- Speaker #0
On a eu un coup de téléphone d'amis en Touraine qui nous ont dit « Ah, on a deux jeunes qui font un tour de France à vélo, ils viennent de passer chez nous, là ils vont vers la Bretagne après, c'est vos futurs associés, c'est sûr. » On dit « Bah non, c'est pas possible, on n'a pas eu de candidature de couple. » Et en fait, on a reçu cette lettre de Sophie et Max qui traversaient la France et qui disaient « Bah voilà, on termine par ici et on aimerait bien venir chez vous. » Donc moi ça ne m'arrangeait pas trop parce que je m'étais dit non non là on se concentre, on est en train de chercher des associés, on ne cherche pas des gens qui sont en train de faire un Tour de France à vélo en fait. Donc voilà on a passé un mois super à faire du bricolage et à rigoler. Et eux ils ont dit vous n'êtes pas sans savoir qu'on finit notre Tour de France et qu'après on cherche à s'installer en fait on va rester là. Ça fait déjà 5 ans. On part du principe qu'en fait c'est en mélangeant et en discutant avec l'autre, l'autre avec un grand A, celui qui est différent de nous, c'est en discutant avec lui ou avec elle qu'on va pouvoir s'influencer l'un l'autre. C'est aussi partir de cette idée-là en partie qu'est venue cette histoire de ferme citoyenne, en disant on veut impliquer les citoyens, tout le monde n'a pas vocation à devenir paysan ou paysanne, on mange tous, au moins une fois par jour, ceux qui peuvent deux ou trois. Là c'est essentiel qu'on recueille la vie et qu'on implique les gens qui mangent. Donc nous, les bâtiments et les premiers hectares de terre autour, les 14 hectares qui sont vraiment accolés aux bâtiments, appartiennent à cette SCI citoyenne. Et après, les autres terres au plus large, ces terres-là appartiennent à deux propriétaires et sinon à la foncière Terre de Liens pour une bonne partie. Et l'objectif, c'est d'essayer de petit à petit aller vers le fait que tout passe en propriété collective et citoyenne. Plus les journées s'allongent, plus on fait des longues journées de travail et plus on a une activité intense. Donc nos vaches font plus de lait parce qu'elles pâturent toute cette saison-là mais du coup les travailleurs que nous sommes sont aussi un peu plus en agitation. Et après en fait à partir de l'automne quand le temps diminue et que la nature ralentit, nous on ralentit aussi. Donc on ne va plus traire le soir quand le soleil se couche et pique accessoirement. De temps en temps il pleut en centre-Bretagne au mois de novembre. On ne retourne pas à 16h chercher les vaches. Et ben là, on n'a pas envie d'y aller, donc en fait on n'y va pas. On a mis en place le système pour ne pas être obligé d'aller se faire trop de mal.
- Speaker #1
La première partie de ce reportage vous plongeait dans l'ambiance d'une journée à la ferme du Buissonnant. Aller chercher les vaches pour la traite avec Maxime, la fin du marché du vendredi avec Marion, La découpe d'un bœuf avec Benjamin et toute l'équipe. L'occasion de comprendre qui sont les humains qui font cette ferme et quelles relations il et elle ont choisi de nourrir entre eux et avec les gens du coin. Découvrir le fonctionnement et les choix stratégiques des élevages de Bretonne-Pinoire et de Port-Blanc de l'Ouest. Dans cette seconde partie avec Benjamin, qui se fait porte-parole du collectif, un rôle qu'il prend souvent et qu'il aime bien, on parle de voyage immobile. dans une ferme, d'être paysan de passage, d'une ferme qui appartient à 270 personnes, d'une agroécologie qui coule de source quand on veut être une ferme autonome, d'organisation et de soins du collectif. Écoutez bien, cet épisode est plein d'histoires qui peuvent être très riches d'enseignements si vous vous sentez l'élan de devenir paysan ou paysanne, si vous prenez soin d'une ferme ou simplement si vous souhaitez mieux comprendre les ingrédients qui peuvent fortement influencer la réussite d'un projet collectif et qui est bien plus qu'agricole. Le Buissonnant a fêté ses 10 ans cette année et a été accompagné par Terre de Liens lors de sa naissance. Le mouvement a justement soutenu une partie de la réalisation de cet épisode. En fin d'épisode, je vous expliquerai comment vous-même vous pouvez faire pousser des fermes bio et vraiment vivantes comme celle du Buissonnant. Je suis Opaline et j'anime le podcast Agroécologie Voyageuse pour mettre en lumière celles et ceux qui régénèrent la terre. Mon objectif est que mon travail soit financé à 50% par vous et 50% par des organisations pour qui je réalise ces reportages. Aujourd'hui, avec 25 donateurs et donatrices récurrents, j'en suis à 25%. Si ce reportage vous plaît, demandez-vous si un don ponctuel Même 10 euros ou régulier, un engagement sur 6 mois par exemple, serait envisageable pour vous. Toutes les infos sont dans la description de l'épisode. Un grand merci et belle écoute.
- Speaker #0
10 ans, c'est la durée du bail paysan que je m'étais fixé. 10 ans au bout desquels j'envisagerais de changer de métier. 10 ans, et la pendule du bureau continue de tourner. Jeannot m'avait dit, tu verras, au bout de 10 ans, ça va dérouler et tu n'auras pas envie de t'arrêter. Peut-être bien qu'il avait raison, peut-être bien qu'il savait, le Jeannot. Après cette année 2025, durant laquelle j'ai pris le temps de faire un bilan, La décision est prise, je poursuis l'aventure. Au-delà du métier, je souhaite surtout continuer à vivre avec cette équipe de délurés qui font que ce lieu déborde de vie et de camaraderie, car c'est bien de cela dont il s'agit.
- Speaker #1
Merci d'avoir lu ça. Alors tu l'avais fait quand cette newsletter, ce petit mot ?
- Speaker #0
En décembre de l'année dernière, c'était fin novembre, début décembre de l'année 2025. C'est la dernière de l'année, on en fait une par saison, il y en a quatre, donc ça c'était pour clore l'année 2025.
- Speaker #1
Et du coup, tu l'as faite après un temps où tu étais un peu retiré pour faire le bilan. Comment tu as eu ce besoin de faire un petit bilan ?
- Speaker #0
C'est assez touchant de relire ça, parce qu'on ne se relie pas forcément. Ça part dans le réseau, c'est lu par les gens qui suivent la ferme. C'est une année 2025 qui était vraiment sous ce signe-là. Prendre du recul au bout de dix ans sur la ferme. Donc là, on va fêter l'anniversaire. en 2026, des 10 ans de la ferme, mais en vrai, on est arrivé en 2015 sur le lieu, avant de devenir officiellement installé, comme on dit. Et donc, l'année 2025, moi, j'ai demandé à faire une pause à mes associés, j'ai fait une petite pause de mars-avril en début de saison, pour prendre du recul et me reposer la question, est-ce que t'as envie de continuer à être paysan, en fait ? Est-ce qu'il y a eu des moments où ça a été fatigant, ou physiquement, ou psychologiquement ? Et du coup, voilà, on a fait plein de belles choses. En fait, parce que là, on n'arrive pas au bout d'un cycle. Ça y est, la machine est lancée. Et peut-être qu'en fait, j'étais juste là, moi, pour lancer une ferme. Et qu'après, puis maintenant, j'ai envie de faire autre chose, quoi. Je dis souvent que j'aimerais bien être couvreur. Et je ferais bien, du coup, voilà. Après avoir fait 10 ans paysan, pourquoi pas être couvreur ? Et puis, en fait, je crois que... À la fin de cette année, prise de recul et regard sur notre quotidien, et mon quotidien en l'occurrence, je me suis dit que j'ai envie de continuer à jouer sur ce terrain de jeu qu'on a construit. Et que maintenant, au bout de dix ans, il est à peu près construit, il y a encore plein de petites choses à aménager. J'ai envie de profiter de ce lieu maintenant et peut-être faire bouger ma place au sein de ce terrain de jeu.
- Speaker #1
Cette année, la ferme du Bissonnant fête ses dix ans. une ferme où vous vivez toi, Max, Sophie, Marion, vos enfants et plein d'autres gens dont on va parler et plein d'autres plus qu'humains, autres qu'humains. Moi j'ai découvert cette ferme il y a deux ans, je me suis beaucoup baladée dedans hier, je vous ai donné un tout petit coup de main et ce que je vois c'est un collectif déjà vivant avec du bocage, avec une zone humide, avec... Énormément de diversité, des vaches dehors, des cochons dehors qui font des gros trous, qui se roulent dans la paille avec des artisans. Donc un collectif multi-étages aussi et deux collectifs familles. Donc tout ça s'entrecroise, s'entremêle et c'est très inspirant. Et l'intention de cet épisode, c'est de voir comment ces fermes collectives multi-étagées, c'est pas un jardin forêt multi-étagé, c'est un collectif multi-étagé, contribuent à l'agroécologie et à réinspirer, réenchanter les campagnes, et comment on fait pour ça ? Et j'avais envie de te demander, est-ce que tu peux choisir de ne pas répondre si c'est trop complexe, mais j'avais envie de te demander, est-ce que là t'as envie de remercier aujourd'hui 10 choses pour les 10 ans ?
- Speaker #0
Ah, dix choses, ça peut être long.
- Speaker #1
Ça peut être des humains, ça peut être des moments, ça peut être... Voilà, est-ce que là, comme ça, ça te vient ? Ou si tu veux, tu pourrais y répondre un peu plus tard.
- Speaker #0
Je ne sais pas si je vais réussir à énumérer les dix sans perdre le fil des dix, mais en tout cas, pour commencer, je pense que je remercierais, comme souvent, en fait, on remercie sa maman. Et donc, je crois que je remercierais bien ma maman pour le soutien du départ. ou le jour où je lui dis, tiens, j'ai vraiment envie de m'installer sur une petite ferme, monter mon projet, elle me dit, en fait, tu as eu la chance de faire un autre parcours avant, tu pourrais peut-être faire autre chose, mais je vois que c'est ce qui te parle, c'est ce qui te motive dans ton quotidien. J'ai un peu peur, je t'avoue que ça m'inquiète, parce que le monde paysan n'est pas forcément le plus rassurant, donc elle m'a partagé ses inquiétudes en disant, j'ai un peu peur, mais j'ai confiance en toi. Et du coup... je sais que tu vas y arriver et je sais que c'est le bon choix pour toi. Et donc ça, ça m'a vraiment touché. Je me suis dit, ah ben voilà, je sens le soutien nécessaire. J'attendais que ça en fait, juste de savoir qu'elle était derrière moi et qu'en même temps me partager ses peurs, c'était aussi, c'était pas anodin. Je trouve que c'était, bon ben, ouais, c'est un monde où ça peut être rugueux, ça peut être dur le côté entrepreneur, le côté agricole, mais en fait, voilà. Ça m'a suffi certainement à gonfler encore un petit peu d'énergie pour passer tout ça. Donc ça, c'est la première personne. Après, je veux forcément remercier particulièrement les gens avec qui je partage mon quotidien ici. Donc là, Sophie, Max, Marion, évidemment. Et puis après, il y en a plein d'autres. Il y a tous les gens qui sont passés par ici, qui font que le Buissonnant est devenu ce que c'est aujourd'hui. La ferme, elle est devenue un petit bout. de toutes les personnes qui sont passées par là. Moi j'aime à dire quand les gens passent ici que je leur dis mais faites comme chez vous, on n'est pas chez nous non plus. Donc en fait les gens quand ils viennent ici, l'idée c'est qu'ils fassent un peu comme chez eux et que surtout du coup ils se sentent libres de leur... s'ils ont de la créativité, s'ils ont envie de tester des choses, qu'ils fassent. Et en fait on a plein de choses qui sont nées sur cette ferme, des connaissances, des savoir-faire, des uns, des unes qui sont passées par là. Il y a plein de choses qu'on... ben moi... Clairement, personnellement, j'aurais été incapable de faire. Mais qui sont faits parce qu'en fait, il y a des gens plus malins que moi ou plus dégourdis ou plus hardis. Mais en fait, ça c'est top de pouvoir. J'ai vraiment envie de remercier les gens qui sont passés par là, qui nous ont fait une petite porte pour la niche du chien avec un petit trou pour que notre petite chienne puisse sortir son bout du nez. Je trouve ça génial comme idée. Je n'aurais jamais eu cette idée-là. Je trouve ça juste trop bien. Après, j'ai envie de remercier tous les citoyens qui se sont impliqués dans le projet. Des gens qui ne nous connaissaient pas du tout et qui ont été happés ou qui ont trouvé ça touchant, attirant, je ne sais pas ce que c'est le mot, mais en tout cas qui se sont lancés dans l'aventure avec nous sans connaître vraiment le détail et le concret derrière tout ça. J'ai envie de remercier les paysans et paysannes du réseau qui nous ont épaulés quand on a démarré, on a constitué un groupe d'appui local. Donc un groupe de personnes, pas que des paysans et paysannes d'ailleurs, mais qui ont été là pour nous soutenir, nous transmettre leur savoir-faire, nous transmettre leurs conseils, sans jamais être dans de l'ingérence, toujours en nous disant, vous êtes maître à bord, vous faites ce que vous voulez, mais voilà moi ce que je pense. Et en fait, en s'inspirant un petit peu, en restant assez humble, en se disant, nous on n'y connaît rien quand on démarre, et bien on écoute et puis on pioche dans toutes les bonnes idées des gens et on essaie de faire notre petite mayonnaise avec tout ça. Et puis voilà, après j'ai envie de remercier mes enfants pour la patience qu'ils ont eue pendant les premières années, où on a été très impliqués à beaucoup beaucoup parler la ferme Le Buissonant, la ferme Le Buissonant. Donc aujourd'hui ils sont très heureux je pense d'habiter ici, et en même temps ils ont été vigilants au cours des dix années là à table, à la maison, à dire de temps en temps « Hep hep hep, là on n'est pas au boulot en fait, on aimerait bien parler maison quoi » . Et je trouve que d'avoir cette vigilance sur la place de la vie... hors paysans, hors professionnels. Mais ça, c'est vraiment chouette. Et eux, ils le font spontanément. Ils n'ont pas de codes sociaux. Ils n'ont pas de barrières. Ils font ça avec le cœur. Et donc ça, ça marche bien. Ça, c'est chouette. Merci à eux d'exprimer leurs ressentis, leurs émotions comme elles viennent.
- Speaker #1
Et après,
- Speaker #0
il y a plein de gens à remercier, des gens qui sont passés par ici. Mais parce qu'en fait, il y en a tous les jours, des gens à passer. Voilà, voilà, j'en oublie, j'en oublie, c'est dur.
- Speaker #1
Je te disais, une centaine de stagiaires probablement de l'organisation.
- Speaker #0
Stagiaires ou bouffeurs ou touristes qui sont passés par là, qui sont restés au final trois jours. Oui, oui, on a vraiment eu journalistes. On a eu un superbe reportage sur le voyage immobile. Ça c'était incroyable, on ne pensait jamais qu'on a eu ça. Et en fait c'est une dame qui travaille pour France Culture et qui nous avait fait un reportage sur la notion de voyage, est-ce qu'il faut bouger pour voyager ? Parce qu'on a eu l'occasion de traverser la planète, mais aujourd'hui on est sédentaire, on s'installe en agriculture, c'est le mot et... Comme pour un médecin d'ailleurs, ou une médecin, mais on s'installe, donc on se sédentarise, mais on peut continuer à voyager. Et nous clairement, les rencontres qu'on fait, pour nous, pour moi en tout cas le voyage c'est... C'est avant tout des rencontres. Et les rencontres, en fait, en ayant une ferme ouverte comme elle est ici, on continue à voyager sur place. On reste avec nos bottes et on est en voyage.
- Speaker #1
Mon podcast s'appelle Agroécologie Voyageuse, donc en fait je le fais pour faire circuler les connaissances. De ferme en ferme, parce que les paysans, souvent, paysans-paysannes, ont moins l'occasion de voyager que la plupart des autres gens. Et dans une ferme, on voyage aussi, quoi. Enfin, en fait, une ferme est un petit territoire dans lequel on a l'occasion de voyager, de circuler, comme les vaches. Donc ça te parle, toi, agroécologie voyageuse ?
- Speaker #0
Ah bah oui, oui, c'est sûr. En tout cas, le côté voyageur-voyageuse, ça c'est... Plus qu'important parce qu'on a besoin de voyager dans nos têtes et on voyage. On voyage le matin quand on marche vers l'est là, parce que nos vaches sont apaturées à l'est tout le temps de la ferme. Donc quand tu vas vers l'est et que tu vois le soleil qui se lève, ben oui, là t'es parti en voyage en allant chercher tes vaches. Et tu en viens en fait, ça t'a fait décoller quoi. Pour autant on n'a pas eu besoin de partir très loin. Et puis agroécologie, pour nous, c'est de ne pas forcément conscientiser au départ. On a fait comme bon nous semblait, sans envie de donner des leçons, sans envie de faire d'une façon que les autres doivent suivre. On l'a fait parce qu'on s'est dit que c'est évident. Pas de traitement, oui évidemment, on ne se voit même pas être les impulsés, donc en fait la question ne s'est jamais posée. Après on est très content d'être certifié agriculture biologique, on est engagé, mais ça s'est fait plutôt naturellement.
- Speaker #1
Et puis plantation de haies, et puis peinturage tournant dynamique, et puis transformation, et puis voilà, c'est quand même de l'agroécologie bien engagée.
- Speaker #0
Ça se décline après sous plein d'aspects. Sous l'aspect technique, en effet, avec des choix techniques de production, des choix d'élevage. Le choix de la vente directe, de la transformation et de la vente directe, c'est un choix d'autonomie, de liberté. Se sentir libre, c'est un peu voyager aussi. Et donc en fait, de faire ces choix-là d'autonomie, personne ne décide de notre prix. Ce n'est pas les producteurs de lait ou le marché mondial du lait qui est fixé par le coût de production le plus faible de la planète qui est en Nouvelle-Zélande. Ce n'est pas les néo-zélandais qui décident du prix où on vend nos produits. Malheureusement, c'est le cas pour une bonne partie d'éleveurs laitiers qui vendent en circuit long et qui du coup perdent la main sur le prix en fait. Et là, en disant ça, je ne jette pas du tout la pierre à mes confrères et consoeurs qui sont éleveurs comme nous et qui ont fait le choix de ne pas faire de la transpo à la ferme, qui vendent leur lait. C'est super ce qu'ils font. Mais du coup, moi, je ne pourrais pas. Moi, j'aurais trop une perte de liberté à ne pas avoir la main là-dessus.
- Speaker #1
Du coup, pour être un paysan libre, il faut forcément faire l'agroécologie.
- Speaker #0
Je ne sais pas. Je ne saurais pas dire. Je pense qu'il y a peut-être d'autres qui trouvent leur liberté différemment. On ne peut pas dire que le chien n'est pas libre parce qu'il ne sait pas voler. Oui, ça se trouve, il aimerait bien avoir des ailes et pouvoir voler, mais en fait, on fait avec qui on est et avec ce qu'on est. Moi, je sais que j'ai besoin de ça pour me sentir libre. C'est une réponse qui est un peu délicate, mais je ne peux pas dire que c'est comme on est nous. C'est la solution. Oui, c'est ça. Je ne peux pas. Mais mes collègues, c'est exactement pareil. C'est vraiment à l'image de ce qu'on défend ici. On a des valeurs et des idées sur des sujets. On sait ce qu'on veut, on sait ce qu'on aime, on sait ce qu'on défend politiquement. Mais par contre, on ne juge pas les autres qui pensent autrement. Par contre, on est prêt à défendre notre bout de gras pour leur montrer que ce qu'on fait, nous, ça nous éclate. Et donc, peut-être qu'il y a des petits bouts de ce qu'on fait qui peuvent vous éclater aussi. Donc oui, je ne sais pas, peut-être qu'on peut ne pas faire d'agroécologie et se sentir libre, certainement. Je le souhaite en tout cas. Mais si on ne se sent pas libre autrement, ben... En effet, faites de l'agroécologie, vous vous sentirez mieux.
- Speaker #1
En tout cas, autonome, dans l'idée d'autonomie, de prendre ses décisions par soi-même et ne pas laisser les autres les prendre à nous.
- Speaker #0
Oui, ça, c'est indispensable.
- Speaker #1
Est-ce que tu nous as parlé de ces vaches qui broutent pratiquement tout le temps à l'Est ? Est-ce que tu peux nous faire un petit survol, visite à vol ? de buse ou de mouette, la ferme, pour qu'on ait une petite idée de à quoi elle ressemble en termes de surface.
- Speaker #0
On va plutôt être buse que mouette en étant ici d'ailleurs, c'est pas mal, on va se mettre à hauteur de buse. Si on décolle au-dessus de notre tête, on passe au-dessus de la maison commune. On l'appelle commune maison puisque ça ressemble à une maison et c'est la maison commune. Ça ressemble dans le sens où c'est une maison dans laquelle personne n'habite vraiment à l'année. Il n'y a pas une famille qui habite dans cette maison, mais c'est la maison partagée, dans laquelle la cuisine accueille les différentes structures de la ferme qui viennent manger le midi, les stagiaires, les woofers, les gens de passage. On a un bureau de la ferme et des chambres. Ensuite, si on regarde au-dessus de cette maison commune, sur la droite, on a la petite filature bretonne. La petite filature bretonne, c'est une structure qui accueille, c'est une maison en pierre, une jolie petite bâtisse en pierre qui a été retapée par Émilie et Nicolas. qui ont monté une structure où ils font de la prestation de service, ils travaillent la laine pour les éleveurs, éleveuses, amateurs ou professionnels, et qui font une multitude d'étapes pour transformer la toison brute du mouton ou de la chèvre ou je ne sais quoi, de tout type d'animaux, en un produit fini, la laine finie, jusqu'aux chaussettes ou je ne sais quoi. L'autre côté, on a une autre bâtisse, un krau, comme on appelle ça ici, une ancienne crèche. Dans le krau situé à gauche de la maison commune, nous avons Clara qui vient de s'installer là, une forgeronne. En fait, c'était le krau qui accueillait le pressoir pour faire du cidre ou du jus de pomme. Et maintenant, on a resserré un petit peu sur un côté et maintenant, on a la moitié de ce krau qui est libéré et qui permet d'accueillir une autre artisane qui travaille la ferraille. et qui nous fait des œuvres d'art et des œuvres aussi usuelles. Donc ça, c'est une nouveauté ici. Et après, si on regarde un peu plus haut, l'autre côté de la route, on traverse une petite route et on arrive sur la partie fromagerie, un nouveau hangar qui accueille un laboratoire, donc une fromagerie où on transforme les produits laitiers et il y a un magasin à la ferme. Donc ce magasin, il est... Vu du dessus, on n'y voit pas grand-chose, mais en fait, à travers les jolis carreaux, on voit un magasin avec une multitude de produits paysans et bio. Et à l'extérieur, on voit deux stands. Un avec nos maraîchers voisins, Charlotte et Geoffrey, qui viennent vendre leurs légumes qu'ils ont produits à deux kilomètres d'ici. Et en face, l'arbre à pain qui eux propose du pain, des brioches, une scope qui fait du pain juste à côté de chez nous. Donc ça permet de faire un petit marché bien vivant. Et le vendredi midi, il y a plein de gens qui viennent ici. Accolé à tout ça, puisque le lait on évite de le transporter sur des longues distances, il y a la partie plus production. Pour se repérer, c'est facile. Le bardage. Horizontal, c'est le magasin et la transfo. Le bardage vertical, eh oui, tout a été réfléchi. Le bardage vertical, c'est toute la partie élevage. Donc là, on a des bâtiments dans lesquels les animaux passent, puisque les vaches passent pour venir à la traite. passent dans la salle de traite et ensuite ressortent puisqu'elles passent leur année dehors. Elles sont dehors toute l'année. Et si on prend un peu plus de hauteur, on a vu sur tous les champs autour. Et donc si on part vers l'ouest, on découvre les cochons en plein air qui sont dans quatre cabanes différentes, chacune accueillant une douzaine de cochons. Et la plupart du temps, ils ne sont pas dans leur cabane. Même quand il fait un temps un peu ingrat, ils sont dehors en train de fouir. Et ils se baladent. Ils pâturent quand il fait beau. Et sinon, ils batifolent dans le foin et la paille à l'extérieur. Et ils creusent des trous, en effet. Autour de ces cochons, de temps en temps, il y a des bœufs. On met des bœufs à pâturer autour. On met des petites génisses. On met en tout cas ces petites bêtes à cornes, nos bretonnes pinoires qui se baladent. Et on a tout ça très groupé autour. Et en lisière de nos parcelles, on a en effet des zones humides parce qu'on longe une petite rivière qui s'appelle le Petit Doré et qui va se jeter un peu plus loin, à quelques kilomètres, dans le canal de Nantes à Brest. Et donc ça, c'est vraiment magnifique. Si vous avez l'occasion de venir vous balader dans la vallée du Doré, vous découvrirez un petit pont romain magnifique. Vous l'adorerez exactement. Pour l'histoire d'ailleurs, si on regarde de haut, il paraît qu'on y voit... En fait, c'est pas il paraît, la voie romaine, une des voies romaines qui part de Vorgium, donc Carré aujourd'hui, passe ici, donc passe juste derrière la fromagerie. La voie romaine, elle passe là. En souvenir de cette voie romaine, on a une borne millière qui est à l'entrée du site. Donc une borne qui indiquait un lieu romaine en fait. Mais la voie romaine passe donc derrière. Et apparemment, vu du ciel, on voit, lié au tassement du sol. historique, il y a quand même 2000 ans, on peut voir que l'herbe ou ce qu'on y cultive ne pousse pas tout à fait pareil, donc on peut redessiner cette voie romaine. Toujours est-il que ce lieu-là, Kerlo, le village de la Lieu, était un lieu qui accueillait beaucoup de passages. C'est une ruche, d'ailleurs il y a un apiculteur à travers la fenêtre.
- Speaker #1
Mais oui, c'est Jean-Daniel Bourdonnet, le bien nommé qui a des ruches. Sur notre site, on accueille ces ruches et donc il fait son miel qu'on vend d'ailleurs au magasin. Comme ça la boucle est bouclée et donc quand on cultive du blé noir, ces petites abeilles sont contentes à l'automne de venir butiner. Elles viennent plutôt butiner l'été d'ailleurs. C'est super pour nos cultures de blé noir, et puis lui ça fait un super miel, donc c'est au top.
- Speaker #0
Alors tu disais qu'une des règles importantes dans votre collectif, dans votre groupe, c'était qu'il fallait rigoler au moins une fois par jour. Il y a d'autres règles. Est-ce que tu peux nous raconter comment ce collectif s'est formé ? Parce qu'au départ vous étiez un couple. Avec un associé qui est parti, est-ce que tu peux nous raconter un peu comment vous en êtes arrivé à la ferme telle qu'elle est aujourd'hui en tant qu'humain ?
- Speaker #1
Tout à fait. Quand on a démarré l'aventure, le chemin individuel a été bien plus long que ça puisqu'il a démarré avant nos réflexions. Avant de s'installer, en général, on dit qu'il faut bien cinq ans. En effet, on a éprouvé plein de choix de fermes qui ne se sont pas concrétisés, choix de groupes, etc. Et le fameux apiculteur qui est de l'autre côté de la route, on a réfléchi à s'installer avec lui au démarrage. Et avec notre ancien associé, avec qui on a monté la ferme. On a été trois associés pendant un temps. Au bout de quelques mois, on a embauché Garance, qui est venu en salariat, qui est venu en woofing quatre semaines, qui ensuite a mis le doigt dedans et est resté trois ans et demi. Et en fait, elle a été embauchée par petit temps. Et donc on a œuvré comme ça jusqu'en 2020, 2016 à 2020. Et en 2020, on a décidé d'arrêter notre collaboration avec Pierre-Yves qui lui souhaitait se reconcentrer sur la partie plutôt culture. Donc on a relibéré des surfaces de terre à 5 km d'ici qu'on travaillait, des terres qu'on travaillait. Donc ça a permis à Pierre-Yves de se réinstaller là-bas. Du coup, c'était des souhaits persos aussi de ne plus... pas d'élevage. parce que l'élevage implique beaucoup d'aléas et d'imprévus au quotidien et on n'est pas forcément tous très motivés par ça. Et puis aussi le côté ferme collective où en fait on se rend compte de ce que c'est le fonctionnement en collectif en l'éprouvant et en le vivant. Et donc là aussi ce n'est pas une fin en soi, on n'est pas forcés tous de travailler en collectif. Et donc Pierre-Yves lui a décidé de se réinstaller tout seul. Donc on a fonctionné en 2020 toujours avec Garence, qui était toujours là, et jusqu'en 2021, même début 2022, elle a été encore là. On a fonctionné avec des salariés qui ont là aussi apporté leurs pattes à la ferme. Lucia, Gaël, entre autres, qui sont passés par ici. Plus tard, on a eu Philippe, Léa, on a eu plusieurs fois des salariés, mais surtout cette équipe-là de... Gaël, Lucia et Garance qui ont géré une sorte de transition où on s'est retrouvé en effet pendant un an à deux associés avec Marion. Et ça, ça a été assez vite, la décision a été prise assez vite tous les deux de se dire en fait non, nous ce qu'on veut c'est une ferme collective. On aurait pu réduire la voilure et se retrouver à deux. Et en fait, ce qui est un autre schéma mais ce n'était vraiment pas le nôtre. Donc on s'est dit non, on maintient les outils de production pour pouvoir y travailler à quatre. Et on recherche des associés. Donc moi, j'ai assez cartésien sur ce coup-là. En tout cas, je me suis dit, non, on va déposer des annonces. On va faire les choses dans les règles. Annonces, candidatures jusqu'au 15 octobre. Ensuite, on analyse tout ça. On invite la première sélection à venir. On prend un café avec eux. On invite les candidats et candidates à passer une petite semaine avec nous, ceux qui étaient vraiment intéressés. à travailler un petit peu ensemble jusqu'à la fin de l'année et puis jusqu'à fin 2020. Et puis après, on choisira avec qui on va travailler plus loin. Et en fait, pendant ce temps-là, on a eu un coup de téléphone d'amis en Touraine qui nous ont dit « Ah, on a deux jeunes qui font un tour de France à vélo. Ils viennent de passer chez nous. Là, ils vont vers la Bretagne après. C'est vos futurs associés, c'est sûr. » On dit « Ben non, c'est pas possible. On n'a pas eu de candidature de couple. » Donc en fait, on a... On a des hommes, des femmes, mais on a eu que des individus. Et on ne cherchait pas un couple particulièrement, d'ailleurs. On cherchait deux personnes. Tant qu'à faire la parité, c'était quand même chouette. Et en fait, on a reçu cette lettre de Sophie et Max qui traversaient la France et qui disaient, on termine par ici et on aimerait bien venir chez vous. Moi, ça ne m'arrangeait pas trop parce que je m'étais dit, non, non, là, on se concentre, on est en train de chercher des associés. On ne cherche pas des gens qui sont en train de faire un tour de France à vélo, en fait. Mais bon, ils ont écrit une lettre manuscrite déjà, donc ça c'est assez incroyable. En plus, hyper bien écrit et touchant, donc on s'est dit bon allez vas-y, on les fait venir quand même en février, on va passer 3-4 semaines de woofing avec eux. Et donc voilà, on a passé un mois super à faire du bricolage et à rigoler, à faire des batailles de neige parce que cette année-là il a neigé. Début 21, et puis en fait, on s'est dit qu'on allait, à la fin de ce mois ensemble de collaboration, on s'est dit, vous n'êtes pas sans savoir que nous, on cherche des associés. Et eux, ils ont dit, vous n'êtes pas sans savoir qu'on finit notre tour de France et qu'après, on cherche à s'installer. En fait, on va rester là. Et donc, on s'est dit, allez, bingo, on fait ça. Et après, il se trouve qu'ils avaient déjà un engagement sur d'autres fermes en salariat, donc ils ont fait un peu de salariat. Et puis ils sont arrivés dans l'aventure, ça fait déjà cinq ans. Ça fait cinq ans qu'ils sont dans le grand bain.
- Speaker #0
Quand on vous regarde, c'est super inspirant. Moi, ça me donne envie d'être comme vous, de fonctionner avec, semblerait-il, une harmonie, telle que je la vois. Ça semble couler de source. Je pense qu'il y a quelque chose d'inné chez vous qui fait que vous vous êtes trouvés. Mais ça demande aussi un soin quotidien, je pense. Prêter soin, prêter attention, avoir des égards, avoir des règles, avoir un cadre, en fait. Est-ce que tu peux nous expliquer... Expliquez un peu comment vous avez construit ça. Et puis, est-ce que tu as des outils de fonctionnement qui sont vraiment importants et qui pourraient servir à d'autres groupes ?
- Speaker #1
En tout cas, je voulais juste revenir sur ce que je disais avant, sur la recherche d'associés, où je m'étais dit, moi, je veux vraiment un truc avec des entretiens et qu'on fasse les choses dans les règles de l'art. Et dès le début, Marion m'a dit, de toute manière, on va faire comme ça parce que ça va te rassurer, mais ce n'est pas comme ça qu'on va trouver des associés. Ils vont arriver. Oui, ils vont arriver comment en fait ? Ils ne vont pas débarquer comme ça du ciel. Mais force est de constater qu'elle avait bien raison. Et ça, c'est quand même assez souvent le cas sur les relations humaines où on essaie de s'appuyer tous sur nos qualités. On a tous des qualités et en tout cas, pour fonctionner à plusieurs, c'est voir chez l'autre ses qualités. Ça, ça permet de durer quand même. Et du coup, d'être capable de dire que je sais que Marion, elle est très forte là-dedans. Quand elle rencontre les gens, elle a une capacité à faire en sorte que ça se passe bien, à comprendre comment ils fonctionnent, à faire en sorte qu'ils soient dans leur meilleur basket pour se sentir le plus eux-mêmes. Et ça, c'est des feelings. Du coup, il faut s'appuyer. Quand on a la chance d'avoir quelqu'un comme Marion dans le groupe, c'est super. Et après, on travaille aussi sur soi. À être capable de dire nos propres qualités. Et ça, c'est quand même... On est dans un monde où c'est assez compliqué, où si tu parles de tes qualités, soit t'es un but de ta personne. Et en fait, ben non. Nous, on essaye de se dire entre nous, toi, t'es bon là-dedans, quoi. Moi, je suis bon là-dedans. Et du coup, ça demande un travail sur soi, d'être capable d'exprimer ça. Mais donc ça, ça fait partie des... Dans nos outils ou dans notre quotidien, on essaye de se le dire et de travailler à... Travailler à voir, à se dire quand ça ne va pas. On a des actions ou des petits faits. Tiens, j'ai oublié de faire la livraison réseau de panier KBTP ce midi. Bon ben voilà, je vais le redire. Je dis, je suis désolé, j'ai foiré. J'ai assumé ma boulette tout seul, mais ça met un coup de speed à tout le monde. Bon ben voilà, j'ai fait une boulette. Soit je le dis, soit quelqu'un d'autre a le droit de le dire aussi. Bon ben là, ça m'a mis un coup de stress parce que tu as fait un oubli. On a le droit de se dire quand on fonctionne pas bien. Mais par contre, on peut aussi se dire, super, merci Sophie d'avoir organisé le planning comme ça, parce qu'en fait, ça c'est hyper confort. Et donc voilà, ça c'est plutôt dans le savoir-être, en fait. Et ça, j'ai l'impression que ça se travaille au fil du temps. Et après, il y a des outils techniques. Comme il y a des outils techniques en élevage, où on apprend à soigner des vaches avec des huiles essentielles, ou en agronomie, où on apprend à faire du... du travail superficiel du sol. En transformation fromagère, on apprend à gérer la texture d'un cahier. Il y a de la formation technique sur différents aspects, mais il y a aussi de la formation et des outils techniques à acquérir pour élever des humains. Ici, on élève des vaches, on élève des cochons, on élève des micro-organismes et on élève aussi des humains. En général, même... on élève d'abord les humains. Et après, tout le reste décline bien quand la mayonnaise a pris. Donc, dans nos outils, on a déjà... On fait des réunions très régulières. Toutes les semaines, on a une après-midi de réunion. On a des outils calendrier, agenda, notamment un agenda fixe, c'est un planning collectif qui est valable pour la moitié de la saison. Donc, toute la saison, on est en... En double traite, donc en gros de début mars jusqu'à fin juillet, on a un planning. Puis il évolue et de début août à Noël, c'est un deuxième planning. Mais qui est plutôt fixe avec plein de cases qui sont déjà pré-remplies. Comme ça, on ne se pose pas la question tous les lundis matins de qui est-ce qui veut aller à la traite. En fait, non, on sait qui va. La traite c'est déjà noté, on sait qui va au marché le mardi matin.
- Speaker #0
Et ce planning vous le réalisez pendant vos deux séminaires où vous partez un jour entier au bord de la mer ou dans un bel endroit pour être ensemble loin de la ferme ? Oui,
- Speaker #1
on part deux fois dans l'année et on part trois jours en janvier et en gros deux jours plutôt en septembre en général. Janvier c'est vraiment quand il n'y a pas ou peu d'activité sur la ferme, janvier-février c'est la pause. On prend de la hauteur, on est reposé après les vacances de Noël. Et puis là, on planifie toutes les grosses stratégies de l'année. Au moins de l'année, voire plus loin. Et là, on essaie de partir pour vraiment couper avec le quotidien. Et tant qu'à faire, on va à la mer. La dernière fois, on a été à 500 mètres. On a voyagé pas loin, on a été à la ferme Mélon. C'est tenu par des voisins, c'est super. Ils ont un petit sauna. Ça permet de faire des réunions autour de la table. habillés d'abord, puis on va au sauna et puis on revient et on poursuit la réunion en caleçon et ça c'est pas mal ça c'est quand même pas mal et sinon la règle aussi c'est qu'à chaque séminaire on se fait un super bon un super bon resto et ça ça contribue aussi en fait on travaille, on est des collègues on est des collègues de travail parce que de fait c'est notre métier, notre gain de pain mais en fait on cultive aussi le fait de passer du bon temps ensemble et l'un n'empêche pas l'autre Et on n'est pas obligé de devenir les meilleurs amis du monde avec ses associés ou ses collègues de travail. Par contre, nous, on part du principe qu'il faut vraiment qu'on se marre ensemble. On est là pour passer du bon temps. Et ça, ça se cultive. Et donc ça se cultive en séminaire, en allant se faire des bonnes bouffes ensemble, parce qu'on adore tous bien manger, en en se faisant des saunas, parce qu'en fait, les réunions de travail, là, vraiment, on sue du cerveau. Il faut éliminer les toxines après. En fait, c'est ça. Il y a des temps de tension. Il y a des temps de lâcher de plein de choses. On réfléchit beaucoup. On écrit. Et en fait, il faut arrêter de se prendre au sérieux aussi des fois. On est aussi là pour rigoler. Après, on a plein d'autres outils super pour nous, en tout cas, qui nous conviennent pour guider notre fonctionnement au quotidien. On a un planning à l'année avec plein de post-it. Pas n'importe lesquels post-it. Des super stickies. Ça veut dire qu'on peut les coller et les déplacer. Chaque semaine, on a une liste de choses sur des post-it. On coche ce qui a été fait et ce qui n'a pas été fait, on décolle le post-it et on le colle sur la semaine d'après. Comme ça, un sujet qui n'est pas encore traité, il se déplace. Quand on a marre de voir le post-it qui dit « Allez faire un tour à la déchetterie pour vider le hangar de tous les trucs qui traînent » , à un moment donné, toutes les semaines, on le redit. Tiens, le tour de la déchetterie, il a été fait ? Non, toujours pas. Et donc au bout de quatre fois, ça commence à faire monter le groupe entier en frustration. Et donc voilà, ça devient une urgence. Donc la semaine prochaine, je vais à la déchetterie d'ailleurs.
- Speaker #0
Et tu me disais aussi que votre organisation permet le respect des cycles. Qu'est-ce que tu veux dire par là ? Tu m'avais dit ça quand on s'était vu la dernière fois, que ça permettait le repos et le respect des cycles.
- Speaker #1
Oui, on est vraiment... Je ne dirais pas en harmonie, mais en tout cas, on est calé sur un rythme saisonnier. C'est-à-dire que de mars à juillet, la durée de jour augmente, l'intensité de rayonnement solaire augmente, du coup, ça bourdonne. Et nous, ça nous booste aussi, donc là, on bosse. Plus les journées s'allongent, plus on fait des longues journées de travail et plus on a une activité intense. Donc nos vaches font plus de lait parce qu'elles pâturent toute cette saison-là, mais du coup, les travailleurs que nous sommes sont aussi un peu... Un peu plus en agitation. Et après, à partir de l'automne, quand le temps diminue et que la nature ralentit, nous on ralentit aussi. Donc on ne va plus traire le soir quand le soleil se couche et qu'accessoirement, de temps en temps, il pleut en centre-Bretagne au mois de novembre. Et du coup, on ne retourne pas à 16h chercher les vaches en novembre à l'est où ça caille parce que le soir, il n'y a pas de soleil pour le coup à l'est. Et bien là, on n'a pas envie d'y aller, donc en fait on n'y va pas. On a mis en place le système pour ne pas être obligé d'aller se faire trop de mal. Et en janvier-février, on ne fout pas rien, mais presque. On se ressource au coin du feu, à la maison. Et ça, ça permet de se recharger. Après, cette saisonnalité, elle n'est pas forcément faite pour tout le monde. Il y a des gens qui aiment bien la linéarité et d'avoir un système où ils ont à peu près la même intensité de travail, même intensité de vie toute l'année. Nous, on est... Là c'est Victor qui passe par là,
- Speaker #0
qui parle fort,
- Speaker #1
qui vient en stage, en salarié, on sait pas, lui non plus ne sait pas ce qui va lui arriver, mais il se trouve que c'est le compagnon de Clara, mais ça c'est un pur hasard.
- Speaker #0
Pourquoi avoir choisi que la ferme ne vous appartienne pas ? Et qu'est-ce que ça veut dire ? En tout cas, que vous soyez juste les utilisateurs de cette ferme, les gardiens. Concrètement, ça veut dire quoi ? Puisque cet épisode, la ferme, elle... Enfin, vas-y, je te laisse expliquer. Je comprends ce morceau.
- Speaker #1
Eh bien, la propriété collective, c'est quelque chose auquel on est très attaché. Et ça, en tout cas, depuis le début, l'idée, elle était de... d'impliquer les citoyens. Je parlais tout à l'heure de la notion de liberté, il y a aussi la notion de frontières qui est quelque chose auquel on est attaché. En fait, on n'aime pas les frontières. Et en fait, qui dit frontières dit qu'il y a un côté où il y a le droit d'aller, un côté où il n'y a pas le droit en général. Et en fait, nous, ça ne nous parle pas, cette notion-là. Moi, en tout cas, vraiment pas du tout. Et donc, on essaie de sauter les frontières. Oui, c'est de faire en sorte que pourquoi les paysans vivent entre paysans, les artisans entre artisans, les grands avec les grands, les matheux avec les matheux. On a tous tendance à se refermer dans nos carcans. On part du principe qu'en fait, c'est en mélangeant et en discutant avec l'autre, l'autre avec un grand A, celui qui est différent de nous, c'est en discutant avec lui ou avec elle qu'on va pouvoir s'influencer l'un l'autre. Et donc ça, c'est aussi partir de cette idée-là en partie qu'est venue cette histoire de ferme citoyenne, en disant qu'on veut impliquer les citoyens. Tout le monde n'a pas vocation à devenir paysan ou paysanne. Tout le monde a son mot à dire sur l'alimentation. Ça, c'était un des points. On mange tous, au moins une fois par jour. ceux qui peuvent deux ou trois là c'est essentiel qu'on recueille la vie et qu'on implique les gens qui mangent et donc faire en sorte que les citoyens ils prennent une part sociale dans une ferme c'est un moyen comme un autre de s'impliquer qu'ils viennent en tant que propriétaire de part d'une ferme, ils viennent faire un chantier participatif de planter une haie et bien ils s'impliquent dans leur alimentation et donc ça c'était un truc qui nous a bien plu au démarrage Après, il y a un aspect aussi politique, dans le sens où on était pour une non-spéculation sur le foncier agricole. C'est-à-dire qu'en général, le schéma, c'est qu'on achète, les agriculteurs achètent des terres sans dette auprès de la banque, passent leur carrière à rembourser un prêt pour devenir propriétaire du foncier, et au moment du départ à la retraite, revendent les terres, ou les louent, ou les revendent. Et donc là, les revendre avec une augmentation drastique du prix, puisqu'en fait, en 20 ans, le foncier augmente. Aujourd'hui, on est autour de 5 500, 6 000 euros l'hectare par chez nous, pour les bonnes terres. On en était à 4 000 quand on a démarré. Et c'est peu sur la côte, on a des terres à 15 000 euros. Et en fait, il faut savoir que dans l'Est de l'Europe, on est sur des prix assez régulièrement à 15 ou 20 000 euros. C'est ce qui nous attend en fait. Donc il y avait l'histoire d'enrayer tout ça et de faire en sorte qu'on n'endette pas la génération suivante. Donc ça, c'était vraiment l'aspect politique de tout ça. Et après, moins d'endettement pour nous, moins de pression, plus de liberté, le fait de faire moins de prêts. Ça, c'était vraiment un aspect... pas d'endettement, ça nous enlève de la pression et donc ça nous rendra peut-être un peu plus heureux dans notre quotidien. Et puis, le dernier aspect, c'est quand même, on n'est quand même pas complètement fous, c'est-à-dire que les souscripteurs... Ce sont des prescripteurs aussi. Les gens qui ont des parts dans la ferme, c'est leur ferme, un petit bout. Et donc ils en parlent. Ils viennent faire leurs courses au magasin, ceux qui habitent à côté. Et puis ils en parlent. Ça arrive régulièrement qu'on ait des gens qui nous appellent en disant « Tiens, je voudrais venir faire la visite de ma ferme avec Tata ou Tonton qui vient au week-end. » Et en fait nous on est des locataires donc évidemment ils nous préviennent, ils ne débarquent pas au jour le lendemain dans la fromagerie mais ils nous appellent en disant bah tiens je veux faire une visite de la ferme, bah vas-y viens, là encore fais comme chez toi, on n'est pas chez nous non plus, on va visiter ta ferme. Et ça c'est génial quand il y a quelqu'un qui nous dit ça quoi. Aujourd'hui, la ferme appartient à 170 propriétaires, à la louche environ 170 personnes, qui ont des parts sociales, une part à 250 euros, ou 4 parts pour ceux qui en ont voulu 4. Ces gens ont acheté des parts dans la ferme, et tous les ans, nous on a des comptes à rendre, c'est-à-dire qu'on les invite à une assemblée générale, et on leur montre les comptes, c'est-à-dire est-ce qu'on a bien payé un loyer sur les bâtis et sur les terres. Donc ça c'est fait et assez simplement et après on profite aussi de ce moment de vie pour faire un super repas. Donc l'intérêt d'être, c'est peu d'intérêt, ils touchent peu d'intérêt financier sur les parts sociales qu'ils ont mis. Par contre ils sont invités à une super bouffe et invités à faire des chantiers participatifs, ils reçoivent des informations du lieu et en fait ils récupèrent, ils ont un capital fixe. C'est-à-dire que s'ils veulent récupérer leurs parts, ce qui a déjà été le cas, des gens qui... On me dit, moi j'ai besoin de récupérer mes 1500 euros que j'avais mis, puisque mon histoire personnelle fit que j'en ai besoin. On retrouve, là 1500 euros c'est 6 parts, on retrouve quelqu'un d'autre pour racheter ces 6 parts, et hop, tu repars avec ta somme d'argent.
- Speaker #0
Donc c'est une société civile immobilière ?
- Speaker #1
Société civile immobilière, c'est ça. La SCI agricole et citoyenne de Quirleau, et qui vit depuis 10 ans, et donc se renouvelle. Il y a des gens qui prennent des nouvelles parts. Quand on a démarré, il n'y avait pas de clients, parce que c'était un projet. Aujourd'hui, on a un magasin qui tourne, on a, je ne sais pas, 150 clients toutes les semaines, et bien, entre le magasin La Ferme et le marché à Rostrenat, et donc là, on a des gens qui n'avaient pas de part au début, qui en ont voulu, donc qui maintenant font partie de l'aventure, et seront invités à faire la grosse fête avec nous, le 25 avril.
- Speaker #0
Est-ce que Terre de Liens a des terres, quand même ? Enfin, est-ce qu'une partie appartient à la foncière Terre de Liens ?
- Speaker #1
Tout à fait, et donc surtout, au démarrage, cette SCI agricole et citoyenne, la politique constitué par nous et par des citoyens, mais avec l'accompagnement, l'expertise juridique, notamment de Terre de Liens Bretagne, qui était... En fait, on n'a pas inventé quelque chose. C'est un système qui existait. Et on a d'autres confrères qui ont fait la même chose ailleurs. Les Hauts-de-Terre, il y avait un autre podcast qui parlait des Hauts-de-Terre. On a démarré sous les mêmes schémas, à peu près au même moment. Et depuis, ça a fait des petits, d'ailleurs. Il y en a d'autres, des SCI agricoles et citoyennes. Et en fait, nous, les bâtiments et les premiers hectares de terre autour, les 14 hectares qui sont vraiment accolés aux bâtiments, appartiennent à cette SCI citoyenne. Et après, les autres terres au plus large autour, puisqu'on a plus que 14 hectares, eh bien, ces terres-là appartiennent à deux propriétaires pour des petits morceaux et sinon à la foncière Terre de Liens pour une bonne partie. Et l'objectif, c'est d'essayer de petit à petit aller vers le fait que tout passe en propriété collective. et citoyennes. Et donc là-dessus, la foncière est très réactive. Et après, peut-être qu'un jour, cette ferme deviendra une ferme de la foncière Terre de Liens. Ça, c'est une possibilité. En vrai, aujourd'hui, on a des membres de la SCI citoyenne, des co-gérants et une assemblée générale qui, chaque année, est questionnée sur ce sujet, mais sont très impliqués et souhaitent... que ça reste leur ferme. Donc en fait, tant que les gens ont envie que ce soit leur ferme, ce sera leur ferme. C'est très bien. Nous, c'est une propriété collective. C'est tout ce qui nous met en mouvement.
- Speaker #0
Tu m'avais dit la dernière fois que c'était les deux premières années qui avaient été dures. Et dans mon almanach de l'agroécologie, dans lequel vous êtes, et que je conseille tout le monde de se procurer, tu avais dit... Tu vas partager cette anecdote. Je marchais vite dans la ferme, pressée, et mon fils traînait derrière moi. Agacé, je me suis retournée. Il m'a dit, en regardant les arbres, regarde papa, c'est beau, non. En fait, ton fils te montrait la beauté que tu n'avais pas le temps de voir parce que tu étais très pressée. Est-ce que aujourd'hui... Est-ce que ces premières années étaient très dures ? Est-ce qu'aujourd'hui, tu changerais quelque chose ? Pour ceux qui peut-être se projettent dans une installation ?
- Speaker #1
C'était un gros choix de vouloir démarrer une ferme de zéro, de ne pas avoir de troupeau, de débroussailler des ronces avant de retaper des bâtiments. Il y a la possibilité de reprendre des fermes. Le malheur de l'agriculture française, c'est qu'il y a la moitié des agriculteurs qui vont partir à la retraite dans les 10 ans. Le bonheur qu'ont les gens qui souhaitent s'installer, c'est qu'il y a l'embarras du choix. Il y a possibilité de reprendre des fermes, de les faire évoluer dans leur schéma. C'est tout à fait possible et envisageable. Nous, il se trouve qu'on n'avait pas trouvé chaussure à notre pied, parce que certainement on était peut-être trop difficile en chaussure. Et donc, on a choisi de tout monter. Ça, ça a été une des parties éprouvantes. On n'a pas choisi la facilité là-dessus. Après, je ne sais pas s'il y a quelque chose que je ne ferais pas de la même façon. De savoir construire un hangar qui accueille aujourd'hui notre fromagerie, de me dire que je vais faire une charpente en bois pour un hangar, c'est une satisfaction personnelle. En vrai, on aurait très bien pu sous-traiter et faire construire notre bâtiment. Il aurait été largement aussi bien. Ça, c'est des choix personnels de vie. Nous, on a fait le choix de construire notre habitat par nous-mêmes. on peut très bien faire construire et c'est super aussi en fait. Donc ça c'est vraiment à chacun de faire son chemin là-dedans, mais par contre on sait qu'il y a des schémas qui sont plus fatigants physiquement ou moralement. Le truc c'est qu'en tout cas il faut pouvoir durer. Et en effet les premières années quand il y avait une grosse intensité de travail sur la constitution de la ferme, deux enfants, en l'occurrence avec Marion on en a trois aujourd'hui, mais ils étaient deux à ce moment-là, Cadou et Anza, c'est sûr qu'eux, ils ont... Ils ont vécu l'intensité du démarrage de façon assez importante. Et ça, c'était un des épisodes, quand je fais une visite de ferme, j'en reparle systématiquement de cette leçon de vie de Cadou, parce qu'en fait, c'était assez marquant, le fait que ce petit garçon de 4 ans et demi me fasse une leçon en me disant « Mais papa, arrête, l'idée, ce n'est pas juste d'aller nourrir des cochons, ce n'est pas ça qui est important dans la vie. » Le plus important, c'était de s'arrêter et de regarder les feuilles au-dessus de notre tête. Et donc, c'est Marie-Rose qui vient de rentrer.
- Speaker #0
Ah Marie-Rose, je voulais vous poser une question justement.
- Speaker #1
Marie-Rose qui ne nous interrompt pas, qui rentre dans un bout de sa maison.
- Speaker #2
Que quelqu'un n'a vu tellement longtemps.
- Speaker #1
Mais c'est ça, Marie-Rose fait partie des... propriétaires de la ferme depuis le début. Soutien, prise de part, cliente assidue, ambassadrice du Gouel.
- Speaker #2
Elle a connu du petit dans le Finistère Sud et qui va même jusqu'à offrir ça en cas d'autonomie. Non, pas le voile. Offrir des pères à ses fils en cadeau de Noël.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #2
Et pourquoi alors ?
- Speaker #1
Ces enfants sont devenus souscripteurs.
- Speaker #2
Parce que déjà, je les ai éduqués, je pense, suffisamment bien pour qu'ils adhèrent à ce type de projet. Et que je trouvais que c'était une idée comme une autre de reprendre des pères et de permettre à mes enfants d'y participer de cette façon-là.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui vous a amené à faire partie de cette ferme ?
- Speaker #2
Alors, il y a plusieurs raisons. La première, c'est parce que le fonctionnement qui était proposé, l'éthique qu'il y avait derrière me convenait, déjà. Donc quand j'ai vu le projet, quand j'ai vu les flyers, ça m'est démarré comme ça, je me suis dit, ça, ça me plaît bien. Et puis ensuite, il y a aussi des... C'est des moments affectifs. En fait, on ne se connaissait pas avec Benjamin, mais on a des ancêtres communs. Et puis aussi le fait que Marcel et Germaine étaient aussi des amis de mes parents. Je suis venue ici depuis que je suis toute petite. Enfin, voilà.
- Speaker #1
Les personnes qui habitaient ici avant nous.
- Speaker #2
Voilà. Et donc du coup, mais ça, ça n'a pas pesé vraiment dans la balance. Ce qui a vraiment pesé dans la balance, c'était l'éthique qu'il y avait derrière, en fait. Ce système de... Voilà. de participation, de partager la terre comme vous l'appeliez, et puis surtout de produire du bio. Parce que ça, je veux dire, ça devient tellement compliqué aujourd'hui de pouvoir se nourrir sainement.
- Speaker #1
qu'on ne peut pas faire autrement que de soutenir des jeunes donc voilà la raison pour laquelle oui voilà trop bien merci beaucoup ça fait un mélange de toutes les raisons pour lesquelles les gens ont pu s'impliquer dans ce projet des gens parce que c'est la famille, les amis ou des gens qu'on découvre étant de la même famille quand on creuse on se rend compte qu'on est presque cousins ou qu'on est cousins carrément et puis après il y a des gens parce que c'est en bio pour dire Merci beaucoup. Eh bien, merci Marie-Rose. À toute. Des gens qui soutiennent le projet parce que c'est en bio, parce que c'était des bretonnes pinoires et qu'ils aiment les races locales. Et vraiment, il y a plein d'idées pour lesquelles les gens sont rentrés dans ce projet. Et c'est top. C'est aussi pour ça que c'est sympa. C'est une diversité de raisons, en fait. On n'est pas tous autour de la table pour la même raison. On s'en fout, on est tous autour de la table en train de manger. C'est quand même ça qui est chouette.
- Speaker #0
Alors ça aurait pu être fait un beau mot de la fin, mais je crois qu'il y avait un dernier message que tu m'as partagé hors micro tout à l'heure, important, que tu voulais partager.
- Speaker #1
Oui, en fait c'était un message pour les gens qui vont écouter, qui sont ou installés en agriculture, ou porteurs de projets par exemple en agriculture, ou des gens qui se sentent très éloignés de tout ça, mais se questionnent sur leur place dans la société, est-ce qu'en fait je ne ferais pas le grand saut ? C'est de leur dire en fait que, voilà, moi j'aime bien utiliser l'expression des paysans heureux, mais en fait c'est possible, on est dans un monde agricole difficile qui certes occasionne des suicides, amène des difficultés, amène des manifestations dont on entend souvent parler. Oui c'est vrai, il ne faut pas nier tout ça, il y a quand même, il y a tout ça, il y a une érosion du nombre d'agriculteurs et du nombre d'agricultrices en France. Donc il y a certainement des raisons, c'est une grosse casse sociale. Mais ça c'est les aspects réels, tristes de l'affaire, mais il y a aussi la possibilité d'être des paysans heureux. Nous on est des paysans heureux, on n'est pas plus malins que les autres, mais on a choisi peut-être le système qui nous permet d'être libres et du coup d'être épanouis, et on est des paysans heureux aussi parce qu'on a réussi à impliquer les citoyens. Et donc, si vous souhaitez vous installer en agriculture, n'oubliez pas d'impliquer les citoyens, votre voisin, celui qui, a priori, vous avez envie de vous détourner de lui parce qu'il ne pense pas comme vous. Au contraire, c'est peut-être lui qui va vous aider. L'agriculteur qui ne travaille pas avec vos mêmes pratiques agricoles, allez le voir. Et vous allez vous rendre compte que, oui, il utilise un pulvérisateur. L'idée, c'est peut-être de lui montrer qu'on peut faire sans, mais ça, il va le voir par lui-même. Par contre, il est certainement beaucoup plus apte que vous, ou en tout cas nous, ils sont beaucoup plus aptes que nous à atteler un semoir sur un tracteur. Parce que là, nous, on n'est vraiment pas bon. Donc on a à apprendre des autres. Et puis voilà, en fait, devenez paysan-paysan, on a besoin de manger. Donc il va falloir s'y mettre et franchement, on s'éclate. On a des vacances, on vit bien et c'est top.
- Speaker #0
Et donc on peut mélanger les torchons et les serviettes.
- Speaker #1
On peut mélanger les torchons et les serviettes. Oui, il y a plein de petites blagues dans notre cuisine ici. Et puisqu'on mélange les mondes, on est paysans heureux, on fait de la vente directe, donc on a un magasin d'ouvert, mais on est en effet toujours parents, et notamment de petits, d'un petit égnaux là, qui à 16h30 tout à l'heure... va finir l'école. Et donc là, l'idée, c'est d'aller les chercher. Et donc nous, on mélange tout ici. C'est-à-dire que moi, je vais aller chercher Enyo, mais je vais aussi aller chercher Salomé et Zadig, les enfants de Sophie et Max, et ensuite mes deux grands. Et donc en fait, je vais ramener tout ce joyau monde ici à la ferme parce que le vendredi, c'est récompense. Quand on finit l'école, on a le droit de venir manger de la crème chocolat et du riz au lait au magasin. Donc là, ils vont être trop contents, ces petits machins.
- Speaker #0
Merci Benjamin.
- Speaker #1
Merci à toi d'avoir contribué encore un petit bout au Buissonnant.
- Speaker #0
16, c'est le nombre de fermes dont Terre de Liens a fait l'acquisition depuis début 2026, sur tout le territoire français. 16 nouvelles fermes qui sont des sœurs, des cousines du Buissonnant. Si vous avez envie de permettre... à des femmes et des hommes de pratiquer leur métier avec passion, de s'ancrer sur un territoire qu'ils et elles font vivre, sachez que vous pouvez adhérer à Terre de Liens, comme moi, ou mieux, comme ma maman, mettre votre épargne à contribution pour financer directement l'achat de ces fermes. Le mouvement a aussi besoin de bénévoles localement. Vous trouverez toutes les infos en description de cet épisode. Alors que je publie ce reportage, Benjamin et Marion partent en voyage à vélo en Afrique, 6 mois avec leurs enfants. Voilà les mots que me partage Benjamin après notre interview. Le voyage à vélo a été une décision familiale, puisque notre grand garçon, Kadou, va partir au lycée en pension. Et nous souhaitions marquer un temps fort à 5, avec les 3 enfants, avant que le nid ne commence doucement à se vider. En effet, si vous faites le calcul, Lorsque nous sommes arrivés sur la ferme en 2015 pour préparer l'installation, Kadou et Anza avaient 4 ans et 1 an et demi. Les premières années sur une ferme demandent beaucoup d'investissement en temps et en énergie et aujourd'hui nous avons plus de souplesse pour nous autoriser ce genre de projet fou. Partir 5 mois sur la seconde moitié de l'année, c'était choisir une période plus calme à la ferme lorsque les gros enjeux sont passés vélage, pics de lactation, reproduction, foin. Alors ça nous semblait jouable. Lorsque nous avons parlé de ce projet à Sophie et Max lors du séminaire de janvier 2025, ils ont tout de suite accepté. Cela nous aura laissé un an et demi pour préparer tout afin de partir sereinement. Nous sommes heureux d'avoir mis en place un projet qui nous permette de tel possible et sommes reconnaissants de la gentillesse de nos associés. Je vous laisse profiter pleinement de l'ambiance du Festnauz, de l'anniversaire des 10 ans de la ferme, où nous étions plusieurs centaines à danser sur la musique du groupe Ampouaille. Et les chants d'oiseaux en musique que vous avez entendus pendant l'épisode, ce sont les chanteurs d'oiseaux que j'avais vus en spectacle l'année dernière. A bientôt, et surtout, prenez grandement soin de vous, car nous avons besoin de toutes les énergies pour réenchanter les campagnes.