- Speaker #0
C'est quoi le problème des petits patrons ou des patrons aujourd'hui selon toi ?
- Speaker #1
Alors il y a deux sujets de nature un peu différente. Il y a leur problème quotidien. Le problème c'est de trouver du fil d'affaires. À la base de la base, un patron c'est d'abord un vendeur. Surtout quand il est petit patron, il fait un peu tout. Dans une conjoncture qui est structurellement difficile en Europe, on oublie toujours que le problème de l'Europe c'est la démographie. Pour faire croître son business, il faut des clients. Quand tu as une démographie qui recule, et encore la France est un peu préservée, il y a moins de clients. Donc on a un sous-jacent de croissance qui est difficile. Donc il faut aller chercher la croissance, donc le chiffre d'affaires. Et c'est de plus en plus difficile. Et puis, on rajoute à ça une marée montante régulière partout en Europe, peut-être un peu plus en France, de normes de régulation de taxes, d'impôts. Parce qu'en fait, on rajoute. Ce qu'il faut retenir, parce que... Tu peux critiquer tel ou tel morceau de législation. Chaque loi, au fond, derrière, il y a une explication. On a fait tel truc sur les actions du travail parce qu'il y a eu un accident, qu'il a fallu machin. On a fait tel truc sur, je ne sais pas quoi, la fiscalité, sur n'importe quoi, les transports, parce qu'il faut que les serrailliers puissent se déplacer. À la fin, personne ne fait le total. Et le total, c'est un mur que se prend le patron de face. Évidemment, plus... Il est, alors je ne vais pas l'exprimer en petit patron, mais on comprend ce que ça veut dire. Patron d'une petite entreprise, plus c'est difficile. Il y a un truc qu'on ne dit jamais, mais quand tu prends une courbe linéaire de rentabilité en fonction de la taille, avec des exceptions évidemment, c'est quasiment une droite de régression. C'est-à-dire que plus tu es gros, plus tu gagnes de l'argent. Plus tu es petit, moins tu gagnes de l'argent. Alors il y a des exceptions, évidemment, quand tu es une petite boîte de trading. Ça peut être super rentable, bien sûr. Et une très grosse boîte, je ne sais pas quoi, grossiste en matériaux.
- Speaker #0
Qui a des prix très faibles.
- Speaker #1
Voilà. Mais si tu veux... Et donc, on a un vrai problème. Et malheureusement, ça va au-delà de la politique. C'est-à-dire que le système démocratique parlementaire ajoute chaque année des contraintes. Quand on parle aux politiques individuellement, ils comprennent ça. Mais collectivement, tu sors du Parlement, d'une année de Parlement... C'est vrai en France, c'est vrai partout dans les pays démocratiques, mais beaucoup en Europe. T'as ajouté 25 pages, 30 pages, 40 pages, 50 pages de code. Et donc, on n'y arrive pas. Et c'est ça qui est très, très, très difficile pour un patron.
- Speaker #0
En fait, c'est de naviguer dans cet enfer administratif et de normes et de complexités. C'est ça, en fait, le futur. Tu vois,
- Speaker #1
j'ai regardé, je fais qu'on rénove une grange à la campagne. Et donc, je voyais, c'est mieux maintenant, les contraintes. pour les emprises du bâtiment sont complètement minces, ce sont des tout petits chantiers. Et donc du coup, la réalité, c'est que 95% des entrepreneurs du bâtiment qui ont 4, 5, 6 personnes, ils sont en dessous de la loi. Pas parfois, mais parce que c'est trop compliqué à respecter. Donc on a fait des règlements qui sont en réalité pas respectables par l'économie, enfin respectables au sens qu'on n'est pas capable de respecter. Après, c'est vrai qu'on a un modèle social qui repousse sur le travail. C'est dit, redit et qu'on n'arrive pas à en sortir. Mais je ne dirais pas que le premier problème est plus structurel, d'une certaine manière.
- Speaker #0
Jean-Philippe Cartier, que j'ai reçu, qui a un épisode qui a explosé, qui est patron de H8 Invest. Je ne sais pas si tu le connais, mais justement, il est en train de monter un mouvement d'entrepreneurs. Et comme je disais, il y en a plein qui éclosent en ce moment. Tu m'as dit qu'il y a une différence entre les pigeons en 2012, pour ceux qui connaissent, et ce qui se passe actuellement. Jean-Philippe est entrepreneur, il a plusieurs centaines, voire milliers de salariés. Il pousse des coups de gueule en ce moment, tout simplement. Et il disait que le problème dans la France, c'est que l'État vit comme un gros porc. Et du coup, ça donne une image désastreuse de la fonction publique, des fonctionnaires, de la dépense, de où va l'argent, versus des entrepreneurs qui doivent ramer tous les jours, au quotidien, pour trouver des clients, se développer. conserver des salariés, etc. T'en penses quoi, toi ?
- Speaker #1
Moi, je dirais pas un gros port pour une raison simple, c'est que j'ai toujours pensé qu'en clivant le débat, on met les bons et les mauvais. Or, c'est pas le fonctionnaire qui est en cause, c'est le système. Je crois qu'il faut arriver, mais au-delà de ce sujet de forme, moi, je connais pas un pays où l'État est bien géré. Pourquoi ? Parce que quand on est dans les dépenses de police, les dépenses de... de santé, enfin santé c'est encore un peu différent, mais dépenses d'éducation, etc. C'est un peu ce que je disais tout à l'heure, c'est très difficile de trouver le bon ratio de rendement. Comment tu décides si, ou l'armée par exemple, s'il faut 20 chars de plus, 50 chars de plus ou 200 chars de plus ? Donc le critère de bonne gestion est très difficile. La vraie question qu'on a posée, c'est la place de l'État. Et on a un problème. Je ne sais pas si c'est ce que disait Jean-Philippe Cartier avec son interpellation un peu violente. C'est l'État est partout en France et il prend de plus en plus de place. Quand je vois que, par exemple, il y a des municipalités qui veulent reprendre la gestion de l'eau, la gestion des transports, etc. Alors qu'il y a des boîtes privées qui font mieux. C'est une vision de dire voilà. En fait, c'est une vision de dire, si on donne au privé, c'est plus l'intérêt général. C'est faux. Il suffit de mettre les bons critères. C'est un peu philosophique comme débat. C'est-à-dire, le libéralisme, pour moi, c'est pas la liberté et la jungle. C'est des règles. Une fois qu'on a fixé des règles, on laisse les acteurs agir au mieux de l'intérêt général. Et donc, le problème, c'est la place de l'État. Après, il y a sûrement des gabegies d'argent. évidemment, parce que l'argent appartient. C'est l'argent de tout le monde. Du coup, comme c'est l'argent de tout le monde, c'est l'argent de personne.