- Speaker #0
je trouve qu'il faut se battre un peu contre la solitude on est quand même très seul donc c'est pour ça aussi je pense que moi je suis en déprime toute seule c'est pour ça que j'aime bien les liens c'est un truc qui m'intéresse juste parce que je pense que la solitude c'est jamais bon et que le lien ça crée le mouvement ça crée la vie ça fait qu'on se sent un peu non quoi
- Speaker #1
Eh bien, bonjour à toutes et à tous, je suis ravie de recevoir aujourd'hui dans ce nouvel épisode de Vides Comédiens, Vides Comédiennes, la comédienne Barbara Bollotner. J'ai rencontré Barbara lorsque nous étions au conservatoire du 10e arrondissement, en option art dramatique, et on a passé des super moments ensemble d'enseignement, et Barbara ensuite, t'es rentrée au conservatoire national, et puis t'as fait une carrière majoritairement, enfin tu fais majoritairement une carrière dans le cinéma. Et j'ai eu envie de t'interviewer sur beaucoup de thèmes en fait et on a dû faire un choix un peu plus restreint. Mais on va commencer par le thème de ta formation au conservatoire et notamment ton rapport à ta vision du métier à l'époque. Est-ce que quand tu es rentrée au conservatoire national, tu imaginais comment tu allais gagner ta vie, comment ça allait se passer financièrement ? Raconte-nous un peu.
- Speaker #0
Alors ? Quand je suis rentrée au Conservatoire National, déjà, je l'ai eue la deuxième fois. Donc, ça ne fait pas pareil. En fait, quand tu l'as la deuxième fois, tu sais vraiment pourquoi tu le passes la deuxième fois. Il y a quelque chose de très, très ancré. Donc, j'avais ce désir fou d'y rentrer. Moi, j'étais complètement baignée par les séries Fame et tout. Moi, c'était mon rêve, quoi. Voir des mitaines, faire de la danse, du chant. C'est pas ch... J'étais complètement in love de ce truc-là. Et quand je suis rentrée au conservatoire, vraiment, c'était la page blanche. Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. J'avais la chance d'être rentrée avec une super copine qui est Ludmilla Dabo. Donc ça, c'était merveilleux d'avoir une alliée comme ça. Et je ne savais pas du tout. Je pense que vraiment, mon concours, c'était rien. Mais quand je ne te dis rien, c'était un grain de riz par rapport à la difficulté et l'intensité de travail que j'ai eu pendant trois ans. Vraiment, le concours, c'est rien. D'accord. Alors que pendant des mois, on se prépare, on est comme ça. Là, c'est un apprentissage intense de 9h à 18h30 tous les jours minimum parce qu'après, il faut répéter, etc. Je me souviens, je rentrais, j'avais 20 ans. temps, je rentrais à 23h le samedi, j'avais fait du verre racinien avec Michel Faux, je voyais les jeunes boire des pintes, j'étais là, ah ouais mais moi c'est pas ma vie en ce moment et ça m'allait très bien, j'avais aucune idée de ce qu'allait devenir mon futur bon j'avais très envie de faire ça mais vraiment l'image pour moi c'était vraiment presque inaccessible je me disais, bah j'ai personne dans la famille qui fait ce métier, donc ça ne m'est pas destiné. J'avais vraiment... Je m'étais dit ça, quoi. Et puis, en fait, il y a eu des présentations, etc. Et là, je me suis fait repérer beaucoup plus par des directeurs de casting. Et ça a commencé comme ça. Et là, j'ai commencé en sortant à passer tout de suite des castings. J'étais aussi au JTN, le Jeune Théâtre National. Merci. je ne les avais pas forcément les auditions de théâtre alors que les castings, je les avais tous. Donc, c'est un peu la vie qui me disait « Va là ! » Et j'y suis allée. Je me rappelle très bien d'une fois où j'ai dû faire un choix qui paraît complètement bizarre, mais pour moi, c'était hyper logique et je ne regretterai jamais de l'avoir fait. En fait, j'avais eu un rôle dans un fédo pour une tournée d'un an, un rôle de servante. Et à côté de ça, j'avais eu... une journée de tournage pour tourner avec Michel Falfeur dans un film de Luc Besson. Je n'ai pas fait le théâtre d'un an. J'ai fait sept journées de tournage. C'est la meilleure décision de ma vie. Je me rappelle très bien, mon père m'avait dit « Tu te rends compte, là c'est un an, là c'est une journée. » Il m'a dit « C'est une journée extraordinaire. » Et tu viens de signer chez Olivier Kahn, qui était un gros agent chez VMA. Il m'a dit « Le théâtre, c'est un CDD. Olivier Kahn, c'est un CDI. » Donc, tu fonces avec cet agent, tu fais tous les castings parce qu'il m'en faisait passer tout le temps, tout le temps. J'avais un sac à dos avec plein de fringues et puis bam, Et je faisais, des fois, j'en avais deux, trois dans la journée.
- Speaker #1
D'accord. Donc, en fait, ce que tu expliques, c'est que finalement, grâce au conservatoire et au réseau et en tout cas aux présentations où il y avait des professionnels, tu t'es fait repérer. En tout cas, on t'a vite donné des chances de faire des castings et des essais. Par le hasard de la vie et la chance et ton talent, tu trouves un agent rapidement et un bon agent. Et cet agent te multiplie les occasions de te faire passer des castings, etc. Donc, tu rentres dans une dynamique d'essai, de casting. Et tu fais des choix ?
- Speaker #0
Très vite, je fais des choix, mais je fais des choix qui ne sont pas difficiles pour moi. Pourtant, tu vois, rétrospectivement, ce choix est complètement fou. Pour moi, il était hyper logique. En fait, ça n'allait jamais m'arriver. Quand dans ma vie, j'allais retourner avec Michel Pfeiffer faire une scène ? Quand ? Jamais ? Donc, ça ne s'est jamais reproduit. Pourquoi ? Et ça, c'est un peu mon truc. J'avoue, ce qui est un peu exceptionnel, il faut le faire. J'avoue, c'est ce truc-là de dire « Oh, ça, c'est incroyable ! Ne passe pas à côté, tu verras le reste. » Voilà, j'avoue que j'ai reproduit ça.
- Speaker #1
Sachant que tu me dis, là, en intro, que ton désir, ta passion de jouer, elle vient aussi d'une nourriture filmique, de fame. Tu cites des choses que tu vois à la télé ou à la ciné.
- Speaker #0
En fait, c'est-à-dire que moi, je regardais la télé. télé. J'étais petite, je regardais la télé, j'allais au ciné. Alors oui, j'allais un peu au théâtre, mais mes parents n'habitaient pas à Paris même. On était en banlieue verte, on va dire 91-77 et tout. Donc, quand on allait voir des pièces de théâtre, c'était la sortie à Paris. Donc, en fait, le théâtre, pour moi, c'était vraiment Paris. Un jour, j'y vivrais. Il y avait ce truc-là. Mais c'est vrai que j'étais quand même nourrie d'images. D'écrans.
- Speaker #1
Et donc, pendant le conservatoire, tu n'as pas d'idée un peu de comment on gagne sa vie ? Enfin, tu te dis, bon, je croise les doigts, je vais être prise dans des trucs.
- Speaker #0
Non, je suis très, très proactive, en fait, avec un groupe de copines, c'est-à-dire Ludmilla Dabo, India R, Astrid Baia et Marie Marquis à l'époque. On est donc cinq à être un groupe de copines. On se retrouve moi, dès la première année, je crois, dès le deuxième semestre de la première année, je me dis Non, non, mais le JTN, c'est mort. C'est quoi ? Il y en a une, on est plein à le passer, etc. J'avais vite compris que le JTN, il cherchait des jeunes premières. Et j'avais vite compris que je n'étais pas dans ce créneau-là. Donc, très rapidement, on se retrouve avec les copines et on écrit des lettres manuscrites pour que les agents viennent. C'était vraiment ce truc-là. Je ne sais pas si ça a donné quelque chose, mais en tout cas... Moi, je pense tout de suite à l'agent. Je me dis, il faut que j'ai quelqu'un qui me récupère derrière. Il ne faut pas que je sois toute seule, lâchée comme ça dans la nature.
- Speaker #1
Ok. Alors, juste pour nos auditeurs et nos auditrices qui ne connaissent pas le JTN. Le JTN, c'est un dispositif qui s'appelle le Jeune Théâtre National. C'est un dispositif qui aide les étudiants des grandes écoles nationales, de trois en l'occurrence, qui... va soutenir financièrement votre embauche et qui va multiplier des occasions d'audition. Voilà, donc c'est ça qu'on appelle le jeune théâtre national et les occasions sont majoritairement théâtrales. Voilà, donc voilà. Donc toi, tu ne te dis pas, tiens, je vais compter sur ce JTN, sur ce dispositif d'aide à l'embauche pendant trois ans qui suivent la sortie du conservatoire. Et tu te dis avec tes copines, non, là, on va être proactifs, on écrit, on veut, on y va. Et qu'est-ce que tu penses ? Qu'est-ce que tu te dis dans ta tête si jamais tu n'as pas des castings en sortant ? Tu te dis que tu vas faire quoi financièrement ? Tu as une idée de ça ?
- Speaker #0
En fait, ce qui se passe, c'est que mes parents m'avaient aidée pour un studio. Et j'arrivais à… Au bout des trois ans, il fallait quand même que je gagne ma vie. Alors, je travaillais l'été pour payer mes vacances, entre guillemets. Mais je n'arrivais pas… Je n'avais pas trop le temps de travailler quand j'étais au cons. Et je me dis, non, il va falloir y aller sévère. Il va falloir se bouger sérieusement.
- Speaker #1
Et puis, c'est comme un discours... Ah, pardon.
- Speaker #0
Non, non, j'allais faire la suite de comment je suis restée dans mon appart. Vas-y, comment t'es restée ? J'avais dit à mon père, écoute, vas-y, donne la lettre de préavis. Je sortais du cons, on était au mois de septembre. Je dis, bon, ben voilà, je vais prendre une coloc, on va s'organiser autrement et tout. Mon père me dit, bon, ben, je fais la lettre et puis je la laisse un mois sur le bureau. Et puis, j'avais été repérée par, à l'époque, une directrice de casting qui s'appelle Justine Enman, qui maintenant est metteuse en scène. et je passe mon tout premier casting pour une pub sauf un co réalisé par Jean-Michel Ribes et je suis prise au bout de donc du deuxième tour et tout et je sais pas combien je vais gagner enfin en fait c'est encore très flou et là mon agent de l'époque j'avais pas Olivier Canin j'ai fait plusieurs agents me dit bon assieds-toi, en fait, tu vas tourner 6 jours par an, 1500 euros par jour et tu vas avoir 25 000 euros de droit à l'image, reconductible sur 3 ans. J'appelle mon père, je tremble, je dis, papa, envoie pas la lettre, envoie pas la lettre. Il me dit, il était en banlieue et tout. Il me dit, rentre, rentre, explique-moi, rentre, rentre. Et je me souviens, à la gare, normalement, il venait me chercher en voiture. Je lui dis, on marche, Et en fait, tellement j'étais sous adrénaline et on a marché pendant une heure et demie jusqu'à la maison de mes parents pour que je lui racontais. Il me fait, c'est extraordinaire, machin. Et donc, on s'est, on s'est, et bien voilà quoi. En fait, c'était le coup de boost de malade de mon début, quoi. Bien sûr. C'était un espèce de coup d'accélérateur pour voir venir, en fait.
- Speaker #1
Ok. Et qu'est-ce qu'ils en pensent autour de toi, tes camarades du cons, que tu participes à une pub, que tu gagnes 25 000 euros ? Ils en pensent quoi ? Alors,
- Speaker #0
moi, je ne balançais pas quand même les chiffres. C'est vrai que j'avais passé, j'étais sortie avec un Victor Hugo, Marie Tudor, blablabla. les gens me disaient mais attends tu sors avec un Victor Hugo tu sors avec Marie Tudor et tu rentres dans la vie active avec Sofinko Puis là, je leur sortais gentiment les chiffres. Puis bon, là, ils changeaient de tête. Parce qu'eux, ils allaient probablement faire du théâtre probablement très intellectuel à Montreuil. Tu vois ? Oui, oui. Et moi, je n'avais pas du tout ce désir-là. Je comprenais que, moi, vivre d'amour et d'eau fraîche, c'était hors de question, en fait. Ce n'était pas possible. j'aurais forcément été très triste. Il aurait fallu que je fasse d'autres choses à côté pour gagner ma vie. Et vraiment, ça m'aurait éminée. Moi, ce n'était pas l'art à tout prix. Et en plus de ça, j'ai trouvé que l'expérience des tournages était merveilleuse. J'avoue qu'un nouveau monde s'est ouvert à moi et j'ai dit, alors là, je ne suis pas prête de lâcher les tournages comparés au théâtre où vraiment j'avais l'impression de suer sang et eau pour... Pour, je ne sais pas, des fois, il y avait des projets qui n'étaient même pas rémunérés. Là, quoi, je faisais une journée, j'avais ça. Mais enfin, les gens étaient trop sympas. Tu refaisais la scène, il y avait toute une équipe technique. Enfin, j'ai trouvé que c'était vraiment un nouveau monde merveilleux qui s'ouvrait à moi. Et alors là, j'ai dit, ah non, j'ai mis un pied dedans. Il est hors de question que j'en sorte.
- Speaker #1
OK. Et donc, en fait, tu sors du conservatoire et tu ne connais pas le trou. le vide qu'on a parfois, ce truc où tu sors d'école et tout d'un coup, tu as ton creux.
- Speaker #0
Si, je l'ai connu, mais je dois dire que je ne l'ai pas connu très longtemps. Et surtout, après Sofinco, il se passe quand même une bonne année avant que ça commence à démarrer. Donc, on va dire que si tu veux, le trou, il était maîtrisé dans le sens où financièrement, je pouvais voir venir. Et ça, c'était... incroyable d'un point de vue de ma sécurité émotionnelle, on va dire. Donc, j'avais ce trou-là, j'avais ce trou-là, mais on va dire, j'avais un énorme filet de sécurité qui me rassurait énormément. Et ça, je pense que quand même, ça fait du bien et on ne passe pas les castings autrement, en fait. Enfin, on ne passe pas les castings autrement quand on a une sécurité financière que quand on ne l'a pas. Ce n'est pas du tout la même histoire.
- Speaker #1
Bien sûr. Et du coup, tu avais des copains, quand ils n'avaient pas ce casting de sécurité, ils faisaient quoi ? Ils faisaient d'autres taffes ? Ils faisaient quoi ?
- Speaker #0
Ils faisaient d'autres taffes. Après, en vrai, il y en a quand même pas mal qui ont... qui s'était fait repérer peut-être au conservatoire, qui a créé peut-être des stages de théâtre, qui ont été repérés par un metteur en scène. Ce qui s'est souvent passé, qui n'a pas du tout été mon cas, c'est par exemple, une personne va être repérée par un metteur en scène et va pouvoir travailler 5-10 ans avec lui sur toutes ses créations. Ils vont créer des fidélités avec un, deux, trois metteurs en scène. Ça, c'est quelque chose que j'ai beaucoup vu, en tout cas.
- Speaker #1
Ok. Ok, très bien. Et donc, tu me racontes, tu commences à passer des castings, et puis il y a des rencontres qui se font, tu fais des choix. Et comment tu arrives à créer des liens dans ce milieu, dans ce milieu du casting, du ciné ? Comment tu fais pour créer un réseau, pour multiplier les opportunités de passer des castings ? Parce que tu as un agent, certes, c'est Olivier Kahn, certes, tu n'as pas n'importe qui, mais comment... pourquoi il pense à toi ? Pourquoi il pense à toi ? Qu'est-ce qu'il fait ? Tu vois, on entend tellement de comédiens nous dire que leur agent ne pense pas à eux, qu'il ne les appelle pas assez. à ton avis, qu'est-ce que tu fais, toi ?
- Speaker #0
Je ne sais pas. En tout cas, Olivier, lui, il a misé sur moi. Il y a un côté je mise sur ce cheval. Donc, en fait, moi, je suis à la hauteur plus, plus, plus. Tu vois, les castings, je fais tout pour vraiment... Je ne sais pas comment expliquer, je suis à 2000% sur chaque casting. J'essaye vraiment, même quand ça ne marche pas, qu'en tout cas marquer les esprits. Après, j'entends quand même beaucoup ces phrases, que je n'entends plus d'ailleurs, c'est que ça a un peu évolué. J'entends beaucoup, tu as un profil atypique. Je l'entends beaucoup, je ne comprends pas. Tu vois que c'est pas... que ce n'est pas en mon pouvoir. Et puis, moi, je ne suis pas si d'accord que ça. Mais bon, j'entends ce qu'on me dit. En revanche, on ne me le dit pas. Donc, je pense que ça, c'est cool. Ça, c'est un peu ouvert. Je pense qu'il y a plus de corps différents. Ce n'est pas encore cool, mais il y a plus de corps différents. Il y a plus de diversité. Donc ça, je pense que ça, c'est ouvert. Je pense que dans mon créneau, pourquoi je te dis ça ? Je pense que dans mon créneau, il y a peut-être moins de gens, en vrai, que des nanas qui vont... plus être des physiques très très très beaux. Enfin, tu vois, ce stéréotype-là, on fiche pas mal la paix sur mon physique, on ne vient pas me chercher pour ça. Donc ça déjà, j'ai mis un petit peu de temps à comprendre que c'était probablement un plus en fait, parce que je vois toutes mes copines qui sont vraiment dans des stéréotypes très forts de beauté, qui sont vraiment très très belles, etc. Elles ont d'autres problématiques que moi. Et moi, qu'est-ce que j'ai fait concrètement ? Écoute, je ne sais pas trop. Je n'ai pas eu l'impression de faire des gros efforts. Quand on m'invitait à des avant-premières, j'y allais avec plaisir. J'aimais discuter avec les gens. Je crois que j'aimais profondément mon travail. J'aimais discuter. C'est vrai que moi, j'aime le contact, en fait. Ça me plaît. euh... En fait, j'ai accepté toutes les propositions. J'en ai donné aussi. Voilà, plein de choses comme ça. J'ai essayé dans chaque film, en tout cas, de comprendre l'univers, de voir en quoi, moi, ça me parlait. Et puis après, il y a plein de choses humaines qui se jouent par-dessus un film, par-dessus une démarche artistique. Tout d'un coup, tu rencontres un ou une réelle et puis tu te rends compte qu'il y a plein de valeurs très communes. Puis moi, je me suis quand même orientée. En tout cas, le côté très populaire est venu me chercher. Donc, je m'y retrouvais quand je te disais que j'étais une petite fille qui avait regardé la télé. En fait, je me retrouvais avec ce côté très populaire. Finalement, le conservatoire, ça avait été presque un truc où j'étais un peu plongée avec beaucoup de gens assez intellectuels quand même, il faut bien le dire, qui étaient... Voilà, on avait notre groupe de copines. Mais sinon, quand même, je trouvais que les gens étaient... Il y en avait beaucoup qui avaient fait canne, hippocampe. Il y en avait qui avaient fait Sciences Po avant. Enfin, tu vois, c'était quand même des gens très cérébraux. Il y avait de tout, mais quand même, je dois dire. Donc là, je me retrouvais avec des gens, peut-être, qui étaient plus instinctifs, qui étaient plus... Ouais, qui... où on se parlait peut-être facilement. En tout cas, je trouvais qu'il y avait des choses dans ce côté populaire qui me ramenaient à mon enfance. Et je me suis dit, c'est cool, on peut se parler. Je n'ai pas besoin de réfléchir à une phrase intelligente. On peut se parler tranquille, etc. Ça n'empêchait pas qu'on travaillait énormément. C'est vrai que l'aspect humain est venu. complètement se greffer sur l'aspect artistique et je pense quand même que dans les tournages, j'ai moins d'expérience quand même au théâtre, mais il y en a, si l'aspect humain est quand même là, mais quand même en tournage, en fait, on vit ensemble. Donc en fait, l'aspect humain, il est fondamental. Tu vas savoir ce que les gens y mangent, tu vas savoir à quelle heure ils se couchent, quand est-ce qu'ils sont fatigués, quand est-ce qu'ils sont de bonne humeur. En fait, quand tu pars en tournage avec des gens, tu les connais intimement dans leur... manière d'être, en fait. Tu les connais à 6h du matin. Enfin, tu vois, des trucs très intimes, en fait.
- Speaker #1
Alors, je vais un peu aider nos auditeurs et nos auditrices pour comprendre un peu comment t'as fait, parce que là, t'as pas l'air d'en être très consciente, mais moi, je te connais un peu, donc je vais un petit peu... Voilà, je vais un petit peu déblayer le terrain, si tu veux bien. En fait, Barbara, ce que tu fais et ce que tu nous dis, là, en filigrane, c'est d'abord que tu passes ton temps à rencontrer des gens, que... tu dépasses la timidité du « je vais quand même te serrer la main à la fin de la première, je t'attends, je te dis bravo, je te dis ce que j'en pense, je suis sincère avec toi et puis tu m'invites et puis moi je t'invite aussi, je crée des occasions de te revoir, je te donne des nouvelles, je prends tes nouvelles, je ne loupe pas une occasion de venir voir tes œuvres, même si c'est difficile, même si je suis crevée un soir, je sors. » Tu es hyper observatrice des gens. Donc, tu es soucieuse de l'autre. Donc, comme tu dis, en tournage, tu vois tout. Tu vois comment les gens vivent. Donc, tu prends des nouvelles, tu t'en inspires, tu crées du lien. En fait, tu passes ta vie à créer du lien. Et en fait, Barbara, tu es le prototype de ce que moi j'appelle une nana hyper sympa. Et qu'est-ce que ça veut dire être hyper sympa ? Si on décortique pour nos auditeurs et nos auditrices, parce que ça ne veut rien dire. Salut, tu es sympa, c'est un jugement de valeur. Qu'est-ce que ça veut dire être sympa ? Ça veut dire se rappeler, prendre soin, être attentive, garder le lien, faire des efforts pour l'autre, faire des efforts pour soi aussi. C'est-à-dire se dire « Ah non, c'est quand même bien là que j'y aille, ce serait quand même vraiment bien que je me démerde pour assister à ce pot de dernière, etc. » Ou que j'aille voir cette pièce même si c'est loin, il faut que j'y aille, etc. Tout ça, Barbara, tu le fais et là, ce que tu me dis, c'est que tu le fais sans trop y réfléchir.
- Speaker #0
Oui, alors je te préciserai aussi que, en fait, ça ne marche pas de le faire artificiellement en mode je demande des nouvelles pour potentiellement que tu penses à moi pour un truc. En fait, ça, je trouve que, en tout cas, en plus, ce n'est pas très agréable à faire. Très honnêtement, c'est trop stratégique. Et puis, en plus, tout le monde, je veux dire, personne n'est dupe. En revanche, tu vois, par exemple, là, je vais tourner en Bretagne. Et ça m'a fait penser à plein de gens. Ça m'a fait penser à un réel qui habite en Bretagne. Du coup, je lui ai dit, je vais tourner en Bretagne. Je ne lui ai même pas dit ce que j'allais tourner. Je lui ai dit, je vais tourner en Bretagne. Ta, ta, ta, toi, t'es vers où ? Il y a un autre réel qui, sa maison de vacances est en Bretagne. J'ai vu que c'était pas loin. Je dis, figure-toi. à un réal avec qui j'ai tourné, il m'a dit, ah ben regarde, on est en montage du film, ça se passe bien, bon tournage. Moi, je lui ai dit, bon montage, il y a un autre réal. Je lui ai dit, écoute, j'ai vu que tu étais sur ce truc-là, je te souhaite plein de bonnes ondes, j'espère que ton tournage se passe hyper bien. Il m'a dit, super, merci Barbara, ça se passe hyper bien. En fait, je ne crée pas de lien pour immédiatement avoir un truc derrière. En fait, ce serait presque... Tu sais, c'est comme les gens qui vont faire un truc tout de suite en attendant un truc en retour. C'est une relation. Donc, c'est plus intéressant à mon sens parce que c'est plus enrichissant en fait. Et c'est des vrais moments. Et puis, il y a le hasard aussi parce que par exemple, tu vois, là par exemple, en Bretagne, je vais tourner pour le premier film de Grégoire Ludig, un des deux mecs du Palma Show. C'est son premier film. Et en fait, j'ai tourné avec eux déjà au moins deux, trois fois depuis dix ans. Tu vois, il me rappelait, mais ce n'était pas lui le réalisateur. Le réaliste, oui. Et puis, je le croise il y a deux mois au même café, parce qu'on est dans le même quartier et tout. Et on papote comme ça. Il vient d'avoir un bébé, puis il en avait un autre en bas âge. Enfin, tu vois, on parle, il y avait mon mec à côté. On est là avec nos cafés, la tête dans les fêtes. à 8. du mat, on se papote et tout. Et puis, en fait, il fait son casting. Moi, tout ça, j'en sais rien. En fait, il fait son casting en Bretagne aussi parce qu'il cherchait et puis il ne trouve pas ce qu'il veut. Donc, il se dit, avec qui j'ai déjà travaillé qui correspondrait à ce profil-là ? Et là, il repense à moi, mais il ne me dit pas. Et en plus, on n'avait pas de numéro. Et il fait passer, il passe par mon agent, sa directrice de casting passe par mon agent et me demande d'enregistrer. une tape. Moi, je pense que c'est une tape avec plein de gens qui vont aussi envoyer une tape. Je me dis, ah, c'est rigolant, c'est lui à deux mois et tout. Et en fait, non, il n'y avait que moi. Il voulait juste confirmer, etc. Mais je pense que si on ne s'était pas croisés il y a deux mois, probablement que... Il n'aurait pas pensé. Je ne pense pas. Et en même temps, je trouve ça vertigineux parce que je me dis, ça se joue tellement à rien. que se trouve que c'est aussi un peu vertigineux. Mais maintenant que j'ai son numéro de téléphone, je ne vais pas hésiter à lui demander de ses nouvelles et tout. Parce qu'au-delà du fait de travailler, c'est de travailler avec des personnes que j'aime beaucoup. Je ne le fais pas avec vraiment tous les gens, etc. Parce qu'il faut être aussi sincère. Il y a des gens avec qui tu as trop kiffé bosser, puis d'autres, tu as bossé, mais... Vous avez peut-être moins de choses en commun. Ce ne sont pas forcément des gens que tu vas... Mais il y en a que j'ai adoré. Ces gens-là que j'ai adoré, ce n'est pas un effort pour moi de leur demander des nouvelles et de dire, j'ai pensé à toi, parce que c'est naturel. Parce que je les ai beaucoup aimés.
- Speaker #1
Ok, très bien. Et tu penses que cette intelligence relationnelle, elle te vient d'où ? C'est quelque chose que tu avais dans ta famille ? Oui,
- Speaker #0
je pense. Mais après, je pense que mon père, il bossait dans l'aviation. Il avait énormément de monde. Il vient d'Argentine. Il a tout lâché pour aller en France. C'est un mec super sympa. Donc, je pense qu'il a… Mais vraiment sympa, ouais. Vraiment très sympa. Et peut-être qu'on est un peu... Peut-être qu'en France, on est un peu méfiant, je pense. En tout cas, moi, j'ai beaucoup de...
- Speaker #1
Il y a beaucoup de comédiennes, de comédiennes que je rencontre qui m'expliquent que c'est leur hantise, tu vois, et que parfois, ils voient quelqu'un au café, mais que même s'ils ont bossé avec, ils ont du mal à aller réengager une conversation, tu vois, qu'ils ont peur d'être intrusifs. qui se disent « Ah là là, là, il est avec son bébé, je ne vais pas trop y aller, je vais juste lui dire un petit coucou » . Tu vois, ce truc de « Excusez-moi de vous demander pardon » , de timidité, tu vois ? Ce truc…
- Speaker #0
Je pense que je comprends tout à fait, et c'est tout à fait normal, surtout au début où il y a ce petit écueil de se sentir légitime ou pas, de « Est-ce qu'on fait partie d'un même cercle ? » , etc., où il y a vraiment dans sa tête une espèce de hiérarchie comme ça. je pense qu'en fait... Il faut essayer au maximum de sortir de soi et de s'intéresser à la personne. Si toi, tu es là, « Putain, je n'ai pas de boulot, il faut absolument que je lui dise bonjour, putain, c'est dur, et là, je n'ai pas d'actu à lui dire. » Ce n'est pas bien grave. Si tu vois avec son bébé, « Ah, coucou, ça va ? » Et puis, tu vois le bébé, et puis c'est trop sympa. Tu vas papoter de ça, et puis c'est cool, tu auras partagé un moment un peu à côté du travail qui va être sincère, qui va être vrai. Et c'est sortir un peu de soi pour vraiment s'intéresser à la personne, à son univers, à ce qu'il est en train de faire. En fait, on me dit tout le temps que c'est un métier hyper narcissique et tout. Plus ça avance, moins j'en suis sûre. C'est vrai. Je trouve que c'est plutôt un métier, plus tu t'intéresses aux autres, plus c'est cool.
- Speaker #1
En tout cas, c'est... Une belle manière de voir les choses. Et c'est ta manière qui t'aide aussi à rentrer facilement en relation, à garder du lien parce que toi, ça te nourrit. Donc, comme tu dis, c'est en plus une démarche authentique. Ce n'est pas intéressé. C'est que toi, c'est ce qui te donne envie de vivre. C'est le lien que tu te crées avec les gens et les choses partagées.
- Speaker #0
C'est-à-dire, je vais faire avec tout le monde. Je ne vais pas faire avec que les gens du boulot. Mais c'est vrai qu'après, évidemment, en fait, je me dis, oh là là, on a passé des super moments avec ce réel. Évidemment, j'adorerais retravailler avec eux. mais je suis C'est une autre posture, c'est de dire « Oh, c'était tellement éclaté, j'aimerais trop retravailler. En tout cas, ça me ferait trop plaisir, c'était trop bien. » Tu vois ? Mais ce n'est pas... Ah putain ! Je ne sais pas comment t'en dire. Ce n'est pas un truc fermé. C'est un truc, et si ça ne se fait pas, ce n'est pas grave. Mais quand même, force est de constater que j'ai quand même travaillé avec. les mêmes réals, en fait. J'ai vu, bien sûr.
- Speaker #1
Sur les 10 dernières années, tu te trouves avec les gens qui te rappellent, quoi. Je vois.
- Speaker #0
Oui. Et quand même, il faut quand même dire que les rôles les plus intéressants, les plus gros que j'ai eus, je n'ai pas passé de casting. Il faut quand même dire que c'est parce qu'il y a eu une relation, un lien, et où, d'un coup... Mais au tout début, j'ai passé un casting. Tu vois, Pascal Bourdieu, c'est un exemple parfait. Pour la première fois, j'ai passé un casting pour une journée. Et puis, il m'a rappelé pour un autre film où j'ai eu cinq jours. Non, non, pardon. J'ai passé un casting pour une journée. Après, il m'a rappelé directement pour un autre film où c'était aussi une journée. Après son troisième film, il m'a rappelé directement pour cinq jours. Et pour son quatrième film, 23 jours.
- Speaker #1
Wow.
- Speaker #0
Tout ça, j'ai passé qu'un casting il y a plus de dix ans, en fait.
- Speaker #1
J'ai compris.
- Speaker #0
J'ai compris. Né ! On s'est liés d'amitié. Je peux te dire que Pascal, maintenant, on est assez potes, mais au bout de dix ans. C'est juste que pendant des années, on s'appelait. Mais aussi, ce n'est pas tout le monde. C'est parce que lui, je ne sais pas. Comme tu dis,
- Speaker #1
il y a une affinité entre vous. Il y a un monde commun qui se croise. Je vois.
- Speaker #0
Tu vois, Claire-Sauce, c'est intéressant ce que tu dis parce que quand tu parles de monde commun, finalement, c'est quelque chose dont on n'a pas forcément conscience, mais qui est intéressant quand même de se poser la question, genre, quel est l'univers qui m'intéresse quand même ?
- Speaker #1
Et alors justement, puisqu'on parle de ça, Barbara, parce qu'on tourne beaucoup autour de cette question depuis tout à l'heure dans notre interview, c'est la question du désir. À ton avis, quelle est la place de ton désir en ce moment dans ta carrière ? C'est-à-dire ? tes désirs de faire des choses, d'aller participer à des films, d'avoir tel rôle, etc. Quelle place ça a dans ta vie ? Comment tu te bats avec ton désir ? Comment ça marche ?
- Speaker #0
Oui, on se bat avec ça. En fait, le piège dans lequel je suis tombée, ça a été d'avoir une vision trop fermée et trop obtue de mon désir. Je voulais tel jour, tel endroit de tournage, En fait, j'avais mon tatatata. Ça ne va pas, ça ne va pas. En fait, j'étais constamment déçue et je pense que je me fermais à d'autres choses qui me correspondaient vachement.
- Speaker #1
Mais genre, attends, si j'illuse, ça veut dire... Là, tu te dis, franchement, j'ai envie d'aller dans le sud au soleil. C'est bien que j'ai 15 jours au soleil. Tu marchais comme ça ? Non,
- Speaker #0
mais plus que ça. Ah oui, vas-y. Non, mais je faisais… C'est comme si j'étais au resto. Je faisais le menu. Donc, en fait, je disais… Après que j'ai eu ma petite, je disais, maintenant, c'est fini. Je veux qu'on bouge de Paris, mais pas complètement. Donc, je veux une série, une grosse récurrence dans une série de qualité. à la mer, machin. Mais en fait, là où j'ai été, là où je me suis mis complètement fourvoyée dans mon désir, c'est qu'en fait, je voulais que le papier cadeau. En fait, à un moment, j'ai pensé au rôle, j'ai pensé à l'univers, j'ai pensé à ce que je voulais exprimer dans le truc. Je pensais que aux avantages, au cadre. Et en fait, ça ne marche pas comme ça. Le cadre, il vient ensuite, et moi je l'adore, franchement, j'aime trop. Et j'ai eu l'inverse. J'ai eu l'inverse. J'ai passé plein de castings pour des trucs comme ça. Je disais, ça y est, là, c'est le signe, c'est let's go, prépare les valises, chérie, c'est bon, on y est. Pas du tout. En fait, je me suis retrouvée à tourner à Paris un drame avec Emmanuel Berco sur Samuel Paty. vraiment tournée dans un collège. Non, mais vraiment, si tu pouvais me dire prison, ça me faisait pareil. Et en fait, j'ai adoré. J'ai adoré parce que pour une fois, la vie, elle m'a dit, attends, t'as ce désir, tu vas faire un truc pour l'un. Tu vas voir. La vie va être plus... La vie a été plus imaginative que moi. Elle te met dans un drame, dans un film d'auteur, avec un réal que t'aurais jamais rencontré autrement que par un casting avec une direcast que tu connaissais pas. avec un cinéma très documentaire, etc. Donc, vraiment un truc. J'ai adoré ce mec. Et ça me fait un autre truc. Bon, là, je vais à la mer. Donc, ça va bien. Mais, en fait, je me suis perdue un an dans un désir trop obtus. Je crois que ça ne marche pas. Je crois que ça ne marche pas comme ça.
- Speaker #1
Pardon, je voulais juste que tu remontes. parce que là tu parles de désir, tu parles presque de prière en fait, c'est-à-dire voilà je veux ça, j'aimerais et qu'est-ce que tu fais ? Ton désir c'est quoi ? Tu pries, tu pries Dieu, tu pries l'univers tu fais comment ? C'est quoi ton t'appel ?
- Speaker #0
Écoute je ne prie pas Dieu mais en... si quand même, avant chaque casting je fais quand même une petite prière à l'intérieur genre s'il vous plaît mon Dieu faites que juste je sois contente Merci. Enfin, juste que j'ai eu l'impression de faire bien mon travail. Enfin, en tout cas, que je ressors de ce casting un peu contente ou en tout cas que j'ai eu l'impression d'aller au bout de quelque chose. Mais je pense que quand même, il faut compter avec soi. Mais maintenant, je me dis quelque chose qui marche beaucoup plus. C'est que je me dis, donne-toi les moyens d'avoir l'épanouissement professionnel absolu. en fait, c'est toi, donne-toi les moyens en fait va en casting en donnant le meilleur de toi et une exigence si on pense pas à ça c'est pas grave en fait essaye de transcender la peur et de vouloir bien faire un peu scolairement, non propose quelque chose, si c'est pas ça c'est pas grave en fait on va te le redire, n'aie pas peur de te tromper n'aie pas peur d'en faire trop, toujours ça c'est mon gros problème. Il m'a dit que j'en avais fait trop. Oui, mais en fait, je continue à travailler. En fait, ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave du tout. On n'est pas des devins. On ne peut pas arriver pile poil avec... C'est comme on fait de la cuisine pour notre réel. Donc, on n'arrive pas avec la recette. Il va te dire, attends, mets-moi un peu plus de ça. Il y a un truc de... Et c'est comme ça que le dialogue se fait, que la relation se fait. Donc voilà, ne pas avoir peur de se tromper. Mais oui, il y a ce côté, maintenant, je ne veux plus... En fait, c'est trop important de s'investir à fond. Peut-être des fois, je me suis dit, oh, allez, je le passe. Peut-être qu'il y a aussi un truc d'habituation aussi, à force. Et je pense que c'est très, très dangereux. Il y a plein de gens qui réussissent et qui, en fait, sont très habitués après un très beau cadre, etc. Et je pense que c'est un... C'est un gros problème.
- Speaker #1
C'est un piège.
- Speaker #0
C'est un immense piège, l'habituation.
- Speaker #1
En tout cas, ce que j'entends, c'est que tu parles d'un savant mélange entre la foi, c'est-à-dire la prière, le fait de dire, je pose cette intention, j'aimerais bien que ça, ça m'arrive, et de gratitude, de remerciement, merci mon Dieu de me donner ça, et aussi un réalignement permanent en disant, mais en fait, où est-ce que ça va avoir le plus de sens pour moi ? Ou est-ce que je vais le plus me donner, incarner, me verticaliser dans mon métier et être au centre de mon métier, de moi et de mon métier ? Je veux avoir un équilibre entre ça, entre ces deux choses d'espoir et de lâcher prise et en même temps de recentrage permanent.
- Speaker #0
Oui, c'est de se réévaluer constamment, je pense, parce qu'en fait, personne ne le fait. Personne ne le fait pour toi. C'est-à-dire que quand tu es au conservatoire, on ne fait que t'évaluer. On ne te fait que de machin. Et puis, du jour au lendemain, on ne t'évalue plus. Tu es dans la vie. Donc, c'est à toi de dire, là, j'aurais pu le faire mieux. En fait, d'être en réflexion par rapport au casting et surtout au ciné ou à la télé. Non, on ne te réévalue plus. C'est-à-dire que si on pense à toi, c'est parce qu'il y a eu un moment, tu t'es sorti les doigts, si je peux parler comme ça, et qu'à un moment, tu t'es dit... Là, je pense que j'aurais pu mieux faire. Qu'est-ce que tu en penses à ce moment-là ? Ok, vas-y. Ah oui, tu avais raison ou quoi ? Parce qu'en fait, on se connaît peut-être mieux que le réel ou la réelle qui nous engage. Donc, en fait, c'est vraiment de s'autodiscipliner quelque part dans cette exigence-là parce que c'est ça aussi qui va faire que toi, tu vas sortir, tu vas faire... Eh bien, ok. Tu vois ce sentiment de travail accompli. C'est personne d'autre que toi-même qui va te le donner.
- Speaker #1
C'est très intéressant ce que tu dis, parce que beaucoup de comédiennes et comédiennes m'expliquent qu'il leur manque cet endroit de réévaluation. Et que parfois, j'ai des comédiens et des comédiennes qui me disent « Mais tu sais, en fait, je ne sais même plus mon niveau. Je ne sais même plus ce que je suis capable de faire ou pas, parce que je fais tellement la même chose au bout d'un moment que je ne sais pas si je peux sortir de ce registre. Je ne sais même plus. » Et comme tu dis, quand tu... quand tu sors d'école, déjà quand on a fait une, mais quand tu sors d'école, tu perds cette espèce de réajustement permanent avec un regard extérieur. Alors, il y a des stages. Il y a des stages qu'on fait. Toi, t'en fais un peu des stages ? T'as le temps de faire ça ? Non,
- Speaker #0
je ne fais pas de stage parce qu'en fait, non, j'ai l'impression que quand même, là, je lui fais un stage, mais un truc qui n'a rien à voir. mais j'ai envie de temps. Je me suis dit, il faut que je fasse un truc. Mais non, je n'en fais pas parce que je trouve que ce serait brouiller le message. En fait, les directeurs de casting, j'en connais beaucoup maintenant. Je suis déjà dans leur listing, donc venir, ça n'a pas de sens. Ce serait un peu brouiller les pistes. Non, mais moi,
- Speaker #1
je parle de stage, de direction d'acteur avec un metteur en scène, une metteuse en scène, un truc artistique. Je recherche le masque ou des trucs.
- Speaker #0
J'en ai fait deux, en fait. Il y en a un que je n'ai pas fini parce que j'ai eu un tournage qui est tombé. Je suis partie travailler. Et l'autre, c'était très intéressant avec Nicolas Briançon. Vraiment hyper sympa. Mais après, je ne referai peut-être plus avec un metteur en scène. Je trouve que c'est beaucoup de... Je ne suis pas trop frustrée à l'endroit du temps. de théâtre. Je ne suis pas trop frustrée là-dessus. Mais ce que j'aime, c'est aussi voir les autres travailler parce que c'est vrai qu'à l'image, on ne se voit pas travailler. On est tout seul en casting, on arrive, tu sors ta scène. Donc en fait, voir les autres travailler, c'est quand même un métier. Moi, je trouve qu'il faut se battre un peu contre la solitude. On est quand même très seul. C'est pour ça aussi. Je pense que moi, je suis en déprime toute seule. C'est pour ça que j'aime bien les liens. C'est un truc qui m'intéresse. Juste parce que je pense que la solitude, ce n'est jamais bon. Ça te fait un peu mouliner pour rien. Et que le lien, ça crée le mouvement, ça crée la vie. C'est ce qui fait qu'on se sent un peu vivant, quoi, bon sang.
- Speaker #1
Écoute, je te remercie. Je vais prendre ça comme le mot de la fin de notre interview parce que ce podcast, Vides Comédiennes, Vides Comédiennes, il est là en grande partie pour rompre la solitude des artistes chez eux et qu'ils ne se disent pas « Oh là là, je suis seule dans mes questionnements » . Et je te remercie d'avoir abordé avec autant de sincérité des thèmes comme l'argent, le désir, la relation à l'autre. Et Barbara, c'était une super interview. Merci encore.
- Speaker #0
Je te remercie vraiment, c'était hyper intéressant. Et puis surtout, tu es très forte pour combiner mes pensées qui étaient un peu désordonnées. Tu es très forte pour, on va dire, rac.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Je ne sais pas comment on dit, pour faire une compil de diapositive. Synthétiser. Synthétiser, voilà, tu es très forte. Tu pourrais être un peu psychanalyste, je pense.
- Speaker #1
Je prends le compliment.
- Speaker #0
Je vous embrasse tous et toutes. Merci Barbara et à bientôt pour un nouvel épisode.
- Speaker #1
Ciao. Ciao, ciao. Si ce podcast vous a plu, n'hésitez pas à vous inscrire à notre newsletter pour recevoir des conseils pour construire votre carrière. Allez simplement sur mon site internet www.lesautresessies.fr et inscrivez-vous sur nos réseaux sociaux, Insta et Facebook Les Autres Essies. Merci beaucoup.