Speaker #1Je m'appelle Théo, j'ai 30 ans, je viens de Caen et je fais de la musique sous le nom de Fakir depuis une bonne dizaine d'années maintenant. J'ai un parcours plutôt issu de la musique, disons, instrumentale. Et donc, moi, je viens du rock, j'ai fait de la guitare, j'ai fait beaucoup d'instruments quand j'étais plus jeune. Et en fait, quand je me suis mis à faire de la musique électronique... Au début des années 2010, c'était quelque chose qui était encore un petit peu ancré dans le monde du virtuel et du coup un peu décrié par les puristes, c'est-à-dire par les instrumentistes. Donc quand je suis passé du côté obscur, ils m'ont dit tu vas faire de la fausse musique, tu n'auras pas un bout de bois et des cordes entre les mains. Et du coup ça vient de là en fait, c'est une sorte d'autovane, c'est fake ear, fausse oreille, parce que je fais de la fausse musique. Et la vraie musique, ça a commencé tout petit. Mes parents sont profs de musique tous les deux. Mon père en école de musique et ma mère en collège. Et du coup, ils m'ont mis au jardin musical quand j'avais 5-6 ans, je pense, un truc comme ça. Et puis, j'ai fait tout mon parcours en école de musique. Ils étaient un petit peu, pas anti-conservatoire, mais eux l'avaient fait. Et étaient un peu réfractaires à la méthode académique un petit peu sévère du conservatoire. Et du coup, j'ai été assez... Comment dire, j'ai eu une éducation musicale très souple. C'était mon père le prof, si je retapais mon année, c'était pas grave. Il y avait un truc très détendu. Du coup, j'étais pas très bon, parce qu'en fait, j'étais très détendu, un peu trop. Mais j'ai fait le parcours classique de solfège jusqu'au bout. Et puis ensuite, j'ai fait des classes spécialisées au lycée, musique, etc. Puis une fac de musicologie. Mais sans être un crack un peu dans mon domaine, c'était un peu la voie qui se présentait devant moi, avec laquelle j'avais le plus de facilité, qui était plus évident. Le truc, c'était d'arriver à passer toute la phase apprentissage sans que ça devienne un fardeau. D'ailleurs, ça m'est arrivé peut-être à un moment. J'ai fait du saxophone pendant longtemps quand j'étais jeune, en école de musique, et puis ça dépendait vachement des profs, en fait, moi, mon ressenti et ma progression. Et puis je suis tombé sur un prof à un moment donné qui était un peu... peut-être un peu plus académique, en tout cas qui me donnait des devoirs un petit peu plus... Puis même, ça faisait 5-6 ans que j'en faisais, donc le niveau se corsait un peu. Et en fait, quand c'est devenu scolaire, ça m'a fait décrocher, enfin j'étais plus motivé à en faire, et mes parents m'ont laissé un peu libre de dire « Bon bah ok, t'arrêtes, si ça te motive plus, t'arrêtes. » Et puis à partir de ce moment-là, j'ai plus jamais repris de cours, donc je devais avoir, je sais pas, 12 ans, et j'ai commencé à tout faire un peu avec mes bases de solfège, de saxophones, de musique que je connaissais. Donc j'ai... Comment dire, j'ai arpenté entre la batterie, la basse, la guitare, enfin les instruments auxquels on a accès un peu quand on est au collège et qu'on comprend que ça plaît aux filles. Et du coup, je me suis mis à faire de la guitare en autodidacte et j'en ai fait pendant, je ne sais pas, 10-12 ans, un truc comme ça. J'avais des rêves de rockstar, mais je ne composais pas encore mes morceaux. Je n'ai pas vraiment... Peut-être mes premiers essais à la compose, c'était vraiment quand je suis arrivé en seconde, un truc comme ça, donc à 15-16 ans. Et puis c'était des morceaux de... de rock de lycée, on va appeler ce genre-là comme ça. Et ma première vraie chanson, je crois que j'ai dû l'écrire en première ou en terminale à la suite d'une rupture amoureuse, ce qui est un démarrage tout à fait banal dans le monde de la composition. Je ne me suis pas vraiment posé plus de questions que ça. Pour le coup, en sortant du lycée, j'étais un petit peu, comme tous les lycéens, un peu perdu. Je ne savais pas trop quoi faire de ma vie. Je savais que ça allait tourner autour de la musique de toute façon. Mais c'est de toute façon une voie qui est très dangereuse et très glissante. Parce que, déjà, réussir dans la musique, ce n'était pas vraiment mon objectif. Une fois que j'étais arrivé à mon bac, je m'étais un peu assis sur mes rêves de rockstar. Et je me disais, réalistement, qu'est-ce que je peux faire ? Et puis, je commençais. à appréhender la musique avec l'angle de la production, c'est-à-dire avec l'angle des ordinateurs, de l'enregistrement en studio, etc. Du coup, évidemment, je me suis un peu tourné vers les BTS audiovisuels, faire ingénieur du son, bosser dans la technique en fait. Et du coup, ça, c'était mon objectif. Mais sortant de Bac L, ayant pris une année sabbatique après mon bac pour voyager, j'avais un peu un profil pété, donc je me suis retrouvé un peu à la porte des BTS publics. Les écoles privées étaient trop chères. Et du coup, je me suis dit, bon, je vais commencer une fac de musicologie. Comme ça, ça reste dans la même direction. Il y a eu un moment donné, j'ai été tenté par le social, mais je pense que c'était plus une influence de mes groupes de potes qui partaient tous dans cette voie-là, Edux P, etc. Moi, j'ai fait énormément de colo avec les enfants, tout ça. Donc, il y avait quelque chose qui me séduisait vachement là-dedans. Et puis finalement, j'ai l'impression que j'ai gardé un peu dans ma musique un truc très enfantin, très dessin animé. Mais oui, sinon, je n'ai pas beaucoup dévié de la musique dans ma vie. Je n'avais pas de réseau. Et puis, j'ai commencé à faire de la musique électronique avec un copain qui s'appelle Gabriel Lejeleux, qui est aujourd'hui connu sous le nom de Superpose et qui fait de la musique électronique. Et en fait, on a un peu créé notre projet un peu en même temps. en s'apprenant un peu mutuellement, moi il m'a servi de mentor et puis c'était un de mes meilleurs potes de lycée donc il y avait vraiment quelque chose de très évident aussi là-dedans. Et puis en fait dans notre ville à Caen, tous les ans il y avait un tremplin d'organisé par la salle de Caen, le Cargo, qui entre autres a vu naître Aurel San. Donc en fait il y avait quelque chose de très cool autour du Cargo, les professionnels prenaient la salle au sérieux et les groupes régionaux très au sérieux. Donc on avait des yeux un peu sur nous et à ce moment-là... superpose à gagner le tremplin du cargo et moi je l'ai remporté l'année d'après. Du coup ça a été assez rapide parce qu'on est passé de aucun réseau à d'un seul coup rentrer dans le circuit des professionnels de la musique etc super rapidement juste parce qu'il y avait les bonnes incoïncences à ce moment là c'était un truc d'être au bon endroit au bon moment quoi. C'était facile de faire ses armes à Paris une fois qu'on avait été un peu adoubé par le cargo et puis même dans les festivals du coin je me souviens notamment moi le président du jury du tremplin l'année où je l'ai fait c'était Jean-Louis Brossard le le programmeur des Transmusicales de Rennes, qui est un énorme festival dans le Grand Ouest, qui est LE festival un petit peu référence. Et en fait, le fait que j'ai gagné cette année-là et que ce soit lui le président de la jury, ça m'a ouvert énormément de portes, en fait, comme ça. J'étais le premier surpris dans le sens où j'ai vu en fait... un message dans mes DM Instagram, en fait. C'était ça, quoi. J'avais reçu un DM du château de Versailles et je me suis dit, enfin, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Puis, en fait, finalement, en voyant les travaux, en me penchant sur le truc et en voyant les travaux d'Otilacine et de SciSet avant moi, je me suis dit, mais oui, bien sûr, en fait, carrément, le propos était assez clair et évident dès le début. Mais oui, complètement inattendu, ouais. Ça a été beaucoup de phases de repérage. Il fallait d'abord prendre connaissance des lieux, faire connaissance avec Thomas, avec Mathilde, savoir où est-ce qu'on allait, dans quels axes on pouvait aborder. Comment prendre cette espèce d'entité symbolique qui est Versailles dans la tête des gens, et puis concrètement le bâtiment en lui-même, et comment faire résonner ça littéralement. Mettre ça en musique d'une manière un peu intelligente et moderne. Mais en même temps, il y avait aussi cette espèce d'envie de bousculer un peu le modèle. Et puis, moi, j'étais un peu pris dans ce truc. C'est-à-dire, je me comparais, j'ai forcément comparé vachement les travaux de Saïs Ed, de Thilassine. Moi, comment je pouvais aborder le truc, qu'est-ce qu'ils avaient déjà fait ? Comment eux arrivaient à conjuguer Versailles avec leur identité ? Et en fait... Moi, j'ai un truc qui est très... Enfin, Fakear, c'est très basé sur un rapport à la nature très fort, quelque chose de très... un peu world music, quoi, d'aller exploiter des sons qui viennent d'Asie, d'Afrique, etc. Et du coup, Versailles, il y avait quelque chose d'extrêmement français, et puis à la gloire des rois. Un truc qui était à l'opposé de ce que moi, je... de mes sources d'inspiration habituelles, de presque un truc très... presque animiste ou préhistorique, quoi, de rapport à l'humain très instinctif, quoi. Et donc fallait retrouver ce truc là. Et puis du coup ça a été rigolo parce que ça a été un vrai challenge et au final je m'attendais à me battre un peu avec le château. Et le but c'était pas ça, le but c'était que ce soit très fluide et ça l'a été vachement. J'ai utilisé le château comme une espèce, en plus de sampler tous les bruits de portes, d'horloges, qui sont des choses qui étaient assez évidentes en fait finalement, qui allaient un peu de soi parce que c'était la source de bruit la plus apportée quoi. j'ai utilisé le château comme une espèce de caisse de résonance aussi, en utilisant les reverbs des lieux, les reverbs des endroits, et ça c'était quelque chose de super intéressant, et d'un seul coup, qui était connecté un plus à mon côté nature, etc., parce que finalement j'utilisais le matériau, le marbre, la pierre, les tissus, les matériaux qui composaient le château comme étant une espèce de marmite dans laquelle j'allais faire mon truc. Il y a eu d'abord une intuition créative où je me suis dit, bon, je vais d'abord faire une espèce d'esquisse dans mon coin par rapport à ce que ça m'inspire, ce que le château dégage comme truc. En fait, en visitant, en faisant, comment dire, le repérage, en enregistrant les sons du château, etc., je me suis retrouvé à un moment donné dans une espèce d'impasse de création par rapport à ce que j'avais déjà fait juste avant. Et il fallait que ce dialogue avec le château qui s'était mis en place, ça n'allait pas en fait. Et du coup, dans la création... Le challenge quand on est tout seul aux commandes, c'est d'avoir un miroir en face parce qu'en fait on a toujours besoin de dialoguer, on a toujours besoin d'un dialogue avec quoi que ce soit, ça peut être un objet, ça peut être quelque chose qui nous sert de miroir et qui nous sert à faire des allées et venues entre les mains dans le cambouis et la prise de recul où on se dit bon oui d'accord là c'était une bonne idée, ça c'était une mauvaise idée et en fait là il y avait finalement le château m'a servi vraiment de miroir et du coup j'ai jeté à la poubelle ce que j'avais commencé en fait tout simplement et j'ai recommencé un morceau de zéro que j'ai fait en une après-midi en fait. Et du coup, ça a été en une après-midi, j'avais le morceau tel qu'on le connaît aujourd'hui, en basant sur tous les sons que j'avais enregistrés et le feeling que j'avais, le nouveau truc que j'avais acquis. J'ai l'impression qu'on a chacun un peu nos méthodes en fonction des artistes. Et moi, je sais que je me base sur un espèce de mélange composé de flemme. C'est un peu l'ingrédient de base. Et puis, du fait que je compose chez moi. Donc en fait, il y a de la vie autour de moi, il y a mon chat, il y a ma copine, il se passe des choses. Et en fait, cette espèce d'alliance-là, je dis la flemme parce qu'on peut penser que c'est un truc très préjuratif, mais finalement, je m'en sers comme d'un outil parce qu'à un moment donné, je ne suis pas quelqu'un d'hyper perfectionniste. Et en fait, ça me sert dans ces moments-là parce que du coup, j'arrive au bout d'une espèce d'idée et je vais me dire, bon, eh bien là, je vais faire une pause et je vais faire un café. Et je vais me sortir la tête de ça, parce que je ne vais pas faire gaffe aux détails et rentrer dans le truc, etc. Et du coup, par moment, j'arrive à la fin de quelque chose, je vais me faire un café, j'y retourne et je me dis, ben non, en fait, c'est bon, c'est terminé. Et du coup, j'arrive à ne pas m'obstiner à rentrer dans des espèces de méandres et de rouages. Je vois énormément de proches, potes, artistes, producteurs, musiciens qui se... courbouillonne la rate, j'ai envie de dire, à essayer de chercher le truc qui va bien, le tout petit détail, etc. Et passent des semaines à modifier des micro-trucs qu'on n'entend pas, qu'eux-mêmes entendent et sont contents. Mais finalement, il y a quelque chose de presque de... Enfin, c'est encore très péjoratif, de masturbation intellectuelle, mais dans le sens de chercher peut-être la petite bête. Alors qu'en fait, l'idée de base, l'émotion de base, elle est là, elle est construite. Et en fait, c'est ça qui va transparaître. C'est ça qui va, comment dire, imprégner les gens. C'est pas le micro-détail, quoi. Et du coup, j'ai tendance à, moi, pas perdre trop de temps avec ces trucs-là et vite me détacher d'un morceau. Par exemple, le fait de mettre à la poubelle ce que j'avais commencé à faire pour Versailles, ça a été un acte qui était assez facile à faire, justement, basé sur ce truc-là, un peu. J'étais assez détaché, je me suis dit, bon, ça me sert à rien que je m'obstine à essayer de modifier des tout petits détails pour faire rentrer les trucs de Versailles que j'ai enregistrés. Je vais tout recommencer à zéro et on verra bien ce qu'il se passe, quoi. Symboliquement, c'est très marrant. Il y a un truc hyper insolite. Moi, je me sentais un petit peu comme une espèce d'intrus, des fois. Un petit peu un éléphant dans un magasin de porcelaine, dans le sens d'un mec un peu bourrin, quoi. Au milieu de tous ces ornements, au milieu de tous ces trucs hyper fins, qui ont traversé des siècles, qui sont du patrimoine, qui sont un machin. Et puis moi, j'étais là un peu grossièrement dessiné, presque, au milieu d'un tableau un peu chouette, quoi. Et du coup, il y avait un peu ce feeling là, mais ça me faisait un peu rire. Je me disais j'aime bien cette espèce de décalage un peu historique. C'était presque un peu ironique. Tu vois, j'étais un peu là bon bah ouais, je... Moi, je suis là avec mes machines un peu technologiques à enregistrer des trucs, les découper dans tous les sens et tout au milieu d'un bâtiment plein d'histoires et qui est adoré, qui est respecté, qui est... Enfin, dans le monde entier, on connaît Versailles. Du coup, c'était quelque chose d'assez pittoresque quoi. Le château, ils m'ont laissé complètement libre dans la création du truc. Dès le début, de toute façon, je crois que j'avais prévenu un peu Thomas en disant « Moi, je suis inspiré par la nature et du coup, là, je suis vraiment dans un milieu qui ne m'est pas du tout familier. Du coup, ça va être difficile de suivre des guidelines. Il faut que j'apprivoise le château. » Il y a vraiment un délire de petit prince avec le renard. Ce morceau, du coup, il s'appelle Palace of Time parce que je me suis retrouvé, moi, petit mec moderne contemporain du 21e siècle dans ce château qui a des centaines d'années. Et c'était impressionnant. Finalement tout est un peu dans le titre quoi, j'ai envie de dire je me suis retrouvé confronté à l'histoire quelque part et finalement un bâtiment, à une source d'inspiration qui traverse les âges, qui est très ancienne et à laquelle on a l'habitude d'associer des musiques qui sont pas du tout contemporaines ou modernes. Et moi mon rôle c'était de faire tout l'inverse de ça quoi, de prendre ce truc là, d'en faire quelque chose de très contemporain et du coup c'était marrant quoi, c'est vraiment cette dualité de... de l'ancienneté et puis moi de mon regard un peu nouveau et puis d'essayer de faire avancer le schmilblick entre guillemets c'est quelque chose qui était très intéressant et finalement le nom s'est un peu imposé lui-même en plus le fait de pouvoir sampler d'enregistrer les horloges et tous les témoins du temps c'était quelque chose de marrant d'ailleurs je l'écrivais l'autre jour parce qu'on m'a demandé une description du morceau et je trouvais ça assez chouette aussi parce que dans le dans le dans le morceau on retrouve des bruits de porte des bruits de pas et des bruits des horloges et finalement il ya quelque chose de 2 pareil, cette espèce de dualité de la porte qui claque, très éphémère, les bruits de pas, les gens qui passent très éphémères, et les horloges qui sont là, témoins de ça depuis 400 ans, pour la plus vieille, je trouvais ça hyper cool, hyper beau. Tous les éléments de batterie, à part la grosse caisse, évidemment, que je pouvais pas faire ou recréer dans Versailles, mais sinon, un peu tous les éléments de batterie viennent du château de Versailles, elles sont très déformées, etc., mais du coup, il y a quelque chose de très percussif, j'ai utilisé le château comme un instrument de percussion. et puis les horloges rejoignent ce truc là parce que finalement c'est juste des cloches qu'on frappe à l'intérieur, les tout petits mécanismes donc il y a eu ça énormément mais qui me servent vraiment dans la partie percussion c'est pas mélodique finalement, j'ai l'impression que il y a très peu d'éléments mélodiques qui viennent de Versailles si j'ai samplé un clavecin mais il est très très déformé finalement c'est le son qu'on entend au début au tout début, une espèce de nuage on a l'impression que c'est une espèce de nuage de je sais pas quoi et en fait ça c'est du clavecin mais très grossé enfin Comment dire ? Processé, quoi. Et après, j'ai utilisé un instrument qu'on appelle un hang ou un handpan que j'ai emprunté à un copain. Parce qu'en fait, il combinait plusieurs choses que je recherchais. C'est-à-dire que c'était complètement portatif, donc je pouvais le ramener dans Versailles, ça n'allait rien abîmer. Et puis, c'était facile à mettre un peu partout. Je pouvais l'enregistrer et enregistrer la réverbération de cet instrument-là, ce qui, moi, me tenait à cœur à fond. Du coup, je pouvais le mettre partout, en jouer, et pouf, j'avais d'un seul coup... Versailles qui me servait de caisse de résonance comme on disait. Et puis après j'ai incorporé du piano parce que c'est quelque chose avec lequel je suis assez à l'aise. Et puis finalement je trouvais qu'il faisait le pont plutôt bien entre l'ancienneté du lieu et la modernité. C'est un instrument qui traverse un peu les âges sans que ça vieillisse de tout le piano. Et puis je crois que... Ah bah si après il y a les synthétiseurs évidemment qui sont beaucoup plus modernes. Et ça c'était... Un peu la partie, là-dessus ça rejoint la vidéo parce que moi le morceau je l'ai beaucoup écrit en suivant Juliette, qui est la réalisatrice, et qui m'a dit, voilà moi je pense à un plan, je pense que ce serait bien de faire une partie jour, une partie nuit, et que dans cette partie nuit on bouscule un petit peu, comme si dans la partie jour c'était nous qui étions dans Versailles, parce qu'on n'a pas le choix, de toute façon le lieu il est comme ça, et puis le soleil il est clair comme ça depuis la nuit des temps, donc on va pas faire grand chose, par contre la nuit c'était... plutôt Versailles qui était à notre service. Il y avait quelque chose de très différent avec l'installation qu'on a fait dans la galerie des glaces avec les LED, le mapping qu'on a fait sur les bassins d'Apollon. La partie nuit, c'était plus notre royaume et d'un seul coup, on déformait totalement l'image traditionnelle qu'on a de Versailles. Et je pense que les synthétiseurs répondent un petit peu à ce truc-là dans le morceau. C'est-à-dire qu'ils sont assez peu présents au début et deviennent de plus en plus, ils prennent de plus en plus de place pour à la fin être vraiment le truc lead. qui fait que d'un seul coup on a transcendé ce truc de Versailles. Finalement c'est marrant parce que je l'ai fait sans vraiment réfléchir à ça, mais le morceau commence par le clavecin et termine par vraiment le côté plus dur électronique, synthétiseur, électricité quoi. Le morceau était déjà terminé, à partir du moment où on a commencé à filmer en fait. Moi je lui ai livré un peu un produit, et puis elle ensuite s'est articulée autour de ce truc-là, autour de la musique, pour présenter le truc final à la fin. Après c'est pas la première fois qu'on bosse ensemble avec Juliette, et il y a aussi ça qui rentre en ligne de compte dans le sens, c'était... assez simple d'échanger avec elle et de savoir où elle allait en venir en fonction de ce qu'elle me disait. Je me disais, ah oui, d'accord, elle pense à ça, donc ça va avoir un peu cette tronche-là. Et puis moi, en me le disant, je pense qu'elle s'attendait aussi à ce que je lui balance des trucs derrière. Juliette, c'est la réalisatrice. Du coup, c'est elle qui est venue avec moi en repérage pour se dire comment on allait mettre en image Versailles. Finalement, c'est peut-être elle qui a fait le plus gros travail de... Je trouve de réadaptation du château, plus que même moi, finalement, qui suis venu avec mon gentil micro, enregistrer deux, trois bruits et deux, trois trucs. Juliette, elle a vraiment exploité ce château et qui a fait quelque chose d'archi-moderne, etc. Là-dessus, elle a complètement assuré. Le handpan, c'est un instrument qui est étrangement natif de Suisse. On le voit, on a l'impression que c'est tibétain ou je ne sais pas quoi. Et en fait, pas du tout. C'est une sorte de soucoupe volante à l'ancienne, un petit peu du film, avec des espèces de petites cavités autour de la paroi, ce qui fait que quand on tape un peu dans ces cavités, il y a différentes notes. Donc chaque handpan est accordé selon une certaine gamme, etc. C'est un instrument de percussion qui n'est pas très compliqué à jouer. En plus, il fait un son très beau qui se rapproche de... du style drum il y a d'ailleurs un super artiste qui est aussi un ami qui en joue très très bien qui s'appelle Clément Bazin et qui me hurlerait dessus s'il m'entendait comparer le hang avec le style drum mais pardon Clément j'ai l'impression que un bâtiment un symbole comme ça ne pourra jamais m'appartenir moi j'ai l'impression d'avoir visité le truc mais je ne me suis pas je me suis difficilement approprié il y a eu un moment un peu de vertige comme ça où à la fin du tournage on était dans la galerie des glaces et puis Et... Il était, je ne sais plus quelle heure, presque minuit, un truc comme ça. Et puis, on se disait, c'est drôle, on n'est vraiment pas beaucoup, je pense, à connaître cet endroit à cette heure-là, avec le mood dans lequel on est, à démonter. Et ça, c'était vraiment, je pense, le comble de cette espèce d'ironie. Qu'est-ce qu'on fait là, nous, cette bande de jeunes qui bricolons notre truc dans ce château énorme ? Mais je ne pourrais jamais me l'approprier. C'est quelque chose, je suis passé là-dedans. comme une espèce de courant d'air, comme l'ont fait des centaines de milliers de personnes, de millions de personnes avant moi, depuis qu'il est construit. Je suis juste un espèce de grain de sable, comme ça. Mais c'est beau, moi je trouve ça chouette, justement, cette espèce de truc très éphémère, les vanités de l'homme. On est là, on arrive, on passe, on s'en va, et puis lui, il a posé, il nous voit faire, et puis il est un peu à se marrer dans son coin, je pense, à se dire, qu'est-ce qu'ils font encore avec ma galerie des glaces, là ? Je pense que ça ouvre une porte incroyable sur plein de choses. De toute façon, toutes les expériences un petit peu comme ça, un peu étranges de jouer ou de produire dans des lieux un peu spéciaux, à chaque fois m'ont donné cette espèce d'entreaperçu de ce que ça pourrait être de jouer dans quelque chose de plus, encore plus étrange, encore plus insolite. Quand on joue dans des lieux comme ça, le lieu devient une sorte de public. On se met en tant qu'artiste au service du lieu. Les salles de concert ou les trucs comme ça sont le plus neutre possible pour qu'on puisse nous venir avec notre scénographie et l'habiller comme on veut. Alors que quand on se met à jouer dans des lieux très anciens, qui ont une histoire, qui ont un passé comme ça, on devient un peu vraiment l'essence du musicien, le troubadour, qui se balade de lieu en lieu en présentant ses chansons, et puis qui demande la petite pièce à la fin, et puis après qui s'en va vers un autre château, et puis jouer ça au seigneur du truc. Et j'avais l'impression de retoucher du doigt cette espèce de truc-là. Et c'est super en fait, c'est un truc super chouette. Du coup, oui, ça m'a donné carrément envie d'essayer de faire ça encore dans des lieux. Après, comme je disais un peu au début, je suis très lié à la nature. Et du coup, il y a quelque chose de... J'ai envie peut-être de tenter de faire ça dans des lieux naturels un petit peu fous. Et allier ce truc, ce serait peut-être le prochain objectif, allier ce truc, cette espèce d'histoire très profonde, un lieu historique très profond, mais assez naturel. ou réenvahis par la nature. Ça, ce serait quelque chose qui me plairait beaucoup. Pour recontextualiser un morceau, on peut juste se baser sur la scénographie qu'on a amenée, sur les jeux de lumière, etc. Et finalement, on doit faire beaucoup avec des moyens assez limités. Et évidemment, il y a une espèce d'envie de rendre ça comme peuvent le faire les metteurs en scène au théâtre ou à l'opéra, qui construisent des décors entiers qui vont servir juste une scène. Mais en fait, il y a quelque chose de tellement chouette et de tellement immersif là-dedans. que ça donne envie quoi, ça donne envie de faire ça dans le monde de la musique. Après ça dépend aussi des styles musicaux, j'ai l'impression qu'il y a certains styles qui s'y prêtent moins, ou qui en tout cas en ont moins besoin, mais j'ai l'impression que la musique instrumentale, et la musique électronique particulièrement, parce qu'il y a moins d'instruments justement, elle a besoin de ce contexte là. Et puis c'est pas pour rien d'ailleurs si la plupart des DJ ou des producteurs se produisent avec de la vidéo derrière quoi, c'est qu'il y a un besoin de décors en fait, un besoin d'image par dessus quoi. Au niveau de l'inspiration, les jardins m'ont vraiment servi et ils m'ont permis d'aborder le château sous cet angle-là et du coup d'en venir au château beaucoup plus facilement. Et de me dire oui, ok, mais en fait c'est cool parce que j'ai mes jardins, j'ai ma nature, j'ai ma caution nature qui est là, qui est présente et qui est chouette. Et du coup le château me paraît plus accessible aussi en allant de ce biais-là. En plus c'est rigolo parce que finalement les jardins... Enfin, le château, il a servi de plein de choses. Il a servi d'abord de résidence, ensuite il a servi un peu de musée. Et puis en fait, il est resté musée quoi. Et les jardins sont restés jardins. Et un truc très... De base, ils ont été un peu faits comme ça, et ils sont restés comme ça. En plus, c'était rigolo dans les canalisations, en se baladant, ils nous disaient que les tuyaux en fonte restaient en fonte et resteraient en fonte parce que c'est comme ça. Et du coup, il y a quelque chose de très... Voilà, qui a complètement traversé les âges à l'identique de la conception quoi. Que je trouvais très cool. Mais oui, oui, les jardins, en fait, c'est vrai que j'en parle pas depuis le début, mais en fait c'est idiot de... d'oublier ça, ça a été vraiment moi le premier truc sur lequel je me suis penché, c'était me dire ok c'est pas ça qui va me servir de matière sonore, mais ça m'a servi de marche-pied pour accéder au château et puis d'inspiration et puis visuel aussi parce qu'il y a un gros bout du clip qui se passe à l'extérieur quoi. Enfin moi je voulais remercier les équipes de sécurité de Versailles qui ont été super cool avec nous en fait, de nous ouvrir le château, d'être restés jusqu'à tard. de nous avoir aidé à pousser la voiture qui était en panne de batterie quand on est reparti du bosquet. Ça, c'était une des anecdotes un peu aussi. Et là-dessus, ils ont été hyper sympas, hyper pas du tout, comment dire, galères. Ils nous ont trimballé dans leur petite voiturette quand on leur demandait. On pouvait laisser le matos à l'intérieur. Enfin, pour le coup, ça a été un bonheur de bosser avec eux. Et puis toute l'équipe de la com de Versailles. J'imagine que c'est un peu comme ça que vous vous appelez, non ? qui ont monté le truc et puis qui nous ont poussé et puis finalement on sentait bien qu'on avait le champ libre pour faire vraiment ce qu'on voulait et ça nous a vachement aidé à installer un esprit hyper chouette, hyper détendu quoi, c'est clair, c'est trop important. C'est un morceau qui ne va pas faire partie de mon album, qui a un peu une bulle, une entité à part, mais c'est la première prise de parole qui rentre là-dedans. Je suis très content de tout ce qui se met en place autour et de comment on va prendre la parole. Et puis en plus, ce qui est très chouette là-dedans, c'est que ça précède le démarrage de ma campagne de mon quatrième album. C'était une super expérience, c'est super chouette de reprendre la parole après un moment où moi je me suis un peu... Après le confinement, de faire cette première sortie, ce premier truc, en sortant de tout cet espèce de marasme, avec ce beau château, quelque chose de très flamboyant comme retour sur scène, je trouve ça très chouette. C'était hyper intéressant, c'était une super ambiance, on a été hyper bien accueillis. Je suis content aussi, quelque part dans mon fort intérieur, d'avoir bousculé un peu l'image qu'on a, d'un symbole pareil.