- Speaker #0
Est-ce qu'avec tout ton parcours, avec le recul de tout ce qui s'est passé, toutes les anecdotes que tu nous as racontées, merci d'ailleurs, tu considères que la France est un pays anti-startup, anti-innovation ?
- Speaker #1
Non, anti, Il y a du positif et il y a du négatif. Tu vois, le fait, par exemple, à mon époque, de pouvoir avoir le chômage quand tu crées une boîte, c'est un truc... Pôle emploi, la meilleure business angel de France. Il peut y avoir du monde, donc il y a des trucs qui sont très bien, il y a des trucs qui sont plus durs. La réalité, c'est que tu vois, c'est un sujet qui est vraiment sensible, les taxis en France et en Europe d'une manière générale. Dans tous les continents du monde, ce qui s'est passé, c'est que tu avais des taxis et un Uber ou équivalent est arrivé et permettait à des particuliers de conduire et c'était disrupté, on n'en parle plus. La France et l'Europe, il y a un continent où tu aimes bien réglementer, donc il y a des taxis qui ont été disruptés par les VTC, donc tu as rajouté une licence. Il n'y a pas n'importe qui qui peut conduire, il y a des chauffeurs VTC qui passent un examen, etc. Donc après, quand tu venais rediscuter ça, c'était peut-être un peu trop. Mais ça a été le cas partout en Europe, à part en Estonie, où quand Bolt, eux, se sont lancés, on leur a clairement fait un tapis rouge. Et ça les a aidés parce qu'on a autorisé. C'est le seul pays de l'Union européenne, je pense, où le particulier a été autorisé. Donc eux, pour le coup, ils ont bénéficié de conditions. Mais c'est un petit marché. Mais tu regardes sur la France, sur le Royaume-Uni, sur l'Allemagne, sur l'Italie, l'Espagne, il n'y a personne qui a autorisé Uber Pop. C'est un continent qui aime bien la réglementation, ça c'est vrai. Après, ce n'est pas non plus anti, c'est moins favorable.
- Speaker #0
Tu m'as quand même dit au téléphone, on pourrait avoir la taille de beurre s'il y avait un peu de protectionnisme d'innovation en France. Tu le crois ? C'est sûr,
- Speaker #1
la taille de beurre en France, oui. C'est sûr, à partir du moment où tu te dis, je veux avoir une politique pour protéger mes entreprises, tu fais un... Par exemple, là, tu vas avoir les voitures autonomes qui vont arriver... qui commence à arriver cette année en Europe. En France, ça prendra peut-être un peu plus de temps. Tu te dis, vas-y, tu sais quoi, je vais donner un pilote à une plateforme française pour être la seule qui puisse avoir des voitures autonomes pendant deux ans parce qu'on veut contrôler comment ça se passe, etc. Si tu es le seul à avoir des voitures autonomes pendant deux ans, même si tu n'en as pas beaucoup, en termes de notoriété, tu exploses. Donc c'est sûr, si tu veux aider les boîtes, tu peux. Mais c'est vrai que ce n'est pas la volonté. Le problème du politique, je pense, c'est qu'il veut du très court terme. Et le très court terme, à l'époque, c'était Uber crée des jobs en banlieue. Et ils vont en créer plus vite que Itch ou que n'importe qui. Et donc du coup, le VTC avec un Uber qui arrivait avec ses milliards et qui allait éduquer tout le marché, pour ton mandat, t'es ministre de l'économie, parce que c'est Macron qui a essayé de prendre ce sujet-là, en mode « moi je suis là pour créer des jobs » . Donc le problème, je pense, de la France et de l'Europe d'une manière générale, c'est que t'as pas de vision long terme, parce que t'es sur une démocratie avec une alternance très rapide. Et du coup, les mecs, ils pensent juste à comment je fais pour être réélu. Et la réalité, c'est que si tu veux innover, les politiques que moi, j'ai rencontrées sont souvent plutôt en mode si je peux faire le bien commun, je le fais. Mais si ça me crée des risques, si ça me crée des problèmes, si ça me fait perdre, entre guillemets, un minimum de chance sur les prochaines élections, c'est fini, on n'en parle plus. Et donc, du coup, c'est j'aide le bien commun tant que ça ne me crée pas de problème. C'est ça. Une fois que tu as ça, tu sais comment ça marche.
- Speaker #0
Je pense que c'est en train de bouger. En réalité, comme à toutes les élections, il y a des mouvements d'entrepreneurs qui sont en train de se lever, comme il y a eu les pigeons à l'époque, en 2012. D'ailleurs, c'était concomitant avec le démarrage, votre démarrage, tu vois. Aujourd'hui, il y en a pas mal. Il y a Action pour la France, il y a l'aide 300 pour la France. Il y en a pas mal de mouvements qui sont en train de se monter, d'entrepreneurs qui essayent de dire, là, c'est trop. C'est trop, c'est trop. Les taxes sur le travail, c'est pas possible. L'opposition salariée patron, c'est pas possible. Il faut arrêter de... Il faut aider ceux qui sont le poumon de la France, tout simplement. Ouais,
- Speaker #1
mais c'est dur parce que... Bon, les démocraties, je pense, sont déjà un peu challengées, mais à partir du moment où t'as un système démocratique qui est probablement quand même le meilleur qu'on puisse avoir parce qu'il existe et il évite aussi des dérives, à partir du moment où t'as ça... T'as pas de vision en fait. Tu vois, aujourd'hui, une boîte arrive à dire « Ouais, moi je veux faire ça sur les 10 prochaines années, les 20 prochaines années. » Enfin, le but d'une boîte, c'est d'avoir une vraie vision forte et t'essayes d'y aller. Un pays, aujourd'hui, a pas de vision. Les débats politiques, c'est pas du tout « Comment on fait pour bien vivre ensemble dans 30 ans ? » C'est grosso modo « Comment on fait pour que l'an prochain, ça aille mieux ? » Ça s'arrête là, quoi. Donc du coup, t'as pas de planification. Et quand les gens sont un peu nostalgiques, moi j'ai pas connu les années 70 en France avec tous les grands projets, le Concorde, etc. La réalité, c'est que c'est parce que t'avais de la planification et t'en as pu, quoi.
- Speaker #0
Moi j'ai rencontré pas mal de politiques parce que ça m'intéresse de porter la voix des entrepreneurs en ce moment, et puis il y a vraiment ces momentum, tu vois, avec les élections qui arrivent, municipales comme présidentielles. C'est vrai que j'ai rencontré même, tu vois, un ancien Premier ministre qui va se présenter, le niveau de connaissance fine d'une problématique de TPE-PME, il est vraiment bas, quoi. Et même des maires, j'ai vu des maires, c'est rare. Les maires c'est mieux parce que les maires ils ont quand même ce côté tissu local, de commerçants, d'artisans, donc ils comprennent déjà un petit peu mieux, tu vois. Mais je trouve que le niveau global des politiques, il est vraiment bas. D'ailleurs, ce n'est pas étonnant que tous les partis aient des programmes plutôt socialistes sur le plan économique. C'est à droite comme à gauche. C'est qu'il n'y a pas trop de... Toi, tu es plutôt un entrepreneur de gauche ?
- Speaker #1
Oui, je ne suis pas complètement d'accord sur le programme économique socialiste. Je trouvais ça marrant,
- Speaker #0
cette combinaison d'être entrepreneur et d'être de gauche. Parce qu'il y a ce côté quand même argent, aimer l'argent.
- Speaker #1
Les gens ne vont peut-être pas me croire, mais moi je n'aime pas l'argent, pas particulièrement. Je suis content d'en gagner, je suis très content d'en gagner. Ce n'est pas du tout ce que je dis et tu vis plus confortablement avec de l'argent. Mais je n'ai pas du tout été entrepreneur pour gagner de l'argent. Aujourd'hui, si je suis encore chez IJ, ce n'est pas du tout pour ça. Pourquoi tu continues toi d'ailleurs ?