- Speaker #0
Bienvenue dans ce nouvel épisode de Vertèbres. Aujourd'hui, je reçois Victor, quelqu'un dont le parcours m'a profondément touchée. Dans cet épisode, on parle de son chemin dans ses études de philosophie, cette quête de sens qui, parfois, fait vaciller. Victor raconte comment la réflexion poussée peut devenir vertige, comment le mental peut finir par se retourner contre soi. Mais il a aussi partagé sa transition vers un métier manuel, la menuiserie. Un changement de cap qui lui a permis de retrouver un ancrage du concret et une forme de paix intérieure. Avec beaucoup de lucidité et de sensibilité, Victor nous parle de ses mots d'esprit, de son empathie et de ce que ça signifie pour lui. d'être bien avec lui-même. Un épisode à la fois doux, vrai et inspirant. Bonne écoute. Salut Victor !
- Speaker #1
Salut !
- Speaker #0
Je suis trop contente de t'avoir pour mon deuxième épisode.
- Speaker #1
Moi aussi.
- Speaker #0
Maintenant, ça fait un an qu'on se connaît, mais est-ce que tu peux te présenter pour toutes les personnes qui ne te connaissent pas encore ?
- Speaker #1
Oui. Je m'appelle Victor, je suis artisan menuisier. J'ai 32 ans cette année. Et j'habite depuis un an et demi, depuis le temps qu'on se connaît, en Haute-Savoie, à Combloux, tout près de Meugeve.
- Speaker #0
Vous allez découvrir un peu plus sur Victor, mais avant de commencer cet épisode, on va faire un petit quiz première fois. Ça te dit ?
- Speaker #1
Ouais, carrément.
- Speaker #0
Je vais te poser quelques petites questions pour que tout le monde te découvre mes versions souvenirs. Ça marche ? Ouais. Alors, t'es prêt ? La première fois que tu as parlé en public.
- Speaker #1
La première fois qui a été marquante, ça a été, je pense, pendant mes études. Parce que parler en public, on le fait dès le début, de petite enfance. Mais ça a été fait devant vraiment une foule quand j'étais étudiant en philosophie.
- Speaker #0
Ok. Et c'est la première fois que tu fais un podcast ?
- Speaker #1
Non, j'ai fait un bout de podcast, qui n'était pas paru, donc pas très public. Mais j'avais fait un bout de radio, par contre, qui lui avait été entendu. Une radio locale sur Lyon.
- Speaker #0
Ok, trop bien. La première fois que tu t'es senti inspiré par quelqu'un ?
- Speaker #1
La première fois que ça a été vraiment déterminant, que ça a donné de l'action d'air, ça a été sur Lyon aussi. Un ami qui était webdesigner, mais qui a consacré une partie de sa passion à ce que ça devienne son boulot. Il est confecteur de sacs aujourd'hui, il fabrique des sacs techniques pour la pratique du vélo par exemple. Et c'était passionnant, et ça m'a vraiment poussé à faire ce que je fais aujourd'hui et à changer de voie.
- Speaker #0
Oui, ça t'a poussé un peu vers tes ambitions.
- Speaker #1
Ouais, clairement, ouais.
- Speaker #0
Troisième petite question, première fois que tu as fait quelque chose sans vraiment savoir pourquoi ?
- Speaker #1
Alors, un peu tout le temps, mais je pense que j'ai subi longtemps de ne pas réfléchir à ce que je faisais. Quand j'étais justement en études, toute première partie de mes études, je crois que ce n'était pas une manière d'être spontané, de faire les choses sans trop réfléchir. Au contraire, c'est une manière de subir le fait de ne pas savoir du tout ce que je faisais, et le faire malgré tout, ouais.
- Speaker #0
Ok, on a hâte de savoir un peu plus plus tard. Et dernière question pour ce quiz première fois. La première fois que tu t'es levé en te disant aujourd'hui je fais un truc de fou.
- Speaker #1
Je pense que c'est la première fois quand j'ai arrêté de fumer. Ça a duré dix ans d'arrêt d'air, donc je pense que ça a été assez fou sur le moment. Et il y a assez de décisifs derrière, donc ouais.
- Speaker #0
Tu t'es dit, allez, c'est aujourd'hui.
- Speaker #1
Ouais, et je n'aurais pas cru, je pense que c'était vraiment ce jour-là. Mais ça l'a été, ouais. Bon, je refume beaucoup depuis, je ne peux pas trop le dire. On ne le dira pas.
- Speaker #0
Si tu es prêt, on va pouvoir commencer notre épisode. Maintenant qu'on t'a un petit peu découvert, mais pas encore totalement. Est-ce qu'on peut commencer par aborder un peu ta vie professionnelle, qui va être un grand thème dans cet épisode ? Est-ce qu'on peut remonter un petit peu le temps et revenir à ton année lycée de terminale où tu as pris tes décisions ? Qu'est-ce qui te passait par la tête ? Qu'est-ce que tu avais envie de faire à ce moment-là et pourquoi ?
- Speaker #1
Ok, ça rejoint ce que je t'ai répondu, Aude. C'est que, pour le coup, j'ai fait sans savoir ce que je faisais. En fait, j'ai fait une terminale L-Art. D'accord. J'étais bon élève, même trop bon élève. Tout se passait très bien. J'étais plus passionné par l'art, du coup, la partie art plastique, que par tout le reste. Et ne sachant pas ce que je voulais faire, j'ai fait un peu le prolongement de ça en suivant un parcours en prépa-lettre. Je retrouvais les mêmes matières que j'étudiais en terminale, mais plus poussée, tout ça avec un objectif qui à l'époque ne m'intéressait pas du tout, c'est de passer les concours des grandes écoles. Et voilà, donc j'ai fait le cursus, j'ai tenu bon. C'était très dur. Pendant trois ans, du coup, j'ai étudié géo, philo, tout ça, littérature, jusqu'à passer le concours de l'ENS et suivre un cursus en master de philosophie.
- Speaker #0
Et en fait, du coup, après le bac, tu t'es inscrit, en fait, comment ça se passe ? Tu t'es inscrit direct en prépa littéraire, c'est ça ? Ouais. Et c'est... Comment on rentre dans cette prépa ? C'est sur d'autres pieds ?
- Speaker #1
Je ne sais pas comment ça marche aujourd'hui, mais je pense que c'est pareil. tu présentes simplement un dossier et ils vont prendre tes notes Bon, tu fais des vœux tous à Paris, je ne sais pas du tout comment c'est maintenant, mais tu es candidat à accéder à une formation qui n'est pas diplômante. Par contre, le terme de cette prépa, comme son nom l'indique, c'est vraiment une préparation à passer quelque chose. Et en l'occurrence, c'était plusieurs grandes écoles, mais principalement le NES de Lyon, école normale supérieure, dont la fonction principale est de former des enseignants professeurs et de les pousser jusqu'à l'agrégation. Ils te forment une fois que tu es là-bas. Donc en fait, oui. Moi, mon cursus, je n'avais pas envie d'être prof, je n'avais pas envie d'enseigner. Et j'ai fait pendant sept ans, non cinq ans, j'ai suivi une voie qui faisait que me préparer à quelque chose pour lequel je n'avais pas particulièrement projeté de but. Donc, c'était un peu bête.
- Speaker #0
Il y a quand même quelque chose qui t'a tiré pour choisir la philosophie, parce que je pense que ce n'est pas un choix anodin.
- Speaker #1
Pour le coup, non, pas du tout.
- Speaker #0
Ce n'est pas comme, par exemple, beaucoup de personnes vont en école de commerce ou en droit un peu par défaut, mais la philo, c'est quand même très spécifique. C'était quoi qui t'a inspiré ou que... qui te donnait envie de quand même faire ce cursus ?
- Speaker #1
Ouais, pour le coup, la matière de la philo me passionnait assez vite, en fait, dans l'année de terminale. Bon, on y passait beaucoup de temps. En L, t'as vraiment beaucoup d'heures, mais je ne savais pas encore exactement ce qu'il en était. J'aimais beaucoup, j'avais de bonnes notes, donc c'était une voie qui pouvait être une voie à suivre. En dehors de toute considération professionnelle, je n'imaginais pas, du coup, comme je te dis, enseigner. Et les voies, en l'occurrence, dans cette matière, elles sont assez bouchées. Tu t'enseignes ou tu fais menuisier, je vous expliquerai après. C'est vraiment la matière elle-même. Et ce qui m'y plaisait, c'était la réflexion, l'analyse. J'aimais penser par moi-même.
- Speaker #0
Philosophie, elle t'a façonné, toi, ta personnalité, au-delà du cadre académique. Est-ce qu'à cette période, c'était un peu ton refuge, on va dire ?
- Speaker #1
Complètement. C'est exactement ça. Ça m'a façonné dans tous les sens, dans les bons comme dans les mauvais, en fait. Et tu as raison de préciser, en dehors du cadre académique, parce qu'il y a vraiment eu cette dualité dans la première partie de mes études, où j'avais un... Voilà, vraiment une passion pour la philo, mais que j'essayais justement de pratiquer un peu en dehors du cadre, et je trouvais que le cadre qu'on apportait, le cadre très scolaire, celui qui demandait à rendre des exercices, il gâchait en fait ma première approche de la philosophie. J'ai mis un contact moi direct avec la lecture des auteurs et la réflexion introspective par moi-même, et de le faire dans un cadre où on demande de rendre des comptes, en fait, j'ai vraiment nourri une sorte de résistance à « non, je ne veux pas rentrer dans l'exercice, je ne veux pas que ça dénature ma pensée initiale » . alors que bon ça a du bon c'est comme tout le but des études on t'apprend aussi la bonne manière d'exercer une discipline mais ça m'a fait du mal et cette dualité m'a vraiment porté jusqu'à développer une forme de déprime une déprime intellectuelle un petit peu parce que j'étais à questionner tout le temps la manière de faire, est-ce que c'est bien de réfléchir comme ci comme ça et le faire d'une manière un peu poussée vu qu'on était dans un contexte de préparation qui cherchait quand même un niveau d'excellence auquel je n'aspirais pas du tout mais voilà j'ai bien un bout de monde quand même On peut quand même essayer de se dire qu'on n'est pas là pour rien non plus et qu'il faut un peu coller au cadre. Donc ça m'a façonné dans le positif parce que j'y tirais une matière qui me faisait grandir. Et ça m'a façonné dans le négatif parce que je sentais qu'au bout de cette réflexion un peu poussée, voire beaucoup trop poussée, j'avais aussi quelque chose qui pouvait me faire me perdre en fait. Perdre mes valeurs, mes principes. Donc quelque chose, une réflexion un peu qui devient un cauchemar, une tourmente.
- Speaker #0
Ça a un peu professionnalisé une passion et du coup ça t'a un peu gâché le plaisir de la réflexion. en quelque sorte.
- Speaker #1
Carrément. C'est exactement ça. Et c'est ce que moi, j'ai essayé de faire un petit peu en toute fin d'étude, arriver au bout de mon master de philo en me rapprochant plus de la partie culturelle et de médiation culturelle vers des publics plutôt que de le faire dans un cadre d'enseignement, de le faire avec un public plus large, un public de famille, un public spécialisé. Et c'est pour ça que je suis allé vers un cursus qui me formait au métier des livres et de la culture et qui m'a fait être bibliothécaire pendant cinq ans. Enfin, je dis bibliothécaire, c'est un peu générique, mais voilà.
- Speaker #0
Tu avais 5 ans de fil. Oui. Et c'est à ce moment-là, quand tu as décidé d'arrêter, que tu es venu bibliothéquer ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça, oui.
- Speaker #0
Donc ce n'était pas en même temps ?
- Speaker #1
Non, non, ce n'était pas en même temps, non. J'ai refait deux ans d'études derrière. D'accord. Et j'ai fait un stage qui m'a fait embaucher dans la foulée, passer les concours de la fonction publique. Donc j'ai été titularisé sur un poste dans un centre culturel qui proposait énormément de choses. Et là, par contre, j'ai vraiment trouvé, j'ai réussi à raccorder en fait toute cette partie intellectuelle, culturelle, à un objectif très précis, à quelque chose de sensible, à quelque chose qui touchait les gens. d'une manière un peu plus... qui convenait mieux en fait à ce que moi je voulais donner. Je voulais pas participer à un... un format d'enseignement, mais participer à un format de médiation. Il y a des objets culturels, tu les portes aux personnes et ils en font un peu ce qu'ils veulent, mais c'est au moins qu'ils aient fait, grâce à toi, un petit pas vers ça.
- Speaker #0
Tu cherchais un peu une forme de transmission, mais en dehors du cadre universitaire, scolaire, que ça puisse être une mamie du coin, comme n'importe qui, ou quelqu'un qui n'est pas du tout dans cette profession, mais qui a envie d'en savoir un peu plus. Oui,
- Speaker #1
c'est exactement ça. Dès le début, là pour le coup, c'était quelque chose de professionnel et j'ai tout de suite ressenti dans mon esprit et dans mon corps que j'étais à ma place à faire auprès des publics cet accompagnement. Parce qu'au-delà du côté très culturel, il y avait toute une dimension sociale. Je travaillais dans un centre culturel qui était dans un milieu très urbain, assez populaire. Et j'ai fait de la formation pour les personnes âgées, l'utilisation des outils numériques, faire l'accompagnement dans des marches en ligne pour des personnes qui... qui n'ont pas l'outil ou qui n'ont pas la connaissance de la langue ou autre. On les accompagne en préfecture ou on leur fait remplir leur pré-dossier, des choses comme ça. Donc je me sentais à la fois épanoui dans le fait d'être proche à la fois des publics et des objets culturels et à la fois je me sentais très utile pour les personnes. Je te disais que j'avais une forme de vertige par rapport à la discipline et à la réflexion elle-même et je trouvais que dans ce premier métier, je trouvais quelque chose qui au contraire me donnait beaucoup plus de place à l'action, au faire. qui ne faisait pas de la réflexion, de l'analyse, l'objet même, en fait, de mon activité. Et ça m'a fait un bien fou. C'était vraiment une renaissance à ce moment-là.
- Speaker #0
Est-ce que, pour toi, la culture et les livres, que ce soit dans ta vie de petit garçon ou maintenant, t'as toujours accompagné ?
- Speaker #1
Oui. Alors, beaucoup moins que mon frère, par exemple, qui, lui, lisait... Enfin, pour le coup, lui, il a vraiment quelque chose par rapport à la lecture. Ça l'a accompagné toute sa vie. Et il est reconverti libraire aujourd'hui. Moi, j'étais... petit lecteur, toute ma petite scolarité, et après, bon élève. Mais du coup, j'étais lecteur dans un cadre scolaire, là encore. Et même dans le cadre de mes études, j'ai lu des centaines de livres, mais c'était que j'ai fini par lier beaucoup à la discipline. J'étais bibliothécaire après. Là encore, c'était lié au métier. Mais je crois que je n'ai jamais aussi peu lu que depuis que j'ai été bibliothécaire, en fait. Oui,
- Speaker #0
les coordonnées sont les plus belles.
- Speaker #1
C'est ça. C'est aussi un moment qui m'a fait renouer, enfin, qui m'a fait extérioriser et conscientiser totalement le fait que j'étais... Dans l'action, en fait. J'étais dans le faire. Ce qui m'épanouit, c'est le fait de faire et pas tant le fait de recevoir d'une matière extérieure.
- Speaker #0
Est-ce que si t'es d'accord pour faire une petite transition, juste avant de parler de cette dualité dans la vie perso, de cette transition, de ton amour pour le faire, pour la création, etc., est-ce que t'es d'accord qu'on reste sur le côté culturel et qu'on fasse un petit quiz dans le salon de Victor ?
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
T'es ready ? En gros, je vais te poser des questions et tu peux me répondre soit par un livre, soit par un film, soit par un podcast, soit par une chanson, ou un morceau de musique, ou juste un son, une sonorité que t'aimes bien, ou voilà. Ok. Ok ? T'es prêt ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Alors, un titre qui t'a bouleversé plus que tu ne l'aurais cru ?
- Speaker #1
Quelque chose qui a précipité justement ma reconversion, c'est... bah je l'avais apporté... c'est un livre de Arthur Lockman. C'est une personne qui était un peu dans mon cas, puisqu'il était étudiant en philosophie, qu'il a mis cours à ses études pour se lancer dans l'apprentissage de la charpente. D'accord. Il est devenu charpentier, il a passé un CAP. Et c'est quelque chose que j'ai lu avec un intérêt, puis on me l'avait même conseillé. Mais je ne pensais pas que ça accélérerait autant mon besoin d'aller plus encore dans le faire que ce que me permettait de faire mon métier de bibliothécaire, médiateur, etc.
- Speaker #0
Et comment tu l'as découvert ce livre ? C'est quelqu'un qui t'en a parlé ?
- Speaker #1
Bibliothèque, évidemment.
- Speaker #0
Bibliothèque. Et à ce moment-là, avant que tu lises ce livre, tu avais déjà des idées de reconversion ? Oui. Ok. Donc c'est quelque chose qui t'a conforté dans ce livre ?
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Alors, deuxième question. Un titre que tu recommandes à tout le monde tout le temps ?
- Speaker #1
Ces derniers temps, c'est une mini-série animée que vous pouvez écouter, enfin, voir sur RTTV. C'est Samuel. Je ne sais pas si je connais ce titre.
- Speaker #0
Non, je ne connais pas.
- Speaker #1
C'est vraiment merveilleux. C'est un dessin animé, on va dire, thématique sur l'enfance. On suit un personnage, le personnage de Samuel, qui traverse sa vie de petit enfant à l'école, puis au collège. Mais c'est porté avec tellement d'amour, de beauté, de poésie, de rire. Enfin, franchement, c'est vraiment merveilleux. Pour eux, je pense, peut-être que ça ne touchera pas à tout le monde, mais pour les personnes qui sont nées entre les années 80 jusqu'aux années 2000, c'est délectable, c'est génial.
- Speaker #0
Ah ben, je regarderai.
- Speaker #1
C'est le tranché qui a fait ça. Ok. Premier projet, je crois, après l'école. Il y a 21 épisodes de 5 minutes, donc en 2 heures, je crois, c'est plié.
- Speaker #0
Ah oui, ok, c'est rapide.
- Speaker #1
Je l'ai regardé 3, 4 fois, je crois.
- Speaker #0
Trop bien ! Je vais... Je regarderai, je te dirai. Un titre que tu as honte d'adorer ?
- Speaker #1
Je ne vais pas en dire grand-chose. Mais là, ce qui me vient, c'est une chanson de Priscilla. Toujours pas d'amour, tout simplement.
- Speaker #0
Tu vas nous chanter notre chanson.
- Speaker #1
Plus tard, plus tard.
- Speaker #0
Un titre qui t'a donné envie de créer ?
- Speaker #1
Il y a beaucoup de choses. Je m'inspire. Je ne crée pas grand-chose non plus. Mais beaucoup de choses m'inspirent, me donnent l'élan de faire. Il y a un titre dans le récum de Mozart. qui m'avait vraiment inspiré un projet d'études quand j'étais en terminale L. Donc ouais, ça clairement c'est magnifique.
- Speaker #0
Tu me la chanteras après. Trop bien. Un titre que tu associes à ton enfance ?
- Speaker #1
Morgane de Toit de Renaud. C'est vraiment les trajets en voiture pour aller chez mon papa. Trop bien. Ça te subisse en plein soleil.
- Speaker #0
J'adore. Et un titre ? que tu pourrais consommer en boucle sans te lasser ?
- Speaker #1
C'est un podcast. Ok. C'est un podcast que j'écoute depuis 10 ans. Il s'appelle Rivière à détente. Je sais... Je ne sais même pas comment le recommander. Mais c'est de l'humour. En fait, c'est deux copains d'enfance qui se sont retrouvés très longtemps après s'être perdus et qui se sont installés dans le garage de l'un pour discuter autour du micro. Mais en fait, c'est la discussion qui amène tellement de folie, de rire. Enfin, ça me fait vraiment... beaucoup beaucoup rire et ça me fait beaucoup de bien pour le coup depuis depuis tous ans parce que dix ans pour le coup ça correspond un peu à ce que je t'ai expliqué de mes changements un peu de vie et ça ça a toujours été là et je suis vraiment une de ces bonnes groupies. J'ai un propos, j'ai un t-shirt, j'ai un pull, j'ai des dessous d'air.
- Speaker #0
Et bah écoute si voilà si vous cherchez un petit podcast à écouter après celui-là et avant qu'on continue un titre qui décrit bien ton état d'esprit du moment.
- Speaker #1
C'est Inachevé des casseurs flotteurs. s'écrient l'un et l'autre finissent jamais rien dans leur vie, ils se sentent nuls. Et la musique, elle pousse à ce que ça avance quand même. Et là, je suis un peu entre ça. J'entreprends beaucoup. Je ne dis pas que je finis rien parce que je finis beaucoup de choses dans ma vie pro comme tout le reste. Mais j'ai toujours cette petite frustration de me dire que je peux faire encore un peu plus ou faire encore un peu quelque chose de nouveau. C'est un état d'esprit qui me donne de l'élan. Ce n'est pas un truc où je m'accable de rien faire.
- Speaker #0
Ça me fait penser à une question que je me suis toujours posée et que j'aimerais bien avoir ton avis. Pour toi, c'est mieux de savoir faire plein de choses un petit peu ou une chose parfaitement ?
- Speaker #1
C'est une question que je me pose depuis longtemps. Enfin, je ne me la pose pas sous forme de question. C'est que je sais, dans mon cas du coup, je suis très polyvalent parce que je suis curieux en fait et tout. Et que du coup, quand je vois une chose et que ça commence un peu à me titiller, j'y vais. J'y vais à fond par contre. ça peut durer juste deux semaines, ça peut durer dix jours, ça peut durer deux ans, mais je ponce vraiment le truc, mais je m'en lasse. En tout cas, il y a autre chose qui va plus attirer mon attention, et du coup, je vais faire autre chose. Ce qui fait qu'aujourd'hui, je me trouve bien dans la position de faire beaucoup de choses sans les faire à fond, sans être expert d'une chose en particulier. Mais voilà, si il faut recoudre quelque chose, je sors ma machine à coudre. S'il faut fabriquer un bel ouvrage de couture, j'ai aussi acheté une surjeteuse pour le faire. Faut n'importe quoi, en fait, fabriquer. j'ai toujours eu ce truc de faire par moi-même en fait, faire plutôt qu'acheter. c'est un truc qui a fait que je me suis dirigé aussi vers le métier que je fais aujourd'hui même dans le sport, dans la musique je fais la guitare, je fais la batterie, je fais beaucoup de choses mais je suis pas du tout meilleur batteur qu'il soit je suis assez mauvais à la guitare, je suis pas du tout bon au piano quand je vois des gens faire des choses absolument incroyables, qui sont professionnels dans des disciplines qui moi me titillaient à l'époque faire du freestyle tout ça je me dis, en fait j'ai 32 ans jamais je pourrais faire ce qu'ils font Et ça m'énerve, mais à la fois, j'arrive à me dire que peut-être que la personne qui fait ça ne fait que ça, ou alors elle fait quelques autres choses, mais elle a peut-être moins de polyvalence dans le fait d'être experte par ailleurs. Donc dans tous les cas, il faut juste être heureux de faire ce qu'on fait, que ce soit bon ou pas, pas bien grave.
- Speaker #0
Puis c'est vrai que parfois, quand on observe quelqu'un exceller dans une profession, c'est vrai que ça donne envie, même si ce qu'elle fait ou ce qu'il fait ne nous intéresse pas forcément, on se dit, mais en fait, c'est hyper inspirant. mais c'est vrai que toi... On se connaît quand même depuis un an et je vois que t'es un vrai écoute-suisse. Je pense que t'es quand même une force dans la vie. C'est vrai que Victor, on peut lui demander de l'aide pour tout et il saura nous aider. C'est trop bien. Moi aussi, moi je trouve en tout cas.
- Speaker #1
J'en chie.
- Speaker #0
Du coup, t'as fait une transition un peu parfaite pour la suite. Parler du coup de cette transition de métier. Comment ça s'est passé dans ta tête ? Du coup, t'as décidé d'aller... dans ce métier de bibliothécaire après tes cinq ans de philosophie.
- Speaker #1
Et après, notamment après la lecture du livre que j'ai recommandé tout à l'heure, j'ai enfin accepté de faire de ce qui faisait tout au long de ma vie des passions, des lubies, le fait de vouloir faire une chose, fabriquer. mais de le faire assez marginalement par rapport au cœur de ce qui m'occupait, aller à l'école, aller à la fac, aller... Je me suis dit, mais en fait, si ça, ça te passionne autant et que ça te fait autant de bien quand tu le fais, pourquoi ne pas en faire l'objet de ta vie, en fait ? Ne faire que ça. Enfin, en tout cas, le faire le plus possible. Je me suis dit que c'était pas trop tard pour me rediriger vers une nouvelle voie, à nouveau. Et pour le coup, l'artisanat, c'était quelque chose qui me... qui correspondait assez bien à ce que je voulais, du coup. Dans ma famille, il n'y a personne qui est menuisier. mon père travaillait dans le bâtiment mais il n'y a pas... particulièrement en rapport au bois, mais je l'ai découvert en regardant des contenus sur internet. J'avais l'envie à la base de faire luthier, de faire de la fabrication d'instruments, mais j'ai vite vu en commençant en essayant de réfléchir à ma reconversion. À la fois bien accueilli dans les lutheries où je suis allé, et à la fois on m'a un peu dissuadé de suivre cette voie parce qu'elle était quand même assez précaire dans le fait de réussir à percer, enfin vendre des instruments. C'était trop compliqué d'aller vers ça. Je me suis dit que quelque part, vu que dans tous les cas, moi je voulais fabriquer, et que le bois ça me plaisait. Le mieux, c'était de faire une formation ou en tout cas d'avoir une qualification qui me permet de travailler assez largement le bois pour derrière ce que je voulais.
- Speaker #0
Du coup, c'est un CAP, tu nous disais ? Oui.
- Speaker #1
Je n'ai pas suivi de formation. Je me suis inscrit aux épreuves, donc j'ai passé en candidat libre. Et là encore, pour le coup, c'était des raisons de coup. Sur la formation, ça me coûtait trop cher, le fait de renoncer à mon activité et à suivre la formation. Du coup, j'ai préféré mettre de l'argent de côté pour acheter des machines et commencer un outil pour apprendre. par moi-même, à travers des livres, à travers des mini-stages, présenter les épreuves et me retrouver en fin d'année avec mon diplôme et tout le matériel pour commencer un petit peu modestement, pouvoir honorer des petites commandes pour la famille, des choses comme ça.
- Speaker #0
Oui, ça, en candidat libre, aux examens, comme si tu avais été un élève.
- Speaker #1
Oui, tu viens juste de l'épreuve. Sur table théorique, il y a une épreuve pratique, en fait. Tu es en atelier, on te donne un dossier technique, tu dois fabriquer un meuble, un ouvrage de menuiserie selon la bonne façon de le faire.
- Speaker #0
Tu disais que tu avais une passion pour le bois. Est-ce que tu as des souvenirs de quand tu étais petit ? Pourquoi le bois en particulier ?
- Speaker #1
C'est une matière qui est assez facile. Enfin, elle est très capricieuse quand on la façonne. Mais c'est là, partout, en fait, dans nos intérieurs, dans nos vies. Et c'était présent dans le garage de mon grand-père. Je passais beaucoup de temps les étés et qui m'avait, lui, poussé à faire avec lui, bricoler des choses. Et je me rappelle, oui, de redescendre une fois, après avoir passé l'après-midi avec lui dans le garage. lui remonte la journée continue. Et moi, je redescends et je veux... Je n'ai aucune idée de ce que je veux faire. Je prends un truc, je plante un clou, j'essaie d'un... Je n'ai pas encore d'objectif, mais je sais que je suis bien quand je pratique.
- Speaker #0
C'est un peu ton échappatoire,
- Speaker #1
en fait.
- Speaker #0
Comme tu disais, créer au lieu d'acheter. Est-ce que tu as eu un moment clé où tu as compris que tu avais besoin de faire ?
- Speaker #1
Toute fin de ma petite carrière de bibliothécaire médiateur. où en fait je me rendais compte, même dans ce que je proposais au public, je parlais tout le temps de faire. J'avais développé une sorte de Fab Lab, c'est une sorte d'atelier qui est consacré aux pratiques partagées autour du numérique. Donc t'as des imprimantes 3D, des choses comme ça, de l'électronique, on t'apprend à faire, à réparer. Et c'est quelque chose que j'avais porté dans le réseau de lecture publique où je travaillais. Et en fait au bout d'un moment je me suis quand même dit mais en fait là c'est trop, là t'es... pour le coup, tu n'es même plus bibliothécaire. Tu veux tellement, en fait, ça. Tu veux tellement, à la fois pour toi, faire, et à la fois pour les gens, montrer que faire, ça émancipe, que ça rend heureux, que ça épanouit. Que j'ai fini par me dire, non, mais en fait, oui, ça a sa place dans un contexte culturel. Mais à mon niveau, en fait, moi, j'aurais meilleure place à le faire pour moi-même et pour tes clients, pour le coup, plutôt que pour des usagers.
- Speaker #0
Oui, donc en fait, c'était une sorte de réflexion par l'acte. et plus par le cerveau. Enfin, si, c'est par le cerveau aussi, mais différentes, en fait. C'est pas...
- Speaker #1
Du coup, je te lise un petit extrait d'Arthur Lockman. Vas-y. Pour le coup, ce petit passage que je vais vous lire. En fait, ça a complètement résonné avec ce que moi-même je pensais ou que je pensais intérieurement sans me le dire vraiment. Qu'est-ce qu'il nous dit ? Il nous dit... Que peut-on bien vouloir dire quand on oppose le travail manuel au travail intellectuel ? Que travailler avec ses mains ne mobilise pas le cerveau ? L'opposition binaire empêche de comprendre ce qu'est la pensée matérielle. comme le voudrait cette expression charmante, mais elle aussi trop binaire, la compréhension physique de la matière, dont on a déjà parlé, n'est pas le seul fait de la main. Elle naît de l'interaction constante entre le cerveau, la main et l'œil, et qu'on ne peut situer dans aucun de ses organes en particulier. Elle s'ancre dans le corps sous la forme d'un sentiment, d'une intime intuition.
- Speaker #0
C'est un peu ce que tu essayes d'exprimer, mais avec ces mots.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. c'est que moi je me disais être trop dans quelque chose d'intellectuel à travers les études que j'ai faites dans un premier temps, au point d'en souffrir, comme je te disais. Pour le coup, tu vois, tu m'as invité dans ce podcast. Moi, je ne me suis jamais rien cassé. J'ai mal de temps en temps, mais je n'ai pas de vraies souffrances corporelle, c'est certain. Et j'en ai, un peu comme tout le monde, une forme de névrose, j'ai des désordres mentaux, voire des maux et des tendances que j'ai eues un peu à la déprime, qui, à mon sens, étaient assez liées au fait de ne pas me sentir dans un environnement qui me convenait en termes de confort et même de satisfaction de mes besoins vitaux. J'étais comme un poisson hors de l'eau du fait d'être dans une nébulose qui ne soit que de la pensée purement intellectuelle, alors que dans ce qui m'anime, par le cœur, j'allais vers la matière plutôt. Et le fait de découvrir en le faisant et en lisant, tu vois, il y a la confirmation à travers d'autres témoignages qu'en fait, il y avait de l'intelligence dans la matière et dans le fait de la façonner, ça a fini de me conforter dans le fait que si, ma place en fait dans tout ça, elle existe et je serai, je peux être heureux en fait.
- Speaker #0
Justement, tu as fait un parallèle directement avec le sujet du podcast qui sont les mots du corps et de l'esprit. Donc dans ton cas, c'est vrai qu'on va plus... parler des mots d'esprit comme tu disais et un peu cette métaphore avec la matière qui est quelque chose d'ancré, la terre etc. Et c'est ça qui t'a, comme tu disais, c'est ça qui t'a un peu remis les pieds sur terre si on peut dire ça comme ça. Ouais ouais. C'est vrai que t'as accompagné pendant ce changement. Les mots d'esprit sont aussi importants que les mots de corps, c'est pour ça que je voulais pas inviter que des personnes qui ont des mots de corps. Toi comment ça se manifestait en fait ces et vos esprits, tu me disais tout à l'heure. des phases de déprime, et dans ces moments-là, comment tu réagissais, comment tu faisais ?
- Speaker #1
En fait, je dirais que plutôt que de se concentrer sur des objectifs, c'est quelque chose qu'on répète beaucoup, je trouve, y compris dans les bouquins de développement personnel. Moi, tant qu'il était question d'objectifs, en fait, j'ai pas été heureux. Tant qu'on me disait qu'à la fin de ça, t'auras tel métier, je savais pas ce que je faisais là, mais on me disait qu'à la fin, ça allait se passer comme ci, comme ça. Moi-même, du coup, j'avais peur de ça, parce que je... Il ne me semblait pas que c'était un objectif que je voulais. Et j'ai été malheureux, littéralement. Dès que je me suis dit qu'en fait, ce qui me rendait heureux, ce n'était pas l'objectif et les moyens d'y arriver, mais simplement le moyen de trouver une voie qui soit belle, peu importe où ça conduit. Parce que même quand tu as très bien défini les limites de l'objectif que tu vises, tu ne sais pas si quand tu y seras, ce sera quelque chose qui correspond à l'image que tu t'en faisais et si tu seras heureux dans cette situation. Ce qui compte, c'est... C'est assez classique de dire ça, mais c'est le chemin puisque la destination qui compte dans mon cas dans mon corps et dans mon esprit, c'est vraiment ce que je ressens. Aujourd'hui, je te le dis, je suis artisan menu, je viens à ce stade ici. Mais contrairement à ce que je l'ai été par pression il y a des années, aujourd'hui, je n'ai pas peur de me dire que l'année prochaine, je peux habiter ailleurs, faire un tout autre métier. Je suis vraiment à l'aise avec le fait de faire que la voie soit belle. Oui, ça peut être dur sur le moment, mais il faut que ce soit dur et beau à la fois. Il faut que ce soit dur et bon à la fois.
- Speaker #0
Même si on a plein de cailloux sur notre chemin... D'avoir assez de force pour les soulever, et c'est pas grave, et tomber, se relever.
- Speaker #1
Et les prendre dans sa poche, parce que les cailloux, ils sont jolis aussi.
- Speaker #0
Tout à fait. Et on me parlait justement des mots d'esprit, et tu me disais qu'il y a des moments où tu étais plus serein, etc. Mais j'avais une question à te poser, c'était, pour toi, ça veut dire quoi, être bien avec toi-même ?
- Speaker #1
En fait, je m'en parlais, le fait d'être bien seul, et le fait d'être bien avec soi-même. Être seul, je l'ai été, très souvent dans ma vie. et j'ai pas eu trop de mal. C'est pas la solitude en tant que telle en fait qui me faisait être bien ou ne pas être bien. Je cherche pas forcément un refuge dans la solitude pour être bien. Je sais que ça peut marcher mais c'est pas une solution. C'est simplement juste se questionner sur à quoi on aspire vraiment dans ces moments-là. Et après ça, dans les moments de... que ce soit dans les occasions sociales ou dans une solitude profonde, si t'es bien, t'es bien en fait. Ça dépendra pas des autres. Ça dépendra pas de l'estime que t'as toi mais dans le regard des autres. tel qu'il te le renvoie, ce sera toi avec toi-même.
- Speaker #0
Oui, et ça, c'est hyper important. C'est vrai, et je trouve ça très intéressant ce que tu dis, parce que j'ai jamais fait, avant qu'on en discute, j'avais jamais fait cette différence entre être bien avec soi-même et être bien seul. Parce que comme tu dis, c'est vrai que je pense que ça nous est tous arrivé d'être, je ne sais pas, au restaurant avec des amis, et au final, d'être entouré de 4, 5, 6 personnes, mais se sentir profondément seul alors qu'on n'est pas seul. Tu dis souvent on relie le fait d'être bien à la façon dont les autres nous voient et on oublie un peu de s'aimer soi. Parlez de l'empathie tout à l'heure. Pour toi, c'est quoi l'empathie ?
- Speaker #1
C'est quelque chose qui m'est souvent retourné. Pour me caractériser un peu, t'es empathie, t'es dans l'émotionnel, tout ça. Je suis assez émotif. Mes parents, enfin ma mère et mon frère ont une carrière dans le travail social. Je pense qu'il y a un peu ce truc de... Pas forcément que je veux faire pour les gens en premier lieu, mais en tout cas, je suis à l'écoute de ce qu'ils vont dire et ça va m'imprégner. L'empathie, moi, je le vois comme une imprégnation de ce que l'autre ressent. Ça, c'est pas forcément une qualité parce que ça veut pas dire que t'en fais quelque chose de ça.
- Speaker #0
Moi je suis plutôt une éponge en fait, je peux être de bons conseils, je pense, mais c'est plutôt une manière de me confondre à la personne dans sa peine, ou simplement l'épauler mais sans apporter beaucoup plus.
- Speaker #1
Est-ce que du coup, quand quelqu'un se confie à toi ou quelqu'un n'est pas bien ou mal à côté de toi, tu vas prendre sa douleur ?
- Speaker #0
Dans des moments très très tragiques pour des personnes qui ont causé des formes de deuil chez elles, être avec elles, j'ai continué à avoir la relation que j'avais avec, mais simplement j'ai... Autant pleurer et rire qu'elle quand elle pleurait et riait. Je ne crée pas un détachement, au contraire, pour apporter un soutien qui soit différent de la situation dans laquelle la personne encaisse un peu les choses. Évidemment que je ne le ressens pas exactement comme elle. Je pleure avec, c'est un peu ça. Dans les moments difficiles, l'empathie peut avoir lieu aussi. Le pathos, c'est la souffrance. C'est ce qui m'associe à des moments de peine.
- Speaker #1
Est-ce que tu arrives un peu à gérer cette forme de prise de recul où vraiment c'est une sensation qui t'envahit ? Et c'est plus fort que toi ?
- Speaker #0
Oui, clairement. Je suis dans la réception, dans l'analyse de ce qui se passe et dans le fait d'ajuster pour que, en fait, s'il y a de la peine, que la peine se dissipe. Mais je ne vais pas m'occuper d'abord d'agir, quel que soit ce qui sera ressenti inversement par la personne, qui pourrait aussi avoir de l'empathie. Je vais être moi-même dans un exercice de l'action que, par contre, j'ai très volontiers quand il s'agit justement d'être créatif, seul dans mon coin. Socialement, on va dire que je suis une éponge. Je suis un peu dans l'expectative. Je suis altruiste. Mes parents, dans ma solitude avec moi-même, dans l'entre-soi, je suis très tourné vers l'action, la pratique.
- Speaker #1
Pour résumer, quand tu es dans des conditions sociales avec les autres, tu vas être très tourné vers l'autre. Quand tu es dans ton processus de création avec toi-même, Dans ce cas-là, c'est ça qui compte en premier avant d'autres personnes qui pourraient se mettre dans ce projet.
- Speaker #0
Comme s'il n'y avait pas de psychologie sociale quand je suis à penser plutôt la fabrication. La matière, c'est déjà l'autre en fait. L'autre, c'est la matière. Toutes mes pensées, mes émotions, elles se combinent pour plutôt penser techniquement comment aborder telle transformation, comment fabriquer ci, ça. Le moindre petite chose à réparer ou quoi que ce soit, je me mets en action mentale et je fais table rase un peu du reste. Je suis vraiment dans un couloir qui est une forme de refuge aussi, je pense.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. C'est ta forme de doudou, quoi. Activité doudou, comme on dit.
- Speaker #0
C'est un peu geek, qui était très geek pour le coup, quand ça prenait pas la forme de l'artisanat. Parce que j'étais tout le temps le mec qui bidouillait, qui fabriquait des Game Boy, des synthés modulaires, juste avec des résistances et un fer à souder. Maintenant, je me dis que c'est une manière d'être, et d'être bien, pour le coup. C'est mon bien-être.
- Speaker #1
C'est ton moment à toi. Donc c'est hyper important quand même d'avoir un moment où tu te sens... Trop bien. Pour toi, c'est plus important de donner que de recevoir ?
- Speaker #0
Pour moi, je pense que je donne plus que je ne reçois. Et c'est pas que je ne sais pas recevoir au point de ne pas voir que je reçois. Je reçois des gens, comme je te dis, par empathie. L'autre me donne quelque chose, dans tous les cas.
- Speaker #1
En donnant, on reçoit. Et en recevant, on donne.
- Speaker #0
Pour ça que je te dis que je pense que je reçois moins que je donne, en général. Mais c'est pas parce que les gens ne m'aiment pas, ils sont méchants. Non,
- Speaker #1
pas du tout.
- Speaker #0
C'est juste que peut-être moi, je donne trop, en fait. Et que s'il y a un déséquilibre, qui moi ne me fait pas souffrir, je ne me dis pas que je ne reçois pas assez. L'équilibre, il est aussi dans le fait de résister à avoir un tempérament un peu trop empathique ou dirigé vers l'autre. En tout cas, ça ne me cause pas de souffrance particulière.
- Speaker #1
De toute façon, je pense qu'on est heureux dans sa personnalité quand on est... bien dans ses baskets, qu'on donne, qu'on reçoit, que de toute façon, quand on aime, on compte pas le nombre de choses qu'on donne, qu'on reçoit généralement. Mais comme on disait tout à l'heure, ce qui est bien, c'est d'être au bon endroit au bon moment. Et tu me parlais de ton installation en Haute-Savoie, du coup, comme là où on habite en ce moment. Pourquoi la Haute-Savoie, ça t'a appelé ?
- Speaker #0
C'est des clients qui m'ont appelé parce qu'ils avaient besoin d'un artisan de musée pour agencer un chalet qu'ils faisaient construire. Le projet initial, c'était que je vienne pour 4 mois et que je reparte. tout de suite après. Et puis je suis encore là, un an et demi après. Parce qu'il y a des changements dans ma vie personnelle qui ont fait que, quelque part, je n'avais plus ma place là où je l'avais construite depuis des années. Là, pour le coup, je me suis senti bien avec moi-même, dans ce moment qui était un moment critique, mais que j'ai affronté avec un bien-être que je n'attendais pas. Et je me suis dit que, bon, en fait, je devais être assez mûr et libre pour me dire que je n'avais pas peur, finalement, que personne ne m'attende nulle part. Et que du coup, mon chantier terminé et les copains que je m'étais fait étaient bien sympas. Il n'y avait pas de raison de ne pas continuer ici plutôt qu'ailleurs. Donc il n'y a pas eu d'appel et inversement, il n'y a pas eu d'appel à repartir.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
J'ai pas eu beaucoup de mal à m'installer pour le coup ici, alors que c'est un endroit, ne serait-ce que sur le plan du logement, qui aurait pu faire que ça devienne une très grande galère. Et j'ai pu le faire assez simplement. L'enchaînement aussi de ma reconversion. Je t'ai dit, j'ai pas fait de formation, j'ai créé mon entreprise tout de suite après. Je voulais pas être salarié, je voulais travailler directement pour moi, parce que comme je te disais, j'avais trouvé une voie dans laquelle je voulais faire absolument ce que je voulais, de la manière dont je voulais me le dicter. Et de le faire sous la forme d'entrepreneuriat, c'était parfait. C'est enchaîné assez bien pour que l'entreprise se croise, ce que je puisse faire aux investissements qui me permettent. qui permet de travailler mieux, plus rapidement, de juste m'épanouir comme je l'avais rêvé à travers cette pratique. Dans les moments de crise où j'ai eu à rebondir et que ça s'est fait un peu de cette façon très progressive, je vois que c'est le max où je puisse aller dans le mysticisme. Je me dis qu'il y a une sorte d'alignement qui fait que là, j'ai peut-être reçu un petit coup de main.
- Speaker #1
C'est toujours compliqué de trouver sa place. Et quand on pense l'avoir trouvée, même si elle n'est pas définitive, autant en profiter à fond. Et en plus, comme tu disais, comme... Beaucoup de choses professionnellement se sont aussi bien alignées.
- Speaker #0
On parle de trouver sa place. Je pense aussi que la place, en fait, on ne la trouve pas. Bon, ça paraît facile de dire comme ça, mais la place, c'est toi qui l'as fait, en fait. Tu la prends dans les choses qui sont les plus importantes pour ta vie. Le voyage serait plus beau que la place que tu trouveras. Parce que toutes les places peuvent être potentiellement belles. Mais par contre, elles ne viendront pas à toi. Elles ne vont pas te tomber sous le nez. Et le fait d'entamer le chemin, ça te permet de te dire que ta place, elle l'est en fait en toi. Tu es déjà assise là où tu... là où tu rêves de l'être. En fait, la place, je l'avais construite. Je me suis construit ma place. Mais c'est la manière dont t'agis, je pense, qui fait exister au monde et aux autres cet alignement ou le retour de bonnes choses qui te viennent.
- Speaker #1
Si on peut résumer un peu ce que tu viens de dire. Pas le but, c'est le chemin, c'est le comment et pas le où. Alors, si t'es prêt, on va faire les quiz « Dernière fois que » . Tu l'avais entendu avec Camille, on va le réitérer. Même si on en a fait deux autres en plus. T'es prêt ?
- Speaker #0
Oui. Parfait.
- Speaker #1
La dernière fois que tu as été fier de toi ?
- Speaker #0
Ce n'est pas un moment très précis, mais c'est ça, je pense, il y a quelques jours ou semaines. Je n'ai jamais été très fier dans ma vie de choses quand elles venaient d'être réalisées, mais j'ai eu de la fierté à l'issue de périodes, comme je te le disais, des grands tournants de ma vie où des pertes peuvent être un peu dures et dont tu te sors. Je pense que la fierté, c'est le fait de reconnaître son mérite. à avoir réalisé quelque chose, quelle que soit la manière dont la chose existe à la fin. Je ne suis pas fier de faire un meuble beau tel que je l'avais pensé, parce qu'en fait, pour moi, c'est quelque chose d'assez technique. Je l'avais prévu comme ça, ça se passe comme ça, pas de problème. Mais réussir à affronter des choses dans l'inconnu qui te font même réussir à grandir derrière, ça, c'est des choses dont je suis fier.
- Speaker #1
La dernière fois que tu as ri aux éclats ?
- Speaker #0
C'est tout le temps avec la même personne, un ami de Lyon avec, je ne sais pas pourquoi, mais on a vraiment un humour qui fonctionne bien. mais qui est indescriptible. On rit beaucoup, mais je ne peux pas dire de quoi. Parce que ça n'intéresse personne. C'est juste une fusion de bêtises et d'intelligence mêlée. Parce que nos blagues sont bien construites. Oui,
- Speaker #1
donc ce n'est pas un moment, mais c'est plus les moments que tu passes avec cette personne qui finissent généralement en frire.
- Speaker #0
Mais ça peut même, par téléphone, ça peut être point 4 heures. Génial. En fait, on n'en peut plus.
- Speaker #1
C'est trop cool. Ça va pas, tu l'appelles, hop, petit rire aux éclats et ça va mieux.
- Speaker #0
Il va aussi mal que moi quand je l'appelle, du coup on rit de ça et puis à la fin on est toujours dans la même situation mais on aime bien rire.
- Speaker #1
Vous transformez vos mots en rire.
- Speaker #0
En pommade.
- Speaker #1
Pommade.
- Speaker #0
Je n'aime pas.
- Speaker #1
Ah non mais c'est très joliment dit. Alors Victor, la dernière fois que tu as été content de t'écouter, toi, et seulement toi.
- Speaker #0
Bon, c'est peut-être pas ce qu'on a parlé depuis tout à l'heure mais pour le coup ma reconversion, on m'a pas beaucoup soutenu, à part les très proches. encore que c'était mêlé d'un peu de peur, d'inquiétude. Donc ouais, ça a créé des peurs et beaucoup de gens qui en fait n'ont pas vécu ça, n'ont pas fait ça, ont fait part de leur peur sous la forme de découragement. Bon, ma mère a eu beaucoup de bienveillance, tout ça, mon père était OK. Mais je ne me suis pas senti poussé et quelque part, ce qu'on a pu me retourner de négatif, là absolument, je sais que tout ce qui a été dit sur ce terrain-là... ne s'est pas vérifié et au contraire en fait je suis allé au bout de ce que je projetais et que je planifiais dans ce projet là et bien content de m'être écouté ouais.
- Speaker #1
Trop bien, t'as mis des œillères un peu sur les mises en garde et tu t'es dit en fait je sais au fond de moi que c'est ça et personne ne me l'enlèvera quoi. Bah écoute t'as eu tellement raison. Parfois les autres ont le bon conseil parfois ils voient pas à quel point le projet est fondé, réfléchi et bah je suis... Très fière de toi aussi d'avoir fait ça. vu comment tu es heureux aujourd'hui dans ce projet. Et pour en finir, on va faire la question signature du podcast. La dernière fois que tu en as eu plein le dos.
- Speaker #0
Ce que tu dis dans l'introduction du lancement du podcast, c'est que ce plein de dos, en fait, il cumule aussi peut-être une fatigue plus générale liée à des douleurs psychologiques aussi. Là où ça se mêle le mieux, moi, ça a été dans... Quand je suis arrivé ici, en fait, mon activité artisanale, peu de temps, je l'ai un peu mise de côté pour faire de la sous-traitance pour une entreprise. Là, j'ennuie assez vite. plein d'eau en fait. C'est comme si j'avais goûté à la liberté un poisson que tu mets dans la mer et puis là, pour un petit moment, tu le remets dans un bocal. Donc oui, ça reste de l'eau, il y a des coquillages, donc ça a l'air d'être un peu pareil. Globalement, j'étais censé y faire de la munition dans cette entreprise. Il y a aussi beaucoup d'autres choses que j'ai faites qui ne relevaient pas de ça. Je perdais l'indépendance que j'avais en étant entrepreneur. Et en plus de ça, la fatigue, elle était vraiment très importante. On avoir à la fois plein d'eau parce que j'étais épuisé physiquement. et en avoir plein le dos parce que je ne voyais pas ce beau projet dont j'avais rêvé et que j'avais réussi à construire. Je voyais prendre un peu de distance, même si le musique, ça va revenir, ça va revenir. Ouais, j'en ai plein le dos, ouais.
- Speaker #1
Un peu comme si on avait mis trop de cadres dans ta passion.
- Speaker #0
Trop d'à côté aussi, parce que je n'y faisais plus exactement ce que je voulais faire.
- Speaker #1
Tu avais perdu ta liberté.
- Speaker #0
C'est pratique. Mais ouais, c'est ça, ouais. Et puis, même si, comme je t'ai dit, j'adore la poulie à l'an. Oui,
- Speaker #1
c'est plutôt suisse, c'est ça.
- Speaker #0
Pouler du béton, ça me plaît.
- Speaker #1
C'est clair, je comprends. Et bah Victor, si t'as quelque chose à rajouter peut-être ?
- Speaker #0
Bah je suis moi aussi très fier de toi, du podcast que tu lances, et j'espère que ça ira loin.
- Speaker #1
En tout cas merci Victor, c'est aussi grâce à toi, parce que Victor, je ne vous l'ai pas dit au début de l'épisode, mais Victor a été d'une très très grande aide pour la création de ce podcast. La musique que vous entendez dans l'introduction, la conclusion de chaque épisode, est une musique par notre cou... de suite sur les virées Victor le montage, toutes les galères donc merci beaucoup de m'avoir accompagnée parce que je pense que seule j'aurais beaucoup galéré, donc merci et n'hésitez pas à nous écrire si vous avez des questions à poser à Victor et nous on se retrouve le mois prochain pour le prochain épisode
- Speaker #0
Bye !