- Speaker #0
Tu as dit quelque chose, j'ai bien lu tes posts LinkedIn, par exemple tu dis un truc, chaque jour sa nouvelle idée fiscale, étrangers ne venez pas chez nous, jeunes entrepreneurs barrez-vous. Et tu as ajouté à l'âge de 33 ans, je suis revenu en France après avoir travaillé en Pologne pour créer ma première entreprise, précisément parce que j'ai toujours l'amour et la passion de mon pays. Près de 30 ans plus tard, je confesse que je ne sais pas si je referai le même choix.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu peux te dire là-dessus ? Comme j'ai écrit ça il y a 3 mois, je ne vais pas changer d'avis, c'est vrai que je trouve qu'on décourage. On encourage les gens d'entreprendre. Alors que l'étranger ne venait pas chez nous, c'était toute la diatribe sur les investissements étrangers. Il faut des investissements préjugés. Bien sûr qu'on préférait que ce soit des Français qui investissent, mais il n'y a pas toujours assez d'argent. Donc des fonds d'investissement étrangers, à condition qu'ils soient là pour gagner de l'argent, ce n'est pas un problème. Et pareil, un jeune Français qui revient à qui on explique que s'il fait fortune, on va lui prendre la taxe du CMA, le machin, le truc et le bidule. Oui, il y a un climat politique, mais politique. Je ne pense pas que ce soit l'opinion des Français qui est très hostile à la réussite, en tout cas dans les mots. Et c'est là où je pense que les politiques font fausse route. Je l'ai dit l'autre jour dans un couloir de télé des leaders du Parti Socialiste, parce que les Français, ils ne pensent pas comme ça. Il y a un sondage qui est sorti il n'y a pas longtemps. 77% des Français font confiance aux entrepreneurs. On est quasiment au niveau des militaires et les journalistes et les politiques sont tout en bas. Et les politiques tout en bas du bas. Donc c'est même électoralement un suicide pour moi, un homme politique qui tape sur les entreprises et sur les entrepreneurs. Parce que les Français ont compris qu'ils ont les solutions. Nous, quand j'étais au Medef, même avant que j'y sois, on suit l'image des entreprises depuis 40 ans, tous les ans avec la même question. En fait, ça s'améliore année après année. Et on voit un espèce de vaste communicant justement entre les politiques et les entreprises. Alors avec toujours des nuances, les gens préfèrent les petites entreprises aux grandes entreprises, préfèrent les entrepreneurs aux dirigeants salariés. Mais globalement, c'est l'ensemble des entreprises dont l'image s'améliore. Avec quand même un truc, il faut que tout le monde soit bien au courant, c'est que plus l'image d'entreprise est bonne, plus les Français attendent d'elle qu'ils résolvent un peu tous les problèmes de la Terre.
- Speaker #0
Oui, c'est ce fameux fantasme de « il faut un entrepreneur qui dirige la France » .
- Speaker #1
Oui, mais avant ça, c'est un peu un fantasme aussi d'ailleurs, c'est que les entreprises doivent résoudre les problèmes de chômage, mais aussi les problèmes de santé, les problèmes de violence, les problèmes d'éducation. Il y a un moment où la demande auprès des entreprises s'élargit en dehors de leur objet social. Parce que justement, comme le politique est perçu comme incapable d'agir... vers qui on se tourne. En fait, le syndrome, c'est le Covid. Pendant le Covid, qui a trouvé les masques ? Qui a trouvé les séparateurs, les trucs, les machins ? C'est les entreprises qui ont été se démerder. Et du coup, on voit dans toutes ces études-là, les attentes sont fortes.
- Speaker #0
Et donc, pour autant, toi, tu t'es quand même demandé si tu avais à nouveau 30 ans, si tu relancerais une boîte en France, qui est quand même un vrai sujet, parce qu'on parle. C'est là où j'ai pas encore trouvé de chiffres, mais on parle d'un exode des entrepreneurs en ce moment. Alors évidemment, ça paraît plus évident sur ceux qui ont eu beaucoup d'argent, ceux qui ont fait un exit, comme on dit, qui quittent pour le Portugal, pour Dubaï, pour la Suisse, que sais-je. Jean-Philippe, il me disait qu'il y a carrément parfois le garagiste qui a 250 000 euros de patrimoine et qui prend ses clics et ses claques et qui s'en va parce que ras-le-bol du coût du travail, des arrêts maladie, des ruptures conventionnelles mal gérées, tout un environnement qui est en fait anti-entreprise, tout simplement. Toi, tu dirais quoi ? Les jeunes, il faut se barrer ou il faut rester ?
- Speaker #1
Il faut faire la différence entre les gens qui ont réussi et qui ne supportent pas payer des impôts, donc qui partent en exil fiscal, et puis un jeune qui veut dire est-ce que tu vas monter ta boîte à Dubaï ou la monter en France ? J'ai envie de dire quand même, même si j'ai écrit ce que j'ai écrit, réfléchissez bien avant de partir, parce qu'aller monter sa boîte à l'étranger... On perd tout le réseau, on perd toute l'éducation, on perd tous les contacts, tous les réflexes. C'est plus difficile. Alors ça dépend des boîtes. Il y a des boîtes de tech pure qu'on peut monter un peu partout dans le monde. Mais là, c'était une manière de pousser un coup de gueule, un peu comme les gros ports de tout à l'heure de M. Cartier, pour dire arrêtez de décourager. On sait plein de jeunes diplômés français qui passent par leur fin d'études à l'étranger. C'est très bien. une expérience, etc. Il y a je crois 50 000 ingénieurs français en Silicon Valley. Ce qui serait bien, c'est qu'ils viennent, ils reviennent monter leur boîte enfante. Et il y en a qui le font.
- Speaker #0
Le fameux Yann Lequin.
- Speaker #1
Yann Lequin, ce n'est pas un jeune ingénieur. Lequin, c'est un ingénieur senior. Mais France Digital a fait une campagne il y a très longtemps. Il y a 6-7 ans, ça s'appelait « Reviens à la maison » . C'est un peu cette idée-là. Mais encore faut-il qu'on les accueille. Encore faut-il qu'ils trouvent de l'argent. Et encore faut-il qu'on ne leur tape pas dessus quand ils réussissent. Sur l'exil fiscal, le fait de partir... Moi,
- Speaker #0
je n'ai pas gagné de l'argent.
- Speaker #1
Moi, je ne juge pas les gens. Je pense quand même qu'il faut, et c'est un libéral qui le dit, il faut accepter de payer de l'impôt. C'est-à-dire le côté j'ai gagné de l'argent, je ne veux pas payer d'impôt, donc je vais à Dubaï, parce que là, il y a zéro taxe, machin, etc. Moi, ça me choque un peu parce que, ben voilà, moi, j'ai grandi dans ce pays, j'ai été à l'école dans ce pays, j'ai été soigné dans ce pays. Tout ça, ça coûte de l'argent. Par contre, il faut que l'impôt soit raisonnable. Alors on peut débattre. Mais il ne faut pas que ça soit de la spoliation. Or là, quand on en voit les idées délirantes qui ont été... L'espèce de festival de taxes qui a été proposé au Parlement, on est dans la spoliation. Très clairement. Les taxes d'Ukman,
- Speaker #0
en l'occurrence.
- Speaker #1
Oui, Zucman, les trucs sur les holdings, tous ces machins. En plus, tout ça ne fonctionnait pas. C'était amateur, même techniquement. Il y a un juste impôt.
- Speaker #0
C'est quoi, le juste impôt ?
- Speaker #1
Bye. Je ne vais pas donner de pourcentage, mais je trouve normal. Moi, j'ai gagné plein d'argent. Je suis toujours payé mes impôts en France. J'ai payé plein d'impôts. Je ne suis pas choqué qu'ayant gagné plein d'argent, je contribue au lycée, aux hôpitaux, etc. Parce que voilà, moi, je fais partie d'un pays. Je suis solidaire. Il y a des gens qui aiment moins, mais à leur vie. Mais il y a une limite au-delà duquel il ne faut pas aller parce qu'on décourage. Alors chacun a sa limite personnelle. C'est ça qui est compliqué. Miii ! Voilà, il faut trouver l'équilibre. Et on est allé manifestement en France. On est déjà au plus haut dans le CDE, je crois. On est en train de décourager définitivement ceux qui veulent créer leur boîte pour gagner de l'argent et ceux qui ont déjà créé leur boîte et qui pourraient dépenser leur argent en France et qui risquent de le faire ailleurs.
- Speaker #0
Et puis le problème, c'est que c'est un réflexe d'État, en fait. C'est-à-dire que systématiquement, quand il y a un sujet de déficit public ou de balance commerciale négative ou de... d'argent à trouver de manière générale. Le réflexe du politique, c'est d'aller chercher de l'argent là où il y en a. Et il y en a où ? Il y en a sur les entreprises.
- Speaker #1
Entreprises ou riches. J'ajoute un point sur cette affaire d'impôts qui est un vrai sujet et qui va revenir en 2027. Moi, on m'aurait dit, écoutez, ça fait 40 ans qu'on a un déficit. On va reprendre les choses en main. Donc on fait, je ne sais pas quoi, 30 milliards d'économies sérieuses sur ce budget. Mais on a besoin d'un coup de main, des grandes fortunes françaises. Donc je fais partie. Et donc on vous demande un effort. Bon, certains auraient été contre, mais moi j'aurais payé mes impôts. Parce qu'il y avait un effort de réduction significatif et dans la durée. Mais là, ce n'est pas ça qu'on nous dit. C'est exactement ce que vous disiez. On a encore un trou dans la caisse, donc c'est à vous de payer. Et ça, c'est inacceptable. C'est inacceptable parce qu'on sait que ça va recommencer. La différence, elle est aussi dans l'attitude et dans le raisonnement général.
- Speaker #0
Et ça ne te rend pas dingue, le fait que tu dis que tu as gagné beaucoup d'argent, plusieurs millions, parce que tu as vendu des boîtes, donc tu as payé effectivement, j'imagine, des centaines de milliers d'euros en impôts. Ça ne te rend pas dingue de voir que le service public se dégrade, que l'aide aux entreprises n'est pas meilleure, que le niveau des politiques est plutôt moins bon qu'avant ? En gros, que l'argent utilisé par l'État... Il y a plusieurs choses en même temps. Oui, il y a plein de choses, mais en tout cas, que le service de l'État auprès des citoyens, et en particulier des entreprises, ce que ça nous concerne... est de plus en plus mauvais. Ça ne te rend pas bien.
- Speaker #1
Le plus choquant dans tout ça, c'est l'éducation nationale.