- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans le podcast Virage Pharma. Dans ce podcast, je vous propose des conversations authentiques avec des professionnels au parcours aussi varié qu'inspirant. On y parle de vie pro bien sûr, mais aussi de choix de carrière, de doutes, de rebonds. et de ce fameux équilibre avec la vie perso. Que vous soyez lycéen, étudiant, professionnel ou simplement curieux du monde pharmaceutique, ce podcast est fait pour vous. Merci d'être là et très bonne écoute. Aujourd'hui, je reçois le professeur Vincent Lisowski. Bonjour, monsieur Lisowski. Bonjour,
- Speaker #1
Émilie.
- Speaker #0
Vous êtes actuellement doyen de la faculté de pharmacie de Montpellier et président de la conférence nationale des doyens de pharmacie. Tout d'abord, merci d'avoir accepté de participer à ce premier podcast. On va commencer par une première question. Est-ce que pour ceux qui nous écoutent et qui ne vous connaissent pas, est-ce que vous pouvez vous présenter et présenter votre parcours depuis les bancs de la fac jusqu'à devenir doyen ?
- Speaker #1
Oui, avec plaisir. Merci Émilie pour cette invitation. Toujours très heureux de participer à la promotion de la pharmacie de façon générale et au travers de ce podcast. Vincent Lidovski a été étudiant en pharmacie, comme tout pharmacien, sur les bancs de la faculté. de Caen en Basse Normandie et donc j'ai un parcours relativement classique au début de mes études avec au moment du choix de filière une appétence pour faire des stages plutôt dans le domaine de la recherche. Je n'avais pas d'appétence pour de discipline, j'aimais bien tout ce qui se passait en pharmacie et puis il s'avère qu'à Caen on a un gros laboratoire de chimie et donc j'ai été aspiré, happé par ce laboratoire de chimie et les rencontres humaines faites au travers de ce stage d'initiation m'ont... Mon effet, adopter une trajectoire vers la chimie et donc à l'issue de ma filière plutôt industrie à l'époque et après avoir validé l'équivalent d'une maîtrise, j'ai fait à l'époque ce qui s'appelait un DEA et pas un Master 2, donc de chimie organique appliquée à la thérapeutique et embrayée avec un doctorat de troisième cycle dans ce même laboratoire. Et ensuite j'ai réalisé deux années en tant qu'attaché temporaire d'enseignement et de recherche pour goûter à l'enseignement en même temps que la recherche. me faire une idée définitive de mon appétence à vouloir être enseignant-chercheur, ce qui a été le cas. Et donc j'ai postulé sur un concours national, sur plusieurs postes, et Montpellier a bien voulu de moi. Donc je suis arrivé à Montpellier en 2003, je suis arrivé en maître de conférence, et depuis j'ai évolué comme professeur, et ils ont bien voulu accepter un étranger au poste de doyen.
- Speaker #0
Ok, merci pour votre réponse. Justement, en tant que doyen, On se pose souvent la question quand on est étudiant du rôle d'un doyen d'une fac. Du coup, à travers cette question, je voulais voir avec vous quelles sont vos missions au quotidien et peut-être les projets majeurs que vous menez ou que vous aimeriez mener en tant que doyen.
- Speaker #1
Question très vaste. Un doyen, c'est en même temps un enseignant-chercheur. Donc quand on est doyen, on n'a pas forcément... On n'arrête pas forcément son métier d'enseignant-chercheur, donc il s'agit de continuer à faire un petit peu d'enseignement, souvent un petit peu moins qu'un enseignant-chercheur lambda, essayer de continuer de faire de la recherche, même si c'est difficile de continuer, en tout cas au sein d'une équipe c'est plus facile. Et puis la fonction de doyen, c'est énormément de missions. Alors pour ce qui me concerne à Montpellier, c'est gérer un campus avec 165 enseignants-chercheurs, 300 personnels administratifs, qu'on appelle les personnels BIAT, des agents techniques, des agents logistiques. C'est un campus avec des dizaines de milliers de mètres carrés à gérer aussi. Donc on est responsable d'un campus, des personnes qui sont dans ce campus. Donc c'est mener la politique, plus concrètement la politique d'emploi, pour faire face aux besoins en recherche, mais également en pédagogie, suite au départ à la retraite, ou création de postes, pour s'adapter aux nouvelles compétences nécessaires pour les pharmaciens. Je tiens à préciser qu'on ne fait pas que former des pharmaciens dans les facultés de pharmacie. Ici à Montpellier, on a 26 formations en tout autour de la pharmacie, toutes centrées sur la santé, allant du dust de préparateur jusqu'au master 2 dans le domaine de la santé, sciences du médicament, ingénierie de la santé et plein d'autres. Un doyen, ça, oui, on va dire que ça pilote et c'est un super organisateur. Donc c'est un peu comme au Club Med, on essaye. de conduire une politique globale sur le niveau pédagogique, surtout d'emmener la communauté, les collègues, pour leur donner envie d'améliorer les formations en permanence, de maintenir la qualité et de contribuer surtout à une formation de qualité, et en particulier des étudiants en pharmacie d'aujourd'hui et de demain.
- Speaker #0
Très bonne réponse. C'est vrai qu'on ne connaît pas vraiment les missions. Et c'est vrai qu'en étant étudiant, on se demande souvent. Vous servez,
- Speaker #1
je sais bien.
- Speaker #0
Non, pas quoi vous servez, mais c'est vrai que ça fait beaucoup entre la fac, les missions, etc.
- Speaker #1
Ça fait beaucoup et je ne vous ai pas dit que j'étais hospitalier maintenant. Donc, il faut concilier aussi la balance hospitalière qui est importante aussi.
- Speaker #0
Les plannings doivent être chargés.
- Speaker #1
On ne s'ennuie pas.
- Speaker #0
Du coup, je rebondis un petit peu dans ce que vous disiez dans votre présentation. Vous êtes rentrée en pharma par le biais de la PCEM1.
- Speaker #1
C'était l'équivalent d'un concours isolé de pharmacie.
- Speaker #0
Et par la suite, il y a eu de nombreuses réformes qui se sont succédées. Il y a eu la PACES en 2010 et plus récemment, en 2020, la suppression du numerus claudus. Et on a eu l'introduction de la réforme. Paslas, du coup je voulais avoir un petit peu votre avis et qu'est-ce que vous pensez de cette réforme et de son impact sur la filière pharmacie ?
- Speaker #1
Là je suis désolé mais je suis obligé d'aller au-delà de ma fonction de doyen puisque je suis aussi président de la conférence des doyens de pharmacie à l'échelle nationale et c'est un sujet que nous portons et que je porte au titre de la conférence depuis quelques années. Effectivement les études de pharmacie et les étudiants en pharmacie qui veulent, ou plutôt les néobacheliers qui veulent faire pharmacie, alors certes ils ne sont pas forcément très nombreux, ils ne sont pas légion, puisqu'on connaît mal les métiers de la pharmacie. C'est un des enjeux aujourd'hui, c'est de faire connaître aux lycéens et voire même aux collégiens, mais c'est un peu trop, ces métiers de la pharmacie et leur faire comprendre qu'il n'y a pas que la Croix-Verte en ville mais qu'il y a au moins 70 métiers à côté de cette Croix-Verte, divers et variés, qui peuvent correspondre à n'importe quel caractère. Et donc cette réforme de... PASSES en 2010, elle a contribué, vous le savez, à intégrer pharmacie avec les autres disciplines, on va dire médicales, que sont la médecine, l'odonto et la maïotique, pour faire un concours commun. Et donc, on est tombé dans une NAS, je le dis comme ça, qui n'a pas été un problème tout de suite, puisque les étudiants ont été avantagés à cet endroit-là, c'est-à-dire qu'on a rajouté cette filière pharmacie en plus de toutes les autres, qui est quand même, malgré tout, depuis cette instauration, vue comme la filière un peu de second choix lorsqu'on a échoué à médecine. Ce n'est pas une généralité, mais il y a une forme de vérité là-dessus. La réforme PASSE-LASSE qui est arrivée en 2019-2020, elle a le même principe, une année commune d'entrée. Actuellement, on appelle ça concours, mais examen classant, mais c'est toujours sur des résultats académiques très exigeants, d'une première année ou de PASSE ou d'une première année de licence, une LASSE-1, ceci étant... Cette réforme a permis une chose très positive pour les étudiants, c'est que l'étudiant est dans une marche en avant dans ses études supérieures, puisqu'il n'y a pas la possibilité de redoubler une année universitaire. S'il n'a pas la possibilité de rentrer lors de la première année en santé, il peut continuer en licence et faire sa deuxième candidature. On est plutôt dans une marche en avant qu'on n'avait pas en passé, ce qui pouvait être redoublé. Et à l'issue de ces deux années, il n'y a rien à voir. Donc ça, c'est une force. Il y avait beaucoup d'autres objectifs comme la diversité géographique et sociale des étudiants qui est à ce stade, c'est pas moi qui le dit, c'est le rapport de la Cour des comptes, c'est un échec. Et l'échec majeur pour la pharmacie, en tout cas que nous revendiquons en tant que conférence des doyens, c'est quelque chose qui s'est aggravé avec la PASLAS par rapport à la PASSE, c'est-à-dire qu'on a toujours une hiérarchisation des études de santé, avec toujours un fantasme vis-à-vis des études de médecine pour beaucoup d'étudiants. Ce n'est pas une critique, c'est juste qu'effectivement, on a beaucoup d'étudiants qui sont attirés par les métiers de la médecine, et puis un petit peu moins, mais quand même beaucoup par l'odontologie. Et donc la pharmacie se retrouve toujours comme là, alors il n'y a que quatre roues au carrosse, mais comme le quatrième roue du carrosse, et avec quand même une problématique d'une majorité d'étudiants qui sont dans nos promotions de deuxième année, qui n'ont pas choisi pharmacie en première intention. Beaucoup d'entre eux, heureusement, se projettent, arrivent à se projeter au bout de quelques temps dans nos études dans les métiers du pharmacien, mais... On a beaucoup de difficultés pour un certain nombre à les faire se maintenir dans une projection et ils ne se sentent pas très bien dans leurs études, pour certains d'entre eux, avec des demandes de passerelles, des demandes de partir à l'étranger pour faire par exemple médecine dans l'espace européen. Et donc ça, ça a été aggravé par le PASLAS. D'ailleurs, nous allons avoir des rendez-vous avec le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche très prochainement pour parler de l'évolution de cette réforme PASLAS. Très sincèrement, en pharmacie, nous militons pour essayer de trouver une voie de passage, pour essayer d'avoir une voie d'entrée, pas spécifique de pharmacie, mais qui, à côté du prochain système, permettrait d'avoir une particularité pharmacie pour faire rentrer sur Parcoursup et uniquement dans une première année, deux types pharmacie, des jeunes qui veulent faire pharmacie et qui savent qu'ils veulent faire pharmacie.
- Speaker #0
des lycéens qui veulent faire pharmacie dès leur premier choix.
- Speaker #1
Oui, il y en a. Alors, ils ne sont pas sûrement très nombreux, mais en gardant un système où on a la possibilité de préparer toutes les filières, comme c'est le cas actuellement, mais en rajoutant une case où pharmacie pourrait recruter une partie de leur future promotion de deuxième année via un vœu parcours sub qui s'appellerait pharmacie et pas MMOP. On essaie la possibilité à ces jeunes-là de témoigner de leur engagement et de leur volonté de faire pharmacie et que pharmacie. Et l'idée n'est pas de les sélectionner derrière, c'est si vous validez cette première année, mais welcome, vous êtes en deuxième année de pharmacie et il n'y a pas cette usine à gaz de classement et de compétition.
- Speaker #0
Voilà, donc il n'y aurait pas de concours a priori pour une filière unique pharmacie, ça serait plus des notes ? Oui,
- Speaker #1
tout à fait. C'est une expérimentation que nous demandons, qui n'existe pas. Pour être tout à fait sincère, aujourd'hui, on est soutenu par toute la branche professionnelle de la pharmacie. Beaucoup de présidents d'universités nous soutiennent dans cette démarche-là également. Après, à ce stade-là, le ministère n'a pas ouvert de discussion pour la possibilité de cette expérimentation-là, mais nous espérons pouvoir l'obtenir.
- Speaker #0
Du coup, ces réponses un petit peu à ces questions vont potentiellement aboutir peut-être à des modifications d'enseignement, le pharmacie à la fac. On sait que différents facteurs, notamment la crise Covid, On fait évoluer beaucoup les missions du pharmacien, que ce soit à l'officine avec la vaccination, le dépistage, et même à l'hôpital avec des consultations pharmaceutiques dédiées pour les patients de thérapie orale, par exemple chez les patients atteints de cancer. Du coup, ma question est la suivante. Est-ce que, selon vous, si l'évolution fait qu'il y ait une filière unique pharmacie, est-ce que, selon vous, la formation, les cours donnés à la fac vont suivre ? cette évolution ou ça va être les mêmes cours qui sont donnés actuellement dans la filière un petit peu commune ?
- Speaker #1
Pour répondre à la question, juste dire que si l'expérimentation que j'ai cité précédemment d'une première année, c'est pas en première année qu'on forme aux compétences professionnelles de demain donc c'est pas à cet endroit là qu'il y aura des modifications majeures sur les deux premières années où la première année on est quand même surtout en train de de travailler surtout avec le découplage qui existe actuellement entre le niveau à la sortie du lycée et l'entrée dans l'enseignement supérieur. On est quand même là pour tester, remettre à niveau éventuellement dans les disciplines fondamentales scientifiques de façon générale, même s'il n'y a pas que ça. Ceci dit, la mise à jour de la formation, elle a déjà eu lieu. Tu évoques les nouvelles missions notamment, qui ne sont plus vraiment des nouvelles missions. D'ailleurs maintenant, en officine, c'est là où quand même ça a beaucoup plus évolué, un peu en pharmacie hospitalière notamment. Qu'est-ce que je pourrais dire ? Juste dire qu'en fait... Ça a créé un appel d'air, ces nouvelles missions, et notamment sur l'officine. Juste parce qu'on a réalisé une enquête nationale très récemment sur les 24 facultés de pharmacie de France. Ce à quoi on assiste depuis 2021, de façon très nette, c'est un regain du nombre d'étudiants qui préparent la filière officine. Et qui se fait plutôt actuellement au détriment de la filière industrie. La filière interna qui conduit donc à la pharmacie hospitalière ou la biologie médicale, elle, est plutôt stable. avec un nombre d'étudiants qui est toujours à peu près le même, même s'il a une tendance à la baisse. Donc, tout ça pour dire qu'on est en train de faire évoluer les maquettes, on est en train surtout de basculer dans une approche compétence, surtout sur la partie filière pour le moment, mais on va ensuite redescendre. Je terminerai juste dans cette réponse-là par dire qu'à l'échelle nationale, nous portons haut et fort une réforme du troisième cycle actuellement. Vous devez voir le jour en septembre 2025, il y a encore quelques petits... problèmes techniques et réglementaires sur le statut étudiant qui ne permettront peut-être pas de le faire en 25, mais à coup sûr en 26. Et cette réforme, elle emporte la création de diplômes d'études spécialisées cours d'un an pour l'officine et l'industrie. Et dans l'officine, il y a vraiment une approche très, très forte de compétences qui inclut toutes ces nouvelles missions, ce qui va un peu bouleverser l'organisation de cette sixième année officine et parécocher la quatrième et cinquième année de la filière officine aussi.
- Speaker #0
Oui, la FNIC-PBM nous a envoyé justement un... un petit courrier pour nous demander notre avis sur cette réforme du troisième cycle. C'est en cours en tout cas. Super, merci beaucoup. Une autre question, on entend beaucoup parler d'intelligence artificielle, un petit peu en ce moment et puis depuis un petit moment d'ailleurs. On dit souvent qu'elle va remplacer certaines professions. Je parle des radiologues par exemple qui se battent là-dessus. Je voulais avoir votre avis sur sa place aujourd'hui dans la formation et la pratique pharmaceutique que vous pouvez connaître, que vous connaissez à la fac. Est-ce que ça impacte la pharmacie selon vous ?
- Speaker #1
L'intelligence artificielle, ça impacte toute la société en fait. Avant de parler du monde professionnel, je me permets de dire que ça impacte surtout aussi le rapport au travail des étudiants. Et le rapport à leur travail des enseignants-chercheurs. Je ne vais pas parler de la recherche, mais clairement l'intelligence artificielle permet d'aller plus vite à certains endroits, mais sans embarquer le fait qu'il faut toujours de l'intelligence humaine à côté de l'intelligence artificielle. En revanche, ceux à qui on assiste, et ce sont de nombreuses discussions que nous avons... Nous avons un séminaire spécifique sur ce sujet-là la semaine prochaine, donc début juillet 2025, avec la conférence des doyens sur la thématique de la place de l'IA générative, des IA génératives, dans les pratiques des professionnels enseignants-chercheurs, mais surtout la pratique des étudiants. Et les études qu'on a faites sont assez effarantes, puisqu'on assiste même au fait que les jeunes font de l'IA générative dans leurs pratiques quotidiennes, lorsqu'ils doivent générer des documents, des rapports, des thèses. des PowerPoints. Clairement, c'est un usage quasi automatique pour une grande majorité d'entre eux. C'est aussi devenu, j'en parlais à quelqu'un, un Québécois pas plus tard qu'aujourd'hui, c'est devenu même un interlocuteur, cette IA, pour ces jeunes-là, pour se poser des questions existentielles et avoir des conseils de cette IA qui sont donnés à la personne dans sa vie personnelle, dans ses choix à faire, etc. Donc, ça, c'est une petite dérive de mon point de vue. Aujourd'hui, l'IA, elle impacte la formation. On est dans un bouleversement des pratiques pédagogiques. Ça va bouleverser les pratiques pédagogiques. Il n'est pas faux de dire que l'université n'est pas un monde dans lequel on a beaucoup d'agilité. Le mouvement d'évolution des formats d'enseignement va à petits pas, mais clairement, on se dirige vers une évolution majeure des pratiques pédagogiques. Ça a déjà commencé avec des approches par projet, plutôt que des cours magistraux, des TD, des travaux pratiques. Il y a beaucoup de contrôle continu qui s'instaure, etc. Donc l'IA, elle bouleverse. Sincèrement, aujourd'hui, ça doit être un facilitateur. Au plan professionnel et sur le plan de la formation, notre conférence est en train de réfléchir à rédiger une charte autour de l'IA génératif et des bonnes pratiques pour les enseignants-chercheurs, mais également pour les étudiants. Et dans la vie professionnelle, moi, je ne pratique pas l'IA dans mon activité hospitalo-universitaire, mais je sais qu'elle se déploie et que... Typiquement en pharmacie clinique, nous sommes en train d'essayer à l'échelle de Montpellier, je peux parler de ce que je connais à l'échelle locale, de développer des postes d'assistance hospitalo-universitaire spécialistes en pharmacie clinique avec l'IA, pour essayer de développer des outils de pharmacie hospitalière qui permettent d'améliorer les processus de dispensation, de validation d'ordonnances surtout, puisqu'il y a une volumétrie très importante d'ordonnances à valider, c'est une problématique souvent dans les PUIs. On peut réfléchir avec l'IA et essayer de faire en sorte qu'on puisse faire confiance à une IA pour valider des ordonnances qu'on estime être pas les plus compliquées et complexes et se faire un focus plus particulier sur celles qui sont complexes. Et puis du côté de la formation, nos collègues de médecine ont développé localement ce qu'on appelle un logiciel qui s'appelle DocSimulator, qui est en fait une IA générative sous la forme d'un chat box qui, à travers des cas cliniques, permet d'entraîner les étudiants et à les faire se projeter dans un cas clinique, en ayant la simulation d'être face à un patient qui interagit avec le professionnel et savoir adapter sa posture. Donc il y a plein de choses, je pense qu'il faut le voir de façon très positive, mais il ne faut pas que ça devienne une béquille qui nous empêche de réfléchir. Et c'est un petit peu la problématique, je pense, sur la nouvelle génération, qui est la Gen Z, la fameuse Gen Z, qui est ultra consommateur des écrans et de ce type de technologies. et qu'on va avoir du mal à emmener vers ce que nous on a connu, puisque eux ne l'ont pas connu. Donc toutes ces études montrent qu'il va falloir s'adapter à eux, et pas le contraire, contrairement à ce qu'on pense. Donc il va falloir faire avec eux, mais par contre leur instaurer des principes de bon usage de cette IA générative. Et cette IA, à l'échelle industrielle, pour discuter avec des grands laboratoires pharmaceutiques, elle est en train de bouleverser, notamment les questions de R&D en médicaments, en galénique, etc. en rédaction de dossiers d'AMM, c'est en train de tout bouleverser. Mais ça ne va pas remplacer l'humain, c'est juste qu'il va falloir que l'humain trouve sa place aux endroits où l'IA va travailler pour toujours avoir ce contrôle de ce qu'est en capacité de produire l'IA.
- Speaker #0
Garder le contrôle et pas que ça soit l'inverse.
- Speaker #1
Oui, être capable d'avoir un esprit critique sur ce que produit l'IA, parce qu'en radiologie, pour en avoir discuté, c'est très déployé, ça fonctionne plutôt très bien, mais... Il y a quand même un petit pourcentage d'erreur de l'IA qui fait qu'il doit y avoir quand même le contrôle du radiologue derrière.
- Speaker #0
Tout à fait. Écoutez, on va arriver sur les trois dernières questions. Un peu plus au vu des réponses précédentes, on peut voir que vous avez un emploi du temps assez chargé. Je voulais voir avec vous comment vous arriviez à concilier un peu cette vie professionnelle très remplie avec votre vie aussi à côté. Est-ce que vous arrivez à faire du sport ? est-ce que vous arrivez à déconnecter un petit peu avec tout ça ou c'est vraiment Beaucoup, beaucoup de travail et pas de place pour les activités autour.
- Speaker #1
Alors, heureusement que vous posez la question à moi et pas à ma femme, parce qu'elle, elle aurait une réponse assez tranchée.
- Speaker #0
C'est vrai que les jeunes se posent souvent ces questions, d'où cette question. C'est vrai que le travail prend une part assez importante dans ces études de santé, que ce soit médecine, pharma, dentaire, etc.
- Speaker #1
Les problématiques aujourd'hui d'attractivité des métiers de la santé ou de certains territoires sont aussi reliées au fait qu'on a des jeunes, comme toi Émilie notamment, qui au regard de la société qu'on leur propose aussi, sont en droit de dire « nous on ne veut pas s'investir à 3000% comme vous le faisiez peut-être vous dans votre métier, on veut avoir un équilibre entre notre vie perso et professionnelle, tout en gardant la possibilité de bien gagner notre vie si c'est possible » . Et donc, ça modifie... En fait... au niveau de la santé en tout cas, et pas que, mais l'organisation générale du système de la santé. Et ça bouscule ça. Et encore une fois, je reviens à ce que j'ai dit, la Gen Z nous bouscule et bouscule le système de santé. Et lorsqu'on fait des prospectives démographiques, il ne faut pas qu'on se trompe, parce qu'on sait qu'il nous faut au moins deux futurs professionnels de santé pour en placer un ancien professionnel de santé en termes de volume horaire de travail. Je n'essaie pas de détourner la question. Oui, j'ai pris quelques kilos en étant doué. Ah oui, Émilie. Mais ? Je fais encore du sport. J'en faisais... énormément avant d'être doyen, j'en fais beaucoup moins, mais je sais pas, j'essaie de continuer de faire de la course à pied parce que c'est simple, c'est sur du temps masqué, c'est rapide, pas mal de tennis encore un petit peu, et puis quand je peux du VTT.
- Speaker #0
Le sport ça peut permettre d'être un bon équilibre aussi avec cette charge de travail, ça permet de se vider un petit peu la tête.
- Speaker #1
Oui, et puis dans le même registre. Ce n'est pas parce qu'on a des emplois du temps très importants. C'est sûr que l'amplitude horaire est importante dans la journée, mais il n'en reste pas moins qu'on a des week-ends, parfois raccourcis, certes, mais on a quand même encore des week-ends et puis on a des vacances, comme tout le monde. La vie est belle.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
bien sûr. C'est des fonctions vers lesquelles on s'est tournés, on ne nous a pas nommés. C'est une élection, donc on ne peut pas se plaindre de ce travail-là.
- Speaker #0
Tout à fait. Merci pour votre réponse. Du coup, là, c'est une question qui en amène deux autres. c'est c'est Si c'était à refaire, est-ce que vous referiez le même parcours ? Qu'est-ce qui vous rend le plus fier aujourd'hui ? Et quel est votre plus grand regret s'il y en a un ?
- Speaker #1
Moi, si on m'avait dit le lendemain de mon résultat de bac que je serais pharmacien, PUPH au CHU de Montpellier et doyen de la faculté de pharmacie de Montpellier, j'aurais dit mais vous êtes complètement fou. J'étais un étudiant, moi, très timide, j'ai toujours été très très timide et je crois que je suis en train de faire une thérapie en fait depuis 25 ans. Après, là non je regrette pas, j'ai fait pharmacie sur un coup de tête. Je l'ai pas dit tout à l'heure mais j'étais pas du tout programmé pour faire pharmacie.
- Speaker #0
Vous deviez faire quoi de base ?
- Speaker #1
En fait, j'étais programmé pour aller et pris dans une école d'ingénieurs à Lyon qui s'appelle l'INSA pour être ingénieur. Sur un coup de fil avec un copain le lendemain du résultat du bac, il me dit « Oh moi je vais faire pharma » . Bon moi j'habitais en Normandie, il fallait que j'aille à Lyon, je pense que j'étais pas encore prêt à... j'étais pas encore sevré de ma mère probablement. Et donc finalement en raccrochant, je lui dis « Oh ça a l'air sympa quand même pharma » . Et je suis allé voir mes parents, j'ai dit « Je crois que je vais faire pharma » . Et là j'ai eu des regards qui m'ont fusillé. Et je suis allé en pharma, j'ai eu mon concours et ça s'est très bien passé. Donc non je ne regrette pas, je crois que j'aurais... aimer faire des études de kiné. C'est juste ce que je dirais là, parce que c'est vraiment quelque chose que j'ai en tête. Il s'avère que j'ai un enfant qui est en train de faire ces études-là, donc par procuration peut-être. Après, la chose dont je suis le plus fier, j'ai fait une réponse bateau en vous parlant de mes enfants, déjà.
- Speaker #0
C'est ce que j'allais dire, ça peut être tout.
- Speaker #1
Fier de mes trois enfants, de façon certaine. Après, à titre personnel, je n'ai pas de fierté particulière, mais bon, oui, assez fier de mon parcours, puisque je n'étais pas attendu. Mais si je n'ai qu'un message à passer aux jeunes, qui ont toujours l'impression quand ils arrivent qu'ils ont une trajectoire et qu'il faut qu'ils ciblent cette trajectoire-là, que ça ne va pas bouger, c'est que ne faites pas ça. La vie, elle est faite de rencontres. Elle est faite de rencontres au travers des stages que vous allez faire essentiellement. Je nous compare à une balle de flipper au départ. C'est oui, on est parti dans ce chemin-là, mais à un moment donné, la rencontre humaine va faire que finalement, vous allez vous changer de trajectoire et jusqu'à vous stabiliser. Mais ne cherchez pas à vous stabiliser dès les trois ou quatre premières années de vos études. Je vous engage à faire des rencontres, des rencontres humaines et pas derrière des écrans. Je trouve que ça a beaucoup d'importance dans... dans ses choix de vie et de carrière. Voilà, après, la dernière question, c'était si j'avais un regret. Un regret ? Je n'ai pas de regret particulier, si ce n'est qu'Émilie Berton est partie de Montpellier depuis qu'elle a fait son internat. Le regret du côté professionnel, mais qui n'est pas perso, c'est que la pharmacie, on l'a évoqué tout à l'heure, je suis un fervent défenseur de la pharmacie en tant que pharmacien, je ne suis pas le seul heureusement, mais je trouve qu'elle est un petit peu délaissée au travers des discussions nationales. Tout est emporté par d'autres filières de santé sans que ce soit un reproche, parce qu'il y a des enjeux majeurs aussi pour les autres filières, mais je trouve qu'on pâtit un petit peu du système actuel et que la pharmacie mérite d'être mieux connue, c'est difficile, mais d'être mieux connue par les jeunes, parce que, je le redis une dernière fois, peut-être pour conclure, on a plus de 70 métiers de pharmaciens, officines, dans l'industrie on en a plus de 50, de la création du médicament jusqu'à sa mise sur le marché, on a la pharmacie hospitalière, Émilie, que vous connaissez bien,
- Speaker #0
beaucoup, beaucoup de filières,
- Speaker #1
Donc, beaucoup de métiers, il y en a au moins 10 ou 12, les gens qui vivent dans la pharmacie spéciale. La biologie médicale, il y a autant de disciplines que de types de postes. Et puis, il y a la filière recherche. Donc, vraiment, c'est un métier incroyable, mais connu, comme le dit la récente campagne de publicité de notre ordre des pharmaciens. Et je crois qu'elle mérite d'être mise en avant et d'être connue des jeunes, parce que tout le monde a sa place et il y a du travail pour tout. tout le monde puisqu'on manque de pharmaciens à tous les étages de la pharmacie. Donc faites pharmacie, vous aurez un travail, vous aurez globalement, normalement, un bon salaire. C'est quand même ce qu'on cherche un petit peu dans la vie.
- Speaker #0
Puis c'est un métier assez, comme vous disiez, enrichissant parce que même nous, on est en contact avec les pharmaciens d'officine. Enfin, il y a n'importe quelle filière, en fait, tout le monde est en lien. Donc c'est ça qui fait la richesse aussi du métier parce qu'on apprend un petit peu, même si on n'est pas en officine, on est en contact avec eux en permanence pour le suivi des patients. Tout à fait. Donc voilà, vous avez répondu à ma dernière question qui était « Que diriez-vous à un jeune qui hésite à se lancer dans les études de pharmacie ? » Donc je pense que là, ils ont compris. Merci beaucoup encore d'avoir participé et d'accepter de participer à ce premier podcast.
- Speaker #1
Merci à toi, Émilie, de l'invitation. Et puis j'espère qu'il y en aura plein d'autres.
- Speaker #0
On va essayer de contacter les prochains. Du coup, pour conclure, on espère qu'on vous aura appris davantage sur la filière pharmacie. Pour ma part, je vous donne rendez-vous très vite pour un deuxième épisode. En attendant, prenez soin de vous et des autres. Salut !