- Speaker #0
Parce que nous ne sommes jamais à court de mots pour parler de ce qui nous anime, à cœur d'argument est née d'une envie simple, comprendre ce qui pousse certaines personnes à avancer avec conviction, malgré les doutes, les obstacles ou le regard des autres, mais aussi celles et ceux qui, portés par l'assurance, avancent avec confiance en eux et en l'avenir. Au fil des rencontres et des interviews, ma ligne éditoriale s'est affinée. Je réalise que ceux qui me touchent le plus, ce sont les vocations, les ambitions et les engagements qui donnent du sens à une vie. Ici, pas besoin d'exploits extraordinaires. Je m'intéresse à des personnalités qui ont trouvé une voie, une raison d'avancer ou encore un terrain d'expression. Qu'ils soient salariés, dirigeants, entrepreneurs, artisans, sportifs, bénévoles, étudiants, artistes, femmes au foyer ou encore à un tournant de leur vie. Une volonté commune rassemble mes invités, celle de suivre ceux qui les appellent profondément. Pour ce huitième épisode, je reçois, ou plus précisément je suis chez Émilien Coleux, 40 ans et passionné par la beauté. et la fragilité de la nature qui nous entoure. Il a ce don de figer des moments précieux comme seule la photographie peut le faire. Aujourd'hui et grâce à ce podcast, je souhaite en savoir plus sur ce vidéaste, photographe et même ambulancier qui rend hommage par son regard aux animaux et aux vivants. Bonjour Emilien.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Merci beaucoup de me recevoir chez toi. Nous sommes dans ton jardin confortablement installé. Alors je vais commencer par une question peut-être un peu étonnante mais j'aime bien de plus en plus, j'aime bien savoir quel enfant se cache derrière l'adulte que j'ai en face de moi. Alors d'où viens-tu et quel enfant étais-tu ?
- Speaker #1
Un enfant plutôt actif, moi je viens de Rennes.
- Speaker #0
Ah donc pas de la campagne ?
- Speaker #1
Si, je suis né à Rennes et j'ai habité à Assigné, en campagne. Du coup, donc la première éveil à la nature, les vaches dans le champ d'en face. Et je me rappelle qu'à 10 ans, je prenais déjà l'appareil photo argentique de mes parents pour prendre les photos des oiseaux du jardin.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord.
- Speaker #1
Mais après, de 10 ans à 25 ans, je dirais que la photo... J'ai toujours eu des appareils photo pour prendre mes amis, mais mon regard vers la nature, ça s'est un petit peu atténué. En tout cas, je faisais moins de photos de la nature. C'est vraiment à peu près 30 ans. que je me suis éveillé à la beauté de la nature.
- Speaker #0
Et il y avait des appareils photo chez toi parce que tes parents faisaient la photo ou pas spécialement ?
- Speaker #1
Non, c'était des appareils que tout le monde avait. Les Kodak qu'on avait aussi. J'avais des jetables.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qu'il fait ? J'avance un peu dans l'interview même si je vais rétro-pédaler après. Mais qu'est-ce qu'il fait qu'à 30 ans tu es revenu dans la photo ?
- Speaker #1
Je ne sais pas, il s'est passé plusieurs choses. Ma sensibilité a peut-être changé. Le fait de... Donc je suis ambulancier à côté, tous les matins, voir le lever de soleil avec les jolies lumières le matin sur le blé, apercevoir des chevreuils dans les champs, tout ça, j'ai trouvé que c'était magnifique. Et un jour, je suis allé courir en forêt et je suis tombé sur plusieurs chevreuils, vraiment à quelques mètres de moi, du coup le lendemain je me suis dit il faut que je retourne parce que c'était vraiment un instant vraiment sympa.
- Speaker #0
Magnifique.
- Speaker #1
Voilà, un instant magnifique. Et ouais, je crois que dès le lendemain, j'ai été m'acheter un appareil photo pour revivre un peu cette scène. Et je trouve que j'ai eu beaucoup de chance dès le début. C'est ça qu'on appelle, je pense, la chance du débutant. J'ai eu d'autres instants que j'ai mis après des années à revivre. Par exemple, j'ai été en forêt et je suis tombé sur des bébés renardeaux qui sont venus vers moi. C'est des choses que j'ai mis des années avant que ça se reproduise. Donc je trouve que la chance m'a aidé à trouver cette voie de la photo. Et on en parlera peut-être après, mais même dans mon jardin, les insectes, je me suis mis à les observer. Et j'ai trouvé que c'était vraiment une merveille. Les insectes, même une petite punaise quand on regarde de près, c'est de la haute technologie. C'est vraiment incroyable.
- Speaker #0
Oui, quand tu dis que tu as croisé des renardeaux, déjà c'est des moments rares. Et est-ce que dans le fait de photographier des animaux, il n'y a pas aussi cette impression de capturer un petit trésor ? Parce qu'on ne peut pas, en plus, dompter la nature, on ne peut pas demander à des animaux sauvages de se présenter, on ne peut pas scénariser finalement. Est-ce que ce n'est pas ça qui fait un peu la joie de cette pratique-là ?
- Speaker #1
Disons qu'il y a une difficulté pour trouver les animaux, donc effectivement, les instants volés à la nature, enfin les instants, comment dire ?
- Speaker #0
les rencontres à chaque fois sont rares donc elles sont précieuses je vais un peu rétro-pédaler cette question tient un peu répondue comment tu décrirais parce que tu es ambulancier donc il y a aussi la fibre humaine tu vas pouvoir parler de ce métier d'accompagner les personnes à des rendez-vous ou les ramener chez elles après une hospitalisation mais comment tu décrirais rapidement en société à quelqu'un ton activité professionnel, sachant que tu as plusieurs métiers.
- Speaker #1
Comment je décris ? Alors moi j'ai été pompier aussi, et à la base j'étais même dans le commerce, mais je me suis aperçu que j'avais plutôt besoin d'aider les gens, enfin vraiment...
- Speaker #0
Oui, dans le soin. Voilà,
- Speaker #1
plutôt dans le soin et l'aide à la personne. Et du coup, le fait de faire d'ambulancier, ça m'a permis de rencontrer des personnes, de discuter avec elles sans rien à leur demander. Et puis, voilà, petite balade dans leur jardin. Enfin, on apprend plein de choses. Donc, ouais, le contact humain.
- Speaker #0
Et ça te plaît, en fait, ça te plaît quand même ce métier ?
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
En parallèle de ton activité de photographe animalier.
- Speaker #1
Oui, oui, ça me plaît, bien sûr. Après, les cadences, aujourd'hui, les cadences, les transports, c'est de plus en plus difficile. Les prises en charge sont plus rapides. Du coup, ça perd un peu de charme. Voilà, mon métier perd un petit peu de charme.
- Speaker #0
Par le rythme ?
- Speaker #1
Par le rythme.
- Speaker #0
J'ai l'impression que dans tous les domaines, le rythme, de toute façon, ça s'accélère.
- Speaker #1
On court après le temps. On court après le temps.
- Speaker #0
Justement, on va en reparler après, mais d'où ce rapport à la nature qui est précieux et qu'on recherche parfois dans une société qui veut aller beaucoup trop vite. J'avais la question, quand as-tu commencé à photographier les animaux comme tu le fais ? Tu m'as dit que c'est plutôt la trentaine. Oui. Tu me parlais de vidéos tout à l'heure. C'est vrai qu'on voit beaucoup de photos sur, par exemple, ton compte Instagram. Est-ce que la vidéo, c'est quelque chose que tu souhaites développer à terme sur ces animaux sauvages que tu captures ? Ou est-ce que ça serait plutôt pour des projets professionnels, comme tu m'en parlais tout à l'heure en off ?
- Speaker #1
Je trouve que les deux vont ensemble dans le sens où les appareils photos font maintenant tous les deux. Ils font tous de la vidéo. Donc dès le début, il y a quelques années, je faisais déjà des vidéos. Mais la photo c'est un instant figé et la vidéo ça peut apporter autre chose. Le mouvement, mettre un peu de musique dessus éventuellement, tout ça a du charme aussi, donc les deux m'attirent. Et oui, là du coup j'essaie de développer au niveau professionnel des prestations vidéo. parce que j'aime faire ça et que je trouve les images magnifiques. Ça génère de l'émotion, autant qu'une photo.
- Speaker #0
Oui, oui, tout à fait. Et alors, j'aimerais que tu nous le dises, justement, quand on voit tes belles photos sur ton compte Instagram. Tu peux rappeler le nom de ton compte Instagram ? C'est quelqu'un qui nous écoute via une plateforme et qui ne sait pas...
- Speaker #1
Amazing Gaia. Donc, Amazing en anglais, extraordinaire, et Gaia, la déesse de la Terre.
- Speaker #0
Et est-ce que tu peux nous raconter comment se passe une séance photo en pleine nature ? Tu privilégies quel horaire, quel lieu, alors là tu vas me dire la nature, mais l'équipement, quels sont les indispensables pour te donner toutes les chances de rencontrer justement ?
- Speaker #1
Alors moi la vidéo au début, la photo excusez-moi, j'ai commencé plus en faisant de la randonnée à pas discrets pour essayer de voir des animaux, donc là j'étais pas dans le statique. Maintenant il y a plusieurs... Animaux notamment, même les oiseaux, le Martin Pêcheur notamment, il faut faire un affût. Pour faire un affût, déjà plutôt tôt le matin ou tard le soir, je prends un filet de camouflage et je prends un appareil photo avec un téléobjectif de 200 à 600 mm. Ça permet de garder une certaine distance pour les animaux ou les oiseaux. Un trépied. Et le trépied, ça permet de ne pas bouger quand l'oiseau va arriver, par exemple. On ne va pas prendre l'appareil et faire un mouvement que l'oiseau va détecter. Donc là, l'appareil photo ne bouge pas. On bouge juste son doigt pour déclencher la photo une fois que l'animal est arrivé. Mais il y a un temps d'attente. Parfois, on ne peut rien voir. Mais ce n'est pas grave. On prend le temps d'être dans la nature, à prendre son temps, à attendre. Et ça fait du bien. Et donc voilà, au niveau matériel, une tenue plutôt dans les couleurs de la nature. Et je pense que j'ai rien oublié.
- Speaker #0
Quand tu parles d'attente, c'est combien de temps à peu près ?
- Speaker #1
Un minimum, un affût, c'est au moins deux heures. Mais il y a des animaux, on peut faire plusieurs jours. Dans les films animaliers, on voit ça. Moi, je l'ai fait pour le tigre, où j'ai attendu deux ou trois jours au même endroit. Alors à chaque fois, il y a d'autres animaux qui vont venir.
- Speaker #0
Il faut de toute façon avoir un rapport aussi à la solitude qu'on aime et dont on a besoin, j'imagine. Parce que c'est vrai que quand on est seul en pleine nature, il faut être patient, il faut justement prendre le temps de méditer, de savourer un peu l'instant présent. C'est des choses qui étaient déjà en toi ou finalement que grâce à la photographie, tu as appris aussi à cultiver ?
- Speaker #1
Non, je ne pense pas être patient à la base. Je le suis devenu.
- Speaker #0
J'ai vu la réaction quand j'ai dit patient.
- Speaker #1
Non, je ne suis pas patient, mais je le suis devenu. Parce que quand on aime quelque chose, on peut y consacrer du temps. Donc voilà, je suis devenu patient. Et au niveau solitaire, je ne suis pas un solitaire, c'est pareil, je prends plaisir.
- Speaker #0
C'est l'image que je me fais des photographes animaliers. Comme quoi ?
- Speaker #1
Non, le contact humain, je suis déjà parti une semaine tout seul pour voir des ours. Et c'était long, c'était long. On est content après de revoir la civilisation et de discuter avec nos semblables.
- Speaker #0
Et je voudrais savoir ce que tu ressens. Vraiment, quand tu arrives, au moment où tu cliques, ou en tous les cas que tu découvres une photo dont tu es hyper fier, qu'est-ce qu'on ressent ?
- Speaker #1
Quand l'animal arrive, s'il arrive, là il y a un instant un peu magique où justement le cerveau est totalement coupé, on est concentré à 100% dans ce qu'on fait et on ne pense à rien d'autre. Et ça, je trouve que c'est génial parce qu'on est vraiment focalisé, il n'y a pas de questionnement derrière, c'est une sorte de méditation puisque là du coup, on ne pense à rien d'autre. On regarde l'animal et ça, c'est un instant vraiment précieux.
- Speaker #0
Tu pourrais aussi aimer le portrait humain, faire des portraits de personnes ou de la street photo, etc. Qu'est-ce qui diffère pour toi des photos de portraits d'hommes ou de femmes et des animaux ?
- Speaker #1
Au début, je ne me concentrais pas sur les photos des humains, mais maintenant, j'aime vraiment tout dans la photo.
- Speaker #0
Ta sensibilité est en train de prendre plusieurs chemins.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça. En gros, j'ai commencé par la nature, mais aujourd'hui, quand je fais un beau portrait, ça me donne des frissons. J'adore.
- Speaker #0
Tu n'en affiches pas encore sur ton Instagram ?
- Speaker #1
Non, du coup, je suis en train de créer un deuxième Instagram pour les photos de mariage ou des choses comme ça.
- Speaker #0
Ok, super.
- Speaker #1
Parce que je ne voulais pas mélanger. Mon Amazon Gaia, c'est que la nature. Je ne veux pas du mariage. Il y en a un tout petit peu, mais mon but, c'est vraiment de ne pas mélanger les deux.
- Speaker #0
Il y a une très belle photo d'une petite fille avec un oiseau. Je ne sais pas si c'est ta fille. Non, un animal. Avec mon chat, avec Lily. Avec Lily, oui. Elle est magnifique, cette photo.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, en parlant de photos, j'afficherai... Alors, il y en a beaucoup que j'aime sur ton compte. Il y en a une que j'adore. Et c'est drôle parce que tu parlais du Martin Pêcheur tout à l'heure. Moi, c'est celle du Martin Pêcheur que tu as prise en juillet 2020. Je la trouve trop belle, avec des couleurs bleues. Voilà, c'est celle que je retiens. Est-ce que tu peux m'en parler d'une en particulier ? Je sais que ce n'est pas facile.
- Speaker #1
Est-ce que c'est celle sur le Bouddha que tu as vue ?
- Speaker #0
Non, je crois qu'on ne voit vraiment que sa tête. On voit la tête et le bec, on ne voit rien d'autre autour. Et je ne sais pas, elle m'a marqué cette photo. Il y en a d'autres, mais là, ce n'est pas la question facile parce que forcément, j'imagine que tu aimes toutes tes photos.
- Speaker #1
Non, non, si, si, je vais vous en parler d'une en particulier. En plus, elle a été prise juste à côté de mon jardin, donc ici. En fait, j'ai fait un bassin. pour favoriser la biodiversité, pour voir des libellules, des choses comme ça. Et j'ai posé une petite caméra pour voir qui venait boire le soir. Donc il y avait des hérissons, des souris, des Ausha. Et un jour, la caméra s'est déclenchée et j'ai eu une alerte sur mon téléphone. Et là, je vois un martin pêcheur. Donc là, je n'aurais pas imaginé qu'un martin pêcheur viendrait dans mon jardin. Donc j'ai trouvé que c'était génial. Et je me suis mis à surveiller le fameux Bouddha, donc c'est une statue de Bouddha qui est à côté de mon bassin, sur lequel le Martin Pêcheur s'est posé. Et je me suis dit, il me faut absolument une photo du Martin Pêcheur sur le Bouddha. Et donc, c'est devenu un peu obsessionnel, j'étais toujours à la fenêtre de chez moi pour voir quand est-ce qu'il allait revenir. Il est revenu, l'appareil photo était prêt, et donc il est venu quelques temps, donc moi je rampais dans ma maison. pour que le Martin Péchard ne me voit pas et pour que j'arrive à déclencher une photo. où le Martin Pêcheur était sur le Bouddha. Et donc j'ai réussi à le faire, en plus j'ai fait une rafale, donc j'ai eu les ailes déployées du Martin Pêcheur, donc celle-ci j'en suis vraiment content, parce qu'il fallait quand même y consacrer le temps, avoir la chance d'être là, et donc voilà.
- Speaker #0
Mais c'est peut-être le même que j'ai vu, mais sous un autre angle. C'était pas en juillet 2020 ?
- Speaker #1
Je peux pas dire la date.
- Speaker #0
mais peut-être mais en tout cas c'est l'oiseau cet oiseau est vraiment magnifique donc dans tous les cas le Martin Péchard c'est drôle parce que c'est la photo qui m'a marqué puis en plus t'en as parlé encore le Martin Péchard est vraiment bel oiseau et je voudrais qu'on parle d'une alors je crois que tu exposes aussi des photographies est-ce que ça tu peux nous en parler du moment où t'as voulu matérialiser déjà ces photos en les imprimant je crois que c'est le nom du canal c'est ça que tu les exposes On entend les oiseaux, c'est agréable. Et qu'est-ce que tu souhaites à travers ça ? Au-delà de sensibiliser à la nature, qu'est-ce que tu souhaites en présentant tes photos ?
- Speaker #1
Alors, j'ai commencé déjà à les exposer par mon métier ambulancier. J'ai proposé des expos aux hôpitaux. Et du coup, ça a matché dès le début, ils ont accepté. J'ai des photos d'animaux dans un hôpital pour enfants handicapés. Elles y sont toujours aujourd'hui ? Elles y sont toujours. J'étais content d'avoir ces premiers lieux d'exposition. Après, j'ai connu l'association Larochamps qui expose près du canal des Bazouges, le canal d'Ile-de-Rance. Là, actuellement, j'ai une exposition sur les renards. Venez la découvrir, c'est près des 11 écluses à aider.
- Speaker #0
De quand à quand ?
- Speaker #1
C'est du mois de mai jusqu'à octobre quasiment.
- Speaker #0
Il y en a combien ?
- Speaker #1
Il n'y en a pas beaucoup, il y en a 6, mais il y a 30 artistes qui présentent des sculptures, des peintures. D'accord. Voilà, ça peut être l'occasion d'une belle balade.
- Speaker #0
Oui, très bien. Et les renards, tu les as pris où justement ?
- Speaker #1
Les renards, ils sont pris dans le coin, près d'ici essentiellement.
- Speaker #0
Comment on arrive à avoir des renards ? Parce que c'est un animal vraiment très sauvage. Donc pareil, en termes de temps, est-ce que c'est le matin, le soir ?
- Speaker #1
Le renard, ça prend un temps fou parce qu'il faut tomber dessus et ce n'est pas facile. Là j'ai eu de la chance, j'ai eu une famille de renards près de chez moi il y a deux ans, pendant deux années consécutives. Cette année malheureusement non, mais j'en cherche. J'ai réussi à voir des renards d'eau dans d'autres terriers. C'est un travail de surveillance, trouver les passages des animaux. Parfois je pose des petites caméras pour voir qui passe par là. Après le terrier, une fois qu'il y a des traces, une fois qu'il est habité, il faut essayer de... De patienter, vous postez à 100 mètres du terrier avec des jumelles et puis tu regardes s'il est habité. Les renardeaux, j'y ai passé un soir sur deux, j'y allais.
- Speaker #0
Est-ce que ces expositions, justement, photos, ce partage de ce que tu fais, ça peut, selon toi, parmi toutes les actions que tout le monde fait, peut aider à changer, enfin pas changer, mais le regard qu'on porte sur la biodiversité, même au-delà de la biodiversité des animaux ? Moi j'ai l'impression quand même qu'on essaye de plus en plus de défendre la cause animale, etc. C'est quoi ton regard, toi, par rapport à ça ? La manière dont on traite les animaux, qu'ils soient sauvages ou domestiques ?
- Speaker #1
On fait un traitement de faveur entre nos animaux domestiques et ceux que potentiellement on mange ou qu'on élève. Donc voilà, il y a un gros problème de cohérence par rapport à la sensibilité qu'on a par rapport au vivant. Notre sensibilité par rapport au vivant, oui, elle manque de cohérence. soit on est bienveillants avec tous les animaux, y compris nos animaux domestiques et les animaux d'élevage. Donc là, il y a un gros travail à faire, je pense, de l'humanité tout entière.
- Speaker #0
Alors, j'ai une question qui me tient à cœur aussi. Donc, tu es ambulancier à temps plein ou à temps partiel pour justement pouvoir vivre ? À temps partiel. Et est-ce que tu peux nous expliquer justement ce choix ? Est-ce que tu peux nous en parler, de ce choix-là ?
- Speaker #1
En fait, quand j'ai commencé à être ambulancier, je faisais des gardes de nuit. Ce qui fait que la journée, j'étais disponible pour faire des photos. Mais avec le temps, j'ai arrêté de faire des gardes de nuit. Du coup, je n'avais beaucoup moins de temps. Et là, j'ai eu un bébé il y a trois ans. Donc, j'ai profité d'un congé parental à temps partiel pour avoir un petit peu plus de temps. Pour faire ma passion, pour m'occuper de ma fille, bien évidemment. Mais pour faire aussi ma passion et développer cette activité de photographe qui me tenait à cœur. Et voilà, aujourd'hui, j'ai conservé ce mi-temps. Je remercie mon patron de l'avoir accepté et ça me permet de développer une autre activité professionnelle, la photo.
- Speaker #0
En répartition, ça représente quoi à peu près ?
- Speaker #1
C'est 50-50.
- Speaker #0
Toi, tu dirais que ça t'offre quand même une certaine liberté ?
- Speaker #1
Oui, clairement, c'est un plus. Ça me permet à la fois de transporter des patients, de faire toujours des belles rencontres, d'avoir une rémunération aussi fixe. et de développer la photo deux activités pour ne pas se lasser c'est vraiment parfait c'est un bon équilibre si tout le monde peut le faire c'est clair qu'il faut le faire
- Speaker #0
Du coup, ça demande de l'adaptabilité, j'imagine, et ça ne crée pas forcément d'instabilité. C'est plus un choix de vie pour que tu sois en cohérence avec ce qui te porte et ce qui te nourrit. Et là, en l'occurrence, c'est la photographie.
- Speaker #1
C'est technique de jongler avec les deux emplois du temps. En plus, j'ai un troisième emploi du temps parce que je travaille dans une boutique de créateurs à D.Wi, notamment, et à d'autres boutiques.
- Speaker #0
C'est dans quelle ville ?
- Speaker #1
Alors c'est à Cancale.
- Speaker #0
À Cancale, ah ok.
- Speaker #1
Et du coup, je fais des permanences parfois.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'a amené à faire cette activité ?
- Speaker #1
Ça c'est pour vendre les photos d'animaux. Un jour j'ai été démarché par une boutique. Enfin j'ai été démarché, j'ai postulé, on m'en a parlé, ça s'est fait. Et du coup, je tiens des permanences pour vendre les photos. Je vends les créations des autres artistes. Et quand je ne suis pas là, les artistes vendent mes créations.
- Speaker #0
Ah, donc c'est bien aussi.
- Speaker #1
Donc c'est pas mal, ouais, c'est vraiment pas mal.
- Speaker #0
Ok. Je trouve ça assez riche d'avoir plusieurs activités, même si ça peut paraître parfois d'extérieur précaire. Je trouve que ça apporte justement une liberté parce que le salariat 40 heures par semaine, je n'ai pas l'impression qu'en voyant quelqu'un comme toi, ça te rendrait heureux. Parce qu'aujourd'hui, on parle des maladies mentales, etc. Mais c'est important pour moi. Je sais que le podcast, de plus en plus, je veux parler de la vocation des gens et de leur vocation, ce qui les anime. Et parfois, ça demande aussi le courage de prendre certaines décisions pour vivre en cohérence, justement.
- Speaker #1
Tout à fait. Il faut vraiment être prêt à gagner moins et avoir plus de temps. C'est aussi une autre richesse. D'avoir du temps, c'est la plus belle des richesses. Exactement. C'est toujours un luxe. Quand j'ai pris le congé parental, j'ai perdu la moitié de mon salaire. Et c'est vraiment un choix que j'ai fait. Mais parce que c'est inestimable, le temps, c'est inestimable.
- Speaker #0
Surtout, on en parlait tout à l'heure, dans un monde où tout va très vite. Et je ne sais plus si je t'ai demandé, alors on parlait du renard tout à l'heure, je voulais savoir quelle espèce te fascine le plus ? Tu aimes prendre tous les animaux, mais est-ce que, même, j'ai vu que tu avais voyagé sur ton compte Instagram, est-ce qu'aujourd'hui il y a des voyages que tu aimerais faire pour des animaux que tu ne peux pas prendre ici, et que tu rêverais de capturer ? Je dis n'importe quoi, un ours polaire ?
- Speaker #1
Il y a quelques animaux... Alors moi j'ai une fascination pour les rapaces, donc moi j'adore les rapaces, tout ce qui est les aigles, les faucons, les chouettes, mais notamment les aigles. Donc j'ai été en Norvège pour voir des pigargues à queue blanche, c'est un des plus grands rapaces qu'on a ici.
- Speaker #0
C'est pas la photo que j'avais acheté justement ? Non,
- Speaker #1
c'est un faucon cressrel que tu avais acheté. Et la pigargue à queue blanche, c'est un aigle... Je n'y connais rien. Alors on dit un aigle, mais c'est plutôt une pigargue, c'est-à-dire c'est un aigle pêcheur. Ça me fascine, ces rapaces me fascinent. Pourquoi ? Je ne sais pas, je les trouve majestueux. Quand on voit les parades nuptiales en l'air, quand on les voit même en vidéo, j'ai déjà vu ça sur Arte, ça me génère des émotions. Je trouve que c'est d'une beauté, c'est une danse. Et donc ça me fascine. Les rapaces, j'aime vraiment beaucoup. Sinon, tous les animaux, c'est super à photographier. Mais les martins-pêcheurs, j'aime beaucoup aussi. Les colibris. J'aime tous les animaux, honnêtement.
- Speaker #0
Et est-ce que tu continues aujourd'hui à faire des voyages comme ça pour enquête de nouvelles espèces, pas de nouvelles espèces, mais d'animaux, ou tu considères que de toute façon ici, il y a déjà une diversité importante et que tu n'as pas forcément de projet d'ailleurs pour le moment ?
- Speaker #1
Disons que dans les autres pays, la nature est vraiment intacte, un peu plus intacte, un peu moins impactée. Nous, on a énormément d'agriculture. Voir les animaux dans d'autres pays, déjà il y a une grande diversité et en plus la nature est plus préservée. En tout cas là je pense au Costa Rica qui est un des projets que j'ai de voyage futur. Mais j'essaie quand même de limiter les voyages un de temps en temps. J'essaie de me centrer là-dessus, quand même sur la biodiversité du coin. Mais bon, je fais des voyages, j'en fais quelques-uns clairement, oui. Après, je pense aussi à des compensations carbone.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
En te parlant, je regarde un joli chat à tes pieds qu'on apercevra sur le compte Instagram qui s'appelle Lily. Est-ce que tu peux nous en parler un peu, sachant que tu m'as dit tout à l'heure qu'elle était importante pour toi ?
- Speaker #1
Alors, elle est importante pour moi dans le sens où, quand j'ai commencé cette passion, je me suis aperçu de sa difficulté. C'est-à-dire qu'on part en forêt trois heures et parfois on ne voit personne, même en étant le plus discret du monde. Alors il y a toujours des oiseaux, des choses comme ça, mais on peut être un peu déçu au début. C'est une passion qui est difficile. Il faut vraiment être persévérant.
- Speaker #0
C'est pour ça que je parlais de patience. Même si tu me dis que tu ne l'es pas, ça me semble essentiel.
- Speaker #1
Voilà, il faut être persévérant. Et du coup, Lily a apporté une touche à un moment un peu difficile où je me disais, bon, est-ce que c'est fait pour toi ? Je me suis dit, je vais y aller avec mon chat, puisque mon chat me suivait partout. Et du coup, le fait qu'elle soit venue avec moi, ça a apporté une nouvelle touche. On était deux en quête d'animaux. Et voilà, Lily sent les traces d'animaux. Des fois, elle ouvre le chemin, elle sprint devant moi. Des fois, elle rattrape son retard. Enfin, elle prend plaisir. Je l'ai habituée à venir en forêt. Et donc, elle m'a vraiment relancé dans cette passion. Donc, je suis très reconnaissant. Et donc, voilà.
- Speaker #0
Et elle vient toujours avec toi ou plus ou moins comme tu me le disais ? Alors voilà,
- Speaker #1
une fois, bon elle n'aime pas trop les odeurs des gros chiens ou croiser un gros chien. Donc une fois, elle s'est cachée dans des ronces, elle a mis des heures à en ressortir, j'ai cru que j'allais dormir sur place. Du coup... J'ai tendance à l'imiter un peu maintenant, elle a un petit peu vieilli, mais maintenant c'est autour de la maison.
- Speaker #0
Et j'ai une question sur la transmission, tu dis que tu es papa, est-ce que ta fille te pose des questions sur ton rapport justement à la nature, à la photographie ? Est-ce que toi tu auras le goût de lui transmettre, ou tu as déjà le goût de lui transmettre cette importance du respect du vivant bien entendu, mais aussi de cette captation du vivant justement ?
- Speaker #1
De toute façon, tout se fait assez naturellement. Elle est dans le mimétisme. Donc, dès que je passe du temps à regarder un insecte, elle va venir avec moi. Et donc, sur les animaux, c'est pareil. Les oiseaux, elle connaît déjà 10, 15 espèces. Enfin, je vois bien qu'elle, comme je lui propose des connaissances, elle est très motivée.
- Speaker #0
Oui, comme tu dis, de toute façon, les enfants, c'est le mimétisme. Donc, la transmission, elle est naturelle.
- Speaker #1
Voilà, après, quand je la vois écraser, une fois, je l'ai vue, comment dire, emmerder une araignée. Là, je la gronde parce que je ne veux pas qu'elle y touche. Je lui dis non, le vivant, on ne tue pas.
- Speaker #0
Mais je trouvais ça intéressant ce que tu disais tout à l'heure sur les insectes, parce qu'on a cette tendance à considérer que parce que c'est tout petit, mais même les enfants, tu dis ta fille, moi aussi, j'ai déjà écrasé des insectes, que parce que c'est tout petit, c'est insignifiant, donc on les écrase. Bien sûr, plus on évolue, plus on comprend qu'il ne faut pas le faire. Qu'est-ce qui explique que toi, j'ai l'impression que tu es dans une sensibilité qui finalement, plus tu avances dans le temps, même si tu es encore très jeune, mais plus tu avances dans le temps, plus j'ai l'impression que cette sensibilité au vivant, elle est importante. Ça, comment tu l'expliques ?
- Speaker #1
Je ne sais pas trop, c'est venu avec le temps. Depuis tout petit, je me rappelle, dans la cour de récréation, il y avait des enfants qui capturaient les cousins et qui arrachaient les pattes. Et depuis tout petit, ça ne m'allait pas du tout. Je ne me bagarrais pas, mais ça ne m'allait pas. J'étais en conflit avec ce genre de personnes. Et du coup, j'ai toujours été sensible à ça, je m'aperçois. Et aujourd'hui, ça devient un peu un problème, comme j'ai le sens de l'observation, on va dire. Même tourner ma pelouse, ça me pose un problème. Je vois les sauterelles qui sautent. Je vois tous les dégâts qu'on fait, la tondeuse à gazon. C'est quelque chose. Donc j'encourage à faire des passages dans sa pelouse et à laisser des petites zones un peu sauvages. Ça se fait de plus en plus. Ouais. Donc je n'explique pas. Je suis devenu un peu hypersensible à la nature et aux vivants.
- Speaker #0
Ce qui est plutôt bon signe. Moi, ça me rassure quand je vois des gens comme toi. J'ai des amis aussi, pareil, qui ont des très beaux terrains, mais qui décident de laisser des endroits complètement, justement, sauvages, entre guillemets, pour justement que la biodiversité se développe, qu'on entende les... les animaux mais est-ce qu'on sera toujours dans ce monde là mais il y a aussi le rapport à l'esthétique c'est à dire que finalement c'est comme tous les robots qu'on voit dans les jardins pour avoir des jardins à l'anglaise, impeccables mais finalement est-ce que c'est pas contre nature de vouloir avoir une nature hyper dontée ?
- Speaker #1
si c'est sûr, après bien sûr c'est une pelouse bien tendue c'est beau aussi, en fait je comprends les gens qui veulent un jardin bien propre en fait il faut faire deux zones, je pense qu'on peut avoir une petite partie propre et puis une petite partie au fond du jardin où on laisse ça à la nature. Moi, je vois ça comme ça. Les tondeuses, peut-être, c'est pas si mal. Les tondeuses automatiques dans le sens où les insectes n'ont pas le temps de s'installer. Tandis que quand on laisse sa pelouse, comme moi, un petit peu haute, les insectes commencent à s'installer dedans. Et donc, quand on arrive avec la tondeuse, là, il y a un dérangement. D'accord.
- Speaker #0
C'est intéressant pour le coup, ce que tu dis. C'est-à-dire que quand il y a une tondeuse qui travaille en continu, finalement, c'est moins... Peut-être.
- Speaker #1
Ouais, voilà. Je pense.
- Speaker #0
Ok. J'ai l'impression qu'il y a plus de sensibilité pour tout ça. Dans les dernières questions, c'est une question un peu généraliste. C'est quoi ton regard aujourd'hui sur le monde qui nous entoure ? On parlait de la vitesse tout à l'heure. En quoi le retour à la nature peut aider des personnes qui se sentent un peu dépassées par la vitesse d'aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'elle peut nous apporter ? Déjà une coupure dès qu'on va dans la nature, si on laisse son téléphone de côté par exemple, déjà ça va nous faire du bien. Rien que d'aller dans une forêt marcher, ça fait un bien fou. C'est scientifique.
- Speaker #1
Tu crois aux énergies des arbres ? ce genre de choses ?
- Speaker #0
Je suis ouvert à tout ça, mais on peut en parler très longtemps. Mais sans parler des énergies où on va rester dans le terre-à-terre, on descend du singe, donc on descend des arbres, et donc être au milieu des arbres, ça fait du bien. Ça, c'est sûr, c'est scientifique.
- Speaker #1
il n'y a même pas besoin d'énergie là-dedans et on ne vit plus du tout au rythme de la nature c'est peut-être bête ce que je vais dire mais c'est vrai qu'il y a eu toute une époque où on se couchait parce qu'il faisait nuit, c'était il y a longtemps on se couchait parce qu'il faisait nuit, on se levait parce qu'il y avait le soleil finalement même biologiquement c'était adapté on va dire et aujourd'hui quand je vois nos rythmes de vie à tous on en parlait tout à l'heure par rapport à la santé mentale j'ai l'impression que c'est la leçon que nous apporte la nature, à voir si on l'écoutera ou pas. Mais à un moment donné, il y a un rythme. Je crois beaucoup au rythme, au tempo. Et l'humain se rend malade par rapport justement à un rythme, je répète, qui n'est pas du tout le sien. J'ai deux dernières questions. Est-ce que tu as un prochain projet en tête ? Là, on parlait de l'exposition. Il faut aller voir. Est-ce que tu as d'autres envies professionnelles ? Quand je dis professionnelles, c'est au regard de tes photos, par rapport aux animaux, par rapport à... Justement, on parlait aussi de prendre des portraits humains, de personnes en photo. Est-ce que tu as un autre projet qui te botte et qui fait cogiter en ce moment ?
- Speaker #0
Alors, en ce moment, déjà, j'ai lu pas mal d'articles sur la disparition des insectes. C'est toujours un sujet qui m'intéresse. Mais là, en ce moment, il y a vraiment une hécatombe. à cause des produits chimiques, à cause de la disparition des milieux. Donc en projet long terme, je dirais que j'aimerais bien acheter des petits bouts de terrain par-ci par-là, j'en sais rien, et laisser ça sauvage, ré-ensauvager le monde, je crois que je ne suis pas le seul à avoir cette idée. Donc ça, ça m'intéresse. Ça, ça peut être un des projets pour apporter quelque chose. Oui,
- Speaker #1
que chaque personne... D'ailleurs, c'est quelque chose qu'on peut tous faire, acheter des petites parcelles de terre.
- Speaker #0
Je pense qu'il y a un truc à faire avec ça. Aurélien Barraud, il en a déjà parlé. C'est qui ? Aurélien Barraud, un astrophysicien qui est sensible aux vivants et qui, pareil, dépense une partie de ses sous à, pas à privatiser justement, mais à protéger des parcelles. Tu achètes une parcelle, donc tu vas être plus pauvre. d'une somme d'argent, mais d'un autre côté, tu vas sauvegarder le vivant. Et donc, ça a du sens.
- Speaker #1
Alors, pour terminer cette interview très agréable dans ton jardin, est-ce que tu aurais un dernier grand message à faire passer ? Même pour quelqu'un, par exemple, qui aime la photo, qui se décourage à faire de la photo d'animaux parce qu'il ne se trouve pas bon. Là, je dis ça, mais ça peut être toute autre chose. Est-ce que tu aurais quelque chose à faire passer ?
- Speaker #0
Sur les marchés, souvent, je rencontre des gens, ils me disent « j'aimerais bien m'y mettre, mais je n'ai pas le temps » . Là, j'ai envie de leur répondre qu'il faut dégager le temps. C'est difficile, c'est vrai, mais il faut dégager le temps. Il y a bien possibilité de dégager 2-3 heures dans sa semaine. Je pense que ça va leur faire un bien fou et ils ne vont pas regretter. Premier conseil. Deuxième conseil, c'est que déjà, même dans son jardin, Même si on n'est pas passionné par les insectes, si on observe une petite zone, on va s'apercevoir que ça grouille de vie. Il y a des petites araignées qu'on ne connaît pas forcément. Ou même créer un bassin. C'est un autre projet encore. Mais même l'eau, l'eau attire la vie. Tu fais un trou dans ton jardin avec des barrières de protection pour les enfants. Tout de suite, ça dépend. où tu vis, mais les grenouilles vont venir, les oiseaux vont venir, les insectes vont venir. Et du coup, c'est vachement intéressant. Moi, je trouve qu'on peut découvrir tout ça, même à 30, 40 ans. Il n'y a pas d'âge pour augmenter sa sensibilité.
- Speaker #1
Et j'ai une question qui me vient, parce qu'on entend beaucoup justement les oiseaux et les animaux chez toi. Est-ce que ce n'est pas aussi thérapeutique, ce bruit de euh... d'animaux, parce que moi je trouve que c'est apaisant par exemple là quand j'écoute, je trouve ça hyper apaisant on est enveloppé par les sons de la nature est-ce que tu ne crois pas qu'une fois de plus avec la balade en forêt, tout ça il y a un bien-être aussi sur le corps humain d'entendre en fait tous ces petits bruits qu'on n'entend plus quand on est justement dans un environnement hyper aseptisé, sans herbes, sans points d'eau comme tu disais bah oui bien sûr,
- Speaker #0
souvent on cherche une fonction aux animaux. On se dit, lui, il sert à ça, lui, il sert à ça. En fait, ils n'ont pas besoin d'avoir une fonction. Ils sont là.
- Speaker #1
C'était très la campagne autrefois. On avait des chiens pour protéger.
- Speaker #0
Mais même chaque espèce, on se dit, ça sert à quoi une punaise ? Mais en fait, il n'y a pas besoin d'avoir de fonction. Nous, les humains, on n'a pas vraiment de fonction, à part en ce moment faire des dégâts. Donc la fonction, c'est d'habiter le monde. Et du coup, il y a aussi une fonction esthétique. C'est magnifique.
- Speaker #1
Ça, je trouve que c'est intéressant ce que tu dis. Après, l'interview va s'arrêter, mais moi, c'est des choses qui m'interrogent beaucoup. C'est qu'il y a aussi cette notion de productivisme aujourd'hui. On a tous l'impression, à juste titre, parce que l'école nous a enseigné ça aussi, qu'on doit être productif, qu'on doit servir à quelque chose. Mais finalement, ces injonctions font qu'aujourd'hui, beaucoup de gens se disent « moi, du coup, ce que je fais, ça n'a pas de sens, donc du coup, ils ne sont pas bien, donc du coup, une fois de plus, j'en reviens à la santé mentale, mais c'est quelque chose qui me préoccupe parce que j'observe un peu la société. » Donc je trouve ça hyper intéressant ce que tu dis sur le fait que les espèces n'ont pas toute une fonction, même si certaines en ont. Une fois de plus, c'est peut-être encore une leçon à tirer à laquelle je n'avais pas du tout pensé moi, de simplement profiter de l'oxygène qu'on respire, d'être présent sans forcément ce souhait absolu de devoir servir à quelque chose, même si on a tous notre place.
- Speaker #0
Et la fonction esthétique aussi, c'est beau. C'est beau un monde habité avec une multitude d'espèces, une multitude de sons. Je pense que ça fait du bien de voir tout ça et de s'émerveiller.
- Speaker #1
Ok. Merci beaucoup, Emilien, pour cette interview. Je rappelle ton exposition au bord du canal, c'est ça ? AIDÉ ? Oui. Rappelle-moi la date.
- Speaker #0
Octobre.
- Speaker #1
Mais tu en organises de toute façon régulièrement.
- Speaker #0
Chaque année, il y a une expo ici.
- Speaker #1
Très bien. Merci et bonne continuation dans tes photos. Merci à toi.