que je recevais aussi pour un épisode de podcast, et qui me disait précisément que, ici, bizarrement, tu as besoin de parler à un grand directeur d'une banque ou un truc comme ça. D'une manière ou d'une autre, à un moment donné, tu vas réussir à lui parler. Tu vois, chose qui est impossible en Europe. Absolument. Et là, en fait, quelque part, c'est un peu la même chose. Oui, oui. Voilà, tu te retrouves, tu ne sais pas comment, mais il y a... Voilà, un patron de boîte qui te propose trois dates. Absolument,
- Speaker #1
c'est le pote d'un pote. Il me présente Solis, elle aimerait bien jouer dans ton bar, il venait de l'ouvrir à son bar. Et voilà, elle me donne ma chance. En France, tu vois, ça fonctionne beaucoup sur le réseautage.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Le carnet d'adresse. Et moi, je ne viens pas de ce milieu-là. Je n'ai pas le carnet d'adresse.
- Speaker #0
Oui, oui, tout à fait.
- Speaker #1
Et en Tunisie, c'est facile en fait. Après, je sais que je suis une privilégiée, que je vis dans un milieu... particuliers. Je n'y pas toutes les inégalités sociales, politiques, culturelles. Oui, bien sûr. J'ai bien conscience de tout ça et je n'ai pas envie qu'on dise que c'est la petite Françaouilla qui débarque en Tunisie. Oui,
- Speaker #0
tout à fait.
- Speaker #1
Mais ici, je trouve que les genres, les mondes se rencontrent, se mélangent plus facilement qu'en France. Ici, j'ai rencontré des personnes qui ne m'auraient jamais dressé la parole en France. Comme je te dis, je viens d'un milieu populaire, donc parler avec des personnes qui appartiennent à telle sphère sociale aurait été beaucoup plus compliqué pour moi. On est dans une case et pour sortir de ça, c'est beaucoup plus compliqué. Oui,
- Speaker #0
complètement. C'est peut-être une des raisons aussi. En Tunisie, c'est vrai que le niveau social se mélange beaucoup.
- Speaker #1
En tout cas, à la Marsa, en banlieue nord, oui. Je trouve que ça se mélange beaucoup.
- Speaker #0
Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Et particulièrement dans le monde de la nuit. Les clubs, je trouve que les gens sont sympas. Tout le monde discute. Tu fais facilement des rencontres.
- Speaker #0
Et donc, tu as cette opportunité dans ce bar. Et ensuite, comment ça évolue tout ça ?
- Speaker #1
Comment ça évolue ? Je suis invitée sur une radio, RTCI. Je fais ma première radio très rapidement. Ensuite, avec mon compagnon. On organise des soirées dans des clubs à Gamar. Ça marche super bien. On lance notre concept qui s'appelle Achelia. On lance notre festival.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Tu nous en dis un petit peu plus.
- Speaker #1
2023, première édition de notre festival Achelia. Alors vraiment, c'est en pleine nature à Tabarca. Et l'objectif, c'est vraiment de mettre en valeur les artistes, producteurs tunisiens. On n'a pas fait venir d'artistes étrangers. Ce n'était pas notre objectif. Et de la musique électro dans tous les styles. On n'est pas fermé dans un style électro. Donc,
- Speaker #0
ça se déroule comment exactement ?
- Speaker #1
Sur un week-end, les gens prennent leur passe.
- Speaker #0
D'accord. Et tu as une multitude d'artistes qui viennent. Qui sont invités sur deux jours. Vous les programmez sur les deux jours. Ça se passe où ?
- Speaker #1
À Tabarka.
- Speaker #0
Tabarca, d'accord. À un endroit particulier ? Oui,
- Speaker #1
au gîte d'Arel Karma.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est un gîte rural magnifique.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et tu es en pleine nature.
- Speaker #0
Et vous faites ça en plein air, donc ? Oui, absolument. Super.
- Speaker #1
En plein air, oui.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et du jour au lendemain, on se retrouve à organiser un festival avec tout ce qu'il y a autour, la logistique, faire appel aux prestataires.
- Speaker #0
C'est génial. Alors, pourquoi ce choix de Tabarca ? Parce que, alors moi, personnellement, tu sais, je suis de Béja. Donc, ça me parle. Oui, oui. Si tu veux, c'est de notre côté. Oui. C'est un lieu qu'on fréquente très régulièrement. Mais dont on entend peu parler, tu sais, on met plus en avant. Ah, mais c'est la côte, quoi. C'est ça. Pourquoi, toi, tu as fait ce choix de Tabarca ?
- Speaker #1
On a choisi Tabarca parce que mon compagnon est originaire de là-bas. Ah, d'accord. Il connaît très, très bien.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Et du coup, on cherchait la nature. Oui. Nous, on ne voulait pas faire ça dans un hôtel. On ne voulait pas faire ça en bord de mer.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Voilà, on voulait se démarquer un petit peu des autres communautés.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et oui, la nature. la montagne, la rivière, les chevaux...
- Speaker #0
Oui, oui, oui, c'est vrai, on a des cadres exceptionnels en Chine. Qui ne sont pas assez mis en valeur. Oui, tout à fait.
- Speaker #1
En dehors de la mer, il y a vraiment...
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
De quoi voir et de quoi faire.
- Speaker #0
D'accord, et donc c'est un festival qui se déroule maintenant tous les ans, c'est ça ? Oui,
- Speaker #1
alors on a fait deux éditions, cette année on n'a pas pu la faire, j'espère l'année prochaine, en 2026, on pourra...
- Speaker #0
D'accord. On pourra la faire, oui. Vous avez eu des difficultés pour le faire, ou enfin, qu'est-ce qui... Oui,
- Speaker #1
on a eu quelques difficultés, oui.
- Speaker #0
Sans indiscrétion, sans rentrer dans les détails.
- Speaker #1
Les difficultés administratives, on va dire.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est important de le dire, on dit que tout n'est pas rose. Oui,
- Speaker #1
bien sûr ! Quelques difficultés administratives, donc on s'est dit, ça attendra l'année prochaine.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
On continue de jouer, on continue de faire nos événements dans les clubs, ça nous convient.
- Speaker #0
Bon, et donc aujourd'hui, ça fait 12 ans. Oui,
- Speaker #1
je fête mes 12 ans.
- Speaker #0
Ça fait 12 ans. Est-ce que tu les as vus passer ces 12 ans ? Ou est-ce que pour toi, c'était d'une fluidité naturelle ?
- Speaker #1
On reste toujours dans la fluidité, dans le carpe diem. Je suis très dépendante de mon emploi, bien évidemment. Si je perds mon taf, il faudra que je pense à faire autre chose. Il n'y a pas d'indemnité chômage. On parle d'une réalité sociale et économique. Donc là, je suis confrontée à un dilemme. Qu'est-ce que je fais si je perds mon emploi ?
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Non, je te vois très bien.
- Speaker #1
C'est une réalité. Je suis dépendante de mon emploi. Moi, je veux continuer de vivre en Tunisie. Je veux finir ma vie ici. Mais je suis dépendante de mon emploi.
- Speaker #0
Oui, tu en es là. Tu en es à te dire, je veux finir ma vie ici. C'est quand même dingue. Tu as vraiment intégré cette identité, ce pays.
- Speaker #1
J'ai l'opportunité de pouvoir partir partout où je veux dans le monde. J'imagine, oui, bien sûr. Quand tu fais partie du réseau des écoles françaises, tu peux partir où tu veux.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
et non, non, ça ne m'intéresse pas.
- Speaker #0
Oui, tu t'es ancrée, tu te sens bien, tu as trouvé ce que tu cherchais quelque part.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Tu te sens alignée.
- Speaker #1
Alignée avec moi-même.
- Speaker #0
C'est génial d'entendre ce discours, franchement. Quand on t'écoute, on sent beaucoup d'amour pour le pays. Et j'ai une question un peu générale. Qu'est-ce que la Tunisie, toi, t'as appris ou t'as permis de découvrir sur toi-même ? Est-ce que tu penses que ça a permis de révéler vraiment des...
- Speaker #1
Alors, mon côté artistique. Mon hypersensibilité. Comment te dire ? La simplicité. Moins de prise de tête. Pour moi, bien sûr qu'il y a... On est tous confrontés, on a nos problèmes familiaux, on est confrontés aux problèmes administratifs. Bien sûr. C'est pas... Tout n'est pas rose, mais ce n'est pas mieux ailleurs.
- Speaker #0
Oui, parce que tout à l'heure, tu me disais... Quand j'étais en France, j'étais malheureuse. Tu vois, c'est assez fort de dire ça. J'étais triste. Alors que tu avais une situation qui était très confortable, etc. Donc, on voit bien qu'il y a des choses qui ne sont pas palpables, en fait. Ça ne tient pas juste à un emploi.
- Speaker #1
Je ne sais pas ce qui s'est passé avec ce pays. C'est une connexion. Mais vraiment, je l'adore. on va me dire, oui, les poubelles, tu vois ce que je veux dire ? Oui, on est d'accord, parce que c'est toujours la même chose. Les discours redondants, je ne les vois plus. Et en fait, j'ai une liberté dans ce pays, j'ai une liberté dans ce pays que je n'ai pas ailleurs. Tout simplement.
- Speaker #0
Oui, tu te sens libre.
- Speaker #1
C'est incroyable. Tu vois, dans ce bordel,
- Speaker #0
je ne sais pas où tu es. Oui,
- Speaker #1
bien sûr. Voilà, moi j'ai trouvé ma place tout simplement. Il y en a qui sont trop carrés, ils sont super malheureux, ils font un an et ils repartent.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, il faut avoir une certaine ouverture d'esprit. Absolument. On est ici, il faut accepter que les rendez-vous, ce n'est pas toujours à l'heure.
- Speaker #1
Voilà, t'es énervé, t'es fâché, t'es en colère, tu rigoles, tu pleures. Mais voilà, c'est... Oui,
- Speaker #0
il faut...
- Speaker #1
Mais tu fais avec. Oui, oui. Il faut trouver, je ne sais pas, une façon d'interagir avec... avec les autres pour que ça glisse, pour que ça passe, en fait.
- Speaker #0
Je comprends. En tout cas, toi, tu as trouvé ta place.
- Speaker #1
Oui, moi,
- Speaker #0
j'ai trouvé ma place. En tout cas,
- Speaker #1
moi, oui,
- Speaker #0
ça s'éclairait. C'est génial. C'est peut-être la plus belle chose qu'on peut savoir dans une vie. Parce qu'il y a des gens qui peuvent passer leur vie comme dans l'état dans lequel tu étais avant d'arriver, c'est-à-dire triste, et ne même pas savoir pourquoi ils sont tristes. Tu vois ? Et voilà, c'est quand même... C'est quand même une chance d'arriver à trouver sa place quelque part. C'est super. Mais ça se sent. Ça se sent dans ce que tu dis. Oui, tout à fait. On sent le bonheur. Ça fait plaisir. Bien sûr, on sait qu'il y a des difficultés en Tunisie. Il y en a partout. Parce qu'en Europe, on n'est pas mieux lotis. C'est d'autres problèmes.
- Speaker #1
C'est d'autres problématiques. Mais tu ne me feras pas rentrer dans le France.
- Speaker #0
Et donc, aujourd'hui, dix ans plus tard, comment tu vois, toi, la Tunisie d'aujourd'hui ? Parce qu'elle a vachement évolué en dix ans, la Tunisie. Toi, tu es arrivée dans une Tunisie post-révolution.
- Speaker #1
Post-révolution, oui.
- Speaker #0
Avec encore quand même beaucoup d'ébullition, une grosse instabilité politique, des choses comme ça. La Tunisie a évolué.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Enfin, toi, tu as trouvé ta place. Il y a beaucoup de jeunes qui la quittent.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu vois.
- Speaker #1
Et qui meurent en mer.
- Speaker #0
Et tout à fait, c'est bien ça. Des jeunes et des moins jeunes, j'ai notamment parlé des médecins qui te la tuent, etc. Est-ce que tu as un regard sur eux ? Oui,
- Speaker #1
bien sûr, j'ai un regard. On traverse des phases, c'est les montagnes russes, après gros point d'interrogation. Sincèrement, je n'ai pas de projection, je ne sais pas.
- Speaker #0
Oui, parce que toi, on sent bien que tu as une philosophie, je vis au jour le jour. Je suis heureuse jusqu'à maintenant. Voilà, je ne me projette pas dans 20-30 ans. Non,
- Speaker #1
absolument.
- Speaker #0
Et est-ce que tu penses que si la Tunisie devait s'améliorer, qu'est-ce que tu aimerais, toi, qu'est-ce que tu appellerais de tes voeux, comme évolution en Tunisie ? Parce qu'on m'a déjà parlé beaucoup, effectivement, de la partie écologique. Vous êtes, toi particulièrement, très... Politique sociale. Oui, politique sociale.
- Speaker #1
une vraie politique sociale ça manque quand tu perds ton emploi et que t'as rien donc heureusement que ici on a la famille tu vois encore qui peut te soutenir qui peut t'accueillir mais tu perds ton emploi du jour au lendemain tu te retrouves à la rue si t'as pas ta famille d'un point de vue médical aussi tu vois Oui.
- Speaker #0
Est-ce que toi, justement, par rapport à ça, tu es dans le système médical tunisien ? Oui,
- Speaker #1
je suis à la CNSS.
- Speaker #0
Ah ouais, c'est incroyable. Et quel est ton regard sur le système médical tunisien ? Parce que tu vois qu'il y a connu la suite, donc il peut être quand même bien loti. Écoute,
- Speaker #1
on a un super... On a des excellents médecins, vraiment, que ce soit dans le privé, dans le public, voilà. Après, ça coûte très très cher. Oui. Et même pour moi, c'est une galère.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je veux dire, je suis à la CNSS, ça le rembourse peu et très très mal. Donc, voilà, j'ai eu des petits soucis médicaux. J'ai dû rentrer en France pour me faire soigner,
- Speaker #0
tu vois. Oui, tu n'as pas eu le choix.
- Speaker #1
Je n'ai pas eu le choix.
- Speaker #0
Et heureusement. Et toi, tu peux le faire. Et moi,
- Speaker #1
encore une fois, j'ai cette chance de pouvoir le faire.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. C'est une vraie chance. Et c'est ça, quelque part, qu'on aimerait peut-être voir en Tunisie, voir évoluer ce genre de politique. C'est ça, que tout le monde soit quand même protégé. Absolument. Un minimum. Oui,
- Speaker #1
un minimum.
- Speaker #0
Aux santé, au niveau emploi, etc. Au niveau emploi,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Oui, tout à fait.
- Speaker #1
écoute on l'espère oui oui moi j'ai beaucoup d'espoir je pense qu'il y a un potentiel,
- Speaker #0
il y a des envies il y a des idées,
- Speaker #1
pour l'instant il n'y a peut-être pas assez de moyens que ce soit les jeunes que je rencontre aujourd'hui ils ont du talent mais ils sont tellement créatifs ça bouillonne, la culture en Tunisie bouillonne parce que en fait Merci. Ce qui manque, c'est la communication. Tout se passe sur les réseaux sociaux. Moi, je te parle des nouveaux arrivants quand ils débarquent en Tunisie. Ils sont là, oui, il ne se passe pas grand-chose. Mais non, c'est parce que tu n'as pas les bons canaux. Mais ça bouillonne de partout, dans tous les arts. C'est vraiment incroyable.
- Speaker #0
Oui, il y a une vraie ébullition ici, quand tu regardes bien.
- Speaker #1
Oui, ce n'est pas Paris. D'accord, tu vas me dire. Certains vont me répondre, oui, ce n'est pas la capitale, ce n'est pas Paris. Si tu as envie de sortir, de faire une expo, de danser, de partir camper, dans le désert, à la montagne, on a tout. Oui, oui, oui,
- Speaker #0
complètement.
- Speaker #1
Tout est possible ?
- Speaker #0
Oui, oui, complètement. C'est une question de volonté, sinon on ne trouve pas. Si quelqu'un de la diaspora maghrébine nous écoute, puisque ça peut concerner tout le monde, d'en réfléchir maghrébins voilà franco maghrébin binational etc qui rêve de tout quitter pour pour venir s'installer ici. Qu'est-ce que tu lui dirais, toi, avec le recul ? Est-ce que tu aurais un message particulier à faire passer à ces gens-là s'il y a encore des hésitations ?
- Speaker #1
Alors, je lui dirais, écoute, tu n'as qu'une seule vie. Tu peux mourir demain. Viens tenter ta chance. Ne plaque pas toi en France. Garde une petite sécurité. Oui,
- Speaker #0
bien sûr.
- Speaker #1
Et viens tenter ta chance. Si tu as un projet, tout est... Franchement, si tu as un projet avec un peu d'économie, tout est possible.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et vas-y, fonce.
- Speaker #0
Oui. Ça reste une terre d'opportunités.
- Speaker #1
Et si ça ne fonctionne pas, tu rentres ou tu vas ailleurs. Il ne faut pas hésiter.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Super. Merci beaucoup, Linda. C'était un vrai plaisir. Je pense que ça va inspirer vachement de gens parce que tu as encore un parcours qui est vachement particulier. Et puis, on voit bien que toi, tu es arrivé. Vraiment, tu es allé dans le dur. Tu as cherché un emploi. Tu n'as pas usé de tes privilèges. Même si tu avais des économies, on l'a bien compris. Mais je veux dire, t'as pas usé de tes privilèges T'es vraiment dans la vie locale Et puis aujourd'hui tu t'es retrouvée Tu t'es trouvée, t'es alignée Avec ton identité Et puis t'es heureuse Et c'est peut-être ça le principal C'est ça,
- Speaker #1
c'est d'être heureuse Merci beaucoup Linda Merci beaucoup à toi Hassan Ce fut un vrai plaisir d'être avec toi Merci,
- Speaker #0
à très bientôt Voilà, c'est la fin de cet épisode. Merci de l'avoir écouté jusqu'au bout. N'hésitez pas à suivre Linda sur ses réseaux. Vous pouvez la retrouver sur Instagram, donc atsolis-musique, avec un K à la fin. Le festival électro qu'elle a cofondé s'appelle Hélia et vous pouvez également retrouver toutes les infos sur la page Insta du festival athelia-festival, A-S-H-E-L-I-A-festival. Et si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager autour de vous, à vous abonner au podcast. C'est disponible sur toutes les plateformes. Vous pouvez aussi me retrouver sur la page Insta du podcast, à un pied en Tunisie, tout attaché. Et très important, vous pouvez aussi vous inscrire à la communauté privée. J'y partage plein d'infos et je vais bientôt d'ailleurs vous parler d'un événement qu'on va organiser. Donc n'hésitez pas à nous rejoindre. Et comme d'habitude, je vous mets tous les liens en description. Sur ce, je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode. Ciao !