Speaker #0Bonjour à tous et bienvenue dans le podcast À nos étoiles, un podcast qui parle de la mort sans tabou. Avant de commencer cet épisode, j'aimerais faire une petite parenthèse par rapport au fait qu'il n'y a pas beaucoup d'épisodes cette année et dernièrement qui sont sortis. C'est en grande partie dû au fait que je suis en voyage en Australie, donc j'ai pas forcément beaucoup de gens à interviewer entre guillemets. Je peux faire des épisodes seule, mais c'est vrai que j'aime bien avoir quelqu'un qui peut soit m'apprendre quelque chose et apprendre à tout le monde en même temps, soit donner sa vision. Du coup je trouve que les épisodes seuls me paraissent en tout cas moins intéressants, et j'ai aussi un peu l'impression de tourner... que autour de mon histoire, j'ai peur que ce soit un petit peu redondant. Donc aujourd'hui, ça va être le cas. Je vais parler des anniversaires et comment se passent les anniversaires des personnes qui sont parties, une fois qu'elles sont parties, tout simplement. Alors, pour remettre un petit peu de contexte dans l'histoire, quand mon frère est décédé, cinq jours avant, c'était l'anniversaire de ma sœur et moi. On est nés à deux jours d'écart, donc on célèbre tout le temps nos anniversaires ensemble. Et à chaque fois, à cette occasion, il y a une petite réunion de famille pour célébrer nos anniversaires. Comme c'est arrivé vraiment quelques jours avant l'accident, ça marque la dernière fois qu'on a fait un truc tous ensemble. C'est assez marquant pour la suite des anniversaires. C'est un peu le dernier gros souvenir que j'ai avec lui. C'était voilà, ce week-end on était tous ensemble. Donc ça peut créer une envie de pas forcément refaire son anniversaire. Ça a pas forcément été le cas pour moi, parce que comme il y a aussi l'anniversaire de ma soeur en même temps, ça me fait dans tous les cas quelque chose d'autre à penser. Par contre, son décès a joué un gros rôle sur un cap d'âge en fait. Il est décédé à 19 ans. Moi je suis la seule petite soeur. tous les autres sont plus grands que lui. Du coup, quand j'ai dû passer l'âge qu'il n'avait pas passé, ça a été vraiment... Parce qu'en fait, c'est le moment où on se dit donc là, il aurait eu l'âge que j'ai maintenant. Et du coup, on n'arrive plus à s'imaginer ce à quoi il ressemblerait actuellement. Et c'est assez troublant. Et ça permet aussi de se rendre compte qu'il est vraiment parti. Ce qui n'est pas toujours agréable, encore moins quand on est un peu dans le déni et qu'on n'a pas fait son deuil. Donc, c'est vrai que le cap des 20 ans... Moi, ça a été assez compliqué pour moi. Et il y a quelque chose que j'ai fait, du coup, pour mieux digérer, on va dire, le cap des 20 ans. C'est qu'en fait, je n'ai pas forcément fait un cadeau pour moi. Alors oui, en partie, parce que je n'ai pas autant de bonté en moi. En fait, j'ai pris le cadeau qu'il voulait pour ses 20 ans, qui était un saut en parachute. Et j'ai dit, moi, pour mes 20 ans, je fais le saut en parachute parce que lui, il n'a pas pu le faire. Donc, il y a un peu ce comportement de compensation. parfois qui peut venir et moi ça me l'a vachement fait et en plus dans ma famille j'étais la seule qui pouvait faire ça entre guillemets pour lui à ses 20 ans parce que tous les autres ils avaient déjà plus de 20 ans à mes 18 ans pareil j'ai fait un truc par rapport à lui je me suis fait un tatouage donc il y a eu cet aspect sur plusieurs anniversaires où en fait je demandais des cadeaux pour moi mais où il y avait une dimension pour mon frère aussi C'était ma façon de dealer avec les anniversaires et avec le fait qu'on ne célèbre plus forcément les siens. Après, c'est vrai que prendre le cadeau de quelqu'un qu'il voulait, c'est assez délicat. Moi, pour ma part, j'ai vraiment trop aimé mon soir en parachute. Mais c'était aussi un moment assez émouvant et difficile, parce que j'ai réalisé encore plus que oui, je passais l'âge que lui n'atteindra jamais. Et ce qui est marrant, c'est que je pense que si je n'avais pas fait ce saut en parachute pour mon frère, ça ne se serait pas du tout passé pareil. Parce que je suis quelqu'un de très très très stressée. Et bizarrement, quand je l'ai fait, pas du tout. Alors que c'est quand même un truc où on se jette dans le vide, on a l'impression qu'on va mourir. Donc bon, disons que s'il y a un terrain anxieux, là on donne toutes les possibilités pour être encore plus anxieux. Étonnamment, j'étais hyper déterminée. C'est-à-dire que moi, j'avais envie de passer la première, sauter la première, il n'y avait pas de souci. Du coup, il y a tout le monde qui s'est dit, elle, elle est hyper... On me sente pas du tout. C'est monté d'adrénaline qui me sortait de je ne sais où. Mais je pense que c'est parce que du coup, il y avait cette volonté et ce geste de ne pas le faire forcément pour moi qui m'a poussée à me jeter dans le vide tout simplement et sans peur. Parce que c'était beau aussi, quelque part. Et en plus, c'était dans un endroit qu'il aimait. Donc en fait, c'était vraiment un saut pour moi et aussi pour lui comme un hommage. le cadeau de mes 20 ans et le cadeau de ces 20 ans aussi que j'ai fait pour nous deux. Après, je dirais que la seconde chose qui change un peu pour mes anniversaires, celui de mes proches, ça va être, par exemple, de ne plus voir son nom écrit sur les cartes d'anniversaire. Alors, loin de là, le fait de dire que mon frère était un grand écrivain qui me disait qu'il m'aimait à chaque anniversaire, pas du tout. souvent c'était plus un truc du genre bonne anne yves la moche voilà au hasard par exemple un frère qui fait son rôle de frère quoi mais c'est vrai que quand on l'a plu ce petit mot très amical ça fait un peu bizarre et en fait je vois les cartes où il ya son nom son écriture et tout et d'un coup toutes les cartes après 14 ans il ya plus son nom c'est le genre de moment en fait on réalise qu'il est pas là donc faut trouver des moyens de garder cet événement qui autrefois était joyeux aussi joyeux ou du moins le plus possible et ne pas s'arrêter de célébrer ou de vivre même si c'est évidemment pas très facile Alors maintenant je vais essayer de plus me concentrer sur ses anniversaires à lui Ce que j'entends par ses anniversaires, c'est évidemment l'anniversaire classique, enfin le jour où il est né, et également l'anniversaire entre grosses guillemets de sa mort. Je ne le vois pas comme un anniversaire en lui-même, mais on peut dire l'anniversaire de sa mort, mais ça n'a évidemment rien de joyeux et de proche d'un anniversaire classique. Pour ses anniversaires à lui, c'est très particulier, surtout le premier. On ne sait pas vraiment quoi faire, on ne sait pas si on doit le fêter, on ne sait pas si ça nous fait plus de bien de faire quelque chose quand même, ou de faire comme si d'ailleurs on était. Mais en même temps tout le monde sait très bien quel jour on est, et que c'est son anniversaire. Moi dans ma famille au début on avait un peu cette petite tradition de faire des lampes célestes. Ça chauffe et ça s'envole, en fait on voit cet objet s'éloigner et partir, mais ça avait un côté très beau. Et c'est quelque chose qu'on a fait pendant longtemps, que ce soit pour son anniversaire ou pour l'anniversaire de sa mort. Et c'est un peu le petit rituel qu'on a fait pendant longtemps. Après, il y avait aussi d'allumer une bougie dans la maison. Mais par contre, on n'a jamais fait vraiment un gâteau avec des bougies, comme s'il était encore là. Je pense que ça aurait été beaucoup trop bizarre de faire ça. mais on mettait juste une bougie dans la maison, comme un hommage finalement. Donc quand c'est ses anniversaires, moi j'essaye souvent de faire quelque chose qui ne va pas m'y faire penser. Après j'ai la chance d'avoir une de mes meilleures copines, Anaïs, qui est née le même jour que mon frère. Donc je fais un peu un transfert, et quand c'est ce jour-là, dans ma tête je me dis c'est l'anniversaire d'Anaïs, et comme ça, ça ne me rappelle pas forcément que c'est aussi l'anniversaire de mon frère. Je dirais que les anniversaires, ça va. Et c'est en grande partie grâce à Anaïs. Donc Anaïs, je te remercie d'être née le même jour que lui. Ça me facilite la vie. Sinon, essayer de faire quelque chose soit pour lui, soit pour moi, soit pour les deux. Comme le saut en parachute ou autre. Célébrer d'une autre manière, faire un petit geste. Ça m'arrive aussi beaucoup d'écrire des lettres. Ça a commencé par « Aujourd'hui, tu aurais eu tel âge » . Et après je dis un peu ce que j'aimerais lui dire, comment moi je me sens, où j'en suis dans ma vie, parce qu'il peut pas savoir. Ça me permet d'avoir l'impression de garder comme un lien, on va dire. C'est quelque chose qui peut aider, ça parlera pas forcément à tout le monde. Après dans les autres choses, ils peuvent aider ou faire une sorte d'hommage, ou quand même faire quelque chose ce jour-là. Parce que ouais, mettre le sujet sous le tapis, faire comme si c'était un jour comme les autres. Moi je sais que j'aime pas oublier son anniversaire parce qu'après je me sens très mal. Et du coup j'ai l'impression de l'oublier. C'est pas quelque chose dont j'ai envie. Donc j'aime bien quand même faire un mini-truc. Donc ça peut être la lettre ou je sais pas. Moi j'ai un truc que lui il aimait. Par contre, ce qui est très différent, c'est du coup les anniversaires, entre guillemets encore une fois, de sa mort. Donc ce qui n'est absolument pas un anniversaire pour moi. La définition d'anniversaire, j'ai regardé pour être sûre que ça pouvait se dire par rapport à ce sujet. Ils disent que c'est un jour qui ramène le souvenir d'un événement arrivé à Paris jour, une ou plusieurs années auparavant. Cet épisode, ça devient le podcast de Larousse ou du petit Robert, comme vous voulez Ausha. Un anniversaire de la mort de quelqu'un, ça se dit. Donc ce jour-là est bien plus dur, je trouve, que le jour de son anniversaire de naissance. Parce que je dirais qu'un anniversaire de naissance, ça reste quelque chose de joyeux, même si quand la personne est partie, c'est plutôt triste, parce qu'on se rend compte qu'il n'est plus là, parce qu'on ne sait plus à quoi il ressemble, quel âge il atteint, etc. Mais l'anniversaire de la mort est encore pire, je dirais. en tout cas personnellement, parce que ça ramène juste à la pire journée de ma vie. Donc en fait, il n'y a rien de positif à en tirer, je dirais. Ça rend la journée vraiment dure. Je n'ai jamais passé ce jour sans y penser. Il y a toujours un moment où j'ai un petit coup de mou cette journée-là, ce qui me rend assez en décalage avec le reste du monde, parce qu'en fait, il est décédé le jour de la Saint-Patrick. Donc, comment vous dire que pour le reste du monde, c'est une journée géniale. Et de fait, c'est vrai que moi, ce n'est pas du tout un jour où j'ai envie de célébrer ça. Alors que ça pourrait me changer les idées, mais je ne sais pas. Du coup, j'ai décidé que je n'aimais pas cette fête parce que c'était le même jour que sa mort. Et le jour même aussi, ce qui se passe souvent, c'est que si je ne suis pas avec ma famille, on s'envoie tous un petit message pour dire un peu, prendre des nouvelles, demander comment ça va, bon courage pour aujourd'hui. Parce qu'en fait, on sait qu'on va tous y penser. Mais quand c'était plus récent, les anniversaires, que ce soit le jour où il soit né ou l'anniversaire de sa mort, souvent, je n'allais carrément pas à l'école. Et ma mère posait sa journée parce que c'était trop lourd émotionnellement pour elle. Donc souvent, c'était une journée qu'on passait en famille. Et en fait, on faisait un truc pour nous faire du bien, pour penser à autre chose. Pas forcément un truc du coup cette fois pour lui rendre hommage, mais plutôt pour se vider la tête et essayer de penser à autre chose. Et voilà, ça reste une journée pas facile. Il faut l'appréhender comme on peut. Pour finir, je dirais que les seules choses à faire pour mieux appréhender les anniversaires après un décès, ce serait d'essayer de ne pas transformer ces journées en des journées tristes. essayer de faire quelque chose qui peut aider, plutôt célébrer, plutôt que de s'enfermer dans une tristesse et se rendre compte qu'effectivement il n'est pas là. Après c'est évidemment plus facile à dire qu'à faire. Merci beaucoup d'avoir écouté cet épisode. Si vous voulez donner votre avis ou faire un commentaire qui peut m'aider à améliorer mon podcast etc. Je laisse toujours mon adresse mail dans les détails de l'épisode donc n'hésitez pas. et n'hésitez pas aussi à mettre 5 étoiles ça aide au référencement du podcast également je fais un autre petit aparté, si il y a des gens en Australie qui voudraient faire un épisode ne pas hésiter à me contacter parce que du coup j'ai moins d'épisodes en tête et à venir et ce podcast est quand même un projet qui me tient beaucoup à coeur, c'est un sujet qui est très important pour moi ... Et c'est vrai que je suis un peu déçue de devoir ralentir la cadence et de faire moins d'épisodes. Donc vraiment, si jamais il y a des gens, même si on ne se connaît pas, qui souhaitent faire un épisode. Bon, j'allais dire même en anglais, mais je ne pense pas qu'il y ait des anglophones qui m'écoutent. Mais voilà, ça pourrait être vraiment chouette et ça pourrait aider à faire vivre ce podcast. Donc voilà, merci beaucoup et à la prochaine.