- Speaker #0
On parle toutes les semaines des films de l'actualité. Là, je vous propose un voyage dans le passé et le futur. Venez avec moi dans la DeLorean. N'oubliez pas, avant de commencer le voyage, le petit coup d'œil dans le rétro. Vous connaissez la chanson désormais, Dans le rétro, c'est le format où on revient sur des films du passé, et c'est vous qui choisissez le film en votant en sondage sur Instagram, donc n'hésitez pas à nous suivre sur nos réseaux sociaux, à leur base vendredi ciné. Aujourd'hui on s'arrête sur un film qui a marqué un tournant dans le cinéma américain, il s'agit de Macadam Cowboy. Voilà, cow-boy. Il y a un chérif dans la ville. J'ai pas vu le film. Réalisé en 1969 par John... Allez, ça commence par John Schlesinger. C'est un cinéaste britannique venu du cinéma social anglais qui... pose pour la première fois sa caméra dans le cœur de New York, et il adapte un roman de James Leo Erily, avec un scénario signé Waldo Salt, ancien scénariste blacklisté, sous le macartisme, qui retrouve ici une place centrale à Hollywood. Petite parenthèse déjà, il va y avoir tellement de choses à dire, c'est ça qui est dingue. Donc le macartisme, je connaissais pas du tout, mais en fait, c'est une période des Etats-Unis dans les années 50, où on va avoir une vraie chasse aux sorcières anticommunistes, donc c'est fait par le camp républicain. bien évidemment et donc des personnes étaient accusées d'être communistes souvent sans preuve interrogées mises sur liste noire surtout dans le cinéma les médias et la politique résultat il y a eu plein de carrières brisées que ça soit à la radio à la télé et donc dans le cinéma et donc c'est ce qui se passait pour notre cher Waldo qui ici revient en tant que scénariste mais aussi en tant qu'acteur il fait sa première apparition en tant qu'acteur il fait un présentateur télé qui s'appelle Joe Pine qui est un présentateur qui a vraiment existé et qui est un pionnier des interviews conflictuelles Sans lui, on n'aurait jamais eu Thierry Ardisson ou Léa Salamé. Wow, trop cool !
- Speaker #1
Putain, merci mec !
- Speaker #0
Sans lui, le monde aurait peut-être été plus heureux, un tout petit peu. Dans Macadam Cowboy, on y suit Joe Buck, un jeune Texan naïf incarné par John Voight, qui débarque à New York persuadé qu'il va faire fortune comme prostituée, et qui va croiser la route de Ratto Rizzo, un petit escroc malade et boiteux joué par Dustin Hoffman, qui était déjà révélé dans le lauréat. Ensemble, ces deux laissés pour compte vont former un drôle de duo quelque part entre l'amitié, la dépendance et la survie au milieu d'une ville qui ne leur fait aucun cadeau.
- Speaker #1
Et l'amour, pardon, mais... Ouais, un peu d'amour.
- Speaker #0
...en tant que rave.
- Speaker #1
Y'a un bon sous-texte quand même. Ouais,
- Speaker #0
un peu. Quand le film sort... Tu sais que l'acteur principal est homophobe, donc... Non.
- Speaker #1
Oui, oui, il est... John Voight ? John Voight, il est... Et il a trouvé son...
- Speaker #0
Mais alors soit...
- Speaker #1
Genre vraiment, en plus, pour le coup, sans parler du sous-texte, y'a vraiment du... beaucoup plus clair sur l'homosexualité dans ce film.
- Speaker #0
Quand le film sort, il choque tout le monde, de par les thèmes qu'il aborde, donc la prostitution masculine, des allusions à l'homosexualité et une misère crue, ce qui fait qu'il sera classé X aux Etats-Unis. Ah ouais, c'était violent, mais qui n'empêchera pas de devenir un succès critique et public au point de remporter Oscar du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario adapté. Donc, la triplette, quoi. Bien joué. Bien joué, lui, ouais.
- Speaker #1
Méritez.
- Speaker #0
Macadam Cowboy s'impose alors comme l'un des grands films du nouvel Hollywood. Et petite parenthèse aussi sur ça, parce que peut-être le nouvel Hollywood, c'est pas clair pour tous nos auditeurs. Donc c'est une période du cinéma américain, la fin des années 60, où des jeunes réalisateurs vont s'affranchir des contraintes des gros studios pour aborder des thèmes un peu plus sombres, un peu plus politiques. Légèrement. Et qui vont notamment beaucoup remettre en question le rêve américain. Et de ce courant vont émerger des grands réalisateurs comme Scorsese, Coppola ou Brian De Palma. Polanski. c'est gratuit il en fait partout mais Macadam Cowboy c'est aussi pardon mais Macadam Cowboy c'est aussi un film rempli de moments cultes comme cette scène où Dustin Hoffman lance au taxi I'm walking here et alors il faut savoir en fait comme il tournait en extérieur c'est un taxi qui a failli vraiment le reverser c'est lui qui a improvisé ça sur le tournage et ça ne m'étonne pas
- Speaker #1
Je pense que The Snowman, toute sa carrière, c'est des anecdotes comme ça. Maintenant, on est sur le tournage.
- Speaker #0
Parce que le nouvel Hollywood, c'est aussi beaucoup ça. On va beaucoup tourner en extérieur, renforçant ainsi le... le réalisme de la mise en scène.
- Speaker #1
C'est un tout petit peu inspiré des Français. Pas le vague, pardon, mais bon.
- Speaker #0
Et donc ça va renforcer le réalisme de la mise en scène et rendre beaucoup plus crue la misère qui existe dans les rues de New York. Et aussi, c'est difficile d'oublier la chanson Everybody's Talking de Harry Nilsson qui accompagne un peu l'errance de Joe Buck et qui colle encore au film des années après à tel point que peut-être la musique est devenue encore plus culte que le film. Parce que moi, je connaissais la musique, je ne connaissais pas le film.
- Speaker #1
Mais elle était aussi dans... Forest Gump, la musique, il me semble.
- Speaker #0
Ah ok, d'accord.
- Speaker #1
Donc il y a un moyen que tu l'aies entendu aussi là-dedans.
- Speaker #0
Dans cet épisode, on va justement parler de tout ça, de l'errance, des faux-semblances, du rêve américain qui se fissure. On va se demander comment ils filment la ville et les marges, comment ces personnages se construisent des masques pour survivre, et en quoi Macadam Cowboy raconte une Amérique qui ne tient plus tout à fait ses promesses. Si ça vous va, on peut parler d'autre chose. Ça nous va.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
On commence tout de suite avec vos impressions de visionnage. Qu'est-ce qui vous a le plus frappé en voyant ou en revoyant ?
- Speaker #1
pour toi Jade le film aujourd'hui peut-être si tu veux commencer parce que c'est ton film oui c'est moi qui ai gagné oui mon film j'aurais bien aimé putain oui alors bah donc j'ai j'avais choisi ce film parce que c'est un film qui a marqué mon adolescence donc c'est je pense le premier film du Nouvelle Hollywood que j'ai vu donc ouais quand j'avais bon voilà je sais pas nos parents nous ont Dresa j'étais je pense 16 ans non 15-16 ans, ouais.
- Speaker #2
Et tu connaissais le Nouvel Hollywood ou pas ?
- Speaker #1
Je connaissais...
- Speaker #2
On ne savait pas que c'était du Nouvel Hollywood, le film Macbeth. Non, non, non, vraiment, ouais.
- Speaker #1
Je pense que je m'y suis intéressée vraiment après, parce que pour le coup, c'est une période que j'apprécie beaucoup et j'aime beaucoup de films du Nouvel Hollywood. Mais voilà, ça, c'était vraiment ma découverte du truc. Et je me suis dit, notamment sur la représentation de la misère, je n'ai jamais vu ça de ma vie. À ce moment-là, dans ma cinéphilie, ça m'a vraiment ouvert une porte. Donc ça a été vraiment un tournant. Et donc forcément, quand Lucas a proposé le thème de l'errance, pour moi c'est le premier film qui me vient à l'esprit. Ce qui en plus peut... Je ne sais pas, on peut peut-être aussi en discuter, parce que peut-être que ce n'est pas forcément si évident que ça. En renvoyant le film, je me disais...
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
C'est pas mon spécific. Je lance le sujet. C'est un peu la première chose qui m'est venue parce que je me souvenais juste, parce que ça faisait quand même quelques années que j'avais vu le film, je me souvenais juste comme ça de ces longs plans de marche dans New York avec toute l'agitation autour de ces deux personnages qui, eux, sont juste esselés dans la ville. Et ouais, je sais pas, ça m'a, ça m'a, voilà, à l'époque, ça m'a vraiment ouvert des portes et donc c'est pour ça que j'avais très envie d'en discuter avec vous.
- Speaker #0
Tollucat a été plutôt surpris, il me semble.
- Speaker #2
Plutôt surpris, bah moi j'avais déjà vu le film, bah en même temps que Jade, on l'a découvert ensemble.
- Speaker #0
Je l'ai redécouvert parce que tu le...
- Speaker #2
Donc là je l'ai redécouvert en fait, où effectivement j'en avais, enfin, il y avait des... Comme Jade, j'ai été très marqué et moi il me semblait que c'était un des films les plus difficiles que j'avais vu et en le revoyant effectivement... Je me suis rendu compte que ça faisait quand même un moment qu'on l'avait vu parce que je n'avais pas toutes les scènes en tête. C'est un film qui est extrêmement difficile, on nous montre une misère très crue, etc. Et donc oui, surpris, parce que même pour le montage, même pour plein de choses, ça respire vachement le nouvel Hollywood. Je ne me souviens pas avoir perçu ça quand j'étais plus jeune. De manière, frérot, le montage là... C'est pas classique, quoi.
- Speaker #0
C'est pas l'affaire Boucharski. Donc oui,
- Speaker #2
oui,
- Speaker #0
j'ai découvert le film grâce à Jade. Donc merci, merci Jade. Même si pendant un long moment, je me disais mais qu'est ce qui me fait regarder ?
- Speaker #1
Oui, je peux comprendre.
- Speaker #0
Et il y a notamment une scène, peut être on y reviendra, mais une scène de fête, de parties et là, je me disais alors là, Jade... de tes films, c'est quand même très spécial.
- Speaker #2
C'était cette scène qui m'est restée en tête. Ah ouais, je m'étais dit plus. Moi,
- Speaker #1
c'était la scène du bus. La scène du bus,
- Speaker #0
elle a fini. La fin ? Ça, on en parlera. T'as bien fait de le rappeler, Jade. Le thème, parce qu'à chaque fois, on a un thème et on propose des films autour d'un thème. Là, le thème, c'était L'Errance, c'est Lucas qui avait proposé. C'est ton film qui a été choisi, donc bien joué. Et peut-être on peut commencer sur Toute Attente.
- Speaker #1
Ah oui, en vrai, je t'ai proposé, je me suis dit, de manière personne ne va choisir ma calame cow-boy. Et là, ça a été choisi, donc je suis trop contente parce que vraiment, je ne m'y attendais pas.
- Speaker #0
Donc on peut commencer sur l'errance, justement sur le thème de l'errance des marginaux. Une première question qu'on peut se poser, c'est comment il met en scène l'errance, sachant qu'il y a plusieurs types d'errance. Il y a l'errance géographique, mais il y a aussi l'errance sociale, psychologique. Quels outils il va utiliser pour faire exister cette errance, selon vous, encore une fois ?
- Speaker #2
Déjà comme la Digette c'est un cinéma qui se rapproche beaucoup de ce qu'on nous on a eu en France donc la nouvelle vague et comme tu l'avais souligné c'est un cinéma qui tourne vachement en extérieur qui insère des personnages parmi une figuration qui est enfin on va dire sauvage quoi donc ça ça participe vachement et ensuite on nous montre vachement la ville, les petits cafés, les petits trucs les trucs là euh... Ce qui va rendre la chose un peu immersive, etc. C'est OK, ils vont aller dans un café, ils n'ont pas beaucoup de thunes. Ils vont manger, mais les trucs qu'ils vont commander, vous voyez, c'est tout bête. Mais juste, ils mangent de la merde. Et très peu. Et très peu. On va nous montrer pas mal d'endroits de New York, en fait. Pas mal de quartiers. Chaque quartier va avoir ses caractéristiques, etc. Donc, on va nous filmer cette ville à travers là. Et l'errance aussi, c'est qu'il n'y a pas que les personnages... Il n'y a pas que Dustin Hoffman et... Comment il s'appelle l'autre ? Ratto Rizzo.
- Speaker #1
Ouais,
- Speaker #2
Rizzo, mais... Non, Rizzo et...
- Speaker #1
Joe Buck.
- Speaker #2
Joe Buck, qui vont errer dans la ville. Il y a aussi d'autres personnages. Il y a un moment, tu t'avais dit qu'il y avait une scène de soirée, etc. Il y a des gens qui viennent les voir, qui prennent en photo, etc. Donc en fait, il y a un peu... plein de gens qui errent dans cette ville les gens vont en croiser d'autres et même au début Joe Buck il va essayer de faire le tapin quoi il va essayer d'appâter des dames plus âgées et elle aussi on a l'impression qu'elle zère un peu dans
- Speaker #0
New York quoi Oui elle marche mais tu comprends pas où est-ce qu'elle va en fait Il n'y a pas forcément de but effectivement et donc c'est ça,
- Speaker #2
ça sont les rancés marchés sans but et ça ça tend à faire vivre aussi vachement la ville etc etc.
- Speaker #1
Et il y a aussi dans les motifs qui se répètent, du coup, t'en parlais tout à l'heure, mais la fameuse chanson, en fait, elle vient notamment au tout début, quand on voit encore Joe Buck dans son Texas, où en fait, on va le voir aller du coup de sa maison jusqu'à un café, etc., où il va démissionner, machin. Donc, il va traverser les rues de sa petite ville. où tu vas vraiment percevoir l'ambiance, justement le côté, voilà, la petite ville de l'Amérique profonde, tout ça, avec cette fameuse chanson en dessous. Et en plus, elle est la chanson qui dit, donc, voilà, « Everybody's talking at me » , et tout. Et donc, il y a ce côté, là-bas, en fait, c'est quelqu'un. Donc, c'est justement, les gens lui parlent, les gens le regardent, les gens savent qui c'est. Voilà, il y a ce côté, tout le monde se connaît, c'est la petite ville. C'est relativement classique, mais c'est quand même une manière de te poser. la situation de base et le départ, et même le personnage de Joe Buck comme voilà justement quelqu'un qui dans son univers c'était quelqu'un. Et donc après on va... Moi je me pense notamment à deux autres fois où tu as de nouveau cette musique et donc tu as une autre fois où il commence à se balader dans New York et donc tu as la première différence en fait entre... en fait on va filmer exactement de la même manière. sa façon de déambuler dans les rues de New York avec la même musique et là tu comprends en fait à quel point même s'il ressort énormément par les couleurs très très vives qu'il porte que c'est absolument personne et que même en plus il y en a plein d'autres qui lui ressemblent il y en a plein de cow-boys mais donc du coup c'est même motif et tout même je pense au niveau des mouvements de caméra on est vraiment sur la même chose Et là, d'un coup, la chanson prend un sens totalement différent. Lui, lui, même s'il ressort, il y a ce truc où tu fais ouais, mais en fait, même être marginale et unique, c'est pas marginale et unique à New York. Il y a vraiment ce truc, tout le monde l'est en fait. Et la dernière fois, c'est en Floride ou de nouveau, tu as ce truc là. Et du coup, c'est un peu...
- Speaker #2
C'est horrible.
- Speaker #1
Alors oui, c'est horrible. mais avant c'est vraiment avant vraiment la dernière scène oui où il va la signification derrière la répétition je trouve qu'en tout cas il y a limite tu sens l'espoir en fait je trouve dans cette séquence là c'est l'espoir qui est l'espoir
- Speaker #2
à lui mais toi tu sais que c'est foutu oui mais c'est ça qui est horrible c'est l'espoir qu'il a eu au début du film voilà s'il revient et c'est ça que je trouve horrible quoi ouais Merci.
- Speaker #1
Mais donc voilà, pour moi, l'errance, c'est vraiment notamment ce motif-là de la chanson et de la déambulation qui est toujours filmée de la même manière. C'est un truc assez fort et très efficace pour montrer ça.
- Speaker #0
D'ailleurs, parlons des illusions. Donc la première, c'est pas la première scène, mais en tout cas au début, Joe Buck, il va quitter le Texas, donc on va un peu voir le Texas pour aller à New York. C'est-à-dire, ils vont beaucoup appuyer sur ça, le fait qu'il va partir à l'Est. Et des États-Unis. Et le rêve américain, il me semble, était beaucoup lié notamment à la conquête de l'Ouest. Et justement, c'est une nouvelle illusion. Et au final, parce que le rêve américain, au final, n'existait pas vraiment. C'était juste...
- Speaker #1
Et en même temps, ce qui est drôle, c'est que même à l'époque, enfin vraiment même dès le début du film...
- Speaker #0
Il y a que les pauvres qui croient encore... En fait,
- Speaker #1
je trouve que même là, tu vois, on parle de rêve américain, mais on rappelle que là, son rêve américain... Il est éclaté au sol. C'est ça ! c'est qu'en fait même le Fabien Médicain il est déjà nivelé par le bas le rêve c'est de devenir prostituée à New York mais c'est juste un rêve d'indépendance financière mais qui passe par un truc où tu t'autorises même pas à rêver plus que ça t'autorises même pas à te dire ah bah vas-y je vais aller me trouver un super joueur à New York, devenir riche comme ça et tout
- Speaker #2
Avant, le rêve américain, c'était acheter son petit lot peint de terre et arriver à vivre de sa terre sans avoir de patron. C'est ça, le rêve américain, tu vois, c'est être indépendant. Et donc là, on n'est plus à réussir à acheter un petit lot peint de terre et en vivre. Là, comme tu dis, c'est faire le tapin à New York. Et ça me va très bien avec ça, quoi. Donc, tu vois, d'année en année, on baisse.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Le rêve américain est déjà...
- Speaker #0
et déjà bien mort à ce moment là et même là peut-être je m'avance un peu trop mais la ville de New York d'une certaine manière va devenir monstrueuse tu vois avec tu vois il y a beaucoup de fumée il y a beaucoup de bruit et j'ai l'impression que ouais ils vont beaucoup personnifier cette ville comme un monstre qui engloutit les gens c'est pour ça qu'il y a notamment pas mal de scènes de nuit où t'as des gens qui vont disparaître dans l'obscurité moi je trouvais c'était une idée assez chouette mais après c'est un truc qui revient beaucoup dans le Oui, Street, il le faisait aussi.
- Speaker #2
Donc, effectivement, le nouvel Hollywood avec Scorsese qui était un cinéaste issu de New York. Et New York, dans les années 60-70, genre, c'est un coupe-gorge, c'est vraiment une dinguerie. Et donc, le nouvel Hollywood, c'est pas mal attardé à montrer cette ville sous son vrai jour. Ce qui est en complet décalage avec le New York que nous, on peut... On peut voir dont on a l'image aujourd'hui. Tu vois, aujourd'hui,
- Speaker #0
c'est une ville qui est envahie par les aliens, mais qui est défendue par les Avengers. Ah oui, je ne l'avais pas au début. Je me suis avec des grands, avec des grands bulking hyper, hyper cool et tout. En plus, là, cette ville, on va la voir. Mais ça, c'est vraiment une nouvelle Hollywood du point de vue des marginaux. Et c'est hyper intéressant. C'est une nouvelle facette de De New York, on va voir des gens qui galèrent, qui n'ont pas d'appartement, donc ils vont carrément squatter. Et en fait, la rue va devenir une représentation de qui ils sont, eux. Et par exemple, l'appartement qui est vachement dégradé par rapport aux personnages de Dustin Hoffman, qui est complètement dégradé.
- Speaker #1
Et en parallèle,
- Speaker #0
on va bien te montrer, il y a une scène qui est hyper intéressante au niveau du découpage.
- Speaker #2
C'est juste un moment où il va rencontrer Dustin Hoffman non ? Et Dustin va l'amener à un contact qui le ferait bosser. Et juste, ils sont en train de traverser la rue, et là la caméra elle s'attarde sur un serveur qui va distribuer un cocktail un peu stylé et un café pareil, un peu sophistiqué et tout. Et donc la serveuse elle apporte ça sur une table, de gens qui sont plutôt fortunés, etc. Et Dustin il dit au cas, c'est ça, t'as un enchaînement, etc. Et Dustin il dit à un des gars, ça va mec ? Lui je l'ai amené chez O'Connell, lui aussi. Donc c'est vraiment ce truc de, ce rêve américain qui est filmé de telle manière.
- Speaker #0
On s'agisse au-delà de tout ce qu'on dit, mais on juste, c'est pas juste des thématiques qui sont en l'air ou quoi, c'est dans la grammaire, c'est concret. C'est vrai que c'est un autre thème qu'on peut aborder parce que... Au-delà du rêve américain, il y a la question du faux-semblant. Et on peut se demander comment le film joue avec l'idée de masque, de rôle social, de fausse identité qu'on se fabrique. Déjà, il y a Joe Buck qui n'est pas vraiment un cow-boy.
- Speaker #1
C'est vrai qu'on était tous déçus.
- Speaker #0
C'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup de cow-boys. Un cow-boy, ce n'est pas juste quelqu'un qui porte un chapeau de cow-boy.
- Speaker #1
Ce n'est pas un cow-boy, mais par contre, c'est un étalon.
- Speaker #0
Mais il y a quoi d'autre du coup ? Je ne sais pas si on en a relevé d'autres des faux...
- Speaker #1
Ah bah du coup le personnage de Dustin Hoffman globalement notamment dans là ce que tu disais là c'est le côté genre ah bah ouais lui je l'ai appelé etc le truc de oh bah ouais moi je connais tout le monde, je suis hyper confiant c'est vraiment un personnage qui surjoue tout le temps sa confiance en lui et son par exemple du coup il a un handicap et ça il est toujours en mode bah c'est bon Enfin, genre... Il le dit très clairement et presque il en paraît fier. Enfin voilà, il y a ce truc là où c'est tellement... Ouais, il essaye d'assumer tout ce qui va pas, enfin tout... Oui, toute la vie. Voilà, toute la dureté de ce qu'il vit en se disant bah voilà, il le dit, du coup ça montre que je m'en fous et que... Et merde,
- Speaker #0
c'est un choix et qu'il contrôle un peu cette situation. Exactement,
- Speaker #1
il contrôle complètement cette situation.
- Speaker #2
Quand il rentre dans son appart et qu'il dit, tu vois, c'est cosy.
- Speaker #1
Ouais, voilà.
- Speaker #2
C'est un trois-ras, le truc. C'est cosy, mets-toi à l'aise, tu vois, machin. Et ça en devient, en vrai, un peu cosy. Parce que nous, en truc sociétal, on se dit, genre, en vrai, c'est mieux que la rue.
- Speaker #1
Bah oui, c'est ça, c'est déjà un toit. Ou même le fait qu'il s'imagine... Il y a tout ce truc autour de la nourriture.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Pourquoi t'es triste ?
- Speaker #0
Parce que genre, je reprends ce truc de choses. Et notamment,
- Speaker #1
c'est drôle, parce que c'est tout ce truc où on comprend, bon, il essaie de cuisiner avec ce qu'il peut, et donc on comprend que c'est vraiment dégueulasse.
- Speaker #0
Ouais. Ouais, la soupe, par exemple.
- Speaker #1
Il y a la soupe, et même avant ça, il y a tout un truc où...
- Speaker #2
Et ça, à la poêle, là, ils ont volé quelques fruits, et puis lui, il fait son truc... Oui, c'est ça. Ça sent encore plus mauvais quand c'est chaud que quand c'est froid.
- Speaker #1
Et en fait après, il s'imagine en Floride. Il y a un déjeuner qui est fait pour tout le monde et tout. Donc, il y a vraiment... Tu peux dire un petit truc comme ça. Du coup, il s'imagine avoir des talents culinaires de fou.
- Speaker #2
Moi, dans le film, il me semble qu'il a des talents culinaires. Il me semble que... Parce que Joe Buck, il mange le truc.
- Speaker #1
C'est-à-dire quand même que le mec, quand tu parlais de contrôle et tout, c'est de se dire, j'ai rien, mais quand même, je me prends une noix de coco. Enfin, tu vois, il y a un truc de...
- Speaker #2
Mais on garde la dignité, même si on est au fond du trou. Et en fait, mais c'est à cet instant,
- Speaker #1
il fait de se peigner les cheveux. Enfin, tu vois, exactement. Il y a tout ce truc là où il se dit bah attends quand même, il faut que je me recoiffe un peu alors qu'il a les cheveux extrêmement sages,
- Speaker #2
mal rasés, voilà, il est extrêmement sale et tout. Ouais,
- Speaker #0
transpirant aussi. La transpiration dans le film,
- Speaker #2
il est tout le temps malade. C'est dû à ça aussi. Ah ouais,
- Speaker #0
en plus, les films comme ça qui arrivent à temps. Oui, voilà ça, c'est je ressens la vie. Oui, c'est un peu.
- Speaker #1
Notamment dans cette scène de fête. Oui. qui est incroyable qui me fait penser à Lito non mais oui c'est ça et ce qui me fait beaucoup rire dans cette scène de fête notamment c'est que t'as le côté par rapport aux marginaux oui où en fait eux-mêmes ils se disent putain mais ils sont beaucoup plus marginaux que nous oui oui oui en fait y'a toujours pire que toi et y'a toujours enfin très différemment mais là du coup c'est vraiment une fête très queer c'est vraiment un milieu artistique avec beaucoup de drogue enfin tu comprends c'est des drogues un peu genre LSD etc des trucs t'as un peu des hallucinations tout ça t'as des projets Des machins, des photos, des vidéos. Ansel Gretel, enfin...
- Speaker #2
Il y a une conversation que j'adore dans cette soirée. Il dit, Dustin Hoffman, il vole du salami. Et la meuf lui dit, mais pourquoi tu voles du salami alors que c'est gratuit ? Et Dustin Hoffman, il dit, si c'est gratuit, je le vole pas. Ok. Dustin Hoffman, son personnage, c'est quelqu'un de plutôt intelligent, en tout cas, qui prétend être intelligent. et qui cherche toujours à avoir raison. Et c'est en lien avec ce que tu disais, on cherche toujours à garder sa dignité, à dire, voilà, je suis au fond du trou, mais par contre, je suis un être humain. On a parlé de Ratorizo, du coup,
- Speaker #0
de Sin of Man. Oui, c'est vrai. Joe Buck, c'est un personnage intéressant, parce que toujours dans l'idée des masques, des faux-semblances, c'est quand même quelqu'un qui se déguise en cow-boy, alors qu'il n'est pas cow-boy. Et qu'est-ce que ça peut vouloir dire ? Parce qu'en vrai, il y a pas mal de...
- Speaker #1
Je ne sais pas si...
- Speaker #0
Enfin...
- Speaker #1
Oui, à ce côté, lui, dans son imaginaire, c'est quelque chose de séduisant, le cow-boy. Oui, c'est ça.
- Speaker #2
Il écoute à la radio, la radio qui dit « qu'est-ce que vous cherchez ? C'est un homme, un homme, c'est grand, c'est machin. » Et lui, il se voit dedans. C'est une représentation masculine. Du rêve américain, toujours. Voilà, c'est ça. On se dit que c'est exotique à New York, ils vont voir un cow-boy, ils vont se dire « ah putain, incroyable ! » C'est ça.
- Speaker #1
Et que les femmes, justement, elles cherchent… Voilà. qu'un mec solide, un mec à flotte et sang un peu classique qu'elles n'auront pas à New York et après tu t'aperçois qu'en fait
- Speaker #0
Justy paraît gay c'est vrai qu'il a l'air gay il a l'air super gay et d'ailleurs il y a pas mal de scènes de souvenirs de flashbacks qui sont un peu plus des scènes de cauchemars plus horribles j'ai pas une face de bonheur dans ce film si jamais vous
- Speaker #1
si jamais vous êtes en dépression regardez pas ce truc les scènes de flashbacks et de cauchemars alors qu'elles sont extrêmement présentes. Donc ça c'est drôle. Mais oui, je suis un peu curieuse de savoir ce que vous en pensez parce que...
- Speaker #2
C'est difficile à décortiquer.
- Speaker #0
Monsieur, donc qu'est ce qui se passe concrètement dans ces scènes ? Parce qu'il y a plein de moments où t'as l'impression que c'est vrai, parfois ça déborde, t'as des personnages qui sont pas censés être là, donc tu vas pas mal imaginer aussi. C'est ça,
- Speaker #1
parce qu'il y a des trucs aussi qui ne se sont pas passés, tu comprends ?
- Speaker #0
Et c'est important que ça soit mis en parallèle aussi avec un moment où ils vont aussi rêver de la Floride. notamment, et qui ne s'est pas passé, qui sont tous les deux des rêves, donc ça peut être un peu dur à décortiquer. De ce qu'on comprend, c'est qu'il s'est fait violer avec sa copine de l'époque. Ça, c'est le motif qui revient très souvent. Et il y a le truc avec la grand-mère, et ça, par contre...
- Speaker #2
La grand-mère qui le touchait aussi, qui abusait de lui sexuellement.
- Speaker #1
Et qui était aussi... Enfin, tu comprends qu'elle avait... En tout cas, qu'elle voyait beaucoup d'hommes, je ne sais pas si elle était aussi pro-ci. Ah oui. Je crois qu'il y a un moment donné, on croit qu'elle se fait payer pour un truc ou quoi. Donc tu te dis, ouais, en fait, c'est un truc où c'est ça qu'on lui a appris, en fait.
- Speaker #0
Et selon moi, c'était le fait qu'il devienne prostitué. C'était l'idée de vouloir reprendre le contrôle sur son corps et sa sexualité. Et notamment aussi l'image du cow-boy de vouloir apparaître comme quelqu'un de fort.
- Speaker #1
Ouais, je pense qu'il y a reprendre le contrôle. Et il y a aussi ce côté, il le dit à un moment, c'est tout ce que je sais faire. Parce qu'encore une fois, c'est tout ce qu'il a eu toute sa vie. On l'a toujours ramené à son corps et on l'a toujours ramené à sa sexualité. Et du coup, c'est la seule chose que je connais de moi-même. Donc c'est ce que je vais exploiter pour me faire de l'argent. Donc c'est ça, le mec n'a aucune autre vision de lui. Tu le vois jamais... Tu vois, comparé justement au personnage de Rizzo, il a pas l'air d'avoir des choses qui lui plaisent. Il y a juste la radio, qu'il aime bien, mais tu vois, il a pas de passion dans la vie, il a pas de... Il y a rien. Il y a rien que tu peux dire... Oui,
- Speaker #2
c'est un mec qui est cru, voilà.
- Speaker #1
Tu sais pas ce qu'il aime, tu sais pas, je sais pas, il aime un sport, un truc, enfin, il n'a rien d'autre. Alors que voilà, par exemple, je disais, donc Rizzo, je sais pas, par exemple, la cuisine, enfin, il y a plein de petits trucs comme ça, tu sais, qui sont intéressants. Et il a des rêves. Là, c'est juste, ouais, c'est un personnage extrêmement creux.
- Speaker #0
Et pourtant très attachant, du coup.
- Speaker #1
Et très attachant, mais dans le sens, ouais, creux dans le sens le plus dramatique du monde.
- Speaker #0
Moi, Joe Buck, comme je l'ai dit, je trouve que c'est un personnage qui est cru. Et donc, en soi, je ne le trouve pas. Il est très intéressant, mais je ne m'y attache pas forcément. Oui, il est cru pour une bonne raison. Voilà, il est cru pour... Mais je trouve que c'est vraiment une critique de... Je trouve qu'à la réalisation, on essaie un peu de nous dire qu'en Amérique, on fabrique des gens comme ça et qu'on les incite aussi à rêver, etc. Et qu'au final, ça va devenir dans la rue et tout ça. Mais finalement, ça nous arrange. Il faut bien quelqu'un en bas, quoi. Donc, on les fabrique un peu à la chaîne.
- Speaker #1
Je me suis demandé, alors ça, je ne l'ai pas repéré, donc c'est une question que je voulais vous poser. C'est dans l'idée des masques, des faux-semblants. Donc, on parlait du rêve américain, cette idée que la ville, c'est là où tu vas faire, là où tu peux tout réaliser. Et en quoi, visuellement, la ville a des faux-semblants ? En quoi la ville est un masque ? Est-ce que vous l'avez repéré ou pas ? Parce que dès qu'on arrive dans cette ville, on sent déjà que...
- Speaker #2
Je voulais dire, je sais pas si on attend, en fait.
- Speaker #0
Là, en fait, assez classiquement, quand on arrive dans la ville, ce qu'on voit, c'est la statue de la liberté, l'agitation, on voit dans les magasins, on filme...
- Speaker #1
C'est vrai qu'il y a les vitrines pas mal.
- Speaker #0
Les vitrines, on filme la richesse. Lui, il s'imagine prendre une montre, acheter un truc, etc. Les dames qui va aborder ont un manteau, etc. Et plus on avance dans le film, Plus on touche le fond, parce que même quand on va sur Times Square et qu'on voit les autres prostituées hommes, en fait c'est pas si grave, mais plus on va avancer et plus on va se retrouver dans la rue, mais dans vraiment le fond du fond. Donc c'est plutôt graduel.
- Speaker #1
Je pense, mais en fait c'est évident, mais la télé, même la radio...
- Speaker #0
Pour moi la télé c'était aussi une métaphore et la radio c'était un peu ce truc de, comme je disais, on fabrique des américains comme ça. Et c'est la télé poubelle et c'est tu vois, et on est en...
- Speaker #1
Un montage comme ça, ultra dynamique, où il va zapper sur la télé, il va enchaîner plein de programmes, ça va devenir limite épileptique. Ouais, ouais,
- Speaker #2
tout à fait. Ouais, ouais, et puis même, on en discutait, mais du coup, le tout début avec la radio, où il y a tout ce truc de qu'est-ce que recherchent les femmes ? Et donc, c'est ça, c'est complètement ça. Il veut correspondre à cette image-là et on lui fait croire que... Ouais,
- Speaker #0
tout à fait. Et puis tout l'image qu'il a en tête des rapports de force, etc. Ça s'avère vachement rapidement parce que dès qu'il arrive, qu'il va coucher avec une dame, en fait, c'est pas lui qui va recevoir de l'argent, c'est lui qui va en donner, tu vois, pour ressortir de la situation. Donc, tu vois, c'est pas du tout... Mais très rapidement, c'est désamorcé, quoi, New York. C'est évidemment pas ce que...
- Speaker #2
C'est ça, et en fait, comme on disait, le rêve qui te paraît, bon, pas si incroyable, quoi. Tu te dis, bon, ton rêve, là, c'est... C'est pas même, je me dis, ça paraît pas non plus inatteignable. Et en fait, tu dis mais même ça, c'est compliqué.
- Speaker #0
C'est inatteignable.
- Speaker #2
Même être prostituée dans ce monde là, c'est compliqué.
- Speaker #0
Le pire truc, c'est un moment où tu comprends qu'il n'est pas tout seul. Il n'est pas tout seul à être venu à New York pour faire ça. Et là, tu fais. Ouais,
- Speaker #2
ils sont tous comme lui et qu'ils se retrouvent tous du coup plutôt à faire, à faire des pratiques plutôt homosexuelles, dans les cinémas, etc. Et il y a notamment une scène, on n'en a pas parlé, mais du coup la fameuse rencontre avec le Connel, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
En fait, je trouve que c'est ça qui est hyper intéressant dans le film, c'est que ça joue beaucoup sur la symbolique. Et qu'il y a énormément de choses qui sont quand même sous-entendues. Il y a des choses très graphiques aussi, mais notamment ça sur le moment de la prière. Et tout le montage derrière.
- Speaker #0
On va tous les deux se mettre à genou, j'ai dit.
- Speaker #2
On va tous les deux se mettre à genou. Pardon ? Et toute cette fuite-là. Et le montage derrière où du coup il s'imagine retrouver Dustin Hoffman, enfin en tout cas faire la course poursuite avec Dustin Hoffman, machin, etc. J'ai du mal à... Enfin voilà, je voulais juste savoir ce que vous en pensez parce que moi cette scène-là, elle me marque énormément. Mais c'est vrai que je trouve... Enfin tu vois le truc de la prière qui le fait partir comme ça...
- Speaker #0
Ah oui, de toute façon il a un rapport avec Dieu qui est compliqué aussi. Mais ça, c'est en fait, il y a des trucs qui sont hyper difficiles parce que, comme on disait, c'est par flashback et on comprend son rapport. Donc, on comprend son rapport à la sexualité, à la télévision aussi et à Dieu, à la religion, etc. À travers ces flashbacks et tout, c'est il y a tout. Tout n'est pas clair. En tout cas, on sait que c'est des flashbacks, c'est des traumatismes. Et donc, du coup, quand il arrive à ce moment de la prière, il se dit non, il faut que je parte. C'est compliqué de savoir, de mettre la main dessus, de se dire ok pourquoi on sait qu'il a vécu un traumatisme, mais on sait pas exactement ce que c'est.
- Speaker #1
Bah après c'est comme tout être humain, genre un traumatisme tu vas jamais en avoir une vision claire. Oui c'est ça. Et ton cerveau va quand même pas mal fabriquer les choses, et lui, tu sens qu'il a essayé de pas mal refouler, bah du coup derrière l'image du cow-boy, il a essayé de pas mal refouler au fond de lui, et en fait à chaque fois ça remonte à des manières, enfin pas au meilleur moment, enfin je sais pas comment dire.
- Speaker #0
C'est rarement, ouais.
- Speaker #2
C'est rarement.
- Speaker #0
Ouais t'as ça et puis son rapport aux gens il est extrêmement naïf et c'est bizarre parce qu'il fait beaucoup confiance et on sent que...
- Speaker #2
Il a un côté presque enfantin.
- Speaker #0
Oui carrément ouais.
- Speaker #2
Notamment avec ses tenues et tout pardon mais...
- Speaker #0
Bah oui c'est ça.
- Speaker #1
Parce qu'il a pas eu d'enfance en fait. Tu te sens bien avec sa grand-mère et tout, tu sens qu'il a été privé d'enfance quoi.
- Speaker #0
Ouais c'est ça et même sa copine qui lui dit qu'il était le seul etc machin en fait il a un rapport aux gens qui était... Ouais c'est difficile à expliquer mais... en tout cas on sent qu'il aurait pu se détacher des gens vu qu'il a déjà ressenti des trahisons mais en fait non il est encore très naïf etc mais par contre à la fin du film ça ça va changer parce qu'il est même extrêmement gentil par rapport à il va faire prostituer, il y a des moments où tu peux pas enfin il peut pas se permettre d'être gentil etc et ça ça va disparaître au bout d'un moment aussi tu vois donc c'est aussi la ville elle te transforme, elle te prend,
- Speaker #1
elle te change ta page quoi du coup c'est un beau reflet je trouve de l'Amérique des années 60
- Speaker #0
On peut également refler un reflet qui est juste.
- Speaker #1
Mais c'est également, je trouve, plutôt moderne par rapport à nous, notre époque, cette idée de pouvoir partir de rien et de pouvoir réussir. Et là, comme vous l'avez dit, même la prostitution, c'est impossible. Tu ne peux pas partir de rien et réussir là-dedans.
- Speaker #0
Oui, c'est moderne. En fait, parce que dans ce que tu dis, partir de rien et arriver, en fait, c'est très classique. Donc, c'est des... C'est des films qu'on a toujours vus, depuis le début du cinéma, mais par contre, c'est la méthode de fabrication, de filmage et le choix, comme tu disais, qui détonne.
- Speaker #2
Dans la relation entre les deux, on n'a pas tant parlé, je trouve. Quand même, parce que...
- Speaker #0
Une belle bromance.
- Speaker #2
Une belle bromance.
- Speaker #1
C'est la prochaine question. Tu peux lancer.
- Speaker #2
Vas-y, vas-y.
- Speaker #1
Je voulais dire que... même si tous les personnages perdent et que tu ne peux pas réussir dans cette ville, il va y avoir une réussite entre guillemets à travers leur relation. Et qu'est-ce qu'on peut en dire de cette relation ?
- Speaker #2
J'ai une scène notamment qui m'a marqué c'est les retrouvailles où en fait, lui il n'est pas très content parce que The Sin of Man, il l'a envoyé vers un fou furieux
- Speaker #0
Il lui a volé 10 dollars Ouais, 10 dollars C'est 10 et 10 Oui.
- Speaker #2
fort,
- Speaker #0
franchement il dit mais ne me donne pas autant,
- Speaker #2
donne moi 10 maintenant t'es chaud mec franchement il est fort et donc t'as ce truc là où d'un coup dans un café il le croise sans, enfin voilà comme ça, et il y a ce truc là il se reconnaisse et avant la colère il y a de la joie Et ce truc-là, de se dire, mais en fait, le mec, il a envie de le défoncer. Enfin, juste après, ça va faire. Mais il y a ce truc-là de... En fait, c'est la seule personne avec qui j'ai eu une connexion, un truc un peu vrai. Et du coup, je suis quand même contente de le retrouver. Et après, de là, va partir toute leur relation qui va être vraiment très fusionnelle. Enfin, ils passent tout leur temps ensemble. Et oui, avec, bien sûr, c'est une histoire d'amour platonique, mais une histoire d'amour quand même.
- Speaker #0
Il refuse de se toucher, il refuse d'aller dans le même lit, enfin genre tu sens que... C'est ça ! Voilà, il y a...
- Speaker #2
Oui, ils sont refoulés. C'est ça,
- Speaker #0
mais jusqu'à ce qu'il y ait une scène qui est un peu marrante où quand lui du coup il transpire beaucoup et lui il essuie ses cheveux avec sa chemise. Donc là t'as un truc, c'est le seul truc où il se rapproche un peu plus physiquement quoi.
- Speaker #2
Ou le truc de quand il se réveille il dit mais elles sont où mes bottes, comment ça tu me les as enlevées ? Ah oui, c'est ça. Cette peur là. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Cette peur irrationnelle. Mais de toute façon, il parle tout le temps. Je ne suis pas pédé, etc. Pour moi, c'est un peu le message du film. C'est une alternative au rêve américain de dire que la réussite n'est pas tant matérielle,
- Speaker #1
mais de trouver des gens de confiance et de l'amour. Oui,
- Speaker #2
mais qui est quand même brisé.
- Speaker #0
Je crois que le film, il veut dire que la vie, c'est de la merde.
- Speaker #2
C'est ça. C'est que même si tu... T'as beau essayer de trouver une personne comme ça et de tout faire pour réussir ensemble, ça marche pas. Parce que la misère, elle te rattrapera toujours.
- Speaker #0
T'échappes pas à ta condition sociale d'une certaine manière. Oui, c'est ça. Comme il l'a dit, il y a un truc, Dustin Hoffman, à un moment, il sire des chaussures.
- Speaker #1
Ah oui, c'est un peu marrant quand même la scène.
- Speaker #0
Mais cette scène-là, elle est très cool parce que, et ça aussi niveau scénario, c'est assez intéressant parce que très rapidement, tu comprends d'où Dustin Hoffman il vient et tu pourrais dire à ce moment-là, en fait, lui, il sire des chaussures et tout et il le fait bien. Et tu te dis, ah ouais, mais du coup, là, tu pourrais peut-être même gagner ta vie, honnêtement. Et là, il explique, ouais, mon père, il faisait ça, tout ça pour ramener 3 dollars à la maison chaque soir, alors qu'il avait passé toute la journée derrière et tout. On l'a enterré, il avait de la cire partout. Là,
- Speaker #2
tu lui mettes des gants.
- Speaker #1
Je crois, le nom n'était pas gravé, quelque chose comme ça.
- Speaker #0
Donc ouais, là, en fait, très rapidement, tu te dis qu'il refuse. C'est une certaine forme d'esclavage, en réalité. Et ça, il la refuse. Donc c'est un chou.
- Speaker #1
malgré le peu de choix qu'il a de Sinoffman lui il prend le choix de dire mais je ferais pas ça quoi même je me suis demandé s'il n'y avait pas non plus une petite pointe de jalousie après la fête donc il va coucher avec une femme et après l'autre il va lui demander comment c'était et je me suis dit c'est très étrange et je me demandais s'il n'y avait pas une petite pointe je sais pas de jalousie ou quoi le sous-entendu oui oui oui bien sûr
- Speaker #2
Et en même temps, il y a vraiment ce que je pense aussi, notamment une scène où Joe Buck, il va dans un hôtel où il n'y a que des femmes. Et donc, c'est là où justement, tu as tout le rêve de la Floride. Et donc, il y a aussi ce truc-là de, ok, ils sont très proches et tout, mais il y a ce truc de Sinnerman, il se dit peut-être que lui, ça va être la clé pour sortir de ma condition. Oui, c'est ça. Et en une scène, tout l'espoir se brise.
- Speaker #0
Ça, c'est dramatique. Même son rêve se retourne contre lui et tout.
- Speaker #2
Oui, même dans son rêve, il ne peut même plus rêver.
- Speaker #0
Et par rapport à la scène où... Et à la fin, quand il demande « Ouais, est-ce que ça s'est bien passé ? » Le sous-entendu homosexuel, je trouve plus fort et plus explicite quand Joe Buck, il n'arrive pas à aborder avec la meuf et qu'il a besoin de contact physique, qu'elle soit agressive vis-à-vis de lui. Il recherche une présence plus masculine, plus... Je me suis dit... Bah, c'est elle qui prend les rênes, c'est elle qui prend le dessus. Ah oui, ça,
- Speaker #2
je suis d'accord. Après, je sais pas si tu peux lier ça à une présence plus masculine, le fait qu'elle, elle prenne les rênes.
- Speaker #0
Bon, en tout cas, l'idée qu'on a de l'amour, etc., en général, c'est le mec qui domine. Et ça veut pas dire que... Mais c'est lui, dans son esprit, c'est... Il associe quelqu'un qui prend le dessus à un homme, quoi, tu vois, dans le sexe.
- Speaker #1
Bah, c'est même dans son traumatisme. Pour moi, c'était par rapport à ça. Ouais. Trop bizarre, refoulé, où il s'était fait complètement écraser quand il y a la scène de viol. Et il y avait un truc de traumatisme refoulé, trop bizarre qui ressortait à ce moment-là.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Je ne sais pas trop comment l'expliquer, je suis très étrange.
- Speaker #2
Oui, c'est ça. Il faut vraiment penser que les flashbacks, etc., c'est vraiment par à-coup.
- Speaker #1
Pas clair du tout. Comme on disait, ça mélange...
- Speaker #2
Un flashback. Oui, c'est un moment, je crois,
- Speaker #1
dans un de ses rêves, dans un de ses traumatismes. Je crois que tu as même Dustin Hoffman qui apparaît. Oui, tout à fait. Et là, je me suis dit, alors là, vraiment, je ne comprends plus rien.
- Speaker #2
Oui, il est là, il regarde tout. Oui, c'est ça. En fait, c'est ça aussi dans leur relation. Tout à fait. Du coup, ils viennent tous les deux s'immiscer. dans les rêves les flashbacks de l'un de l'autre enfin il y a vraiment ce truc ils font maintenant ça fait vraiment entièrement partie de la vie de l'un et de l'autre jusqu'à dans l'imaginaire c'est beau putain et donc ils s'imaginent plus ne
- Speaker #1
plus vivre ensemble jusqu'à cette fin absolument tragique moi je vous propose on aborde la fin et c'est pour ça que je vais mettre un warning à spectateurs Si jamais on vous a donné envie de voir le film, parce que là on va évoquer la fin qui est quand même assez importante, et que vous avez envie de voir le film, faites pause, allez voir le film, et revenez ici juste après. On vous laisse 10 secondes pour vous préparer.
- Speaker #0
Pas pour voir le film parce que ça prend quand même vachement plus de temps.
- Speaker #1
Ce qui continue ici, c'est que vous êtes prévenus ou vous vous en fichez d'être spoilés. Et c'est dommage. Je voulais peut-être juste préciser ce qui se passe sur la fin. Donc... le rêve du personnage de Dustin Hoffman c'était d'aller en Floride et comme il est très mourant à cause de sa maladie Joe Buck va l'accompagner dans le bus direction la Floride et le personnage de Ratsou Rizzo dès que le bus va arriver en Floride va mourir de maladie et du coup Lucas t'avais quelque chose à ajouter ?
- Speaker #0
Non que c'était évidemment une fin qui m'avait fait penser à la fin du Lauréat ou à la fin du Lauréat qui est Merci. Le deuxième film du nouvel Hollywood, à la fin du Lauréat, Dustin Hoffman se retrouve dans un bus. C'est pas le premier film ? Le premier film c'est Bonne & Clyde.
- Speaker #1
Ah ok d'accord, je pensais que c'était le premier.
- Speaker #0
Et donc il se retrouve dans un bus avec sa fiancée, et c'est une scène qui est extrêmement culte parce qu'ils sont enfuis, elle s'est enfuie de son mariage pour vivre avec Dustin Hoffman, et en fait dans le bus, leur sourire va se... va se dissiper au fur et à mesure du plan, quoi. Et pour se rendre compte qu'en fait, qu'est ce qu'ils viennent de faire ? Où est ce qu'ils vont ? Où est ce qu'ils vont mettre les pieds ? Tu vois, donc cette scène, elle était très culte. Et là, c'est un peu la même chose dans le sens où tu prends le bus. Et d'ailleurs, c'est déjà intéressant comme truc tout bête, mais comme moyen de locomotion, parce que tu pourrais dire en général, l'idée qu'on a de la liberté, c'est la voiture. Là, c'est des gens pauvres. qui prennent le bus, mais pour faire des grandes distances, ils font genre 30 heures de bus.
- Speaker #1
C'est là où tu te rends compte en plus que c'est gigantesque, la distance qu'ils parcourent. C'est 31 heures de trajet.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Et en même temps, c'est aussi passionnant, je trouve, en bus, d'arriver à changer de climat comme ça assez rapidement. Enfin bref. Moi,
- Speaker #1
je ne suis pas à l'aise en plus dans ce bus.
- Speaker #0
Là, surtout sur le retour, tu sens qu'il fait chaud, il s'épuise,
- Speaker #1
c'est vraiment...
- Speaker #0
Ce qui est intéressant, c'est que du coup, Du coup, l'aller, c'est un bus et il essaye de parler à des gens et tout le monde s'en fout et ne lui parle pas. Et là, au retour, il a son pote avec qui il rigole. Ça, c'est chouette. Et en même temps...
- Speaker #2
Tu sais, tu vois le truc arriver.
- Speaker #0
Ouais, en fait, comme Dustin Hoffman dans le L'Oréal, à la fin, le bonheur va très rapidement s'estomper pour laisser place à la solitude.
- Speaker #2
Et à la solitude.
- Speaker #0
Tu vois, mais ouais, il y a un truc extrêmement... plus serein. extrêmement froid parce que même quand le chauffeur de bus va dire c'est quelqu'un de votre famille et il va dire ah non et je le trouve assez distant moi le jeu bug par rapport à Dustin Hoffman finalement je me dis ah est-ce qu'il était si attaché que ça il y a un peu un truc de je sais pas moi à la fin sur son jeu après c'est trop cool qu'on surjoue pas le truc ah mon dieu t'es mort et tout carrément mais je sais pas après c'est pas quelqu'un de hyper intelligent non plus et je me dis à quel point t'arrives à comprendre ce qui se passe, à quel point t'arrives à...
- Speaker #2
C'est le choc aussi. C'est le choc, t'as plein de trucs. Tout à l'heure, tu parlais des faux-semblants, il y a ça aussi, parce que tu vois, le chauffeur de bus, par exemple, il va dire oui, c'est juste un malaise, il va pas priver les gens, et du coup, j'ai un peu l'impression que lui aussi... Circuler, y'a rien à voir. Voilà, c'est ça. Lui aussi, y'a ce truc-là, on montre rien...
- Speaker #1
Et du coup, t'as l'impression qu'on s'intéresse au final plus trop aux marginaux, quoi, c'est que genre, ils peuvent crever, en fait, tout le monde s'en fout, c'est invisible.
- Speaker #2
C'est ça, ils peuvent crever vraiment au beau milieu d'un bus, avec plein de gens autour qui le voient. Et ça va rien changer. Tout à fait.
- Speaker #1
Et comment vous ressentez cette fin ? Est-ce que c'est la fin du rêve américain ? Est-ce que c'est une fin tragique,
- Speaker #0
un peu paradoxale ? Ou est-ce que c'est une forme de libération ?
- Speaker #2
Le rêve américain est le début du film, si tu veux.
- Speaker #0
Oui, et puis même, en fait, c'est la fin du rêve américain. C'est de dire que, quoi qu'il arrive, dès le début, on a compris que le rêve américain, c'était une connerie. Voilà, on est bien... montrer que déjà là les exigences étaient assez basses, moi je sais pas si le film il cherche à donner un message etc il cherche à faire un portrait d'une ville et d'une génération de personnes et à la fin moi vraiment c'est juste pour dire bah regardez on fabrique, on a une ville à, pardon d'être cru mais à Crétin où il y a maintenant peu de gens qui essayent de s'instruire, de réfléchir etc et les peu de gens qui arrivent à à s'accrocher à des choses qui leur plaisent, à la cuisine, à essayer d'avoir raison, ce genre de trucs là. Ces gens là, ils meurent. Et en fait, quelque part, ça nous arrange quoi.
- Speaker #2
Oui, c'est les personnages. C'est les Joe Buck qui survivent. C'est ça. Et aussi à ce côté cyclique ou du coup, je doute que bien sûr, en Floride, ça va être la même chose. Et qu'en plus, du coup, là, il repart seul. Il y avait ce truc de bombe à cette fois ci, on est deux.
- Speaker #0
Tu as un body.
- Speaker #2
Du coup, ça change tout. Et au final, c'est le même trajet en bus de Sheva Commander pour arriver au même résultat où il part de absolument rien et il va rien se passer de mieux que ce qui s'est passé à New York parce qu'en plus il rencontrera probablement...
- Speaker #0
Il avait la radio, tu vois. Et là, au retour, il avait Dustin Hoffman.
- Speaker #1
Je trouve que l'illusion est encore plus forte concernant la Floride parce qu'encore New York, quand il arrive, il y a un statut de la liberté, mais tu vois très vite que la ville... et sale et que bon bah c'est pas un meilleur lieu mais la Floride il va beaucoup en rêver, il va acheter carrément sur le chemin des petites chemises à fleurs, des petites lunettes de soleil tu vois qu'il fait beau et tout et pourtant tu sais que ce n'est qu'une façade.
- Speaker #2
Et d'ailleurs il y a plus, enfin il ressemble moins à un cobaye à la fin il y a quand même ce truc là dans le changement parce que je dis c'est un cycle mais il y a quand même ce gros changement là où tu dis ah bah peut-être que du coup il abandonne quand même un peu plus cette image là et qui va aller vers autre chose. D'ailleurs,
- Speaker #1
je dis à la serveuse, elle lui demande d'où il vient. Il lui dit moi, je viens de New York. Mais par contre, elle esquisse un petit sourire et je me suis dit Ah, peut être New York, Floride, ça fonctionne bien. Du coup, si jamais vous cherchez un dernier ou quoi.
- Speaker #0
Ouais, mais c'est intéressant aussi que tu dis t'oublies tes origines. Quoi ? Mais de toute façon, par rapport à ces flashbacks et tout un désir de refler le passé.
- Speaker #2
Ouais, mais Pendant tout le film, il ne le faisait pas. Enfin, en tout cas, cette chose-là du code qu'il gardait.
- Speaker #0
C'est cyclique et en même temps, Joe Buck, il évolue, il change. Et tout ça, en plus,
- Speaker #1
fait partie du thème de l'errance. Donc, c'est vrai qu'il est dingue. Je trouve que c'est un personnage qui va sans direction et pourtant, il en a une. C'est franchement bien joué. Ouais, c'est ça. J'ai des questions un peu plus larges sur la fin, si vous voulez. Je vais demander, est-ce que pour vous, il y a une scène ou un plan qui résumerait tout le film ?
- Speaker #2
Ah c'est dur ça.
- Speaker #0
C'est sur la fin quand Dustin Hoffman juste il a les yeux ouverts et qu'il meurt. Et il y a un choix qui est quand même intéressant, c'est que Joe Buck il reste à côté d'un cadavre tu vois.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et donc c'est, tu fais avec la misère, tu fais avec le, comment dire, la misère la plus totale, mais tu restes là quoi. T'acceptes et tu restes dans le bus, tu continues ton petit chemin et c'est comme ça.
- Speaker #1
Moi, j'avais en tête, alors je sais pas pourquoi ça m'a autant marqué, alors que c'est pas si dingue que ça. À un moment, il va pour téléphoner, je sais plus si c'est à O'Connell ou à Ratorizo, mais il va pour téléphoner et t'as une dame qui lui demande le chemin et il va lui dire, vous suivez les feux verts. Et après, il va téléphoner. Et ça, ça faisait écho au moment où, quand il arrive en ville à New York, il va demander la direction de la statue de la liberté. Sauf qu'il va pas vraiment chercher la statue de la liberté, c'est un mensonge. par ce truc où il va lui-même pas vraiment indiquer le chemin, pour moi, ça voulait dire que tout le monde était erré, en fait, et c'est ce qu'on disait tout à l'heure. Tout le monde erre et personne ne sait où il va vraiment. Et je trouvais que c'était une idée très belle. En plus, il le fait un peu marrant, comme il le dit. C'est vrai qu'on n'en parle pas trop, mais il y a des petites touches humoristiques, quand même, je trouve, dans le film, qui sont un peu marrantes, quand même.
- Speaker #2
Tout à fait.
- Speaker #1
Des touches d'humour sombres.
- Speaker #2
D'humour, quand même.
- Speaker #0
D'humour, quand même.
- Speaker #2
Je sais pas si ça résonnerait tout le film, mais moi, dans les scènes qui ont... Tu vois, les petites séquences comme ça qui te marquent. Moi, j'ai le moment où...
- Speaker #0
Je suis désolé, je repense à... I'm walking here !
- Speaker #2
Ouais, j'avoue, ouais, ouais. Non, le moment où... Justement, c'est après la soirée où The Sin of Man dévale les escaliers.
- Speaker #0
Ah oui, oh, c'est violent.
- Speaker #2
Ouais, et la violence du moment avec justement elle qui s'en fout. Ouais, lui qui... Justement, t'as tout ce truc où il part quand même avec elle, mais il hésite et il regarde en mode « bah je sais pas trop » . Je trouve que dans leur relation, ça montre pas mal de choses quand même. Et tout le refoulement aussi, de dire « je peux pas assumer de vouloir rester avec plutôt Dustin Hoffman que la fille » .
- Speaker #1
Et sachant que Dustin Hoffman, juste après, va se relever direct. On dirait que tout va bien. Il garde sa dignité,
- Speaker #2
comme on le disait. Donc je trouve que dans leur relation et dans leur partenariat, ça montre bien.
- Speaker #1
J'ai une autre question. Qu'est-ce que le film a changé dans votre regard sur le cinéma américain de cette période, ou sur la représentation même des marginaux du rêve américain sur le cinéma ?
- Speaker #0
Ce que j'avais dit sur les Torbox, c'était que il y a beaucoup de livres et de films américains qui ont fait où le sujet était le rêve américain. En fait, comme je l'ai dit dans un autre épisode du podcast, tous les blockbusters parlent de rêve américain ou de fascisme. Et celui-là le fait, mais d'une certaine manière, qu'à la fin, tu te dis, je crois qu'on peut faire une croix dessus. Et que c'est encore étonnant, aujourd'hui, de voir les Américains qui votent pour Trump, toujours avec cet esprit-là. En fait, je trouve que c'est le film qui est le plus lucide vis-à-vis du rêve américain. Et encore une fois, il ne le décrit pas. En fait, presque pour moi, il ne dit pas, ça n'a jamais existé, arrêtez d'y croire. Il dit juste, c'est ça que vous vivez. et on ne pourra rien y faire. Et donc c'est terrible, mais en faisant ça, tu devrais pouvoir prendre conscience, d'une certaine manière. Et après, sur mon regard sur le cinéma, moi vraiment, sur le montage, c'est une des rares fois où je me dis « Putain, on peut monter différemment, on peut raconter une histoire qui peut être linéaire, mais en même temps avec... » tu vois, avec quelque chose de plus expérimental, et puis d'essayer d'autres formes de narration, quoi. Et là, je trouvais que c'était assez dingue. Je reprends ça avec des trucs, mais quand on disait on mélange souvent rêve et réalité, au début, il va voir une vitrine et puis il va s'imaginer la prendre, etc. Et en fait, tout ça au montage, je me dis genre putain, ça pull de créativité, etc. Donc là dessus, ouais, j'ai trouvé ça chouette.
- Speaker #2
Je suis totalement d'accord avec toi sur la créativité qui est mise dans le film et ouais comme je disais moi je l'ai découvert assez jeune et je pense qu'à l'époque ce qui m'a marqué c'est que je me disais mais putain on peut faire un film aussi pessimiste c'est vraiment ça, on peut faire un film on dit il n'y a aucun espoir Happy End C'est ça, parce que le Nouvel Hollywood, du coup, il y a vraiment beaucoup de fins très tristes. Mais du coup, quand tu découvres le Nouvel Hollywood avec ce film-là, tu te dis « putain, j'avais jamais vu ça avant, parce que moi, ce que je connaissais du cinéma américain à l'époque, c'était pas ça. » Donc je me dis « putain, ça existait, des films aussi pessimistes ? » On peut dire qu'en fait, on cherche pas toujours à trouver la résilience ou je sais pas quoi, ou le fait qu'il y a toujours un peu d'espoir, ça va aller, etc. Il y a des gens pour qui toute leur vie, ça ne va pas et ça ne va jamais. Et le cinéma peut aussi montrer ça. On n'est pas obligé d'avoir toujours de l'espoir. Et ça, je ne savais pas que dans les modes de narration que j'avais vu jusqu'ici, j'avais jamais vu un film qui poussait le pessimisme aussi. Oui,
- Speaker #1
c'est vrai. La dernière question que vous avez, j'ai l'impression que ça répète pas mal ce que vous avez dit. Par rapport à nos auditeurs, si vous deviez conseiller le film à quelqu'un, quelle image ou argument vous mettriez en avant pour lui vendre le film ?
- Speaker #0
Au-delà de donner une image ou quoi, c'est un film qui est intéressant et de replacer dans son histoire et qui offre une forme différente de narration. Et après, en fait, on a dit déjà beaucoup de choses, je dirais pour le jeu d'Austin Hoffman, pour montrer que, voilà, il y a des acteurs qui peuvent s'attacher à... Parce qu'on parlait de filmer tous ces personnages et tout, mais c'est des acteurs aussi qui se disent « Ok, on va jouer différemment, on va interpréter un personnage que personne n'a envie de côtoyer. Et donc rien que pour cette performance, il faut voir le film. » Et puis de replacer ces personnages-là. Vraiment dans New York, on ne fait pas ça en studio, on fait ça...
- Speaker #1
Du coup, l'anecdote que je disais où la fée se fait renverser par la fête. Voilà,
- Speaker #0
exactement. Oui,
- Speaker #2
c'est ça, l'agitation de la ville. Et puis surtout quand on part...
- Speaker #0
Ce film, comme tu disais, Jade, au cinéma américain auquel on est confronté dernièrement, sans même parler des blockbusters ou quoi, mais des films d'auteur, je trouve que ce film permet de voir d'où l'on vient. Mais vraiment, parce qu'à Nora, les gars, tout ça, je veux dire, on part pas de nulle part. Et ensuite, d'où l'on vient. Et puis ensuite, voir qu'à l'époque, on était moins consensuel, en tout cas, qu'aujourd'hui, même dans le cinéma d'auteur.
- Speaker #1
j'y pense mais le renouveau du cinéma indépendant américain dans les années 80 avec on avait parlé de Jim Jarmusch mais même Spike Lee bah vient enfin c'est un héritage direct avec Nouvelle Hollywood par exemple si vous avez déjà vu des films de Spike Lee bah franchement je suis d'accord avec le côté
- Speaker #2
90 pour pour votre culture et non mais vraiment l'histoire du cinéma américain bah passe énormément enfin le Nouvelle Hollywood c'est quand même un grand moment et ça a tout changé Merci. en fait tout simplement, et ça fait partie des films qui sont peut-être pas les plus cités. Enfin, il n'est pas énormément cité. C'est que c'est pas...
- Speaker #0
C'est pas Easy Rider, qui est pourtant un film pas facile à voir, Easy Rider, qui est très connu, alors que celui-là, vous ne l'avez peut-être pas vu. Et il me semble qu'il y a pas mal de gens à qui ça peut plaire. Oui,
- Speaker #1
et que j'imagine qu'il a eu quand même un héritage, même dans le nouvel Hollywood, que plein d'auteurs sont appuyés sur ce film-là. C'est plein de trucs qu'on a déjà vu dans le Nouvelle Hollywood, mais qu'à l'époque on ne connaissait pas.
- Speaker #0
Et puis le Nouvelle Hollywood, c'est une période qui a duré très peu de temps, mais on a vu des films qui abordaient des sujets qui n'étaient pas faciles. Notamment, tu avais Harold et Maud, où on montrait une histoire d'amour entre un mineur et une vieille dame de 80 ans. C'est intéressant de voir des films qui te montrent des trucs...
- Speaker #2
Harold et Maud, c'est tellement bien.
- Speaker #0
dont la morale n'est pas forcément la plus consensuelle et où tu peux dire « Ah oui, d'accord, on va dans une enfance de porte ouverte » On s'attache à montrer des personnages différents auxquels on n'a pas l'habitude de donner des images.
- Speaker #2
Et avec qui on n'est pas toujours moralement en accord.
- Speaker #0
C'est important aussi. Ratorizo, moi au début je me suis dit si c'est ça tout le film ça va être insupportable si t'as pas envie d'être à côté de lui parce qu'il tousse tout le temps il a une voix très nasale très aiguë y'a rien qui va sur ce personnage et pourtant tu vas t'attacher à lui quoi donc il a du charisme mais moi ce qui me fait la première scène où ils se rencontrent et que Joe Buck il dit bah je suis prostitué tu le savais pas comment tu pouvais faut le dire ce genre de choses je trouve que t'as rien qui choque c'est ouvert d'esprit ce Rizzo enfin Rico pardon et même Joe Buck au début je le trouvais insupportable en cow-boy il mâche son chewing-gum la bouche ouverte avec sa radio Si il est à côté de moi dans le bus, en vrai, je ne vais rien faire. Les gens l'aiment pas. Mais pourtant, on l'aime quand même pas mal.
- Speaker #1
Ben ouais. On pourrait continuer d'analyser ce film. Parce que rien que de penser à cette intro, je vais dire...
- Speaker #0
Sachant que t'as la node en plus au début. Enfin bref. Voilà, tout à fait. Un film riche en analyse, en créativité, en désespoir. Donc on vous invite. Qui sera riche en traumatisme, tout à fait. Si vous le regardez. Ouais. Comme Jade au lycée. Ça a forgé au moins toute la cinéphilie après.
- Speaker #1
Vraiment, pour le coup.
- Speaker #0
Parce que Nouvelle Oud, t'aimes bien ça en plus.
- Speaker #1
Oui, j'aime beaucoup ça. Et puis moi, ça me fait penser aussi à des films, des trucs que j'ai regardés plus tard, La fièvre de Petrov, notamment le thème de l'errance. C'est un thème qui me parle beaucoup, grâce à ce film, très certainement.
- Speaker #0
Bon choix de thème. Bah voilà, écoutez, j'allais dire à la semaine prochaine, mais rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode de Dans le Rétro. Effectivement, n'oubliez pas, là, le thème sera les bouteilles d'eau. Les supermarchés. Ouais !
- Speaker #1
Non,
- Speaker #0
mais ça sera sur Instagram en story, donc arrobas vendredi ciné. Tout à fait. Et comme ça, si jamais vous avez envie qu'on parle d'un film, vous n'aurez qu'à voter. Et puis... Portez-vous bien, il y aura un épisode classique forcément la semaine prochaine. De toute façon,
- Speaker #2
on est actifs.
- Speaker #0
On est actifs. Il y a le site, il y a les réseaux.
- Speaker #1
Dans les bureaux de Vendredi Ciné, ça va. Dans les bureaux de Vendredi Ciné, ça va.
- Speaker #0
C'est tellement bien d'avoir des bureaux, des TI. Bisous tout le monde et sur ce...
- Speaker #2
La route, là où on va, on n'a pas besoin de route.