- Speaker #0
Ce qui est intéressant de revenir sur les origines de la Startup Nation, pour comprendre à mon avis où on en est arrivé, pourquoi on en est arrivé là où on en est aujourd'hui, c'est qu'à chaque élection présidentielle quasiment, il y a des mouvements d'entrepreneurs qui se créent pour dire trop c'est trop, trop de taxes, pas assez de travail, pas assez de fluidité, pas assez de soutien de manière générale. Et toi, tu as participé à un mouvement qui a fait du bruit, qui était en 2012, qui s'appelle les pigeons. C'est vrai que j'ai participé. Tu peux nous raconter un petit peu cette épopée, un peu les anecdotes que tu as vécues quand... Quand on fondait ce mouvement qui aboutit à la fin, les gens ne le savent pas, à France Digital et à la French Tech de manière générale.
- Speaker #1
En fait, je suis d'autant critique de la French Tech que je considère que j'en suis à l'origine. C'est-à-dire que je suis un des spermatozoïdes qui a engendré la French Tech. On était plus de 75 000. Là, j'ai l'image tout d'un coup de ce spermatozoïde qui... qui ont essayé d'ovuler cette French Tech. Mais oui, j'ai fait partie.
- Speaker #0
C'est très poétique.
- Speaker #1
Je ne sais pas, tu en feras ce que tu voudras, ce que tu pourras. Mais il y avait, à l'époque de Hollande, donc on est près Macron, enfin il était déjà là, mais il n'était pas président. Loi de finances 2013. Christian Acker, rapporteur du gouvernement. a une idée extraordinaire. Il dit qu'il va taxer 75% des plus-values des entreprises. Alors quand tu es une startup... 75% ?
- Speaker #0
75%. Allez,
- Speaker #1
calme. Donc 75% des plus-values seront taxées à hauteur de je ne sais plus combien. Et donc quand tu es une startup, il n'y a que de la plus-value. C'est-à-dire que ta boîte, elle vaut zéro au départ. À la fin, si tu as de la chance, si tu es très chanceux, elle vaut peut-être 100. Donc si je te pique 75% de tes 100, c'est une aberration en nous.
- Speaker #0
Sachant que tu as passé en moyenne au moins deux ans sans te payer, minimum.
- Speaker #1
Minimum.
- Speaker #0
Tu as envie quand même un tout petit peu de boucher au prix de ton travail.
- Speaker #1
Absolument. Donc c'est une aberration économique, financière, mais parce que ces gens-là ne savent pas ce que c'est qu'une entreprise. Ils ont cette vision et quelques-uns encore l'ont toujours. d'une entreprise avec un entrepreneuriat génétique, une entreprise que tu as héritée de tes parents et qui pensent qu'on se promène avec un cigar, un haut de forme et qu'on roule dans des voitures un peu comme dans le Monopoly. Ces gens-là ont cette vision-là parce qu'ils ont besoin de thunes et qu'ils se disent on va prendre la thune où il y a de la thune. Donc c'est une aberration. Et à l'époque, on était tous sur Facebook et Jean-David Chamboredon fait une tribune dans la tribune sur ce sujet-là. C'est un vendredi soir, je lis ce truc-là, moi je suis à San Francisco à l'époque, c'était 2013, et je lis ce truc, je trouve ça une aberration, et je poste sur mon mur Facebook un truc un peu énigmatique, ils nous prennent pour des pigeons, tu vois, j'ai cette formule, on est vraiment pris pour des pigeons. et je vois que mon poste marche et dans le week-end, parce que les journalistes ils sont au Touquet ou à Deauville tu vois On crée une page Facebook un peu à l'anonymous, sauf que le logo c'était un pigeon au lieu de ce masque d'anonymous, mais on avait repris tous les codes, avec 3-4 personnes, un designer, on était 3-4 à partir sur ce délire, et on dit on va créer un mouvement, le mouvement des pigeons, on va dire à personne qui on est, et ça a été le premier mouvement de contestation sociale online, les pigeons.
- Speaker #0
Pas besoin d'être dans la rue pour manifester.
- Speaker #1
Et les gens ont cru que ça avait duré des mois, ça a duré 30 jours. cette histoire-là. Plus le mouvement montait, on est arrivé à 80 000 à l'époque, c'était beaucoup de monde. Tu vois, 80 000 sur une page Facebook. Ah, sur la page Facebook !
- Speaker #0
Sur la page Facebook, 80 000 personnes qui se font suivre.
- Speaker #1
Et on balançait des messages un peu énigmatiques, en mode anonymous, en disant, quand on voyait que le truc montait, les gens prenaient conscience de ce qui est en train de se passer. On avait beaucoup de gens aussi, pas simplement des start-upers, des PME, PMI... Des gens qu'on avait marre, tu vois, même à l'époque.
- Speaker #0
Des boulangers, des commerçants. Voilà,
- Speaker #1
et qui disaient c'est n'importe quoi et tout ça. Et là, Libération fait sa une sur ce truc-là la semaine suivante. Et là, c'est un truc énorme. TF1 essaye de nous contacter à travers la page Facebook. Nous, on dit on refuse de parler à la presse. Plus on refusait de parler à la presse, plus il devenait fou. Il y avait des plateaux de télé, tu retrouveras une interview de Jean-Luc Mélenchon qui parle de moi en disant « Ce mec qui a monté le mouvement des pigeons, c'est un fuyard délocalisateur, traître à la nation. »
- Speaker #0
J'étais déjà à l'ICEF à ce moment-là.
- Speaker #1
J'étais à l'ICEF, bien évidemment, parce que lui, il avait fait son enquête. Ils étaient en train d'essayer d'imaginer qu'est-ce qui se cachait derrière ce truc-là. Certains disaient que c'était Sarko, d'autres disaient que c'était le MEDEF. Enfin, un bordel incroyable. Jusqu'à un moment où ça devenait très très chaud et on a dit il nous faut des porte-parole et on a choisi Jean-David comme porte-parole.
- Speaker #0
Qui est donc le fondateur d'Isaïe,
- Speaker #1
un fonds d'investissement qui connaissait bien l'industrie techniquement.
- Speaker #0
Et qui était en entreprenariat.
- Speaker #1
Et qui surtout était à Paris, qui pouvait parler avec eux. Et là moi j'ai vécu des conversations absolument lunaires avec à l'époque Cazeneuve qui s'illustrera par le futur et puis aussi Montebourg. Ils ne comprenaient absolument rien.
- Speaker #0
Ah bon parce que Montebourg pour le coup il est de gauche mais il est quand même... Il est encore entrepreneur. Ouais mais c'est quand même le gars qui a réussi à sauver les florons, enfin en tout cas qui a tenté de sauver Arcelor, Mittal, Alstom et toutes les boîtes qu'on a vendues aux américains. Mais il est en France,
- Speaker #1
c'était un peu après. C'était un peu après,
- Speaker #0
mais à cette époque-là il ne comprenait pas grand-chose à l'entrepreneuriat. Bah non, pas vraiment,
- Speaker #1
pas vraiment. Et donc au bout de 30 jours, il renonce à la loi fiscale.
- Speaker #0
Donc à la loi qui...
- Speaker #1
Tu imagines un mouvement online, grassroots, complètement spontané, qui peut reculer l'État en 30 jours. La loi de finances est abrogée. Un truc de fou. Et c'est une victoire incroyable. Et de là, Fleur Pellerin est nommée. S'en suivront les assises de l'entrepreneuriat, qui donnera naissance à France Digital et à la French Tech. Et le mouvement... le mouvement France Digital, French Tech, etc. naît à ce moment-là.
- Speaker #0
Comme quoi, donc, Learnings, on peut être un animal assez moche, voire ridicule, et faire bouger beaucoup de choses, en fait.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
C'est ce qui va se passer. Là, j'ai sorti un épisode, moi, je fais mon autopromo, mais avec Jean-Philippe Cartier, qui est vraiment un patron emblématique, qui a investi dans l'hôtellerie beaucoup, et la tech, les deux, l'hôtellerie et la tech.
- Speaker #1
Il a la Chamonix.
- Speaker #0
Oui, il a le Mont-de-Lan à Chamonix, puis il a une collection d'hôtels de luxe. Donc, il a beaucoup... Il y a des centaines, des milliers de salariés qui sont souvent parfois du personnel d'hôtel. Il ne sort de rien. C'est au terrain.
- Speaker #1
Il ne sort de rien. Il est autodidacte. Complètement autodidacte.
- Speaker #0
Et lui, il est vraiment à fond dans le ras-le-bol. Et il va sortir un mouvement, ce petit pigeon teasing. On verra ce qui se passe. Mais en tout cas, ça va se passer, c'est sûr. Parce que les gens ont ras-le-bol. C'est pas possible.
- Speaker #1
Bien sûr, les gens ont ras-le-bol. Je me rends compte justement de ce que tu me disais tout à l'heure, est-ce qu'on peut encore entreprendre en France ? Ce mouvement-là dont on parle des pigeons, c'est 2013, on est aujourd'hui en 2026. Bien sûr qu'il y a plein de choses qui ont changé, on peut revenir à la French Tech. On a donné envie aux entrepreneurs d'entreprendre, en tout cas à une nouvelle génération, ça c'est clair. Est-ce qu'on a simplifié l'entrepreneuriat ? Je n'ai pas l'impression. Mais de quoi est-ce que cette French Tech ? tech a accouché au bout de 10 ans, un peu plus de 10 ans est-ce qu'on a créé un Google est-ce qu'on a,
- Speaker #0
alors les gens me disent oui mais il faut plus de temps ouais enfin bon quand je vois il y a quand même des Doctolib il y a quand même des Alan il y a quand même des Swile, des trucs comme ça, qu'est-ce que t'en penses ?
- Speaker #1
je pense qu'on a ce qu'on a surtout fait et c'est très bien d'ailleurs et c'était nécessaire on a surtout modernisé ou... les services publics français. Tu parles de Docte Libre, c'est la prise de rendez-vous et c'est la santé. Tu parles de Blablacar, il y a un déficit, les gens, moi je suis de Limoges, aller à Limoges c'est la croix et la bannière. Il n'y a pas de train, t'es obligé, sans Blablacar, et c'est hors de prix la SNCF. Les gens, ils ne peuvent pas se payer un billet, ils n'ont pas les moyens. Donc on a beaucoup créé de services Et c'est super, mais pour moderniser l'État, pour pallier aussi à certaines carences de l'État. Doctolib, c'est génial et heureusement qu'on l'avait d'ailleurs pendant le Covid. Mais on n'a pas créé de trucs qui sont des choses qui ont modifié radicalement le paysage technologique mondial.