- Speaker #0
Au bout de six mois, j'ai compris que les musées à Londres étaient gratuits. Donc il m'a fallu six mois pour mettre les pieds dans un musée et le vendredi, au lieu d'aller hurler dans les parcs pour me défouler, j'allais dans les musées gratuitement. Première bonne surprise.
- Speaker #1
J'espère que vous allez toutes et tous bien. Je vous retrouve en ce mois d'août avec un nouvel épisode de Zero to One. J'ai toujours hyper hâte de publier mes épisodes, mais le fait est que pour cette saison 4, pour des raisons logistiques parce que j'avais un gros déménagement, j'ai fait du batch enregistrement en décembre. Depuis ? Je me suis installée à Los Angeles. Et donc, l'histoire de Léa est tombée à pic, car je m'apprêtais à vivre mon propre déménagement international. Une grande partie de ces ressentis ont fait écho. J'avais peur de tout, genre demander le code wifi dans un café au début, vouloir emménager hyper vite pour ne plus camper dans un appart vide, la montagne de trucs admin à régler avant de pouvoir profiter un peu de sa nouvelle vie. Et du coup, le récit de Léa est ultra riche. Elle nous partage son année zéro d'expatriation à Londres, en famille, après 17 années passées à Bruxelles. Dans cet épisode, on discute de la curiosité de tenter une expérience à l'international. Est-ce qu'on a vraiment le choix, même si on veut partir, du lieu d'expatriation ? Toutes les réflexions sur l'éducation des enfants si on bouge en famille. Que mettre dans 450 kilos de bagage pour avoir tous ces doudous, tous ces repères rassurants à l'arrivée en attendant ? le conteneur. Les six premiers mois, la tête dans le guidon, avec l'impression d'avoir peut-être fait une erreur en venant s'installer ici. Elle raconte aussi un petit craquage dans Hyde Park pour extérioriser toutes les choses intenses cumulées. Les challenges de se construire un cercle social, mais petit à petit, on découvre la ville, on profite de sa richesse culturelle, parce qu'on sait que tout ça, c'est temporaire. Les erreurs sont inévitables, on prend ça comme des apprentissages. Et puis, même si c'est un peu difficile parce qu'on est très occupé lors du départ, de prendre le temps de clôturer un chapitre, dire au revoir correctement, avant d'entamer une nouvelle histoire. La suite, dans la deuxième partie. Bonne écoute. Salut Léa. Salut Stéphanie. Comment ça va ? Ça va bien, merci. Je suis ravie. de t'avoir au micro de Zero to One. Avant de commencer, j'aime bien, comme je te disais en off, mettre un peu de contexte sur la manière dont on s'est rencontrés. Donc on s'est croisés deux fois, il me semble, et à chaque fois, c'était en rapport avec Femme Active Japon, je crois que ça s'appelle Faciliter l'ambition des femmes aujourd'hui. Et la dernière fois, c'est toi qui, quand je décrivais le concept de mon podcast, m'as dit, j'ai une idée de thématique d'année zéro, c'est l'année zéro après une expatriation. Et comme tu le sais, comme je ne l'ai peut-être pas dit officiellement dans le podcast, je quitte le Japon de manière évidente. Je me suis dit, ah tiens, je pense que ce serait intéressant d'avoir un retour d'expérience. Et donc, on s'est tapé dans la main en disant, OK, on se cale un enregistrement pour que tu nous racontes ton année zéro. Avant de commencer, est-ce que tu veux bien nous dire quelques mots sur qui tu es ? Pardon, je ne l'ai pas dit dans le brief, mais si tu veux juste. Ce n'est pas un entretien d'embauche, donc tu partages ce que tu veux sur toi. Si c'est que le prénom, c'est que le prénom, c'est très bien. Ce que tu veux.
- Speaker #0
Pas de soucis, donc je m'appelle Léa, je suis française, j'ai 47 ans et 3 enfants. A l'heure actuelle, nous habitons au Japon, c'est notre troisième expatriation. Mais avant tous ces voyages, on a commencé notre vie de famille en Belgique et notre première expatriation était à Londres, en Angleterre, où nous sommes restés deux ans et demi. Ensuite, nous sommes allés trois ans au Canada, à Toronto, et maintenant nous sommes au Japon depuis 18 mois. Et donc aujourd'hui, je compte te parler de mon année zéro en Angleterre.
- Speaker #1
Donc comme tu l'as très bien dit, on va parler de ta première expatriation en Angleterre.
- Speaker #0
Correct, à Londres.
- Speaker #1
À Londres. Mais avant ça, je voudrais qu'on parle de ta vie d'avant, ta vie en Belgique. Déjà, je trouve ça intéressant, mais bon, ce n'est pas le cœur du sujet, mais je trouve ça intéressant d'avoir décidé la Belgique comme point de chute avec ton mari pour vous installer et établir votre vie là-bas. Qu'est-ce que tu faisais ? C'était quoi ton quotidien ? C'était pour juste situer dans le temps vers quelle année c'était ? Comme ça, on pose les bases et ensuite, on déroule.
- Speaker #0
Très bien. Alors, j'aime bien l'expression point de chute parce qu'effectivement, on a atterri en Belgique un peu par accident, mais on y est quand même resté 17 ans. Donc, moi, je suis française, mais mon mari, qui était mon petit ami à l'époque, était hongrois. D'ailleurs, il est toujours hongrois et on s'est rencontrés aux Pays-Bas. Et donc, voilà, je faisais un stage aux Pays-Bas, lui aussi. Moi, j'ai dû rentrer en France pour commencer ma vie professionnelle. Et donc on a été séparés et à cette époque la Hongrie ne faisait toujours pas partie de l'Union Européenne. Donc lui est arrivé le moment où il devait aussi rentrer au pays et on s'est dit qu'est-ce qu'on fait ? Lui ne parlait pas français, moi je ne parlais pas hongrois. Et donc la Belgique est un peu un juste milieu, un terrain neutre où on avait tous les deux notre chance professionnellement. Bon moi je parlais français mais dans le monde des institutions européennes c'est surtout l'anglais qui prédomine. On s'est retrouvés tous les deux à Bruxelles, pas tellement par choix, mais plus par facilité. Et comme beaucoup de jeunes gens qui atterrissent à Bruxelles, en général, on y va pour quelques années pour voir l'expérience. Et puis, comme tout le monde, on est restés très longtemps, beaucoup plus longtemps que prévu. Et on y a vécu 17 ans.
- Speaker #1
Vous avez réussi à faire coïncider vos ambitions professionnelles à Bruxelles aussi.
- Speaker #0
Plus ou moins. On était jeunes, on avait la vingtaine. Donc nos ambitions professionnelles étaient au tout début de carrière quand même encore très flexibles, très ouvertes. Lui s'est retrouvé à travailler chez Toyota au début. C'est même moi qui ai trouvé l'offre d'emploi et qui lui ai fait suivre en disant tiens c'est peut-être pour toi. Ça a l'air intéressant parce qu'il était en train de finaliser son MBA. Et moi, Bruxelles, ça s'alignait bien quand même avec ce que je pouvais offrir à un employeur parce que j'ai étudié Sciences Po. Et donc, Bruxelles, c'est quand même le siège des institutions européennes.
- Speaker #1
Je m'étais posé la question, c'était ça. Alors,
- Speaker #0
au début, je travaillais à Paris, chez Michelin, dans la logistique. Donc voilà, j'avais fait un grand écart par rapport à mes études quand même. Mais souvent, on ne travaille pas dans le domaine de ses études. Et donc je me suis dit Bruxelles, voilà, je vais pouvoir retourner vers quelque chose qui me tient plus à cœur, quelque chose de plus intéressant. Et donc c'est comme ça qu'on s'est retrouvés tous les deux à Bruxelles, oui. Et je dis Bruxelles et pas Bruxelles, parce qu'en Belgique, on dit Bruxelles. Donc si jamais des auditeurs se posent la question, mais pourquoi elle dit Bruxelles ?
- Speaker #1
Pour qui elle se prend celle-là ? C'est parce que c'est comme ça qu'on dit. Et je ferai attention du coup, parce que des fois, je fais l'impair, mais je... Voilà,
- Speaker #0
et je risque de dire aussi 70 et 90 et d'autres Belgitudes comme ça.
- Speaker #1
C'est vrai qu'on habite aussi longtemps, on s'approprie les...
- Speaker #0
On a même pris l'accent. Donc souvent, moi, quand je rentrais en France, ma famille, mes amis se moquaient de moi parce que j'avais pris l'accent belge. Ça m'était bien égal, mais voilà, ça fait partie des petits accidents de parcours.
- Speaker #1
Je pense que ce serait intéressant que tu nous racontes un peu ton quotidien vraiment avant cette expatriation. Est-ce que ça faisait partie des... possibilités professionnelles de ton mari ou c'est un petit peu arrivé soudainement ?
- Speaker #0
Alors, moi, j'ai toujours voulu voyager. C'était plus moi qui poussait, qui très vite ait décidé qu'il fallait qu'on quitte la Belgique. On y était très heureux. Donc, rien du tout contre la vie en Belgique. Mais moi, j'ai beaucoup voyagé quand j'étais enfant avec mes parents, qui ont aussi été expats à un moment donné de leur vie. Et donc, je crois que j'ai un peu pris le virus du voyage. Et après quelques années en Belgique, Très vite, j'ai eu envie de voir autre chose, de découvrir un nouveau pays, de vivre de nouvelles aventures. Mon mari n'était pas trop dans ce trip-là. Il m'a fallu quelques années pour le convaincre ou pour que lui-même se fasse à l'idée que ce serait intéressant pour lui aussi professionnellement. Parce qu'il ne suffit pas d'avoir en l'envie. Si on a une carrière et qu'on est un petit peu ambitieux, il faut aussi que professionnellement ça vaille le coup.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Sinon, c'est vraiment très risqué. Voilà, donc pendant plusieurs années, on en a discuté sans vraiment faire grand chose à ce niveau-là. Moi, du fait de mon travail au niveau des institutions européennes, je ne travaillais pas pour les institutions européennes, mais j'étais lobbyiste. Donc, je travaillais autour des institutions européennes. Donc de fait de mon activité professionnelle, j'étais quand même plus ou moins coincée à Bruxelles. Et donc Peter, mon mari qui lui travaillait dans le privé, avait plus de possibilités d'être envoyé dans un autre pays par son entreprise. Donc c'est lui qui a commencé à faire les démarches, à exprimer son intérêt au travail. Et puis pendant de nombreuses années, il ne s'est rien passé. On commençait à s'ennuyer fermement.
- Speaker #1
Comment ça marche ? Alors peut-être que tu ne sais pas ou peut-être que ça ne se passe pas comme ça, mais si on a une volonté d'expatriation, d'être muté à l'étranger, dans le cadre de l'entrepôt de son mari, est-ce qu'on dit salut, je veux juste aller à l'étranger, envoyez-moi n'importe où ? Est-ce que vous aviez listé des zones potentielles ? Alors,
- Speaker #0
on a découvert tout ça un peu au fur et à mesure, parce qu'on ne savait pas du tout comment ça marchait. Donc, c'est Peter qui a commencé à en parler à son supérieur hiérarchique immédiat. Et ensuite, je pense que la formation a suivi son cours.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
C'est un processus qui a pris beaucoup de temps quand même, plusieurs années. Parce qu'à l'époque, on était quand même encore jeunes, assez juniors. Et je pense que la plupart des entreprises n'envoient pas des gens jeunes ou trop juniors à l'étranger, parce que c'est un trop grand risque. Je pense qu'ils veulent d'abord avoir plus... que la personne ait plus d'expérience, qu'il soit plus confiant avant d'envoyer cette personne à l'étranger. Donc je pense que c'est peut-être pour ça que ça a pris du temps. Ensuite, ta question, est-ce qu'on dit je veux aller dans tel ou tel pays ? Non, non, non, ça ne marche pas du tout comme ça. En général, on nous envoie là où il y a un besoin. Après, en fonction des entreprises, en tout cas dans l'entreprise de mon mari, il y a moyen de dire non. Après, combien de fois tu peux dire non, tu risques vite de te griller si tu dis non trop souvent. Je sais qu'à un moment donné, on voulait vraiment partir et il ne se passait rien, rien ne se concrétisait. Un jour, Peter rentre à la maison en disant, il y a peut-être une piste éventuellement pour l'Ukraine. Alors, c'était avant la guerre actuelle. Mais c'était quand même la période où la Russie avait déjà envahi la Crimée et donc occupait une partie de l'Ukraine. Alors moi j'ai dit non direct, hors de question que nous allions en Ukraine. Et donc il a pu dire non une fois.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et ensuite il n'a pas eu besoin de dire non une deuxième fois parce que la deuxième option qu'on lui a proposée c'était l'Angleterre.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et là pour le coup on a dit oui.
- Speaker #1
Ok. Entre le moment où l'expatriation a été... Valider et le moment où on part, combien de temps il y a eu et comment est-ce qu'on la prépare ? Aussi bien toi niveau professionnel, vous aviez des enfants à ce moment-là déjà ?
- Speaker #0
On avait déjà trois enfants, oui.
- Speaker #1
Ok, bon alors on va commencer déjà par entre la validation de l'expatriation et l'exécution, il y a eu combien de temps ?
- Speaker #0
Je dirais, ça s'est fait très vite cette fois-là, maximum quatre mois.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
On l'a su un peu avant Noël, il a eu la confirmation de sa mutation la veille de Noël et mi-janvier il attaquait déjà à Londres. Donc il est parti avant ? Il est parti avant, oui. Pas beaucoup avant, une semaine avant ou deux semaines avant. Mais donc comment... Alors il y a le côté professionnel et il y a le côté perso pour reprendre à ta première question. Comment est-ce qu'on organise une expatriation ? Nous, on s'est dit, on va voir tout ce qu'on n'aime pas dans notre vie actuelle et donc on va essayer de faire les choses différemment là-bas.
- Speaker #1
Par exemple,
- Speaker #0
c'est-à-dire ? Ce qui ne nous plaisait pas dans notre vie à Bruxelles, c'était le temps de trajet pour Peter qui mettait plus d'une heure en voiture, aller au travail tous les jours. Et moi, c'était du coup, tous les accompagnements étaient sur moi parce que je travaillais de la maison, j'étais freelance. Et donc, c'est moi qui gérais tous les accompagnements des enfants et un peu tout le quotidien.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et donc, on s'est dit, on va essayer de rétablir tout ça. Et donc, on a cherché à partir du moment où tu sais où est le point central, le point de départ, c'est-à-dire l'endroit où le travail sera. Alors, il faut trouver une école pas trop loin pour les enfants. Et ensuite, idéalement, il faut trouver la maison entre l'école et le travail. Et tout ça avec des distances qu'on peut faire. soit à pied, soit en vélo. Et on a vraiment, pour le coup, et en plus, on ne connaissait pas Londres, mais bon, Londres a une réputation, on s'est dit, on va essayer d'éviter la voiture le plus possible. Voilà. Alors comment ça marche ? Souvent les entreprises vous envoient pendant une semaine, donc la personne qui est employée, qui va être expatriée et son conjoint, ils nous envoient une semaine sur place où on a des conseillers, des consultants qui nous aident à repérer les quartiers, qui prennent des rendez-vous pour nous avec les écoles, pour choisir l'école. Et une fois qu'on a choisi l'école, alors on visite des appartements et des maisons et on choisit la maison. Et l'idée, c'est de faire tout ça en une semaine, en laissant les trois enfants tout seuls derrière. Donc, il faut quand même avoir de l'aide, sinon ce n'est pas possible.
- Speaker #1
Alors, sur quels critères vous avez choisi les écoles du coup ? Je suis curieuse pour moi.
- Speaker #0
Alors, souvent quand on part en expatriation, bon là, pour le coup, il se trouve que c'était un pays anglophone. Nos enfants ne parlaient pas anglais. Donc déjà, on n'allait pas les mettre dans le système anglais. Il fallait que ce soit soit des écoles françaises, soit des écoles internationales. Donc déjà, on cible un petit peu mieux. Et ensuite, on s'est dit, puisqu'on part à l'étranger, on va en Angleterre. On va essayer de profiter le plus possible de cette expérience, de cette ouverture vers le monde, pour que nos enfants apprennent l'anglais. Et donc, on a ciblé les écoles internationales. Donc, on a évacué le lycée français dès le début. Pourtant, c'est une très bonne école avec une super réputation à Londres. Et on s'est dit, il faut qu'ils apprennent l'anglais. Pas dans des écoles anglaises parce que l'atterrissage sera trop dur, mais les écoles internationales c'est bien, souvent parce qu'il y a un système d'aide pour aider les nouveaux arrivants à apprendre la langue en accéléré, il y a du soutien, et donc ils ne sont pas lâchés tout seuls dans une école dont ils ne parlent pas la langue.
- Speaker #1
Du coup c'est quoi le cursus ? C'est un cursus américain ? Anglais ?
- Speaker #0
Ça dépend, c'est compliqué les écoles, on trouve de tout. Il faut vraiment bien regarder quel est le programme, quel est le diplôme décerné à la fin de la scolarité, tout ça. Il y a quand même un standard qui est assez répandu et que moi, personnellement, j'aime beaucoup. C'est le IB, le International Baccalaureate. Alors, ce n'est ni anglais, ce n'est ni américain, ce n'est surtout pas français. En fait, c'est une ONG qui est basée en Suisse et qui a défini un curriculum, un programme scolaire. qui couvre toute la scolarité des enfants, depuis le primaire jusqu'au bac, s'il faut parler du bac français. Et donc, ce bac s'appelle le IB, le International Baccalaureate. Ils ont développé leur propre méthodologie, ils ont leur propre programme, et en général, c'est très bien fait, et c'est reconnu par les universités. Donc, c'est une bonne option.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc, nous, on avait choisi ça. À l'époque, on ne savait pas trop ce que c'était. Après, au fur et à mesure, on a découvert, un peu par accident. Et on est très content de notre erreur initiale. Je dis erreur parce qu'on les a inscrits dans un truc qu'on ne connaissait pas, qu'on ne comprenait pas. Il nous a fallu les six premiers mois, beaucoup d'efforts pour comprendre cette nouvelle pédagogie et cette façon de faire qui était tellement différente du système éducatif belge, qui est très proche du système éducatif français. Au début, on était un peu perdus. Et au final, maintenant qu'on connaît bien, on se dit que c'était un très bon choix.
- Speaker #1
Ok, trop bien. Tu disais que tu étais freelance. Est-ce que ça veut dire que tu peux continuer à travailler une fois que tu atterris en Angleterre ou tu as dû un petit peu travailler tes clients ?
- Speaker #0
Alors voilà, ça c'est la chance. Effectivement, je travaillais, j'étais freelance. J'avais un seul client qui m'occupait à 80%.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc je ne travaillais pas le vendredi. Ça faisait 7 ans que je travaillais pour eux. Et donc quand Peter est rentré à la maison en me disant c'est bon, c'est sûr, cette fois on y va. Je les ai contactés et je leur ai dit voilà je pars en Angleterre, est-ce que je peux continuer de travailler pour vous de l'Angleterre ? Il y a seulement une heure de décalage horaire tout à fait gérable et la seule concession que j'ai dû faire c'est je leur ai dit je me déplacerai sur Bruxelles aussi souvent qu'il le faudra. Voilà donc vous n'aurez pas à pâtir de cet éloignement, je ferai le nécessaire pour continuer à assurer mes responsabilités sans que la qualité de mon service n'en pâtisse. Voilà, donc j'ai envie de dire que j'ai eu de la chance, parce que si j'avais été employée, ça aurait peut-être été plus difficile. La négociation, en tout cas, aurait été plus compliquée. Après, ça veut dire qu'on a tous les deux, Peter et moi, déménagé, transféré notre travail sans aucune pause professionnelle. Et ça, avec du recul, je pense que c'était une erreur. J'aurais bien aimé que quelqu'un me dise, prends au moins un mois, deux mois. Au mieux six mois pour pouvoir avoir le temps d'atterrir, de comprendre comment ça fonctionne, de soutenir tout le monde dans la famille, parce que là ça a été quand même un tsunami.
- Speaker #1
Ok, je pense qu'on va rapidement passer à l'année zéro. Mais avant ça, juste une question sur l'entourage, sur ta famille, sur la famille de Peter. Sont entendus parents ou frères et sœurs, comment ils ont réagi au départ ?
- Speaker #0
Il n'y a pas eu une grande réaction parce qu'on était déjà très éloignés d'eux. Ma famille est française, ils vivent en France. La famille de Peter est hongroise, ils vivent en Hongrie. Et donc, ça faisait 17 ans qu'on vivait déjà à l'étranger. Donc pour eux, Bruxelles ou Londres, franchement, c'est kiff-kiff. C'est peut-être même plus pratique pour aller à Londres. Il y a plus d'options. Et je pense que mes parents, qui sont des grands voyageurs, ils étaient enchantés parce qu'ils étaient très tentés par l'Angleterre plus que par la Belgique. C'est un petit peu plus exotique, on va dire.
- Speaker #1
Ils sont basés où tes parents ?
- Speaker #0
Dans le sud de la France.
- Speaker #1
D'accord. Je peux rajouter une dernière question ? Oui. Je suis désolée. Sur l'expatriation en Angleterre, vous saviez combien de temps ça allait durer ? Trois ans ?
- Speaker #0
Non, au début c'était un contrat de deux ans.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et en plus c'est moi qui avais dit à Peter, l'Angleterre, ok, moi au départ j'avais plus envie, je rêvais de Singapour, d'Asie du Sud-Est.
- Speaker #1
Je comprends, en tant qu'affaire une expatriation, autant un truc un peu plus loin.
- Speaker #0
Amérique du Sud, et surtout moi j'avais très envie d'un pays où on aurait pu avoir une qualité de vie incroyable, avec une nanny à domicile à temps plein, parce que ça faisait 17 ans qu'on vivait en Belgique, et donc ça faisait 10 ans qu'on avait des enfants avec aucune aide familiale, et on commençait à être un peu fatigué quand même. Et à l'époque on avait une petite qui avait 18 mois quand même, donc elle était encore petite. Quand il m'a dit Londres, je me suis dit, oh là là, grande ville, chère, ça va être galère. Mais c'est Londres, ça peut être intéressant. Donc je lui ai dit, ok, mais ok pour deux ans.
- Speaker #1
Donc ton mari part deux semaines avant, tu disais, c'est ça ?
- Speaker #0
De mémoire, il est parti deux semaines avant parce qu'il fallait qu'il commence, bien sûr, la veille, voire il aurait dû commencer un mois plus tôt. Donc il a attaqué tout de suite après Noël. Et donc moi, je suis restée en arrière pour fermer la maison. pour superviser le déménagement, fermer tous les comptes, pour faire un peu l'intendance.
- Speaker #1
Là, tu l'as un peu survolé, mais on sous-estime la charge administrative qu'un déménagement international implique.
- Speaker #0
C'est une montagne. Effectivement, c'est un truc auquel il faut être bien préparé. Ça surprend toujours, même si on s'y attend. Ce n'était pas notre premier déménagement. On vivait déjà tous les deux à l'étranger, mais quand on change de pays, il faut clôturer tous les comptes. En plus, on n'était pas belges, donc il faut dire aux pays qu'on quitte le pays, il faut leur dire si on quitte le pays de manière temporaire ou permanente. En fait, toutes ces questions qu'on ne se pose jamais et auxquelles il faut répondre tout d'un coup en l'espace de deux semaines.
- Speaker #1
Parce qu'à l'époque, à l'issue des deux ans d'expatriation, si... Si vous reveniez, c'était un retour en Belgique, c'était pas un retour en France de toute façon ? On savait pas. Vous saviez pas ? On savait pas.
- Speaker #0
Pour moi, c'était terminé la Belgique. C'est un petit pays, on a vécu 17 ans, on a fait le tour, pour moi c'était la fin.
- Speaker #1
Donc vous arrivez en Angleterre, comment on sent les premiers jours ? Est-ce qu'il y a une odeur caractéristique dont tu te souviens ? Est-ce que tu te souviens d'un repas que t'as mangé ? Le premier repas, où est-ce que t'as mangé ? La réaction de tes enfants ?
- Speaker #0
C'était une arrivée assez typique en Angleterre. L'Angleterre a été fidèle à ses réputations de pluie. Nous sommes arrivés, je ne me rappelle plus si c'était au mois de janvier ou février, mais en plein cœur de l'hiver, c'était la tempête.
- Speaker #1
Vous êtes arrivés comment ? En avion ?
- Speaker #0
On est arrivés en avion. Il n'y a plus de non-stop avec tempête de vent pendant deux semaines. Je me suis moi-même surprise. Pendant deux semaines, j'hésitais à aller dehors. J'étais intimidée, il faisait froid, il y avait du vent, il pleuvait, je ne connaissais pas le quartier, je ne savais même pas que le métro était à 50 mètres au coin de la rue. Et pendant deux semaines, j'ai vraiment hésité, je n'osais pas quitter la maison, j'étais un peu terrorisée, un peu paralysée.
- Speaker #1
Tu es allée faire les courses ?
- Speaker #0
Alors oui, quand même, non, les deux premières semaines, je crois que c'est surtout mon mari qui est allé faire les courses et qui rapportait à manger, surtout du delivery en fait ou du takeaway. du petit restaurant vietnamien au coin de la rue. Et il a vraiment fallu que la pluie cesse pour que je sorte de chez moi et que je commence à explorer les périmètres. Je me suis surpris, je ne me suis pas impressionnée sur ce coup-là. Mais effectivement, pendant deux semaines, j'étais là, non, je n'ai pas envie d'aller dehors. Trop dur.
- Speaker #1
Et la rentrée des enfants, c'était à combien de temps après ?
- Speaker #0
Alors, c'était immédiatement. Donc pendant que moi je fermais tous nos comptes, je fermais, je clôturais notre vie en Belgique, on avait envoyé les enfants en vacances de ski avec mes parents en France. Et ensuite, donc moi j'avais encore la petite avec moi parce qu'elle était à la crèche et j'avais envoyé mes deux grands au ski avec mes parents. Et donc on avait goupillé l'arrivée en Belgique, mon père m'a ramené les deux grands et moi je suis arrivée avec la petite et on est arrivés le même jour. et en même temps que les déménagements. Donc nos meubles, nos cartons sont arrivés le même jour que nous. Donc ça a été assez chaotique. C'était dans la joie et la bonne humeur parce qu'on était très excités et on pensait avoir tout bien goupillé. On était très fiers de nous. Après, débarquer à 5 dans une nouvelle maison en même temps qu'un déménagement, ça a été assez épique quand même.
- Speaker #1
Techniquement, réussir à faire coïncider vos dates d'arrivée et les meubles, c'est cool. Mais peut-être qu'effectivement, ça fait beaucoup de choses à régler d'un coup. Donc, comment ça se passe ? Qu'est-ce qu'on déballe en premier ? Qu'est-ce qu'on met en premier ? C'est les matelas pour dormir ?
- Speaker #0
Alors, pour ceux qui ont déjà fait plusieurs déménagements, pour le coup, ça ressemble à un déménagement normal, le premier jour. Donc, il faut bien gérer l'équipe des déménageurs et leur dire les lits en premier, les matelas, les draps après. « Concentrez-vous d'abord sur la chambre des enfants, le bureau de mon mari et le mien, parce que demain, il faut qu'on bosse. » Et tout le reste vient après. Et ensuite, il faut être ferme. Quand l'équipe veut partir à trois heures et que la moitié des lits ne sont pas montés, on leur dit « Non, désolé, vous ne partez pas. » Ils peuvent rétorquer qu'il y a la législation du travail, qu'ils ont fait huit heures, qu'ils n'ont pas le droit de faire plus. Il faut être ferme. Vous ne partez pas tant que les lits ne sont pas montés. Tant que mon bureau n'est pas monté, entre-temps, il y a l'électricien qui vient ouvrir le compteur électrique, le type qui vient installer l'Internet, parce que demain, il faut bosser, donc il faut qu'il y ait l'Internet. Donc voilà, il faut gérer tous ces étrangers dans la maison, les enfants qui sont un peu perdus, le grand-père qui ne sait pas comment se rendre utile. C'était cocasse, mais on a réussi.
- Speaker #1
Les enfants, ils étaient contents ? Comment on prépare les enfants à un déménagement comme ça ? En plus, ils ont des écarts d'âge ?
- Speaker #0
Alors, voilà, les enfants, tout dépend de l'âge. La petite, celle de 18 mois, je pense qu'elle ne s'en est même pas rendue compte. Oui,
- Speaker #1
ça, ça ne compte pas.
- Speaker #0
Voilà. Les deux grands, bon, 9 ans et 5 ans, donc CM2 et grande section maternelle, on les a préparés, mais ils n'avaient pas du tout compris ce qui les attendait au tournant. Donc, je ne sais pas si on peut vraiment leur préparer. Peut-être un conseil à donner, on ne dit rien aux enfants tant qu'on ne peut pas donner de réponse à leurs questions. Si on ne veut pas les inquiéter, parce que les enfants s'inquiètent très facilement en fait, ils ont vraiment besoin de stabilité, de calme, de savoir ce qui va se passer. Donc tant qu'on ne sait pas où va être leur école, ou comment va être la maison, est-ce qu'ils auront leur chambre, est-ce que la chambre sera au premier étage ou au rez-de-chaussée ? Est-ce qu'il y aura un bus devant la maison ? Tant qu'on ne sait pas tout ça, on ne leur dit rien. Et donc nous, on a vraiment attendu d'avoir le plus de réponses possibles à toutes les questions qu'on a essayé d'anticiper. Et bien sûr, on n'en a pas anticipé la moitié avant de leur dire quoi que ce soit. Et après, une fois qu'ils savent qu'on part, et alors là, il faut être super patient et super rassurant. Et quand tu poses une question à laquelle on n'a pas la réponse, on essaye. vite fait de trouver la réponse. Quitte à leur dire un mensonge, parce qu'on n'en sait rien, mais au moins ne pas les laisser dans l'inconnu. En tout cas, c'est notre stratégie à nous. Je ne sais pas comment font les autres, mais moi, j'ai remarqué que mes enfants se posaient beaucoup de questions et c'est leur côté inquiet qui ressort. Et donc, il faut les tranquilliser, je pense.
- Speaker #1
Ok, plutôt que le flou, avoir une réponse et ensuite corriger une fois qu'on aura une réponse. Voilà, exactement. Donc, Internet et ensuite, tu travailles le lendemain ? C'est quoi cette histoire ?
- Speaker #0
Oui, il s'avère que ça s'est fait très vite. Et si on ne maîtrise pas complètement son agenda, il y a des réunions qui viennent se greffer. Alors je n'avais pas huit heures de travail d'affilée. Mon mari, lui, oui, parce que lui il était expatrié, son chef l'attendait, son équipe l'attendait. Donc lui, le lendemain, il avait une journée de dix heures qu'il attendait. Moi j'avais peut-être une réunion ici, un petit coup de fil rapide l'après-midi. Et c'est tout. Mais néanmoins, il me fallait l'Internet.
- Speaker #1
Ça compte, ça compte complètement parce qu'en fait, tu gères tout le reste. Tu gères ton travail et les enfants. Et le grand-père. Le grand-père qui est resté combien de temps ?
- Speaker #0
Il est resté cinq jours, je crois. Et je crois qu'il était bien content de partir après. Il s'est enfui vite fait après.
- Speaker #1
Quand la pluie s'arrête après ces deux semaines et que tu commences à sortir, comment ça se passe ?
- Speaker #0
Les premières semaines... Le premier mois, c'est la lune de miel. On est hyper excité, on est content, on a plein de projets. C'est l'euphorie. En fait, c'est bien documenté. L'évolution psychologique des expatriés est bien documentée. Il y a plusieurs phases. Le premier mois, c'est l'enthousiasme, l'euphorie. Go for it ! Donc, à part la pluie... Et à part un peu la panique et tous ces aspects logistiques qu'on devait régler au quotidien, on était bien, voilà, on était positif. Après, il y a la réalité. Et ça, c'est la phase la plus dure. Quand on regarde la cour, la cour monte au moment de l'euphorie et ensuite, il y a la chute. Et après, c'est la chute libre. Et on a l'impression que ça ne va jamais s'arrêter. Et c'est là où l'enfer commence. Et c'est là où il faut faire très attention à ne pas se laisser décourager. C'est dans cette phase-là, cette phase descendante, où on n'en voit plus la fin, on est débordé, on fait bêtise sur bêtise, erreur sur erreur, on ne comprend pas, on perd du temps, on casse des choses, on cherche des choses, on n'y arrive pas. Plusieurs fois, mon mari m'a dit, c'était une erreur. On a fait une énorme connerie, on n'aurait jamais dû venir ici.
- Speaker #1
Est-ce que tu te souviens d'un moment déclencheur où tu t'es dit, ça y est, on est peut-être sorti de la phase de la honeymoon phase, et là, ça commence à être peut-être cette fameuse phase dont j'étais... Est-ce que tu la connaissais à l'époque ou pas ?
- Speaker #0
Je ne connaissais pas la courbe.
- Speaker #1
Ah, zut.
- Speaker #0
J'aurais aimé que quelqu'un me le dise. Moi, c'est Samia qui me l'a indiqué il y a quelques mois. On m'a parlé de la courbe quand on est arrivé ici au Japon, donc pour notre troisième expatriation. Personne ne m'en a parlé avant. Après, j'aurais pu faire des recherches sur Internet, mais voilà.
- Speaker #1
Ce n'est pas le premier truc qu'on cherche. Quand il y a un truc qui se passe mal, est-ce qu'il y a une courbe ?
- Speaker #0
Quand on est en expat et qu'on est sous l'eau, on gère le quotidien, on essaye de sortir la tête de l'eau. Et on ne va pas faire des recherches. Pourquoi est-ce que c'est si difficile ? Pourquoi est-ce que je me sens mal ? Pourquoi ? Au contraire, on culpabilise. Et on ne va pas faire des recherches pour essayer d'expliquer le pourquoi du comment.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Voilà. Donc, j'en étais où ?
- Speaker #1
Non, non, je posais la question de, est-ce que tu pourrais donner quelques exemples, justement, de choses auxquelles tu as fait face pendant cette période de descente, en fait, par exemple. Parce que tu disais, oui, on fait des erreurs, on casse des choses. Mais c'est-à-dire ?
- Speaker #0
Alors, première difficulté en arrivant en Angleterre, c'est pas le même système électrique. On n'avait pas anticipé ça et de tous les consultants qui nous ont aidés, il n'y en a pas un qui a pensé à nous rappeler que c'est pas le même système électrique. Donc on est arrivé avec tous nos appareils électriques, toutes nos lampes de chevet, la machine à café, l'ordinateur, pour la réunion du lendemain, on n'avait pas les bonnes prises. Donc les déménageurs qui connaissent un peu le genre de situation... Nous ont laissé 4-5 adapteurs sympas, cadeaux, mais le jour même, mon mari était sur internet et il a commandé 50 adapteurs sur Amazon. C'est d'ailleurs à l'occasion de cette première expatriation qu'on a découvert Amazon. Amazon nous a sauvé la vie. Dès qu'on avait besoin d'un truc urgent comme ça, on ne savait pas encore où aller le chercher, on ne connaissait pas le quartier, on ne savait pas s'il fallait aller au centre-ville. Vous savez, s'il y avait un petit magasin de bricolage au coin de la rue, on ne savait pas. Pendant un mois, on a tout acheté sur Amazon.
- Speaker #1
Ils jouent leur business model, c'est quand même le désespoir et le manque de temps. Voilà, et la livraison à domicile. Parce qu'on n'a pas le temps.
- Speaker #0
Exactement. Donc ça, c'était une des difficultés qu'on n'avait pas anticipées. Ensuite, la deuxième difficulté, c'est la santé. On est arrivés en plein hiver, moi je suis arrivée, j'étais malade en fait, j'ai fait le déménagement malade et je ne savais pas où aller chez le docteur. Donc j'ai laissé traîner ça pendant plus d'une semaine en me disant ça va passer, c'est l'hiver, c'est un virus, c'est un gros rhume. Et bon finalement j'ai parlé avec des mamans de la crèche où j'étais allée me renseigner pour inscrire ma fille. Et voilà, donc il a fallu que je m'inscrive à un community center. Donc, il a fallu deux semaines avant que je puisse voir un médecin. Donc, en fait, j'ai été malade pendant trois semaines.
- Speaker #1
Ce n'est pas possible de prendre le téléphone ? De regarder sur internet médecins généralistes et salues ?
- Speaker #0
Alors le NHS c'est un peu compliqué, c'est un peu comme le système des écoles en France. Il ne faut pas qu'on fasse partie d'un arrondissement ou d'un quartier pour pouvoir envoyer tes enfants dans cette école. C'est la même chose avec les docteurs en Angleterre, avec le NHS.
- Speaker #1
Il faut le savoir.
- Speaker #0
Il faut le savoir et personne ne nous l'avait dit. Il faut que tu aies une preuve de résidence avec une adresse pour pouvoir t'inscrire à ce cabinet médical. Mais quand tu débarques, tu n'as pas encore ta preuve de résidence, tu n'as pas ton adresse, donc tout ça, ça prend du temps. Donc c'est beaucoup ping-pong en fait, on ne sait pas par où commencer. Et voilà, je me dis tout bêtement, je vais aller chez le médecin, je cherche sur internet, je trouve une adresse, j'y vais en personne. On me dit, est-ce que vous êtes dans le bon arrondissement ? Je réponds, j'en sais rien. Elle me dit, il faut que vous renseignez. Comment est-ce que je me renseigne ? Alors il a fallu que j'aille sur un autre site pour que je voie si j'étais dans le bon cercle qui correspondait à ce centre de santé. Ensuite il a fallu que j'aille à la mairie Pour obtenir mon certificat de résidence Mais pour obtenir un certificat de résidence Il faut une facture Une facture d'électricité ou de téléphone Ou quoi que ce soit à notre adresse Donc voilà, il y a une séquence Et il faut suivre la bonne séquence Sinon on se cogne la tête contre les murs On perd du temps et on s'énerve Ok,
- Speaker #1
ton cercle social Comment tu l'as constitué ?
- Speaker #0
Alors, les anglais sont charmants On a adoré les Anglais, mais ils sont distants. Mais ils sont très distants. Donc, notre cercle social, malheureusement, ce n'est pas parmi les Anglais qu'on l'a fait.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Le cercle social, c'est grâce à l'école. Voilà. Donc, les mamans de la crèche de la petite et les parents de l'école des deux grands. Voilà. Et dans un premier temps. Et ensuite, quand on commence à sortir la tête de l'eau, qu'on sort un peu... de la logistique, de la galère du quotidien, qu'on a un petit peu plus de temps. Alors, on commence à se renseigner sur la communauté française. Est-ce qu'il y a des activités entre Français ? Mais ça, il faut déjà avoir un peu plus d'oxygène, un peu plus de temps devant soi pour travailler. Je dis bien travailler à sa vie sociale, parce que ça demande encore beaucoup de temps. Et ça se fait pas du jour au lendemain. Je crois qu'il y a des pays où les communautés se forment très rapidement, comme à Singapour, par exemple. Les expats à Singapour, tous me disent, on s'est fait des copains tout de suite, c'était génial. Non, à Londres, ça a pris beaucoup plus de temps. Peut-être aussi parce qu'on travaillait tous les deux.
- Speaker #1
Certainement. Et que vous aviez trois enfants, dont une en bas âge. Voilà. C'est toute une gestion. Tout à l'heure, tu parlais de ce... Je sais pas si c'est un regret, mais tu t'es pas accordé ce... petit temps qui aurait éventuellement duré un mois ou peut-être six de prendre le temps de t'acclimater avant de rusher sur le travail c'était quoi ma question ? Qu'est-ce qui s'est passé pour que après coup tu te dises j'aurais dû prendre ce temps pour moi au lieu de me précipiter à vouloir à tout prix continuer à travailler ?
- Speaker #0
On en a bavé pendant six mois ça a été l'enfer À courir après le temps, à essayer de comprendre comment fonctionnaient les choses, à essayer de comprendre après la dernière réunion qui se termine à 6h. Voilà, le frigo est vide, il faut donner à manger aux enfants. Où est-ce que je vais aller acheter à manger ? Un soir, je suis allée frapper à la porte de mes voisins et je leur ai demandé où est le supermarché le plus proche s'il vous plaît, j'en ai marre, il faut que je fasse des courses, je ne sais pas où aller. Personne ne me l'avait dit, donc j'ai dû demander aux voisins à 6h du soir. Ma petite qui avait 18 mois à l'époque. Si elle n'avait pas son dîner à 18h30,
- Speaker #1
c'était la panique à bord.
- Speaker #0
Si je n'avais pas eu besoin de travailler de 9h jusqu'à 5h, voire 18h le soir, j'aurais pu passer du temps pour découvrir la ville, trouver mes adresses, mettre en place une routine. Pendant six mois, surtout quand on a des enfants, il faut une routine. Pendant six mois, on a travaillé à la mise en place de la routine. En perdant du temps, en faisant des erreurs, comme l'erreur du médecin, comme je te l'ai expliqué. Voilà, donc, et un soir, je crois que c'était au bout d'un mois, on arrivait à la fin de la lune de miel, je pense, et on se couche tous les deux épuisés avec mon mari, on se regarde et on se dit, mais c'est dur, non ? C'est trop dur, ça va pas, on est fous, c'est de la folie ce qu'on fait. Voilà, donc je pense que j'aurais dû prendre six mois, je pense qu'un mois c'est pas suffisant. Un mois, on sort à peine de la phase euphorique, on n'a rien réglé en un mois. Je pense qu'il faut vraiment six mois pour tout régler. et neuf mois pour être vraiment confortable dans sa vie, pour avoir vraiment une routine, pour se sentir à l'aise, heureux, pour se débarrasser de cette angoisse et de ce stress de l'arrivée.
- Speaker #1
En plus, votre timing d'arrivée, alors certes c'était en début d'année, mais c'était en milieu d'année scolaire, donc il y a aussi ça qui me semble un peu...
- Speaker #0
Alors quand les enfants sont jeunes, je ne pense pas que ce soit...
- Speaker #1
C'est pas trop difficile ?
- Speaker #0
Ce n'est pas le plus gros problème. Alors, c'est sûr que du coup, ils ont raté la rentrée scolaire. Et la rentrée scolaire, c'est le moment où on se fait des amis. Quand on arrive en cours d'année, les groupes d'amis sont déjà constitués. Mais j'ai envie de dire, pour eux qui ne parlaient pas anglais, ça n'a pas changé grand-chose. Même s'ils arrivaient à la rentrée scolaire en mois de septembre, ils n'auraient pas parlé anglais pour autant. Donc, ça aurait été aussi difficile de se faire des amis. Donc, je pense que... Vu que la plus grande était en CM2, ça n'a pas été une catastrophe. Par contre, plus tard, quand ils sont plus grands, maintenant, c'est la première condition que je pose. C'est la première condition que j'ai posée pour aller au Canada et ensuite au Japon. Je veux qu'ils soient là le premier jour de l'école. Hors de question qu'ils ratent un jour, deux jours, une semaine, ou qu'on recommence en janvier.
- Speaker #1
Donc ça,
- Speaker #0
c'est toujours la condition sine qua non que moi je pose pour tous nos expats maintenant.
- Speaker #1
Ce qui fait complètement sens.
- Speaker #0
C'est important pour eux. Et peut-être encore une chose pour les enfants, ce qui est important, il ne faut pas seulement prévoir l'arrivée et la nouvelle vie. Il faut aussi leur donner une chance et les aider à clôturer leur vie d'avant. Et donc ça, c'est un truc que pareil, on ne nous avait pas dit. Et quand on quittait la Belgique pour aller en Angleterre, on leur parlait toujours de ce qui nous attendait en Angleterre, tout ça. Et on n'avait pas réalisé qu'ils laissaient derrière leur vie, leurs amis, leur école. Mon aîné avait fait toute sa vie scolaire De la petite section maternelle Jusqu'au CM2 dans la même école Et on ne lui a pas donné la chance Parce qu'on l'a envoyé skier Avec mes parents Donc on pensait bien faire Mais en même temps on ne lui a pas donné la chance D'organiser une fête d'adieu De dire au revoir à ses amis De couper les ponts De conclure Donc ça c'était une grosse erreur Il faut faire attention à ça On fait énormément d'erreurs pour la première expat. L'année zéro, c'est l'année des erreurs.
- Speaker #1
Mais ça fait partie du processus,
- Speaker #0
non ? Oui, mais c'est des erreurs qui font mal et qu'il faut rattraper après.
- Speaker #1
Oui, mais vous avez fait d'autres expatriations après, donc je pense que vous n'avez pas reproduit ces mêmes erreurs.
- Speaker #0
On en a fait d'autres, mais pas celle-là.
- Speaker #1
Après, de toute façon, une expatriation, par principe, c'est de la découverte et du challenge, parce qu'en fonction des pays, il y a des contraintes différentes qui se présentent. Ok, hyper intéressant. Tu disais qu'avec ton mari, vous vous êtes regardé à la fin de la phase honeymoon en disant c'est un peu dur.
- Speaker #0
C'est dur, c'est hard.
- Speaker #1
Mais c'était comment au niveau toi, comment t'allais ? Parce qu'entre c'est dur mais allez, on s'accroche, ou c'est dur, burn out, c'est pas pareil.
- Speaker #0
Alors, on a évité le burn out. Je pense qu'on n'en est pas passé loin. Je pense que ça a été le moment le plus difficile dans notre vie de couple. Donc quand je dis qu'une première expatriation, c'est un traumatisme, c'est un traumatisme pour tout le monde au niveau individuel, parce que tout le monde est arraché à sa vie et propulsé dans une autre vie. Nous encore, Peter et moi, on l'a voulu. Les enfants, ils n'ont rien demandé à personne. Ils n'ont vraiment pas compris pourquoi on leur faisait ça. Donc il y a ce traumatisme individuel que tout le monde vit tout seul dans son coin. Et ensuite, il y a la famille, il y a la cellule familiale et il y a le couple. Et c'est aussi un traumatisme, je pense, pour la famille, où tout d'un coup, je pense que les enfants ont compris, mais qu'est-ce que c'est que ces parents ? Pourquoi ils nous imposent ça ? Ou justement, ils n'ont pas compris, et je pense que c'est encore pire. Ils se sont posé la question, mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'on a fait ? Ils l'ont vraiment vécu comme une punition. Et ensuite, quand on part en expat, la personne qui est envoyée en expat par son entreprise a une pression monstre. Elle a une pression monstre parce qu'il faut absolument qu'elle réussisse dans sa mission. Son entourage professionnel lui met une pression monstre parce que quand on part en expat, ça coûte quand même très cher pour l'entreprise. En général, l'entreprise paye le loyer, l'école. Bref, elle prend des risques financiers. Et en général, c'est pour des postes quand même à responsabilité. Donc, mon mari s'est mis une pression monstre. Il est rentré dans ce que moi j'appelle son tunnel professionnel où il s'est donné à fond 100%, 300%. Et quand il rentrait à la maison le soir, il ne restait plus rien pour nous. Au contraire, il rentrait épuisé, énervé, angoissé dans sa tête. Il était encore toujours au travail. Il était encore en train de penser à l'email qu'il devait encore envoyer après le repas. Et il préparait déjà sa journée du lendemain. Et tout ça avec dans l'esprit l'idée qu'on n'aurait pas dû venir, que c'est trop dur, que c'était une erreur. Et il y a plusieurs fois, il m'a dit je ne vais pas y arriver, je vais me planter, c'était une erreur. Voilà, et moi, il me laissait avec ça. Et le quotidien, et les trois enfants à gérer. Et moi aussi, j'avais mon job. Mon job que je devais gérer à distance. Avec tous les déplacements que je devais faire. En plus, que je ne faisais pas avant. Et donc, comme Peter était très peu disponible, parce que complètement absorbé par son travail. Je ne m'autorisais pas à aller passer la nuit à Bruxelles. Donc je partais très tôt le matin, je me levais à 4h pour prendre l'avion. Je faisais l'aller-retour dans la journée. Donc je me levais à 4h le matin, je revenais à minuit le soir, j'étais lessivée et je rentrais dans une famille où les enfants étaient punis dans leur chambre. C'était le boxon dans la maison. Peter était en train d'envoyer des emails en tapant sur son ordinateur hyper énervé. Voilà, donc il y a eu un moment où j'ai dû le prendre entre quatre yeux et j'ai dû lui dire tu te calmes et tu reviens sur terre parce que sinon ça ne va pas marcher. Donc je pense que c'est très important dans le couple, dès le début, de se mettre d'accord sur des façons de faire ou de mettre des limites. Ou de se mettre d'accord sur peut-être au moins une fois par semaine, une petite conversation d'une demi-heure pour dire attention. attention là tu vas trop loin, ou attention là tu glisses, ou attention t'es complètement déconnecté de la réalité. Ça marche dans les deux sens d'ailleurs. Mais c'est un risque qui est vraiment, et je pense que tous les couples traversent cette phase. Mais ouais, ça a été quelque chose d'assez éprouvant. Et dans notre vie de couple, à moi, c'est la première fois où j'ai été déçue par mon mari. Et je me suis dit, mais qui c'est ce type qui nous abandonne, qui rentre énervé, qui est incapable de gérer ses émotions ? Il nous emmène là, il nous traîne là pour son job, ensuite il nous mène une vie pas possible, trop naze quoi. Pendant longtemps je me suis dit ça. Et puis après au bout d'un moment je me suis dit mais je vais lui dire parce qu'il faut qu'il se calme, parce que moi je vais pas tenir longtemps à ce rythme là.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Voilà, donc ça peut être difficile pour le couple.
- Speaker #1
Et cette discussion elle a changé quelque chose après ?
- Speaker #0
Ça a pris du temps.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Parce que je crois qu'il a pas compris tout de suite. mais après ça n'allait pas non plus décharger son stress ça lui a rajouté un stress supplémentaire mais après il a bien vu aussi le comportement des enfants a changé vis-à-vis de lui quand les enfants disent tout le temps maman et qu'ils ne disent jamais papa c'est parce qu'ils ont bien compris que papa n'est pas disponible et que c'est maman qui est là derrière et qui assure tout et à partir du moment où j'ai dit mais est-ce que tu te rends compte que Merci. Les enfants ne te demandent plus jamais rien. Et là, il a compris. Voilà. Donc, ça n'a pas été drôle ni facile pour lui non plus. Mais moi, je pense que c'est une phase qui a pris six mois.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Six mois.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Voilà. Donc, il faut être solide. Il ne faut pas se lancer dans cette aventure à la légère. Il faut être solide et il ne faut pas hésiter à se parler avant que ça aille trop loin.
- Speaker #1
Il n'y a pas eu de bol cassé, jeté contre le mur ?
- Speaker #0
Non. Non, non, non. Il y a eu un moment où je travaillais toujours pour mon même client et donc toujours à temps partiel. Donc le vendredi, j'allais me défouler, j'allais me faire un jogging. Et j'en profitais pour visiter les différents parcs de la ville. Il y a beaucoup de parcs à Londres. Et donc un jour, je prends le métro pour aller faire mon jogging à Hyde Park. Et au bout d'un moment, j'étais au milieu de mon jogging et j'ai hurlé. Je me suis arrêtée, j'ai regardé qu'il n'y avait personne autour de moi. Je me suis planquée derrière un arbre parce que c'est quand même Hyde Park, plein centre-ville. Et là, j'ai vidé mon poumon, j'ai hurlé, hurlé, hurlé, je ne sais pas pendant combien de temps, mais ça m'a fait du bien. Et le soir, quand Peter est rentré à la maison, je lui ai dit voilà ce que j'ai fait aujourd'hui, je suis allée me défouler, j'ai couru deux fois plus, j'avais fait plus de 10 kilomètres ce jour-là, je crois, et j'ai hurlé, j'ai hurlé jusqu'à l'épuisement. Voilà.
- Speaker #1
Il n'y avait vraiment personne ?
- Speaker #0
Personne n'est venu me voir en tout cas, soit ils ont regardé ailleurs, soit je ne hurle pas très fort, je n'ai pas beaucoup de voix.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Voilà. Donc des fois on en arrive à des moments où non on casse pas de vaisselle mais on s'exprime différemment.
- Speaker #1
C'est marrant que tu parles de hurlement, moi ce matin j'ai hurlé. Moi je suis à la phase avant le déménagement donc il y a beaucoup de stress qui s'accumule là aussi. Mon niveau de patience est beaucoup moins de marge de manœuvre, j'ai beaucoup moins de marge de manœuvre en termes de patience donc j'ai hurlé. Ça fait du bien. Mais toi t'as eu la sagesse de le faire toute seule. Moi, j'ai hurlé devant ma fille.
- Speaker #0
Bon, ils comprennent, les enfants, ils comprennent.
- Speaker #1
Après, je suis allée m'excuser en disant, c'est pas parce que je hurle que je ne t'aime pas, c'est que je hurle parce que j'ai hurlé, parce que j'étais fatiguée, mais...
- Speaker #0
Voilà, c'est... Première erreur, il y en aura d'autres, c'est pas grave.
- Speaker #1
Après ces six mois, comment ça se passe ?
- Speaker #0
Après ces six mois, ça va mieux. Qu'est-ce qui va mieux ? Alors on sort, la courbe remonte. Donc on n'est plus dans le choc culturel, on n'est plus dans la gestion du quotidien, se cogner la tête contre les murs,
- Speaker #1
on commence. Tu sais dans quel arrondissement tu habites, tu sais quel pédiatre, tu sais quel médecin. de médecin pour toi, tu connais le nom de ta banque, tu connais ton adresse par cœur, tu connais ton numéro de téléphone par cœur.
- Speaker #0
On a géré toute l'admin. Enfin, une partie de l'admin. Donc on est plus submergé par toutes ces micro-tâches à faire et qui nous empoisonnent la vie.
- Speaker #1
Et tu connais les bons plans du quartier ?
- Speaker #0
On ne connaît pas encore les bons plans, parce que jusqu'à présent, on a vraiment géré urgence sur urgence sur urgence, mais justement, on commence à découvrir les bons plans. Donc c'est là où on commence à avoir des bonnes surprises. Et c'est là où ça devient vraiment... Pas des vacances, il ne faut pas exagérer, mais voilà, on découvre. Ça devient la découverte. Et ce n'est plus la gestion du quotidien et des emmerdes.
- Speaker #1
Tu as un souvenir là qui te vient en tête ?
- Speaker #0
Oui, donc Londres, c'est une ville magnifique. Au bout de six mois, j'ai compris que les musées à Londres étaient gratuits. Donc il m'a fallu six mois pour mettre les pieds dans un musée. Et le vendredi, au lieu d'aller hurler dans les parcs... Pour me défouler, j'allais dans les musées gratuitement. Première bonne surprise. Ensuite, qu'est-ce qu'on a découvert ? Aussi, les restaurants. Il y a des très bons restaurants à Londres. Les Anglais ne sont pas réputés pour leur cuisine, mais à Londres, on mange bien. Et si on a un budget, il y a moyen de se faire plaisir. Donc, on a commencé à se ménager du temps à deux avec mon mari, à sortir le soir, puisqu'on avait trouvé une baby-sitter. Régler le problème de la garde des enfants, on pouvait sortir le soir et on a pu s'offrir du bon temps et aller bien manger.
- Speaker #1
Nourrir un peu le couple.
- Speaker #0
Voilà, réparer les fractures et se retrouver.
- Speaker #1
Ton travail, comment tu gères à ce moment-là ? C'est toujours le même rythme, tu disais temps partiel avec des allers-retours.
- Speaker #0
J'ai eu beaucoup de chance, le Covid est arrivé. Donc, ça nous a bien handicapés pour notre découverte du pays parce qu'on a été très limités lors des confinements.
- Speaker #1
Vous êtes arrivée en 2020 ?
- Speaker #0
On est arrivée en 2018 et donc le Covid a tapé en 2019.
- Speaker #1
Fin 2019 ?
- Speaker #0
Je ne me rappelle plus quand exactement, mais c'était à la fin de notre première année.
- Speaker #1
Ok, oui, c'est ça.
- Speaker #0
Et donc là, je n'ai plus besoin de faire de déplacement à Bruxelles. Et ça, ça m'a sauvé la vie. En tout cas, j'ai pu dormir un petit peu plus parce que c'est épuisant ces voyages. Et donc, j'ai repris, on va dire, une vie normale avec plus d'aller-retour hebdomadaire sur Bruxelles. Et ça, c'était très agréable, même si au final, on était confinés. Mais ensuite, le confinement s'est terminé et tout le monde a appris dans le milieu professionnel qu'on n'a pas besoin de faire des réunions en face à face, qu'on se débrouille très bien sur Teams ou sur Zoom. Et à partir de ce moment-là, j'ai pu faire beaucoup plus de choses à distance. Et donc, j'ai pu retrouver un rythme plus cool. D'accord.
- Speaker #1
Ok. Du coup, tu disais que la phase, vraiment le tunnel, très très difficile a duré six mois. Après ? C'est marrant parce que j'ai l'impression que niveau timing, le moment où ça a commencé à s'améliorer, c'est le moment où c'était l'été, il y avait des éclaircies, ça joue aussi un peu.
- Speaker #0
Il y a eu les vacances, ça fait toujours du bien.
- Speaker #1
Pour relâcher un petit peu la pression, pour remettre les pendules à l'heure, est-ce que le fait d'avoir dénoué toute la partie admin, d'avoir en plus une marge de manœuvre pour votre couple, parce que vous avez une nounou, vous avez pu nourrir le couple, que peut-être ton mari aussi s'est habitué à son travail, donc peut-être moins de pression, qu'il a gagné la confiance de ses employeurs ? de ces employeurs, ça a contribué au fait d'apprécier cette nouvelle phase. Après la phase chute,
- Speaker #0
c'est la phase d'adaptation.
- Speaker #1
La chute, c'est la phase d'adaptation ?
- Speaker #0
La chute, c'est le choc culturel.
- Speaker #1
C'est le choc culturel et après c'est l'adaptation et après ça monte ?
- Speaker #0
Et la dernière, c'est l'intégration. L'intégration, c'est une courbe beaucoup plus plate. Mais ça c'est pour les gens qui restent vraiment longtemps. Je pense, nous on n'a jamais le temps de s'intégrer. Nous c'est deux ans ou trois ans, on ne s'intègre pas en trois ans.
- Speaker #1
L'épisode est terminé. Merci du fond du cœur d'avoir passé ce moment avec nous. J'espère que ce témoignage vous a plu et vous a peut-être appris quelque chose. Si c'est le cas, n'hésitez pas à m'écrire pour me partager vos avis. Mettre des étoiles sur vos plateformes d'écoute, ce sont des moyens concrets pour soutenir le podcast. Je mets également un lien vers mon By Mia Coffee. Vous pouvez suivre les coulisses du podcast sur Instagram at 021podcast avec un underscore entre chaque mot, générique par Delphine Cloarec que je remercie, montage et mixage par moi-même. N'hésitez pas à partager le podcast à vos proches, à vos potes qui sont dans leur année zéro et peut-être aussi à toutes ces personnes qui n'ont pas compris pourquoi vous avez changé après cet événement de vie.