- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, je suis Charlotte Simoni et bienvenue sur H-Show. H-Show, c'est le podcast qui a pour objectif d'analyser l'actualité climatique et de réfléchir à des solutions d'adaptation et de transition. Une fois par semaine, je décrypte les dernières informations liées au climat avec celles et ceux qui agissent au quotidien pour un monde meilleur. Aujourd'hui, je reçois maître Louise Chance, associée fondatrice du cabinet Kaizen Avocat, spécialisée en droit de l'environnement et en droit de l'énergie. Cela faisait un moment que je réfléchissais à un épisode dédié au monde du droit et à la façon dont les outils juridiques peuvent nous aider à tendre vers une société plus durable. Alors, que dit la loi face à ceux qui polluent ? La réglementation est-elle assez stricte pour les grands pollueurs ? Que sanctionnent concrètement les textes ? Autant de points que j'ai donc abordés avec Maître Chance. Mais au-delà de l'aspect technique de notre conversation, j'ai surtout été frappée par les convictions et l'engagement fort de Louise Chance. Il n'y a qu'à regarder les dossiers dans lesquels elle s'est investie. Elle est ainsi à l'initiative du premier dossier d'Ecocide en France, une affaire qui traite de maisons construites sur les sols pollués d'une ancienne blanchisserie. Plus récemment, l'avocate a lancé la première action en réparation aux civils contre la contamination par l'épiphasme, vous savez, les polluants éternels, pour les habitants de la vallée de la Chimie dans le sud de Lyon. Objectif, et je la cite, faire cesser l'impunité et obtenir la condamnation des pollueurs, sortir de la passivité et faire respecter nos droits dans un élan citoyen et écologique. Bref, un sujet passionnant. que je vous propose de découvrir aujourd'hui. Belle écoute ! Écocide, criminalité environnementale, droit de l'énergie, des déchets… Les termes et les notions employés par les médias sont nombreux et peuvent rendre notre compréhension du sujet un peu confuse. En préambule de cet épisode, j'ai donc demandé à Maître Chams de m'expliquer ce qu'englobe concrètement le droit de l'environnement.
- Speaker #1
Donc, ça englobe toutes les réglementations, les textes, les jurisprudences qui ont trait à l'environnement. Et donc, en fait, après, dans ce droit à l'environnement, il y a des divisions, on peut dire. En fait, il y a quatre grandes nomenclatures qui sont les principaux axes du droit à l'environnement. Il y a les installations classées pour la protection de l'environnement. Donc, ça concerne 5 000 sites en France qui sont classés parce qu'ils peuvent... générer des dangers. Ça, c'est la première. Il y a la nomenclature des déchets. Donc ça, le droit des déchets, c'est aussi un point important de droit de l'environnement. Il y a le droit de l'eau, où en fait, il y a la nomenclature IOTA, c'est Installation, Ouvrage, Travaux et Activités. Et enfin, il y a une nomenclature sur les évaluations des plans et programmes, les évaluations environnementales. C'est-à-dire qu'il y a un progrès, il y a un projet par qui va se construire. Et donc, ils doivent... Donc les porteurs de projets doivent réaliser des études d'impact, des évaluations environnementales pour éviter au maximum les impacts négatifs sur l'environnement.
- Speaker #0
Avant de rentrer dans le vif du sujet et dans la continuité des bases de droits de l'environnement évoquées par Maître Chant, je vous propose d'écouter la différence entre droit pénal et droit civil. Et spolière, les délais sont souvent longs dans les deux cas.
- Speaker #1
Alors la différence est assez simple, c'est-à-dire que le droit pénal, son objectif, c'est de condamner les culpables. Il peut y avoir des intérêts civils pour les victimes, mais ce n'est pas l'objectif principal. L'objectif principal, c'est de rechercher qui a commis l'infraction et de condamner. On voit bien par exemple avec le procès Gisèle Pédicot que ça s'est concentré sur les coupables. Donc on a passé les 50 coupables en revue et l'objectif, ce n'est pas forcément d'écouter la victime. pour... L'objectif, c'est vraiment condamner les coupables pour faire respecter l'ordre public. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a eu un rapport il y a quelques années déjà, deux ans, je pense, de la Cour de cassation, du rapporteur général de la Cour de cassation sur le droit pénal de l'environnement, qui disait qu'il y a un ordre public économique, mais il y a aussi un ordre public environnemental. Et en fait, il faut faire respecter cet ordre public environnemental. Donc ça, c'est l'objectif du droit pénal. L'objectif du droit privé, c'est de réparer les dommages. Donc vous avez subi un préjudice, vous allez aller demander la réparation de ce préjudice. On peut faire les deux. On peut choisir une voie, on peut choisir les deux. Après, c'est ça aussi qui est très intéressant, c'est qu'on a beaucoup de marge de manœuvre dans la stratégie qu'on va mettre en place. Et d'ailleurs, les avocats ne sont pas du tout... chacun leur stratégie, leur approche, etc., en fonction de leur vision. Et puis en fonction aussi des clients.
- Speaker #0
Deuxième point, j'ai interrogé mon invité sur la manière d'appréhender les dommages causés à l'environnement. En clair, y a-t-il des domaines plus protégés que d'autres ? Que punissent les textes actuellement ? Et quels types de pollutions sont aujourd'hui sanctionnées ?
- Speaker #1
On peut appréhender les choses sous l'angle du milieu. Par exemple, l'air ou l'eau. ont des protections spécifiques dans le Code de l'environnement. Pas les sols, par exemple. Mais l'eau est un milieu qui est très protégé. Les poissons, par exemple, il y a un délit particulier si on déverse des substances qui portent atteinte aux poissons. Et donc, c'est assez intéressant. Donc, c'est 2 ans de prison et 18 000 euros d'amende. Alors, 2 ans de prison et 18 000 euros d'amende, c'est maximum. En tout cas, c'est les peines qui sont prévues par cet article, le L432-2 du Code de l'environnement. Et donc, c'est le fait de jeter, qu'est-ce qui punit ? C'est le fait de jeter, déverser ou laisser écouler dans les eaux, directement ou indirectement, des substances quelconques dont l'action ou les réactions détruisent le poisson ou nuisent à sa nutrition, à sa reproduction, à sa valeur alimentaire. Donc là, on voit bien que c'est destruction du poisson ou destruction de, enfin, nuisance à la nutrition du poisson. poisson à sa reproduction à sa valeur alimentaire donc là c'est vraiment l'angle piscicoles ressources halieutiques mais il ya aussi l'article l de 116 6 du code de l'environnement qui est le déni général de pollution des eaux hélas et le fait de jeter déverser ou laisser s'écouler dans les eaux superficielles souterraines ou les eaux de la mer directement ou indirectement une ou des substances quelconques dont l'action ou les réactions entraînent, même provisoirement, des effets nuisibles sur la santé ou des dommages à la fleur ou à la faune. Et après, il y a une approche plus d'infraction à la réglementation environnementale. Et donc, ce qui va être sanctionné, c'est par exemple le fait de ne pas avoir déposé le bon titre, fait la demande de titre, exacé sans titre. Donc ça, c'est plus une approche de... En fait, on a le droit administratif à respecter. Comme je vous le disais, il y a quatre nomenclatures. Et donc, en droit des déchets, on a besoin d'avoir un titre pour exploiter. Avoir des sanctions administratives et des sanctions pénales. Ça vient sanctionner le non-respect du droit de l'environnement, le droit administratif de l'environnement.
- Speaker #0
Pour rebondir au propos de Maître Chance, je me suis demandé pourquoi les pollutions des sols étaient moins punies que les dommages causés à l'air ou à l'eau. Pourtant, l'enjeu est de taille. Selon un rapport sénatorial de septembre 2020, issu de la commission d'enquête sur les problèmes sanitaires et écologiques liés aux pollutions des sols, de nombreux sites ont souvent été fermés sans précaution ni dépollution. Conséquence ? Des risques pour la santé humaine, la biodiversité, le climat ou encore la protection des eaux.
- Speaker #1
En fait, les sols sont le dernier milieu qui n'a pas été réglementé au niveau de l'Union européenne. C'est étonnant, surtout qu'au niveau de l'Union européenne, on a 70% des sols qui sont dégradés. Après, je pense qu'il faut se rendre compte, à mon avis, je n'ai pas fait de recherche particulièrement dessus, mais à mon avis, c'est aussi en lien avec l'agriculture, c'est-à-dire que si on protège les sols, il serait interdit de mettre des pesticides, étant donné que ça pollue les sols et que ça pollue l'eau. Voilà, alors c'est vrai qu'au niveau de l'Union européenne, il y a beaucoup de directives sur l'eau, il y a beaucoup de directives sur l'air, et il n'y en a pas sur les sols, mais du coup il y avait un projet de directives sur les sols qui a été repris et relancé d'ailleurs par une sénatrice qui s'appelle Gisèle Jourdat, qui a fait un gros gros travail sur la protection des sols, la pollution des sols, etc. en 2019-2020. Mais ça n'a pas abouti.
- Speaker #0
Lors de mes recherches sur le sujet du droit de l'environnement, j'étais tombée sur une vidéo de Maître Chance pour Polytech 2024 où elle parlait d'impunité concernant les atteintes à l'environnement. Du coup, je me suis questionnée. De quel type d'impunité parle-t-on ? Est-ce que cela sous-entend que les entreprises qui polluent ne sont pas ou peu sanctionnées ? Ou est-ce que cela veut dire que les sanctions sont bien trop douces par rapport aux préjudices émis ? Maître Chance me répond.
- Speaker #1
J'entends par impunité que les personnes qui polluent ne sont pas sanctionnées à la mesure... qu'elle devrait l'être. L'idée du pénal, c'est d'avoir un effet dissuasif sur des faits qui sont pénalement répréhensibles. Et les circulaires de droit pénal de l'environnement disent qu'il faut que ce soit dissuasif. Par exemple, que l'amende soit proportionnée aux gains économiques. C'est ça aussi un aspect intéressant. J'ai lu un article sur récemment un rapport sur la délarquement environnemental et ce rapport indiqué que la plupart des personnes qui polluent qui commettent des délits environnementaux parce qu'il n'y a pas de crime environnemental aujourd'hui le seul crime environnemental c'est éco terrorisme dans le sens terrorisme avec des armes bactériologiques ce n'est que si fort voilà heureusement pour l'instant nous avons pas ce sujet à traiter donc c'est de la délinquance environnementale Et en fait, cette délinquance, on va dire que c'est pas forcément le souhait, le souhait initial c'est pas je vais polluer parce que j'adore polluer, le souhait initial c'est je veux gagner de l'argent. Et par voie de conséquence, je ne fais pas attention, je ne mets pas de filtre pour retenir les polluants, je ne change pas mes cuves, et il y a des pollutions qui se créent, mais la base c'est le gain économique. Et le problème... c'est qu'aujourd'hui, nous n'avons pas de sanctions qui sont à la hauteur des gains économiques qui bénéficient aux délimpents environnementaux. Et donc, c'est pour ça qu'il faut changer. Et c'est pour ça que, quand je parle du principe pollueur-payeur, c'est hyper important de comprendre que ce principe, il a été conçu justement pour contrebalancer ce gain économique fait par les pollueurs. Et qu'en fait, ce gain économique ne devrait pas exister. Le problème, c'est qu'en fait, une fois qu'on a pollué, déjà, c'est très complexe à analyser et c'est très complexe de trouver des solutions. Et en fait, ce principe pollueur-payeur, il est aussi critiqué par certains juristes qui disent que c'est un peu un permis de nuire. Et quelque part, je rejoins, c'est Fleur Beilhagen qui parle beaucoup de ça et qui a écrit un livre à ce sujet. Et c'est vrai que dans l'idée, en fait, on ne devrait pas autoriser de pollution. Et ce serait plus simple de faire de la prévention. Et d'ailleurs, au niveau de l'Union européenne, dans les textes fondateurs de l'Union européenne, on a le principe de prévention qui est la réduction de la nuisance à la source. Il faudrait concevoir un autre monde où on fait tout en prévention. On interdit de polluer.
- Speaker #0
Dans cet autre monde qu'évoque mon invité, je me suis demandé s'il ne serait pas envisageable, ou préférable tout du moins, d'introduire les punitive damages, vous savez ces versements à l'américaine, qui vont au-delà de l'indemnitaire, au fin notamment de punir leurs auteurs lorsqu'il a eu un comportement illégal et d'une particulière mauvaise foi. Un peu comme dans la série Suits ou Hervé Specter, l'un des personnages principales, avocat à New York, tente toujours de négocier à coup de gros sous. En réponse, Maître Chance évoque plutôt le principe de pollueur-payeur, et le manque de corrélation en droit français entre le préjudice environnemental subi et la faiblesse des montants versés aux victimes.
- Speaker #1
La demande, c'est rien du tout par rapport à ce qu'ils ont gagné. Là, moi, j'ai un dossier. Ils ont étendu, ils ont fait deux fois, donc ils avaient une surface initiale de 5 000 m2. Ils ont fait, ils ont détruit une zone naturelle, ils ont fait une extension de 10 000 m2. C'est interdit un droit de l'urbanisme, interdit un droit de l'environnement. Ils l'ont fait quand même. Ça fait cinq ans maintenant. On est en procédure, et ça fait 5 ans, ils ont gagné 2 millions, 3 millions, l'amende, elle ne sera jamais... Il faudrait que l'amende, elle fasse 10 millions pour que ce soit dissuasif. Mais, ah ben non... Mais alors que, en fait, c'est ce que réclament les circulaires, et c'est ça qui ferait que ça fonctionnerait. Les gens arrêteraient de faire ça s'ils savaient que, en fait, derrière, c'est une amende de 10 millions. Je parle beaucoup du principe polyurpéen, parce que déjà, il faut le remettre au goût du jour, dans la mesure où ce principe, c'est pas seulement... payer en cas de pollution. Ce principe, c'est trois branches. D'abord, je dois payer toutes les mesures de prévention de la pollution. Ensuite, je dois me payer toutes les mesures de réduction de la pollution. Et enfin, je dois payer s'il y a des pollutions. Et du coup, déjà, il faut déployer toutes ces branches, ça changerait tout. Et puis, bien sûr, il y a le principe de réalité, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a des pollutions. Et oui, il faut qu'elles soient sanctionnées. Après, c'est sûr que les montants ne sont pas du tout comme aux États-Unis. On n'a pas la même justice. on n'a pas les mêmes fonctionnements. Et en France, les magistrats ont une approche du préjudice qui est tout le préjudice, rien que le préjudice. Il ne faut pas qu'il y ait un... un enrichissement de la victime ou de la personne qui a supplié le dommage par la procédure. C'est compliqué, c'est compliqué. Et les magistrats n'ont pas le souhait de passer dans une justice à l'américaine, justement. Quelque chose à faire évoluer en termes d'appréciation de la gravité du préjudice et des montants qui sont octroyés. Il y a des montants, par exemple, il y a des enfants qui ont été malades à cause de la pollution de l'air. Le bien causalité a été reconnu par les magistrats administratifs et ils ont octroyé 2000 euros pour une famille qui a dû déménager à cause de la pollution de l'air. Il y a des enfants qui faisaient des bronchiolites en permanence. Et en fait, je me dis, pour moi, ce n'est pas corrélé. Je veux dire, rien que le prix des déménagements... Le... La santé, l'enfance, etc. Donc, je pense qu'effectivement, il y a quelque chose à faire là-dessus. Après, je ne suis pas pour que ce soit des milliards et des milliards, mais il y a quand même cet aspect de... En fait, on est dans un monde capitaliste. On a des sociétés qui gagnent énormément d'argent. Par exemple, sur les polluants éternels, là, au sud de Lyon, Arkema gagne des milliards de chiffre d'affaires par an. Et en fait, si les sanctions sont 100 000 euros au bout de 10 ans de procédure, c'est évident que ça n'a aucun aspect dissuasif.
- Speaker #0
Pour rappel, 10 associations et une quarantaine de riverains demandaient la réduction rapide de rejet des PFAS, également appelés polluants éternels, par l'usine Arkema située à Pierre-Bénit. Au moins 200 000 personnes étaient impactées par ces rejets. Maître Chance m'en dit plus.
- Speaker #1
Moi, j'ai étudié avec l'association Notre Affaire à Tous, j'ai étudié les installations classées de la vallée de la Chine pour savoir qu'est-ce qui se passait au niveau des installations classées. Parce qu'il y en avait beaucoup qui sont CVZO, donc le plus haut niveau de dangerosité en France. C'est environ 1200 sites en France, les 6 CVZO. Et donc, on a étudié ça. Après, on a vu qu'effectivement, à ma grande surprise, honnêtement, je ne pensais pas qu'on découvrirait autant de non-conformité sur des sites. si dangereux et on a découvert ça et du coup on a décidé d'utiliser le référé pénal environnemental pour demander des mesures utiles notamment contre Arkema et en fait on avait prévu de déposer ça en mai 2022 et à ce moment là il y a eu le reportage de Martin Boudot sur Verderage qui a dévoilé le scandale d'Epiphase au sud de Lyon et en fait on était invité à la réunion publique à la maison de l'environnement. Et lors de cette réunion publique, on a rencontré les associations, on a rencontré certaines victimes. Et du coup, il y a certaines victimes qui se sont jointes, certaines associations qui se sont jointes à la plainte, au référé pénal.
- Speaker #0
Dans ses explications, Maître Chance évoque le référé pénal environnemental. Alors justement, à quoi sert-il ? Mais également, quels sont les autres outils de condamnation en droit pénal à disposition des avocats pour sanctionner les pollueurs ?
- Speaker #1
Alors, qu'est-ce qu'on peut faire contre les pollueurs en droit pénal ? Et puis, on peut porter plainte. Ça, c'est possible. On peut porter plainte soit contre X pour des sujets de pollution identifiés. Et donc, ça permet, si une enquête est ouverte, ça permet aux juges d'instruction d'aller rechercher toutes les personnes potentielles qui ont participé à cette pollution. On peut porter plainte contre une personne en particulier, physique ou morale, et on peut aussi porter plainte avec constitution de partie civile, ce qui permet de faire ouvrir une enquête plus rapidement en général. On peut utiliser le référé pénal environnemental, qui est un outil prévu à l'article L216-13 du Code de l'environnement, qui en fait... permet de demander toute mesure utile en cas de non-respect du droit de l'environnement. Et ça peut aller jusqu'à la suspension du site qui n'a pas respecté le droit de l'environnement.
- Speaker #0
Autre point, le 11 avril 2024, l'Union européenne a adopté une nouvelle directive relative à la protection de l'environnement par le droit pénal. Alors justement, que va changer cette directive ? Quels sont ses objectifs principaux ? Mieux protéger le vivant ? Prévoir des sanctions plus lourdes, protéger notre santé, pénaliser des pollutions qui n'étaient jusqu'à présent pas répréhensibles, et surtout, cette nouvelle mesure est-elle une réelle avancée ?
- Speaker #1
Alors c'est un texte qui est très intéressant, et c'est vrai que, j'en ai discuté avec des confrères, notamment un confrère qui était un ancien magistrat, qui lui disait mais c'est un changement culturel quand même. Parce que c'est vrai que ce qui change beaucoup, c'est que maintenant on a la possibilité de faire pas mal de prisons. Je le signe, c'est 10 ans de prison où il y a des peines maximales d'emprisonnement. Voilà, c'est ça. Donc l'article 5. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour garantir que les infractions pénales ou certaines infractions pénales sont passibles d'une peine d'emprisonnement maximale d'au moins 10 ans si elle cause la mort d'une personne. Et après, voilà, ça c'est quand même... assez assez fort va dire en termes de deux signal effectivement civilisationnel sur le fait qu'on dise ben oui en fait tu peux aller en prison dix ans pour des atteintes à l'environnement bon là aussi à la santé humaine à l'âge mais c'est assez intéressant en fait ça revient à vous parler du délit d'écocide L'écocide, c'est quand on détruit intentionnellement des milieux naturels. C'est la flore, la faune. Et il faut qu'il y ait des atteintes qui durent au moins 7 ans. Et il faut que ce soit intentionnel. Si c'est le cas, ça peut constituer un écocide. Et ce délit est condamné par 10 ans d'emprisonnement. Et la peine d'amende est portée à 4,5 millions d'euros.
- Speaker #0
Justement, en parlant d'écocide, saviez-vous que Maître Chans a initié le premier dossier d'écocide en France ? L'affaire se déroule dans la petite ville de Grézieux-Lavarenne, où des maisons ont été construites sur les sols pollués d'une ancienne blanchisserie. Mais je laisse Maître Chans nous en dire plus, et vous allez voir, les conséquences pour la santé sont alarmantes.
- Speaker #1
C'est un dossier de pollution au trichloréthylène ou au perchloréthylène. Et en fait, la pollution, elle est prouvée depuis 1982, date du rendu d'un rapport d'expertise judiciaire. Et oui, oui, donc les 7 ans sont bien remplis. Voilà, et la pollution dure toujours aujourd'hui. Et l'ADEME considère que c'est du jamais vu en France des niveaux de trichloréthylène aussi élevés. En tout cas, ce qui est sur la santé, c'est cancérigène. et donc notamment sur le cancer des reins et après donc il ya aussi du perchorethylène et après il ya tout le problème aussi d'autres polluants et aussi de problématiques de comment on évalue l'atteinte à la santé d'un cocktail de polluants parce qu'en fait tout ce qu'on a sur l'effet sur la santé des substances uniques c'est molécules par molécules On ne fait pas des cocktails et en fait, on ne connaît pas non plus le résultat d'une exposition chronique pendant 20 ans, deux enfants qui étaient in utero exposés aux polluants. Donc, c'est très complexe. C'est Madame Devers qui est venue me voir en me disant, en fait, moi, j'ai découvert de la pollution et j'ai été voir ma voisine qui est à la retraite. Je lui ai demandé si elle était au courant et elle m'a tout dévalé. Et en fait, elle avait sorti. et en fait, elle-même avait attaqué pour pollution dans les années 80. L'entreprise de Blanchissier avait été condamnée et aucune dépollution par la suite. Et par contre, les propriétaires de l'usine ont refait des lofts magnifiques qu'ils ont revendus à prix d'or. Et voilà, c'est une affaire qui a défrayé la chronique dans le coin. Là, au civil, on a bien avancé quand même. Et c'est surtout... C'est surtout au pénal, là. Donc là, il faut qu'on aie une soif.
- Speaker #0
Pour conclure cette interview, j'ai demandé à Maître Chance quel était son avis sur les deux faits d'actualité suivants. Le premier, celui de la relax de la militante qui avait recouvert dans d'autocollants un tableau de monnaie au musée d'Orsay. Et le second, celui de la contamination de l'eau au PFAS dans de nombreuses villes de France.
- Speaker #1
Alors, sur la militante, franchement, j'espère bien qu'elle n'est quand même pas condamnée. un truc qui est vraiment interpellé à la société civile et qui n'a aucun impact sur rien, parce que je veux dire, l'œuvre d'art n'est pas endommagée. Il faut quand même se rendre compte qu'actuellement, on a des ministres qui critiquent l'EFD, on a des gens qui détruisent des bâtiments publics de l'Office français de la biodiversité qui ne sont pas du tout inquiétés. Je trouverais ça complètement choquant qu'une militante qui n'a rien brûlé, qui n'a rien endommagé, soit condamnée alors qu'en fait, ce qu'elle souhaite, c'est entempeler la société civile par rapport à des... un état d'urgence climatique et écologique qui est avéré, qui est documenté. Je regardais la dernière fois la page de scientifiques en rébellion. Quand on a 1000 scientifiques qui font un article, une tribune pour appeler la désobéissance civile parce que c'est la dernière étape qu'il reste pour faire évoluer les choses. Je pense que c'est très bien qu'elle ait été relaxée. Après, sur les polluants éternels dans l'eau potable, je pense que c'est le début d'un scandale sanitaire qui est aussi grave que l'amiante, voire plus, parce que tout le monde est touché, parce qu'on a tous des polluants dans nos corps et parce que c'est des polluants extrêmement persistants. Et c'est là où on revient sur la boucle éclatée avec la prévention. En fait, c'est quand même complètement absurde. qu'on n'ait pas de réglementation à la hauteur sur les substances chimiques qui sont mises sur le marché. C'est-à-dire que moi, il y a quand même quelque chose qui me laisse pantoise, c'est que la plupart des personnes pensent que si elles achètent quelque chose, c'est que c'est safe, parce que c'est sur le marché. En fait, pas du tout, pas du tout. C'est-à-dire qu'une poêle antéphale qui est un peu grattée, on va manger des polioéternels tous les musées. et en fait c'est complètement dingue de devoir faire des recherches à chaque fois pour savoir si ce qu'on va acheter est sain.
- Speaker #0
Et voilà, cet épisode avec Maître Louise Chance est terminé. J'espère qu'il vous aura plu autant qu'à moi et qu'il vous aura permis d'en apprendre davantage sur la criminalité environnementale. Pour retrouver plus d'informations sur cet épisode, rendez-vous sur le site internet du podcast, hopodcast.fr Tout attaché. Et pour écouter les autres épisodes, direction les plateformes d'écoute telles que Spotify, Deezer, Apple Podcasts ou encore Amazon Music. Et si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à me laisser un commentaire ou à mettre 5 étoiles, ça m'aidera beaucoup. A bientôt pour un prochain épisode !