- Speaker #0
Le podcast Ad Vitam existe grâce à vos contributions. C'est une association, Ad Vitam Prévention. Votre participation nous aide à promouvoir la médecine préventive et à produire des épisodes de qualité. N'hésitez pas à faire un don pour soutenir l'aventure. Rendez-vous sur Eloasso en tapant Ad Vitam Prévention. Merci. Ad Vitam, le podcast de médecine préventive. Environ 70% des maladies sont évitables. La médecine préventive, c'est une approche globale de la santé. Elle permet de cibler les facteurs de risque et ainsi de pouvoir limiter ou retarder l'apparition de pathologies. Dans ce podcast, avec l'expertise d'intervenants de qualité, nous décryptons sans tabou les données de la science auxquelles nous confrontons différents points de vue. Nous expliquons, avec bienveillance et empathie, quels sont les éléments pour devenir acteur de votre santé, de manière positive, quel que soit votre âge. Je suis le docteur Sarah Longé. Médecins généralistes et gériatres depuis plus de 15 ans. Bienvenue dans Ad Vitam, le podcast de médecine préventive. Bonjour Marion, je suis ravie de recevoir Marion Vallet, sage-femme, aujourd'hui sur le podcast Ad Vitam. Bonjour Sarah. Alors Marion Vallet sage-femme en libéral, elle travaille à Paris et puis elle dirige aussi un organisme de formation qui forme les sages-femmes, les médecins, les pharmaciens sur la fertilité. Et c'est le sujet qu'on va traiter aujourd'hui, puisque la fertilité est un enjeu majeur. actuelle pour les couples qui donc souhaitent avoir un enfant et qui ont des difficultés à avoir un enfant. Ce qu'on va voir aujourd'hui avec Marion, c'est est-ce qu'il y a un moyen justement de prévoir un petit peu ces enjeux de fertilité ? Est-ce qu'on peut réellement optimiser sa fertilité ? Est-ce qu'on doit s'y prendre à l'avance ? Est-ce qu'il y a des choses à regarder avant ? A quel moment est-ce qu'il faut consulter une sage-femme ou un gynécologue ou une gynécologue ? Et on va voir finalement avec Marion comment cette fertilité évolue avec l'âge. Puisque c'est vrai que maintenant, il y a des grossesses qui ont lieu un peu plus tard avec le mode de vie actuel. Et on parlera aussi de l'homme, puisque ce n'est pas qu'une affaire de femme, mais c'est une affaire de couple. Et enfin, on verra s'il y a des pistes qui peuvent être intéressantes sur pourquoi pas le microbiote, la fertilité avec les pesticides, avec plein d'autres sujets que Marion Vallet nous aider à développer. Donc Marion, toi, finalement, ton premier regard sur la fertilité à l'heure actuelle. Est-ce que tu peux nous en parler ?
- Speaker #1
Oui, moi, j'ai vraiment découvert un outil assez formidable pour moi-même déjà dans ma vie de femme qui s'appelle l'observation du cycle. Et j'ai découvert ça en fait alors que j'étais déjà sage-femme. Donc, ça a été un peu un étonnement de me dire mais pourquoi dans nos études médicales, on n'a pas appris les signaux que notre corps nous donne sur notre fertilité et notre infertilité. puisque dans notre cycle... On alterne entre des phases infertiles et une phase fertile. Et on avait pourtant bien appris le cycle, on a bien appris les hormones, on a bien appris les cycles qui cafouillent, les hormones qui dysfonctionnent, etc. Mais finalement, la manifestation somatique des hormones et de la cinétique hormonale extrêmement changeante chez la femme, ça, dans notre cursus, en tout cas dans le mien, et après, au fil du temps, j'ai découvert que c'était finalement assez général, c'était relativement manquant.
- Speaker #0
Et c'est vrai qu'ils ont fait beaucoup d'éducation en consultation, alors qu'en fait, c'est vrai que nous, médecins, on va normalement directement sur la problématique. C'est vrai qu'on a peu de temps pour faire l'éducation.
- Speaker #1
C'est clair. Et en fait, les jeunes et les moins jeunes, d'ailleurs, aujourd'hui, les femmes sont sur des applications, utilisent ces applications pour suivre leur cycle. Et malheureusement, la plupart du temps, ces applications, elles vont être prédictives. Elles vont dire vous allez ovuler, vous êtes en train d'ovuler. alors qu'en fait, elles n'en savent absolument rien. Elles sont basées sur des algorithmes. Et ce qui va en plus ajouter de la confusion à de la méconnaissance.
- Speaker #0
Ces applications, elles sont utiles ou pas, selon toi ?
- Speaker #1
Elles sont utiles, mais pas n'importe lesquelles. Les deux applications les plus téléchargées dans le monde, je ne sais pas si je peux les nommer pour éclairer les choses, mais en tout cas, ces deux applications-là... Elles sont prédictives, elles vont dire aux femmes « vous êtes en train d'ovuler, vous allez avoir vos règles » , alors qu'en fait elles n'ont pas la capacité de savoir si la femme est en train d'ovuler, parce que la femme ne rentre pas forcément de données qui pourraient laisser penser qu'elle est en train d'ovuler. Et donc c'est extrêmement problématique à la fois pour une femme qui voudrait concevoir, parce qu'en fait elle peut se fier à son application, et que les relations sexuelles aient lieu toujours à un autre moment que le moment réel de l'ovulation. Deuxièmement, certaines femmes l'utilisent en contraception, en se disant « moi je me base sur ce que me dit mon appli, si elle ne me dit pas que je suis en train d'ovuler, je suis donc infertile, on est tranquille, si elle me dit que je suis en train d'ovuler, soit on n'a pas de relation » . Soit on va utiliser une méthode barrière.
- Speaker #0
Et ça, c'est extrêmement dangereux, parce que quand on utilise ça en mode contraceptif, on sait, nous, médicalement, que derrière, on doit faire beaucoup d'arrêts de fertilité de grossesse, dans ce genre de cas, parce que les femmes ne se sont basées que sur ces données-là.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, il va y avoir énormément de grossesses inopinées, ce qui fait aussi que ce sujet du naturel, aujourd'hui, est si mal vu dans la communauté médicale, parce que... Les femmes qui disent « moi j'utilise une méthode naturelle » , elles ont beaucoup plus de grossesse inopinée. Et donc quand on les reçoit au cabinet, on se dit « ok, méthode naturelle égale grossesse inopinée, donc on ne va surtout pas en parler » . Alors que dans le paysage contraceptif médical et scientifique, il y a aussi les méthodes qu'on va appeler d'observation du cycle, qui sont basées sur les symptômes précis qu'une femme va pouvoir observer tous les jours. notées sur une appli, parce qu'il y a des applis qui sont extrêmement bien faites et qui ne vont pas être prédictives, qui vont simplement être des supports de notation. Et quand on se base sur cette symptomatologie en lien avec le cycle, on peut atteindre une fiabilité extrêmement forte, puisque l'OMS dit que la symptothermie, qui est l'une de ses méthodes, a une fiabilité en usage courant de 98%. Voilà, donc c'est vrai que j'essaye un peu de réhabiliter cette méthode dans l'éventail de ce qu'on peut proposer aux couples, aux femmes et aux couples, bien que ce ne soit pas du tout une méthode pour tout le monde. On est tout à fait d'accord, mais comme la pilule n'est pas pour tout le monde, comme le DIU n'est pas pour tout le monde...
- Speaker #0
Dispositif intra-utérin, le DIU, le terrilet donc. Mais tu vois, c'est intéressant ce que tu soulèves, parce que si je reprends, les applis prédictives ne seront pas forcément les meilleures. Mais les applications qui se fient au cycle, au ressenti de la femme, seront très intéressantes. C'est bien ça que tu voulais dire ? Oui, exactement. Après, juste pour clarifier les choses, parce que c'est vrai que nous, il y a un réel sujet en médecine, c'est-à-dire que les femmes qui observent des techniques naturelles dites par exemple de retrait, ou font en fonction de leur température, ou plein de ce genre de sujets-là, pour nous, médicalement, on se retrouve avec beaucoup de femmes qui tombent enceintes, qui ne le souhaitaient pas. et du coup se retrouvent avec un avortement à mettre en place, un arrêt de grossesse, et ça c'est très compliqué. Donc quid de comment on se retrouve entre oui, j'observe mon cycle et je me fie à la méthode « naturelle » , mais quid de médicalement, moi je sais qu'avec une contraception hormonale ou un dispositif intra-utérin Sarah Longé, je sais que j'aurai moins de grossesse qui n'était pas désirée.
- Speaker #1
La part des choses, c'est la formation. L'OMS, dans son tableau d'efficacité des différents moyens de contraception, mentionne l'asymptothermie, puisque l'OMS se base sur des études prospectives suffisamment robustes. Et quand on veut une excellente fiabilité, il faut se former. On ne peut pas faire son bricolage dans son coin, à la maison, en lisant un bouquin, en regardant un compte Instagram ou en discutant avec une copine. En fait, on doit rencontrer une formatrice. Il y a au moins quatre rendez-vous. pour apprendre à observer son cycle, apprendre à noter précisément et apprendre à analyser ses notations pour atteindre cette fiabilité de 98%. Et en fait, quand on interroge moi au cabinet, c'est pareil. Il y a des femmes qui me disent « Ah ben moi, j'ai eu une grossesse inopinée ou plusieurs. » Et en fait, je leur pose la question « Est-ce que déjà c'était un moyen que vous avez choisi, vraiment ? Ou est-ce que vous avez fait un peu votre bricolage en vous disant « Bon, ça devrait passer ? » et est-ce que vous vous êtes formé ? Est-ce que vous avez tenu chaque jour votre tableau d'observation, qui peut être sur une appli, et est-ce que vous avez respecté ce que la méthode vous a appris ? Bien souvent, il manque des choses, mais c'est comme une femme qui va prendre la pilule un jour sur deux. Si je grossis le trait, si on ne fait pas correctement le moyen que l'on a choisi, on n'aura pas l'efficacité du moyen en question.
- Speaker #0
Super intéressant, parce que c'est vrai que la pilule, un jour sur deux, on les oublie. pilule, quand on oublie une fois de temps en temps, ça ne marche pas du tout. On le sait. Mais ce que tu soulèves, c'est très intéressant parce que tu vois l'observation du cycle sur des rendez-vous, je pense que ça, tu l'apprends et tu nous apprends quelque chose. On peut consulter une sage-femme pour faire des cours d'observation du cycle.
- Speaker #1
Exactement. Et en fait, c'est aussi ce que je fais dans l'institut de formation que je dirige. Il y a une formation pour devenir... professionnel de santé avec une autre casquette. Donc, on est déjà professionnel de santé quand on vient se former, mais on peut acquérir une nouvelle casquette, celle de formatrice dans la méthode symptothermique, celle qui est validée, entre guillemets, par l'OMS, celle qui est dans le tableau. d'efficacité des contraceptions de l'OMS, qui s'appelle Sans-Y-Plan. C'est une méthode allemande qui est extrêmement bien documentée et qui est répandue à travers le monde. Et donc, on peut devenir sage-femme formatrice. On peut devenir médecin, parce qu'on a aussi formé des médecins qui développent ça au cabinet. Et puis, il y a aussi des non-professionnels de santé qui deviennent formateurs de cette méthode comme un métier principal, même si nous, dans l'organisme de formation, c'est plutôt pour les pros de santé.
- Speaker #0
Mais pour toutes les femmes qui souhaitent en savoir plus sur leur cycle, elles peuvent donc aller sur un site internet en particulier, lire tes ouvrages, toi tu as écrit deux ouvrages, qu'est-ce qu'elles peuvent faire pour s'informer ?
- Speaker #1
Alors elles peuvent aller sur le site directement de la méthode Sensiplan, S-E-N-S-I-P-L-A-N, où elles auront toutes les formatrices de la francophonie. Elles peuvent aussi aller sur, on a créé une association qui s'appelle Focus Fertilité qui recense... Partout en France, les formateurs des différentes méthodes d'observation du cycle. Donc, il y a un annuaire également où on peut trouver un professionnel de santé, un soignant qui a cette casquette-là.
- Speaker #0
Écoute, merci. Déjà, ça permet de mieux comprendre le cycle et ça répond déjà à une question sur la fertilité. Puisque si on veut réussir à avoir un DD. On peut déjà commencer par ça bien en amont.
- Speaker #1
On peut commencer dès qu'on a un projet de grossesse, c'est-à-dire à partir de 35 ans ou même un peu après, se dire j'ai envie d'un bébé, j'ai envie d'optimiser, je n'ai pas envie de perdre de temps parce que là c'est maintenant. Parce qu'en général, quand on s'y met, c'est maintenant. Hier, je n'avais pas envie, mais aujourd'hui, hop, c'est parti. Il y a quelque chose de très simple à comprendre, c'est que dans le cycle, il y a une phase de fertilité qui va durer plusieurs jours. avec un paroxysme, un point culminant qui va être le jour le plus probable de l'ovulation. Mais aucune femme n'est capable de dire « c'est aujourd'hui que j'ovule » . On aurait envie de le dire, je suis désolée de le dire, qu'on n'est pas capable de savoir « aujourd'hui j'ovule » . Même si on a une petite douleur, les femmes elles disent « ah oui, mais moi je sens quand j'ovule » . Je suis désolée, c'est super que vous sentiez des choses, mais vous ne pouvez pas sentir l'instant de l'ovulation, parce que cette douleur elle est plutôt pré-ovulatoire d'ailleurs que ovulatoire. voire même post-ovulatoire, mais normalement, il n'y a pas de douleur de l'instant de l'ovulation.
- Speaker #0
C'est très intéressant ce que tu dis, parce qu'effectivement, tu casses une idée reçue, je pense, clairement.
- Speaker #1
Ce sur quoi on peut être vigilante quand on veut concevoir, c'est ce qu'on appelle assez vulgairement les pertes. Même si je n'aime pas du tout ce mot-là, parce que c'est très négatif. On pourrait plutôt dire les sécrétions, mais dans l'imaginaire collectif, on a appris les pertes blanches quand on était ado, et en fait, on a ce mot perte en tête. Il s'agit en fait de glaire cervicale, de sécrétion de glaire cervicale qui va s'écouler du col qui va descendre au niveau du vagin et arriver au niveau de la vulve. Si bien que vous avez probablement constaté, vous qui nous écoutez, que parfois vous vous sentez un peu bizarre au niveau de la vulve, mouillée, voire même mal essuyée, voire même lubrifiée. Vous pouvez même avoir déjà ressenti que ça coule. en vous disant « c'est bizarre, j'ai mes règles il n'y a pas longtemps, pourtant je sens que ça coule et si je m'essuie, en fait, je ne vois rien » . Vous n'êtes pas folle. Parce que ce ressenti qui dit à votre cerveau « ça coule » , en fait, c'est cette fameuse glaire cervicale qui va, à chaque cycle, s'écouler. Et quand elle s'écoule, c'est le signal que vous êtes fertile. Et en plus de ce signal féminin de « je suis fertile parce que mon ovulation se rapproche de plus en plus » , les spermatozoïdes, parce qu'il est important d'en parler, vont vivre dans ce milieu de glaire cervicale 5 jours. Alors que quand la glaire cervicale ne s'écoule pas, qu'elle est en bouchon dans le col de l'utérus, ils ne vivent que quelques minutes, étant donné que le vagin est hyper acide. Si bien qu'à partir du moment où la glaire arrive, si vous avez une relation sexuelle en phase de glaire, ils peuvent attendre bien gentiment l'ovulation 5 jours plus tard, même si... Et la science nous dit que plus on est proche du pic de glaire, c'est-à-dire du jour où la glaire vraiment est comme un fil transparent et que la sensation à la vulve est lubrifiée, on est très près du jour de l'ovulation et les chances de grossesse sont les plus fortes.
- Speaker #0
Super intéressant. Et du coup, par rapport à la température, est-ce que les femmes doivent corréler ça, ce changement de température, si tu peux en dire un mot ?
- Speaker #1
Oui, en fait, on peut simplement se baser sur la glaire cervicale. C'est un marqueur que toutes les femmes ont. On n'a pas besoin d'avoir un appareil. C'est ça que je trouve assez génial. C'est de se dire finalement notre corps nous parle de la faim, de la fatigue, du stress. On a des signaux pour toutes ces choses là. On a aussi des signaux qui nous parlent de la fertilité. Et en fait, on n'a pas besoin d'aller rajouter un outil pour savoir quand est-ce qu'on est fertile et quand est-ce qu'on ne l'est pas. En revanche, c'est important d'en parler parce qu'il y a beaucoup de femmes qui prennent déjà leur température ou qui ont envie de rajouter la prise de température, parce que c'est très rassurant d'avoir un chiffre et de se dire, ok, là, ce n'est pas dans ma tête, c'est la réalité objective du thermomètre. Qu'est-ce que fait la température pendant le cycle ? En fait, elle va rester basse jusqu'à l'ovulation et elle monte, en gros, une fois que l'ovulation a lieu, ou juste après l'ovulation. Je fais assez simple. et schématique, mais pour dire que c'est la progestérone qui est l'hormone qui va arriver à partir de l'ovulation qui fait monter la température et donc la température c'est un marqueur rétrospectif une fois que la température monte on a déjà ovulé donc on va pas se baser là-dessus quand on veut concevoir parce que c'est dommage de se dire tant qu'elle est pas montée, on fait rien et à partir du moment où elle va monter là on peut avoir des relations sexuelles pour essayer de cibler, quand je dis ça j'ai des patientes qui ont mal compris ou mal appris. J'en ai une notamment en tête. Et pendant des années, ils ont visé à chaque fois le jour où la température monte. Et en fait, ils ont perdu beaucoup de temps. Donc c'est un peu dommage. C'est vraiment la glaire cervicale qui est le marqueur prospectif de l'ovulation, alors que la température est rétrospective.
- Speaker #0
Je voulais te poser la question qu'on me pose régulièrement en consultation, qui est, chez les femmes, le besoin d'aller faire des dosages biologiques, donc sanguins, soit un dosage hormonal d'oestrogène, de progestérone, FSH, LH, ou alors qu'ils vont demander le dosage de l'AMH, l'hormone antimullérienne, pour savoir si elles ont suffisamment d'ovocytes qui sont disponibles pour prévoir une grossesse. Qu'est-ce que tu penses de ces demandes-là, dans le cadre de la fertilité ?
- Speaker #1
Oui, on en a de plus en plus. Il y a aussi des centres qui proposent des tests de fertilité, Fertilitest, Fertiliscan. Moi, j'en pense qu'on a appris dans nos études médicales que les examens complémentaires doivent être au service des symptômes. C'est-à-dire que d'abord, en tant que professionnel de santé, on doit écouter les symptômes et les examens ne viennent qu'en complément. En gynécologie, on fait... une immense confiance aux examens complémentaires et parfois on oublie de s'intéresser aux symptômes, notamment les symptômes du cycle. Quand je vous parle de la glaire cervicale, c'est rare dans un cabinet d'avoir des questions sur la glaire cervicale. Et pourtant, c'est si important. Et déjà avec cette phase de glaire, est-ce qu'elle est présente, absente ? Est-ce que la glaire évolue jusqu'à être comme un fil transparent, lubrifiant ? Et quelle est la longueur de la phase qui suit à cette phase fertile qu'est la phase. post-ovulatoire, qu'on appelle aussi la phase luthéale. Cette phase luthéale, elle doit avoir une longueur minimum de 11 jours. Si on est en dessous, ça veut dire qu'on ne produit pas assez d'hormones, pas assez longtemps. Si bien que, dans notre projet de grossesse, ça peut mettre en péril le démarrage de la grossesse ou la poursuite de la grossesse dans de bonnes conditions et parfois amener à des grossesses qui s'arrêtent. Donc, je reviens sur ta question parce que ça, ce sont des signaux qui sont extrêmement précieux de savoir déjà ce qui se passe concrètement dans le cycle avant d'aller sur des examens complémentaires. Quand il y a un cycle qui dysfonctionne, que les règles sont anormales, que la phase de glaire est quasiment absente ou absente, que la phase utéale est raccourcie, qu'il y a des spottings qui apparaissent, donc des traces de sang qui apparaissent à des moments inopportuns, au milieu du cycle ou longtemps avant les règles, tous ces signaux-là sont euh à prendre en considération et doivent amener le professionnel de santé, la sage-femme ou le médecin, à faire des examens complémentaires. Et c'est là que le bilan hormonal va avoir son intérêt, où on va pouvoir aller vérifier comment le cerveau stimule les ovaires. Donc là, c'est FSH et LH. Comment les ovaires réagissent ? Estradiol. Est-ce qu'il y a des hormones qui partent du cerveau qui viendraient mettre comme des petits grains de sable dans l'engrenage ? Prolactine. l'hormone thyroïdienne TSH, qui stimule la thyroïde TSH, et cette fameuse AMH que les femmes réclament parfois, que même parfois elles font toutes seules, sans ordonnance, pour savoir, comme si c'était un peu la boule de cristal de la fertilité, cette AMH. L'AMH, qu'est-ce que c'est comme hormone ? En fait, c'est l'hormone que les follicules stimulent au début du cycle. C'est-à-dire que les follicules, au début du cycle, il y en a en moyenne une vingtaine. et ces follicules recrutées qui vont se tirer la bourre pour aller à l'ovulation, si je veux imager, ils vont tous sécréter de l'AMH. Donc quand on fait le dosage d'AMH au début du cycle, on va voir en gros, en fonction du taux, Si on a stimulé cette vingtaine de follicules, ou si on stimule beaucoup moins, donc si on a une AMH basse, ça veut dire qu'au lieu d'avoir une vingtaine, on en a peut-être 10, peut-être 5, peut-être 2. Et en revanche, si on a une AMH très élevée, au lieu d'avoir une vingtaine de follicules, on en a peut-être 40, 50. Et là, c'est un signal plus pathologique, parce que si on recrute beaucoup de follicules, c'est peut-être qu'on a ce qu'on appelle un syndrome métabolique ovarien polyendocrinien, qu'on appelait autrefois le SOPK. Donc la MH, elle nous dit simplement, à l'instant T, voilà combien de follicules on recrute. Mais elle ne nous dit absolument pas, est-ce que je vais être capable d'être enceinte spontanément ? Alors que les femmes la font pour savoir ça. Mais c'est un marqueur qui n'a pas du tout cet intérêt-là, pas du tout cette indication d'ailleurs. C'est un marqueur qui va avoir son intérêt en PMA, parce que c'est grâce aux résultats que le médecin va pouvoir ajuster la stimulation. Si la MH est basse, on va stimuler fort. Si la MH est élevée, on va stimuler tout doux pour éviter une hyperstimulation.
- Speaker #0
En fait, je pense qu'il y a un réel sujet sociétal, Marion. On est d'accord que l'âge moyen de grossesse maintenant est plus tardif qu'il ne l'était avant. Et il est vrai qu'on souhaite, nous les femmes, que tout aille vite. À partir du moment où on a accompli sa carrière, qu'on souhaite être enceinte, on n'a plus trop de temps devant soi. Surtout qu'on ne veut pas être trop âgé pour avoir un enfant, que quand on est enceinte à partir de 40 ans, on parle de ce terme affreux qui est une grossesse gériatrique, qui fait très mal à entendre. Et donc, c'est vrai qu'on veut médicaliser la chose, parce qu'on veut donner toutes les chances possibles pour que cette grossesse prenne le plus rapidement. Et on médicalise tout ça. Et donc, c'est vrai qu'on part vite dans une médicalisation, avec une surveillance des paramètres biologiques. Et c'est vrai qu'on... on perd l'aspect naturel des choses.
- Speaker #1
Oui, en fait, le naturel pourrait laisser penser qu'on ne fait rien, alors qu'en fait, observer le cycle, ça donne déjà des éléments extrêmement précieux et surtout, ça va aussi avoir une vertu presque un peu thérapeutique, je dirais comme ça, permettre à la femme d'habiter son corps. Moi, je vois tellement de femmes qui sont dans un rythme de vie. extrêmement tendu, donc avec un stress très important et donc, crac, on a l'habitude de tout planifier et l'agenda, il est blindé, donc hop, je vais aller faire ma prise de sang, je vais regarder mes marqueurs, puis ensuite, je vais enchaîner avec le médecin, etc. Mais en fait, tout ça, ça va être facteur d'un stress peut-être encore plus important que de se dire, ok, maintenant, je vais écouter ce qui se passe, on va prendre le temps d'analyser les choses et ça ne va pas prendre six mois parce qu'en fait, en deux cycles, déjà, on a un bon aperçu. de est-ce qu'on a une ovulation fonctionnelle ou non. Et au bout de deux cycles, se dire OK, là, il y a des signaux qui montrent que c'était pas nickel. Et là, on va pouvoir avoir une prise en charge adaptée.
- Speaker #0
Je fais le parallèle avec la médecine générale. Quand on a des gens qui viennent nous voir pour un syndrome viral ou grippal. Et oui, c'est désagréable d'avoir de la fièvre. C'est désagréable de tousser. C'est désagréable d'être mal. Et bien souvent, tout le monde a besoin. Bien sûr, et on souhaite tous être remis en 24 heures. Sauf qu'il faut laisser le temps au corps, justement, de sortir son artillerie, de faire en sorte que le système immunitaire se batte, avant de dire qu'il faille mettre des antibiotiques, qu'il faille faire des examens. C'est pareil, c'est exactement la même chose. Et c'est vrai qu'on est dans ce paradoxe de vouloir aller vite, mais en même temps, il faut qu'on laisse le corps faire les choses qu'il doit faire naturellement. Donc, je te rejoins un petit peu là-dessus et c'est intéressant. On parle de fertilité. La fertilité, ça concerne un couple. Il y a des couples homosexuels, hétérosexuels. On parle peu de l'homme en général. Est-ce qu'on a quelque chose à conseiller aux hommes quand on est dans cet enjeu de fertilité ?
- Speaker #1
plein de choses à conseiller aux hommes. Autant qu'aux femmes, puisqu'ils apportent la moitié du patrimoine génétique, et on a envie que cette moitié du patrimoine génétique soit la plus... qualitatif possible. Maintenant, on entend de plus en plus parler, et c'est tant mieux, de l'épigénétique, la façon dont notre mode de vie va influencer nos gènes en allumant, en éteignant certains gènes. Oui, le mode de vie a un impact considérable sur la fertilité, et ça je le dis et le redis au cabinet parce que les femmes et les couples me disent « qu'est-ce qu'on peut prendre comme médicament pour améliorer les choses alors ? » stop avant d'aller prendre X, Y ou Z médicaments ou compléments alimentaires, déjà on va revoir le mode de vie.
- Speaker #0
Exactement. On est dans la prévention absolue. C'est ça. Je vais juste aussi faire un petit bémol là-dessus parce que c'est vrai qu'on voit des gens en consultation en médecine préventive. qui souhaitent absolument aller vers de la complémentation alimentaire, qui souhaitent absolument prendre des médicaments qui peuvent être assez puissants, alors qu'il y a un surpoids, alors qu'il y a du tabagisme, alors qu'il y a de l'alcool, alors qu'il y a du stress majeur. Priorisons ce qu'il y a à corriger, parce que c'est vrai que déjà, quand il y a une addiction ou quand il y a d'autres sujets à traiter, il faut savoir prioriser, ça c'est en consultation. Et ensuite, bien sûr, on peut potentialiser des mécanismes physiologiques. par de la complémentation s'il y a des carences, etc. On est d'accord là-dessus ?
- Speaker #1
Oui, vraiment. Et c'est vrai qu'on a ces demandes de patients qui veulent rajouter des choses, mais rien ne change.
- Speaker #0
La baguette magique.
- Speaker #1
C'est ça. C'est la pilule magique qui va booster. Déjà, dans ma première consultation, on revient sur le mode de vie. Comment vous mangez ? Comment vous dormez ? Comment vous bougez ? Et comment vous gérez votre stress ? Ça, ça occupe une consultation. Et ensuite, ça va être un peu la lame de fond. Puisque aux consultations suivantes, quand il y a besoin qu'on se revoie, je vais aussi faire des bilans d'étapes. Qu'est-ce que vous avez pu mettre en place ? Des conseils que je vous ai donnés ? Parce que oui, moi, je vais vous donner de la vitamine B9, parce qu'il faut de l'acide folique, ça fait partie des recommandations. Donc ça, je vais l'ajouter d'emblée. Je vais aussi veiller à ce que la vitamine D soit présente également en supplémentation, parce que malheureusement, par le soleil et notre ensoleillement, on arrive... pas à avoir une vitamine D assez optimale pour tout le monde, mais en plus dans un projet de fertilité. Donc, il y a vraiment des indispensables, mais il y a aussi vraiment la priorité au mode de vie avant d'aller avaler des compléments alimentaires. Mais sur le côté masculin, je voulais ajouter quelque chose parce qu'il y a un paramètre qui n'est pas un paramètre féminin, qui est celui du réchauffement testiculaire. Et ça, c'est quelque chose qui est assez peu connu par les hommes. Dans le mode de vie, notamment la sédentarité, le télétravail, la posture à la fois au travail mais aussi dans le quotidien, on peut avoir une altération de la fabrication des spermatozoïdes qui est liée à un réchauffement des testicules. Donc on essaye de bouger parce qu'en station assise prolongée, les testicules vont se réchauffer au contact des cuisses. mais aussi si on a l'habitude dans le canapé de regarder sa série avec l'ordinateur sur le bassin, si on est boulanger, pâtissier, si on travaille en usine avec des sources de chaleur à proximité des testicules. Ça fait partie aussi des questionnements importants. Est-ce qu'il y a un facteur d'exposition à la chaleur à proximité des testicules qui pourrait altérer le bon déroulement de la fabrication des spermatozoïdes et donc la fertilité du couple ?
- Speaker #0
C'est bien que tu soulèves ça, parce que c'est un réel sujet, donc le surpoids, le télétravail, dans la sédentarité, bien sûr. Et après, à l'inverse, attention, ne rentrons pas dans l'extrême pour les hommes qui nous écoutent et qui voulaient justement ne plus être fertiles. D'acheter des slips chauffants, ça ne sert à rien, on est bien d'accord.
- Speaker #1
Alors, il y a des équipes qui sont en train de travailler à la contraception masculine thermique, avec notamment un anneau qui se porte plusieurs heures. par jour et qui remontent les testicules à l'intérieur du bassin. Je ne sais plus, c'est l'équipe de Toulouse. Il me semble qu'il y a une équipe à Lille aussi qui travaille sur ce sujet-là. La contraception thermique a aussi sa place dans l'éventail, est en train d'être étudiée par des équipes médicales en France, dans des conditions vraiment très spécifiques. Donc oui, prendre les conseils qu'on vous donne à l'inverse en disant que ça me ferait une contraception, non, ce n'est pas possible. Si vous êtes intéressé par la contraception thermique, c'est pareil, il faut vous former vers des personnes compétentes et vérifier où en est l'état de la science sur le sujet.
- Speaker #0
Est-ce que tu verrais d'autres choses à aborder qui te semblent essentielles pour, encore une fois, ces couples, ces femmes, ces hommes qui se questionnent sur leur fertilité ?
- Speaker #1
Oui, alors souvent, ils se posent la question quand est-ce qu'il faut consulter ? Et moi, je donne comme conseil de consulter dès le début du projet. Voilà, parce que cette consultation initiale va vraiment... permettre de poser le cadre à la fois de l'historique médical du couple, mais aussi, nous, professionnels de santé, de vérifier que vous avez les vaccinations à jour parce que c'est mieux de les avoir à jour avant la grossesse, de vérifier qu'il n'y a pas des antécédents médicaux qui vont avoir une influence sur la fertilité et du coup de vous faire perdre du temps.
- Speaker #0
si jamais vous n'avez pas été à ce rendez-vous initial, de vérifier qu'il n'y a pas des traitements qui ont une influence soit sur la fertilité, soit sur le fœtus, et donc adapter le cas échéant s'il y a des traitements à adapter, notamment je pense aux antiépileptiques par exemple, dont on a beaucoup entendu parler, ou d'autres traitements anxiolytiques ou antidépresseurs chez la femme ou même chez l'homme qui pourraient avoir un impact. Cette consultation initiale est indispensable. Elle permet de faire un état des lieux de départ. Elle permet aussi de donner des informations sur comment est-ce que vous allez pouvoir optimiser la fertilité. Et ensuite, le rendez-vous suivant, ça dépend s'il y a un peu de sujets à voir ensemble. Et dans ces cas-là, on peut se revoir plusieurs fois. Mais sinon, ça va être au bout de six cycles. Si le couple a plus de 35 ans, le conseil, c'est vraiment à ce moment-là de reconsulter. On laisse six mois. Parce que sinon, on risque de perdre un peu trop de temps et l'âge n'est plus forcément aussi optimal que quand on a moins de 35 ans. Et par contre, un couple qui a moins de 35 ans, on va leur laisser un an. Mais un an avec, on pourrait dire plutôt 12 cycles. 12 cycles où on a visé, entre guillemets, la fenêtre fertile. Parce que cette histoire de temps, elle est un peu absurde pour certains couples qui ont très peu de relations sexuelles. parfois jamais au bon moment. Des relations sexuelles, on en a pour l'amour avant tout, mais quand on a un objectif bébé, il faut qu'il y en ait dans la phase de fertilité. Sinon, c'est du temps où on a attendu, mais où finalement, il ne s'est rien passé de l'ordre de la fertilité. Pour conclure, si tu avais un seul message à faire passer, allez, on va dire, un message pour les femmes et un message pour les hommes, ça serait quoi ? Le message pour les femmes, c'est... Ayez confiance en vous, votre corps vous donne tellement d'informations précieuses. Ça, c'est mon message pour les femmes. Et mon message pour les hommes, c'est impliquez-vous dès le début avec votre compagne et venez au rendez-vous, au premier rendez-vous et aux autres, puisque votre fertilité est aussi importante que celle de madame. Merci beaucoup Marion. Avec plaisir. A bientôt Sarah.
- Speaker #1
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