Speaker #0Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de votre podcast à croquer. C'est le podcast qui décortique l'alimentation, la santé et le poids sans tabou et sans cliché. Je suis Priscillia Degliani, diététicienne nutritionniste. Aujourd'hui vous allez me retrouver seule au micro et c'est assez rare mais c'est parce qu'on va parler d'un outil que vous connaissez certainement tous. On l'a peut-être déjà utilisé ensemble en consultation. Ou vous l'avez déjà même vous-même calculé. C'est bien sûr l'IMC. L'IMC, c'est l'indice de masse corporelle, ce petit calcul qui croise votre poids et votre taille. Mais aujourd'hui, cet indice, il est largement remis en question. Encore mieux, dans de nombreux pays, on commence à ne plus l'utiliser du tout pour diagnostiquer ou évaluer l'obésité. C'est un petit peu le cas en France depuis ce mois-ci. Alors pourquoi ? Que lui reproche-t-on vraiment ? Et surtout, qu'est-ce qu'on utilise maintenant pour évaluer un excès de poids problématique ? C'est ce qu'on va voir ensemble pendant cet épisode. Alors, qu'est-ce que vraiment l'IMC à la base ? Donc, un petit rappel rapide, l'IMC ou l'indice de masse corporelle, il a été introduit au 19e siècle par le mathématicien belge Adolphe Kettelet. Sa formule, elle est très simple. C'est le poids en kilos divisé par la taille au carré. Allez, je vous donne un exemple. Si par exemple, vous pesez 70 kg et que vous mesurez 1,70 m, votre IMC, c'est 70 kg divisé par 1,70 m x 1,70 m, ce qui donne un IMC de 24,2. Alors, ok, c'est bien beau, mais à quoi ça correspond ? Selon l'essai de l'OMS, qui est l'Organisation mondiale de la santé, Si nous avons un IMC inférieur à 18,5, nous sommes en état de maigreur. Si notre IMC est compris entre 18,5 et 24,9, nous sommes de corpulence dite normale. De 25 à 29,9, nous sommes en surpoids. De 30 à 34,9, en obésité modérée de grade 1. De 35 à 39,9... Obésité sévère de grade 2, 40 et plus, obésité morbide grade 3. En fait c'était assez simple, rapide, facile à utiliser dans les grandes études épidémiologiques. Mais cette simplicité, elle a aussi sa grande faiblesse. Et oui parce qu'en fait cet Yonsei, il a aussi de grosses limites majeures. Parce qu'en fait il ne fait pas vraiment la différence entre masse grasse et masse musculaire. Je vais vous prendre un exemple tout simple. Un rugbyman par exemple, il peut avoir un IMC à 30 ou plus. Alors qu'en vrai, il est en pleine forme physique, il est très musclé et il a très peu de graisse. Une personne sédentaire, elle, elle peut avoir un IMC normal à 23, mais avoir beaucoup de masse grasse viscérale par exemple. Donc la graisse viscérale, ça va être celle qui entoure les organes, c'est pas celle qu'on peut penser, c'est celle qu'il y a sous les abdos, c'est la plus mauvaise. Donc il peut y avoir... un risque métabolique élevé. Mais ça, l'IMC, il ne le prend pas en compte. Donc en vrai, il semble quand même insuffisant pour juger l'état de santé d'une personne. Et il y a également un autre problème. Il ne tient pas compte de l'âge, parce que la composition corporelle, elle change avec les années. En fait, une personne de 20 ans n'a pas la même composition qu'une personne de 50 ans, par exemple. Il ne tient pas compte également du sexe. Parce que les femmes, elles sont naturellement plus grasses que les hommes. Et il ne prend pas en compte non plus l'origine ethnique, alors qu'on sait que certains groupes développent un peu plus de diabète ou des troubles cardiovasculaires à des IMC bien plus bas. Par exemple, les populations asiatiques. Donc, en conclusion, dire à un patient de 28 ans que vous êtes en obésité de grade 1 sans autre évaluation peut induire une culpabilité, par exemple une anxiété, voire des troubles du comportement alimentaire. Alors ok, c'est bien beau de bannir cette IMC, mais comment on fait du coup ? Qu'est-ce qu'on utilise à la place comme outil ? C'est là qu'on va utiliser une approche beaucoup plus complète, multifactorielle. Je te donne les outils que l'on utilise en cas clinique. Alors on a déjà les tours de taille que l'on peut mesurer et qui est quand même plus prédictif des risques cardiovasculaires et métaboliques que l'IMC seul. Je vous donne les seuils qui sont problématiques. Donc les femmes, ça va être à partir de 88 cm et les hommes à partir de 102 cm. Je vous donne encore un exemple que l'IMC ne veut rien dire. Si par exemple, on a une femme avec un IMC de 2,24 qui est donc normal, mais qui a un tour de taille à 92 cm, elle a en réalité un risque plus élevé de diabète, d'hypertension et de risque. de syndrome métaboliste. On va également analyser la composition corporelle. Donc ça, c'est grâce à une super balance qui fond de l'impédance metre ou avec une DEXA que l'on peut mesurer tout ce qui est masse grasse, masse musculaire, masse osseuse et l'eau intracellulaire. Donc par exemple, un homme de 35 ans avec un IMC A27, donc qui est censé être en surpoids, mais qui a 12% de masse grasse, c'est ça. On sait que c'est que du muscle, il est donc en bonne santé et il n'a pas vraiment besoin de maigrir. Et on a une troisième évaluation, ça va être l'évaluation fonctionnelle. On va regarder la tension artérielle, la glycémie à jeun, le cholestérol, les triglycérides, si vous faites de l'activité physique, le sommeil et les états psychiques avec les relations au corps. Ce n'est pas pour rien qu'on vous pose toutes ces questions sur le premier entretien. Et avec tout ça, on va vraiment pouvoir se rendre compte de s'il y a un risque ou non pour la santé. Alors il y a quand même une classification. C'est la classification EOSS. Et ça, c'est une petite révolution. Et lui, c'est vraiment l'un des modèles les plus intéressants actuellement. C'est vraiment l'EOSS. Alors, excusez mon anglais, c'est Edmonton Obesity Stagnant System. Vraiment, je crois que je serai jamais prise dans une école anglaise. Et en fait, ils ne classent pas les gens selon leur IMC, mais selon les conséquences de leur excès de masse grasse sur leur santé. Et là, il y a 5 stades de 0 à 4. Le stade 0, c'est qu'il n'y a aucune complication médicale, physique ou psychologique. Le stade 1, c'est légère anomalie métabolique, début de plainte physique ou psychologique. Le stade 2, c'est la complication médicale établie, type hypertension, diabète, etc. Le stade 3, ce sont les complications sévères et invalidantes. Et le stade 4, c'est les atteintes extrêmes et invalidantes. Et ça, on est bien d'accord que c'est bien mieux que l'IMC. Alors ok, mais qu'est-ce que ça change vraiment en pratique ? Pour nous, en tant que praticien, c'est un vrai changement et vraiment... Ça change vraiment la prise en charge. On ne parle plus de poids comme un objectif central. Et on regarde les comportements, l'alimentation, le sommeil, le stress, le mouvement. Et du coup, par conséquent, on évite de prescrire des régimes restrictifs, juste sur la base d'un chiffre. Bon, après, ça c'est un tout autre débat. Je pense qu'il y a beaucoup de diètes qui vont devoir s'y faire. Et surtout, pour les patients, ça change vraiment tout. Il y a moins de culpabilité, moins de comparaison. avec des normes irréalistes et plus de personnalisation dans l'accompagnement. Du coup, en conclusion, est-ce qu'il faut vraiment enterrer cette IMC ? Et bien peut-être pas complètement, parce qu'il reste quand même un outil utile pour les grandes études épidémiologiques. Mais nous, en consultation pour accompagner une personne vers une meilleure santé, il ne suffit vraiment plus. Et ça depuis un bon moment. Aujourd'hui, on parle d'approche globale, de qualité de vie, de métabolisme, de relation au corps. Et c'est tant mieux. Et toi du coup, qu'est-ce que tu en pensais de cette IMC ? Je te remercie de m'avoir écouté jusqu'ici et si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager autour de vous, à laisser un commentaire ou à m'écrire sur Instagram pour dire ce que vous en avez pensé. Et on se retrouve au plus vite dans un prochain épisode d'A croquer. Prenez soin de vous et de votre santé, au-delà des chiffres.