- Speaker #0
Là, j'ai été complètement perdue. J'ai raté des occasions. Il y avait une manipulation avec les femmes, les comédiennes, plus facilement qu'avec les hommes. Parce qu'on travaillait tout le temps. En fait, le corps, l'outil était tout le temps en permanence en alerte. Le premier trampoline pour rebondir.
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui, dans ce nouvel épisode de Vie de Comédien, c'est une comédienne que l'on va découvrir et qui s'appelle Nathalie Rira. Nathalie est une femme que j'ai rencontrée lors d'une formation que je menais à Paris et qui m'a particulièrement touchée. Elle m'a parlé de la manière dont elle a fait son métier jusqu'à présent et notamment sur la difficulté qu'elle a eue de sortir d'une compagnie. avec laquelle elle a collaboré plus de dix ans. Aujourd'hui, j'ai vraiment le plaisir de l'interviewer sur ces sujets-là. Comment on passe d'une vie professionnelle de compagnie dans un microcosme à la vie d'une comédienne qui vend ses compétences et son savoir-faire individuellement ? Comment on passe d'une vie d'une comédienne implantée dans une compagnie régionale à la vie de la comédienne qui monte à Paris ? et qui se retrouve face au démon qu'elle avait peut-être déjà rencontré lorsqu'elle s'est formée dans sa vingtaine. Et je suis ravie de pouvoir partager avec vous la parole courageuse de Nathalie. Bonne écoute à toutes et à tous ! Bonjour Nathalie, je suis ravie de te recevoir aujourd'hui dans le podcast de Vite Comédien. C'est vraiment un grand plaisir parce qu'on a eu l'occasion d'avoir déjà un entretien. ensemble en formation et j'ai trouvé que ton parcours était extrêmement riche et très intéressant pour nos auditeurs et nos auditrices. Donc enchantée et bienvenue Nathalie.
- Speaker #0
Merci Claire Sophie.
- Speaker #1
Alors Nathalie, est-ce que tu peux juste te présenter un peu à nous ? Donc tu es une comédienne, ça fait combien de temps que tu travailles dans ce métier et tu fais quoi en ce moment ? Raconte-nous.
- Speaker #0
Voilà, alors je suis comédienne depuis de très très très nombreuses années. Je suis partie à peu près une quinzaine d'années dans le sud-ouest avec une compagnie. Je suis revenue en 2014 pour six mois et j'y suis depuis dix ans. Tu veux dire Paris ? Oui, je suis revenue à Paris. Depuis 2019, j'ai créé une activité d'accompagnement sur la prise de parole avec les outils de l'acteur. C'est très varié. Je travaille avec des individuels, des demandeurs d'emploi, avec tout le monde. Je suis aussi intégrée dans un circuit de concours d'éloquence depuis deux ans. Et normalement, si tout va bien, je vais créer mon activité artistique. Voilà.
- Speaker #1
D'accord. C'est-à-dire, tu vas créer un spectacle ?
- Speaker #0
C'est-à-dire, déjà, j'ai décidé de revenir avec un spectacle, un seul en scène. Et pour ça, il faut que je crée ma structure pour être indépendante et libre de mes choix.
- Speaker #1
D'accord, donc ça fait plus de 25 ans que tu es dans le métier ? Oui. Ok, génial. Lors de notre rencontre, tu m'as parlé d'abord de ta première expérience théâtrale, c'est-à-dire que tout de suite quand tu es devenue comédienne, toi tu as intégré une troupe qui s'est installée dans le Sud-Ouest et vous avez tourné des spectacles, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui. Alors moi j'ai commencé d'abord en tant qu'amateur, où il y a déjà eu des... parce que je sais très bien quel est le sujet de ce podcast. Moi, j'avais commencé en tant qu'amateur en scène émarne, avec déjà un metteur en scène prof qui était assez manipulateur. Donc, il faut faire très attention au niveau des amateurs. Et puis après, je suis partie en effet dans le sud-ouest, où les premières années, c'était super. Et puis petit à petit, il y a eu une emprise qui fait que la personne coinçait dans tous les sens. Il y avait des idées. des choix de pièces ou d'univers. Tout était bloqué,
- Speaker #1
tout était fait. Je vais t'amener à parler de ça, parce qu'évidemment, je te demandais de bien vouloir partager ces expériences-là. Mais d'abord, je te demandais, de manière générale, ta vie de comédienne au début, elle a commencé avec une compagnie. Oui,
- Speaker #0
tout en compagnie. J'ai toujours été dans des compagnies. Je n'ai jamais été en solo, jamais, jamais. Ok.
- Speaker #1
Et ça, c'est important pour nous à entendre parce que tu vois, il y a différentes manières d'être comédien, d'être comédienne. Et toi, tu as choisi pour te professionnaliser une vie de troupe.
- Speaker #0
La vie de troupe, oui.
- Speaker #1
Ok, la vie de troupe. Et évidemment, la vie de troupe avec ce qu'elle a à la fois d'heureux et de malheureux, c'est-à-dire il y a des gens autour de toi, tu n'es pas seule, tu es portée par des projets et aussi tu vis dans une forme de huis clos avec à la clé cette espèce de dépendance financière puisque c'est grâce à eux, c'est grâce à la compagnie que tu gagnes ta vie.
- Speaker #0
Exactement, c'est tout à fait ça.
- Speaker #1
Alors, lors de notre rencontre, en fait... Tu as eu le courage de me parler de certains traumas et c'est vraiment là-dessus que je voulais orienter notre entretien aujourd'hui. Puisque ça reste très tabou chez les comédiens et les comédiennes de dire, voilà, j'ai eu une expérience difficile dans une compagnie ou avec un projet. Et surtout d'avouer que cette expérience difficile, elle peut générer ensuite de la difficulté pour continuer le métier, avoir confiance dans le métier et puis même chercher du travail, aller vers les autres. Avant ça, est-ce que tu peux me parler un peu de cette compagnie ? Qu'est-ce qu'elle faisait ? Vous créez quoi comme genre de spectacle ?
- Speaker #0
Les spectacles étaient surtout ciblés dans de la comédie. On a fait des choses extraordinaires. Et après, ça a bifurqué dans du spectacle musical. Et puis... Donc oui, comme tu dis, on est dans une troupe. Donc troupe veut dire qu'on est polyvalent. Et costumes, techniques, recherche de contrats, accueil des comédiens, donc toute l'organisation pour les répétitions et les représentations. Et heureusement, quand même une part artistique au bout d'un moment, où là,
- Speaker #1
c'était la meilleure. ce que tu veux dire c'est que t'as été dans cette vie de compagnie, happée par un travail énorme ?
- Speaker #0
Oui, c'est-à-dire que je me suis même oubliée dedans. C'est-à-dire qu'en travaillant dans cette compagnie pendant toutes ces années, j'ai mis de côté mes recherches individuelles en tant que comédienne. Et donc, je n'ai pas fait de réseau extérieurement à cette compagnie.
- Speaker #1
Donc, l'énergie, elle est dans la compagnie.
- Speaker #0
Elle était entièrement dans la compagnie.
- Speaker #1
Et vous faites des costumes, des décors ?
- Speaker #0
Oui, costumes, décors, faire les courses, l'organisation des tournées, parce qu'on tournait quand même tout l'hiver avec deux spectacles pour enfants, plus au printemps on créait un spectacle pour l'été, en tournant un spectacle qui avait été préparé l'année d'avant, et plus ça prenait beaucoup de temps et de vie quand on a préparé les Avignons. Parce qu'après, Avignon, ça se prépare. On a fait trois années d'Avignon. Et donc, même là, c'était... Là, j'ai réalisé qu'il fallait que je m'aère et que je trouve ma direction à moi. Parce que dans cette compagnie, au bout d'un moment, je me suis complètement perdue.
- Speaker #1
Perdue, ça veut dire que tu étais même plus comédienne ?
- Speaker #0
J'étais toujours comédienne, mais ce n'était pas dans ce que je voulais. Ce n'était pas dans le sens que je voulais puisque mon... Comment te dire ? mes avis, mes envies de choix, de jouer quelque chose, prendre une direction autre, la compagnie ne comptait pas en fait. Donc il n'y avait qu'une personne qui prenait les décisions et toute personne qui voulait amener un changement, c'était radicalement non. Donc à partir de là, on se retrouve, on arrive à la quarantaine et là on se dit, ouille, il est où mon parcours ? Est-ce que j'ai toujours envie de ça, de jouer ça, de faire ci ? Puis petit à petit, après on voit qu'au-delà de la comédienne, C'est en tant qu'individu et de femme qu'on se laisse complètement, se laisser enfermer dans quelque chose.
- Speaker #1
Pourquoi tu dis de femme ?
- Speaker #0
Parce que pour moi, c'est important que j'ai réalisé à un moment, alors ça c'est dans mon parcours de comédienne, que sur un plateau, on n'est pas deux personnes différentes. On apporte toute notre matière, c'est-à-dire c'est ma recherche à moi ça, on est un corps, une voix, des émotions. Et sur le plateau, c'est nous en avant d'abord. On travaille avec notre corps, avec notre voix, avec ce qu'on est, avec notre vécu. Et voilà, quelqu'un qui ferait 1m80, et je ferais peut-être 1m80 avec des yeux bleus et très rouges, je n'aurais peut-être pas le même aspect. Pour moi, c'est important de ne pas s'oublier en tant que femme pour une comédienne, parce que sinon, on se perd. mais ça je pense que c'est dans le monde du travail en général mais on peut se perdre par une fausse image de soi et c'est ce qui est arrivé pour moi et j'ai pas encore très bien compris pourquoi c'est plus une femme,
- Speaker #1
c'est-à-dire pourquoi une femme peut se perdre ?
- Speaker #0
Non, un homme aussi, mais comment expliquer ? Je me suis aperçue que, si on prend notre métier, en tout cas j'ai une autre expérience à Paris, où là ça a été vraiment la révélation, maintenant je ferai mes choix, mais on a l'impression qu'on peut nous manipuler plus facilement.
- Speaker #1
D'accord, toi tu avais cette impression ? Oui,
- Speaker #0
il y avait une manipulation avec les femmes, les comédiennes. plus facilement qu'avec les hommes.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et je pensais que c'était que de la part, à un moment donné, de metteurs en scène masculins, mais pas du tout. Ça peut arriver aussi par rapport à des metteurs en scène femmes. Ok. Voilà, cette manipulation.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses que le chemin que tu as fait dans cette compagnie, donc tu dis 14 ans avec cette compagnie, c'est ça ? Ok. Est-ce que tu peux quantifier à peu près le temps que tu as mis à quitter la compagnie ? Entre le moment où tu as fait conscience que vraiment là, tu te perdais, et le moment où tu as eu le courage de partir, il t'a fallu combien de temps à peu près ?
- Speaker #0
Alors, il y a eu d'abord la prise de conscience en tant que comédienne. Oui. Parce qu'il est vrai que, pour être tout à fait honnête, en fait, je vivais avec le metteur en scène.
- Speaker #1
D'accord. En plus, donc, il y avait aussi ça qui se mélangeait.
- Speaker #0
Exactement. donc Il y a eu d'abord, en tant que comédienne, c'est venu six ans avant.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Et la prise de conscience après est arrivée. OK, comédienne, je n'aime pas ça, ça, ça. Et après, il y a eu un effet miroir. Mais en même temps, c'est moi en tant que femme aussi. Je ne peux plus accepter ça, ça, ça, ça. Il y a des choses où je trouvais des points communs. Et en tant que femme… ça a commencé en tant que moi Nathalie de ma vie tous les jours allez 5 ans avant et j'ai bien depuis j'ai mis
- Speaker #1
2 ans au monde j'ai décidé que tout allait arrêter je suis partie 2 ans après ouais je comprends je te remercie d'en parler parce que beaucoup de comédiennes me racontent ça cette difficulté entre la prise de conscience et puis ensuite la peur parce qu'il y a aussi une dépendance économique c'est ton job Merci. Et comme tu disais, le réseau s'est un peu fermé puisque pendant des années, tu travailles pour la même compagnie. Et donc, en fait, tu n'as pas vraiment d'autre manière de travailler que la compagnie.
- Speaker #0
Exactement. Donc,
- Speaker #1
il y a aussi cette peur de sortir de ton travail, de dire est-ce que je vais avoir du travail ailleurs ? Est-ce qu'on va me faire confiance ailleurs ? Qui suis-je en dehors de cette compagnie ?
- Speaker #0
Il y a tout à reconstruire, en fait. Surtout qu'entre le moment, ça a beaucoup évolué. En plus, le monde de recherche d'un autre. secteur. Moi, j'ai connu quand on avait envie de travailler avec le metteur en scène ou rencontrer des comédiens, vient la représentation, on boit un café après. Moi, j'ai connu ça. Surtout quand je suis arrivée à Toulouse, il y avait une ouverture. C'était assez facile d'aller à la rencontre d'eux. Et surtout qu'il y avait de la part des metteurs en scène ou des comédiens une ouverture aussi qu'ils avaient envie. J'ai trouvé, maintenant quand je suis partie, il a fallu que je refasse tout en 2013. Là, je suis où ? On n'est plus du tout dans le même mode. Et sans réseau, c'est très compliqué. C'est compliqué de taper à la porte, de dire « non, je ne vous connais pas, qui vous êtes ? » « Avec qui vous travaillez ? » Voilà, c'était la première question. Est-ce que vous avez travaillé avec un tel, un tel et un tel ? Nous, voilà.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Donc, moi, je crois aussi que le monde du travail, pour nous, a évolué aussi dans ce sens.
- Speaker #1
Bien sûr. Est-ce qu'en sortant de cette compagnie… Est-ce que tu doutais de ton niveau de jeu, de tes compétences de comédienne ? De tout. De tout ?
- Speaker #0
De tout. Là, il y avait, entre guillemets, j'avais compagnie, maison, vie, j'avais tout, tout. Et du jour au lendemain, tu n'as plus rien.
- Speaker #1
Mais tu pensais vraiment que tu ne savais plus jouer ou que tu n'étais plus sûre de ton jeu de comédienne ?
- Speaker #0
Ah oui, ça, c'était déjà 5-6 ans avant. Là, j'étais complètement perdue. J'ai raté des occasions. Puis, je faisais que du théâtre, donc je n'avais pas d'autres cordes à mon arc pour dire, allez, non, mais je peux faire des voix aussi, je peux faire aussi ça, je connais du monde. Donc, moi, je suis arrivée, boum, tout s'est arrêté. Et là, il faut tout recommencer, tout. Et ça a été compliqué. Oui, je me suis perdue, oui. Pour moi, je n'étais pas comédienne.
- Speaker #1
Ce qui est fragilisant, c'est le fait de dépendre d'un seul regard. Parce que dans une compagnie, un regard majoritaire, qui est celui de la metteur en scène ou du metteur en scène, C'était ça qui était fragilisant, c'est que tu disais, en fait, il y a une personne qui a cru en moi, c'est tout ?
- Speaker #0
Non, ce qui était le plus fragilisant, c'est de sentir que cette personne… Mais ça, je l'ai vécu de plusieurs, en fait. De sentir que, OK, avec le metteur en scène, elle n'allait pas me pousser. plus en tout cas, ou en tout cas pas dans ce que je suis réellement, dans mon jeu, mais dans mon univers. Mais c'est surtout fragilisant, c'est quand les autres tout autour ferment les yeux parce qu'ils veulent garder leur place ou parce qu'ils veulent continuer. Ils ne veulent pas le genre « Ah non, moi je ne m'en mêle pas » . Et au moment donné, on dit « Eh, viens me chercher » . On a envie d'avoir une petite bouée à l'extérieur, et il n'y a rien à l'extérieur qui permet de dire « Attention, là tu te noies fais attention là je perçois des choses d'accord pas pas pas pas positif ça ne s'aime pas bien ouais je comprends je veux dire que même dans le jeu l'extérieur ne s'en mêlait pas les autres comédiens non ils ne te disaient pas ils ne donnaient aucune direction ils ne te donnaient aucun feedback rien du tout et pourtant ils y pensaient fort parce que eux-mêmes à leur façon ils vivaient aussi un petit peu certains ont vécu ça en était une troupe on ne sait pas On s'est suivi, par exemple, le dernier groupe qui a été constitué. On était quand même sept personnes. Waouh ! Et il y en a certains… Enfin, c'était une personne, en fait, il faut le dire, narcissique et perverse. Et du coup, elle sentait les fissures chez les gens. Bien sûr. Donc, du coup, sur la bande, ceux qui étaient très, très forts, ils arrivaient à mettre une barrière, un mur.
- Speaker #1
et puis ceux qui n'y arrivaient pas ils se faisaient manger aussi un petit peu ok surtout quand on fait un métier de comédienne c'est un métier d'un pudeur c'est un métier où on montre ses failles où on joue avec ses failles et il y a une sensibilité,
- Speaker #0
on exerbe nos émotions donc c'est là où être terrien dans notre métier est très important parce que du coup on peut Prendre conscience qu'on peut, à un moment donné, on a le droit de fermer et de dire en ce moment, je donne ça, et y aller petit à petit, et de ne pas tout ouvrir. Et moi, le problème, c'est que on a quand même des métiers de passion et que quand on donne, on y va à fond parce qu'on est content, parce qu'on travaille, parce que c'est super.
- Speaker #1
Je comprends. Parce qu'on donne tout, on se perd là-dedans. Est-ce que pendant toutes ces années de compagnie, à un moment, tu utilisais tes droits AFDAS ? Je rappelle qu'en France, on a des droits à la formation quand on... On cotise dans des pailles artistiques, donc l'AFDAS, qui est l'organisme de collecte de formation pour les artistes, et qui permet de financer des stages. T'en faisais ? Alors,
- Speaker #0
c'est là qu'est drôle, parce que quand j'ai pris conscience qu'il fallait que je me prenne en main, que je n'avançais plus, en tout cas, je sentais que je n'allais plus avancer, là, je me suis prise un peu en main et j'ai été faire un stage au magasin de voix. Oui. Voilà. Donc, c'était vraiment super. Et encore une fois, il y a une intervenante, je ne dirai pas son nom, qui me dit « Nathalie, si tu veux, tu peux rester une semaine de plus à Paris et je t'emmène dans les studios. » Ça, c'était super dans les studios de Nord-Ouest. Tu écoutes, tu regardes, tu observes. Et puis, il se trouve, je téléphone. Et je dis « Ah ben finalement, comme on n'est pas en répétition et qu'on n'a rien, je reste une semaine à Paris. » Et là, on me lance « Ah ben non, ce n'est pas possible. » Il faut faire tous les dossiers de subvention. Je suis tout seule. Il faut que tu viennes dire que tu m'aides. En plus, on a une idée de création pendant que tu n'étais pas là. On a une idée d'une création. Et là, j'aurais dit, non, vous vous débrouillez. Tu n'as pas besoin de moi. Et ce que j'ai fait, j'ai repris un train.
- Speaker #1
Tu as repris un train.
- Speaker #0
Voilà. Et deux mois après, évidemment, qu'elle m'a oubliée et c'était fini.
- Speaker #1
Oui, j'ai compris.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Et est-ce que… Parce que là, tu parles d'un stage, mais en 14 ans, tu n'as fait qu'un stage AFDAS ?
- Speaker #0
Ben, ouais. Il suffit que ça. J'en ai fait après d'autres. Ouais,
- Speaker #1
j'ai compris. Je te remercie d'en parler parce que les compétences, les comédiennes me disent ça.
- Speaker #0
Alors ça, ça n'a rien à voir. Je pense que ça n'avait rien à voir avec le fait qu'on m'empêchait d'eux. C'était tout simplement que quand on est une compagnie, on est tellement prise et on est tellement content. Parce que moi, les premières années, c'était super. Ça n'arrêtait pas. Et puis, on apprend plein de choses. De comédienne, maintenant, je… même s'il faut que je me remette un peu à la page, mais on apprend à gérer au niveau administratif une structure. On apprend à prendre contact avec des… à voir comment ça se passe quand on veut créer un endroit et prendre contact avec les clients et tout ça. Donc, les salles, faire le tour des salles, c'est super intéressant. Faire les festivals, c'est… Donc, non, c'est très intéressant. Donc, du coup, il y a quelque chose où on… ça n'arrête pas quoi, c'est une boule de neige en fait, ça grossit on travaille et puis du coup du pot, tiens je vais faire un stage, je vais m'arrêter un mois et je vais chercher un stage pour moi. Parce qu'on travaillait tout le temps. En fait, le corps, l'outil, il était tout le temps en permanence en alerte. Et en plus, je travaillais des choses que je n'avais pas l'habitude de travailler. Donc, du fédot, de la rythmique comme ça. Donc, c'était super drôle. Enfin, c'était super pour moi de travailler tout ça.
- Speaker #1
Est-ce que tu avais le temps de sortir, d'aller voir d'autres spectacles, d'autres trucs ?
- Speaker #0
Alors, on allait voir. Parce que là où j'étais, on était à beaucoup de compagnies professionnelles. Donc, oui. on sortait, on allait voir des spectacles. Les uns et les autres, on allait se voir quand même.
- Speaker #1
Ok, d'accord. Tu voyais un peu ce qui se faisait à côté,
- Speaker #0
quoi. Oui, mais tout le monde connaissait l'univers de tout le monde. De chaque compagnie, on savait. Ok, très bien. Après, pour des personnes qui sont en région, ce qui a été très difficile aussi pour moi de vivre, excuse-moi, j'ai été coupée, c'est que j'ai trouvé ça très dur que des compagnies sur un territoire, on était quoi, une dizaine à ce moment-là ?
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Les gens ne veulent pas travailler les uns avec les autres.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'à un moment donné, j'adorais le travail d'une compagnie. Je savais qu'ils allaient avoir une création. Eh bien, on n'avait pas le droit d'aller passer les auditions.
- Speaker #1
Mais pourquoi ?
- Speaker #0
Parce que chacun son truc, chacun est très fermé. Et ça, c'est là que ça commence à me dire, mais comment ça peut être fermé en région ? Déjà que c'est difficile dans les grandes villes. Mais alors là, comment c'est compliqué en région alors qu'on n'est pas nombreux ? Donc, on peut travailler ensemble. Et ça, c'était impossible. Ça, ça fermait aussi, ça m'a donné aussi... Ça m'a ouvert les yeux sur, bon, là, il faut bouger quelque part, parce que ce n'est pas possible. Même au niveau local, au niveau large, les gens s'enferment dans leur structure et ne passent pas avec les autres.
- Speaker #1
Oui, je ne suis pas la première à me dire ça. Et ça m'étonne aussi. Il y a même des comédiens qui me disent... Quand je leur dis, je ne sais pas, dans ta région, tu connais les autres compagnies, tu pourrais peut-être aller les voir. Je ne sais pas. Ah non, laisse tomber, je leur ai dit dix fois, mais c'est comme si je n'existais pas dans le paysage ou que c'était interdit.
- Speaker #0
Exactement, c'est ça, c'est exactement ce que je vivais.
- Speaker #1
Mais tu penses que c'est quoi ? C'est une rivalité ou c'est la peur de prendre le comédien de l'autre ? Ça, c'est quoi ?
- Speaker #0
Je pense qu'il y a une question de rivalité et puis je pense qu'il y a une question d'ego. En tout cas, là où j'étais, il y avait deux ou trois compagnies, il y avait un ego énorme. et puis comme on arrive sur un tel... Comme je venais de Paris, donc j'étais pas... J'ai pas vu grandir et naître toutes ces compagnies. Donc du coup, ah non, elle, elle travaille avec un tel, c'est pas la peine. Donc après, il y avait du copinage. On me prenait pas en tant que comédienne à part entière. On me dit, elle travaille avec un tel.
- Speaker #1
Ouais, genre, elle appartient à un tel, quoi.
- Speaker #0
Donc, elle travaille avec un tel, lui, on l'aime pas. Tous les comédiens qui... qui travaillent à Cantel, si on les aimait, on les prenait. Si on ne les aimait pas, au revoir.
- Speaker #1
Incroyable.
- Speaker #0
Moi, ça, c'est un truc que je n'ai jamais compris.
- Speaker #1
Oui, non, mais j'entends bien ce que tu dis. C'est important, ce que tu dis. Donc, tu sors de là, après 14 ans, et tu décides de monter à Paris.
- Speaker #0
Je reviens à Paris.
- Speaker #1
Tu reviens, mais quand tu dis tu reviens, c'est-à-dire que tu avais déjà un réseau ?
- Speaker #0
Pas du tout. En fait, c'est arrivé que je cherchais, après là où j'étais dans le sud-ouest, je me suis dit, allez, je vais m'installer à Toulouse. Donc, j'ai essayé de reprendre contact avec toutes les personnes que je connaissais à Toulouse. Parce que quand même, sur un territoire, on connaît les départements tout autour. Et là, même avec des amis, avec des gens qui m'appréciaient, qui valorisaient mon travail, même rentrer dans leur compagnie, ce n'était pas possible. Donc là, c'est là où j'ai compris que le monde avait vraiment changé dans les recherches. Et donc, ça s'est petit à petit fermé. Et là, j'ai dit, bon, ça va être dur. Là, j'ai pris conscience que ça allait être compliqué. Même avec des gens que je connaissais à la base, à Toulouse, c'était fermé.
- Speaker #1
D'accord. Donc, tu montes à Paris.
- Speaker #0
Donc, je reviens à Paris en trouvant un petit job. Et là, c'est parti. Là, j'ai commencé d'abord à m'installer. Et puis après, là, c'est parti à Paris. Et entre-temps, j'avais fait un stage en Corse à l'ARIA. À l'ARIA,
- Speaker #1
ok. Le fameux, avec De Robin et Ausha.
- Speaker #0
C'est ça. Et là, je rencontre à ce stage. Donc là, c'était super. Donc là, mon stage à FDAS, je me dis quitte à quitte à finir. Je l'ai fait là en 2013. Bravo. Et là, il y avait un metteur en scène, René Loyon, qui me dit « C'est dommage que tu ne sois pas à Paris. Sinon, tu viendrais dans notre collectif d'acteurs. » Donc à partir de là, hop, venant à Paris, j'ai appelé René. Je lui ai dit « René, je suis à Paris. Viens au collectif. » Donc le collectif de René Loyon, de l'atelier RL, c'est génial parce que c'est travailler son outil. et ja aucune performance, on n'est pas là pour trouver du boulot, mais de garder l'outil à l'air. C'est comme des gens qui vont travailler la musique. Bien sûr. Donc, c'est de l'entraînement et d'être tous ensemble et de se confronter, d'échanger sur des problématiques aussi. Quand on ne travaille pas, qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on est ? un point comédien, un metteur en scène quand on ne travaille pas on est qui donc il y avait tout ça et la plupart des femmes de plus de 50 ans font partie de l'AFA ok génial donc de l'association de françaises des actrices donc je trouvais ça très intéressant aussi d'être dans cette énergie dynamique et c'est là que j'ai rencontré une metteur en scène une mettaise en scène qui te dit viens bosser avec moi viens bosser avec moi je te veux pour ce projet et j'ai dit non je ne le fais pas je veux d'abord passer l'audition enfin non c'est toi que je veux se méfier aussi des des des miroirs aux alouettes et donc je suis ben non donc comme j'étais dans une période je n'avais plus d'intermittence que enfin je pouvais revenir sur un plateau vraiment de retravailler en répète donc du coup je n'ai pas vu encore Je me sentais blindée avec les expériences anciennes. Mais là, non, j'y vais. Et là, encore une fois, il y avait des gens qui connaissaient cette personne et cette façon de faire et personne n'a rien dit.
- Speaker #1
Donc, en fait, elle te dit…
- Speaker #0
Elle est bien travaillée.
- Speaker #1
Elle fait un coup de foudre. C'est toi, c'est toi que je vois. Et donc, tu n'as pas besoin d'audition. Tu viens, c'est toi qui as le rôle. Tu viens.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
OK. Donc, tu rentres là-dedans et dedans, il y a déjà des membres de la troupe. qui connaissent un peu sa manière de faire. Et sa manière de faire, c'est quoi ? Parce que raconte-nous, comment ça se passe ?
- Speaker #0
Au début, elle flatte beaucoup. C'est une personne qui flatte énormément. Et cette personne, elle vous flatte. Et au bout d'un moment, je m'apercevais dans les repas, donc dans des instants de vie. On n'est pas en répétition, on est en pause. Quand je voulais répondre à des questions parce qu'on échangeait sur des thèmes ou sur le spectacle, on fait du travail de table, c'était avec une gestuelle. Oui, Nathalie, on verra plus tard. Et les autres, quelqu'un d'autre pouvait dire la même chose que moi. Ah oui, tu as raison. Ok. Tu vois, donc il y avait moi, on verra plus tard. Et les autres, oui, vas-y, vas-y, échange, échange, échange. Ça commençait comme ça. C'est un petit peu ce côté où on… de minimiser ma parole.
- Speaker #1
Ta parole. Et ça se fait, en fait, un peu de manière bizarre parce que toi, tu te dis, bon,
- Speaker #0
peut-être moi.
- Speaker #1
Ouais, tu te dis, peut-être c'est moi qui surréagis.
- Speaker #0
Ouais, ou c'est des blessures qui se font doucement, c'est pas les mêmes personnes, c'est des années plus tard, tout va bien, Nathalie, sois pas susceptible, des didi, dadada. Mais pour des trucs... tout simple, avoir des idées à un moment donné, parler des costumes je pense ça, non non mais c'est pas bon laisse, et après là où ça a été là où je me dis aïe ça devient compliqué c'est au bout de 3 semaines de répétition même pas, 15 jours de répétition où elle m'appelle un samedi matin à 8h30, 9h du matin où elle me dit bonjour Nathalie tu vas bien ? et là elle me dit écoute Merci. j'ai un problème avec toi j'ai l'impression d'avoir quelqu'un qui sort de l'école quoi ? voilà exactement mais ça veut dire quoi ?
- Speaker #1
genre tu sais pas jouer ?
- Speaker #0
genre je ne sais pas jouer j'ai l'impression que je suis en cours qu'elle m'apprend mon métier et là tu fais ok j'ai rendez-vous à la répétition à 10h du matin je fais quoi ?
- Speaker #1
alors tu fais quoi ?
- Speaker #0
ben j'y vais parce que là il y a quelque chose qui fait que je tombe des nues je comprends pas Et je lui dis « Bon, on va laisser passer la journée. À la fin de la journée, je vais en discuter avec un tel et un tel. » Et quand je vais essayer d'en parler avec un tel, ce que toi, elle t'a appelé ce matin pour te donner des indications, elle m'a dit « Ben non. » Et je lui fais part de ça. Elle me dit « Mais non, Nathalie, laisse tomber. » Et à partir de là, toutes les personnes avec qui j'ai essayé d'en parler, c'était fini, c'était fermé. Elles sont restées dans leur truc. Et là, c'est comme si d'un seul coup, tu as… tu coules tout doucement, tu recoules. Cette sensation de tomber, de tomber, parce qu'il n'y a plus personne. Tu peux t'accrocher à rien. Et ça a été l'enfer petit à petit. Jour après jour, on trouvait une petite dose à chaque fois. Ça fait que quand tu mangeais pendant les pauses, je ne parlais plus, je ne disais plus rien, je ne comprenais plus. Elle me donnait des indications qui sont démentes. Je me disais, mais ce n'est pas possible, je ne comprends rien. Mais genre,
- Speaker #1
genre, par exemple.
- Speaker #0
Alors, exemple. Mais Nathalie, le personnage est dans le doute. Va chercher le doute en toi. Vas-y, mets le doute en toi. Mais le doute… Oui, OK. Et à partir de là, comment tu m'y amènes, toi, au doute ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et voilà, donc elle plantait les gens sur le plateau. Donc, on me plante en plein milieu du plateau. Elle me mettait des accessoires. Elle fait, vas-y, débrouille-toi. Va là-dedans. Et là, tu fais, OK. Et là, on est complètement bloqués parce qu'il n'y a pas de… Et les autres regardent.
- Speaker #1
Ils te voient te noyer.
- Speaker #0
Ils te voient te noyer. Et en fait, ce qui était dur, c'est pas après. Ça peut arriver qu'on bloque sur des réplications, qu'on bloque parce qu'on n'a pas encore trouvé de communication avec le metteur en scène. Mais ce qui était très dur, c'est de retrouver ces mêmes regards. Les gens te regardent, voient que tu te noies et personne ne dit rien. Oui, je vois. Et là, tu tombes.
- Speaker #1
Et alors, qu'est-ce qui se passe ? En fait, ça dure combien de temps ?
- Speaker #0
Alors, ça a duré le premier mois de répétition. Quand je rentrais, je sentais toutes mes alarmes. Et là, je me suis dit non, mais là, je ne vais pas attendre trois ans. Je ne vais pas attendre jusqu'au bout, je ne pourrai pas. Et donc, j'ai fait tout ce que je pouvais. Et après, il y a eu une pause de 15 jours entre les deux mois de répétition. Et j'ai vu quelqu'un où j'ai essayé de retravailler, retravailler. Et reprise des répétitions du deuxième mois, où là, c'était encore pire que tout.
- Speaker #1
Ça veut dire quoi, tu as vu quelqu'un ?
- Speaker #0
J'ai vu quelqu'un de la compagnie, de l'autre partenaire, pour travailler avec elle mes scènes.
- Speaker #1
D'accord, ok. Et essayer,
- Speaker #0
puisqu'elle avait l'air de comprendre l'univers de la metteur en scène. Et puis, c'est quelqu'un que j'apprécie. comédienne que j'apprécie énormément qui est très très saine tout va bien, elle m'appréciait et puis qui commençait à me dire mais Nathalie c'est peut-être toi qui as du mal à comprendre ou t'es peut-être bloquée et le mot bloquée c'est insupportable faut pas dire aux gens donc à partir de là je suis revenue en répétition et puis à un moment donné je me suis dit écoute je suis trop en forcing je me sens pas bien, il y a rien qui sort tout se ferme à l'intérieur là je commençais à avoir l'idée d'arrêter super et elle elle a eu aussi cette idée d'arrêter ok mais et c'est là la perversité c'est qu'elle a tout fait pour que ce soit moi qui dise les mots stop on arrête voilà elle t'a poussé à bout parce qu'elle pousse à bout et c'est pas quelqu'un qui et après elle est devenue toute mielleuse donc c'était encore un samedi matin et là elle m'appelle elle me fait Nathalie mais qu'est-ce qui se passe mais qu'est-ce qui se passe en toi ? Et là, j'ai dit stop. Je lui ai dit, allez, vas-y, maintenant, on arrête. Je fais attention de ne pas dire le nom. Je lui ai dit, maintenant, on arrête. Bip, bip. Qu'est-ce que tu veux, au fait, de moi ? C'est moi qui lui demande. Qu'est-ce que tu attends de moi, en fait ? T'as envie de quoi ? Et là, il y a eu un grand silence. Non, mais tu comprends, Nathalie, parce qu'elle parle comme ça. fais-moi les stops en fait je veux que j'arrête on arrête dis-le et là je lui dis ne sois pas cruelle dis-le toi et elle n'a pas fait Cheval, c'est bon, on arrête. Et après, ça a été des discussions, du genre… Bon, on dira aux autres qu'on n'a pas trouvé un terrain artistique.
- Speaker #1
Oui, n'importe quoi.
- Speaker #0
Et après, surtout… Alors là, moi, je ne le savais pas. Je savais que je pouvais demander les indemnités des répétitions commencées. Mais je ne savais pas que je pouvais demander aussi, comme toutes les dates de représentation étaient bloquées. Oui,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
Je pouvais avoir envie d'être payée des représentations. Donc, j'ai demandé les deux mois de répétition. J'ai fait un mois et une semaine, ce qui m'a permis de retrouver l'intermittence. Mais alors là, j'ai dit, c'est bon, j'arrête le métier.
- Speaker #1
Là,
- Speaker #0
j'ai voulu s'arrêter. Là où je me suis dit, j'ai quand même appris de mes autres expériences et je ne suis plus la même. Ça a été dur parce que je voulais tout arrêter. Là, c'était stop. Par contre, quand je la croisais, elle voulait faire mine de rien que tout allait bien. Et moi, je lui ai tourné le talon. Ça ne sert à rien de parler avec des gens.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
En cause de Vinice, Vinice. Il ne faut plus retourner. Et puis, c'est là qu'après, j'ai fait des accompagnements avec audience.
- Speaker #1
Alors, attends. Juste un truc. Donc, tu sors de là, tu es traumatisée. Tu vas mal.
- Speaker #0
Très mal.
- Speaker #1
Complètement, oui. Bien sûr. Parce qu'en plus, tu t'étais relevée de l'ancienne.
- Speaker #0
C'est ça. Et puis, je voudrais dire, c'est quand même 40 ans passés.
- Speaker #1
Oui, OK. Oui, c'est important.
- Speaker #0
L'énergie, ce n'est pas la même quand ça arrive plusieurs fois à 20, 30 ans. Là, tu arrives à la cinquantaine et tu te dis, ça pique.
- Speaker #1
Et juste à ce moment-là, tu es entourée, tu as une prise en charge psychologique. Comment tu t'en sors de ça ?
- Speaker #0
Je m'en sors parce que j'ai mes amis qui sont complètement à l'extérieur de ça. Ils sont dans l'art aussi, mais ils ne sont pas du tout dans le même univers, en tout cas, de groupe comédien. Et qui me voilent au fur et à mesure. qui me voit complètement tomber. Et il dit, dont une qui connaissait cette personne et qui essayait de me rattraper au fur et à mesure des répétitions. Et je pense que c'est elle qui m'a donné la force de dire, allez, stop, j'arrête.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
C'est pas grave, t'as pas l'intermittence, tu travailles pas, tu vas pas t'arrêter pour autant être comédienne. Et donc, elle, déjà, ça m'a aidée. Et puis après, tu dis, ok, je suis quand même pas mauvaise, je sais comment faire ça, ça, ça, ça. Voilà, j'ai du soutien à l'extérieur de ce groupe et qui fait qu'ils me connaissent depuis des années et on y va. Et puis après, on se dit, bon, bah... Là, j'ai mis de côté la comédienne et là, c'est moi, Nathalie. Là, tu dis, il faut que je bosse là-dessus. Il faut que je sente les gens quand ils me manipulent et que je dise non avant. Et tant pis si je ne fais pas le projet. Je dois reconnaître un projet sain. Il faut que je reconnaisse, j'arrive à reconnaître des personnes saines et qui me conviennent.
- Speaker #1
Oui, mais c'est difficile de faire ça. Il y a toujours une phase d'approche. Tu ne peux pas connaître… Enfin, tant que tu ne travailles pas avec quelqu'un, tu ne peux pas vraiment savoir qui il est, sauf si les gens parlent.
- Speaker #0
Exactement. et je pense que les accompagnements que j'ai fait autour m'ont permis de trouver des personnes saines mais dans l'accompagnement parce que là j'avais mis de côté retravailler, c'était plus la peine mais il fallait que je me rebelote, revenir reprendre confiance et surtout me dire si j'arrête le métier de comédienne qu'est-ce que je fais ? donc c'est là que j'ai entrepris au bout de 6 mois je suis restée quand même 6 mois dans le creux de faire l'accompagnement d'audience, puisqu'on est super pris en charge. C'était très, très bien.
- Speaker #1
Alors, audience, je le rappelle, qui est votre caisse de prévoyance des artistes en France et qui propose aux artistes, après, je crois que c'était cinq années à l'époque, les conditions d'entrée, maintenant peut-être qu'elles ont changé, cinq années au moins de cumul de cachets, de bénéficier d'un accompagnement pro qui vous permet de vous remettre dans l'emploi. vous aidant par exemple à refaire vos outils, vos outils de communication, vos photos, vos books, vos bandes démo, etc. En tout cas, c'est effectivement Odiens, c'est un vrai partenaire pour les comédiens et les comédiennes, et donc n'hésitez pas à aller vous renseigner sur leur site internet, sur tous les accompagnements qu'ils vous proposent, et en tout cas, toi Nathalie, ça t'a réussi cet accompagnement d'Odiens.
- Speaker #0
Tout à fait, parce qu'ils n'ont pas que le côté formation et retour au travail, c'est qu'ils font aussi, ils ont tout un service solidaire aussi. C'est-à-dire que, par exemple, moi, j'ai rencontré une comédienne, une danseuse qui ne pouvait plus du tout, du tout, du tout faire de la danse. Donc, à partir de là, mariée, deux enfants, tout refaire, c'était compliqué de tout se reconstruire. Bien sûr. Et donc, elle a eu une aide médicale, elle a eu des aides pour avoir un accompagnement par rapport à son accident, et solidaire, et financier. Ils aident vraiment. C'est très, très large. Donc, allez-y, renseignez-vous, parce que puis ils sont à l'écoute. Et donc, c'est ce que j'ai eu, cette écoute-là.
- Speaker #1
En tout cas, ça me touche beaucoup, je veux le dire à nos auditeurs et nos auditrices, ça me touche beaucoup ton témoignage, parce que là, on ne parle que de ce qui fait mal et les gens ne te connaissent pas. Et moi, je te connais, tu es une super comédienne et de sentir que ton doute est allé jusque-là, que tu es tombée jusque-là. Bon, moi, évidemment, ça me touche et c'est aussi une des raisons pour lesquelles je voulais que les gens l'entendent. Mais c'est aussi vous dire qu'il peut y avoir un énorme gouffre entre vos compétences réelles et comment vous vous percevez ou comment vous vous laissez toucher par la perception que certaines personnes vont avoir de vous à un moment T. Je rappelle que ce métier est un métier où la subjectivité est énorme, la part de subjectivité est énorme, et qu'on est très dépendant souvent du regard de l'autre. Et ça met des années à solidifier en soi. l'estime qu'on peut avoir pour ses compétences, pour toi, et de se dire, de mettre des limites, comme tu disais, en disant « Allez, stop là, je vais arrêter là » . Et dans ce que tu racontes, en plus, ça a duré quoi ? Six semaines, ton histoire d'enfer ? Oui.
- Speaker #0
Six semaines. En six semaines, elle détruit.
- Speaker #1
En six semaines, on peut te détruire pour des années. Et c'est ça que je veux dire aussi aux auditeurs et aux auditrices, c'est que, évidemment, ça a réveillé d'autres blessures chez toi, mais c'est souvent le cas. Mais c'est l'idée de dire, vous voyez, ce métier, Il peut être fragilisant jusqu'à ce point-là, d'où la nécessité, et ce que tu racontes très bien, d'être entouré, d'avoir des repères, des personnes saines, et puis surtout, de faire un travail de consolidation, d'amour de soi.
- Speaker #0
C'est ça. Et audience, dans cet accompagnement, je ne sais pas s'ils sont toujours avec eux, mais ils étaient avec Pacte Conseil, je ne sais pas s'ils sont toujours eux. Et donc, ça, c'était déjà le premier tremplin, le premier... trampoline qui t'a aidé à rebondir ouais je la voyais pas mais là elle rebondit c'est bon elle peut monter je rebondis parce que je suis sur un ballon c'est très bien chef ballon c'est très bien très bien et donc et c'était chouette parce que du coup on se retrouvait des gens de l'audiovisuel du journalisme et on s'aperçoit que plus ou moins on a des parcours Quand il y a des blessures comme ça, on vit les mêmes choses. Et ça m'a élargie aussi sur l'idée que... Non, pas l'idée, la vision, qu'enfin, c'est dans tous les métiers. Parce qu'il y a même des gens dans boîtes de prod qui... Mais dans des souffrances pas possibles.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Ah ouais, mais que ce soit des petites prods ou des grandes, c'était énorme. Ou dans le monde du cinéma aussi. Alors là, c'était énorme. Bien sûr. Les gens qui... Et puis voilà, donc bon... j'ai rebondi je suis revenue on dit allez hop je reprends la pêche petit à petit et c'est eux qui m'ont mis la graine de l'accompagnement sur la prise de parole avec avec les outils de l'acteur parce que moi je voulais complètement arrêter je lui ai dit moi je veux tout arrêter faites moi votre bilan de compétences plus plus plus et même si je dois aller ramasser des fraises j'y vais voilà et puis du coup bah il s'est dit non t'enlèves ça Nathalie tu vas être bancale Donc, c'est eux qui m'ont mis ça petit à petit. Donc, ça a été tout un... Parce que moi, je dis, oulala, mais qu'est-ce que je peux transmettre ? Donc, voilà. Parce qu'on se fait...
- Speaker #1
Tu t'es doutée de ça même aussi. Tu t'es doutée de ce que tu fais.
- Speaker #0
Alors, ça aussi. Parce que... Combien de fois je l'ai entendu quand je suis revenue ? Vous avez mis un pied dans le national ? Ben non. Vous avez fait du national ? Vous connaissez des gens dans le national ? Ben non. Vous avez travaillé avec tel metteur en scène ? Vous avez fait... Ben non. Je suis... Non. Je fais partie des gens, de tous les comédiens qui ont un parcours hors national et dans le privé et pas forcément dans des structures connues et reconnues.
- Speaker #1
Et ça, tu as senti que c'était… Tu as eu du jugement autour de toi. Oui.
- Speaker #0
Ça, c'était quand je suis… Surtout quand je suis revenue à Paris, c'était compliqué. Mais bon, après, je me dis, là, je me fais confiance, j'y vais. Et puis, ce n'est pas grave. Au bout d'un moment… Moi, je n'ai jamais cherché à… Je faisais confiance, des fois, aux rencontres qui vous amènent peut-être en haut de l'échelle, mais ça ne veut rien dire. Ça ne voulait rien dire, ce n'était pas mon objectif. Donc, ça, c'était compliqué. Du coup, confiance de qui je suis, est-ce que je suis capable de transmettre quelque chose ? Parce qu'on te demande des diplômes aussi maintenant, pour donner des cours. Même pour faire des cours dans une association, on m'a demandé si j'avais le diplôme.
- Speaker #1
Oui, bien sûr, le diplôme d'État.
- Speaker #0
Je lui ai dit, désolée, je ne l'ai pas. Et puis voilà. Et puis, je lui ai dit, ce n'est pas pour moi de donner des cours. Et puis, il y a eu cette opportunité avec le Greta qui cherchait des comédiens pour travailler sur le retour à l'emploi et faire ce journée sur le travail de comédien, sur le langage du corps, de la voix, des émotions et essayer d'être authentique. Et donc aujourd'hui tu partages ton activité dans l'accompagnement et dans ta créativité dans ta création J'ai commencé à avoir un réseau et puis il y a eu le confinement donc là j'ai reperdu les réseaux parce que je commence à avoir du réseau aussi un petit peu dans la voix voilà et dans l'audiovisuel puisque du coup là j'appellerais je suis une bleue quand même mais j'ai commencé aussi en arrivant à Paris l'audiovisuel, le cinéma les courts métrages faire de l'image Merci.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
J'ai commencé dans l'image, qui me plaît énormément, puisque c'est complémentaire, de toute façon. À un moment, il y a un point qui est identique entre le jeu théâtral et le jeu cinéma. Bien sûr. Ça se divise. Mais il y a un point de rencontre intéressant entre les deux. Et moi, ça me plaît beaucoup aussi, ce travail. Et après, après le confinement, il y a eu quoi ? Après, je vous ai rencontrés, toi et Simon.
- Speaker #1
Ah oui, voilà. Donc après, tu es venue dans la formation.
- Speaker #0
J'étais beaucoup plus détendue. Et ce n'est pas grave parce qu'il y a le RSA. Il ne faut pas en avoir peur quand on perd l'intermittence.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
N'ayez pas peur de ça parce qu'on peut rebondir quand même. Et moi, ça m'a libérée de la chasse au cachet. D'accord. J'ai trouvé cette liberté-là. Après, on bosse. Après, j'ai fait l'accompagnement et tout. Donc, d'être indépendante, ça ne m'a pas fait peur.
- Speaker #1
Génial.
- Speaker #0
Oui. Et après, je vous ai rencontrées pour remettre… C'est clair. Maintenant, il faut que je remette en route mon parcours…
- Speaker #1
De comédienne. …
- Speaker #0
artistique. Voilà. Et je suis venue vous voir.
- Speaker #1
Génial. Nathalie, on va devoir arrêter l'entretien ici. En tout cas, je te remercie parce que c'était extraordinaire d'entendre ta parole. Je te remercie d'avoir remué des souvenirs douloureux. En tout cas, j'espère et j'en suis sûre que tu vas aider de nombreux auditeurs et auditrices à comprendre ce qui leur arrive, à mettre des mots sur ce qui leur arrive. Et ce que je retiens aussi de notre édition, c'est que... Ah, tu ne m'entends plus.
- Speaker #0
Alors, ça a coupé. Donc, je tiens à te remercier, Claire-Sophie, pour ce témoignage, parce que le témoignage n'est pas uniquement tout ce qu'on entend avec MeToo de la perversité sexuelle ou des attouchements. Le mental aussi est très important et on le vit au quotidien. Et ça commence aussi au niveau des écoles. Donc, soyez vigilants quand vous avez des jeunes. Et soyez vigilants aussi avec vous-mêmes parce que ce n'est pas que le mental touche beaucoup aussi. Ils font du mal aussi au niveau mental. Parce que ça a coupé un petit peu. Oui,
- Speaker #1
ça a coupé. Donc, je vais reprendre mon… Voilà, Nathalie, je voulais te remercier parce que ce que je retiens aussi de notre entretien, c'est ta joie de vivre, ton énergie et le fait que malgré toutes les épreuves que tu as vécues, la niaque et le plaisir, il est là et je le ressens, il est intact. Et voilà, je voulais dire ça aussi pour tous les comédiens et les comédiennes qui nous écoutent. C'est une vie de vagues. Donc, c'est des vies où l'énergie monte, l'énergie descend. Et à la fin, ce qui va vous retenir souvent, c'est la flamme, la flamme intérieure, bien sûr, et d'être bien entourée. C'est ça.
- Speaker #0
Son trésor. Garder son trésor intact.
- Speaker #1
Exactement. Je te embrasse, Nathalie.
- Speaker #0
Merci à tous. Merci beaucoup, Claire-Sophie. À bientôt.
- Speaker #1
À bientôt.