- Speaker #0
A Voix Vive, les rencontres au cœur de la vie. Bonjour, je suis Isabelle Veil. Bienvenue sur A Voix Vive pour une nouvelle belle rencontre. La rencontre A Voix Vive du jour est avec Camille Wehvert. Camille est à la tête d'une grande maison de joaillerie, la Maison Wehvert. Maison qui était au firmament à la belle époque et que ses grands-parents ont dû se résoudre à fermer il y a plus de 40 ans. Camille a relancé depuis cette belle maison endormie familiale avec son frère Damien. Cette rencontre avec Camille, elle est vraiment spéciale pour moi. Pourquoi ? Parce que Camille est une amie, alors que les belles rencontres à voix vive que je vous partage d'habitude sont de nouvelles rencontres pour moi. Nous étions amis à 20 ans, nous nous sommes totalement perdus de vue pendant plus de 25 ans et retrouvés par le plus grand des hasards en ouvrant une porte par erreur il y a deux ans à peine. Ce que j'ai envie de vous dire, là, juste maintenant, et ce n'était pas du tout une évidence pour moi avant, ça me faisait même un peu peur je crois, c'est que même avec une personne que l'on connaît déjà bien, la surprise et la découverte dans la rencontre est toujours possible. et merveilleuse aussi. C'est ce que j'ai vraiment vécu, là, avec Camille. À 20 ans, ce qui me surprenait chez Camille, son énergie solaire, et je suis sûre que vous la sentirez en l'écoutant, ce qui m'a surprise il y a deux ans, l'alchimie qu'elle opère, et qu'elle seule opère ainsi, entre audace, héritage et transmission. Mais ce qui m'a le plus surpris, là, juste aujourd'hui, Et d'ailleurs, je crois que ça a aussi beaucoup surpris Camille, parce qu'elle m'a dit ensuite que c'était une révélation. C'est quand elle dit « J'ai la rébellion instinctive » . Une rébellion, un instinct qui point à chaque fois que Camille est confrontée à quelque chose d'injuste, à une phrase, à une situation, et qui, chez elle, se révèle être un puissant moteur d'action et d'engagement. Dans mon rencontre aujourd'hui avec Camille Wever, vous l'aurez compris, il sera question d'audace, de transmission, de famille, d'injustice, d'engagement, social et durable notamment. Mais il sera aussi question, beaucoup, d'entrepreneuriat, de conviction, de passion, de métier d'art et d'art tout court, et de ce qu'est être à la fois femme et dirigeante aujourd'hui. Je vous souhaite une très belle écoute, une très belle rencontre. Pleine de découvertes, pleine de surprises, comme le sont toutes les vraies rencontres. Je vais ce matin à la rencontre de Camille Wehver, qui m'a donné rendez-vous dans le célèbre quartier des Joyers, à quelques mètres de la place Vendôme que je viens de passer. Le 9 rue de la Paix, c'est toute une histoire. que je vais vous raconter le temps de prendre l'ascenseur et de monter dans le showroom Vévert qui se trouve au sixième étage. C'est toute une histoire parce que la maison de joaillerie Vévert, qui a été une très grande maison de joaillerie, a fermé en 1981 et Camille l'a réouverte 20 ans après, exactement à la même adresse où ses aïeux s'étaient établis, au 9 rue de la Paix. Plus de 150 ans auparavant, en 1871, le plus ancien aïeul qui a travaillé le métal a posé un premier poinçon il y a exactement 200 ans. Je suis presque arrivée au sixième étage, voilà, ça y est, l'ascenseur vient de s'ouvrir et je me prête à sonner. Bonjour Camille !
- Speaker #1
Ça va Isabelle ?
- Speaker #0
Très bien !
- Speaker #1
Qu'est ce que c'est que ce petit micro ? Petit mezzanou ! Bisous bisous ! Alors attends, je te fais rentrer là parce qu'il y a un stas, attention, pas rentrer comme ça chez les verts. Voilà, bienvenue dans le showroom !
- Speaker #0
C'est magnifique avec toutes ces fakes de Jinko !
- Speaker #1
Salut un peu !
- Speaker #0
Sans vol de la maison !
- Speaker #1
Tout de suite on est dans l'univers !
- Speaker #0
On est tout de suite dans l'ambiance !
- Speaker #1
Je suis ravie de te recevoir et discuter ensemble !
- Speaker #0
Merci beaucoup Camille ! Est-ce que ça te dirait qu'on commence par raconter un peu toutes les deux ? Comment on s'est rencontré ? C'est comment on se connaît ?
- Speaker #1
Avec plaisir !
- Speaker #0
Donc j'ai rencontré Camille il y a très longtemps, il y a bien 25 ans, sauf qu'on s'était perdu de vue totalement pendant 20 ans, plus de 20 ans. Et il y a un an, un hasard assez incroyable nous a fait nous retrouver. Je devais aller à une soirée, rue de la Paix. Je me présente et on m'envoie au sixième étage. Donc je monte au sixième étage et là, je vois le visage de Camille. toujours aussi souriant, avec son grand regard, un immense sourire, on se toque dans les bras l'une de l'autre. On ne s'était pas vus depuis 20 ans et on s'est tout de suite reconnus. Sauf que ce jour-là, je n'allais pas chez Camille, j'étais attendue au rez-de-chaussée et j'ai été envoyée par erreur au sixième et c'est la façon dont nous nous sommes retrouvées.
- Speaker #1
C'est vrai, c'était hyper drôle. C'était hyper drôle, tu devais aller chez l'autre joaillier et tu t'es retrouvée chez moi. Et c'est vrai que je ne t'avais pas forcément invité, on s'était complètement perdu de vue. Et je me suis dit, non mais c'est Isabelle, c'est pas possible, c'est Isabelle Veil. Et donc, ça a été un vrai plaisir, totalement spontané, de se retrouver en fait, et on ne s'est plus quitté.
- Speaker #0
Exactement, c'était très fortu, mais comme si c'était prédestiné. Je t'ai demandé aujourd'hui de venir avec un objet, et un objet qui ne soit pas qu'un objet. Un objet qui parle d'une personne qui a été vraiment très importante dans ta vie. et qui t'a marquée. Est-ce que tu peux me dire avec quoi tu es venue ce matin ?
- Speaker #1
Alors je suis venue avec cette broche, c'est une broche vévère. Et en fait elle a beaucoup de symbolique pour moi. Déjà parce qu'elle me fait penser à ma grand-mère, parce que ma grand-mère m'a offert en fait cette broche vévère à l'âge de mes 16 ans. J'étais très proche de ma grand-mère paternelle. Et donc quand je vois cette broche, je pense systématiquement... à elle et finalement j'ai toujours une partie d'elle en moi. Et puis c'est une broche aussi qui est très importante parce que c'est grâce à elle qu'aujourd'hui peut-être on se parle d'ailleurs, parce que c'est grâce à elle que j'ai relancé la maison Vévert. Parce qu'à 16 ans, ma grand-mère m'a offert cette broche et le fait de voir écrit mon nom, Vévert, 14 rue de la Paix, eh bien j'ai ressenti une très forte émotion et je me suis fait... une promesse. La promesse était de relancer un jour la maison, de la rendre à nouveau vivante. Donc c'est un bijou qui est très important pour moi et très symbolique par tout ce qu'il peut représenter.
- Speaker #0
Tu as toujours ta grand-mère ?
- Speaker #1
Non. Non ?
- Speaker #0
Tu peux parler de elle ?
- Speaker #1
Eh bien ma grand-mère paternelle, elle s'appelait Denise. Elle est décédée quand j'avais 18 ans, mais j'avais une très belle relation avec elle. C'était vraiment l'image qu'on se fait un peu des grands-mères, c'est-à-dire qui n'ont pas de rôle, entre guillemets, d'éducation. Donc on n'avait que les aspects positifs sans forcément les aspects négatifs. Donc en fait, on était très proches. Toutes les semaines, en fait, elle nous accueillait, moi et mes frères, chez elle, dans son appartement, dans le 17e, et elle nous faisait un super déjeuner. Je me souviens de sa petite voiture, un peu toute pourrie. Elle était toute petite, ma grand-mère. Je pense qu'elle devait m'égérer 1m50. Elle klaxonnait, c'était trop drôle. Elle allait genre super vite dans sa toute petite voiture. Et c'était surtout une femme très belle âme, dédiée en fait à sa famille. Une grande travailleuse, également très pudique. Elle ne montrait pas trop ses sentiments. Donc c'est ça qui était assez amusant. Et en même temps... Elle ne parvenait pas à les cacher, en fait. Tout transpirait sur sa gentillesse, sur ce qu'elle pouvait penser à travers ses expressions, à travers son regard, à travers ses gestes. Donc, oui, je garde de très beaux souvenirs, en fait, de ma grand-mère. Elle est une femme extrêmement dynamique et qui faisait des desserts excellents. Et hélas, elle n'avait pas de... Tout était dans sa tête. Donc, en fait, elle est partie aussi avec une partie de ses recettes. Et de temps en temps... Quand je vais dans des restaurants, ça peut m'arriver de tomber sur un dessert, c'est vraiment la madeleine de Proust, et de goûter et tout de suite, je rejaillis le souvenir de ma grand-mère parce que je retrouve vraiment la texture ou le goût que j'aimais tant dans certains de ses gâteaux.
- Speaker #0
Elle a vraiment été très importante pour toi.
- Speaker #1
Oui, vraiment.
- Speaker #0
Dans ta vie.
- Speaker #1
Oui, ça a été très dur quand elle est partie.
- Speaker #0
Et si elle te voyait aujourd'hui avec Damien ? Avec qui tu as relancé la maison Vévert ? Qu'est-ce que tu penses qu'elle ressentirait ou qu'elle vous dirait à tous les deux ?
- Speaker #1
Je pense qu'elle serait fière. Très étonnée aussi parce que c'est quand même un très gros projet avec beaucoup de défis, beaucoup d'enjeux. Mais je pense qu'elle serait très fière de perpétuer la tradition et puis le nom aussi, finalement, qui continue à vivre.
- Speaker #0
Elle serait étonnée de te voir relever un tel défi avec Damien ?
- Speaker #1
Je pense. En fait, il ne faut pas oublier que ce n'est quand même pas la même époque. L'émancipation de la femme à cette époque. reste encore limitée, on peut dire ce qu'on veut. Moi, ma grand-mère ne travaillait pas, était femme au foyer. Et en fait, les personnes qui ont dirigé la maison Vévert jusqu'au début des années 80 ont toujours été des hommes. Et j'ai le souvenir une fois d'avoir parlé avec une de mes grandes-tantes qui, elle, aurait aimé, en fait, diriger la maison. Mais elle ne l'a pas fait. Mais j'ai dit, mais pourquoi ? Mais parce que j'étais une femme. Moi, je suis quand même un peu une féministe, donc c'est vrai qu'entendre ça, c'est toujours quand même très triste. Donc, je pense qu'on peut dire ce qu'on veut. La culture patriarcale était quand même toujours là. Et donc, elle serait quand même étonnée, mais je pense, admirative et heureuse, de voir que j'ai repris la direction de la Maison Bébère.
- Speaker #0
Et donc, Antoine, tu as dû, cette grand-tante, te dire « je réadorais, mais je suis une femme, donc je n'ai pas repris la maison » . Qu'est-ce que ça a provoqué en toi ? Quelque chose de l'ordre de l'envie de faire différemment, un peu de révolte ?
- Speaker #1
C'est amusant parce qu'en fait, ça a révélé plusieurs sentiments. Déjà une sorte de colère, parce que bon, c'est vraiment de la discrimination, une injustice, et aussi un peu de la tristesse, parce que cette dame qui doit avoir autour de 70 ans semblait toujours enfermée dans cette croyance. Et elle n'était pas quelque part si étonnée que ça. qu'elle n'ait pas pu diriger la maison de Johery. Donc toujours enfermée finalement dans ces dogmes et dans cette culture patriarcale. Donc c'est là où je me suis dit, il y a encore beaucoup de travail à faire. Et il y a certaines personnes aujourd'hui, toujours d'une ancienne génération, finalement qui n'arriveront jamais à changer. Pourquoi ? Parce que cette acculturation a été tellement profonde et tellement forte. que ça fait partie d'elle maintenant. Donc j'ai vraiment eu en fait ce double pensée.
- Speaker #0
Tu la vois encore, cette grand-tante ?
- Speaker #1
Mais je ne la vois pas trop parce que pourtant, je l'ai vraiment intégrée dans la démarche de la relance de la maison. Je l'ai invitée quand même un certain nombre de fois. Mais bizarrement, elle n'est jamais venue. Je pense que ça doit quand même provoquer des choses, à mon avis, chez elle. Et je pense qu'elle est... Très certainement, quelque part contente de revoir la maison, mais peut-être qu'il y a une douleur aussi quelque part, peut-être que ça lui rappelle des choses, que ça la renvoie, elle, à sa propre image. Je ne peux pas répondre, voilà.
- Speaker #0
Si tu es d'accord, je vais peut-être raconter un peu... Retracer ton itinéraire, parce que tout le monde ne te connaît pas. Je pense que ceux qui nous écoutent l'ont compris, tu as relancé la maison Vévert, la maison de joaillerie vraiment historique. Tu l'as lancée avec ton frère Damien, mais tu as eu une vie bien remplie avant de te lancer, de te sentir les épaules pour te lancer dans cette aventure. Donc tu as travaillé pendant longtemps en finance, en fusion-acquisition dans le domaine de la restructuration. du conseil financier. Et un moment qui a été un déclic pour toi, c'est quand tu as été directrice générale de Kérus Biopharma. Et tu t'es dit, mais si je peux diriger une entreprise de biopharma, hyper pointue, qui est un domaine que je ne connais pas, et réussir, qu'on croit en moi pour ça, et en plus je réussis, je peux relancer la maison Vévers. Et là, tu as décidé de te relancer cette maison, entourée de ton frère. Donc la maison Vévers, elle a été née en 1821. avec une histoire juste incroyable. Elle a vraiment développé un style propre autour de l'art nouveau. C'était une maison extrêmement novatrice, vraiment dans l'excellence, qui a reçu qu'un grand prix dans les expositions universelles, ce qui est absolument inégalé. Et quand tu as décidé de relancer cette maison, tu t'es dit, il faut que je sois vraiment à la fois, je pense, dans la continuité et puis à la hauteur de son excellence. Dans la continuité, c'est une continuité artistique avec les thèmes de la femme, de la nature, très liés à l'art nouveau qui sont toujours extrêmement présents, que tu as repris dans la signature artistique de la maison et que tu prolonges aussi avec des engagements forts dont on pourra parler. Notamment, tu as fait de la maison vivère. Une maison vraiment éco-responsable et qui porte de très nombreux engagements pour les femmes. Tu as fait des partenariats pour lutter contre les violences faites aux femmes avec Eleonora Galasso en soutenant une pièce qu'elle a créée. Tu t'impliques personnellement beaucoup dans des projets d'entrepreneuriat féminin. Tu soutiens des entrepreneurs féminins. Voilà, donc il y a vraiment une continuité sur ce thème de la femme et à la fois un renouveau. Le lieu ? Grande continuité de vie, la maison a été fondée rue de la Paix. C'est vrai. Tu l'as réouverte ici, 200 ans après, rue de la Paix. Et c'est surtout une histoire de famille, cette maison. Et là aussi, il y a une continuité, mais juste incroyable. Donc, celui qui l'a fondée, Pierre-Paul, en 1821, a eu un fils. Il a repris Ernest, qui lui-même a eu deux fils, Henri et Paul.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Henri et Paul. qui vont mener au firmament cette maison. Le premier qui était le directeur artistique, peintre, collectionneur, érudit, Henri. Et le deuxième, Paul, son frère, qui est un polytechnicien, un grand gestionnaire, un grand commercial. Et toi, tu relances cette maison avec ton frère, Damien.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que c'est une histoire de famille. Tu as tout à fait raison. On avait envie de la relancer et que ça reste familial. C'est vrai que la maison VVR a toujours été dirigée par des binômes, d'où aussi cette idée de la diriger avec Damien, mais en fait ça s'est fait super naturellement. Alors déjà, on est très proches, mon Damien et moi on est jumeaux, on est triplés, notre frère jumeau également, et puis on est aussi très complémentaires, ce qui fait que ça fonctionne très bien, un peu comme Paul et Henri on va dire. On est très complémentaires en termes de personnalité, mais également, je pense, en termes de compétences. Moi, je suis quelqu'un de plutôt extraverti, une fonceuse, une intuitive. Bon, bien évidemment, je suis aussi analytique, mais moi, je vais plutôt voir ce qu'il faut faire, les idées, la vision. Et c'est vrai que tous les risques associés, je les connais, mais je n'ai pas forcément envie de les voir. Et Damien, lui, il est plus introverti. Quand je vais lui présenter justement une idée, etc., il va plus mettre en avant tous les éléments qu'il faut avoir en tête, les risques associés, etc. Donc, ce qui fait qu'au final, c'est quand même une bonne team et on sait bien aussi répartir les tâches. Chacun aussi a vraiment son périmètre.
- Speaker #0
Une vraie histoire de famille.
- Speaker #1
Une vraie histoire, ouais, une vraie histoire de famille. Après, souvent, on me demande, est-ce que dans les réunions familiales, vous en parlez, etc. On essaye quand même de mettre des limites. Parce que déjà, quand c'est ton entreprise, t'en parles beaucoup. Mais là, en plus, quand c'est ton entreprise qui porte ton nom, avec cette histoire assez singulière de relance et tout, on pourrait en parler tout le temps. Et c'est vrai que l'idée, c'est quand on est en famille, c'est de ne pas parler que de la maison revers. Donc, on se met quand même des règles. pour ne pas en parler. Sauf si, voilà, il y a vraiment quelque chose d'extraordinaire qui vient de se passer, on va en parler. Mais pour pouvoir avoir quand même d'autres sujets parce que tout le monde n'est pas opérationnellement également dans l'histoire.
- Speaker #0
C'est pas comment, vraiment, je trouve une maison de joaillerie qui prend des engagements tels que vous les prenez et qui communiquent de la façon dont vous communiquez aussi.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Donc, est-ce que tu peux nous dire Elles sont ces engagements.
- Speaker #1
Bien sûr. Alors, c'est vrai que nous, quand on a relancé Vévers, pour moi, c'était indispensable qu'elles correspondent à mes convictions et à mes valeurs. Et ce que je trouvais dommage, c'est que finalement, dans le luxe, il y a quand même beaucoup de sujets, notamment liés à l'extraction minière, à la problématique d'opacité, de sourcine, de la filière. Et en fait, quand j'ai vu ça... Je me suis dit, oui, je n'ai pas du tout envie de rentrer dans ces problématiques. Il faut que je puisse trouver une alternative et proposer des matériaux qui soient tout autant luxueux, mais où je peux répondre aux questions, comment est-ce qu'ils ont été approvisionnés, quel est l'impact, entre guillemets, sur la planète, est-ce que les enjeux sociétaux également sont pris en compte ? Il y avait ça, il y avait aussi le sujet qu'on relance une maison, une maison française. Donc pour moi, c'est très important aussi de valoriser le savoir-faire français. Et puis comme je suis une femme, je voulais également avoir un engagement fort autour des femmes. Donc en fait... Avec ces trois éléments qui, pour moi, étaient très importants dans ma tête, je me suis dit, qu'est-ce que je peux faire pour que finalement, tous ces éléments fassent vraiment partie de la stratégie de l'entreprise, de la culture d'entreprise, et que je puisse intégrer tous ces enjeux sur toute la chaîne de valeur de l'entreprise. Et donc, c'est là où j'ai découvert la qualité d'entreprise à mission. Et c'est vraiment ça, c'est-à-dire que la mission, l'entreprise doit avoir une raison d'être, une mission, doit l'exprimer. Vévers, c'est proposer une joaillerie respectueuse de l'humain nature. Et ensuite, tu as des objectifs. Donc nous, on a trois objectifs. Un objectif environnemental, un objectif territorial et un objectif autour de la femme. Et puis, j'avais aussi envie de démontrer que, en fait, le luxe et l'éco-responsabilité et avoir des convictions fortes, ce n'est pas antinomique, en fait. Parce que c'est vrai qu'il y a cette croyance que je trouve... Et voilà, je trouve que c'est un petit peu dommage. On se dit, les personnes qui aiment le luxe, qui aiment l'excellence, ne sont pas forcément des gens tournés vers les autres, ne sont pas forcément altruistes. On se dit, tiens, on ne peut pas être à impact, on ne peut pas être engagé si on est dans le luxe. Eh bien, si. Et puis, de toutes les manières, ça serait une grande hypocrisie, finalement, d'oublier ou de mettre de côté tout un pan de la société, tout simplement parce que c'est des gens qui gagnent de l'argent. Mieux vaut justement les éduquer et puis leur proposer justement des bijoux, mais qui eux-mêmes intègrent les enjeux environnementaux, les enjeux sociétaux.
- Speaker #0
Tu peux nous dire de quoi sont faits tes bijoux ?
- Speaker #1
C'est quasiment que de l'or, de l'or 18 carats, mais c'est de l'or qui est recyclé. Donc tu n'as pas extrait d'or ? Voilà, on utilise de l'or qui a d'ores et déjà été extrait. ça vient essentiellement soit de l'or On peut trouver dans des composants électroniques qui ont été utilisés et recyclés, soit des très vieux bijoux également qu'on va réutiliser. Donc nous, on travaille avec ce type d'or et avec des affineurs qui sont également audités. Donc toute la chaîne de traçabilité de l'or recyclé également est suivie par un label qui s'appelle RJC Coq.
- Speaker #0
On a annoncé le 1er octobre que dorénavant,
- Speaker #1
la Maison Bévert ne propose que des diamants naturels recyclés. On a créé cette filière de diamants naturels recyclés, donc c'est vrai que c'est une grande fierté. Et auparavant, on proposait des diamants de synthèse, des diamants qui ont été créés par l'homme en laboratoire. C'est exactement la même chose qu'un diamant naturel. La différence, c'est l'origine. Et bien maintenant, quand vous achèterez un bijou vert, ce ne sera qu'avec des diamants naturels recyclés.
- Speaker #0
Donc vous avez été pionnier et sur les diamants de synthèse, et aujourd'hui sur le fait de faire ce move complet sur que des diamants recyclés.
- Speaker #1
Exactement, on a été pionnier deux fois, et je pense que c'est important de toujours rester agile et d'être en amélioration continue. Et c'est ce qu'on fait chez VVR depuis le début. Créer une filière de diamants naturels recyclés, c'est en effet très compliqué, c'est pour ça qu'on n'a pas pu le faire depuis. Au départ, au lancement, il a fallu vraiment comprendre l'analyse du marché où se trouvaient ces diamants naturels recyclés, donc aussi bien au sein des maisons de vente aux enchères qu'auprès des antiquaires. Il y a également des joailliers qui ont des vieux stocks de pierres. Il y a également des joailliers qui fabriquent en fait... des créations et qui ne vont pas forcément trouver preneur. Donc on peut également utiliser ces diamants. Donc on a fait vraiment une analyse très fine et en détail du marché qu'on a confrontée avec nos besoins en diamants. Donc on a fait un peu une analyse entre guillemets industrielle. On a regardé la nomenclature de nos produits. C'est vrai qu'aujourd'hui, on a à peu près 15 tailles de diamants différentes qui font 90% du chiffre d'affaires. Donc au final, ça restait quand même, entre guillemets, assez gérable. Après, il fallait vraiment définir qu'est-ce qu'un diamant recyclé et puis s'assurer bien évidemment de son origine également. Il n'y avait pas que la notion de circularité, il y avait également la notion d'où est-ce que cette pierre fut extraite. Donc qu'est-ce que c'est pour nous un diamant naturel recyclé ? Donc ce ne sont que des diamants qui proviennent de bijoux qui ont été créés il y a au moins cinq ans. Donc ça peut être 5 ans, 10 ans, 15 ans. Et donc on va desserter en fait ces pierres de ces bijoux et on va réutiliser ces pierres. dans nos créations. Et on va également s'assurer sur l'origine de ces diamants.
- Speaker #0
Oui, qu'est-ce qui est important pour toi sur l'origine, justement ?
- Speaker #1
Je veux m'assurer que ce ne sont pas des diamants qui servent à financer des guerres ou des coups d'État. Donc, on connaît bien évidemment la problématique avec les diamants russes qui financent la guerre en Ukraine. Ça, ça fait partie bien évidemment de nos critères. Aucun de nos diamants. proviennent d'Alrosa, qui est donc un gros diamantaire russe. Et tous respectent également le process de Kimberley.
- Speaker #0
Oui, donc tu as vraiment créé une façon différente. Exactement.
- Speaker #1
On a créé Joaïri, qui est vraiment respectueuse de l'humain et également de la nature. On le fait au mieux. Alors, on est dans une démarche d'amélioration continue. On peut toujours mieux faire. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'on a ce comité de mission qui se réunit tous les trimestres. C'est un peu un garde-fou. Ils s'assurent que notre mission est bien respectée, que nos objectifs chiffrés sont bien respectés. Et ils nous challengent aussi. Et de temps en temps, il peut arriver qu'on ait un sujet, une problématique, et on leur demande un conseil parce qu'on peut toujours s'améliorer. De temps en temps, on peut se retrouver face à des injonctions contradictoires, on va dire. Et ils peuvent justement nous aider à trouver la meilleure solution possible.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'a donné envie de t'engager comme ça pour... l'environnement ? Ou qui peut-être ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est forcément pour l'environnement. Je pense que je ne suis pas du tout aussi engagée environnementalement que certains jeunes. Déjà parce que je n'ai pas été éduquée comme ça, donc il y a toujours ce système d'acculturation. Même si bien évidemment, j'ai beaucoup, beaucoup évolué. On n'a pas grandi avec ces problématiques autour de la planète, etc. Mais en revanche, je sais que la planète est... extrêmement fragile et que donc il faut qu'on change en termes de mode de consommation et ça va sur tous les sujets, aussi bien notre consommation quotidienne que sa façon de travailler et donc également au niveau de l'entreprise. Mais moi ce qui me porte c'est surtout les injustices en fait de façon générale donc c'est notamment tous les enjeux aussi sociétaux c'est vrai que tout le monde a vu Blood Diamond c'est vraiment un film qui m'a énormément marqué, qui m'a révoltée qui a bien évidemment parlé des sujets des diamants de sang et des financements des conflits avec justement le commerce des diamants. Donc ça, c'est quelque chose qui m'a vraiment révoltée. C'est pour ça que j'ai voulu proposer une joaillerie qui soit différente. Concernant les femmes, c'est vrai que forcément, en tant que femmes, on est encore plus touchées par les discriminations. Moi, j'ai travaillé avant en fusion-acquisition. en finance, qui sont quand même des métiers qui sont très masculins. Plus on monte dans la hiérarchie, moins il y a de femmes. C'est vrai que moi j'ai des souvenirs. J'ai un souvenir une fois, j'avais été invitée, je crois que c'est au Plaza de Montaigne, par un cabinet de conseil qui réunissait tous ses clients en fusion acquisition. Donc il y avait des banques d'affaires et sinon tous les directeurs, directrices. de fusion-acquisition. Et moi, à l'époque, je dirigeais les fusions-acquisition. C'est un groupe qui s'appelle Eurofins. Donc, j'étais invitée là-bas. Donc, j'y suis allée. C'est simple. Il devait y avoir une centaine de personnes. et puis il y avait trois femmes, moi et deux serveuses. Et c'est vrai que c'est choucour en fait.
- Speaker #0
C'est hyper choquant parce que déjà, en fait, on arrive là, on ne se sent pas très à l'aise. Sincèrement, moi, je ne me sentais pas hyper à l'aise. On nous regarde un petit peu bizarrement parce que forcément, on est un peu l'intrusse et chercher trouve, Charlie. Et on se dit, mais pourquoi ? Il y a quand même une vraie, vraie problématique. D'où viennent ces biais de genre ? Comment est-ce qu'on a pu en arriver ici ? Quand j'ai relancé Vévert aussi, je me suis rendu compte que d'être entrepreneur femme, c'était aussi plus compliqué. Aujourd'hui, c'est moins d'un tiers les créatrices d'entreprises. Et si on regarde le sujet des financements des entreprises, je crois que c'est hallucinant. C'est-à-dire que les hommes lèvent dix fois plus d'argent que les femmes. Il y a quand même un vrai sujet, une vraie problématique qui s'explique par plein de choses, qui s'explique déjà parce que la femme doit gérer, je pense, encore plus de choses que les hommes. On peut dire ce qu'on veut, mais très souvent, tout ce qui est fait à la maison avec les enfants, on peut dire ce qu'on veut, c'est quand même plus les femmes que les hommes. En tout cas, je pense que la... Je suis désolée si certains auditeurs peuvent ne pas être d'accord avec moi, mais je pense qu'une femme... va peut-être plus se préoccuper encore de ses enfants que d'un homme, en tout cas sur les sujets scolaires, les sujets de médecins. En tout cas, s'il y a un homme et s'il y a une femme, l'homme va se dire, de toute façon, c'est géré par ma femme. Toi,
- Speaker #1
tu t'en es tirée beaucoup auprès de tes enfants ?
- Speaker #0
J'essaye, quoi. Après, c'est très compliqué. Quand vous êtes aussi entrepreneur, ou quand tu bosses en fusion-acquisition, ou tu bosses comme une malade, c'est énormément de boulot. Et c'est aussi pour ça... qu'il y a de moins en moins de femmes à des postes à forte responsabilité parce qu'elles ont aussi un autre travail quand elles retournent à la maison qui est quand même à arriver à gérer ces enfants.
- Speaker #1
Tu trouves qu'il y en a de moins en moins ou qu'il n'y en a pas assez, mais plus qu'auparavant ?
- Speaker #0
Je trouve qu'il y a plus de femmes auparavant, mais on n'est toujours pas à une égalité homme-femme, ça c'est sûr. En fait, la loi Copé-Zimmermann... a fait avancer quand même beaucoup de choses dans le système de quotas. Donc c'est vrai qu'aujourd'hui, si on regarde au niveau des conseils d'administration, je crois que c'est 49% de femmes qui font partie maintenant des conseils d'administration. Donc entre guillemets, c'est bien. Et si on regarde les présidentes de ces conseils d'administration, on est à 3%. Donc il y a quand même une vraie hypocrisie. Et puis aussi un sujet sur les quotas, c'est que je trouve que c'est mal appliqué aussi. C'est-à-dire... qu'il y en a certains qui se disent bon, il y a un business autour des quotas. Typiquement, les board members. Il y a plein de formations maintenant qui fleurissent pour les femmes, pour qu'elles aient le board member. Et en fait, de temps en temps, on vous appelle pour être board member, mais en fait, vous n'avez pas forcément la qualification non plus. Je trouve que, en fait, c'est mal appréhendé aussi. C'est-à-dire que moi, on m'a déjà appelée pour être board member de boîte. Franchement, je ne connaissais absolument rien au sujet. Je pense qu'il y a des personnes qui sont bien plus pertinentes que moi. Mais voilà, il y a ce côté, bon ben voilà, elle tique les box, elle a été chiot, elle a bossé en fusac. Il n'y a pas vraiment, je trouve, également ce travail de recherche qu'il faut faire. Et je pense que ça, ça nuit. Ça nuit aux femmes aussi. Parce qu'après, quand ces femmes-là, qui ont été recrutées et qui n'ont pas forcément totalement le profil adéquat, se retrouvent en effet dans les bornes et sont peut-être moins pertinentes que d'autres, pas parce que c'est une femme, rien à voir. c'est juste parce qu'ils n'ont pas forcément le profil et bien je trouve que ça nous dessert c'est pour ça que je suis pour les quotas mais il faut que ça soit bien appliqué,
- Speaker #1
sinon ça se retourne contre nous quand tu m'as raconté cette histoire où tu t'es retrouvée seule avec deux serveuses dans cet événement, quand tu nous as parlé aussi de ta réaction Quand tu as vu le film Black Diamond, j'ai l'impression qu'il y a vraiment chez toi un moteur qui est une révolte instinctive contre ce que tu trouves injuste.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. J'ai une révolte instinctive.
- Speaker #1
Est-ce que tu pourrais me raconter ce sentiment de révolte ?
- Speaker #0
Ça m'est arrivé en board, je ne vais pas citer de nom. J'ai pas mal évolué là-dessus parce que c'est aussi un défaut. de ne pas arriver à gérer ses émotions. C'est vrai que le terme révolte instinctive, c'est exactement ça. Où j'ai trouvé que l'intervention d'une personne était totalement inappropriée, voire... malhonnête. Et donc, j'ai senti en moi cette révolte instinctive. Et donc, j'ai vu rouge. Et donc, j'ai, voilà, j'ai tapé un énorme coup de gueule, qui, je pense, a été entendu, mais aurait été beaucoup mieux entendu si j'avais écouté mon émotion, pris un tout petit peu de recul en disant, Camille, qu'est-ce que tu ressens là ? Pourquoi est-ce que tu bouillonnes ? Pourquoi est-ce que t'as de la colère ? De quoi as-tu besoin ? essaye de comprendre et à partir de là, met en place des actions. Plutôt que de dire c'est totalement malhonnête, je suis hyper énervée, je suis en colère, donc j'hurle. Ça ne va pas parce que finalement, vos propos, votre argumentaire vont être masqués par la forme. Alors que voilà, je pense que si on se pose, si on essaie de réfléchir d'où ça vient et qu'à partir de là, on répond avec une colère froide, mais de façon argumentée, c'est beaucoup plus entendu. C'est vrai ce que tu dis, parce qu'en fait, il y a beaucoup de choses que je fais, c'est de l'instinct. Ça vient des tripes, en fait. Donc, c'est top quand tu as plein d'idées. C'est ce qui fait que tu te lances, c'est ce qui fait qu'on s'est énormément développé, c'est ce qui fait que ça marche bien. Mais ça aussi, c'est ses effets négatifs. Et c'est pour ça, d'ailleurs, que je prends un coach. Pour parler de ça à Isabelle, parce que c'est marrant. Parce que donc, Isabelle est coach. Et c'est marrant, il n'y a pas longtemps, j'ai eu un podcast avec Elodie Mandel, c'est des pionnières du business. Et elle me disait, mais qu'est-ce que tu recommanderais à une entrepreneuse ou un entrepreneur ? C'est une entrepreneuse parce qu'elle s'était aussi sur les femmes. Et je lui ai dit de prendre un coach. Et je pense qu'en effet, c'est très important de pouvoir échanger avec quelqu'un, quelqu'un qui va avoir du recul justement sur la situation. parce qu'être entrepreneur, c'est pas non plus forcément hyper facile c'est un peu un ascenseur émotionnel ce que j'entends c'est que ta réaction face à l'injustice finalement est un très bon conseiller guide d'action mais avec du recul d'une certaine façon et je pense que tout le monde d'ailleurs doit travailler sur ses émotions parce que on peut tous ressentir des très fortes émotions et sur-réagir par rapport à une émotion une émotion, elle dure 10 secondes max. Après, c'est l'émotion secondaire qui va prendre le dessus. Et l'émotion secondaire est moins importante que l'émotion primaire. Il faut prendre du recul pour comprendre et analyser son émotion primaire, et ensuite, à partir de là, se dire quelles sont les actions que je vais mettre en place. Alors, c'est très facile à dire, mais je commence à y arriver. Donc, c'est quand même possible.
- Speaker #1
Il y a une autre chose qui m'a beaucoup marquée, enfin, qui me marque beaucoup dans la façon dont je te vois développer Vévers, c'est la façon dont Tu communiques et donc vous communiquez dans cette maison qui n'est pas du tout classique pour une grande maison de joaillerie et avec un foisonnement et une diversité extraordinaires. Tu peux être aussi bien présente sur une rétrospective historique de la maison avec Christine, des grands acteurs très institutionnels, qu'avec des bijoux dans Emeline Paris. Que présente sur Instagram, un post sur un avintour qui porte une broche Vévert, faire un partenariat pour soutenir, comme je disais tout à l'heure, Eleonora Galasso, qui a monté une pièce pour expliquer en fait les mécanismes qui aboutissent aux violences dont sont victimes les femmes et dont elle-même a été victime. Une diversité dans l'approche, vraiment extrêmement forte, très iconoclaste. D'où ça devient ?
- Speaker #0
La maison Vévert, elle est très incarnée par moi. Et donc, c'est vrai que tous ces sujets un petit peu, finalement, de communication, d'initiatives qui sont prises, elles sont portées par moi. Donc, je pense que ça reflète pas mal ma personnalité, pour être tout à fait honnête, qui est très diverse et qui peut être aussi paradoxale, en fait. Donc, c'est un peu d'ailleurs ce que tu montres. Et Vévert, c'est aussi ça aussi. Certaines personnes pourraient considérer qu'il y a des éléments qui peuvent être un peu antinomiques, alors que non. Mais c'est vrai qu'on est cette maison de joaillerie traditionnelle de plus de 200 ans. On a ces bijoux dans des musées, une cote très élevée, qui sont très prisés par les collectionneurs. Donc il y a toute une partie archive qu'on met en évidence et surtout qu'on nourrit, qu'on enrichit. et d'ailleurs il va y avoir une exposition Vévers au musée de Metz pendant 6 mois l'année prochaine il va y avoir un livre Vévers là-dessus donc je pense que l'année prochaine vous allez beaucoup entendre parler de Vévers mais également sous cet aspect historique et à travers justement les archives quand on parle comme ça de Vévers Et des archives, c'est intéressant aussi de repartir 100 ans, 150 ans en arrière, en train de se dire, en fait, Vévert, fin 19e, début 20e, qu'est-ce que c'était ? Et en fait, à cette époque, c'était une grande maison, mais extrêmement audacieuse aussi, et pionnière dans beaucoup de sujets. Ce qu'on fait, c'est juste tirer finalement le fil et respecter cet ADN. Et aujourd'hui, ce qui est innovant et pionnier, il n'était pas à l'époque parce que ce n'était pas la même période. Mais j'ai envie de dire, si Henri Vévert était toujours là aujourd'hui, très certainement, il aurait fait des choix semblables.
- Speaker #1
Il n'aurait pas été là où on attendait une grande maison de joaillerie à son époque. Déjà, il n'était pas...
- Speaker #0
D'ailleurs, Henri Vévert... Donc, c'est vrai que c'est la personne très connue de la maison Wehwer. Pourquoi ? Parce qu'il était peintre. Il a été élève du peintre Jean-Léon Jérôme. C'est un grand ami de Claude Monet. Il a peint pas mal de tableaux, de très jolis tableaux. Il était historien. Il a écrit un livre en joaillerie qui est toujours publié aujourd'hui, qui est la Bible, qui s'appelle « La bijouterie française au XIXe siècle » . C'est un très grand collectionneur de tableaux impressionnistes, d'objets d'art asiatique, de miniatures persanes. Et il est également écrivain et journaliste. Et son pseudonyme en tant que journaliste était « mode and style » , « moderne style » , « style moderne » . Il était omnibulé par l'innovation. Il ne pensait qu'à ça, qu'à créer du nouveau.
- Speaker #1
Et très iconoclaste, avec un champ en baction. Et très iconoclaste,
- Speaker #0
très audacieux. Et donc, je ne me permettrai pas du tout de me comparer à Henri Bévert, parce qu'Henri Bévert, c'était vraiment un érudit. Mais c'est vrai qu'il avait ce côté très iconoclaste. Moi, j'ai également. Et puis, c'était une personne extrêmement audacieuse qui allait de l'avant avec beaucoup de nouvelles idées et propositions. Et il faut savoir qu'à l'époque, il s'était entouré d'un illustrateur qui s'appelle Eugène Grasset, qui a notamment fait des fresques de la Samaritaine. Et à l'époque, les bijoux de Weber étaient qualifiés de barbares. Voilà. De barbares ? De barbares.
- Speaker #1
Waouh !
- Speaker #0
Mais il a quand même gagné le grand prix à l'exposition universelle. On est tous le barbare de quelqu'un, en fait. Tu vois, c'est un peu ça. J'ai envie de te dire, c'est très subjectif, tout ça.
- Speaker #1
J'ai envie de te lire maintenant une citation, en l'occurrence de poésie, à laquelle j'ai pensé pour toi et pour la maison Vévers. C'est François Tcheng qui nous parle, dont l'éternité n'est pas de trop. Le corps de la femme incarne le plus ardent miracle de la nature. Ou plus précisément, c'est la nature qui en elle se résume en miracle. N'est-il pas vrai que toute beauté de la nature s'y trouve ? Douze collines, secrètes vallées, sourcées prairies, fleurs et fruits. Ne faut-il pas appréhender alors ce corps comme un paysage ?
- Speaker #0
C'est sublime. C'est vrai qu'il y a plusieurs choses qui résonnent en moi. Déjà la fragilité. La nature, il faut en prendre soin. Tout le monde pense qu'elle est éternelle, mais elle n'est peut-être pas. pas éternelle avec tout ce qui se passe. C'est la même chose pour la femme. La femme, elle est belle, mais il faut en prendre soin. Elle est fragile. Donc j'aime bien cette analogie aussi, qui est faite au final. Bon là, en plus, avec ce qui se passe aux Etats-Unis, je pense qu'on a toutes un petit peu peur de ce retour en arrière et on pense tous à la citation de Simone de Beauvoir. Mais en tout cas, voilà, ça me fait penser à ça. Et ensuite, de façon peut-être un peu plus ludique, ça me fait penser à mes bijoux, puisque c'est vrai que notre univers artistique, c'est autour de la nature et de la femme, et de ces courbes organiques qu'on retrouve dans nos bijoux, et qu'on retrouve d'ailleurs dans les lignes de l'art nouveau, qu'on retrouve dans la nature, ces lianes qui s'enroulent autour du doigt, ces tiges, etc., et qu'on retrouve également dans... dans nos bijoux. Ce côté très délicat qu'on va retrouver chez la femme, dans la nature. Et puis sur nos bijoux aussi, ces pétales d'or qui sont ciselés à la main avec un travail particulier qui est fait également sur l'or, parce qu'on est sûr de l'or qui est satiné. Des nervures également qui reproduisent les nervures des feuilles qui sont faites à la main. tous nos bisous qui sont en courbe, en arabesque. Et puis, on a aussi ces nymphes qu'on a créées, qui, elles, sont des femmes qui sont puissantes. Et Vévert, c'est la nature. Nos nymphes, elles vivent au milieu de cette nature. Donc, en fait, il y a vraiment une symbiose. entre la femme et la nature. Donc c'est vrai que cette citation, finalement, résume bien l'univers de Weber et l'esprit de Weber.
- Speaker #1
Il y a aussi un parallèle, je pense, un peu inversé, entre François Tcheng et ton aïeul Henri. François Tcheng est né en Chine et s'est approprié d'une façon merveilleuse la langue française. Il est poète, écrit en français. Il a écrit au très très bel ouvrage, sur son chant, « Mon long chemin pour m'unir au fond français » qui est sublime. Et Henri, ton aïeul, tu disais, adorait les arts asiatiques. Donc était français, avec un pied aussi en Asie. Et un de vos bijoux est un bijou qui crée une fleur imaginaire à partir des feuilles de Jinko.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Henri Wehver était un amoureux. notamment du Japon. Il a beaucoup utilisé la feuille de Jinko dans ses créations. Donc quand on a relancé la maison, on voulait repartir de ce lien très fort avec le Japon, utiliser le Jinko, également pour le symbole que revêt le Jinko, qui est le symbole de résilience et d'éternité. Et on voulait créer cette fleur imaginaire. Parce que la fleur de Jinko n'existe pas, donc cette fleur imaginaire... en rassemblant ces trois feuilles de ginkgo. Donc c'est vrai que nous, on dit souvent chez nous que nos bijoux, quelque part, c'est un peu comme un totem, en fait. Elles ont un peu un pouvoir, c'est-à-dire quand on porte nos bijoux, on s'en sent plus forte parce qu'elles représentent vraiment toute cette symbolique qu'il y a derrière.
- Speaker #1
Tu sais que dans A Voix Vive, ce que je souhaite plus que tout, c'est faire partager de belles rencontres. Est-ce que tu pourrais me donner ta définition à toi d'une belle rencontre, Camille ?
- Speaker #0
Je trouve que la citation de Christian Bobin, c'est un peu ça en fait. Rencontrer quelqu'un, le rencontrer vraiment et non simplement bavarder comme si personne ne devait mourir demain, est une chose infiniment rare. Une belle rencontre, c'est une connexion. Il n'y a pas forcément d'explication, en fait. Ce n'est pas forcément quelque chose de calculé. C'est une connexion qui se fait, instinctive, entre deux âmes, finalement. Et quelque part, je trouve que cette connexion, on l'a eue, on l'a re-eue, lors de cette soirée, il y a un peu plus d'un an, en fait. Moi, je rencontre beaucoup de personnes, forcément.
- Speaker #1
Ce que j'allais te demander, c'est quoi ? C'est quoi ton secret à toi pour faire de belles rencontres que tu pourrais partager ?
- Speaker #0
Ce sont des personnes qui vont partager vos valeurs et vos convictions. Ce sont des personnes qui sont transparentes, qui sont franches, qui sont authentiques, qui ne sont pas fausses. Il y en a quand même un certain nombre. Il y en a beaucoup qui ne le sont pas, mais en fait, on s'en rend compte assez facilement. Et donc, c'est vrai que moi, depuis que j'ai relancé la maison, je me sens... Honorée, je me sens comblée parce que j'ai vraiment rencontré des personnes extraordinaires que je n'aurais jamais rencontrées avant parce que grâce à cette aventure, il y a des personnes qui ont croisé mon chemin. Donc ça peut être toutes les personnes avec qui je travaille dans les ateliers, tous ces artisans d'exception, c'est leur travail qu'ils font, c'est absolument exceptionnel. On parle du talent des peintres, etc. mais ce sont des vrais artistes. On peut avoir jusqu'à dix personnes différentes qui travaillent sur un bijou. C'est pour ça que le savoir-faire français, pour moi, c'est vraiment quelque chose qu'il faut préserver. Il faut savoir qu'une technique de certissage en France, ça n'a rien à voir avec une technique de certissage en Inde ou en Asie. Le travail qui est fait, notamment sur nos pétales d'or, également, c'est un vrai savoir-faire. Le travail de polissage, le travail d'émail, on a cette chance de travailler. Je l'aime d'amour, Sandrine Tessier. Je ne sais pas si elle entendra, mais la meilleure voyeur de France, elle est absolument extraordinaire. Quelle chance de l'avoir rencontrée. J'ai rencontré des artisans absolument extraordinaires, des journalistes aussi. Ça aussi, ça a été quelque chose de tout à fait nouveau pour moi. Je n'avais jamais rencontré vraiment de journalistes. On a fait des reportages, des reportages télé et tout. Et ça s'est toujours super bien passé, parce que c'est vrai que je suis quelqu'un de très authentique, de très transparente. Je pense que c'est ce qu'apprécient aussi les personnes. Et puis les équipes aussi avec qui je travaille, c'est absolument extraordinaire. En fait, vous montez votre boîte et puis il y a des personnes qui décident de vous suivre. C'est hyper touchant. C'est pas rien. Je me sens redevable aussi vis-à-vis d'elle. Et sincèrement, je pense plus à elle qu'à moi. C'est-à-dire que quand il y a des augmentations, je ne me fais pas d'augmentation parce que je fais toujours très attention. Je suis aussi une financière et je pars du principe que je suis correctement payée. Donc en fait, je vais privilégier mes équipes.
- Speaker #1
Ce qui est vraiment marquant pour moi dans les belles rencontres, tel que quand je t'ai posé la question « qu'est-ce que c'est pour toi qu'une belle rencontre ? » tu m'as dit « t'as tout de suite commencé quand t'as relancé la Maison Vévers » . Un peu comme si donner libre cours et libre champ à ce qui t'animait vraiment, à ce qui profondément avait ouvert le champ à ces belles rencontres, à plus de belles rencontres.
- Speaker #0
C'est vrai, t'as raison. Je pense que ça s'explique par le fait que ce projet c'est un projet d'une vie c'est extrêmement personnel ça vient du coeur ça remonte depuis l'âge de mes 16 ans donc quand j'en parle, j'en parle avec passion j'en parle avec conviction et cette énergie cette passion je pense que je la transmets et elle transparaît aussi vis-à-vis de mes interlocuteurs Clairement, la connexion, elle se fait aussi, je pense, plus facilement et peut-être plus rapidement que dans un autre cadre.
- Speaker #1
Oui, donc il y a quelque chose qui vient de toi finalement et qui permet cette qualité de lien et de rencontre vraiment différent.
- Speaker #0
Je pense. Et puis, je me suis rendu compte que mon expérience, en fait, faisait écho à beaucoup de femmes. en fait c'est Beaucoup de femmes aussi qui sont assez admiratives finalement de ce projet, de cette relance. Et certaines en fait se voient un petit peu à travers moi. C'est-à-dire qu'il y en a beaucoup qui peuvent se poser des questions aussi de reconversion professionnelle, qui ont certainement un petit peu peur, qui appréhendent, qui se posent des questions du risque. Et le fait de me voir et de m'être relancée aussi. Ça les aide aussi peut-être un petit peu aussi à se lancer en disant, bon, en fait, si, c'est possible. Bon, les risques, c'est quoi ? Bon, au final, ça reste entre guillemets assez limité. Donc, je pense qu'il y a beaucoup de femmes qui se reconnaissent aussi et qui se connectent. Et puis, les histoires de famille, de belle endormie ou de l'histoire d'entreprise familiale, tout le monde a toujours un exemple plus ou moins éloigné dans sa famille. Donc, ça résonne aussi. par ce canal chez les différentes personnes que je peux rencontrer.
- Speaker #1
Ça crée aussi du lien. Tout à l'heure, quand on parlait de François Tcheng, de la citation que j'ai lue, tu parlais de force et de fragilité à la fois. Moi, je dirais, l'impression que j'ai en tout cas, c'est un peu comme toi, tu t'autorises aujourd'hui à être pleinement toi-même dans tes forces et dans tes fragilités, à le dire, à l'exprimer. Et comme si cette autorisation que tu donnais à toi, les autres se la donnaient aussi avec toi.
- Speaker #0
Possible. En tout cas, je serais ravie de me dire qu'en effet, les personnes s'autorisent à être encore plus elles-mêmes à mon contact. En tout cas, c'est vrai que je me suis, je pense, libérée, même si j'ai toujours eu une très forte personnalité. C'est vrai que si on rencontre certains de mes collègues au tout début de mon expérience professionnelle, ils auraient du mal à reconnaître la Camille que je suis devenue. J'étais une jeune femme, en tout cas en entreprise, très sérieuse, très consciencieuse, mais assez introvertie, assez scolaire et en quête de légitimité, avec un très gros syndrome de l'imposteur, donc me remettant en fait toujours, toujours, toujours, toujours, toujours en question. Et c'est vraiment au fur et à mesure, en prenant... du galon, en travaillant avec aussi des bons managers, que j'ai pris aussi confiance en moi et que je me suis libérée.
- Speaker #1
Je t'ai demandé ta définition d'une belle rencontre. Moi, je vais te donner la mienne. Pour moi, une belle rencontre, c'est celle qui nous surprend, qui nous émerveille, qui nous fait nous aventurer sur des chemins inattendus, qui nous fait découvrir la lumière propre à chacune des personnes, son l'unicité. par petites touches, par échappées. Alors on se connaît déjà, mais je vais quand même te dire ce qui m'a le plus surprise et merveilleux aujourd'hui, parce qu'il y a quelque chose auquel je ne m'attendais pas. Parce que je te connais pleine d'énergie, pleine de joie, aimant être avec des amis, passer de bons moments, souriante, et je ne connaissais pas cette Camille qui se révolte face à l'injustice et qui est apparue aujourd'hui quand tu as parlé. de ta grande tante quand tu as parlé des diamants de sang. Et cette camille-là que je découvre m'a beaucoup touchée.
- Speaker #0
Eh bien écoute, merci Isabelle. En effet, c'est une facette. De ma personnalité, je ne supporte pas l'injustice et la malhonnêteté. Et ça, ça peut vraiment me rendre vraiment en colère.
- Speaker #1
Et si je te demande toi, qu'est-ce qui t'a marqué aujourd'hui dans notre entretien ?
- Speaker #0
Ce qui m'a marqué, c'est que finalement, on a parlé de sujets très profonds, très personnels, auxquels je ne m'attendais pas forcément en fait. J'ai déjà fait plusieurs podcasts et interviews et je pense que je ne me suis jamais autant livrée personnellement sur un certain nombre de sujets. On a parlé de ma grand-mère, on a parlé de ma grande-tante, de la problématique du patriarcat. En fait, je n'en parle pas tant que ça au final. On a parlé d'injustice, on a beaucoup parlé d'émotion aussi. Et donc je suis ravie d'avoir pu parler aussi de ces thématiques avec toi.
- Speaker #1
Parce que tout ça fait partie de toi.
- Speaker #0
Ça fait partie de moi, totalement.
- Speaker #1
Oh, mais tu dis que le travail formidable que tu fais ici avec l'amie.
- Speaker #0
Ça fait partie de moi et donc ça montre que tu as très bien mené ton entretien parce que je pense qu'au final, les personnes, en écoutant cet épisode, auront déjà une bonne vision, on va dire, un bon aperçu de ma personnalité avec un peu, voilà, les différentes facettes.
- Speaker #1
Je pense profondément que nous sommes tous un, pas un au travail,
- Speaker #0
dans nos vies,
- Speaker #1
mais vraiment un cœur et un noyauture. c'est ça que j'avais à coeur de donner voix aujourd'hui à une voix vive, merci de tout coeur Camille merci Isabelle j'espère que cette deuxième belle rencontre à voix vive vous a plu, un immense merci de l'avoir écouté jusqu'au bout et un immense merci à vous tous qui écoutez à voix vive depuis son lancement qui m'avait envoyé des mots de soutien, des mots d'encouragement. Ça me touche, ça me fait du bien. C'est une grande aventure de lancer un podcast, grande et merveilleuse. Je vous donne rendez-vous, dans un mois exactement, pour une troisième rencontre à Voivive. Cette fois-ci, ce sera avec un homme. Un homme et un très grand artiste. Si vous pensez que ce contenu peut plaire à des gens que vous connaissez, surtout, partagez-le leur. Je compte sur vous, j'ai toujours autant besoin de vous pour donner de la visibilité aux rencontres avoisives et permettre à des gens qui cela peut toucher de le découvrir. Vous pouvez vous abonner, vous pouvez mettre 5 étoiles sur les plateformes d'écoute Spotify, Deezer ou Apple Podcast. C'est un petit geste pour vous, ça vous prendra quelques minutes mais c'est extrêmement important pour le faire décoller et lui donner de la visibilité sur les plateformes. Si vous voulez m'écrire et me contacter, vous pouvez le faire soit via LinkedIn, mon profil personnel Isabelle Veil, soit via mon compte Instagram ou également en m'écrivant directement sur mon email isabelle-infine.fr pour tout retour que vous auriez envie de me faire sur le podcast. Toute suggestion d'invité aussi, ça sera vraiment un plaisir. Je vous remercie de tout cœur et je vous dis à bientôt.