- Ombeline
Vous aspirez à plus, plus de liberté, plus d'espace, plus de fluidité dans votre expansion, plus de prospérité, mais autrement. Ici, on ne cherche pas à faire plus, on cherche à créer mieux, à trouver un mouvement qui nourrit au lieu d'épuiser, un chemin où l'ambition ne s'oppose plus à la conscience. Bienvenue dans un nouvel épisode de Vérité. Certaines femmes portent en elles des ponts, des ponts entre les cultures, entre les mondes, entre le visible et l'invisible. Charlotte Courtois est de celles-là. Conférencière, podcasteuse et fondatrice de l'ONG Constellatio, accrédité par l'UNESCO depuis plus de 14 ans, Charlotte œuvre à éveiller les consciences au dialogue interculturel, en allant à la rencontre de milliers d'enfants à travers le monde. Elle partage aussi son regard affûté, sensible sur nos différences culturelles à travers ses conférences et son podcast Surprise Interculturelle. Mais aujourd'hui, c'est une autre facette d'Aide que j'avais envie d'explorer avec vous. Celle d'une leader en transformation. Une femme qui a tenu une organisation à bout de bras à travers ses deux burn-out, remis en question ses fondations. Et qui choisit maintenant de faire autrement. Dans cette conversation, on parle de leadership vivant, d'identité, de rapport à l'argent, d'énergie, de limite, de reconstruction. On parle de cette tension que beaucoup d'entre nous connaissent, celle de vouloir impacter sans se sacrifier. Charlotte nous ouvre un espace rare, vrai et nuancé. Bienvenue Charlotte, bienvenue dans le podcast Vérité.
- Charlotte
Merci beaucoup. Oh, je suis émue de cette introduction. Ça fait un peu regard dans le rétroviseur sur les 14 dernières années. Ça me touche en tout cas. Merci de m'avoir mis à ton micro.
- Ombeline
Tant mieux, tant mieux. Comment vas-tu aujourd'hui ?
- Charlotte
bien Globalement, bien. Je suis dans une phase de doute en ce moment. On va en parler, c'est pour ça que tu es là. Oui, tout à fait. L'équilibre est là. C'est toujours un peu instable, mais l'équilibre est là, donc c'est plutôt bon signe.
- Ombeline
Puis l'équilibre est un déséquilibre perpétuel, n'est-ce pas ?
- Charlotte
Mais totalement. Ça dépend. Si on ne veut plus bouger, ne pas avancer, c'est sûr qu'on est stable. Mais c'est comme quand on marche. Quand on marche, on perd l'équilibre à chaque pas. C'est ça qui nous fait avancer.
- Ombeline
Alors, j'aime bien poser la question pour les auditeurs qui sont uniquement avec la voix, de savoir où est-ce que tu te situes ?
- Charlotte
Une fois n'est pas coutume, je suis chez moi. Et chez moi, c'est donc à Rennes, en Bretagne. Je suis dans ma pièce de vie, salon, bureau, salle à manger, cuisine, ma grande pièce de vie, au chaud chez moi, entourée par tous mes souvenirs de voyage. C'est mon cocon, je l'appelle le cocon de la voyageuse.
- Ombeline
Est-ce qu'il y a un voyage plus particulièrement qui t'a marqué et qui est vraiment au cœur de ton leadership aujourd'hui ?
- Charlotte
Quand j'étais adolescente, quand j'avais entre 13 et 15 ans, on a habité avec mes parents et mes frères et soeurs en Australie, à Sydney, pendant deux ans et demi. Et ça a été un peu le début de tout le reste, finalement. Ça a été une prise de conscience qu'en fait, il y a d'autres manières de vivre, d'autres manières de comprendre la vie. Je ne sais pas, c'était l'ouverture du champ des possibles. Donc peut-être que ce voyage-là a été particulièrement marquant. Et puis, c'est quand même cool. Tu vois, quand tu es adolescente, en plus, moi, j'ai grandi à la campagne, etc. On se retrouve à Sydney avec la mer, avec les surfers, avec les barbecues sur la plage, les week-ends camping sauvages dans les parcs naturels au milieu des kangourous. Enfin, bon, c'est assez magique. Donc, il y a l'Australie à l'adolescence qui a donné le là pour beaucoup de choses dans ma vie.
- Ombeline
Oui, c'est ton premier choc culturel, on pourrait dire ça comme ça ?
- Charlotte
Ah bah totalement, ouais, ouais, tout à fait.
- Ombeline
Est-ce que c'est cette première expérience-là qui te donne envie de prendre le chemin de l'interculturel, ou est-ce que t'as fait d'autres détours avant d'y revenir ?
- Charlotte
Un peu l'un et un peu l'autre, finalement. C'est-à-dire que quand on est rentré d'Australie, donc j'avais un peu plus de 15 ans, je suis allée un peu vite dans ma scolarité, donc j'étais en première à l'époque. J'ai passé mon bac à 16 ans, et donc la question s'est posée de ce que je voulais faire de ma vie. La seule chose que je savais, c'était que je voulais voyager si possible, mais en tout cas évoluer en milieu multicultural. Et donc, j'ai choisi de faire une école de commerce internationale. Alors moi, en plus à 16 ans, j'avais tout sauf envie de m'enfermer en prépa pendant deux ans. Donc, je voulais que ce soit une école post-bac et une école qui me permette de partir à l'étranger. Et donc, j'ai fait une école qui s'appelle Neoma Business School. Et au sein de Neoma, il y avait un programme qui s'appelle le CESEM, qui permet de faire deux ans en France, deux ans à l'étranger. Et donc, pour moi, c'était à Madrid, en Espagne. Bon, finalement, je suis restée 4 ans. Mais tu vois, à cette époque-là, ouais, il y avait... En fait, je ne me suis pas dit sur le coup je vais travailler sur la diversité culturelle. mais je voulais à tout prix être entourée d'autres cultures. Et ça, c'était important pour moi. Et puis après, ça s'est affiné avec le temps, ça s'est affiné avec les cours de management interculturel qu'on avait à l'école. Parce qu'aujourd'hui, avec le recul, je me dis que c'était quand même très précurseur, très pionnier, parce que ça commence à faire un moment, je ne vais pas donner le nombre d'années, mais ça commence à faire quelque temps. Et puis parce que j'ai fait mon mémoire de fin d'année, de fin d'études sur le storytelling. comme outil pour développer les compétences de management interculturel chez les managers en entreprise. Ça aussi,
- Ombeline
c'était précurseur.
- Charlotte
Oui, c'était génial. Je me suis éclatée. J'ai étudié les usages de la narration dans la société depuis longtemps, autant les griots africains que les jeux vidéo ou l'histoire avec un grand H ou la religion, la Bible, le Coran, etc. Et j'allais chercher ce que les chercheurs en disaient finalement pour faire le lien avec la transmission de valeurs. autour de l'interculturalité et de la gestion de cette diversité culturelle. Et c'était vraiment chouette. Et ça, voilà, c'était la continuité. Puis de fil en aiguille, je me suis dit, j'ai envie de travailler sur la gestion de la diversité culturelle en entreprise. J'ai fait un master recherche en sociologie et anthropologie sur les migrations et les relations interethniques à Nice. Puis j'ai bossé dans le cadre de l'entreprise. Puis j'étais assez rapidement déçue parce que je me suis rendue compte qu'en fait, on ne parlait pas de diversité culturelle. On ne parle pas de diversité tout court d'air. Oui, on en parle de plus en plus, mais en tout cas, moi, à l'époque, je bossais dans une asso qui s'appelle l'AFMD, l'Association française des managers de la diversité. Donc, on travaillait sur des sujets autour du handicap, de la gestion des âges, de l'égalité de genre, mais on ne parlait pas de diversité culturelle au sens vraiment des cultures nationales ou régionales, enfin, tu vois, des façons de vivre. On parlait un peu de... lutte contre la discrimination, d'origine ethnique, mais pas de diversité culturelle au sens de comment tu vis et comment tu comprends le monde, et comment tu réagis. Et puis, quand j'avais fait mon mémoire, je m'étais dit « ça serait cool de faire un truc avec les enfants là-dessus » . À l'époque, je me suis dit « je vais bosser pendant 10 ans, je mettrai de l'argent de côté, je ferai une année sabbatique, je ferai un truc avec les enfants » . Et du coup, ça s'est fait un peu plus vite que prévu. C'est là que j'ai commencé à poser les bases de Constellation finalement.
- Ombeline
Il y a une question qui m'est venue tout à l'heure au début où tu parlais. Tu disais, ça a été tout de suite évident pour moi que je voulais être dans un environnement multiculturel. Tu disais que c'était important pour moi. Pourquoi c'était important pour toi ?
- Charlotte
Parce que tu es en découverte permanente, en fait. Tu découvres à la fois ce que peuvent faire d'autres gens, où d'emblée, tu as tendance à te dire, on fonctionne tous plus ou moins pareil. Moi, j'ai un peu grandi comme ça. C'est bon, tu n'es pas différente de la moyenne. Et en même temps, tu découvres qu'il y a des gens qui font les choses différemment, mais du coup, ça élargit ton champ des possibles et tu te dis, « Ah, mais en fait, je ne suis pas obligée de faire comme on a toujours fait. » Tu vois, il y a vraiment ce côté-là. Donc, à la fois l'émerveillement, l'intérêt pur de découvrir d'autres choses et puis comment tu l'intègres dans ta vie et comment tu te dis, « Tiens, mais en fait, je n'avais pas vu ça comme ça. » Tu sais, ça approfondit, ça affine tes réflexions, tes opinions, ton regard sur le monde. Il y a un côté enivrant un petit peu à ça. Pour moi, en tout cas, je le vis comme quelque chose d'assez enivrant. C'est en anglais le mot « exhilarating » . Il y a vraiment un truc qui te sent en ébullition un petit peu. Et moi, quand c'est comme ça, clairement, je me sens vivante. Justement, je ne me sens pas stagnée. Il y a un côté… C'est de la vie que ça apporte, je trouve, dans mon quotidien, en tout cas.
- Ombeline
Magnifique. Puis oui, c'est aussi toute la richesse. de la rencontre de plusieurs cultures, sachant que la notion de culture, pour les auditeurs, ce n'est pas forcément entre deux pays, entre deux religions, ça peut être aussi entre deux personnes.
- Charlotte
On est des patchworks. Chaque personne est un patchwork de plein de cultures. Il y a effectivement les cultures nationales qui sont les premières qui nous viennent à l'esprit quand on parle de culture. Il y a des cultures régionales. Moi, je suis en Bretagne, mais typiquement, on a une identité culturelle. Et moi, dans le sud,
- Ombeline
dans le Var. Donc, c'est la même culture.
- Charlotte
Même si ce ne sont pas les mêmes cultures, parce qu'en Bretagne, clairement, tu mets à côté quelqu'un du Crase-Bras, donc du centre-Bretagne, quelqu'un du Morbihan, quelqu'un des Côtes d'Armor, il y a des différences importantes, justement. Donc, il y a cet aspect régional, il y a des cultures... Alors, ça peut être les régions plus grandes aussi, tu vois, européennes, les cultures religieuses, tu as les cultures organisationnelles, les cultures d'entreprise, ça peut être très différent, les cultures métiers, tu mets face à face, j'en sais rien. Une chercheuse dans le Big Pharma de 25 ans avec un commercial de 50 ans dans l'humanitaire, tu vas avoir des cultures qui vont être différentes également. Donc voilà, en fait, chaque personne va être un patchwork de différentes identités culturelles. Donc c'est ça qui fait que ce n'est pas facile, ce n'est pas évident, parce que ce n'est pas aussi... Et justement, c'est ça qui est chouette, c'est que ce n'est pas juste « Ok, toi, tu es dans cette culture-là, donc tu fonctionnes comme ça » . Et même comme ça, les cultures, ça va être des tendances. Plutôt comme ça, plutôt comme ça, mais les personnes peuvent s'éloigner ou être au cœur de la tendance de la communauté dont ils font partie. C'est une thématique qui est complexe, et en même temps, c'est... complexité qui fait que c'est, comme tu disais, riche et fascinant et passionnant.
- Ombeline
C'est aussi comment on fait pour intégrer toutes ces différences et toute cette richesse et toutes les facettes du patchwork pour recréer encore autre chose.
- Charlotte
Tout à fait. Et comment on rencontre l'autre dans sa diversité, comment on interagit, pour faire en sorte que ça marche, mais sans se perdre. Et justement, c'est ça qui est beau. C'est pas parce que je rencontre l'autre que je me perds dans cette rencontre. Au contraire. et c'est toute l'âme de ce que je fais que ce soit dans mes conférences, dans mon podcast ou dans mon ONG c'est en fait finalement en découvrant notre manière de faire, on gagne un recul différent sur nos propres pratiques culturelles qui on est,
- Ombeline
comment on fonctionne et mieux on se connait moins on se sent menacé par la différence un sujet qui revient souvent dans les coachings ou dans le collectif de cette crainte que le lien soit au détriment de l'intégrité et donc effectivement d'aller dans le lien mais à partir Merci. de notre intégrité.
- Charlotte
Tout à fait. Il ne faut pas confondre intégrité et égo.
- Ombeline
La définition originelle de l'intégrité, c'est notre capacité à être entier. C'est l'intégralité. C'est comment je suis entier ou entière sans renier ou sans sacrifier ou sans perdre une partie de moi. Je pense que si on était tous capables de créer des liens les uns et les autres de cette façon, ça serait effectivement tellement riche.
- Charlotte
Absolument. Je te rejoins tout à fait là-dessus.
- Ombeline
Pour aller sur les sujets interculturalités, j'invite évidemment tous les auditeurs à aller te suivre, à aller regarder aussi ton TED.
- Charlotte
Oui, c'est vrai que j'ai fait une conférence, c'est vrai.
- Ombeline
Et puis bien évidemment, à te convier en tant que conférencière. Constellatio, ça fait 14 ans. Et comme tu me le disais, tu traverses une transformation dans ta façon de diriger cette ONG. Ça vient te questionner sur plein de sujets. Et donc, effectivement, j'aimerais qu'on parle de cette transition. Comment on passe d'un leadership porté seul à une gouvernance plus partagée ? Quel défi ça soulève pour toi ? Comment tu remets en question justement ce leadership ? Qu'est-ce qui devient prioritaire pour toi aujourd'hui ?
- Charlotte
C'est une question complexe. Je n'ai pas les réponses à tout ce que tu viens d'évoquer. C'est en cours, work in progress. Je peux peut-être revenir sur d'où vient Constellatio, comment ça a évolué sur ces 14 ans. Pour reposer les bases, Constellatio, c'est donc une association de loi 1901. Alors, c'est une ONG aujourd'hui parce qu'on a une action internationale et parce qu'on est reconnue par des institutions internationales, en l'occurrence, particulièrement l'UNESCO, qui nous a accrédité il y a trois ans maintenant. Et la mission de Constellatio, c'est donc d'éduquer les enfants et les adolescents. Officiellement, c'est de sensibiliser tout le monde. Dans la pratique, on travaille surtout avec les enfants et les adolescents à la thématique du dialogue interculturel. donc à la fois pour développer la curiosité envers les autres cultures, mais pour aussi apprendre à mieux connaître, à accorder de la valeur et à partager nos propres identités culturelles, au pluriel, donc, comme on vient de l'évoquer. Ça, c'est ce que fait Constellation, on travaille par projet. On a travaillé sur, premier projet évidemment, la narration, puisque effectivement l'idée de Constellation est venue de mon travail de fin d'études à Néoma. Ensuite, on a travaillé sur les musiques traditionnelles et actuellement on travaille sur la cuisine, donc sur les traditions culinaires. Quand Constellatio est née, moi j'avais 24 ans, j'étais toute seule. Alors évidemment, on ne fait pas une association toute seule, sinon on ne s'associe pas à soi-même en fait. Donc ma maman était, moi j'étais présidente de l'asso et puis ma maman était trésorière. Ce n'était pas vraiment une association, mais la plupart d'ailleurs, en fait une grande majorité de fondateurs et fondatrices d'associations commencent solo en fait. Donc moi ça a été mon cas. Donc j'ai commencé solo, j'ai fait un tour du monde avec ce premier projet autour de la narration. C'était super, je suis remise en France, c'était super dur. Le choc du retour a été un petit peu violent. Et puis le choc de... En fait, j'ai trouvé ma voie, mais je ne vais pas pouvoir en vivre. Parce qu'en tant que présidente d'association, je ne pouvais pas être salariée. Et même si j'avais pu être salariée, je ne voyais pas comment j'avais trouvé suffisamment d'argent pour pouvoir en vivre. Donc il y a eu cette phase-là de basculement, de « ok, on fait quoi ? » Enfin, je fais quoi ? J'ai bossé pendant un an dans une école en Tunisie. Je suis revenue et en fait, à ce moment-là, je me suis rendue compte que je pouvais me salarier de Constellation. avec des contrats aidés, parce que ça faisait un moment à ce moment-là que j'étais plus salariée en France. Pour faire ça, il fallait que je quitte le conseil d'administration et donc la présidence. Donc à ce moment-là, j'ai monté un conseil d'administration. J'ai réuni des gens qui suivaient Constellation depuis le début, des gens en qui j'avais confiance, qui avaient confiance en moi, parce que toute la peur que tu peux avoir dans ces moments-là, c'est que quelqu'un prenne le lead et que tu perdes ton bébé, entre guillemets. Là, la question ne s'est pas vraiment posée parce qu'effectivement, j'étais avec des personnes qui, non seulement en qui j'avais confiance de base en tant que personne, mais qui en plus étaient convaincues de ce que moi, je donnais pour cette association, convaincues de la vision que j'avais. Voilà, donc ça, c'était en 2015, donc ça faisait quatre ans que la SOA existait. Donc, je me suis salariée pendant deux ans. Ça m'a permis de me donner à fond sur le projet Lyra, donc le projet musical qu'on a mené. Ça a été dur cette période parce qu'en fait, je parlais beaucoup en jeu. avant, puisque j'étais toute seule. Donc c'était, j'ai fait ci, j'ai fait ça, non, Et puis après, il faut inclure le groupe. Donc tu passes sur nous. Et puis au début, moi, mon CA, je l'avais dit, bon, parce que j'ai besoin d'avoir des gens, tu vois, c'est pas... je vais pas vous en demander trop, vous inquiétez pas. Et sauf que, au fur et à mesure que les choses avancent, tu commences à dire, ouais, moi, j'aimerais bien avoir un peu d'aide. C'est super dur, parce que tu t'en excuses, entre guillemets, en permanence. Enfin, tu vois, ça aboie pour une mission d'intérêt général. tu as toujours l'impression que c'est à toi que les gens vont rendre service. C'est vraiment difficile de changer cet équilibre-là. C'est particulier, l'engagement bénévole. Ce n'est pas la même chose que quand tu as une équipe à gérer qui est salariée et qui est là pour ça, et qu'ils savent qu'ils sont là pour ça. Petit à petit, tu essaies, machin. Franchement, au début, j'avais un CA, mais on ne faisait même pas de réunion de CA. Petit à petit, on a commencé à dire « Ok, on va mettre en place. » une réunion de CA mensuelle. Finalement, je présentais plus ce qui avait été fait qu'autre chose, si tu veux, mais ça permettait au moins d'avoir un rendez-vous régulier. Ça, ça a coïncidé avec une phase où j'ai... On a eu deux alternantes de suite dans l'assaut sur la communication et l'événementiel. Donc, en plus, tu vois, l'équipe se renforçait. Mais il a fallu plusieurs années. Enfin, je suis en train de te parler de... Tu vois, mon poste a été créé en 2015. J'ai été salariée deux ans. On a arrêté mon contrat parce qu'on n'avait plus de sous. J'ai été... Je suis plus... peut-être un an et demi au chômage et on m'a resalarie en 2018 2019 je sais plus il y a eu plusieurs phases et donc sur comment tu te positionnes en tant que leader là-dedans il y a au début bon bah je suis toute seule donc je parle de ce que je fais après il y a le truc de j'ai besoin d'aide mais vous inquiétez pas je vais pas trop vous en demander après tu dis ok en fait j'ai besoin d'aide et puis donc moi il y a une phase où j'ai dû me mettre en retrait finalement tu vois en termes de communication me cacher derrière un nous. Et après, je suis passée sur une phase, la phase suivante qui était recommencer à parler de moi parce que finalement, c'est moi le visage de Constellatio. Et donc, notre président actuel, Charles Lanel, qui est coach pour entrepreneurs, etc., m'a dit, mais en fait, c'est important que toi, tu sois visible parce que plus tu es visible, plus Constellatio est visible. Et donc, je suis repartie dans l'autre sens, finalement, dans cette démarche. Oui,
- Ombeline
tu es la personne source.
- Charlotte
Voilà. Donc, on va dire qu'il y a eu plusieurs phases. Il y a eu le moi. Il y a eu le « nous » et il y a le « moi et nous » . Il y a le « moi plus nous » et il y a le « moi » . En fait, je crois que c'est ça. Je parlais de la phase où j'ai été salariée pendant 4 ans et demi sur la deuxième fois. Ça s'est arrêté il y a un an et demi. Et donc là, on est en recherche d'un nouvel équilibre. Enfin, on est en construction d'un nouvel équilibre.
- Ombeline
En quête d'autres façons de te soutenir toi aussi.
- Charlotte
Oui, tout à fait. Il y a vraiment ce côté. Je donne souvent l'exemple du masque à oxygène. C'est dans l'avion, avant d'aider les autres, il faut d'abord mettre ton propre masque à oxygène. Là, c'est pareil. C'est quelque chose que j'ai mis très longtemps, trop longtemps à comprendre. Après, avec l'occupe, je me dis, est-ce que j'avais une autre option ? Honnêtement, je ne saurais même pas te dire si vraiment il y avait une autre option. Toujours est-il que j'ai fait les choses comme ça, que j'ai perdu l'équilibre plusieurs fois et qu'aujourd'hui, l'idée, c'est effectivement... Moi, j'adore... Je fais partie de ces gens bizarres. qui adore monter sur scène avec un micro devant des centaines de personnes. J'adore partager des valeurs, des messages inspirés de l'action. Et puis, j'ai un mode de fonctionnement qui fait que depuis 14 ans, je me lance en permanence dans des projets où je ne maîtrise pas tout, où j'apprends sur le tas. Parce que j'adore apprendre. Le problème, c'est que apprendre, c'est très énergivore. Et donc là, en gros, il y a un an et demi, on va dire maintenant, quand on a arrêté mon contrat avec Constellatio. Je me suis vraiment retrouvée dans cette phase de dire, « Ok, en fait, il faut que je trouve un équilibre. » Parce qu'en plus, quand on a arrêté, j'étais en sortie de burn-out. Donc, clairement, j'ai besoin d'un équilibre. Comment je fais pour pouvoir continuer ce que j'aime, pour pouvoir m'amuser là-dessus et en même temps avoir un équilibre ? Et donc, l'idée de la conférence trottait dans ma tête depuis un moment. D'ailleurs, Charles m'en avait parlé, tu vois, de cette idée de... En fait, ça pourrait être un complément de revenu. Il faudrait être un petit peu plus stable financièrement également.
- Ombeline
Quand ils te disent ça la première fois, comment tu réagis ?
- Charlotte
Finalement, ça me semble une bonne idée, mais je ne sais pas trop comment faire. Première réaction, c'est ouais, pourquoi pas ? Mais je vois pas comment. En fait, à ce moment-là, moi, comme je suis salariée de Constellatio, j'ai du mal à me dire... En fait, si, il y a quand même un truc, c'est que je me bloquais sur l'idée de me faire des sous de mon côté. Donc je me disais, est-ce que... Parce que j'y avais pensé déjà de faire plutôt des conférences dans le cadre de Constellatio, pour que ça rende des sous dans l'assaut. Et lui me disait, bah non, je pense qu'il faut que tu fasses ça à côté. En fait, j'avais un peu l'impression, quelque part, que je... presque que je profitais. Tu vois, de l'assaut pour me faire des sous, j'ai du mal avec ce principe-là.
- Ombeline
Et puis, je pense qu'il y avait... Il y avait une culpabilité, une forme de trahison aussi.
- Charlotte
Un peu, oui. Ce qui est absurde quand tu y penses, parce que j'ai quand même donné 14 ans de ma vie à cet assaut. Ma santé, mon argent, j'ai quand même donné... Il faut quand même se rendre compte que sur 14 ans de vie de Constellation, moi, j'ai été salariée 6 ans et demi et salariée grosso modo au SMIC. Oui, j'imagine. Donc... que je puisse gagner de l'argent sur la base de tout ce que j'investis dans ce projet-là, finalement, ce n'est pas déconnant. Mais sur le coup, moi, je me dis, je ne suis pas à l'aise avec l'idée. Je suis à l'aise avec l'idée de faire des conférences, ce n'est pas le problème, mais je ne suis pas tout à fait à l'aise à l'idée de me faire des sous à moi. L'idée fait son bout de chemin quand même. Je commence à mettre des choses en place. Je commence à développer LinkedIn. Je crée un compte Instagram de conférencière. Je commence à construire mon site web. Ça se met en place petit à petit.
- Ombeline
Tu construis ton personal branding à ce moment-là.
- Charlotte
Oui, tout à fait. C'est exactement ça. On va dire qu'en gros, quand je me suis retrouvée au chômage parce qu'on a arrêté mon contrat, donc c'était en octobre 2023, en fait, le timing était super parce que mon site web était en ligne. Ça faisait deux ans que je développais mes réseaux sociaux. J'avais une plaquette de conférences. Enfin, tu vois, en fait, j'étais prête. Je me retrouve au chômage et en fait, tout est prêt pour y aller.
- Ombeline
Mais en fait, tout était déjà là.
- Charlotte
Oui, c'est ça, exactement. Finalement. Tout était déjà là. C'est qu'effectivement, quand je disais que je fais toujours des projets où je ne maîtrise pas tout, pour donner un exemple concrètement, notre projet autour des traditions musicales lyra, je ne connaissais rien à la musique. Je veux dire, à part chanter dans ma douche, si tu veux, c'est quand même très limité. Je ne savais pas ce qu'était un tourneur, je ne savais pas ce que c'était du booking, je ne savais pas ce que faisait un ingé son. Enfin, tu vois, vraiment, je ne maîtrisais pas du tout. En fait, quand je me suis retrouvée au chômage, quand j'ai développé mes conférences, l'idée, c'était aussi de capitaliser sur ce que je savais déjà faire, pour une fois. Pour une fois dans ma vie. dire en fait je vais capitaliser sur ce que je sais faire et en l'occurrence prendre la parole sur scène je sais faire, j'ai des choses à partager parce que ça fait, à l'époque ça faisait 13 ans que j'étais impliquée avec ma propre structure avec laquelle j'ai mené des projets dans une quinzaine de pays avec des gens de plein de pays justement plein de cultures, donc du management interculturel j'en ai fait, de la gestion de projet à l'international j'en ai fait, donc l'idée c'était de capitaliser sur tout ça finalement
- Ombeline
T'es allée chercher ton propre patchwork. Tu parlais de patchwork pour symboliser l'interculturalité. Tu es allée exploiter tes propres richesses, ton propre patchwork, tes propres multicompétences pour aller recréer quelque chose et pour aller recréer une posture aussi.
- Charlotte
Mais ce n'est pas évident parce que tu es en dehors des cases. Je suis ce qu'on appelle les slasheuses, tu vois. Donc, ouais, j'ai une ONG, je donne des conférences, j'ai un podcast. Accessoirement, je suis aussi auteur d'un livre jeunesse, je donne des cours en école de commerce. Il n'y a pas beaucoup d'exemples. Il n'y a pas beaucoup de rôle modèle, tu sais. Puis moi, dans mon entourage familial, je n'ai que des salariés. Que des salariés. Je n'ai aucun entrepreneur, aucune personne libérale, aucun artiste. Je n'ai que des salariés. Donc, ce n'est pas évident de savoir qu'est-ce qui est normal, tu vois. Et donc, tu essaies de te comparer, tu ne peux pas te comparer parce qu'en fait, personne ne fait comme toi, tu vois. C'est ça. Donc, tu es en permanence dans cette lutte, tu vois, de te dire, est-ce que je fais les choses bien ? C'est quoi finalement les critères sur lesquels je peux décider ? C'est bien, pas bien, pas assez bien, trop ? Alors trop, c'est facile, quand tu fais un burn-out, tu sais que c'était trop. Mais donc, ce n'est pas évident parce qu'il manque ce cadre de référence, finalement.
- Ombeline
Pour moi, ce cadre de référence, il est très clair quand tu parles. C'est ton leadership et c'est ton pourquoi. En fait, c'est ça le fil rouge qui fait le lien entre toutes tes casquettes, entre ton parcours. l'histoire de Constellatio et toutes les autres activités que tu développes. En fait, il y a un fil rouge qui relie tout ça. C'est cette notion d'interculturalité, cette notion de richesse, de patchwork, c'est tout ça qui t'anime profondément depuis ton adolescence ou même ton enfance. Peut-être effectivement que de voir ça comme ta boussole et le cœur de tout ce que tu crées, de tout ton écosystème, je trouve que ça... En tout cas, c'est ma façon de fonctionner dans mes accompagnements, ça donne vraiment un socle au leadership.
- Charlotte
J'ai fait un post d'ailleurs récemment sur... J'ai des gens qui comprennent. pas bien ce que je fais, mais c'est facile, je fais de l'interculturel. Voilà, j'ai plein de façons de le faire, mais voilà, mon domaine de compétence, ma passion, ce qui me drive, c'est l'interculturel, c'est créer des ponts entre des cultures différentes. Mais au quotidien, il y a souvent ce truc de dire, ok, mais en fait, est-ce que je sors sur la bonne voie ? Et puis tu sais, il y a des petites phrases assassines qui ne sont pas pensées comme assassines, mais des trucs de, tu vois, non mais il y en a qui bossent. Mais tu sais que ce n'est pas parce que je bosse de chez moi. Et que si je veux, je peux ne pas bosser un mercredi parce que je vais bosser le samedi et machin. Et voilà, ce n'est pas pour autant que je ne bosse pas. Mais après, maintenant, je l'ai beaucoup moins. Mais au début, au début de mon engagement. Puis, des gens se disent, association, bon, tu vois, c'est un hobby. Donc, c'est toujours en train de te poser la question. Et puis, moi, j'ai vraiment aussi ce côté sur la charge de travail que j'ai un peu de mal à gérer, sur la fatigue. Parce que je suis souvent tiraillée entre est-ce que c'est de la flemme ou est-ce que c'est de la fatigue ? Et j'ai encore aujourd'hui du mal à savoir. Parce que oui, c'est clair que quand tu bosses tout seul de chez toi, des fois, c'est clair que moi, j'ai mon canapé qui est là. J'ai plutôt envie de me mettre dans le canapé et de regarder un Netflix les jours où tu as des doutes, etc. Et moi, je l'ai beaucoup sur... Tu vois, quand je flippe de quelque chose, alors moi, la peur ne m'empêche pas de faire des choses. Par contre, ça me demande vachement d'efforts parce que je suis en lutte contre cette peur. Merci. là c'est sûr que j'ai plutôt envie de me faire une série Netflix dans mon canap à côté donc dans ces moments là il faut que je me dise non ok vas-y je lâche pas je me donne un coup de pied aux fesses et je continue mais il y a des fois où t'as envie de faire ça parce qu'en fait t'es vraiment fatigué et donc c'est pas toujours évident tu vois de savoir différencier.
- Ombeline
Ouais peut-être que s'il y avait une clé parce que depuis tout à l'heure il y a un mot qu'on a pas cité mais qui est très présent c'est la culpabilité
- Charlotte
Ouais tout à fait.
- Ombeline
Tu vois et que évidemment on retrouve énormément chez les femmes entrepreneurs, dirigeantes engagées, leaders, etc. Plutôt que tu vois que de parler de peur, je parlerais plutôt de cette culpabilité et d'aller sonder à l'intérieur de soi, je m'adresse aux auditeurs, d'aller sonder à l'intérieur de soi quand est-ce qu'on agit à partir de cette culpabilité ou quand est-ce qu'on agit à partir de notre intégrité. Tu vois, et par exemple, quand il y a cette question de là, est-ce qu'il faut que je force ou est-ce qu'il faut que j'aille prendre soin de moi ? de questionner. Est-ce que la question, elle vient d'une culpabilité ou est-ce qu'elle vient de mon intégrité ?
- Charlotte
Et c'est terrible parce que tu culpabilises dans les deux sens. Il y a la culpabilité de j'en fais pas assez et il y a la culpabilité de j'en fais trop. Et après, t'as la culpabilité de je me sens coupable, je devrais pas me... C'est terrible. C'est terrible, ça.
- Ombeline
C'est terrible, mais c'est tellement important de le dire parce que ça rejoint tellement toutes les femmes et puis toutes celles qui sont dans le podcast aussi. de s'autoriser, tu vois, à ne pas nourrir cette culpabilité. Toi, comme plein de personnes que je rencontre ou que j'interview, en fait, il n'y a plus rien à prouver. Tu vois, quelque part... C'est complexe. Enfin, je veux dire, c'est complexe, je sais, mais...
- Charlotte
Mais c'est à moi-même, en fait. C'est ça qui est terrible.
- Ombeline
Ah oui. Quel serait le gap pour vraiment... Pour compléter, tu vois, pour compléter cette case de... Ok, je mérite, en fait, de toi à toi. Ouais. Tu vois, serait quoi le gap ? C'est pas forcément une réponse à trouver maintenant.
- Charlotte
Rentrer des sous. J'en parlais avec ma sœur hier. J'ai vraiment ce truc. Tout le monde me dit, c'est génial ce que tu fais. Bravo. C'est impressionnant. Mais je rentre pas assez de sous, là. Je pense que mon gap, il est entre maintenant et le moment où je vais vendre à cette conférence pour dire, OK, là, je respire. Mais j'ai le même problème avec Constellation. Il y a ce truc de, on fait des trucs incroyables, mais on est dans une lutte. permanente pour rentrer des sous. Moi, mes deux burn-out, je les ai faits uniquement à cause du fundraising. Uniquement à cause du fundraising. Et donc, pour moi, les deux sont liés à l'argent. Autant dans, moi, mon activité professionnelle à moi que dans mon activité de dirigeante d'association. C'est la question de l'argent et qui est une question centrale. Et tu vois, moi, j'ai quand même fait tout un accompagnement, coaching, psy, etc., autour de, effectivement, mon estime de moi. qui est donc très lié à la culpabilité. Et je pense que pendant très très longtemps, effectivement, j'avais un problème avec l'argent, un problème dans le sens où... En fait, ça ne m'intéresse pas l'argent.
- Ombeline
C'est pas que j'en veux pas, c'est pas que j'aime pas, c'est que ça ne m'intéresse pas. Et pourquoi aussi ? Parce que finalement, l'argent que tu demandes, c'est la valeur que tu t'accordes. Et moi, pendant très très très longtemps, littéralement, c'est triste à dire, mais je ne m'accordais aucune valeur. Donc, rentrer des sous, c'était entre guillemets je ne mérite pas, quoi, tu vois. Je ne mérite pas, alors que Constellation, c'est un projet auquel je crois à 10 000%, et ça marche, et l'impact, il est là. On a besoin d'argent pour que ça avance. Je dis souvent, l'argent, c'est certes le nerf de la gamme, c'est aussi... le nerf de la paix. Donc, sans argent, tu n'avances pas, en fait, dans ces projets-là. Donc, tu vois, ça devrait être un truc qui me drive suffisamment pour y aller. Et pourtant, la question financière, elle est assez centrale. Enfin, voilà, cet écosystème, finalement, et l'écosystème, j'entends par là aussi, l'écosystème santé, quoi. Tu vois ?
- Charlotte
La définition de la prospérité, c'est la bonne santé.
- Ombeline
OK.
- Charlotte
Tu vois, si effectivement, l'argent... ne nourrissait plus une culpabilité ou une perte ou quelque chose de drainant pour toi, mais si ça nourrissait toute la richesse en toi, au sein de Constellatio, toute la richesse de l'interculturalité notamment. Qu'est-ce qui te viendrait possible ? Qu'est-ce qui changerait ?
- Ombeline
C'est pour ça que je te dis que c'est le gap, tu vois, il est là. C'est une sorte de tremplin, le truc qui est à partir de là. Je suis dans cette phase-là de toute façon. Enfin, concrètement, aujourd'hui, mes conférences, je les vends à un tarif que je n'aurais jamais imaginé faire auparavant, mais qui est totalement aligné avec ce que je vaux, avec le marché, avec les autres conférenciers qui ont une expertise, tu vois, qui peut se rapprocher à la mienne. Donc, c'est tout à fait normal. Et ça y est, je l'accepte. Je suis sidérée de voir la différence dans les réactions des gens où, finalement, c'est beaucoup plus accepté, beaucoup mieux accepté de vendre une prestat pour rentrer des sous sur ton compte bancaire à toi que de demander de l'argent ou de proposer des services au nom de l'intérêt général, en fait. En fait, ça dérange beaucoup moins les gens quand tu leur vends un produit que quand tu leur demandes de soutenir, même avec déduction fiscale, machin, etc., l'intérêt général, la société, etc. C'est quand même... Moi, ça me sidère parce que je suis tellement... Je fonctionne tellement à l'opposé de ça. De me dire, moi, j'aurais tendance à me dire, je n'ose pas demander des sous, je vais déranger les gens, tu vois, de leur vendre un truc. Je préfère leur dire, tiens, est-ce que tu veux soutenir cette cause ? Ce n'est pas moi, c'est une cause qui nous concerne tous. Et en fait, c'est l'inverse. C'est plus facile.
- Charlotte
Et comment tu l'interprètes aujourd'hui, ça ?
- Ombeline
Je pense qu'il y a une question de temporalité. C'est-à-dire que quand tu vends un service ou un produit, tu réponds à un besoin de la personne qui est palpable, immédiat. Tu vois ? Quand je vends une conférence sur le management intérieur, sur les compétences interculturelles, à une boîte qui, par exemple, a des expats et qui se retrouve confrontée à une problématique de performance, de déconnexion des personnes à l'arrivée, machin, etc. En fait, tu réponds à un besoin de court terme. Quand tu proposes à une entreprise une collaboration autour de mécénat sur une action qui va avoir un impact positif sur la société, tu es sur du long terme et tu es beaucoup moins sur ce dont moi, j'ai besoin aujourd'hui. et donc c'est moins facile. C'est moins facile parce que...
- Charlotte
On en revient toujours à cette évidence qui est qu'une personne va utiliser l'argent comme un levier pour répondre à un besoin immédiat. Ça, c'est tellement important de le reconnaître. En fait, on va beaucoup plus vite quand on sait que l'argent va aller là où il y a un besoin immédiat.
- Ombeline
C'est aussi pour ça que c'est plus facile de financer la construction d'une cantine dans une école pauvre que de financer l'éducation des enfants. aux valeurs autour du patrimoine culinaire. Tu vois ? T'es sur la même thématique, qui est le rapport à la nourriture, et voilà. Mais t'as une approche qui est complètement différente.
- Charlotte
Donc, c'est plus facile de lever des fonds pour la reconstruction de Notre-Dame que pour le trou de la sécu, quoi.
- Ombeline
Exactement. Ah bah oui.
- Charlotte
Les besoins sont pas les mêmes.
- Ombeline
Ouais.
- Charlotte
Où est-ce qu'on en est, ma chère Charlotte, dans notre échange ? On arrive à peu près à la fin de notre conversation.
- Ombeline
Alors, effectivement, j'ai commencé à parler de l'évolution de Constellatio, des différentes phases, etc. Ce dont je n'ai pas parlé, c'est ce qui se passe après l'arrêt, finalement, de mon contrat au sein de l'association et comment on fait en sorte de trouver un nouvel équilibre. Ce qui s'est passé, c'est qu'une fois que mon contrat a été arrêté, en fait, ça a été assez libérateur, quelque part, parce qu'on repassait en 100% bénévolat. Et donc, quelque part, c'est beaucoup plus facile de demander aux gens de s'impliquer bénévolement quand toi-même, tu es bénévole. Tu vois, il n'y a pas un côté, ben oui, forcément, toi, tu es rémunéré pour faire ça, bon, tu ne peux pas attendre la même chose des autres, tu vois. Donc, on a mis en place une restructuration interne où jusqu'à maintenant, tout reposait plus ou moins sur mes épaules. Là, on construit des pôles au sein de l'association avec un pôle partenariat et stratégie, un pôle communication événementielle, un pôle fundraising. un pôle pédagogie et un pôle vie de la communauté. Et donc, l'idée, c'est d'avoir un responsable pour chaque pôle qui a chacun une équipe, ou chacune évidemment, une équipe de bénévoles pour que ça ne repose pas, encore une fois, sur une seule personne. Donc, on est en train de construire ça. Donc, c'est quand même tout un chantier. C'est créer un plan d'action qui soit aligné aussi avec tout ça pour qu'on puisse suivre, avoir des indicateurs, pour avoir, OK, on est bien dans nos objectifs. Tiens, non, là, on n'y arrive pas parce qu'en fait, ça demande vachement de temps, donc il nous manque. des bénévoles pour pouvoir porter ça. Donc, du coup, on va aller chercher ces bénévoles. Donc, ça, c'est en cours et c'est génial. Moi, je suis trop contente de faire ça, même si ce n'est pas évident parce qu'encore une fois, pour recruter des bénévoles et pour les motiver, ce n'est pas toujours évident. On a une équipe communication et événementielle au taquet. C'est génial. Une équipe que de nanas. Ce n'est pas fait exprès, mais que de nanas entre 22 et 26 ans. Donc, c'est vraiment chouette. Donc, si je peux avoir ça sur chaque pôle, je serai vraiment contente. Et là, je pourrais vraiment lâcher un peu les rênes. Moi, je reste en charge du pôle pédagogie parce que c'est ce qui m'intéresse le plus. J'en profite pour faire un appel à bénévoles. S'il y a des personnes qui nous écoutent et qui ont envie de s'impliquer dans une belle ONG qui fait bouger des choses, qui a un impact positif et qui a envie de nous aider à construire ce nouvel équilibre, on cherche du monde sur la stratégie des partenariats, sur le fundraising par pitié. Je rêve d'avoir quelqu'un qui s'occupe des fundraisings ou quelques-uns ou quelques-unes qui s'occupent du fundraising. Encore une fois, l'idée, c'est qu'on puisse répartir la charge de travail entre plusieurs personnes, communication, pédagogie, etc. Donc là, on en est là au niveau de l'association. Et moi, au niveau personnel, j'essaye de trouver un équilibre parce que je suis en plein lancement finalement de mon activité, même si ça fait des années que je fais des conférences. Là, je suis en structuration. Actuellement, je me fais coacher pour développer ce qui sera ma conférence signature autour des compétences interculturelles. Donc, je cherche des clients, je prospecte, j'essaye de me rendre visible. Donc, ça demande évidemment beaucoup d'investissement de temps. Et donc, j'essaye de combiner ça avec Constellatio, sachant que ma priorité, la grosse priorité, ce sont mes conférences. Parce que si je n'arrive pas à en vivre, je ne peux plus faire Constellatio, en fait. Donc, les deux vont de pair, mais avec une priorité sur mes conférences. Donc, je suis en recherche d'entreprises qui ont envie de développer ces compétences chez leurs salariés par des conférences inspirantes. L'idée, c'est... c'est d'amener justement de la passion dans tout ça. Et voilà, et puis mon podcast qui vient appuyer tout ça, à la fois partager ma vision de l'interculturel et des clés concrètes sur comment tu peux anticiper, comprendre et réagir face aux différences culturelles. Et puis, ce qui me permet également de partager nos expériences et nos projets avec Constellatio, ce qu'on a appris, les réactions des enfants, etc. C'est un mix de tout ça. Je ne peux pas dire à l'heure actuelle encore que je vis à 100% de mon activité de conférencière. C'est en bon chemin. Mais du coup, je suis en taux permanent. Je me dis, ça ira mieux le jour où j'aurai vendu ma prochaine conférence parce qu'il y aura un soulagement. Donc, il y a cette peur toujours. Mais je suis persuadée d'être vraiment alignée que cette stratégie, c'est vraiment la bonne, qu'il y a un vrai besoin pour développer les compétences interculturelles dans l'entreprise, que ce soit dans les boîtes pour des expatriés, dans des boîtes qui ont un staff hyper diversifié ou des entreprises qui travaillent avec des clients, des fournisseurs, etc. à l'étranger. Et en plus, moi, mes conférences, pour le coup je peux les donner en français, en anglais et en espagnol indifféremment, donc mon terrain de jeu est très très large, donc je pense que là ouais ça y est là, là on est sur un bon alignement, maintenant faut juste que ça décolle quoi,
- Charlotte
faut ça décolle faut aller dans la pleine expansion petite parenthèse, je serais très heureuse de t'accueillir dans le collectif libre pour justement que t'aies un espace de père qui soit à ta hauteur, qui soit aussi dans une richesse singulière et qui soit un soutien Non. dans toute cette prochaine phase d'expansion pour toi et Constellatio en tout cas.
- Ombeline
Ah bah merci.
- Charlotte
Évidemment, j'invite les auditeurs à aller cliquer sur les liens dans la description de cet épisode pour soutenir Constellatio, pour répondre à leurs besoins immédiats avec Constellatio.
- Ombeline
Ouais, c'est ça, besoin d'engagement, besoin de connexion, de rejoindre une communauté qui est dynamique, qui partage les mêmes valeurs. Et pour info, alors les dons sont toujours les bienvenus, peu importe le montant, mais en plus chez nous, l'adhésion annuelle, elle coûte 10 euros. 10 euros déductible d'impôt, ça coûte 3,40 euros après déduction fiscale, mais c'est une belle manière de soutenir l'association parce que ça montre qu'on a une communauté qui est solide et qu'on n'est pas juste 2-3 personnes à dire c'est bien la diversité ! Mais qu'on est nombreux à y croire. Donc c'est une belle manière de soutenir. Et puis sinon,
- Charlotte
en partageant ce qu'on fait. En partageant notre épisode aujourd'hui aussi. Et puis en allant s'abonner à ton podcast. Et puis évidemment, il y a aussi tes coordonnées en tant que conférencière dans la description de cet épisode. Un immense merci Charlotte pour ton ouverture, tous tes partages vrais aujourd'hui. Et ma dernière question pour toi, avec quoi tu repars toi de cet échange ?
- Ombeline
Avec de l'ébullition. Avec l'envie de... Déjà, l'envie de continuer et de m'accrocher à tout ça parce que c'est beau, parce que ça fait sens. Et puis, la motivation. De voir aussi, toi, tes réactions, de pouvoir le partager largement. Donc, je repars avec plein d'énergie.
- Charlotte
Magnifique. Merci. À bientôt, Charlotte.
- Ombeline
Merci à toi. À bientôt.
- Charlotte
Merci d'avoir écouté cette conversation avec Charlotte. Si les thèmes de l'engagement, de la charge invisible ou de la transformation intérieure, notamment vis-à-vis de la relation à l'argent, vous parlent, je vous invite à écouter également l'épisode 28 avec Claire Ribouillard sur les coulisses de l'assoprenariat du milieu associatif et de la relation à l'argent dans ce milieu, ainsi que l'épisode 31 avec Carole Pouget sur tout ce qui est interculturalité, leadership altruiste et... le retour d'expatriation après quasiment 20 ans passés en Chine. Enfin, si vous sentez que c'est le moment d'honorer votre propre envergure, le parcours libre est là pour ça. Vous avez les infos dans la description de cet épisode. Je vous retrouve pour un prochain épisode pour parler fondation stratégique, posture et leadership aligné. À très vite !