- Speaker #0
Est-ce que tu penses que Paris est une ville pour réussir ? Pro-business, tu vois, en particulier, mais aussi une ville pour réussir, selon toi ?
- Speaker #1
Je ne veux pas faire du Paris-Bashing. On a une ville formidable pour réussir. Bon, il y a quand même des freins. Il y a quand même des choses sur lesquelles on pourrait libérer les énergies. On pourrait proposer aux entrepreneurs d'être dans un écosystème valorisant où on... On fait se rencontrer les acteurs qui ont envie d'innover, qui ont envie d'entreprendre, qui ont envie de créer de la richesse, qui ont envie de créer de l'emploi et faire avancer le territoire. Je trouve qu'on est un peu toujours à Paris dans les mêmes schémas et qu'on manque un peu d'esprit d'initiative, d'esprit d'innovation. Même s'il y a beaucoup, beaucoup d'entrepreneurs qui croient encore en Paris. Mais je trouve qu'on a besoin d'un nouveau souffle entrepreneurial.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on peut faire selon toi au niveau local notamment ?
- Speaker #1
Je pense qu'il faut déjà montrer l'exemple quand on est à la tête d'une commune. comme Paris, capitale européenne, capitale mondiale, capitale de la France, de travailler avec des entreprises. Moi, j'essaie de le faire à mon humble niveau, c'est travailler en alliance entre le privé et le public. Pourquoi ? Parce que le public ne peut pas supporter tout, tout seul. Et que les entreprises sont de plus en plus engagées dans une responsabilité sociale territoriale, qu'elles ont envie de redonner, d'engager leurs salariés aussi sur l'environnement autour de l'entreprise physique. et puis sur des causes sociales, environnementales, qui ancrent et qui donnent de la valeur aussi à l'entreprise. Et donc je crois beaucoup à l'alliance public-privé, en évitant évidemment les impasses déontologiques, conflits d'intérêts, etc. Mais c'est possible. On a l'impression que travailler avec une entreprise, quand tu es une collectivité, tout de suite, tu as un intérêt financier. Pas du tout. Il faut le dire à beaucoup d'élus aussi, parfois. Ma casquette métropolitaine me permet de le faire sur l'innovation. Je rapproche des startups, des grands groupes de collectivités qui veulent accueillir de l'innovation pour améliorer la vie des administrés. Et je vois que ça fonctionne. Parce que quand tu fixes un cadre, tu fais un appel à candidature pour les startups, pour les grands groupes, pour les associations aussi qui ont de l'innovation à apporter. Et puis tu fais un appel à... un projet pour que les maires te disent, voilà, moi, j'aimerais bien bénéficier de telles nouvelles innovations sur un quartier qui est un peu en déshérence. Eh bien, on arrive à matcher ça. On a fait donc quartier métropolitain d'innovation. Eh bien, ça fonctionne. Et moi, je crois que, si tu veux, pour recréer une dynamique à l'échelle parisienne, il faut aussi montrer l'exemple. On ne peut pas uniquement... Et puis, il faut arrêter aussi de materner les entreprises. Elles sont grandes et responsables. Il faut leur faire confiance. Quand elles ont des bonnes idées, il faut les accueillir. Il faut arrêter de les infantiliser aussi. Il y a plein d'entrepreneurs qui ont envie de faire beaucoup de choses. Je crois beaucoup que l'entrepreneuriat permet de changer une ville aussi. Parce qu'il y a cette conscience sociale, au bon sens du terme, dans beaucoup d'entreprises, de nouvelles entreprises qui se créent. Et pour ça, il faut que les acteurs politiques soient ouverts à ça. Alors quand ils ne connaissent pas le monde de l'entreprise, c'est compliqué. Tout de suite, ils disent « Oh là là, je ne maîtrise pas. Puis si je me plante avec telle entreprise sur un nouveau service que je veux donner, ça va me retomber dessus, je vais perdre les élections après. » Tout ça est un peu daté. Moi, je fais un travail d'acculturation sur l'innovation, sur la digitalisation, sur ce qu'apporte l'IA, par exemple, aux communes, auprès des maires, auprès des agents. On forme les agents sur ces sujets-là. On les forme aussi à la gestion de projets. On les forme aussi aux impacts environnementaux, les risques aussi et les défis de la vie parce qu'il faut ouvrir en s'appuyant sur des experts qui viennent du secteur privé. Il ne faut pas avoir peur de cela.
- Speaker #0
C'est intéressant que tu dis ça parce que je pense que la déconnexion entre le politique et l'entreprise en particulier, parce qu'on ne va pas parler du politique et des citoyens, c'est encore un sujet plus large, mais il y a eu un coup de gueule récemment de... d'un député dans l'hémicycle qui dit « Mais 45% des gens ne sont hémicycles, ces hémicycles n'ont jamais créé d'entreprise. » Et si tu regardes les ministres... C'est comment ?
- Speaker #1
C'est Julien Dive.
- Speaker #0
Peut-être, oui, Julien Dive. Député de l'Aide. Député de l'Aide, on le salue. Et il disait aussi, voilà, j'ai regardé, mais je crois que c'est 10 ou 15% des ministres qui ont déjà mis les pieds dans une TPE ou une PME. Ça me semble même avoir créé une entreprise dans les 10 ou 15% dans les TPE, PME. Mais comment est-ce qu'ils peuvent comprendre ce monde ? En n'ayant jamais foutu les pieds dedans, tu vois, c'est pas possible en fait, il y a un problème quand même là, non ?
- Speaker #1
Alors ils vont te dire on fait une journée, deux journées dans une entreprise. C'est pas tout à fait la même chose que d'avoir travaillé dans une PME, d'avoir répondu à des exigences d'une organisation d'entreprise, que d'aller deux jours en stage. Oui, quand j'entends ça, tu sais, oui, les élus ne connaissaient pas le monde d'entreprise. Bon, très bien, soit. Mais moi, j'ai envie de dire aux entrepreneurs, engagez-vous. Parce que c'est bien, mais moi, tu vois, je viens du secteur privé. J'ai aussi fait un choix de réduire mon temps de travail progressivement quand j'ai pu accéder à un certain nombre de responsabilités parce que je voulais bien faire les choses et donc je voulais être en vérité aussi et en cohérence. Tu ne peux pas assumer un job à plein temps dans le privé et avoir un mandat local. Il faut à un moment donné que tu aies le sacre du temps.
- Speaker #0
Ça c'est intéressant parce que les gens ne savent pas, mais toi tu as le droit en tant que maire d'avoir un job salarié, en tout cas des missions à côté et un job de maire. C'est tout viré par la loi.
- Speaker #1
Oui ça tu peux, les députés sont beaucoup plus encadrés si tu veux. C'est toléré parce qu'il y a un code de déontologie à Paris, parce que je réponds aussi à la haute autorité pour la transparence de la vie publique, à la chaîte des VP. En ma qualité d'ex-président de la métropole, je suis tenu d'expliquer d'où viennent mes revenus, mon patrimoine, et d'expliquer pour qui je travaille. Parfois même mes proches peuvent aussi être mentionnés pour éviter tout conflit d'intérêts. Ça c'est normal, c'est la transparence. Mais oui, bien sûr, tu peux tout à fait te connecter. Après, il faut pouvoir s'organiser. Moi, j'ai une petite activité de consultant indépendant. Bon, là, je me mets un peu en pause parce que voilà, on a une période de campagne électorale. Ça me fait du bien, si tu veux, de replonger dans un univers d'entreprise, d'avoir un client, ou alors, en l'occurrence, moi j'avais un président que j'ai conseillé dans une société de portage salarial sur la fin de ma dernière expérience, une quinzaine d'années dans le portage salarial. Ça me faisait du bien, moi. Ça m'oxygénait ma semaine. Je changeais d'univers, et au bureau, alors j'avais évidemment des collaborateurs, surtout des collègues, qui me disaient « Alors, monsieur le maire, t'es content de me voir ? » C'était le jeudi, et j'ai dit « Non, je ne suis pas le maire, là. » Je suis Geoffroy et je suis un parmi vous et j'ai des objectifs que je dois atteindre, même si j'ai un temps plus limité. Voilà, je suis là pour... Et ça fait du bien, ça fait du bien. Parce que si le problème de la politique, quand tu accèdes à un certain nombre de responsabilités, tu peux venir assez vite mégalo et tourner sur toi-même uniquement. Donc tu es en fait ton... Tu es chef d'entreprise de toi-même, tu vois. Et donc c'est bien de prendre du recul. pour garder un pied dans des réalités économiques, sociales. Et puis c'est bien parce que la politique, ce n'est pas non plus forcément toute sa vie. Et donc demain, il y aura un après. Et donc c'est bien aussi de capitaliser sur d'autres réseaux, sur d'autres savoir-faire, sur d'autres rencontres que tu as pu faire en parallèle. Alors c'est vrai que tu le fais de manière, moi je le fais de manière beaucoup plus ponctuelle parce que le temps me manque. Mais j'aime bien me garder un peu de temps pour aller voir. un client pour l'accompagner sur un projet sans avoir de conflit d'intérêt, puisqu'on déclare tout ce qu'on gagne, tout ce qu'on fait, avec qui on fait.
- Speaker #0
Tu as le droit de donner ton salaire de maire, notamment, c'est public ça ? Oui,
- Speaker #1
oui, tu sais, tout est encadré, les rémunérations, ce ne sont pas des rémunérations d'ailleurs, ce sont des indemnités de fonction. Donc tu as un conseiller régional, un conseiller départemental. un adjoint au maire, un conseiller d'arrondissement délégué, un maire. Tout ça est public. Ça coûte combien ? Un maire, il gagne...