- Speaker #0
Elle est historienne, artiste peintre, ancienne enseignante, mère de trois enfants et grand-mère attentionnée. Mais pour le grand public, elle a longtemps été résumée à une seule étiquette, la mère de Miss Univers. Mais qui est-elle, elle, loin des caméras et des paparazzis ? C'est ce que nous allons découvrir dans notre podcast à contre-jour. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Laurence Comon. Elle va nous raconter la brutale irruption de la célébrité dans son petit cocon familial, la quête de loyauté parmi ses proches, la difficulté d'être une mère sans devenir une journaliste d'investigation pour sa propre fille, mais aussi sa reconquête de liberté, de son corps et de sa propre voix. Installez-vous confortablement, oubliez les clichés et découvrez l'histoire fascinante d'une femme qui a su rester elle-même au milieu d'une brutale tempête médiatique. Bonjour Laurence, merci de nous accueillir chez toi.
- Speaker #1
Bonjour Vanessa, merci.
- Speaker #0
Alors je l'ai dit, tu as été enseignante, tu es historienne, peinte, créatrice de contenu aussi ? Aussi. Mère, grand-mère. Parmi toutes ces identités, laquelle te définit le mieux aujourd'hui ?
- Speaker #1
C'est un peu tout je pense, parce que je pense que quand on est une femme, on est beaucoup de choses à la fois. Et puis ce serait trop réducteur de dire je suis ça et pas ça, on est plein de choses à la fois.
- Speaker #0
Alors du coup raconte-nous un peu ton histoire. D'où tu viens ? Qu'est-ce que tu... ce que tu as fait ton enfance.
- Speaker #1
Oui, alors, moi, j'ai un père qui vient des mines et qui était ingénieur, en fait, et qui a dirigé pendant un moment, enfin, pendant même toute sa vie, un département de la lénière de Roubaix. Ça nous a influencés parce qu'il nous ramenait des nuanciers avec de la laine. On a été bercés par le textile, le patrimoine, les couleurs aussi. Et ça rejoint d'ailleurs le métier de ma mère qui a été couturière. Elle était passionnée par le tissu, les belles matières. Ça c'est quelque chose qu'on a hérité parce qu'on a toujours baigné dans la mode, les magazines féminins. Ma mère d'ailleurs avait fait la robe d'Iris à la fin du lycée. Il y avait le bal de la promo en fait en quelque sorte. Et elle lui a fait une robe un peu sur le modèle de Marilyn Monroe. Et elle a été élue reine du bal.
- Speaker #0
C'est une jolie histoire familiale du coin.
- Speaker #1
Oui, c'est resté un peu un fil rouge. La mode, il y a beaucoup de choses qu'on a héritées de ma mère d'ailleurs.
- Speaker #0
Mais ça a un vrai critère familial, on va dire.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Le textile. Et puis, après, beaucoup de choses. Mon père était quelqu'un de très cultivé. Il y était, il est toujours vivant. Il a 91 ans. mélomane mais aussi amateur d'art il avait beaucoup de bouquins d'art et j'ai passé mon enfance à regarder ça ça m'a sans doute aussi influencée beaucoup influencée parce que toi t'as pas choisi le textile pas du tout, professionnellement non pas du tout moi j'aimais bien les enfants j'avais envie d'être pédiatre au départ j'ai pas fait les études pour mais je regrette absolument pas d'avoir été enseignante parce que j'ai toujours pensé que moi j'étais privilégiée quand même d'être née dans une famille, surtout par rapport à ma mère qui n'a vraiment pas eu de chance à la naissance. Le fait de vivre avec un père ingénieur, d'avoir accès à la culture, d'avoir accès à beaucoup de choses. Je pense que tout le monde ne l'a pas. Ma mère, par exemple, elle n'osait pas aller dans un musée parce qu'elle disait que ce n'était pas pour elle. C'est d'elle aussi que je tiens un peu le syndrome de l'imposteur.
- Speaker #0
Cette absence de légitimité, de se dire que je n'ai pas ma place ici, que ce n'est pas pour elle.
- Speaker #1
Et je me suis dit que c'était... vraiment pas juste. Et c'est vrai que j'ai consacré beaucoup de mon temps à apporter ça, je pense, aux enfants dans les classes que j'ai eues. Et après, quand j'étais conseillère pédagogique, j'ai eu des missions culturelles. Et après, dans les musées, essayer d'ouvrir le plus possible, de semer des petites graines. Et donc, c'est ton père qui t'a donné le goût de la culture ? Parce que c'est quelque chose qui est très farché, toi. Oui, sans doute. Et puis, après... C'est les études. Alors pourquoi l'histoire ? Je ne peux pas bien l'expliquer. J'ai fait d'abord des études d'histoire et après d'histoire de l'art, mais j'ai toujours été passionnée par les images.
- Speaker #0
Et tu es toujours restée dans le Nord ?
- Speaker #1
Oui, toujours. Moi, je suis née à Tourcoing,
- Speaker #0
parce que nous sommes aux Ordu-Chétois et nous sommes dans le Nord.
- Speaker #1
Oui, je suis toujours restée dans le Nord. C'est une passion que je pense que j'ai communiquée à mes enfants, parce qu'aujourd'hui, seul l'aîné de mes enfants habite près de chez moi, à Asbrook. Les autres habitent plus loin, mais ils ont gardé finalement l'amour de leur région.
- Speaker #0
Oui, je pense qu'il y a un très gros attachement émotionnel, je pense, à cette région. Et je pense que quand tu pars, même si tu pars habiter ailleurs, tu as quand même cet attachement quand tu reviens. Donc tu as été enseignante, oui. Après, comment tu es partie ? T'as souhaité arrêter ? Comment ça s'est passé un petit peu tout ça ?
- Speaker #1
Alors moi j'ai été enseignante, j'ai eu des classes au niveau primaire, donc de la maternelle au CM2. Je me suis spécialisée après dans la petite enfance. Et j'ai travaillé après comme conseillère pédagogique. En fait, c'est la formation des enseignants. Et puis j'ai beaucoup eu les missions aussi culturelles. Donc ça a duré quelques années. On m'a proposé d'autres postes. Je ne peux pas dire qu'ils ne m'intéressaient pas, mais je me suis dit, bon, allez, c'est peut-être une opportunité.
- Speaker #0
C'est peut-être le moment de changer un peu.
- Speaker #1
Je me suis toujours dit que la vie, c'était ça. C'était des portes. On les ouvre ou pas. On ne sait pas ce qu'il y a derrière. Et j'ai décidé d'arrêter. J'ai travaillé. J'ai été commerciale pour des fournitures scolaires. Je ne me suis pas trop...
- Speaker #0
Je suis passée dans la zone de confort. Pas trop partie loin, quand même.
- Speaker #1
Et voilà. Et après... J'ai quitté ce métier-là. Je travaillais en parallèle pour le musée départemental de Flandre de Cassel. Et après, j'ai décidé de travailler tout le temps. À 100% là-bas ? Voilà, pratiquement à 100%. Et j'ai travaillé pour le musée de Cassel et pour le musée de Bayeul et pour le service du patrimoine de Bayeul. Aujourd'hui, je ne travaille plus trop pour le patrimoine, aussi parce que je vieillis. Je me suis mariée et j'aide mon mari parce qu'il a besoin de quelqu'un. Alors ça n'a rien à voir, c'est de la gestion administrative et des factures. Et donc aujourd'hui, tu l'accompagnes, tu fais de la gestion avec lui.
- Speaker #0
Oui, voilà. Je crois que tu t'occupes aussi beaucoup de ton papa.
- Speaker #1
Je m'occupe de mon papa qui a 91 ans, qui perd aussi son autonomie. C'est d'autres enjeux aussi. Je m'occupe aussi de mes petits-enfants.
- Speaker #0
Voilà, de l'autre côté de l'échelle d'âge.
- Speaker #1
Le sandwich.
- Speaker #0
Les parents. Tu as combien de petits-enfants ?
- Speaker #1
J'ai deux petits-enfants qui ont 10 ans et 7 ans.
- Speaker #0
Et du coup, en parallèle de ta carrière,
- Speaker #1
tu as eu trois enfants. Oui. Deux filles et un garçon.
- Speaker #0
C'est ça. Donc tu les as eus à peu près à quel moment tu étais encore enseignante ? Ah oui,
- Speaker #1
j'étais maman à 22 ans, je me suis mariée la première fois à 20 ans. J'ai eu mes enfants, oui j'étais enseignante. Et bon, leur père est enseignant aussi, il est prof, il est prof d'histoire.
- Speaker #0
Basé sur ça, ça devait filer droit à la maison.
- Speaker #1
On avait des exigences scolaires.
- Speaker #0
C'est vrai. Mais aucun n'a embrassé cette carrière-là. Enfin, ils sont tous partis vers le médical. Vous les avez traumatisés. Peut-être. Peut-être. En tout cas, deux sur trois sont partis dans le médical. Oui. C'était normalement la dernière aussi. Parce qu'elle était en... Ah oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Elle était en chirurgie dentaire. Elle était en cinquième année de chirurgie dentaire. Iris, quand elle est partie, elle aurait son destin qui a complètement basculé. Oui, là,
- Speaker #0
elle est moins dans le médical pour l'instant. Mais après... La vie est faite de beaucoup de choses. Oui, la vie est faite de beaucoup de choses. On ne sait pas. Une journée ordinaire chez toi, aujourd'hui, c'est quoi ?
- Speaker #1
Une journée ordinaire ? Alors bon, à part, on va dire le travail. Moi, j'aime bien me consacrer aussi du temps, en tout cas pour moi, notamment dans mon atelier. J'ai la chance d'avoir un atelier au bout du jardin. Et c'est mon espèce de liberté. Je me donne la musique. Et ce n'est pas chez moi. bon cours si J'ai pas l'impression d'être enfermée puisque je continue. Tu vas au bureau un peu.
- Speaker #0
C'est comme si d'autres vont au bureau, toi tu vas à ton atelier.
- Speaker #1
Mais je m'oblige pas à faire des... J'y vais quand j'ai envie. Si j'ai envie de peindre, si je suis inspirée. Ou si j'ai pas envie ou que j'ai envie d'aller me promener. J'habite près de la gare, je vais à Lille, je vais me promener. C'est une passion que tu as depuis longtemps ? Je crois que j'ai toujours eu cette passion-là. J'ai l'impression que j'ai toujours aimé peindre.
- Speaker #0
Et le talent que tu as ? et dont tu es le plus fière ?
- Speaker #1
Je ne sais pas, j'aime bien faire beaucoup de choses, j'aime bien cuisiner aussi, mais j'aime bien partager.
- Speaker #0
Avoir du monde à la maison, avoir des enfants, des petits-enfants, des amis.
- Speaker #1
Oui, voilà. J'ai la chance d'avoir aussi un mari qui accueille mes enfants comme les siens. On essaie de refonder une famille. Alors, ils sont grands, les enfants, ils sont adultes, mais on se retrouve tous. On essaie aussi que les enfants, entre eux, aient des liens.
- Speaker #0
Parce que du coup, ça fait cinq enfants.
- Speaker #1
Cinq enfants et puis presque autant de conjoints, des petits-enfants. Donc oui, quand on se rassemble, on est assez nombreux.
- Speaker #0
C'est pour ça qu'on a une très grande table ici. Oui. Ça, c'est bien. C'est ton petit bonheur de partager avec eux, de les faire se rencontrer, retrouver. Oui, voilà. J'aime bien partager des choses avec les petits-enfants aussi,
- Speaker #1
faire des activités avec eux. Alors, de la peinture, mais de la couture, ce qu'a fait ma mère finalement avec nous aussi. Les filles s'en souviennent encore et elles ont gardé justement la transmission encore. Oui,
- Speaker #0
c'est important.
- Speaker #1
C'est important, je pense.
- Speaker #0
Maintenant qu'on en sait un petit peu plus sur toi, on va parler du moment où ta vie a un peu changé quand même. pas que la tienne évidemment, celle de ta fille Iris, qui est devenue tout d'abord, avant d'être Miss Univers, elle est devenue Miss France, et toi tu as une expression qui est très forte pour décrire ce qui s'est passé dans ta vie à ce moment-là. Tu parles de brutale irruption dans un monde aux antipodes de notre quotidien familial. C'est quoi déjà ton souvenir très précis de ce basculement, ce moment où tu t'es dit, il y a un truc qui va quand même changer dans ma vie là ? Il y a beaucoup de choses qui ont changé de façon très brutale,
- Speaker #1
puisque nous on habitait à la campagne, on était... Moi, à l'époque, j'étais avec mes enfants. On ne vivait pas dans le luxe du tout. Tu étais maman célibataire ? J'ai vécu avec quelqu'un qui n'était pas toujours présent. Mais j'ai eu des moments qui étaient un peu plus compliqués que d'autres. En étant avec les enfants, le papa des enfants qui habitait très loin. Des soucis, on va dire, matériels. Des soucis de tous les jours. Et d'un seul coup, on s'est retrouvés avec... Des drones dans le jardin, des journalistes qui faisaient irruption tout le temps. Donc ça, c'est dès qu'elle est devenue Miss France.
- Speaker #0
On ne parle pas encore de Miss Universe. Oui, oui,
- Speaker #1
Miss France. Dès Miss France, ça a commencé. Et puis, des préoccupations qui n'étaient pas les nôtres au départ. Parce que même, d'ailleurs, pour Iris, elle était quand même en chirurgie dentaire. Donc, elle se coiffait, bien sûr, mais elle n'était pas le maquillage, les ongles, les cheveux. Ce n'était pas sa préoccupation première. Nous, on aimait bien la mode, on aimait bien s'habiller, mais on n'avait pas de luxe. Et tout ça s'est arrivé, on s'est retrouvés propulsés dans des lieux où on n'était pas habitués,
- Speaker #0
avec des gens pas forcément très à l'aise. Non,
- Speaker #1
pas à l'aise du tout, mais en train de se dire, mais ça ne va pas aller. Comment on s'habille ? Je n'ai pas les chaussures, le sac qui va bien. Qu'est-ce qu'ils vont penser ?
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'était difficile un peu quand même au départ.
- Speaker #0
C'était difficile parce que c'est quelque chose que tu n'avais pas anticipé. C'est-à-dire que souvent, on voit que les parents, parfois d'ailleurs beaucoup la maman, poussent leur fille à faire ce type de concours. C'était ton cas ou pas du tout toi ?
- Speaker #1
Alors absolument pas. Moi, je n'ai pas encouragé du tout Iris à faire ce concours.
- Speaker #0
Vous avez fait comment du coup ?
- Speaker #1
Mais quand elle m'en a parlé, parce qu'elle avait été repérée, donc on lui avait proposé de participer au concours.
- Speaker #0
Ah, c'est pas elle qui a fait la démarche ? C'est quelqu'un qui est venu la chercher ? Oui, elle avait un... Parce que je voyais pas trop le lien entre dentaire et...
- Speaker #1
Elle avait un job étudiant, parce que, bon, trois enfants qui font des études, bon, voilà, genre, elle avait demandé de faire un petit job étudiant. Iris faisait de l'événementiel et elle côtoyait beaucoup de gens dans le domaine de la mode. Et elle avait été repérée. On lui a proposé de participer au concours de Miss Flandre,
- Speaker #0
qui s'était éteint et qui était repris.
- Speaker #1
Et elle me parle de ça. Et je lui dis, mais non, tu ne vas pas faire ça. Et puis nous, on se bat pour être autre chose. Les femmes, on n'est pas que...
- Speaker #0
Un petit discours féministe.
- Speaker #1
Et puis bon, de mauvais souvenirs. Personnellement, j'avais aussi participé à un concours. J'avais fait un peu de mannequinat.
- Speaker #0
Un concours de beauté aussi ? Toi aussi, tu avais fait un concours de beauté ?
- Speaker #1
Complètement par hasard, en vacances. Et je me suis retrouvée à... 16 ans et demi, je crois, en maillot de bain avec des talons, pas du tout à l'aise, mec comme un clou, avec des gens qui regardent, ça m'avait traumatisé. Et j'avais dit mais non, c'est vraiment pas intéressant, et puis c'est un monde. Et puis au final, elle a accepté. Et puis elle m'a dit écoute, j'y vais avec des copines, on va se marrer.
- Speaker #0
Bon, vraiment pas très pris au sérieux, pas en mode je vais passer par ça depuis des mois.
- Speaker #1
J'ai pris mes places à la dernière minute, en arrivant quand même avec mes parents. Et puis en arrivant là, j'ai vu les panneaux, le décor de la scène avec le symbole de Miss France. Et je me suis dit, ah, c'est pour Miss France ?
- Speaker #0
Ah oui, tu pensais que c'était un concours de beauté, voilà. Ah bonjour, Miss Flandre, bon ok.
- Speaker #1
Voilà, et puis... Et voilà qu'elle est élue.
- Speaker #0
Et là,
- Speaker #1
il faut le maquillage de Miss, les robes de Miss, mais c'est quoi ?
- Speaker #0
Et toi, tu te dis quoi ? Tu te dis, ça va un peu loin ? Ou tu te dis, c'est rigolo ?
- Speaker #1
Bon, moi, je me dis que c'est... Et puis, elle me dit, mais moi, j'ai envie d'être Miss Nord-Pas-de-Calais, parce que si je suis Miss Nord-Pas-de-Calais, je vais partir pour Miss France et j'irai à Tahiti. C'est une bonne motivation, je peux comprendre que ça soit... Et puis, elle s'est un peu prise au jeu. Et bon, Iris, c'est quelqu'un qui est très persévérante. Elle a vraiment mis les choses de son côté. Elle a bossé, il faut le dire. C'est vrai que, bon...
- Speaker #0
C'est quoi bosser pour Miss France ? Parce que les gens, je pense que là, encore, on va rentrer après sur les préjugés. Mais quand même, quand tu dis qu'elle a bossé, bon...
- Speaker #1
Elle a fait l'effort aussi de s'intéresser justement à comment se maquiller. comment on fait pour marcher, comment... Je me souviens qu'elle préparait des tenues avec les bijoux. Alors, c'était des bricoles, mais elle faisait des montages en disant, bon, là, je mettrais ça, là, je mettrais ça, en fonction aussi des moments. Enfin, je sais pas si tout le monde fait ça, mais... Et puis,
- Speaker #0
elle fait aussi des tests. Il y a aussi des tests, nous, on le voit pas en tant que téléspectateur, mais il y a aussi des entretiens, etc. Pour voir effectivement... Ta diction, comment tu t'exprimes, ta culture générale, etc. Oui, la culture générale. Ça aussi, elle s'est préparée là-dessus ?
- Speaker #1
La culture générale, je ne vais pas dire qu'elle l'avait, parce qu'elle a quand même fait des études, elle a eu un bac scientifique. Mais bon, c'est un monde complètement différent, dont les codes sont complètement différents, et ce n'est pas évident de s'adapter. C'est un exercice quand même.
- Speaker #0
Il y avait des filles qui étaient surpréparées. Qui se réparent à ça depuis des années, ou des choses comme ça, ouais. Alors,
- Speaker #1
il y a des filles qui, je ne vais pas dire qu'elles jouent leur vie, c'est ce que j'ai retrouvé pour Miss Univers aussi. Nous, en France, on a le système de santé, elles, elles jouent, elles viennent d'un milieu parfois, mais très, très, très, très modeste, et c'est la chance de leur vie, c'est un peu un ascenseur social aussi, il ne faut pas l'oublier. Donc, nous, c'est vrai qu'on était un peu dilettantes, au départ, quand elle a abordé le... Le concours, on a vu des destins qui étaient quand même très fragiles, des gens pour qui c'est très important, et les parents aussi qui mettent la pression. Moi j'ai vu en l'accompagnant des parents qui filmaient leur fille, et après c'était « mais pourquoi t'as fait ça ? » « et ton maquillage n'allait pas ? » « et là il ne faut pas faire comme ci, il ne faut pas faire comme ça ? » Alors que nous on n'était pas dans ce mood-là du tout. ce qui est rigolo c'est que Pour justement s'adapter à d'autres mondes, ma maman vient d'un milieu très très modeste, elle a été placée comme bonne à 14 ans et elle disait toujours que l'éducation c'est quelque chose qui permet d'aller partout dans le monde et aussi quand on ouvre la bouche on est jugé. Donc elle a toujours mis un point d'honneur à ce qu'on apprenne les bonnes manières qu'on disait à l'époque et je me souviens que moi je le disais aux enfants, je leur disais Vous aurez beau avoir toutes les professions que vous voulez, vous aurez de l'argent, etc. Mais si vous ne savez pas vous comporter, si vous n'avez pas les codes, beaucoup de portes vous seront fermées. Et finalement, j'ai dit à Iris, si un jour tu te retrouves, tu ne sais pas à la table, peut-être d'un ministre, je ne sais pas. Il faut que tu saches te débrouiller. Et avec le recul, je me dis, c'est énorme. C'est vrai parce qu'aujourd'hui,
- Speaker #0
ça doit lui servir. Mais oui,
- Speaker #1
parce qu'elle s'est trouvée dans des, forcément,
- Speaker #0
des tables prestigieuses. Et merci maman. Et donc, elle part pour le concours Miss France.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Vous y croyez ou pas ?
- Speaker #1
On se dit qu'elle est dans les favorites, il y a des trucs comme ça ? On ne sait jamais trop parce qu'évidemment, il y a des favorites, il y a des forums, il y a tout un monde que j'ignorais totalement avec des gens qui commentent. Ce n'est pas toujours très bienveillant d'ailleurs, mais il y avait déjà des systèmes pour avoir des likes, des gens, des abonnés en plus. Et puis... Le jour du concours, je me disais, il y a beaucoup de filles qui sont très jolies. Donc, pourquoi pas ? Elle avait été à Tality, pour moi, c'était le but ultime. On ne sait que du plus. Voilà, puis elle était sous le feu des projecteurs, vraiment. Et moi, ma question, ce n'était pas vraiment qu'elle réussisse, c'était... me dire comment ça va se passer quand elle va retourner à la fac. Parce que là, elle est à Tahiti, shootée, mitraillée tout le temps.
- Speaker #0
Elle est sur TF1, regardée par des millions de téléspectateurs. Et après,
- Speaker #1
comment on gère ça ? Après, psychologiquement, comment ça va se passer ? Et je ne sais même pas si elle y croyait. Puisque les derniers SMS qu'on s'est échangés, elle en avait marre de manger du poisson et des haricots verts. Elle m'a dit, maman, je boucle le truc et je reviens, tu vas me faire une. terrine, je pense qu'à ça. Mais c'était la terrine.
- Speaker #0
Elle n'était pas du tout dans le mind.
- Speaker #1
Donc nous, on a assisté. Donc tu étais présente dans le public, j'imagine ? Oui, j'étais là, bien sûr. Je me souviens que quand elles sont restées les dernières, je me suis dit, les douze, les cinq. Elle va être dauphine de Miss France. Ça me paraissait énorme.
- Speaker #0
Et là, quand elle est dans les deux dernières, tu ressens quoi ? Quand tu la vois dans les deux dernières et puis son nom sort, c'est quoi l'émotion ?
- Speaker #1
Je suis stressée. Je me suis dit, bon, et si elle devient Miss France. Là, comment ça se passe ?
- Speaker #0
Ça se muscule beaucoup, puis t'as pas de temps dedans que ça non plus, donc on annonce que c'est elle.
- Speaker #1
On annonce que c'est elle, bon, voilà. Après, j'étais contente, encore. C'est pour Miss Univers que j'ai mal réagi. Parce que là, je me suis dit que c'était quand même... Là, c'était too much. Elle allait partir aux Etats-Unis, son destin lui échappait complètement, elle reviendrait jamais à ses études, à sa vie d'avant. On avait déjà été perturbés l'année, enfin, quand même, pour Miss France Merci. On n'arrivait plus à se promener dans la rue, à avoir nos petits goûters de filles, nos après-midi de filles qu'on se faisait, tout ça. Je me suis dit, tout ça, ça va être encore pire. Ça va être encore pire.
- Speaker #0
Et j'avais peur pour elle. Là, France, c'est sécurisant. Elle est en France, tu sais. Oui. Aux Etats-Unis, avec une autre organisation qui n'était pas très dans le contrôle en plus, je crois.
- Speaker #1
Je me posais mille questions et je me souviens d'avoir pleuré, en fait.
- Speaker #0
Mais de tristesse.
- Speaker #1
Mais de tristesse et d'angoisse. C'est... Alors, les gens ne comprenaient pas trop, parce que... c'est quelque chose qu'on attend comme un événement extraordinaire. Et moi, ça m'a vraiment déstabilisée. Et je me souviens que ma mère aussi, j'ai eu ma mère au téléphone qui pleurait, qui me disait,
- Speaker #0
c'est fini, on ne la verra plus jamais. Et puis, c'était... Après, on s'est reprise. C'est ça qui est intéressant aussi d'avoir dans ton regard de maman, parce qu'on a l'impression que c'est formidable, c'est extraordinaire, tout le monde, et que c'est le plus beau moment de ta vie. Mais en réalité, puisque ta fille est Miss Universe, c'est quand même incroyable. On ne voit pas derrière, effectivement, les inquiétudes, la perte de lien et tout ça. On va en parler un petit peu plus, mais si on revient un peu au moment où elle devient Miss France, avant Miss Univers. Est-ce que tu te souviens la première fois où un inconnu l'a reconnue dans la rue ? Est-ce que tu as ressenti ? Est-ce que c'était de l'inquiétude, de la fierté ?
- Speaker #1
Je crois que la chose qui m'a le plus frappée, j'ai bien réfléchi par rapport à ça, c'est le premier Noël. Donc on avait une équipe de TF1 qui voulait venir à la maison voir un Noël en famille. Donc mes parents me disent, on va le faire à la maison.
- Speaker #0
Et on a Iris, habillée, j'allais dire déguisée, mais habillée en Miss France.
- Speaker #1
Avec son écharpe, la couronne, etc. Le jour de Noël ? Enfin, le moment de Noël. On s'était, voilà, à peu près un peu avant Noël, je pense. Et là, ma mère, pendant le tournage, qui me dit,
- Speaker #0
ça fait quand même bizarre d'avoir Miss France à la maison. Et elle parlait de sa petite fille. Et là... Ça nous a tous marqués. Parce qu'en fait, t'as l'impression que c'est plus la même personne. C'est ça. Que t'as une personne extérieure.
- Speaker #1
Et on n'avait pas encore l'habitude de jongler avec ça. Alors quand elle était reconnue dans la rue, c'était Miss France. Puis elle se promène toujours avec son écharpe du coup ?
- Speaker #0
Non. Non, je pense qu'elle dort.
- Speaker #1
Mais c'était un vrai problème. Moi, je me souviens d'avoir justement réalisé à quel point la célébrité pouvait être... compliqué à gérer parce que quand elle est avec les écharpes, le cil, la couronne, le brushing hollywoodien, etc., elle ne peut pas toujours être comme ça. Donc, elle va aussi chercher son pain,
- Speaker #0
j'en sais rien, un branton. D'accord, donc il y a quand même des jours où elle n'est pas constamment sous contrôle. Et là,
- Speaker #1
les gens disent qu'elle ne ressemble à rien. Moi, il venait et me disait « Mais à quel âge ? Mais elle est vachement jeune ! » Je lui dis « Oui, mais on ne peut pas toujours être apprêtée, toujours correspondre à l'image qu'on a dans les journaux. » Et là, je me suis dit « Mais le nombre de femmes, d'actrices qui sont comme ça, scrutées tout le temps, en train de regarder si… » En fait,
- Speaker #0
tu as commencé à toucher du doigt l'impact que ça allait avoir sur votre image, sur le regard des gens par rapport à vous.
- Speaker #1
Sur le regard qu'on pouvait avoir sur elle et sur nous. Et au départ... Je me suis dit qu'en plus, elle était encore jeune avec le temps.
- Speaker #0
Elle avait quel âge, du coup ?
- Speaker #1
Elle avait 22 ans, en fait. 22, 23. Elle s'est quand même jeune encore pour gérer ça.
- Speaker #0
Gérer à la fois les attentes énormes des gens par rapport à l'histoire, et puis toutes ces critiques, effectivement. C'est ça,
- Speaker #1
et on se retrouve quand même du jour au lendemain avec... Alors, c'est normal de se comparer entre êtres humains. Je veux dire, c'est normal, mais... Là, c'est vraiment des comparaisons avec... Puis en plus, avec d'autres figures,
- Speaker #0
il y a toujours une part de jalousie. Est-ce qu'elle est si belle que ça ? D'ailleurs, pourquoi elle n'est pas une autre ? Au début,
- Speaker #1
elle ne se sentait pas légitime.
- Speaker #0
Elle se dit, mais je ne suis pas assez belle pour être Miss France. Sachant que tu as évidemment plein de gens bien intentionnés qui disent, oui, on ne comprend pas pourquoi c'est elle, il y en avait d'autres. Et puis, les petits défauts qu'on peut avoir, on a tous des particularités physiques. Un petit défaut qu'on a, à la limite qu'on ne remarque même pas,
- Speaker #1
là on le voit écrit. Ah mais elle a ça.
- Speaker #0
Elle a un oeil un petit peu plus fermé que l'autre.
- Speaker #1
Oui voilà. Et son front ou son breton. Puis à la place, à toute façon son nez il est modifié. Moi on venait me voir, on me disait, ah oui mais vous n'avez pas le même nez. Ah c'est bizarre. Mais vous il n'est pas refait. Mais elle, c'était...
- Speaker #0
Alors elle, alors quand on est maman.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Comment on accompagne sa fille ? Sachant qu'en plus vous perdez, je pense, t'as perdu un peu de lien avec elle puisqu'elle était très entourée, j'imagine, par les gens du comité Miss France qui la guidaient beaucoup dans cette année. Comment tu gardes le lien et comment tu l'accompagnes toi ? Comment t'as trouvé ta place et ton rôle de maman là-dedans ?
- Speaker #1
Moi j'ai essayé de l'accompagner au moins pour lui dire que j'étais toujours là, qu'il y a quelque chose que j'ai entendu il n'y a pas longtemps dans le podcast d'Isabel Faroudia. C'est le concept de la copine poubelle. Et en fait, ça m'a parlé parce que je ne vais pas dire que je suis maman poubelle, mais c'est un peu pareil. Moi, j'ai toujours dit à mes enfants, vous pouvez me dire ce que vous voulez. Et c'est ce que j'ai fait aussi avec ma mère. Confier n'importe quoi, même vraiment l'invraisemblable, l'inavouable, sans jugement, sans récupération, etc. Et je lui ai dit, écoute, méfie-toi toujours de ce que tu dis, puisque c'est... toujours récupéré, c'est sûr qu'on est obligé d'être dans le contrôle une grande partie du temps, mais à moi, tu peux dire ce que tu veux, tu peux confier n'importe quoi, je récupère rien, et tu peux pleurer, tu peux aussi te lâcher, parce que je pense que quand on est comme ça, propulsé en plus brutalement, et avec un rôle qui compliquait une pression, une pression médiatique, une énorme pression aussi d'être toujours parfaite, toujours belle, fatiguée, pas fatiguée. Et moi, j'ai essayé de prendre sa défense aussi par rapport aux gens qui lui mettaient la pression. Par exemple, je me souviens qu'on était sur des événements où elle me disait « je dois faire pipi » . Les gens disaient « ah bon, elle doit aller aux toilettes ? » Mais c'est une humaine, il faut qu'elle se repose.
- Speaker #0
Ça fait 5 heures qu'elle est là.
- Speaker #1
Voilà, il faut qu'elle puisse. Et j'ai essayé de dire « bon voilà, il faut être très syndicaliste. » Respectiste, en fait. elle a le droit de manger elle a le droit d'aller au toilette je me disais voilà je suis légitime puisque je suis sa mère je suis un peu la mère poule il faut qu'elle se repose, elle a faim elle a soif après être présent,
- Speaker #0
je crois que les parents c'est ça ne serait-ce qu'être présent et puis être là pour eux c'est notre rôle quelles que soient les circonstances est-ce qu'elle a changé elle ta fille ? Est-ce que tu l'as vue changer ? Est-ce que ça lui est monté à la tête ? C'est possible, ça arrive si jeune d'avoir autant de lumière sur soi. Ou est-ce qu'elle s'est peut-être enfermée ? Est-ce que tu as vu, elle, une évolution ?
- Speaker #1
J'ai vu une évolution dans sa façon peut-être de regarder les choses aussi, puisque même moi, au départ, on est passé un peu de ce syndrome de l'imposteur, en train de se dire qu'est-ce qu'on fait là ? Est-ce qu'on mérite d'être ici ? Est-ce qu'il faut le dress code ? Elle serait un peu paralysée, mais moi, je n'ai pas de sac Chanel. Et maintenant, en fait, on est plus, et elle aussi, j'ai de la chance d'être là, profiter de l'instant, regarder autour de nous. Et je lui dis souvent, regarde. Parce que tu vois, le lustre qui est là, tu ne le reverras pas. Tu vois, les tapisseries à l'Elysée, tu ne les reverras jamais. Profiter et se dire, regarde plutôt les choses plutôt que de penser au regard des autres. Et je crois que cette chose-là, elle a évolué chez elle, je pense aussi. Mais elle a un regard aiguisé sur le beau finalement, sur les belles choses. Donc elle profite.
- Speaker #0
Elle s'arrête, elle profite.
- Speaker #1
J'espère, j'espère, parce qu'il faut. De toute façon, avec le temps, ça fait quand même plus de dix ans. C'est compliqué, si on reste dans le stress et le...
- Speaker #0
Oui, à vivre au quotidien, c'est déjà compliqué, je pense.
- Speaker #1
Oui, c'est compliqué.
- Speaker #0
On a parlé de ton rapport à toi, mais de manière générale, ça a eu un impact sur toute votre famille. Est-ce que vous avez échangé ensemble de la façon de vous comporter ? Est-ce que c'est des choses qui ont fait l'objet de discussions familiales où chacun s'est un peu adapté à sa façon ? Je pense qu'il y a un peu les deux. En fait, chacun s'est adapté avec sa personnalité, mais on a dû quand même en discuter. Par exemple, mon fils, comme il est directeur d'EHPAD, il a souhaité ne pas être exposé, parce que ça lui semblait compliqué dans son métier. Donc ça, on en a discuté. Ce qui, moi, me paraissait naturel, chacun choisit de s'exposer ou pas. Moi, j'ai choisi de suivre ma fille, donc suivre sur les réseaux. ça veut dire aussi s'exposer puisqu'au départ je suivais pour regarder les images après on me dit vous voulez pas une robe ? comme ça vous serez bon bah oui d'accord, petite photo c'est comme ça qu'on se retrouve un peu pourquoi pas ma fille aînée elle accompagne, elle est pas contre une médiatisation mais mesurée parce qu'elle a des enfants aussi d'ailleurs c'est intéressant de savoir c'est dur aussi d'être la soeur d'une Miss France et après Miss Univers Oui.
- Speaker #1
Est-ce qu'elle a été jalouse ? Parce qu'elle aussi était jugée. On va se dire, elle n'est pas comme ça, elle n'est pas comme ça. Elle est jugée par rapport à sa soeur.
- Speaker #0
C'est moi qui ai eu le plus peur. Moi, j'ai eu le plus peur de ça. J'avais peur pour ma fille aînée. En me disant, j'espère que justement, les gens ne vont pas dire, ah, elle ne serait pas moins belle ou elle ne serait pas justement jugée. Mais elle, non. Elle a une vie différente. Elle adore sa soeur. pas de jalousie, en fait, elles sont toujours aussi soudées. On est une famille, on s'est un peu protégées, peut-être aussi parce qu'on a vécu des choses un peu compliquées aussi, notamment avec la séparation, le divorce. On est restés comme ça un peu tous à se... à s'interprotéger et il n'y a pas eu ça. Voilà, c'est pas sa vie. Sa vie, c'est pas forcément la mode, elle, elle est en basket. Son truc, c'est soigner. Elle est docteure en pharmacie.
- Speaker #1
C'est vraiment complètement différent. Donc, il n'y a pas de comparaison.
- Speaker #0
Mais elle accepte de se mêler au monde de sa sœur. Il n'y a pas de jugement. Elles sont souvent ensemble. Elles ont trouvé des choses en commun. Et puis, beaucoup de choses qui les lient, petites aussi. Je n'ai pas connu ça, non.
- Speaker #1
Et alors, tu nous parlais tout à l'heure de Miss Univers, qui a été plus difficile pour toi à accepter et à anticiper. C'était quoi cette année de Miss Univers ? Elle n'était plus du tout présente Iris, comment ça s'est passé dans votre famille ? C'était quoi l'impact de Miss Univers pour vous ?
- Speaker #0
Quand elle a été élue Miss Univers, j'ai cru qu'on n'allait plus jamais la revoir et que la réadaptation à la vie d'après serait quasi impossible. Finalement je l'ai vue quand même pas mal, elle est revenue en France. C'est quoi le quotidien d'une Miss Univers ? Elle bouge beaucoup, énormément. D'accord. Je sais qu'elle a compté... noter qu'elle avait fait plusieurs fois le tour de la Terre, en forme aussi de beaucoup de pays, puisqu'elles sont tout le temps en déplacement. Elle, on a connu forcément, voire d'autres pays. Alors, c'est vrai et faux en même temps, parce qu'elle se déplace beaucoup. Parfois, entre l'aéroport et la chambre d'hôtel, il n'y a pas le temps vraiment de visiter.
- Speaker #1
Ce n'est pas du tourisme.
- Speaker #0
Mais elle a quand même été confrontée à d'autres cultures, d'autres pratiques. Elle a eu des expériences. nous en retour. Elle nous racontait aussi ce qu'elle vivait. Et puis nous, on a eu une énorme contrepartie, c'est qu'on a été invitées beaucoup dans des endroits. Alors moi, je suis partie à son élection à Manille. Quand elle a rendu sa couronne, c'était à Las Vegas. On a quand même bougé, on a été invitées partout. La chose, je crois, la plus flagrante pour nous, c'est qu'on a quand même été invité à l'Élysée, puisque le président de la République a dit que pour... Le rayonnement de la France, elle était invitée à l'Elysée avec ses parents, donc on a vécu des choses extraordinaires. Donc toi tu es à l'Elysée ? Oui.
- Speaker #1
T'as accompagné, donc c'est un truc chouette quand même.
- Speaker #0
C'est un truc chouette et le pire c'est qu'au départ j'ai encore été ennuyée avec quelque chose d'un peu protocolaire, c'est que je ne savais pas comment buver le café dans le grand monde. Je me disais, est-ce que la Tsutas, on la tient ? on la laisse, est-ce qu'on prend sa tasse seule et pas sa sous-tasse ? Et puis je me suis rendue compte que le président allait arriver et je me suis dit mais en fait je suis complètement idiote. Combien de personnes peuvent se vanter d'avoir pris le café avec le président de la République ? Alors tant pis pour la sous-tasse. Et puis il profite quoi. Tu verras bien déjà lui s'il prend sa sous-tasse. Après j'ai oublié mais... Alors bon, moi qui adore le patrimoine, l'histoire, me retrouver comme ça.
- Speaker #1
Te retrouver à l'Elysée c'était quand même...
- Speaker #0
C'est incroyable. Mais on a vécu des choses incroyables, donc on a essayé de voir tout ça. Même ma maman qui n'avait pas connu beaucoup de luxe non plus dans sa vie, elle est invitée à des dîners caritatifs, à des choses... Ça a changé, oui, ça a changé des choses en positif, des émissions de télé. Et toi, t'es devenue un petit peu plus visible, ça t'a jamais fait peur ? C'est arrivé. J'ai arrivé de me poser des questions sur mon intimité aussi, sur la réaction des gens qui changent, parce qu'on se retrouve avec des copains qui se prétendent être des copains de longue date qu'on ne connaît pas. J'ai eu peur aussi de perdre mes amis.
- Speaker #1
Pourquoi tu aurais perdu tes amis ?
- Speaker #0
On a des amis qui se sont dit que le fait comme ça d'être exposé, d'être... transposé brutalement dans un monde qui n'était pas le nôtre, ça allait, nous, on allait avoir le melon, et qu'on allait oublier les copains de base, ce qu'on faisait avant, les barbecues, des choses. Et même, je me souviens, des gens qui racontaient des choses inventées sur, bon, tout le monde prend de la cocaïne, tout le monde...
- Speaker #1
Ça m'a rendue plus méfiante.
- Speaker #0
Ça m'a rendue méfiante et au départ, je me suis dit, j'espère qu'on va réussir à trouver une place un peu plus normale. Qu'on va réussir à faire la part des choses. Parce qu'on apprend à faire la différence entre son enfant qui est la star et son enfant au quotidien. Pareil pour la vie.
- Speaker #1
Il y a ta vie quotidienne qui est classique, celle que tu as eue avec quelques petites choses en plus. Potentiellement, c'est ta vie de d'habitude et les moments extraordinaires qui te sont offerts par la notoriété d'Iris. Mais de la même manière, c'est deux mondes différents.
- Speaker #0
C'est difficile de cloisonner parce que de temps en temps, c'est un peu poreux quand même. Les frontières, elles sont poreuses. On reçoit des messages. Alors, ça peut être des messages hyper bienveillants, ça peut être des messages haineux. On devient aussi une personnalité publique qu'on l'ait décidée ou non. Ce n'est pas toujours facile à gérer. D'ailleurs,
- Speaker #1
tu parles de curiosité collatérale et de réaction un petit peu déstabilisante de l'entourage. Est-ce que tu as une situation précise qui t'a marqué ? Quelque chose qui t'a peut-être au début de la notoriété, qui t'a heurtée, qui a été compliquée à vivre pour toi ?
- Speaker #0
La chose la plus compliquée pour moi, et c'est le point un peu noir pour la maman que je suis, c'est quand on me pose la question « comment va ta fille ? » Alors déjà, comment va ta fille ? J'en ai deux, j'ai un fils, j'ai des beaux-fils. Ça, c'est quelque chose d'un peu compliqué à vivre. Aussi, les gens qui cherchent à avoir des informations. J'ai du mal, même encore maintenant, à faire la part des choses justement sur la curiosité, qui est normale. Puisqu'on parle entre amis, on se parle de nos enfants, qu'est-ce qu'ils font ? Et quelquefois... Même dans ma propre famille, j'ai des questions très précises. Je ne sais jamais trop comment faire. J'ai l'impression que j'ai toujours un espèce de devoir de réserve. Donc, je dois contrôler parce que je me dis, il ne faut pas que je dise trop. Parce que je ne veux pas que ce soit récupéré. Qu'est-ce qu'elle fait Iris en ce moment ? Je n'ai pas envie de le dire, je le sais. Mais je n'ai pas envie de le dire. Si elle ne le dit pas sur les réseaux, c'est qu'elle ne veut pas que ça se sache. Et parfois, c'est difficile à gérer ça, cette information. Et en même temps, on se dit que c'est quand même des gens à qui on doit faire confiance. C'est quand même la famille. J'ai pas envie de mentir, j'ai pas envie de dissimuler, donc je me sens très mal quand on me pose des questions précises. Ce côté-là est toujours aussi difficile à gérer, en fait. Et c'est difficile de savoir...
- Speaker #1
Tu arrives un peu plus, tu crois, à identifier les gens qui viennent te voir, les nouvelles personnes qui rentrent dans tes... Je parle pas des anciens, parce que, généralement, tu es un petit peu identifié avec qui sont les vrais et les moins vrais. T'arrives à identifier les gens qui viennent te voir par intérêt, et ceux qui viennent parce qu'en fait, il y a une vraie... Un intérêt sincère par rapport à ce que tu fais ?
- Speaker #0
Tu arrives à identifier ça ? Avec le temps, on arrive à identifier un peu. On voit arriver parfois des gens... Déjà, quand on m'appelle Madame Mittenard, j'avais gardé mon nom marital. Alors, ce n'est pas pour autant que je n'ai pas de bonnes relations qui se nouent après, puisque, je ne vais pas mentir, le fait aussi d'être la mère d'Iris m'a ouvert des portes. On m'a aussi demandé, justement... de faire des collaborations. J'ai fait une grosse, grosse collaboration avec Iris. J'ai vécu des choses aussi, finalement, parce que j'étais sa mère. Donc, qu'on vienne vers moi en me disant « Si vous voulez, vous avez droit à ça et à ça, ce n'est pas forcément désagréable. » Ce n'est pas pour autant qu'on ne nous pas derrière des relations sympas. Après, ça peut être parfois un peu désagréable parce qu'on me sollicite quand même beaucoup. On te demande de passer des messages à Gris, par exemple ? On me sollicite beaucoup et on sollicite aussi, d'ailleurs, sa sœur aînée. Et nous, on se retrouve, on a envie de faire plaisir. On dit, bon, écoutez, OK, on peut essayer, mais on n'a aucun pouvoir. Elle a une agence, elle a un mail. On me demande encore aujourd'hui des dédicaces, ça me fait mal au cœur parce que c'est les gens qui l'ont élu. Là aussi c'est légitime puisque c'est l'amour de tous ces gens qui l'ont élu, qui se sont investis. Donc on a l'impression qu'on doit un retour.
- Speaker #1
Ah oui, c'est vrai. Par rapport à ça. J'allais te dire très clairement, tu dis non. Tu dis je ne suis pas son agent. C'est délicat parce que... Mais t'as raison, il y a cet angle-là.
- Speaker #0
Il y a des petites jeunes filles en plus qui rêvent, qui l'ont un peu en modèle. On ne peut pas casser ça. C'est vrai, t'as raison. Je me dis qu'elle aussi, quand elle était petite, on regardait Miss France. Et elle rêvait, elle faisait des robes. C'est délicat parce qu'on peut pas... On a envie de faire plaisir, mais on peut pas non plus... C'est pas moi. Moi, si c'était moi, je faisais... J'ouvre la maison, je faisais des dégâts. Pendant une journée, ça fait plaisir, mais c'est pas moi. Mais surtout quand c'est des causes douloureuses, ça peut être des enfants qui ont besoin de soins, ça peut être vraiment n'importe quoi, même pour le patrimoine. Elle a été sollicitée il n'y a pas longtemps justement, mais elle, elle est sur-sollicitée aussi. Elle ne veut pas qu'il fasse. Donc on ne peut pas non plus non plus vouloir de ne pas donner de réponse. C'est impossible, c'est difficile.
- Speaker #1
Alors ce n'est pas content à tout le monde. Non. C'est toi qui parfois est l'intermédiaire entre les gens.
- Speaker #0
On se retrouve intermédiaire. Oui. Il y a un autre sujet qui est difficile.
- Speaker #1
On parlait de la jalousie, qui n'existe pas d'ailleurs entre ces réelles, mais il y a aussi un rapport à la beauté, de manière générale. Donc, on compare, en fait, les proches d'Iris avec elle. Tu me disais, en préparant un peu, on attend aussi de toi que tu sois une forme de modèle beauté, puisque tu es la maman de Miss France, de Miss Univers. Comment tu l'as vécu ?
- Speaker #0
Est-ce que ça a eu un impact sur toi ? Est-ce que, du coup, tu as fait plus attention à toi qu'avant ? Il y a beaucoup de mamans de Miss qui ont été confrontées à ça, c'est-à-dire le regard des gens qui se disent « la fille elle est comme ça, la maman, comment elle est et comment elle va devenir ? » C'est un sujet qu'on avait évoqué avec Sylvie Tellier d'ailleurs, qui disait « finalement on parle assez peu des mamans de Miss » . Au début, moi j'ai eu la pression parce que je voyais bien que les gens comparaient et d'ailleurs je ressemble à ma fille, ça s'est inversé. Mais en même temps, on sent qu'ils scrutent. Ça m'a mise mal à l'aise au départ. Et puis, l'inverse, c'est que je vieillis, forcément. L'apparence quand on vieillit, ça peut être un vrai sujet, ça peut être une douleur. Après, moi, je le vis assez bien. Pendant un moment, je me souviens qu'au début, je me disais, tiens, c'est peut-être intéressant. Je n'ai pas pensé au podcast, mais je me disais, je ferais bien une chaîne YouTube pour parler des femmes qui prennent de l'âge. De l'invisibilité, mais aussi de la beauté qui s'enfuit.
- Speaker #1
T'as fait d'ailleurs, t'as pas posé pour un livre ? Oui, si, si. Sur ce sujet. Parce que c'est vrai qu'en fait...
- Speaker #0
Bien documenté.
- Speaker #1
Je travaille un peu mon podcast quand même. C'est un sujet effectivement, la femme, la beauté de la femme, dans lequel on t'a plongée, sans vraiment l'avoir cherchée. Et ça t'impacte encore aujourd'hui.
- Speaker #0
Est-ce que tu te sens libre d'être comme tu es ? Aujourd'hui, oui. Aujourd'hui, j'ai déjà... Tout ce qui peut impacter justement cette pression esthétique que peuvent vivre les jeunes, moi je l'ai moins. Parce qu'en vieillissant, on l'a moins et puis on le vit autrement en fait. Donc moi maintenant, je me laisse le droit de vieillir aussi. Je pense que le tout est de savoir quand est-ce qu'on doit lâcher l'affaire. On en parlait tout à l'heure. Oui, c'est ça. Quand est-ce qu'on a le droit d'arrêter de se mettre en pression ? Mais bon, maintenant je me dis que... J'aimerais bien vivre en restant bien, mais je n'en fais pas une priorité. Ce n'est pas en tout cas un sujet...
- Speaker #1
Tu restes coquette comme tu l'étais avant, mais ce n'est plus...
- Speaker #0
Je fais des efforts si je dois aller quelque part. Et puis, je veux aussi que ma fille soit fière de moi.
- Speaker #1
Si tu l'accompagnes dans des trucs officiels, tu t'adaptes, etc.
- Speaker #0
Si il y a un dress code, je vais m'adapter au dress code. Je ne vais pas me dire... Moi, je suis comme je suis. Je viens... En salopette pleine de peinture, parce que c'est moi. Non, non, c'est une question de respect aussi, je crois.
- Speaker #1
On va aborder les préjugés. Quelle est la question ?
- Speaker #0
Et d'ailleurs, j'ai quelquefois même pas bonjour ou même pas comment vas-tu ? Alors, comment va Iris ? Qu'est-ce qu'elle fait maintenant ? Et avec qui elle est ? Même quelquefois, on sent une absence de bienveillance quand même par rapport à des choses qu'elle a publiées. parce qu'elle a quand même vécu des choses difficiles. Quand j'explique, si je dis par exemple qu'elle n'est pas bien ou qu'elle est triste, là, depuis le début, et ça c'est quelque chose qui m'a vraiment étonnée au tout début, c'est de dire « je vais y aller, je vais aller à Paris parce que c'est dur pour elle, elle a un rythme de fou et puis bon, elle n'a pas trop le moral » . Elle n'a pas trop le moral. Attends, tu as vu la vie qu'elle a ? Elle est mistrance, elle a un salaire, elle ne fout rien. Elle ne va quand même pas se plaindre, elle n'est pas aillette. Et ça, c'est difficile parce que moi, je voyais bien que psychologiquement, c'était compliqué. Je voyais bien qu'elle était fatiguée. Quand on est comme ça, quand on a la célébrité, quand on a les paillettes, quand on a l'argent, on doit forcément être super heureux. Tu n'as pas le droit d'être malheureux, en fait. Et là, on n'a pas le droit d'être malheureux. C'est compliqué d'entendre ça. Du coup, tu n'es plus rien. Maintenant, je sais à qui je peux en parler.
- Speaker #1
Ceux qui n'iront pas, qui n'iront pas juger. Est-ce qu'il y a un préjugé sur la maman d'eux ? Sur ton mode de vie ?
- Speaker #0
Ça peut arriver. Il y a des préjugés, on va dire, sur le modèle parental. On pense qu'on est des gens hyper superficiels. Quand j'ai élevé ma fille comme une poupée. qu'il n'y a que ça qui compte, la beauté, le nombre de robes qu'on peut avoir, ou le nombre de chaussures, ça revient assez régulièrement, c'est quand même aussi un monde un peu superficiel, et c'est aussi ce qu'on peut dégager sur les réseaux. Sur les réseaux, je vais montrer les collaborations, les chaussures ou les robes, et on va se dire, elle est complètement esservelée, elle ne parle que de ça, entre les crèmes... Et pareil pour
- Speaker #1
Iris. C'est un peu le côté soit belle et tais-toi.
- Speaker #0
C'est un peu ça. C'est vrai que finalement, pour les Miss, c'est ça. Elles sont belles, mais elles n'ont pas forcément quelque chose à dire. Et à l'inverse, de temps en temps, on me dit, oui, mais puisque vous êtes exposée, vous avez une voix, pourquoi vous n'utilisez pas votre voix à autre chose qu'à promouvoir des crèmes ou des marques de chaussures ? Mais... on ne peut pas non plus prendre la voix pour tout et n'importe quoi. Moi, je me sens légitime, à la limite, de parler des femmes qui vieillissent, de l'invisibilité ou des choses comme ça, mais je ne me sens pas légitime de parler de sujets...
- Speaker #1
Tu ne peux pas porter toutes les causes, en fait.
- Speaker #0
Mais non, je ne peux pas. Et puis, je ne me sens pas le droit non plus de... Quelle légitimité, là encore,
- Speaker #1
tu aurais d'aborder sous les suites ?
- Speaker #0
Parmi tous les clichés qu'on peut avoir, est-ce qu'il y en a un qui est vrai ? Il peut y avoir quelque chose qui est un peu vrai, c'est toujours un peu le narcissisme finalement, puisque à partir du moment où on s'expose, on fait des concours de beauté, ou à partir du moment où on se met sur les réseaux, forcément on a cette position un peu se montrer. Donc c'est un peu le côté narcissique. Donc c'est pas complètement faux non plus.
- Speaker #1
Mais c'est qu'une partie. La lumière est masquée sur une partie.
- Speaker #0
Il y a un truc qui est un peu étrange quand elle est devenue célèbre, c'est qu'il y a eu une inversion, il y a eu un peu une parentification, comme on pourrait dire maintenant. Finalement, il y a des moments, j'ai un peu l'impression que c'est elle qui devient la maman et moi qui dis je fais quoi, je fais comment, comment je gère sa situation. Et elle qui a plus l'habitude et qui est conseillère aussi. Oui,
- Speaker #1
aussi. Il y a des équipes autour d'elle qui gèrent ces types de situations, dont c'est le travail. Tu nous disais que tu... Tu interdis toi aussi, dans ton rapport avec ta fille, de poser trop de questions. Comment tu as trouvé, tu as construit une nouvelle relation avec elle ? C'est quoi aujourd'hui la relation mère-fille avec une fille qui est connue et qui a cette personnalité publique très forte ?
- Speaker #0
C'est encore un travail parce que quand on est maman, on a envie de tout savoir. On aimerait bien être dans les confidences. Donc, il y a des choses que je sais un peu comme tout le monde. Il y a des choses que je sais. Je sais toujours où elle est. Ça, ça me rassure parce qu'elle me dit toujours où elle est. Elle prend l'avion, elle m'envoie un message. Mais en fait, il y a tellement de gens qui veulent des infos, qui veulent lui tirer les verres du nez, que moi, quand je lui pose des questions, j'ai l'impression aussi de faire ça. Je ne me sens pas très à l'aise. Et parfois, je me retiens de poser des questions parce que je me dis, je vais attendre que ça vienne d'elle. Parce que j'ai... pas envie d'être intrusive et j'ai pas envie d'insister et d'être comme les autres. Mais ça me coûte parce que quand on est une maman, on a envie de savoir, on a envie de connaître les détails, on a envie de partager. Moi, ce qui m'a toujours fait le plus peur, c'est de m'éloigner. C'est qu'elle s'éloigne, que nos quotidiens soient tellement différents qu'on n'arrive plus à retrouver un terrain commun. Le fameux lien très particulier entre vous. Et vous êtes en contact ?
- Speaker #1
régulièrement.
- Speaker #0
Oui, oui, tu dis tu sais toujours où elle est.
- Speaker #1
Ça veut dire que tu sais vous échanger.
- Speaker #0
Oui, on se voit. Elle vient à la maison, moi je vais. Elle a toujours essayé de nous faire partager à tous le quotidien de ce qu'elle vivait. On est quand même auprès d'elle. Mais il faut trouver... Et ça, c'est vraiment un chemin qui n'est pas facile et qui est semé d'embûches. Parce qu'il y a des moments où je me dis que je n'aurais pas dû demander ça. Ou peut-être que je n'ai pas assez posé de questions. Ou alors, est-ce que j'ai eu assez d'empathie ? En fait, tu as les mêmes problèmes que de toutes les mamans qui ont des enfants qui grandissent.
- Speaker #1
Mais multipliés. Voilà, exacerbés exactement.
- Speaker #0
J'ai toujours peur de perdre l'intimité avec Iris. Et justement, est-ce que tu arrives encore à voir dans Iris ta petite fille ? Oui, toujours. Toujours, oui. Je pense que dans la société en général, et ce n'est pas seulement parce qu'elle est dans un milieu un peu particulier, je crois que chacun joue un rôle. Et elle vit dans un milieu où les gens jouent des rôles. Par contre, quand elle est dans l'intimité de sa maison, elle ne joue plus de rôle. Puis même sous le masque, moi je vois quand même mon enfant. Je sais quand elle est mal à l'aise, même si elle le cache. Quand elle est triste, je le sais. Mais on sent son enfant. J'ai toujours l'impression que le lien qu'on a avec son enfant, enfin moi en tout cas, je le ressens comme ça, j'ai toujours l'impression que ça, c'est encore là.
- Speaker #1
C'est le plus important, c'est le plus beau. On va aller sur un truc un peu moins mignon, les réseaux sociaux. Aujourd'hui, elle est créatrice de contenu aussi, dans sa vie, toi aussi un petit peu.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as appris sur cette gestion des réseaux sociaux ? Qu'est-ce qui peut t'inquiéter, toi, en tant qu'aussi créatrice de contenu ? et par rapport à ta fille. Les réseaux sociaux, je les connaissais pas tellement. J'étais pas très familière et j'étais pas très non plus, pas plus que ça intéressée par justement choisir ça. Soit narcissique, soit inintéressant. Mais elle était difficile à suivre et moi, je lui demandais d'envoyer des photos. Elle me disait, maman, je peux pas tout le temps envoyer des photos via les conversations qu'on pouvait avoir à l'époque. Je lui disais, il y a beaucoup de choses sur Instagram. Fais un compte. J'ai fait un compte. Un peu pour suivre ma fille. Et puis finalement, on se prend au jeu. On fait des photos. Mais je me suis dit qu'au moins, ça me permettait de comprendre son univers. Ça me permettait de comprendre les enjeux, comprendre la pression qu'elle pouvait avoir. C'est aussi quelque chose dont on parle quelquefois. Après, moi, j'ai choisi de m'exposer. Je n'expose pas tout. Il y a des gens parfois qui me disent « tu racontes ta vie » . Pas vraiment. Parce que quand je vis des choses perso, je ne les montre pas. Alors, il faut trouver le dosage. se cantonner à faire des publications pour des collaborations, des partenariats, c'est un peu de la publicité. Donc, c'est artificiel. Il faut mettre un peu de perso quand même. Et puis, moi, j'ai la chance d'avoir une communauté quand même qui est assez bienveillante. Je me suis fait aussi des amis, puisque comme en deux fils en aiguille, j'ai aussi travaillé pour des agences. Donc, c'est beaucoup des femmes de mon âge qui travaillent pour des marques, voilà, de seniors, on va dire. Après, il n'y a pas que du bienveillant. Alors, comment tu gères ça ? Au début, j'avais du mal à gérer. parce qu'on a beau dire qu'on s'en fiche, mais ce qu'on lit, on l'a lu. Et ça fait mal. Et on a beau dire, oui, je m'en fiche, c'est pas moi, c'est ce que je représente. C'est toujours entre la fonction, finalement, le statut. Parce que c'est ça, finalement, c'est ce que je représente moi, mais c'est pas moi. Mais n'empêche qu'on l'a lu, et n'empêche que ça fait mal. Et alors, quand c'est pour soi, bon, moi, c'est toujours la même chose. C'est soit je suis vieille, ou trop grosse, ou trop maigre. Des choses qui ne sont pas très intéressantes. Mais psychologiquement, c'est plutôt ce qui touche aux enfants. Et notamment ce qui va toucher par rapport à Iris. Parce que j'ai reçu quand même des messages qui étaient très violents. Et c'est un peu compliqué de penser. Violent par rapport à ton rapport à elle, par rapport à elle tout court, par rapport à sa vie. Même en me disant, justement, on parlait de l'image parentale où t'es une mauvaise mère. T'es une mauvaise mère parce que tu montres pas ton fils et tu parles que de tes filles. J'ai expliqué plein de fois que mon fils justement il a 35 ans je vois vraiment pas pourquoi je le mettrais sur les réseaux et là je pense que je serais une mauvaise mère si j'utilisais mes enfants ou mes petits-enfants mais alors ça c'est pas très très méchant mais une mauvaise mère c'est pas hyper sympa Oui, on peut pas dire que c'est pas hyper sympa Il y a pire quand même. On trouve les défauts du monde à Iris. Et c'est moi parce que je n'ai pas de valeur. Je ne les ai pas éduquées. Et puis bon, après, ça part un peu en live. Mais c'est difficile de lire ça plus que finalement, tu es une vieille pousse. Les attaques sont fortes. Les attaques sont fortes. Ce sont des choses qui ne me touchent pas vraiment. Petite question sur ce podcast.
- Speaker #1
Est-ce que tu as demandé à Iris l'autorisation de faire ce podcast ?
- Speaker #0
Oui, je n'ai pas demandé l'autorisation parce que... Enfin, on n'est pas dans ce mode-là, mais je lui en ai parlé. Je trouvais quand même aussi normal de lui dire que j'allais en plus peut-être parler d'elle. Parce que même si le podcast, on va dire c'est moi, mais c'est quand même à travers elle.
- Speaker #1
Oui, c'est votre rapport mère-fille qui a abordé quand même.
- Speaker #0
Je lui en ai parlé. J'en ai parlé aussi à ma fille aînée d'ailleurs. Je n'en ai pas là à mon fils.
- Speaker #1
Et alors, ils ont dit quoi ?
- Speaker #0
Ça pouvait être intéressant, que l'idée était bien.
- Speaker #1
Tu penses qu'ils vont découvrir des choses ?
- Speaker #0
Je ne sais pas s'ils découvriront des choses qu'ils ne connaissent pas déjà, mais en tout cas, on ne s'est pas demandé l'autorisation, on en a parlé.
- Speaker #1
Et si tu devais profiter de ce podcast, alors je sais que tu parles beaucoup avec eux, vous êtes très proches avec tous les trois, mais est-ce que tu as envie de leur dire quelque chose ?
- Speaker #0
La seule chose que je dirais toujours à mes enfants, c'est que je les aime pour ce qu'ils sont. Quoi qu'ils fassent dans la vie, je crois qu'ils feraient n'importe quoi. Je les aimerais toujours. Mais ça, c'est important de les en assurer. D'ailleurs, quand je me suis mariée, c'est ce que mes enfants m'ont dit, chacun sans s'être concerté dans leur discours. Que leur amour aussi était un amour qui ne se discute pas, et qui ne change jamais, et quoi que je fasse. Alors qu'ils adorent mon mari, bien entendu, mais... Même si ça n'avait pas été le cas, voilà, c'est une jolie femme.
- Speaker #1
Si tu devais donner un conseil à une femme qui est dans la même situation que toi, par exemple, à la future maman d'une Miss France,
- Speaker #0
tu lui dirais quoi ? Le conseil, c'est de ne pas perdre de vue que sa fille, c'est avant tout son enfant. Quoi qu'il arrive, ne pas se laisser illusionner par un peu le chant des sirènes. et surtout aussi mettre en garde son enfant, sa fille en l'occurrence, si... elle cède un peu à la tentation, tout ça. Moi, c'est le conseil que j'ai donné à Iris. Premier achat, avec son salaire de Miss France, je crois que c'était des bottes très chères, d'une marque très chère. Et je lui ai dit écoute, c'est bien, tu te fais plaisir, mais tes bottes, dans quelques années, ne vaudront rien. Tu veux te faire plaisir ? Achète-toi des choses qui resteront. Des bijoux iconiques, pourquoi pas ? Achète-toi un appartement. Mais ne perds pas de vue que ça, ça ne dure pas. On ne sait pas. C'est quand même fugace. Iris, elle l'a transformée, elle est intelligente, elle a capitalisé, elle a fait autrement.
- Speaker #1
Elle a su, en fait, utiliser ça pour rebondir et se construire sa carrière professionnelle.
- Speaker #0
Mais c'est jamais évident. C'est toujours fragile. Pour moi, le vrai conseil, c'est de dire profite, profite un maximum de ce qui va t'être donné. Ça n'arrive qu'une fois dans une vie. Profite, mais perds pas de vue que c'est fragile, que ça peut s'arrêter, pouvoir s'en sortir financièrement. pouvoir s'en sortir matériellement et pouvoir s'en sortir psychologiquement aussi. Prévoir et se prémunir de ça, c'est important. Petite question, sourire. Qu'est-ce que les gens te disent souvent qui te fait sourire, justement ?
- Speaker #1
Les petits mots feel-good, les petits trucs chouettes que les gens te disent.
- Speaker #0
Ce qui me fait plaisir souvent, c'est qu'on me dise Iris, elle est jolie, mais quand on la connaît, elle est sympa. Elle n'est pas que ça. Voilà, elle n'est pas que ça. Et on me dit aussi c'est vrai qu'on pourrait juger, mais vous êtes tous sympas dans la famille. Ça fait plaisir. conçoivent comme des gens sympas, finalement. Il y a des gens qui pensent qu'on va changer. Tous. Même moi, j'ai du mal, là, des fois, à raconter ce que j'ai vécu. Parce que je me dis, si je dis aux gens, « Ah ouais, ben tu sais, là,
- Speaker #1
j'étais dans tel hôtel, j'ai fait tel truc, et tout » , on se dira, « Ah ben ça va ! » Et ça, c'est très chouette, parce que c'est vrai que t'as mis des mots, quand même, sur quelque chose que je vis aussi. C'est ce côté, on vit des moments extraordinaires avec cette chaîne-là, dans une vie qui est somme toute très quotidienne, très lambda, en fait. Et les gens nous voient souvent, et d'ailleurs, c'est peut-être aussi notre faute, parce qu'on montre aussi ça. Alors qu'en fait, 95% de notre temps, c'est du courant, en fait. Et on le montre moins, on en parle peut-être.
- Speaker #0
95% du temps, on fait notre passage, notre ménage, on va chercher les enfants au centre aéré ou à l'école. Et toute la partie extraordinaire, alors elle fait rêver, mais c'est à double tranchant. Si on l'expose, on dit « Ah, génial, tu nous fais rêver ! » Et en même temps, c'est « Oui, ça va, ça pète ! » Mais j'avoue que je ne l'expose pas. Ben, pas trop, parce que... J'ai pas envie qu'on pense que justement... Que ta vie c'est ça en fait, que ton quotidien c'est ça.
- Speaker #1
Si tu pouvais appuyer sur un bouton, c'est ma question de fin. Si tu pouvais appuyer sur un bouton et qu'on ne t'appelle plus jamais la mère d'une miss, une hiver, une reine de beauté, seulement Laurence, est-ce que tu appuies dessus ?
- Speaker #0
Non, je pense pas. Bon d'abord je suis fière d'être sa maman et puis ça nous a ouvert beaucoup de choses. Donc on a aussi été bénéficiaires, il y en a eu beaucoup de contreparties. Je pense avoir réussi à vivre au quotidien et à montrer autre chose de moi. D'ailleurs, je vois dans la peinture, par exemple, qu'elle est quand même reconnue sans que forcément les gens fassent le lien. Merci.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Laurence, pour ta générosité. Merci à toi pour ta sensibilité aussi. Et tes mots justes, parce que je me suis aussi beaucoup retrouvée dans ce que tu pouvais raconter. Tu as aussi éclairé cette relation mère-fille. on n'avait pas forcément eu un peu de L'occasion dans les épisodes du podcast d'avoir cette relation mise en exergue. Je la trouve très intéressante, notamment dans ce cadre du Nice-France. Donc merci à toi d'avoir accepté de participer. Merci pour cette leçon d'authenticité et de liberté aussi que tu nous as offerte aujourd'hui. Ce que je retiens beaucoup, c'est la lumière qui se pose sur une personne. Elle éclaire inévitablement l'ensemble de sa famille, tous ceux qui l'entourent. Elle peut offrir des expériences extraordinaires, ouvrir des portes. Créer des souvenirs incroyables, tu nous as parlé de l'Elysée. Mais elle vous oblige aussi à réinventer votre place, vos relations, votre manière de vous exprimer, d'aimer. En tout cas, c'était très riche et très instructif. Merci à toi. Et si cet échange vous a touché ou inspiré, vous pouvez soutenir le podcast de deux manières différentes. Soit en vous abonnant dès maintenant sur votre plateforme d'écoute préférée, Spotify, Apple Podcasts, Deezer, etc. Pour ne manquer aucun des prochains épisodes. Salut ! aussi, partagez cet épisode autour de vous envoyez-le à un proche, partagez-le en story sur Insta, laissez-nous un mot et bien sûr 5 étoiles sur Apple Podcasts ou Spotify, c'est le plus beau moyen de faire grandir ce projet et nous aider à mettre en lumière d'autres parcours tout aussi passionnants que celui de Laurence prenez soin de vous et on se retrouve très vite pour un nouvel épisode