- Sandrine Delage
Tu veux un job utile ? Pourquoi pas un métier dans la tech qui écoute la planète ? Je suis Sandrine Delage, passionnée de tech depuis toujours, et j'ai créé Adelia, Rêve et deviens, le podcast qui te révèle les métiers cachés du numérique, à toi et à tes parents, avec un secret des lunettes jaunes. Adelia, Rêve et deviens, le podcast des filles en lunettes jaunes. Et je suis ravie d'accueillir deux exploratrices du vivant qui écoutent ce que les autres ne voient pas encore. Alors, bienvenue Malek, Malek Baroudi.
- Malek Baroudi
Merci, bonjour à tous.
- Sandrine Delage
Tu es bio-informaticienne, tu décryptes l'ADN comme on décrypte une langue invisible. Et depuis le lycée, ton métier de rêve, c'est d'être chercheuse, mais pas n'importe laquelle. Et aujourd'hui, tu poursuis une thèse à l'école des ponts et chaussées.
- Malek Baroudi
Merci beaucoup Sandrine.
- Sandrine Delage
Perrine, Perrine Grua, entrepreneuse, podcasteuse de Canay Call. Pour moi, tu es une véritable coach des transitions. Tu écoutes les signaux technologiques, écologiques et humains pour aider les personnes et les organisations à aligner conviction et action. Et puis, nous on se connaît depuis longtemps, tu es aussi une geek assumée en... chaussures dorées.
- Perrine Grua
Aucun détail ne t'échappe. Merci beaucoup Sandrine, enchantée Malek.
- Sandrine Delage
Enchantée Perrine, merci. Alors on part pour la première rubrique d'Adelia. Flashback ado, t'étais comment ado ? Et l'idée c'est de relier vos compétences d'ado avec vos compétences d'aujourd'hui. Je commence avec toi Malek, quelle est ton héroïne quand tu étais ado ?
- Malek Baroudi
Alors tout d'abord, merci pour cette belle présentation. Je suis vraiment très ravie d'être là avec toi et avec Perrine aujourd'hui. Et pour l'héroïne, en fait, moi, j'ai une héroïne un peu atypique, on peut dire. Et d'ailleurs, c'est comme en parcours, un peu atypique aussi. Je suis tunisienne. J'ai grandi autour de femmes qui osaient. Donc, surtout dans les moments où c'était... un peu compliqué dans l'histoire du pays. Les femmes, elles étaient là. Et elles étaient partout, dans les médias, dans la culture, dans tous les métiers qu'on peut s'imaginer. Et là, ça m'a trop impactée à un très jeune âge, en fait. Et ça m'a appris d'oser et de faire ce que je veux moi faire, pas ce que les autres veulent que je fasse.
- Sandrine Delage
Merci pour ce retour de femmes courageuses, qui prennent leur place. Perrine, ton héroïne.
- Perrine Grua
Alors, on a un point en commun avec Malek. Déjà, ça commence. Tu n'as pas fait cette sélection, ce rapprochement par hasard, j'imagine. Mais pareil, en fait, ce n'est pas une seule personne. En fait, ce sont toutes mes copines. Ça a toujours été ça. Ados et puis aussi maintenant. Je pense que les copines, ça toujours été tellement important pour moi. Je pense qu'elles savent, d'ailleurs, maintenant, et aussi celles de mon adolescence, que je les admire, qu'elles m'inspirent. Je pense que c'est aussi ça aujourd'hui, le leadership. On a le droit de copier. Ce n'est pas comme on dit à l'école. On a le droit de copier et d'aller prendre les choses qu'on aime chez les autres, qui nous donnent envie. Je suis inspirée par l'audace de mes amies à lancer des podcasts en lunettes jaunes. À faire des bijoux, à oser faire du sport de compétition, à se lancer dans de nouvelles aventures, à réfléchir profondément, à être généreuse, à être gentille, à parfois être en colère. Je prends tout ça de mes copines, c'est très important pour moi.
- Sandrine Delage
Solidarité, inspiration de celles qui suivent leur passion.
- Perrine Grua
Par exemple.
- Sandrine Delage
Par exemple.
- Perrine Grua
Qui suivent l'élan de leur cœur aussi, et puis leur petite voix, comme l'histoire du Canari. qui savent écouter les signaux faibles du monde, les tendances, ce qui arrive comme opportunité ou aussi comme menace, mais aussi qui prennent soin d'écouter leur petite voix intérieure à elles.
- Sandrine Delage
Qu'est-ce que ces héroïnes disent de toi par rapport aux compétences que tu as développées aujourd'hui dans ton métier et que tu relis à ce que tu fais ? Qui tu étais ado ? Tu as beaucoup parlé de l'écoute, j'imagine que c'est quelque chose qui était déjà en toi quand tu étais adolescente ?
- Perrine Grua
Alors j'ai toujours été, je pense à peu près toutes les années, déléguée de classe. Je pense pas forcément parce que j'étais celle qui parlait le plus fort, mais je pense qu'on me faisait assez confiance pour représenter le collectif en tenant compte des individualités. Passer du jeu au nous. C'est quelque chose qui m'est cher et pour lesquels je suis pas mal sollicitée aujourd'hui. Et après, l'autre chose, je pense qu'il y a la dimension plaisir de la vie, plaisir du lien. J'étais une ado des années 90, donc je regardais en boucle les mêmes VHS. Je regardais Dirty Dancing, Grease, Top Gun. Voilà, je faisais des compiles et des émissions radio avec mon double radio cassette, avec Kylie Minogue, Madonna et même Elsa, pour un peu d'équilibre international. Je pense que c'est un peu private joke pour ma génération, Elsa, mais si tu m'aimes, t'en vas pas.
- Sandrine Delage
Et toi Malek, qu'est-ce que toi ado, dis de toi aujourd'hui ? Quand on a préparé ce podcast, tu m'as dit qu'en fait tu étais déjà passionnée des zones d'ombre.
- Malek Baroudi
Oui. En fait, je suis vraiment une grande fan des zones d'ombres. Ça m'a toujours intéressée. Et je me rappelle bien au lycée, pour moi, la génétique, l'ADN, c'était la molécule découverte de tout mon lycée, de tout mon parcours scientifique. Parce qu'elle parle des secrets du vivant, des zones d'ombres du vivant. Et en parallèle aussi, on a la programmation, qui est un monde caché. Donc on peut dire que... Depuis le lycée, je m'intéresse à ce qui a été caché et d'aller chercher derrière, qu'est-ce qu'on peut trouver ?
- Sandrine Delage
C'est hyper intéressant, puisque d'ailleurs l'objectif de ce podcast, c'est vraiment révéler les métiers cachés qu'on ne voit pas au quotidien. On rencontre des esthéticiennes, des professeurs, des médecins, des coiffeuses, mais pas forcément de bio-informaticiennes. Pour clôturer cette partie ado, est-ce que votre entourage vous a soutenu ou découragé dans la voie que vous avez pris aujourd'hui ? Une rencontre, un professeur ?
- Malek Baroudi
Moi, j'ai deux anecdotes. La première, c'est qu'au lycée aussi, une question classique que je pense tous les profs du monde entier posent à leurs élèves. Qu'est-ce que vous voulez être plus tard ? Et moi, j'ai dit, chercheuse en génétique. Et là, la prof, elle m'a directement regardée et m'a dit, mais tu peux nous expliquer un peu plus ? Et là, j'ai dit, vu que j'adore l'ADN, et j'ai adoré, et j'ai commencé à découvrir un peu qu'est-ce que ça veut dire un algorithme. J'ai dit, je vais faire des algos sur l'ADN. Et là, tout le monde a rigolé. En fait, là, je comprends que ça existe, et c'est un métier tout à part, et ça s'appelle la bioinformatique. Et la deuxième anecdote, par rapport à mon entourage, en fait, lors de l'orientation, on demande à nos parents. Qu'est-ce que vous en pensez ? Je suis perdue, je ne sais pas trop quoi faire. Du coup, j'ai demandé à papa et il m'a sorti la phrase que là, maintenant, je commence vraiment à comprendre. Il m'a dit Malek, pourquoi tu nous demandes ? Fais ce que toi tu veux, pas ce que les autres veulent ou pensent que c'est la meilleure voie. Et donc, c'est ton avenir, c'est ton métier, fais ce que te passionne en fait. Et là, avec du recul, je me dis, quand on passe des heures à essayer à débuguer une erreur, mais qu'on aime quand même ce qu'on fait, ça ne peut être que de la passion derrière. Donc franchement,les filles , suivez votre cœur, suivez votre passion. N'écoutez pas du tout les gens qui vous disent, vous n'êtes pas faite pour ça. Ce n'est pas un monde pour les filles la tech et tout. Parce qu'après, c'est votre travail. Vous allez passer des heures à faire ça. S'il n'y a pas de la passion derrière, vous n'allez ni exceller, ni s'épanouir. Donc, foncez.
- Sandrine Delage
Merci de ce retour. Et toi, Perrine ?
- Perrine Grua
Alors moi, l'orientation, c'était quand même le passage sensible, la quête de l'orientation. Je pense que j'ai hésité à peu près entre danseuses étoile. Je voulais être aussi ministre de l'éducation pour interdire la nage papillon dans les écoles. architecte, avocate, travailleur social, journaliste comme Anne Sinclair que j'admirais beaucoup. Donc c'était très très très compliqué pour moi et en plus j'adorais l'école. Donc je pense que pendant très longtemps j'ai cultivé le fait d'ouvrir un maximum de portes et le moment du choix, je l'ai vraiment vécu très très tôt comme un renoncement. Qu'est-ce que j'avais envie de faire ? Et c'est vrai que la quête de l'utilité, de l'impact était déjà très très présente dès le départ. Donc j'ai eu besoin de pouvoir bien relier l'impact maintenant, tout de suite, sans attendre. Cette quête de justesse habitée, je pense qu'elle est aussi pas mal au cœur de mon métier aujourd'hui, on y reviendra.
- Sandrine Delage
Et bien tu fais la transition avec la deuxième rubrique, métiers en action, comment rendre visibles et concrets vos métiers. Et je vais commencer par la bioinformatique. Si je devais l'expliquer à ma grand-mère, de ce que j'ai compris, ce serait lire le vivant avec un ordinateur, avec l'idée de faire parler les données biologiques pour anticiper les maladies, protéger l'environnement par exemple. Et souvent, on comprend qu'il y a deux domaines, biologie et informatique, qui ne sont pas reliés. Et que toi, tu as tout de suite voulu relier.
- Malek Baroudi
J'ai tout de suite voulu relier, même si je ne savais pas que ça existait en tant que science à part. Mais j'adorais les algorithmes et j'adorais la génétique. Et je me dis, sûrement je pourrais arriver un jour à relier les deux. Et avec tout mon parcours, j'ai enfin pu relier ces deux domaines-là. C'est vraiment aller chercher l'information génétique, mais en gagnant en termes de temps. Parce qu'on n'est plus sur le paillasse avec une seule pipette, mais on peut dire qu'on a plusieurs pipettes à la fois, pour aller chercher des gènes, pour aller chercher des maladies, pour comprendre un peu l'expression de ces gènes-là, comment évolue une maladie X, comment évolue l'environnement en général. Donc la bioinformatique, ce n'est pas que de l'informatique, et ce n'est pas que de la biologie. Il y a la possibilité de combiner les deux. et surtout de découvrir plein de zones d'ombre cachées derrière.
- Sandrine Delage
Oui, parce que toi, c'est l'objet de ta thèse, je crois, c'est étudier les bactéries dans l'eau pour comprendre la résistance aujourd'hui de l'être humain aux antibiotiques. C'est un cas très concret. Et tu parlais de démultiplier les pipettes, tu utilises l'intelligence artificielle qui est maintenant dans notre quotidien. Tu veux en dire un petit peu plus ?
- Malek Baroudi
En fait, dans la Seine, Bien particulièrement. Du coup, ça intéresse un peu plus, je pense, quand on dit la Seine, c'est concret. Je vais chercher les petits morceaux d'ADN qui nagent dans la scène avec les petites molécules de micropolluants qui peuvent impacter. Et j'essaye de relier ces deux types de données. Donc, j'essaie aussi de relier la chimie et la génétique pour comprendre comment l'antibiorésistance évolue au sein de... de la communauté, et essayer peut-être de découvrir des nouvelles résistances, de découvrir des nouveaux gènes, pour après avoir des idées de soins possibles à offrir aux gens qui présentent ces résistances-là.
- Sandrine Delage
Et l'informatique t'aide en fait à démultiplier les modèles de tests ?
- Malek Baroudi
Ça m'aide à combiner ces deux types de données, ce qui n'est pas très facile, mais ça me fait gagner du temps. Parce qu'avant... on essaie de cibler un seul gène ou une seule résistance. Mais là, avec l'IA, avec l'informatique, avec les algorithmes, avec les modèles, on peut multiplier ça très, très vite et on peut éclaircir les zones d'ombre derrière.
- Sandrine Delage
Toi, Perrine, tu es au carrefour aussi de plusieurs domaines. Vous êtes finalement, je ne sais pas le renoncement où il a été, parce qu'au final, j'ai l'impression qu'aucune des deux n'a vraiment renoncé. Tu es au milieu des transitions au carrefour de la technologie, de l'écologie et de l'humain. Et tu as toi-même aussi créé des méthodologies interdisciplinaires pour aider ceux et celles qui innovent pour le progrès.
- Perrine Grua
Oui, alors peut-être que j'ai renoncé tout de même à une voie tracée ou à un métier écrit, une case à cocher. Parce que je pense qu'effectivement, aujourd'hui, il y a beaucoup de choses à inventer en fait. Je pense que j'aide les gens aussi à trouver leur juste place et à inventer leur métier. On a toutes et tous la possibilité d'inventer notre place et ça je trouve ça assez magique. Et pour faire le lien avec les zones d'ombre qui me parlent beaucoup, je pense qu'aujourd'hui on a beaucoup d'incertitudes, on parle aussi de chaos, de polycrises dans le monde, que ce soit... écologique, que ce soit l'arrivée de l'IA qui bouscule pas mal de choses, d'incertitudes par rapport à l'avenir du monde, et c'est finalement est-ce qu'on subit ? où est-ce qu'on contribue ? Et donc, voilà, moi j'ai envie d'aider les individus et les entreprises, les organisations, à prendre la main, en fait, et contribuer à construire le futur à quoi nous avons envie de voir advenir et à l'inventer ensemble. Donc, c'est vraiment accompagner ces moments de transition. quand on est dirigeant d'entreprise, quand on est une équipe, quand on est une organisation, et qu'il n'y a pas de décision magique, mais qu'il faut prendre une décision malgré tout. Il faut prendre une voie, un peu comme moi avec mon orientation.
- Sandrine Delage
Vous avez toutes les deux créé votre propre environnement, votre propre métier. Vous avez ce sentiment-là d'avoir vraiment créé un métier qui n'existait pas ?
- Perrine Grua
Je ne sais pas si c'est un métier, mais en tout cas, je me sens à ma place. Je pense que j'apporte mes élans, mes talents naturels au monde du mieux que je peux, en toute humilité, que je contribue à ce qui fait sens pour moi. Aujourd'hui, je ne suis pas sûre qu'on aura un métier. On va exercer tous, je pense que les nouvelles générations, vous allez exercer plusieurs métiers. Je pense que finalement... Ce qui est important, c'est de miser sur ses talents, miser sur ce qui nous donne de l'énergie. Quand on parle d'une force versus une compétence, c'est quelque chose de fort. C'est quand on l'exerce, ça nous donne de l'énergie, ça nous met en joie. Et c'est important aussi de se connecter à ça, je pense.
- Malek Baroudi
Je rebondis justement sur le fait qu'on essaye de construire un profil, un métier en particulier. Et peut-être on reparlera du coup après un peu sur le côté entrepreneurial. Mais c'est vraiment des profils qu'on construit pour arriver à un but et pour s'épanouir et surtout avec de la passion.
- Sandrine Delage
On peut en parler tout de suite de l'entrepreneuriat parce que c'est vrai que toi aussi Perrine, c'est ton chemin. Il y a un chemin de liberté. C'était une évidence de devenir entrepreneur pour toi ?
- Perrine Grua
Assez tôt, je me suis vue projetée comme entrepreneuse. Après, ce que je porte, c'est qu'on peut entreprendre sa trajectoire. Entreprendre, ce n'est pas forcément lancer une entreprise qui a un passage à l'acte encore différent. Mais moi, mon premier élan, et je pense que ça a été ce qui m'a habité et ce qui a un peu complexifié ma quête d'orientation, c'est cette envie d'entreprendre ma trajectoire, de l'inventer, de prendre la main sur ma vie. Et ça, c'est venu très tôt. C'est venu quand c'est venu.
- Sandrine Delage
Et toi, Malek, ce projet, parce que tu l'as déjà, ce projet de devenir une chercheuse entrepreneuse, tu veux nous en dire plus ? Tu as des idées déjà sur ce que tu aurais envie de faire ?
- Malek Baroudi
Pour moi, c'était depuis toujours un levier vrai, on peut dire. Et ça a commencé d'une façon très, très simple, avec Enactus. Je ne sais pas si les gens connaissent un peu, en gros c'est une association étudiante internationale qui aide les étudiants à mettre en place des projets à fort impact environnemental et social. Du coup, j'y suis entrée au début, j'étais membre, après vice-présidente, et là je suis une alumni. Déjà très très fière de son équipe, je vous adore. Et là que tu signales, je vous fais un petit coucou. Mais c'est là où j'ai appris que les idées qu'on a, ils doivent... pas juste resté dans des carnets ou dans notre cerveau. Et justement, cette fibre entrepreneuriale, je ne l'ai pas perdue jusqu'à maintenant, vu qu'en parallèle à la thèse, je fais un MBA dans le fameux Collège des ingénieurs. Et en gros, c'est une formation qui relie l'innovation, le management, l'impact. Et je pense que ça me garde ce lien entre la recherche scientifique d'un côté, et comment ça se passe dans les entreprises. Donc ça me donne un peu une idée pour après concrétiser les idées que j'ai pour relier la génétique, l'informatique et l'entrepreneuriat pour avoir ce profil dont j'ai rêvé. Et je pense que ça me permet d'être une actrice et d'avoir un impact dans ce monde.
- Perrine Grua
Peut-être pour rebondir, je pense qu'il y a la dimension économique qui est vraiment importante. Parce qu'effectivement, en tout cas, j'ai toujours eu en tête de me dire j'ai envie d'être dans le domaine de l'impact, que ce soit social, écologique, technologique. J'ai envie de contribuer au progrès dans le monde. J'ai envie d'autonomie et de liberté et pour ça, il faut que ce soit rémunérateur, pour pouvoir garder cette liberté d'impact. Quand on dépend uniquement de subventions, on n'est pas toujours libre. Parce que moi j'ai grandi dans un monde où il y avait d'un côté le monde marchand et d'un autre côté le monde non marchand. Il n'y avait pas encore, au début de ma trajectoire professionnelle, ce qu'on appelle l'entrepreneuriat social et solidaire, les entreprises à mission. Il y avait vraiment une frontière. Et moi, c'est une frontière que j'ai refusée dès le début. Et ça, c'était quelque chose de viscéral. En disant, je ne vais pas choisir, je ne vais pas renoncer, je veux les deux. Parce que c'est ce qui va permettre d'avoir un vrai impact.
- Sandrine Delage
On va passer à la troisième rubrique. Hack ton avenir. Hack les lunettes jaunes. C'est le moment où on met ses lunettes jaunes. Le moment tant attendu. Je n'attendais que ça! Tu n'attendais que ça! alors pourquoi les lunettes jaunes ? parce qu'on est dans la transformation et puis parce que j'adore les lunettes jaunes, en fait elles me font penser aux lunettes de réalité virtuelle et voilà, et elles donnent la pêche vous êtes bien là ? comment vous sentez ? moi je ne les quitte plus après je pars avec c'est mon sujet les speakers ont envie de partir avec j'ai besoin de les garder pour les prochains! Donc là c'est le sujet c'est le parcours On parlait de trajectoire, de voie, on voit bien qu'évidemment tout ça est très ouvert. Mais il y a un moment donné, il y a quand même un parcours qui peut être donc éclairant et inspirant pour les jeunes filles et les parents. Malek, tu peux nous parler de ton parcours ?
- Malek Baroudi
En fait, c'est un parcours vraiment très atypique. J'ai commencé par la bio et après j'ai fait de l'informatique. Et là, j'ai fini par avoir de la bioinformatique. Donc, j'ai fait une prépa. de biologie, parce que comme je vous ai déjà dit, j'étais un peu perdue entre l'informatique et la génétique. Je ne savais pas par où commencer, mais faire une prépa, c'était toujours bien. Du coup, c'est un challenge, voilà. Donc, j'ai fait une prépa de biologie. J'étais la deuxième à l'échelle nationale, ce qui m'a ouvert beaucoup de portes, en fait. Puis, j'ai pu intégrer une école d'Angers Linat, en Tunisie, et j'étais ensuite sélectionnée pour un double diplôme avec AgroParisTech. Et c'est qu'en troisième année de cycle 1G où j'ai commencé vraiment de faire de l'informatique, vraiment des algos, du deep learning, du machine learning et tout. C'est un peu des mots compliqués, mais on s'en fout, c'est de l'informatique. Tout ça pour vous dire qu'il ne faut pas vraiment commencer par des maths. C'est vraiment possible de commencer par la bio et faire de la tech après. Donc, c'était ça mon parcours et je trouve que c'est un parcours qui parle exactement de moi. C'est vraiment Malek qui voulait faire de la génétique, mais qui adorait aussi coder. À l'époque, c'était en Pascal. Donc, voilà, c'est ça mon parcours.
- Sandrine Delage
Et on peut peut-être rajouter qu'en fait, l'école s'est un peu adaptée aussi à ce que tu avais envie. Parce que finalement, ce que tu expliques, ce parcours n'existe pas véritablement. Donc, c'est aussi la communication avec AgroParisTech, où tu as exprimé, et ça c'est important, c'est un message, d'exprimer vraiment ta passion, tes envies, et cette capacité des écoles, finalement, à construire un parcours sur mesure, ce qui est quand même assez agréable.
- Malek Baroudi
Oui, en fait, on a la chance. AgroParisTech, c'est vraiment une école, on peut dire, pluridisciplinaire, même si vraiment, elle a le cliché d'une école d'ingénieur d'agronomie. Mais franchement, on a des spécialités en troisième année qui sont très diversifiées. Donc, il y a toujours des possibilités et des voies. Il faut juste parler et dire ce qu'on veut réellement.
- Sandrine Delage
Et si on l'élargit un tout petit peu, parce que du coup, je me suis intéressée de plus près grâce à toi, la bioinformatique. Donc, en termes de parcours, tu as effectivement les écoles d'ingénieurs. Bon, c'est assez classique, on va dire. On va retrouver aussi la faculté avec les masters thèse. Et puis, tu l'as... Très bien dit aussi, on peut commencer avec des licences soit bio, soit maths, soit informatique qui vont se relier. Parce qu'il y a aussi une diversité des métiers dans la bioinformatique. Ce qui est intéressant, c'est le salaire. On va peut-être en parler parce que pour les jeunes, c'est important. Donc, des sources du web, on voit que c'est à peu près 2800 euros bruts. Assez rapidement jusqu'à 6000 euros bruts. C'est un levier d'indépendance et de liberté. Et toi, ton parcours, Pérrine ?
- Perrine Grua
Alors, je voudrais démystifier et dédramatiser pour tous ceux et toutes celles qui sont en train de réfléchir à leur orientation. Je pense qu'aujourd'hui, quand je raconte mon parcours, il y a un fil rouge. J'ai toujours cultivé les deux facettes, à la fois business et impact. Et je pense que... Peut-être qu'il y avait déjà des diplômes et des parcours autour de ça, mais je ne les connaissais pas. J'ai fait une prépa où intellectuellement, je me suis éclatée. Et en même temps, la quête d'utilité de sens, à un moment, pour moi, c'était trop fort. Donc, j'ai quitté la deuxième année de prépa en cours. J'ai intégré un DUT carrière sociale absolument fabuleux. Je pense que c'est la formation. La plus impactante que j'ai jamais faite en termes de niveau, parce que ce qu'on apprenait, les compétences, les savoir-faire, étaient vraiment directement toujours liés à quoi on contribue, avec une logique de professionnalisation des métiers. Donc vraiment encore merci à cette équipe pédagogique incroyable. Donc assez naturellement, j'ai entrepris dans le domaine de l'insertion. via les métiers passion, la formation, cette notion d'accomplissement via son travail pour les jeunes. Et au bout de cinq ans, je me suis dit finalement, au-delà du sujet de l'impact, le sujet de l'entrepreneuriat me parle vraiment et j'ai besoin de... de mieux comprendre comment passer à l'échelle et avoir aussi plus d'impact en déployant une entreprise. Et j'ai vraiment eu envie d'aller plus loin dans le monde du privé. Donc j'ai fait une validation d'acquis et je suis rentrée en Master RH et Management. Et là, un peu par hasard, en cherchant un stage, je suis tombée dans le recrutement. Et finalement, j'ai accompagné des gens à prendre des métiers et des postes. pour faire des trucs qu'ils n'avaient encore jamais faits dans des entreprises qui n'avaient encore jamais fait ça, puisque je suis tombée dans le recrutement au moment de l'arrivée du digital. Et je me suis absolument passionnée pour ça et j'ai fait du recrutement. Pendant une dizaine d'années, j'ai fait un executive MBA à ce moment-là aussi au passage, pour comprendre comment je pouvais mieux aussi accompagner les mises en mouvement stratégiques des entreprises qui vivaient des transformations business et culturelles profondes. Ensuite, j'ai eu envie de passer, on déplace les gens, on met en mouvement les carrières et les organisations. Et donc là, je suis vraiment passée côté plus aussi coaching, accompagnement du mouvement, des carrières, des trajectoires personnelles, et puis aussi des équipes, des organisations à quoi je contribue.
- Sandrine Delage
Et justement, en tant que recruteuse, tu abordais un peu le sujet des profils, des compétences, des parcours. Quels sont finalement pour toi les métiers les plus recherchés ou ceux qu'on te demande le plus ? Est-ce qu'il y a des éléments que tu pourrais apporter ?
- Perrine Grua
Clairement, je pense que Malek est une illustration et je pense que tu peux inspirer beaucoup de jeunes filles sur le sujet de l'orientation. Je pense que les métiers de l'avenir, c'est les métiers de transition. et alors ça peut être entre deux secteurs quand on parle tech et bio mais au delà de ça si on regarde c'est entre deux visions du monde et donc toutes les personnes qui vont être capables de cultiver de bien relier finalement une expertise assez pointue dans des domaines qui vous passionnent et en même temps qui vont contribuer à faire cheminer Oui, oui. dans le bon sens, on a quand même pas mal de solutions à trouver. Celui ou celle qui connaît la fin de l'histoire ou a la bonne réponse, on est en attente de pas mal de prix Nobel! Mais pour moi, ça va vraiment être ça. Ça va être aujourd'hui les métiers où on a besoin de comprendre comment ça marche pour ne pas juste subir et en même temps de... de pouvoir inventer la suite et prendre sa juste place. Et ça, je pense que c'est assez nouveau. Jusqu'à présent, il y avait d'un côté les métiers utiles et de l'autre côté les métiers qui comptent économiquement. Et en fait, on s'aperçoit que ça ne marche plus, on ne peut pas garder ces deux tracks. Déjà parce que... À l'échelle individuelle, moi je le vois dans les coachings, les gens sont trop tiraillés. C'est compliqué d'avoir d'un côté ses engagements associatifs, et de l'autre côté son métier du quotidien en ne tenant pas compte de l'environnement. Individuellement, ça devient, ça tiraille trop. On le voit, les crises de sens, les burn-out, etc. Je pense que c'est un sacré défi que vous avez aujourd'hui à relever. C'est enthousiasmant, c'est une zone d'ombre. Mais je pense que c'est ça les métiers aujourd'hui. Il y a les expertises, mais il y a la posture et il y a comment on arrive sur le monde du travail. Et je ne suis pas sûre que la voie va être toute tracée, que je ne suis pas sûre que vous allez être pris par la main pour y aller. Donc, je pense qu'il y a la place pour tout le monde, mais il faut la prendre en fait. Il va falloir l'inventer. Et ça, c'est à la fois quelque chose d'enthousiasmant et un sacré défi.
- Sandrine Delage
Alors, je peux peut-être justement compléter avec une ressource activable pour les jeunes filles et les parents. C'est le programme Tech pour toutes, qu' a créé le gouvernement, qui est mis en œuvre par la fondation INRIA. Et l'objectif, c'est d'accompagner des jeunes filles lycéennes et des étudiantes de moins de 25 ans dans les domaines scientifiques et technologiques, à la fois pour créer une communauté de ces jeunes filles, pour pouvoir poser toutes les questions, les tabous, où on ne trouve pas forcément des réponses dans son entourage, et puis avoir du mentoring, du coaching pour faciliter la création de son projet professionnel, avec des rencontres aussi avec des professionnels. des femmes inspirantes. Je mettrai le lien dans la description du podcast.
- Perrine Grua
Et puis merci Malek aussi de rappeler qu'on n'est pas obligé de démarrer par les maths. Je pense que les métiers de la tech, j'en suis aussi une illustration, je me considère aussi les mains dans le cambouis dans la tech au quotidien. Et je ne suis pas en train de parler de l'ERH, l'entrepreneuriat, le travail social. Je pense que ce n'est pas un club fermé pour champions en maths. Il y a un peu ce mythe, si tu travailles dans la tech, tu es forcément un champion, une championne en maths. Il y a plein de métiers, je pense qu'il va y avoir aussi pas mal de métiers avec beaucoup tourné vers l'humain. On a quand même des sujets éthiques avec l'IA, on a quand même des gros sujets aussi sur l'agriculture.
- Sandrine Delage
Justement, c'est la quatrième et dernière rubrique de ce podcast à l'Ouadélia, où on répond aux questions les plus fréquentes des jeunes filles et des parents. J'invite d'ailleurs nos auditeurs et auditrices à déposer des questions ou des témoignages pour alimenter les prochains épisodes. Cette question de « est-ce qu'il faut être bonne en maths ? » revient très régulièrement.
- Malek Baroudi
En fait, on l'entend souvent, mais je pense que c'est vraiment des clichés. Dans le domaine de la tech, on colle toujours. Il faut être excellent en maths, il faut avoir de bonnes notes, il faut comprendre les théorèmes. C'est vrai que les algos sont généralement basés sur des théorèmes, mais ça ne veut pas dire que tu ne peux pas coder, ça ne veut pas dire que tu ne peux pas comprendre ça. Pas du tout loin de ça, franchement, ce n'est pas vraiment une nécessité d'être excellent en maths pour réussir dans la tech. Mais aussi, on a ce cliché et cette étiquette que la tech n'est pas faite pour les filles, que c'est vraiment fait que pour... les hommes, alors que non, pas du tout. Donc franchement, si vous aimez la tech, si les algorithmes vous intéressent et que vous voulez comprendre ce qui est caché derrière, faites-le.
- Sandrine Delage
C'est effectivement une des questions les plus fréquentes des parents, c'est la tech, c'est masculin, est-ce que je peux encourager ma fille à aller dans ces domaines ? Et toi Pérrine, je sais que... Nous partageons cet engagement de la mixité des équipes technologiques qui, finalement, façonnent le monde. Vous l'avez dit, toutes les deux. Notre vie au quotidien, les solutions qui vont être trouvées, vont être utilisées comme levier démultiplicateur la tech, comme démultiplicateur des pipettes, par exemple. Qu'est-ce que tu as envie aussi d'ajouter sur ce point ?
- Perrine Grua
J'ai aussi envie d'aller challenger la croyance bonnes en maths, en fait. et ça peut être aussi une fausse croyance qu'on a sur soi-même parfois quand on dit je suis pas bon à ceci c'est souvent aussi un potentiel pas révélé encore, qui sommeille donc aller peut-être vérifier ça et à un moment si c'est quelque chose qui est indispensable par rapport au métier qu'on a envie de faire oui alors on a ses forces et c'est important de les connaître mais à un moment où est-ce qu'on met la barre Merci. Et je pense que c'est quand même important de garder cette envie de comprendre et de muscler son cerveau pour être garant de notre humanité, de ce qu'on va en faire. La tech, c'est un outil. La tech, c'est un outil dans un métier. Aujourd'hui, déjà, je ne vois pas les métiers où il n'y a pas de tech. J'aurais juste envie de dire, déjà, en fait, ce n'est pas possible de ne pas s'intéresser à la tech aujourd'hui du tout et faire comme si ça n'existait pas et qu'il y avait d'un côté les métiers de la tech et de l'autre côté les métiers humains, par exemple. Aujourd'hui, je ne vais pas dire... Je fais... Je fais du coaching humain et non à la tech. Non, j'ai envie d'apporter à mes clients les deux. C'est que je suis un coach qui utilise aussi la tech et l'IA avec discernement le plus possible. Je ne suis pas exemplaire, mais en tout cas, ça va être mon point d'attention. Je suis encore dans le « et » , désolé, au lieu du « ou » .
- Sandrine Delage
J'adore le « et » . J'avoue que je partage. J'ai beaucoup de mal à faire des renoncements sur certaines choses. On arrive à la fin de ce podcast. Est-ce qu'il y a quelque chose que vous auriez envie de rajouter, de partager avec cette génération qui arrive ?
- Malek Baroudi
Moi, personnellement, je voulais vraiment finir par un petit message. Franchement, les filles, on se comprend. Si la tech vous intéresse, faites-la. Si la science vous intéresse, faites-la. Si vous êtes un peu entre les deux, comme j'y étais, vous avez aussi de la place dans la bioinformatique. Ne prenez pas du tout en compte les clichés dont on avait parlé. C'est juste la passion. Si vous avez la passion, vous pouvez exceller. Et surtout, vous allez être épanouis dans ce que vous faites après.
- Sandrine Delage
Merci Malek.
- Perrine Grua
Alors moi, mon message serait vraiment oser rêver. Pensez à votre vie de rêve. Je pense que c'est la priorité. Moi, j'ai vraiment confiance en l'humanité. Je pense que quelqu'un qui suit ses rêves, qui réalise ses rêves et qui s'autorise encore à rêver après, c'est quelqu'un qui va être bon pour son entourage, qui va être bon pour la planète, qui va être dans le progrès. Et ce n'est pas si évident, en fait. de rêver. Donc, je pense que c'est vraiment le point. Et puis ensuite, oui, on a besoin de réconcilier les enjeux écologiques, business, humains, technologiques, de réconcilier les métiers utiles avec les métiers qui comptent économiquement. Pour moi, c'est ça, prendre sa place et contribuer au monde.
- Sandrine Delage
Merci de rêver dans vos métiers. Merci de nous avoir fait rêver. Merci auditeurs et auditrices d'avoir rêvé avec nous. Et si vous voulez continuer de rêver, et bien suivez Adélia Rêve et Devient sur les réseaux sociaux, les plateformes de podcast, mais aussi sur YouTube, TikTok et LinkedIn. Et moi, je vous dis à bientôt en lunettes jaunes. Merci Perrine, merci Malek.
- Perrine Grua
Merci Malek, merci Sandrine.
- Malek Baroudi
Merci Sandrine et merci Perrine.