- Speaker #0
Quand tu disais qu'est-ce qui est différent, aux Etats-Unis, il n'y a rien. Tu montes une boîte, pas parce que c'est cool et parce qu'il y a des soirées sympas et qu'on va t'offrir du champagne et que tu vas pouvoir... Tu vas être invité à Bercy une fois par semaine. Tu vas être invité à Bercy d'abord, sincèrement.
- Speaker #1
La nouvelle édition de la French Tech. Exactement.
- Speaker #0
Les entrepreneurs de la Silicon Valley, les petits fours, l'administration... La PPI. Ça n'existe pas. Ils vont faire des meet-ups entre... entre développeurs. Ils vont à des grandes messes, mais qui sont des messes importantes sur des sujets importants. Mais voilà, ils ne sont pas dans ce délire-là. Moi, j'ai des potes à San Francisco qui lancent des startups, des Américains. Il faut bien comprendre, il n'y a pas d'aide. Il n'y a pas cette histoire de chômage où tu es payé. D'abord, il n'y a pas de chômage, ou très peu, c'est ridicule. Quand ils décident de lancer une startup, pour certains, ceux qui n'ont pas forcément les moyens, Ils prennent leur carte de crédit, ils maxent leur carte de crédit. Parce que tu sais, c'est des crédits revolving. Donc ils demandent, moi je vais prendre 20 000, toi 30 000. Ils prennent la carte de crédit de leur conjoint ou de leur conjointe. Ils maxent aussi la carte de crédit. Tout le monde est maxé. Ils serrent les fesses pour rentrer à YC. Le pognon de YC, il sert à rembourser les cartes de crédit qui ont été maxées. C'est ça la vie d'un entrepreneur.
- Speaker #1
Ils ne sont pas financés par le Fonds de l'Ugdé-Sangèle de France qui est France Travail.
- Speaker #0
Non. Et donc quand tu as ce truc-là, parce que ça veut dire que si ta start-up ne marche pas, tu te retrouves avec de la dette à rembourser toute ta vie avec des taux d'intérêt de crédit revolving de malade, je peux te dire que tu as une fin qui est différente. Moi j'ai un pote en ce moment à San Francisco, il est ukrainien. Il est en visa, il me dit si ma start-up ne marche pas, je perds mon visa, je dois rentrer en Ukraine, je pars au front.
- Speaker #1
Oui, ça donne une motivation tout de suite un peu plus essentielle.
- Speaker #0
Et nous, on a créé, quand tu disais sur la French Tech, une génération d'entrepreneurs, et c'était nécessaire, et c'est vrai que je suis sévère, mais regardez la démographie de ces entrepreneurs qu'on a créés. C'est qui ces entrepreneurs ? Ce sont des mâles, essentiellement, blancs, diplômés, plutôt des grandes écoles. Alors on dit, oui, Sciences Po, HEC, Polytechnique, etc. et plutôt issus des milieux favorisés. OK ? Et c'est très bien, super. Mais quand t'as que ça, tu vois, tu as l'opportunity cost pour ces gens-là de créer une start-up, si ça marche pas, c'est pas très grave. Tu vois ? Pourquoi c'est pas très grave ? Parce que je suis jeune, j'ai un bon diplôme, et j'ai papa et maman derrière. Donc, je vais... Je suis désolé de faire une généralité, mais je la fais. Et ce n'est bien évidemment pas le cas de tous, bien évidemment. Mais il y a des humoristes français que je suis, qui me font marrer parce qu'ils caricaturent ce truc-là. Donc, ça veut bien dire que quelque part, d'ailleurs, autour de Station F, j'ai vu des vidéos hilarantes de mecs qui expliquent ce que je suis en train de dire. On a aussi dans le lot, tu vois, une génération qui a joué à la start-up. Et moi je suis surpris, l'autre jour j'étais à Station F, il n'y a personne à 18h, il n'y a personne. On parle de work-life balance, il faut aller faire du sport, etc. Mais sincèrement, il n'y a pas de work-life balance dans une start-up.
- Speaker #1
À San Francisco, c'est vrai, donc ce truc de les mecs 20h sur 24 dans des hack-a-house, parce que pour moi ça c'était le mythe, tu vois, de... quand tu regardais la série Silicon Valley ou quand tu regardes... C'est exactement ça. C'est la réalité tout le long de l'histoire.
- Speaker #0
La réalité. Il y a une expression qu'on a dans la Silicon Valley qui s'appelle 997. Donc, tu commences à 9h du matin jusqu'à 9h du soir, 7 jours sur 7. Tu vois ? Les Chinois, ils ont répondu en disant que eux, ils faisaient du... En gros, c'est 007. de minuit à minuit, c'est-à-dire qu'en gros, il bosse 24 heures, 7 jours sur 7. C'était la réponse des Chinois à la Silicon Valley quand la Silicon Valley dit 996. Je crois que c'était 996. Oui,
- Speaker #1
dans des Ouïghours qui travaillent à Tos. J'en sais rien. Mais non,
- Speaker #0
mais il y a, sincèrement, quand tu créais une startup, tu parlais de Greg Gambato, il est en train de le faire en ce moment, il est arrivé à San Francisco, je peux te dire qu'il a pris une bave dans la gueule sévère, parce qu'il a compris ce que c'était, quoi, en fait, de bosser en mode Silicon Valley startup. C'est no life. No. life, ils dorment au bureau dans des sacs de couchage alors j'entends, je sais bien les critiques ouais mais c'est pas une façon de travailler les mecs veulent pas faire ça toute leur vie il y a un sentiment en ce moment dans la Silicon Valley qui est assez flippant d'ailleurs pour nous tous j'entends des start-upeurs dans la Silicon Valley dire de toute façon avec l'IA ça va être une telle révolution que c'est la dernière occasion de créer des richesses une richesse multigénérationnelle, après c'est fini, on va rentrer dans une économie de l'abondance, machin, tout ça. Bon, je pense que là on est dans du délire de la Silicon Valley. Mais il y a ce sentiment d'urgence de dire, peut-être que le monde va changer dans les 20 ans qui viennent.
- Speaker #1
Peut-être que c'est la dernière grande révolution technologique. En fait, si on passe ce cap-là, terminado.
- Speaker #0
Exactement. Mais le mode, il est au taf. On est revenu depuis... Ouais, depuis 2021, 2022, un mode de travail qui casse aussi des choses, qui casse des gens. Il y a la crise du fentanyl, des trucs comme ça aux Etats-Unis. Elle est aussi là parce qu'il y a une société qui est brutale.
- Speaker #1
De toute façon, on ne peut pas parler du modèle social américain. En gros, il y a plein de choses à envier, mais il y a aussi plein de choses à... Bien sûr. Mais si je reviens quand même à notre sujet de fond qui est aussi, tu vois, pourquoi les entrepreneurs en France ne se révoltent pas ? Si tu dis qu'il y a cette espèce de collusion avec l'État qui empêche d'avoir de l'ambition, qui empêche de faire grandir les boîtes. Et encore plus aujourd'hui, il y a un contexte économique qui est toxique. Parce qu'il n'y a même pas de budget, donc compliqué d'investir. Il y a un record de faillite de différentes entreprises. Donc les mecs sont pris à la gorge. Et en plus de tout ça, dans un environnement où on passe notre vie à opposer les riches et les pauvres. et quasiment tous les partis politiques sont socialistes, que ce soit conservateurs à droite ou qui soient plus novateurs, à essayer d'imaginer le nouveau monde.
- Speaker #0
Non, il n'y a pas de programme libéral aujourd'hui. Il n'y a plus de libéraux, on pense. Non, il n'y a plus de libéraux. Ça n'existe plus.
- Speaker #1
Et donc, ma question, c'est pourquoi les entrepreneurs ne se rebellent pas ? Et toi qui as vécu cette expérience des pigeons dont on parlait tout à l'heure, qu'est-ce qui fait que ça ne se poursuit pas ? Pourquoi est-ce que les entrepreneurs ne peuvent pas prendre le pouvoir comme ça s'est passé avec Elon Musk ? Même si ça va durer très longtemps, puisqu'il y a eu un conflit d'égo énorme entre lui et Trump. Mais il fait que ça ne marque pas. Ils reviennent ensemble.
- Speaker #0
Mais parce qu'ils savent très bien que si Trump tombe, lui aussi tombe. Parce qu'il a des contrats avec l'État, avec la NASA, etc. La réponse, elle est très simple. Il y a une collusion qui est telle entre les entrepreneurs et l'État, qui souvent est le premier client de pas mal de monde chez les entrepreneurs. La majorité des entrepreneurs en France, et je ne parle pas de la tech, je parle de tout, à un moment ou à un autre, tu travailles pour l'État. C'est ton client l'État. C'est pour ça que les gens... Tu ne peux pas te rebeller parce que ça se trouve, tu bosses pour le conseil régional, tu bosses pour le conseil général, tu bosses pour la mairie, tu... On bosse pour la... Le client numéro un des entrepreneurs, en grande partie, c'est la collectivité. C'est le client numéro un. Donc c'est difficile de se rebeller contre la main qui te nourrit. T'en as certains, tu parlais de cet entrepreneur qui est venu dans ta...
- Speaker #1
Jean-Philippe Cartier.
- Speaker #0
Jean-Philippe Cartier, ou quelqu'un comme Éric Larchevêque. Mais c'est une fois que t'as réussi. Ou moi, j'ai pas réussi à ces niveaux-là, quoi. « Pourquoi je peux avoir cette parole ? » Et on dit « Ouais, mais Carlos, machin... » Mais parce que je n'ai aucun agenda. Je ne travaille pas pour ces gens-là. Ces gens-là ne me payent pas, ni quoi que ce soit. Donc j'ai la liberté de le dire. Mais il y a plein de gens qui n'ont pas cette liberté-là, qui ne peuvent pas le dire. À commencer, par exemple, par les investisseurs. Les investisseurs dans les start-up sont financés en grande partie. 75% de l'argent des investisseurs en France est de l'argent public. 50% de la BPI et du FEI, ensuite de l'Europe, c'est de l'argent public. Et le reste, c'est de l'argent des grandes boîtes du CAC 40 qui elles-mêmes ont été poussées par l'État pour investir dans des fonds. Parce qu'il fallait absolument... Donc il y a une collusion, tu vois, il y a une sorte de... Donc ça fait un effet domino. Les investisseurs, leur LP sont très liés, c'est beaucoup de l'argent public. Parce que nous, on n'a pas les fonds de pension, on n'a pas la retraite. Et surtout, on n'a pas de retraite par capitalisation.
- Speaker #1
Oui, les ménages américains mettent beaucoup plus d'argent dans l'innovation via ces fonds de pension, ce qu'ils n'ont pas fait en France.
- Speaker #0
Ces fonds de pension, mais aussi en bourse. Même un travailleur, un plivier.
- Speaker #1
1000 milliards d'euros qui sont en épargne type livret.
- Speaker #0
Exactement. Alors que le pompier, le policier, le médecin... ou n'importe quoi aux Etats-Unis, lui il a investi dans Google.