- Speaker #0
Bienvenue dans Vides Mères. Je suis Clémentine Guilbeault de Maison et moi Margot Elkier. Et dans ce podcast, on part à la rencontre des maires de toute la France. Notre but ? Remonter à la racine de leur engagement, comprendre leur quotidien, leurs difficultés et leurs réussites. Et peut-être vous donner envie de vous bouger vous aussi pour votre commune. Vides Mères,
- Speaker #1
c'est une sacrée vie de mère !
- Speaker #0
Pour ce nouvel épisode de Vides Mères, je me suis rendue dans la mairie du cinquième arrondissement de Paris, au cœur du quartier latin, arrondissement des savoirs, des librairies et des universités, qui compte environ 57 000 habitants et accueille chaque jour près de 70 000 étudiants. Depuis 2014, c'est Florence Berthoud, 59 ans, secrétaire nationale du Parti Horizon, qui en est la mère. Issue d'un milieu très modeste, Elle revient dans cet épisode sur son parcours impressionnant de Sciences Po Bordeaux à la mairie du 5e, en passant par de nombreux cabinets ministériels, la caisse des dépôts et la direction de la Villette. Avec Florence Berthoud, on a parlé d'accès à la culture comme levier d'égalité, de solidarité au quotidien et de ce que signifie concrètement être maire d'arrondissement d'opposition à Paris aujourd'hui. Je vous précise que cet épisode a été enregistré il y a plusieurs mois. Depuis, en décembre 2025, Florence Berthoud a annoncé sa candidature à sa réélection pour les élections municipales de mars prochain. L'entretien que vous allez entendre n'est donc pas un épisode de campagne, mais bien un temps long pour comprendre un parcours et une manière d'exercer le pouvoir local. Bonne écoute ! Madame la maire, bonjour. Merci de me recevoir dans votre magnifique mairie du 5e arrondissement. Pour commencer, est-ce que vous pourriez me dire qu'est-ce que vous rêviez de faire dans votre vie quand vous étiez petite ?
- Speaker #2
Quand j'étais enfant, dès l'âge de 5 ans, je voulais être journaliste politique. Une des raisons en était sans doute que la télévision... Donc vous voyez, je ne suis plus très très jeune, mais la télévision finalement venait de s'installer dans le foyer. une télévision en noir et blanc et que j'étais fascinée par les débats politiques. Et toute petite, je regardais les débats politiques. Et la chose publique m'a toujours beaucoup intéressée. Donc je n'étais pas dans une famille de politique, mes parents étaient exploitants agricoles, mais c'est vrai qu'on regardait beaucoup, évidemment le 20h, Les débats qui étaient vraiment une institution où il y avait des grands débats politiques avec des animateurs vedettes. Et on regardait ça et on aimait beaucoup Duhamel, El Kabach. Je me souviens des débats avec Georges Marchais qui me fascinaient et je voulais être journaliste politique.
- Speaker #0
Et comment vos parents ont-ils accueilli ça ?
- Speaker #2
Mes parents trouvaient ça formidable. Il trouvait ça formidable, nous étions quatre enfants et chacun a suivi un parcours totalement différent. J'ai eu la chance de grandir dans un milieu plutôt modeste, voire très modeste, mais où l'école était une référence absolue et où l'achat du livre était considéré comme très très important. Et moi j'étais toujours... dans les bouquins.
- Speaker #0
Donc on peut regarder la télé et quand même aimer lire ?
- Speaker #2
Oui mais vous savez c'est la télé d'il y a quelques décennies donc ce n'était pas du tout la même chose, il y avait trois chaînes de télévision, il n'y avait pas le portable, il n'y avait pas les écrans, donc et même l'usage si j'ose dire de la télé était extrêmement réglementé à la maison, même toute petite on avait le droit de de regarder une petite émission pour les enfants qui durait 10 minutes et nous on voulait encore rester après. Et non, c'était extinction des feux, il fallait aller se coucher.
- Speaker #0
Donc ça c'est les valeurs que vous transmisez à vos parents, c'est basé sur l'école, la méritocratie ?
- Speaker #2
Exactement, l'école et la méritocratie, référence absolue.
- Speaker #0
Il y a d'autres choses que vos parents vous ont transmises qui vous servent aujourd'hui ?
- Speaker #2
Oui, sans doute des valeurs d'équité, de solidarité. Le travail était très important, l'attention aux autres et ne jamais envier son voisin. Et compter aussi sur soi, sur ses mérites propres pour réussir.
- Speaker #0
Et donc, là, vos parents, ils vous poussent à faire des études à ce moment-là ? Venant eux-mêmes d'un milieu modeste, j'imagine peut-être qu'ils n'avaient pas fait d'études. Pour eux, c'était très,
- Speaker #2
très important. Et je dois dire que mes parents ont travaillé toute leur vie pour payer des études à leurs enfants. Donc moi, j'ai fait des études longues. Mes sœurs aussi. Mon plus jeune frère voulait s'orienter vers un métier... plus manuel, mais mes parents nous ont payé des études longues. Et moi, j'ai spontanément souhaité faire une classe prépa, faire Sciences Po et mes parents ont toujours dit oui. Mais on n'avait pas le droit de redoubler parce que si on redoublait, on perdait les bourses. Donc je peux vous dire que c'est un élément de motivation. Il ne faut pas pleurer sur soi, il faut essayer d'y arriver coûte que coûte.
- Speaker #0
Vous êtes partie à Bordeaux ?
- Speaker #2
Je suis partie à Bordeaux faire Sciences Po. Paris était intouchable, ne serait-ce que sur le plan financier, parce qu'il faut se loger. Donc mes parents avaient trouvé par l'intermédiaire d'amis, un petit appartement qui était d'ailleurs dans un piteux état. Je ne suis pas sûre qu'on aurait le droit de le louer aujourd'hui, mais j'étais là et ma sœur, une de mes sœurs qui a suivi des études de droits pour devenir d'ailleurs notaire, était dans le même appartement que moi.
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous avez retenu de ces études ? Est-ce que ça vous a plu d'étudier les sciences politiques ?
- Speaker #2
Oui, parce que c'était une ouverture sur le monde. Ça mène à tout, il faut en sortir, mais c'est vraiment une ouverture sur le monde qui est extraordinaire. On rencontre d'abord des étudiants... de milieux très divers, d'opinions politiques très diverses et on apprend beaucoup.
- Speaker #0
Après vous finissez vos études, là vous vous êtes déjà engagée en politique ?
- Speaker #2
Pas du tout. Alors moi assez étonnamment j'ai fait beaucoup beaucoup de cabinets ministériels et de cabinets très politiques. Donc je suis rentrée au cabinet du ministre des relations avec le Sénat qui est devenu ensuite le ministre des relations avec le Parlement et je suis rentrée... presque par hasard, parce que le directeur de cabinet de ce ministre était en fait le bas droit du président de la banque où je travaillais. Il m'avait dit vraiment « Vous êtes fait pour faire de la politique, travailler dans ce milieu-là » . Et donc j'ai sauté le pas alors que j'avais un métier qui était plutôt enthousiasmant, mais je me disais que c'était… très jeune à l'époque et je me disais que c'était une magnifique opportunité. Donc, je crois que ce qui est très important, c'est aussi de saisir les opportunités. Les opportunités, ce n'est pas faire du zapping en termes de métier, mais en tout cas, dans mon parcours professionnel, j'ai été banquière, j'ai piloté la politique de mécénat d'une grande banque, j'ai fait beaucoup de cabinets ministériels, j'ai été directrice générale... du plus grand établissement public culturel, qui est le parc et la grande halle de la Villette. Mais toutes ces expériences-là, il y a un fil conducteur toujours, qui est le collectif vraiment. Alors les collectivités locales, parce que j'étais dans une banque qui finançait les investissements des collectivités locales, mais la chose publique d'une manière générale et un fil rouge qui a toujours été la conviction que l'accès de tous à la culture est tout à fait essentiel pour pouvoir grandir et pour pouvoir réduire les inégalités. Et d'ailleurs, je suis maire et je vous disais tout à l'heure que j'ai créé comme maire une résidence d'artistes dans ma propre mairie. Je dois être peut-être la seule maire en France qui, dans sa mairie, a une résidence d'artiste à l'année avec des artistes qui dorment dans la mairie.
- Speaker #0
On va y venir, mais pour revenir un petit peu sur votre parcours, pourquoi est-ce que vous avez décidé de commencer dans une banque ?
- Speaker #2
Tout simplement parce qu'à l'époque, j'avais fait l'IRA, l'Institut Régional d'Administration. Je dois avouer que je l'avais fait aussi pour des raisons alimentaires parce qu'on était fonctionnaire, on était payé dans cette école-là et si on sortait dans les premiers, on pouvait choisir son administration d'affectation et moi ça a été la Caisse des dépôts. Donc la Caisse des dépôts, il y avait une direction du développement local et dès que je suis rentrée à la Caisse des dépôts, je suis allée voir un peu tout le monde pour dire que je voulais absolument aller travailler en région. Et donc j'ai été nommée directrice départementale de la Caisse des dépôts et du Crédit local de France en Champagne-Ardenne et j'en garde un souvenir extraordinaire.
- Speaker #0
On a l'impression, la Caisse des dépôts, que ça peut être une institution qui est...
- Speaker #2
Je pense que la plupart des gens ne savent pas exactement à quoi ça sert. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ? Surtout, j'étais moi à la Caisse des dépôts, si j'ose dire, dans une de ses filiales qui s'appelait la CAEC, qui a pris totalement son autonomie, qui est devenu le Crédit local de France, puis ensuite Dexia, qui était la banque des collectivités locales, donc qui finançait les investissements des collectivités locales.
- Speaker #0
Votre directeur vous dit que vous devez faire de la politique. À votre avis, qu'est-ce qu'il a décelé en vous ?
- Speaker #2
la capacité peut-être à travailler je crois assez vite et vraiment à m'intéresser à la chose publique, à faire du lien. Moi ce que j'aime c'est agir et essayer de trouver des solutions.
- Speaker #0
Vous avez dit ensuite vous rentrez en cabinet ministériel. Comment ça se passe et quelle est votre première impression j'imagine de ce milieu où on passe des collectivités peut-être... plus loin du pouvoir, à être dans le cœur du recteur ?
- Speaker #2
Alors moi, je n'étais pas forcément loin du pouvoir parce que je travaillais quotidiennement avec des élus. Des présidents de conseils généraux, des maires de toutes petites communes aussi. Et qu'en fait, je rentre au cabillé du ministre des Relations avec le Sénat. Donc le Sénat, c'est le représentant des collectivités locales. J'avoue que les premières semaines, j'étais un peu... tétanisé par l'apparat du pouvoir parce que les cabinets, les ministères, les grands ministères à Paris, ce sont des grands hôtels particuliers, il faut le dire, avec souvent des très grands bureaux. Donc je me souviendrai toujours de mon premier rendez-vous avec le ministre. C'était la première fois de ma vie où je rencontrais un ministre et où j'entrais dans son bureau, un immense bureau un peu Louis XV. Il était derrière le bureau. J'avais révisé toute la nuit les articles de la Constitution en me disant « il va m'interroger, ça va être terrible » . Et puis en fait, il ne m'a pas du tout interrogé. Je pense que son directeur de cabinet avait dû me présenter d'une manière très avantageuse et il m'a remercié d'avoir rejoint son cabinet. le bras droit de Jacques Chirac, et pour m'occuper du Sénat où j'avais jamais mis les pieds. Donc comme quoi tout est possible, et j'ai abordé ces fonctions-là avec beaucoup d'humilité. Je suis allée voir tous les hauts fonctionnaires, et j'ai eu la chance, peut-être aussi parce que je les écoutais, parce que j'apprenais, d'avoir des parrains qui m'ont pris sous leurs ailes, et m'ont appris évidemment les rudiments... des règlements des assemblées, mais aussi j'ai travaillé auprès d'un orfèvre des relations avec les parlementaires. Et donc, j'ai beaucoup, beaucoup observé les six premiers mois et donc beaucoup, beaucoup appris.
- Speaker #0
Vous l'avez dit, vous avez eu beaucoup de parrains. C'est vrai que je pense que dans l'imaginaire collectif et aussi dans une certaine réalité au Sénat et en plus à l'époque dans les cabinets ministériels, c'est beaucoup d'hommes. Comment, en tant que jeune femme, vous rentrez dans ce milieu-là ? Est-ce que vous vous sentez bien acceptée ou est-ce qu'au contraire, vous observez des freins ?
- Speaker #2
Non. Alors je vais vous dire très franchement. D'abord, ça a beaucoup évolué. Le Sénat est une maison où le savoir vivre, le savoir être est très, très important. Donc la règle d'or, même si ça peut faire sourire par être... un petit peu d'un autre âge, mais il y a une manière de se comporter, d'être, de parler. Il y a très rarement d'éclats au Sénat. Même quand les sénateurs sont par exemple en opposition totale avec les textes portés par des ministres, ils vont le dire d'une certaine manière. D'ailleurs, il y avait de jeunes ministres qui se faisaient toujours bisuter parce qu'ils pensaient que quand un sénateur disait qu'il était réservé ils allaient pouvoir faire voter des textes dont le Sénat ne voulait pas. Alors moi, j'avais très vite compris le langage sénatorial. À l'Assemblée nationale, on va avoir des mots d'éclat. On va dire c'est nul, je suis en total désaccord. Au Sénat, on ne dit quasiment jamais ça. On dit « J'ai mis ce texte, pose problème » parce que… Donc il y a une manière d'être qui, en fait, est assez agréable. Mais c'est vrai que je me souviens de l'ancien ministre Guéna, qui était un sénateur très important, qui un jour, très gentiment mais avec une pointe quand même un petit peu de critique dans la voix, me fait remarquer, alors qu'on est au milieu de la nuit, on siège beaucoup la nuit, et me fait remarquer qu'il fait très chaud et que j'ai de la chance parce que je peux porter un chemisier avec les épaules. épaules dénudées et qu'il y a quelques années, ça n'aurait peut-être pas été possible. Alors il y avait ce genre de remarques qui paraîtraient peut-être un petit peu sexistes. Donc j'ai fait très attention après de ne plus avoir les épaules dénudées.
- Speaker #0
Il faut bien qu'il y ait des avantages à être une femme ! Donc, vous l'avez dit ensuite. En 2007, vous devenez directrice générale de l'établissement public de la Villette.
- Speaker #2
Entre-temps, j'ai fait beaucoup de cabinet ministériel et j'ai notamment été conseillère parlementaire du Premier ministre Dominique de Villepin.
- Speaker #0
Qui revient sur la scène aujourd'hui.
- Speaker #2
Qui revient sur la scène. Très difficile d'être conseillère parlementaire d'un Premier ministre parce qu'en général, ce ne sont que des hommes. Mais ça, c'est une autre affaire. On m'avait proposé d'être numéro 2 et c'est une des rares fois... dans ma vie, où on m'a proposé ce qui était sans doute un joli poste et où j'ai refusé en disant que si je n'étais pas numéro 1, eh bien, je partirais dans le privé. Ça ne posait pas de problème et que je ne voulais pas être numéro 2 pour avoir un petit siège derrière le numéro 1 et être exclue de toutes les réunions politiques. On sait souvent moins faire, les femmes, surtout à l'époque.
- Speaker #0
Est-ce que travailler dans le cabinet ministériel de Dominique de Villepin, c'est comme dans le film ?
- Speaker #2
Alors, comme dans le film qui d'ailleurs a été en partie tiré d'une BD qui a été écrite par un de mes amis, qui était la plume, une des plumes de Dominique de Villepin. Il y a des morceaux qui sont vrais. Le côté un peu flamboyant. Alors, il y a notamment une scène qui est à hurler de rire, mais qui est très vrais, c'était les fameux stabilos de couleur parce qu'il avait plusieurs stabilos de couleur et ça c'était quelque chose de très important sa secrétaire particulière veillait à ce qu'il y ait toujours les stabilos mais il y a pas mal d'anecdotes qui sont vraies même si le trait est un petit peu forcé mais il y a beaucoup de choses de vraies
- Speaker #0
On le regardera avec un nouveau regard En parallèle, dès 2001, vous êtes devenue conseillère municipale de Paris aussi. Pourquoi cet engagement d'être conseillère municipale ? Je vais vous dire,
- Speaker #2
c'est presque là encore, c'est l'effet du fruit de rencontres. Le sénateur, à l'époque maire, parce qu'il pouvait être maire du 1er arrondissement, qui me côtoyait beaucoup au Sénat, disait « j'aime beaucoup la manière dont vous travaillez » . « Je vais constituer ma liste pour les élections municipales et je n'arrive pas à trouver de femmes. C'est dommage que vous ne soyez pas dans le premier arrondissement. » Et j'en parle autour de moi et on me dit « Mais pourquoi tu ne le rappelles pas ? » Et je le rappelle en disant « Écoutez, vous m'avez dit ça, moi ça m'intéresserait. » être conseillère de Paris, être en tête de liste. Et je dis non, je veux être simple conseillère municipale et puis voir comment ça fonctionne. Et l'aventure a commencé comme ça.
- Speaker #0
Donc à l'époque, vous êtes simplement conseillère d'arrondissement ? Oui,
- Speaker #2
je suis conseillère d'arrondissement. Et puis la fois d'après, j'ai été conseillère de Paris. C'était une bataille homérique très compliquée. J'ai d'ailleurs rédigé moi-même le programme du candidat qui allait devenir maire, Jean-François Le Garay. et j'ai pris goût à ce qu'il y ait à chaque fois aussi un combat.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez nous expliquer la différence entre conseillers d'arrondissement et conseillers de Paris ?
- Speaker #2
Alors les conseillers de Paris, Paris est à la fois ville et département. A l'époque il y avait 20 arrondissements, aujourd'hui il y en a 17 et les premiers de liste des arrondissements sont conseillers de Paris, c'est-à-dire qu'ils font partie de cette assemblée. départementales, on va le dire comme ça, de Paris, villes et départements. Donc en fait vous avez deux types d'assemblées, celle qui est autour du maire ou de la maire de Paris, c'est le conseil de Paris et puis vous avez dans chacun des 17 arrondissements, des conseillers d'arrondissement avec un maire Avec les premiers de l'ISC qui, en général, sont conseillers de Paris. Et puis, les conseillers d'arrondissement qui sont ou pas adjoints de l'arrondissement.
- Speaker #0
Donc, à un moment, vous êtes à la fois conseillère municipale et en même temps, directrice générale de l'établissement public de la Villette.
- Speaker #2
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Comment est-ce que ça se passe cette coopération ?
- Speaker #2
C'est de l'organisation et je suis une énorme travailleuse. Et j'ai un sens de l'organisation assez abouti.
- Speaker #0
Vous avez des petits conseils d'organisation ?
- Speaker #2
Il y a une chose dont j'ai horreur, c'est les réunions qui durent très longtemps. Donc en général, j'aime bien avoir des notes pour pouvoir décider très vite et je demande à ce que les réunions soient le plus bref possible. Des réunions par exemple sur les investissements, les premières fois où j'étais mère je me faisais un peu bisouter, on avait des réunions de trois heures où on expliquait ce qu'on avait fait les deux dernières années, ce qu'on faisait cette année, ce qu'on ferait demain L'année suivante, j'ai demandé des notes bien préparées. En général, on est passé de trois heures à trois quarts d'heure. Voilà un exemple et parfois 30 minutes.
- Speaker #0
Très bien. En parallèle, vous devenez aussi conseillère régionale. Oui. Pourquoi se rajouter cette casquette-là ?
- Speaker #2
Parce que la régence est une autre manière de voir le collectif. C'est aussi une manière de pouvoir... pouvoir aider le local. Je dirais que l'organisation administrative de nos collectivités est faite de telle sorte qu'en fait, souvent, on peut le déplorer, mais quand vous n'avez qu'un mandat, eh bien, vous avez beaucoup moins de pouvoir de faire, d'avoir des moyens et que lorsque vous avez plusieurs casquettes. Ça, c'est une réalité. C'est d'ailleurs pour ça qu'un certain nombre d'élus de tous bords maintenant reviennent sur une interprétation trop stricte du non-cumul des mandats. Il y a eu des excès dans ce cumul des mandats quand on était président d'un département, plus maire d'une grande ville, plus député ou sénateur. Objectivement, on peut quand même imaginer qu'il y a une fonction exécutive en trop. Mais moi, être conseillère régionale, ça m'a permis aussi d'ouvrir les portes. J'ai été par exemple plus tard conseillère régionale parce que j'étais conseillère régionale, puis pas de conseillère régionale, puis je suis revenue conseillère régionale. J'étais à ce titre présidente du Fonds Régional d'Art Contemporain qui est un énorme truc. Alors j'ai poussé beaucoup de projets, notamment à Romainville pour qu'on puisse y mettre les réserves du frac de la région Île-de-France. C'est vrai que ça m'aide aussi pour aujourd'hui organiser aussi des événements culturels tapés aux bonnes portes.
- Speaker #0
Du coup, on le sent dans votre parcours déjà, le goût pour l'artistique est très présent, pour l'accès à la culture. D'où ça vous est venu ? Est-ce qu'il y a une expérience marquante où vous vous êtes dit « là, la culture, je me rends compte, c'est vraiment important » ?
- Speaker #2
Moi, je suis allée voir mon premier film dans un cinéma. Je devais avoir 11 ou 12 ans. Ma première pièce de théâtre, c'est à peu près au même moment. Et mon premier opéra, j'ai dû y aller à 21 ans, quelque chose comme ça. Et je me souviens du premier film que j'ai vu dans une salle de cinéma. Je me souviens de la première pièce de théâtre que j'ai vue et je me souviens... du premier opéra. Je dis souvent à mes enfants qu'ils ont tellement eu accès à tout depuis leur plus jeune âge, y compris un nombre de vernissages incalculables, qu'ils ne se rendent pas compte de ce choc-là. Et c'est évidemment une manière d'ouvrir les chakras, si vous me permettez cette expression, sur le différent, sur l'autre, Ça n'est pas qu'un moment de bonheur, de ravissement, qui est ou pas au rendez-vous d'ailleurs. Je pense que c'est une manière d'appréhender vraiment l'altérité et de se construire et de faire collectif. Et l'accès à la culture, ce n'est pas une formule, elle est très très importante. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je suis terminée. très, très investi dans ma mairie pour cet accès à la culture et pour que ce ne soit pas de l'entre-soi. La résidence d'artistes que j'ai créée, ce n'est pas uniquement pour des artistes ou des écrivains, puisqu'à chaque fois il y a un écrivain ou une écrivaine et un plasticien ou une plasticienne. Ce n'est pas simplement pour leur donner un lieu pour créer, pour écrire, même si c'est important. En contrepartie, il y a de la médiation culturelle. Et la médiation culturelle, on s'arrange pour que ce ne soient pas toujours les mêmes écoles qui en bénéficient. Ça peut être par exemple le lycée professionnel du Canou, qui est un lycée spécialisé du vert. Ça peut être des élèves d'un lycée pro, d'une école... des seniors qui souvent souffrent de l'isolement. D'ailleurs, qu'ils aient des moyens ou pas. C'est un moyen de faire de l'intérêt générationnel. Il y a beaucoup d'expositions. Il y a au moins une exposition par semaine dans cette mairie. Les expositions sont toutes gratuites. et j'y adosse autant que faire se peut aussi des expositions, des écoles. Là aujourd'hui on est en train de parler, il y avait tout à l'heure des étudiants de Paris 1 qui font partie d'un jury de la BD d'histoire contemporaine que j'ai créé dans le cadre du festival Quartier du Livre et le président est Jules. On a créé aussi un concours de haïkus un concours de nouvelles avec les centres d'animation. Et l'idée, c'est de faire tourner tout ça, ce qui est des mouvements, du mouvement. Et la culture, c'est le lieu de la découverte et c'est aussi un lieu où on découvre l'autre, le différent. Et je trouve que c'est absolument essentiel pour grandir individuellement, et on grandit à tout âge, il faut l'espérer, et aussi pour, comme on dit, faire société, pour... pour faire de la cohésion sociale. Donc moi, je considère que c'est la mer des batailles. Et dedans, j'y mets d'ailleurs aussi et surtout l'accès à l'écrit, puisque le cinquième arrondissement est l'arrondissement où il y a le plus de librairies, de maisons d'édition par habitant. Et croyez-moi, c'est une bataille quotidienne.
- Speaker #0
Donc vous êtes un peu obligée aussi en étant mère du cinquième arrondissement de vous intéresser à tous les arts, j'imagine ?
- Speaker #2
Bien sûr !
- Speaker #0
D'ailleurs, vous devenez donc maire du cinquième arrondissement en 2014.
- Speaker #2
Je suis obligée de laisser la direction générale de la Villette, ce qui a été un crève-cœur. Mais là, pour le coup, c'était totalement impossible de mener les deux fronts.
- Speaker #0
Après avoir été conseillère municipale pendant 13 ans, comment ça vous est venu l'envie d'être maire ? Et puis, comment est-ce que vous avez fait votre première campagne ?
- Speaker #1
Alors, c'était en 2013 qu'Osusco-Morizet était de liste pour la droite. C'est un combat dont on sait qu'il va être difficile. Nous sommes dans le cinquième arrondissement. C'est un arrondissement qui a été dirigé pendant des années par Jean Thibéry. On sait que, quelles que soient les choses qu'il ait pu faire, il y a aussi une espèce d'usure de la gestion de l'image qui est associée à ce maire. Elle cherche un candidat ou une candidate. et je vais vous dire les choses cash, la réalité c'est que tous les hommes et les femmes politiques importants ne voulaient pas du tout faire campagne dans le cinquième parce qu'ils considéraient que ça allait être épouvantable Guénaud lui-même plume de Nicolas Sarkozy s'était présenté quelques années avant n'avait pas réussi à faire plus de 10% donc on considérait que Merci. C'était une bataille un peu perdue d'avance, mais il fallait quelqu'un qui connaisse la politique et une image un peu d'un télo parce que nous sommes dans l'arrondissement des savoirs de la vie universitaire. Et donc, je participais, je dois dire même que je co-rédigeais avec un collègue qui est maintenant au Conseil des... le programme de campagne de la candidate Kosciusko et donc elle m'a proposé d'être chef de file dans le 5e arrondissement. C'était une campagne longue, très très très difficile et être une femme a été paradoxalement à la fois un talon d'Achille et à la fois une force parce qu'on ne m'a pas trop vu arrivés et je pense que mes... Et les opposants, les concurrents n'ont pas perçu que j'étais totalement déterminée et que je faisais une campagne très, très, très organisée.
- Speaker #0
Donc, personne n'y croyait, mais vous, vous étiez convaincue que ça allait être possible ? Non,
- Speaker #1
je pensais que c'était possible, que ça allait être très, très difficile, mais qu'il y avait un petit chemin pour y arriver. Je n'ai jamais dit je vais être élue. Je pensais que c'était possible. Voilà, tout simplement. Et quand j'ai été élue, j'ai cité évidemment cette célèbre maxime de Mark Twain. Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait.
- Speaker #0
Quels sont vos secrets d'une campagne réussie ?
- Speaker #1
Je n'ai pas de secrets. Je pense qu'il faut être désinvesti, il faut faire beaucoup de terrain. Il faut écouter aussi ce que les administrés souhaitent, attendent. Il faut faire un programme. Il faut avoir derrière soi un collectif, des gens qui y croient. Tout seul, on ne peut absolument rien faire. Donc il faut le collectif, il faut le programme, il faut quelqu'un qui l'incarne. C'est le triptyque.
- Speaker #0
Justement, ce collectif, comment vous l'avez construit, cette liste avec vous ?
- Speaker #1
Écoutez, comme on fait toujours. Il y a des gens qui se proposent spontanément, il y a des gens qu'on connaît, et puis il faut constituer une liste qui représente un peu les attentes et la sociologie d'un arrondissement ou d'une commune. On essaye tous de faire ça avec plus ou moins de succès. Les familles, petite enfance, affaires scolaires, c'est important, le sport, c'est important, la vie universitaire. C'est important, le commerce est important, donc il faut essayer qu'une liste incarne cela avec des tempéraments, des profils aussi différents et complémentaires.
- Speaker #0
Parce que vous savez comment ça va le dire, mais c'est vrai que le cinquième arrondissement, déjà Paris, c'est assez particulier parce que c'est une ville où il y a un million d'habitants, mais il y a tous les franciniens et tous les français qui y vont, qui y passent et même beaucoup d'étrangers. Le cinquième, c'est encore plus caractéristique de ça. Il y a 57 000 habitants, mais beaucoup d'étudiants.
- Speaker #1
Vous avez 70 000 étudiants. Oui, à peu près
- Speaker #0
70 000 étudiants.
- Speaker #1
Donc voilà, il faut essayer de faire ça.
- Speaker #0
Oui, vous arrivez, ça c'est des choses que vous vous dites aussi, de pouvoir représenter ces populations-là dans la liste. Oui, il faut essayer, bien sûr. Et comment est-ce que vous, justement, cette responsabilité par rapport, j'imagine, au-delà de vos électeurs, à la fois des autres Parisiens, des Français, des touristes, des étudiants, comment est-ce que vous arrivez à l'incarner ?
- Speaker #1
Ah ben ça, je ne sais pas, il faut demander surtout aux amis. Et ça se représente de ma part de dire que je l'incarne. Mais en tout cas, aujourd'hui, ce que j'essaye de faire, c'est... Évidemment, d'avoir un aspect très concret sur le terrain, en fait, aujourd'hui, on demande à maire à peu près tout. C'est-à-dire qu'on peut lui demander évidemment de réparer le trottoir, de gérer un problème d'insécurité dans le jardin d'une résidence privée, comme d'un bailleur social. On va lui demander de gérer des problèmes de voisinage. nous demander d'intervenir sur des problèmes de harcèlement, sur des fermetures de classes, sur même des prestations sociales qui n'arrivent pas, des interventions qui parfois d'ailleurs sont bien au-delà de notre champ de compétences. Bon, il faut aussi expliquer qu'on n'est pas compétent sur tel ou tel sujet. Et puis, je pense qu'on attend aussi de nous que nous soyons quelque part aussi des sortes de... de médiateur ou de médiatrice, raison pour laquelle je suis très investie sur les questions aussi de solidarité. J'ai créé dans ma mairie un foyer auquel j'ai donné le nom de Geneviève de Gaulle-Antonioz, la présidente fondatrice de la TD Carmonde, pour accueillir des femmes en grande précarité parce que le sort des femmes à la rue est encore bien pire que celui des hommes. Donc, je l'ai fait. par conviction, et aussi parce que cela correspond aussi, je pense, même si ça peut paraître de l'ordre du symbolique, quoique rien n'est symbolique, accueillir 7 jours sur 7, une quinzaine de femmes la nuit qui viennent ici manger le soir, qui ont une buanderie, et que l'on va remettre, grâce à une association qui s'appelle la Mipin, que l'on va... à qui on va redonner un peu d'espoir. Je pense que c'est concret, mais si on faisait tout ça, ça permettrait sans doute de faire avancer plus positivement les choses. C'est dans le même état d'esprit que j'ai créé une épicerie solidaire pour les étudiants. Donc à chaque fois, je pars de rien, je me renseigne sur comment on fait pour y arriver. Ça, c'est là où l'expérience vraiment me fait gagner du temps. Ça me fait cadrer du temps parce que quand on a de l'expérience, on a aussi un certain carnet d'adresses. On peut appeler directement un préfet, lui dire écoute j'ai une idée, voilà. Donc on a fait ça avec une association. Moi à chaque fois je fais ça avec des bénévoles parce que je crois beaucoup à la prolongation de la chose publique à travers le bénévolat. Et je trouve que c'est ça qui aide à pérenniser des actions. Il ne faut pas que ce soit porté que par les élus. J'ai créé aussi une association culturelle. Alors à chaque fois que je crée, mais je ne suis pas dans les instances de cette association, cette association culturelle, elle m'épaule pour accompagner la résidence d'artistes, pour accompagner tout un tas de manifestations culturelles que j'organise tout au long de l'année. dont par exemple... Un festival des musiques européennes que j'ai créé avec le grand compositeur et pianiste Lévinas. Donc je fais beaucoup de choses comme ça et je crois beaucoup aux collectifs et aux associations.
- Speaker #0
Je comprends avec ce que vous dites que vous occupez beaucoup de culture, de solidarité, d'association. Quelles sont vos autres compétences que vous avez en tant que maire d'Arnoucement ?
- Speaker #1
Je ne vais pas vous faire un cours sur la loi PELM, ça serait très fastidieux parce qu'en fait, ça, ce n'est pas des compétences. La réalité, c'est que les deux grosses compétences que nous avons aujourd'hui, c'est la présidence de la Caisse des écoles. La Caisse des écoles, c'est ce qui fournit les repas dans les cantines. Alors moi, j'ai hérité d'une Caisse des écoles où la cuisine était faite sur place. Ça, c'est vraiment quelque chose de positif. feux. Notre caisse des écoles, j'ai veillé à ce qu'elle vraiment, vraiment... Il pousse toute son action pour faire des menus qui soient des menus extrêmement sains, 80% de bio, quasiment exclusivement de la filière courte. J'ai supprimé tous les intermédiaires, il y en avait peu, mais aujourd'hui nous n'avons aucun intermédiaire, c'est-à-dire que nous nous fournissons directement. en filière française, courte, durable et quasi exclusivement bio auprès de producteurs français. Donc la viande, par exemple, la viande rouge est bio. Nous achetons les bêtes sur pied, comme on dit, ce qui est très rare, ce qui nous permet d'avoir les parties nobles de la bête et des parties moins nobles. Donc ça nous permet sur le plan économique, d'avoir un coût moyen plus faible et de pouvoir, par exemple, servir de temps en temps du steak qui est quasiment intouchable dans les cantines. Tout est cuisiné sur place. On a un programme de formation très lourd pour les cantinières qui est très, très important. Et ça, c'est pour moi un gros, gros investissement. On a maintenant d'ailleurs deux options végétariennes par semaine et je suis très fière de cette... cette caisse des écoles. À un moment donné, la ville a voulu centraliser toutes les caisses des écoles. Comme c'était une compétence propre que me donne pour le coup cette loi PLM, je puis vous dire que j'ai montéré un peu des dents et j'ai fait des petits déjeuners. Le matin à 8h30, il y avait 130 parents qui étaient là pour me soutenir, de tout bord politique, parce qu'ils savaient à quel point c'était important pour eux aussi et pour le bien manger, pour leurs enfants. Et je poursuis cette action aujourd'hui. en créant une cuisine au sein de ma propre maison, au sein de ma propre maison, au sein de ma propre mairie, une cuisine pour pouvoir faire des cours de cuisine, apprendre aux enfants à cuisiner, mais aussi à des retraités, à des étudiants, bien, bon et pas cher. Très très important. Donc on va y faire beaucoup de pédagogie et on y formera aussi nos cantinières dans un lieu... plus que décent. Une autre prérogative, c'est la commission d'attribution des places en crèche. C'est un secteur qui est très important pour moi. Sinon, c'est de la compétence partagée entre la ville et nous. Je suis très investie sur les questions de végétalisation et d'embellissement de l'espace urbain. Nous avons hérité d'un formidable patrimoine dans le 5e arrondissement, mais un patrimoine aussi assez minéral. C'est un vrai enjeu de voir comment on peut végétaliser. mais végétalisées en respectant ce patrimoine. Donc j'ai notamment fait beaucoup de rues aux écoles. Pratiquement toutes les écoles publiques bénéficient aujourd'hui d'une rue aux écoles, c'est-à-dire avec des arbres ou des parterres végétaux et où la circulation est réservée uniquement aux riverains avec des barrières. Et on a beaucoup, beaucoup embelli. et sécuriser aussi les abords des écoles.
- Speaker #0
Quel est votre principal projet avant les élections ?
- Speaker #1
C'est continuer à végétaliser, c'est donc mener à bout cet aménagement de cuisine adossé à ma caisse des écoles pour pouvoir poursuivre. Le travail aussi pédagogique autour de la santé alimentaire, c'est un enjeu pour moi tout à fait essentiel. Et puis sinon, c'est faire vivre aussi tous les projets que nous portons. Donc le foyer pour les femmes à la rue, la maison des aidants que j'ai lancée également il y a un an. La résidence d'artistes, c'est faire vivre tous ces projets. Et croyez-moi, c'est vraiment du temps complet tout ça.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez un souvenir d'une rencontre marquante avec un habitant que vous n'allez jamais oublier ?
- Speaker #1
Ah, il y en a plein ! Il y en a plein. Il y en a notamment une qui m'a beaucoup marquée et qui m'a beaucoup inspirée pour porter la création de la Maison des Aidants. Je suis en bas Mouffetard, à côté de la petite église Saint-Médard, et je rencontre un de mes administrés, un monsieur qui est déjà assez âgé, et je lui demande si ça va, mais d'une manière un peu formelle. Et il tombe dans mes bras et commence à pleurer en disant non, pas du tout. Et il m'explique, d'ailleurs immédiatement en s'excusant de son attitude, qu'en fait, sa femme est Alzheimer et qu'il n'en peut plus. Et donc ça, ça m'a beaucoup marquée. J'avais déjà envie de créer une maison des aidants pour toutes celles et ceux qui s'occupent d'un... parent, d'un ami qui a besoin de soins. Vous savez que souvent, en tout cas ceux qui sont âgés, les aidants partent avant les aidés. Et je me suis dit, il faut vraiment que je fasse une maison des aidants dans ma mairie pour qu'on puisse se ressourcer, pour qu'on puisse avoir recours si on en a besoin à un psy, trouver un moment de répit. Mais des Des rencontres comme ça, oui, j'en ai plein. Des rencontres aussi de grands écrivains, de chercheurs, mais j'en ai vraiment plein, oui. D'anonymes aussi, parce qu'il n'y a pas que, évidemment, des intellectuels, même si on apprend toujours beaucoup à leur contact. Il y a par exemple une... Une dame âgée qui est dans une maison de retraite, qui m'envoie des SMS très régulièrement pour me souhaiter les fêtes, qui m'informe de ses rendez-vous médicaux et qui est toujours très touchée que je puisse lui répondre. Une dame tout à fait charmante.
- Speaker #0
Si vous pouviez changer aujourd'hui une chose à Paris, sans contrainte de tout... temps ni d'argent, qu'est-ce que ça serait ?
- Speaker #1
Changer quelque chose à Paris, il y a tellement de choses à faire évoluer à Paris. Sans doute, si je... Oui, mais vous me dites sans contrainte de temps et d'argent. Ça serait sans doute ça serait sans doute avoir des modes de déplacement mais offerts à tout le monde qui soient propres. parce qu'aujourd'hui, on est en train d'opposer les usagers de la voiture aux autres. Et je pense que le sujet, c'est moins la voiture qu'avoir des modes de transport qui ne soient pas polluants. Et il y a une chose à cet égard qui me paraît tout à fait essentielle, c'est qu'on arrête d'avoir des dizaines de cars, pour la plupart d'ailleurs encore polluants. mais qui pénètre dans Paris, qui obstrue les rues, ça fait du bruit, c'est pas beau. Et puis le deuxième sujet quand même, il y en a un très très important, c'est la question du logement. Et si j'avais vraiment les pouvoirs, moi je réduirais d'une manière tout à fait drastique Airbnb, qui est en train de devenir un drame total. et qui devient un drame total parce que l'enfer est parfois pavé de bonnes intentions. On a voulu encadrer les loyers, on a fait des DPE, donc vous savez ces mesures de performance énergétique qui font aujourd'hui qu'en fait les propriétaires quels qu'ils soient préfèrent louer en résidence secondaire ou transformer le logement en Airbnb. Ça c'est une réalité. Et donc il faut qu'on arrive absolument à inverser cette tendance qui est dramatique. Donc mon rêve, c'est que les familles demeurent et reviennent dans Paris. Ce qui suppose peut-être d'avoir un tourisme un tout petit peu moins invasif.
- Speaker #0
Est-ce que vous vous voyez mère encore longtemps ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. Je considère qu'on n'est pas mère à vie. J'ai encore envie de faire des choses, mais j'ai surtout envie de les faire avec une équipe et en tout état de cause. de passer la main et de préparer la succession. Il faut toujours préparer la succession quand on peut. Il faut aussi avoir des personnes très motivées parce que beaucoup veulent... être maire. Maire, ce n'est pas parlementaire, ce n'est pas même conseiller de Paris. J'ai beaucoup de respect pour les parlementaires et pour mes collègues conseillers de Paris. Mais maire, c'est un travail à temps plein, plus qu'à temps plein, 7 jours sur 7. Et donc, ça veut dire que c'est beaucoup, beaucoup de sacrifices sur le plan privé. Il y a énormément de sacrifices. Si je n'avais pas élevé mes enfants, très franchement, je ne souhaiterais pas et je ne voudrais pas être mère.
- Speaker #0
Comment vous gérez tous les jours ces sacrifices ?
- Speaker #1
Il ne faut plus que ce soit des sacrifices, mais ça veut dire qu'effectivement, les passions, vous les laissez de côté. Moi, je suis une dingue d'opéra, de théâtre. Oui, ça, c'est un sacrifice.
- Speaker #0
Vous avez toutes les invitations en plus.
- Speaker #1
En fait, non, j'en avais beaucoup avant, d'ailleurs. J'en ai beaucoup moins, beaucoup, beaucoup moins, notamment à l'opéra. Non, non. Mais le sujet, d'ailleurs, n'est pas d'être invitée. C'est que oui, c'est vrai que lorsque je n'étais pas mère, j'allais beaucoup plus au théâtre, beaucoup plus à l'opéra, beaucoup plus voir les expositions. Et ça, c'est vraiment quelque chose qui me manque cruellement, parce que si vous allez à l'opéra, ça veut dire que vous devez partir à 18h30. et à 18h30, la journée est loin d'un maire et loin d'être finie. C'est la même chose pour le théâtre.
- Speaker #0
Vous l'avez dit, vous êtes mère de deux filles, si je ne me trompe pas. Par rapport à votre parcours, à vos choix, à tous les projets que vous avez menés, qu'est-ce que vous aimeriez que votre fille se souvienne de vous ?
- Speaker #1
Mes filles ? J'aimerais qu'elles... Peut-être qu'elles se souviennent, non pas de ce que j'ai fait, de ce que j'ai fait concrètement. Donc, c'est vrai que je suis assez fière d'avoir créé une épicerie solidaire pour les étudiants, un foyer pour les femmes à la rue, une maison des aidants, une résidence. Enfin, d'avoir fait que c'est une maison des droits aussi, d'avoir fait des projets concrets qui servent le collectif et surtout qui ont service de tous, pas un petit nombre. Ça, ça me paraît très important. À la Villette, je suis assez fière d'avoir contribué à rénover toute une partie du parc et avoir créé, par exemple, un accueil particulier pour toutes les personnes porteuses de handicap, puisqu'à l'époque, j'avais fait refaire intégralement la folie accueil-information quand on arrive au métro Pantin. J'étais assez obsédée par ça parce qu'évidemment, un parc comme celui de la Villette n'est pas accessible à toutes les formes de handicap. Vous êtes malvoyant, vous êtes en fauteuil roulant, vous ne pouvez pas aller partout, c'est faux. Mais on a créé un accueil particulier qui fait que quand vous arrivez, vous êtes malvoyant, vous avez votre parcours que vous pouvez faire dans cet accueil particulier. vous êtes en fauteuil roulant vous appuyez sur un bouton vous avez le... plan qui va aller au-dessus de votre fauteuil roulant, vous avez à voir vous allez pouvoir tactilement toucher ce plan vous êtes en famille vous avez besoin de plein de renseignements et bien on a fait un immense mur Lego où les enfants peuvent complètement recréer les folies du parc avec d'ailleurs un parcours de biodiversité euh... pour connaître les plantes qui sont dans le parc, les animaux qui sont dans le parc, arriver à reconnaître différemment. Donc cette folie-là, et les autres d'ailleurs, j'étais assez fière d'être arrivée à faire ça et d'avoir contribué à réhabiliter une grande partie du parc qui n'avait pas été réhabilité depuis une trentaine d'années.
- Speaker #0
Il y a un sujet dont on a moins parlé, c'est aussi votre parcours au sein des partis politiques. vous êtes passée par Les Républicains, La République en Marche, un genre de vision. Non,
- Speaker #1
je n'ai jamais été La République en Marche, j'ai été LR et Horizon.
- Speaker #0
Vous n'avez pas été soutenue par
- Speaker #1
LR ? J'ai été soutenue, mais je n'étais pas adhérente. Et c'est vrai que la droitisation de LR ne correspondait plus à la manière dont je vois la chose publique. Donc, je me retrouve pleinement aux côtés d'Edouard Philippe. Je suis par ailleurs secrétaire générale d'Horizon sur un thème qui m'est cher, celui de l'éducation nationale. Et je m'y retrouve parce que c'est une formation ouverte, dont le président, d'ailleurs, dit avec beaucoup d'humilité qu'il y a des sujets qu'il ne maîtrise pas à 150%. Ça n'empêche pas qu'il en maîtrise quand même beaucoup. Mais il n'a pas des idées arrêtées, surtout. Il écoute beaucoup, il consulte beaucoup. Et moi, j'aime cette manière de faire de la politique, qui est une... Une manière qui est une manière humble aussi, être à l'écoute. Et puis, Cerise sur le gâteau, si j'ose dire, c'est un immense lecteur. Et donc, on se retrouve aussi autour du livre, parce que j'anime par ailleurs une émission littéraire depuis neuf ans sur RCJ. Ça me donne beaucoup de boulot, mais ça, c'est à la fois une manière d'enrichir mon métier de mère et puis aussi de me faire un peu plaisir.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça vous apporte de faire partie d'un parti politique en tant que maire d'Arendissement ?
- Speaker #1
Alors, d'abord, on a des amitiés, de la fraternité. C'est important parce qu'on partage plein de choses. On partage des valeurs, on partage aussi des combats. Au-delà des valeurs, c'est vrai que c'est important de faire partie d'une équipe. Sinon, on a l'impression qu'on est un peu seul. C'est déjà difficile. Un côté solidarité qui est très important. Sans doute le côté aussi boîte à idées entre nous. Alors, ça peut aussi fonctionner à l'intérieur de l'AMF. Mais c'est très important, je crois, d'être membre d'une formation politique quand on s'y sent bien, évidemment. Et moi, je m'y sens bien et donc ça m'apporte des choses.
- Speaker #0
Pour finir, est-ce que vous pourriez me dire un conseil à un jeune qui veut s'engager en politique à Paris ?
- Speaker #1
Pas forcément à Paris. Je pense que l'engagement, c'est bien, c'est bon, c'est sain. C'est dur en politique parce que les femmes et les hommes politiques n'ont pas toujours bonne presse. Ils sont parfois attaqués à raison, ils sont souvent attaqués à tort. Et donc, il faut quand même un peu se tanner le cuir. et surtout Surtout, il faut garder ces idéaux, sinon on devient cynique et c'est tout ce qui fait beaucoup de mal à la politique.
- Speaker #0
On va rester idéalistes comme les étudiants du quartier latin.
- Speaker #1
Mais c'est bien de rester idéalistes. On en a besoin, il faut rêver un peu.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Avant de vous quitter, petite recommandation culturelle. Si l'évocation des cabinets ministériels vous a intrigué, je vous conseille la BD et le film « Quai d'Orsay » que nous évoquons dans l'épisode et qui raconte avec humour et justesse les coulisses du pouvoir autour d'un ministre des Affaires étrangères très inspiré de Dominique de Villepin. Et puis, à deux mois des élections municipales, un rappel important. Il n'est pas trop tard pour s'engager. Partout en France, des listes se constituent. Que vous ayez envie de donner un coup de main, de vous investir localement ou même de vous lancer personnellement, les portes sont ouvertes. Enfin, pensez à vérifier que vous êtes bien inscrit sur les listes électorales. Ça ne prend que quelques minutes, directement sur le site de l'État, service-public.fr. À très bientôt dans une prochaine vie de mère.
- Speaker #1
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