- Speaker #0
Et là si on va dans ce champ, on a à peu près 25 espèces de mycicoles. Cette céréale là, comme ça, avec ses plantes dedans, c'est à mon sens ce qui fait qu'elle est hospitalière pour la faune qui peut y nicher dedans, et notamment toute la flotte des milieux ouverts.
- Speaker #1
J'étais en train de semer le petit épeautre avec un semoir, une herse rotative et un semoir derrière en 3 mètres. Quand j'arrivais au bord du champ, j'ai semé ma dernière ligne. J'ai pris 10 minutes sur mon temps de travail. Je suis descendu du tracteur, j'ai pris le sachet qu'on m'avait donné. Et pendant 100 mètres, j'ai marché en essayant de distribuer au mieux à la main ces graines-là. Et donc on a passé le rouleau derrière ça, sachant que c'était essentiellement quand même des toutes petites graines. Et voilà.
- Speaker #2
Globalement, nos ancêtres sont venus du croissant fertile avec des semences qu'ils ont peu à peu sélectionnées, sélectionnées et encore sélectionnées. Et que dans cette sélection, il y avait des petites graines qui se sont adaptées en termes de taille et de cycle au blé et qui ont été trimballées. Symboliquement, je trouve que c'est hyper fort.
- Speaker #0
Ça, ça fait partie des plantes les plus rares de la Drôme. Quand on a trouvé la vachère sur la ferme, on ne sait pas comment, c'est des archéogéophytes, donc des graines qui peuvent résister des années dans le sol. Elle est ressortie dans une parcelle de lentilles. Est-ce que c'est un échange de semences de lentilles, des baronies ? Est-ce que c'est le stock de graines ? On ne sait pas, quoi qu'il en soit. Si on la laisse un peu tranquille, cette plante, et qu'à un moment donné, on lui donne un coup de main, c'est-à-dire en prenant juste ça, en la laissant sécher, on la remet dans un semoir, on en a distribué absolument dans toute la ferme.
- Speaker #3
Début juin, j'ai eu la joie de participer à une journée sur les plantes messicoles avec l'association des fermes paysannes et sauvages, un réseau de fermes à taille humaine en Drôme et en Ardèche qui œuvre pour le retour de la vie sauvage dans les fermes. Les messicoles sont les plantes des moissons. Elles ont coévolué avec les céréales depuis la naissance de l'agriculture. Pourtant, paradoxalement, Alors que la France compte aujourd'hui 7 millions d'hectares de céréales, les messicoles sont en danger. Accompagnés d'Ornella Cristo, botaniste du Centre Botanique National Alpin, le CBNA, accompagnés aussi de Florian Boulisset, naturaliste de l'association et des paysans et bénévoles, nous avons pu observer, échanger au cœur des parcelles de céréales de différentes fermes engagées dans la démarche. Juste après cette journée avait lieu le cinquième week-end d'exploration du vivant organisé par l'association Réensauvager la ferme. J'en ai profité pour capter également quelques sons à ce moment-là. Si ce n'est déjà fait, je vous invite à écouter les épisodes 110 à 115 consacrés à Réensauvager la ferme et les épisodes 95 à 97 sur les fermes paysannes et sauvages. Dans ce reportage en deux parties, vous allez découvrir ce que sont les plantes messicoles et l'histoire intime qui nous relie à elles, pourquoi ces plantes sont des pépites pour la biodiversité des céréales, pourquoi elles disparaissent et comment permettre leur retour dans les fermes et les maintenir sur le long terme. Je m'appelle Opaline et j'anime le podcast Agroécologie Voyageuse pour mettre en lumière celles et ceux qui régénèrent la terre. Ce reportage a été financé par les fermes Paysannes et Sauvages via un financement Terre de Liens et également par l'association ré-ensauvager la ferme. Je m'excuse pour la qualité de certains enregistrements. Il y avait beaucoup de vent pendant mon reportage et j'ai pas un matériel ultra sophistiqué. J'espère de tout cœur qu'en écoutant ce reportage vous tomberez en amour avec les messicoles, ces plantes qui brouillent les pistes du sauvage et du cultivé. Car on aime ce que l'on connaît et on protège ce que l'on aime. Merci et belle écoute.
- Speaker #2
Dans cette parcelle-là, tu n'auras pas beaucoup de messicoles parce qu'en fait c'est des... Alors là on en voit, tu vois, il y a de la vachère un petit peu, mais il y en aura beaucoup moins parce que c'est un orge de printemps. Et en fait les messicoles, elles sont vraiment calées sur le cycle des céréales d'hiver et pas sur les céréales de printemps. Et l'autre parcelle qu'on va voir, celle-là, elle sera beaucoup plus dense en esticoles.
- Speaker #3
Alors que je publie cet épisode, ça y est, partout en France, les céréales ont été récoltées. Mais remontons un mois et demi en arrière. Nous sommes début juin, et les parcelles recèlent encore de milliers d'épis qui ne croquent pas encore sous la dent. Mais si l'on avance dans cette mer presque dorée, que l'on s'abaisse un peu et que l'on prête attention, la palette de couleurs s'enrichit de discrètes touches de rose, bleu. Blanc, jaune, violet. Nous ouvrons ce reportage avec Elsa de la ferme du Grand Laval. La ferme qui a semé la graine de ce projet Messicole.
- Speaker #2
Alors moi les Messicoles, j'étais pas du tout sensibilisée, je savais pas du tout ce que c'était. Et quand j'ai découvert l'histoire des Messicoles, je me suis dit mais c'est quand même un truc de fou quoi. De dire que les ancêtres de nos ancêtres de nos ancêtres, alors peut-être pas directement les miens mais... Mais globalement, nos ancêtres, ils sont venus du croissant fertile avec des semences qu'ils ont peu à peu sélectionnées, sélectionnées et encore sélectionnées. Et que dans cette sélection, il y avait des petites graines qui se sont adaptées en termes de taille et de cycle et tout ça au blé, en fait, et qui ont été trimbalées, en fait, avec... Symboliquement, je trouve que c'est hyper fort. Puis le blé, symboliquement, c'est hyper fort. Parce que le blé... C'est la base de notre alimentation, c'est ce qui a façonné la géopolitique mondiale. Et en fait, sortir les messicoles du blé, de nos champs de blé, il y a un côté un peu triste. Tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #3
Donc finalement, ça donne encore plus de sens à ton envie de faire du pain.
- Speaker #2
Oui, carrément.
- Speaker #3
Je serais très curieuse de savoir la valeur nutritionnelle de votre blé. par rapport à celui d'autres fermes, de par les variétés, de par le type de sol, et puis de par aussi, peut-être après, on ne sait jamais s'il y a quelques graines de messicoles dans la farine.
- Speaker #2
Oui, je ne sais pas ce que ça peut influencer. Moi, le blé, pour l'instant, je n'ai pas tout compris. Je sais qu'en gros, des blés que tu vas pousser, à part de l'irrigation ou de l'engrais azoté, qui poussent vite, qui font du rendement il y a beaucoup moins de minéraux comme le vin en fait plus t'as de quinto en vigne plus il y a d'eau dans le raisin et donc moins il est riche donc là on a déjà un petit coquelicot juste à côté, regarde ça avec des petites fleurs rouges, c'est du mouron je l'appelle du mouron, je crois qu'on les prend des oiseaux je pensais des champs la vache chère on l'a déjà vue c'est le bleué Merci. Le bleuet, il est magnifique.
- Speaker #3
Et vous avez du miroir de Vénus ici ?
- Speaker #2
Alors ici, pas vu.
- Speaker #3
On en a vu dans les autres parcelles.
- Speaker #2
Le pied d'Alois, c'est trop beau le pied d'Alois. Mais celui-là, il est moins... C'est celui-là qu'on voit de la moisson esbateuse parce qu'il arrive en floraison plus tard. Il est en danger d'extinction la vache chère. Et nous, on a été envahis de vache chère. Dans une parcelle, on était là. Non, là, je crois que ça commence à faire... Un peu trop quand même. En fait,
- Speaker #3
quand tu lui donnes la place, elle revient vite.
- Speaker #2
Ah ouais, grave. Bah oui, c'est clair. Et la botaniste du conservatoire botanique alpin, quand elle a vu ça, sa réaction, sa réponse, c'était de dire ça, c'est de la science-fiction pour moi. Elle était là, ah ouais ? Alors nous, on trouve qu'elle est un peu trop présente.
- Speaker #3
L'avant-veille, nous étions dans cette même parcelle avec notre petit groupe. Nous écartons les gerbes d'orge pour observer et nommer les plantes messicoles en comparant avec ce qui avait été semé à l'automne. On échange aussi sur l'historique de la parcelle et, un premier élément essentiel à ce stade, sur la destination de la céréale qui influence le rapport que l'on aura avec les plantes en présence.
- Speaker #2
Donc là, ça avait été semé, c'est ça André ?
- Speaker #4
Voilà, tout a été mis dans le semoir, les petits lots de graines. Du coup, il y a pas mal de messicoles, de la nielle et de la vachère notamment, qui sont endogènes maintenant, qui se ressèment toutes seules. Mais le lot qu'on a mis sur une petite surface là-bas, il a été dispersé, il a été mis directement dans le semoir.
- Speaker #3
Tu connais l'historique un peu de la parcelle ?
- Speaker #4
Ah non, ça tu pourrais demander à Elsa ou Seb ce week-end.
- Speaker #3
C'est ça, c'est une parcelle entière qui a été semée là.
- Speaker #4
Ouais ouais, en gros ça a été mis dans le semoir et je pense même qu'il a fait peut-être plusieurs parcelles. Ok.
- Speaker #2
Et dans cette artère on a des semis, du poivre, du bruit...
- Speaker #3
Je ne me rappelle plus parce que c'était il y a pas mal d'années. Des Ausha bleus, copicots,
- Speaker #2
qu'est-ce qu'on avait mis ? Et ça, c'est le mais cette année.
- Speaker #4
C'est possible qu'il y ait des restes des années d'avant ? Ça c'est de la vache. Oui, c'est de la vache. Ça tu vois, c'est un reste des semis des années d'avant.
- Speaker #2
Ok. La vachère qui est en train de monter en graines.
- Speaker #5
Il y a de la miel là.
- Speaker #2
Il y a du bleu là.
- Speaker #5
Ah oui, il faut que ça se tente ici. Ah oui,
- Speaker #2
c'est beau. Ah ouais, une vertige jaune. C'est une guipette ? Non,
- Speaker #4
c'est une couleur vertige jaune. Là, ici. Ah oui, d'accord. Excellent. Il y a la même quantité que sur... Il est 100 mètres carrés, mais là, sur 3 hectares, un calque. Mais après, ce n'est pas très grave, je veux dire. Peut-être que dans 5 ans, on reviendra et elles se seront disséminées d'elles-mêmes. Et il y en aura peut-être un peu plus partout, quoi. Ce serait cool.
- Speaker #3
Mais du coup, ils en font quoi de cette orge ? C'est pour les animaux ?
- Speaker #4
Oui, c'est pour les animaux.
- Speaker #3
D'où le fait que ce n'est pas grave du tout. Ils les trient quand même un peu ou pas ?
- Speaker #4
Pour les animaux, non, je ne pense pas. Peut-être, non, non, franchement.
- Speaker #3
Même s'il y a un peu de miel, c'est pas toxique ?
- Speaker #4
Non, ouais, je pense que pour que ce soit toxique, alors pour l'humain, on met des seuils, enfin on fait gaffe, quoi, évidemment, pour du pain ou des pâtes ou des choses comme ça, mais là, pour les animaux, je sais pas trop, quoi. Après, ça, tu pourras... Ah ben, tu viens avec nous juste après la ferme des Roses ? Ok. Et Thomas, il est là ce week-end aussi. Si tu le vois ce week-end, tu peux... pourra lui demander mais Thomas il fait du pain et lui pour le coup il la trie quand même attentivement la nienne c'est la ferme de ? c'est la ferme des routes tu seras là ce week-end toi ? moi je suis là samedi soir mais Orméa les petites marguerites c'est les mêmes que ?
- Speaker #2
ouais je pense
- Speaker #3
Donc là, on ne connaît pas l'itinéraire technique, mais je pense qu'il y a un travail du sol avant chaque semis de toute façon. Oui, il me semble que c'est ce que faisait Sébastien. C'est en mai 2025 que démarre le suivi des Messicoles. Plusieurs parcelles ont fait l'objet d'un état des lieux initial sur cinq fermes du réseau comportant des grandes cultures. La ferme du Grand Laval, la ferme de Cucourdon, la ferme des Places, la brasserie des Luges et la ferme des Routes. Suite à ce suivi, une opération de réimplantation de Messicoles a été réalisée à l'automne et en hiver sur ces fermes. Une dizaine d'espèces de messicoles ont été implantées à l'aide de semences fournies par le Conservatoire botanique national alpin. On écoute André, agronome bénévole de l'association, et Thomas, paysan de la ferme des routes, lors du week-end de grande exploration du vivant, où 200 personnes, principalement des naturalistes et des paysannes et paysans, étaient présentes.
- Speaker #5
Alors, bonne surprise, en fait, sur les fermes où on est allé, on a trouvé 14 espèces différentes, dont certaines qui sont vraiment très peu connues. Il y a quand même, comme pour les oiseaux et les papillons, il y a encore dans la région... région un fond de plantes messicoles existantes. Et alors ces plantes messicoles, les plus emblématiques c'est le coquelicot, vous connaissez le bleuet. Il y a d'autres plantes qui sont connues un peu pour leur danger, je pense à la miel, la miel des blés, qui peut être toxique lorsqu'elle a une très forte concentration, donc attention aux paysans boulangers qui utilisent la farine avec ces plantes à l'intérieur, mais ils le savent et ils font attention. Il y a des plantes qui sont assez spectaculaires, souvent qu'on trouve au printemps, comme la tulipe sauvage, la tulipe sylvestre. On a aussi des tulipes rouges dans la région, la tulipe précoce. On a des ornithogales, mais à côté d'espèces spectaculaires, il y a aussi beaucoup d'espèces qui sont très discrètes, qui restent à l'intérieur des chaumes, qui dépassent à peine. Alors ces plantes, il faut dire qu'elles sont... Il ne faut pas les confondre avec les plantes adventices. Ça peut être l'ambroisie, par exemple. Ça peut être le chardon des champs, on l'a vu ce matin. Les cirses, les rumex, les cainopodes, les amarantes. À la différence des messicoles, les adventices, elles, elles peuvent se débrouiller en dehors des champs de céréales. Donc ces plantes, elles n'ont pas de soucis à se faire. Elles sont là et on a plutôt envie de s'en débarrasser. Les messicoles, elles, elles sont des plantes qui sont très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très Les cicholles demandent des conditions très particulières. Elles ont un peu le même cycle que les céréales, c'est-à-dire qu'elles germent à l'automne, souvent, ou en fin d'hiver, et elles finissent leur cycle au moment des moissons. Ce qui fait qu'elles se retrouvaient naturellement réensemencées par les récoltes de graines et les ressommis par la suite. Ces graines ont une capacité de vivre dans le sol de façon différente. la miel aura une durée de vie de 1 à 2 ans, d'après ce qu'on nous a dit dans le sol. Par contre, d'autres plantes comme la pensée des champs peuvent rester une cinquantaine d'années. Donc ça veut dire que certaines graines qu'on a semées cette année peuvent très bien ressortir si les conditions deviennent favorables à nouveau. Les conditions, ça serait à nouveau une céréale. S'il y avait par exemple une culture de légumineuses genre pois ou ce qu'on a vu ce matin, pois chiche ou luzerme. Là, ça ne leur convient pas trop. Ces messicoles vont sortir dans des plantes, dans des champs où les plantes sont relativement aérées, où il y a de la lumière. Les hommes aiment les sols perturbés, et quand le milieu se referme, elles disparaissent. Alors, à l'issue de cet inventaire, on a proposé aux agriculteurs, qui étaient volontaires, de ré-ensemencer leurs parcelles avec des graines que nous a fournies le conservatoire botanique. Donc on a reçu
- Speaker #1
400 grammes de graines de la part du conservatoire qu'on a dû partager entre cinq fermes avec une dizaine d'espèces qu'on n'avait pas encore dans la région et donc on les a implantées sur les fermes. Bonjour, donc le scénario chez moi, je suis céréalier paysan boulanger, donc beaucoup de céréales dont blé et petit épautre. On a décidé de mettre ça sur le petit épautre. Sur la ferme, parce que c'est une céréale qui est assez peu dense et qui laisse de la place à d'autres fleurs. Et le protocole, c'était très compliqué. C'est-à-dire que j'étais en train de semer le petit épeautre avec un semoir, une herse rotative et un semoir derrière en 3 mètres. Quand j'arrivais au bord du champ, j'ai semé ma dernière ligne. J'ai pris 10 minutes sur mon temps de travail. Je suis descendu du tracteur, j'ai pris le sachet que j'ai donné. Et pendant 100 mètres, j'ai marché. On essayait de distribuer au mieux, à la main, ces graines-là. Et ensuite, ce qui fait qu'elles étaient plutôt posées en surface, et après on est passé, on roule, généralement on passe le rouleau derrière les semis, pour appuyer la terre et appuyer la terre sur les graines. Et donc on a passé le rouleau derrière ça, sachant que c'était essentiellement quand même des toutes petites graines. Et voilà, mon travail à moi était fini, donc c'était assez simple. Donc s'il y a des agriculteurs qui veulent participer à ça... c'est quand même pas très compliqué. Et ensuite, il y a deux jours, on était sur la ferme avec André et d'autres naturalistes qui sont venus voir si ce qu'on avait fait avait marché. Donc c'était chez Potov, qui est par là le producteur de la bière qu'on boit. C'est Potov qui a gagné le concours de la Messicole cette année. Si Messicole présente sur les 10 se met dans son champ, bravo Potov ! et si jamais il y a une inquiétude d'agriculteurs quant à la place que pourraient prendre les messicoles dans les champs, ça c'est vrai que moi je fais beaucoup de petites épeautes donc j'avais l'image de la nielle, qu'on appelle la nielle des blés mais qui en fait est très présente dans le petit épeaute et qui effectivement elle si on la calme pas est très grande occupe de l'espace et surtout est toxique mais donc là on passait, donc moi évidemment je voyais rien parce que je suis paysan, pas naturaliste Merci. Et puis, de temps en temps, ils me montraient une petite plante qui faisait à peu près ça de haut et qui occupait un espace absolument ridicule. Moi, je suis tolérant aux adventistes dans mes champs, parce que je n'ai pas des grands-grands-noms, mais même quelqu'un qui serait intolérant aux adventistes, elles n'ont pas coûté un grain de blé à ma parcelle. Elles ont juste apporté un petit peu de diversité. Et puis voilà, on espère qu'elles vont continuer de faire leur vie dans cette parcelle.
- Speaker #3
A noter que les semis ont particulièrement bien fonctionné sur les parcelles de la brasserie des Luges et de la ferme de Cucourdon, puisque malgré une germination délicate, près de la moitié des espèces semées ont été retrouvées. Des densités notables de messicoles autochtones, non issues des semis, ont également été retrouvées sur les parcelles des fermes du Grand Laval et de Cucourdon. Vachère, miel des blés, miroir de Vénus, grand coquelicot. Un élément dont n'a pas parlé Alain ici, C'est qu'une journée de suivi a également été réalisée sur trois parcelles viticoles. Car les plantes messicoles peuvent parfois habiter dans les vignes ou les vergers, si l'itinéraire technique le permet. Un léger travail du sol à l'automne, puis une absence de broyage jusqu'à la fin du printemps, fournissent un calendrier proche de ce qui peut exister en parcelle de céréales et permet donc à certaines espèces de Messicoles de réaliser leur cycle complet. Plusieurs espèces comme le peigne de Vénus et la renoncule des champs ont ainsi été observées en densité notable dans les vignes. On écoute maintenant Sébastien, le compagnon d'Elsa, pendant la visite de la ferme durant le week-end. Il nous amène d'abord sur une prairie récemment reprise par la ferme, l'occasion de nous raconter comment le paysage où nous nous trouvons a évolué et comment, entre action et laisser faire, placer le curseur au juste endroit. Un art qui semble couler de source pour Sébastien, mais qui est le fruit de nombreuses années d'expérience et qui n'est pas évident pour la plupart des paysans. Puis, nous nous réunissons sur la fameuse parcelle, où nous étions un peu en amont dans cet épisode, où des messicoles ont été semées. Cet extrait vous permettra de comprendre à quel point les choix qui sont faits dans le système ferme sont clés pour accueillir la diversité de messicoles et de multiples autres espèces. Pour info, je vous partagerai bientôt la visite complète de la ferme en épisode bonus.
- Speaker #0
Là, ça pourrait être très intéressant de venir sur ce secteur. C'est vraiment un secteur dédié à la grande culture, avec un héritage grande culture qui est encore très marqué, qui est très très ouvert, et qui s'apparente quand même globalement à ce qui existe dans notre paysage. Moi j'ai repris la ferme de mes parents en 2006, mais c'était mon oncle qui avait pris la suite. Et en fait le paysage qu'on a traversé jusqu'à maintenant, c'est un paysage qui a quand même énormément évolué en 20 ans, lié Au fait qu'on ait planté des arbres, donc tous les que vous avez vu autour, le ruisseau qu'on a parcouru, si vous allez voir sous l'engas, il y a des photos. Moi, toute mon enfance, j'ai connu ce ruisseau broyé des deux côtés. Et il y avait, entre le hameau où on s'est donné rendez-vous et la ferme en bas, il y avait zéro arbre. Mais vraiment zéro arbre, zéro buisson, rien. Il n'y avait que les seules cages pour pêcher les truites, c'était les petits bourneaux où on pêchait dessous. Mais voilà, il n'y avait rien de tout ça. Et donc ça c'est 20 ans de planter des arbres et surtout laisser faire. Mais cette parcelle, donc elle commence à la maison là-bas si vous voulez, et elle termine pratiquement à la petite maison blanche que vous voyez là-bas. Elle fait 30 hectares cette parcelle, c'est une des plus grandes parcelles de la commune d'un seul tenant, qui est l'héritage du romain Bromante des années 70. Donc nous on n'est pas non plus sur des parcelles immenses, même si 30 hectares d'un seul tenant c'est grand, on est ok. Mais on n'a pas des parcelles de 200 hectares sur notre commune aujourd'hui. Parcelles, maintenant ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des 200 hectares ouverts sur la commune, puisqu'il y a plusieurs parcelles qui sont ensemble, et c'est bien ça le problème. Nous on a repris cet endroit, c'est pas vieux, on a repris cet endroit par étapes. En fait, notre ami agriculteur qui est décédé depuis il n'y a pas très longtemps de maladie, lui il avait arrêté de travailler pour des raisons de santé. Et en fait, il a abandonné petit à petit le secteur. Donc vous voyez, là où il y a les bottes, c'est l'autre côté. Et la haie qui est créée là, ça c'est une haie, la haie que vous voyez au fond. Elle, en fait, c'est juste le fruit d'un jour. Il a décidé qu'il n'irait plus jusque là. Et cet endroit, qui était un endroit compliqué à travailler, il a labouré et le printemps suivant, il est parti. Donc il a laissé. Et toute la flore que vous voyez, Toute la prairie, c'est une prairie spontanée qui est issue uniquement des banques de semences locales. Après une trentaine, une quarantaine d'années d'agriculture, eux ils étaient en agriculture chimique. Donc c'est quand même hyper intéressant parce qu'on se rend compte que les banques de graines sont immenses. Et aujourd'hui il y a des découvertes... un peu incroyable qui se font sur la ferme, puisque, en fait, pas dans cette prairie, mais on a une autre prairie qui est de l'autre côté, qui a exactement la même destinée, mais qui est encore plus récente. Puisque moi, je l'ai connue il y a à peu près une petite dizaine d'années, c'était un champ de maïs. Et ensuite, elle a été ensemencée avec une fétuque du commerce. Il y a eu 50 chevaux qui ont été dessus, qui ont tout piétiné parce que la personne qui faisait ça, elle a pareil abandonné son projet. Donc il y avait 10 bourrins qui tournaient en rond dedans. Ça s'est terminé avec des ronciers de partout et de la terre battue. On a repris ça, ça fait 3 ans, on a broyé, on n'a rien semé. Broyé, brebis, broyé, brebis. Brobis, vache, âne, broyé, brobis, vache, âne, trois ans. Et là maintenant, on a la flore qui est en train de se modifier complètement. Et l'année dernière, Elsa m'appelle, elle fauchait, elle me dit c'est quoi ce truc, viens voir cette orchidée. Et on avait une population, pour ceux qui connaissent, de Serapia, qui est une orchidée, chez nous, très rare. D'où ça vient ? Cette année, Orchis morio qui apparaît dans la station. Et on en est à chaque année, voilà. Pour nous c'est le plus spectaculaire parce que c'est des orchidées, mais... Pour les botanistes, il y a d'autres espèces qui apparaissent. Et ça, uniquement sur les banques de graines et probablement sur des déplacements liés à nos troupeaux. On ne sait pas trop en fait, on n'y comprend rien. Il ne faut pas mettre tous les deux dans le même panier. On a vraiment une attitude de paysan, mais pas caricaturale. L'idée c'est de se dire comment on arrive avec les ressources de notre territoire à fonctionner. Et ça, nous on a mis 20 ans pour le mettre en place. Aujourd'hui c'est basé sur plusieurs ateliers qui sont tous interconnectés de l'élevage. Nous on considère que c'est fondamental dans notre métier. Et il y a deux animaux qui sont importants sur notre ferme. Il y a le troupeau de ruminants, les brebis, et le troupeau de poules. Ce qui veut dire que derrière, quand on réfléchit comme ça, les animaux on les nourrit avec ce qu'on a sur la ferme, on n'achète pas. Et donc du coup il y a des cultures qui sont nécessaires à la présence des animaux. Et ensuite, il y a des cultures qui sont le fruit de la présence des animaux et qui ne passent pas forcément par les animaux, comme par exemple, qu'est-ce qu'on pourrait prendre comme exemple ? En fait, vous allez voir, il n'y en a pas tant que ça qui ne sont pas connectés aux animaux. En fait, il n'y en a pas. Je réfléchis. En fait, en vrai, il n'y en a pas, puisque les produits qui sont Les produits consommés par nous, comme les haricots, les pois chiches, les lentilles, tous les légumes secs, le blé, sont quand même en lien avec les animaux. Parce que dans notre système, lorsqu'on trie, lorsqu'on presse de l'huile, lorsqu'on fait de la farine, il y a des coproduits, et ces coproduits repartent dans nos animaux. Et ils sont même tellement fondamentaux qu'aujourd'hui, on ne peut pas faire de poules pondeuses si on n'a pas de tourteau de tournesol dans notre système, qui apporte un acide aminé indispensable pour les poules, la méthionine. Et donc cette connexion animaux-culture est vraiment intellectuellement très intéressante. Vous voyez une ferme de 50 hectares, vous avez un troupeau de 120 brobiers, vous avez 180 poules, pas plus. Vous voyez la moisson que vous voyez là aujourd'hui, c'est une moisson qui est colorée. C'est une moisson qui est colorée parce qu'elle est travaillée en agriculture biologique d'une part, mais aussi parce qu'on peut travailler en agriculture biologique, vous allez voir tout à l'heure. en laissant zéro place à aucune espèce. Ce qu'on va faire en haricots par exemple. Sans ça vous n'y arrivez pas. Mais en céréales à paille, nous on sent que c'est absolument pas un souci. Les rendements sont suffisamment au rendez-vous pour que, pour nous, dans notre système, ce soit possible de cohabiter avec des plantes sauvages, et notamment les plantes des moissons que sont les messicoles. Et si on est aujourd'hui dans cette parcelle, C'est... Pour vous illustrer un petit peu la communauté de plantes messicoles, les messicoles, c'est les plantes, vous savez, qui ont suivi les moissons du Moyen-Orient avec les hommes. C'est la frontière entre le sauvage et le cultivé, avec 10 000 ans d'histoire de notre agriculture. Donc en fait, je trouve qu'en termes d'émotion, c'est juste incroyable de se dire que cette vachère, par exemple, donc ça, cette plante qui a fini sa floraison, ça fait partie des plantes. les plus rares de la Drôme. Quand on a trouvé la vachère sur la ferme, on ne sait pas comment, c'est des archéogéophytes, donc des graines qui peuvent résister des années dans le sol. Elle est ressortie dans une parcelle de lentilles. Est-ce que c'est un échange de semences de lentilles, des baronies, est-ce que c'est le stock de graines, on ne sait pas, quoi qu'il en soit. Aujourd'hui, si on la laisse un peu tranquille, cette plante, et qu'à un moment donné, on lui donne un coup de main, c'est-à-dire en prenant juste ça, on la laisse s'en sécher, on la remet dans un semoir. On en a distribué absolument dans toute la ferme. Et après il y a des messicoles qui sont connues de tous, qui sont par exemple les coquelicots, qui elles sont des semences où on n'a pas besoin d'avoir beaucoup d'attention pour elles, il suffit de lâcher un peu la pression. Ou même cette matricaire qui est une messicole aussi, on ne fait strictement rien pour elle. Et là si on va dans ce champ, on a à peu près, je crois, Elsa t'es où ? Combien d'espèces de messicoles ? Ouais, 25 espèces de mycicoles. Cette céréale là, comme ça, avec ses plantes dedans, c'est à mon sens... C'est ce qui fait qu'elle est hospitalière pour la faune qui peut y nicher dedans, et notamment toute la flotte des milieux ouverts. Donc là, on récupère, là par exemple, dedans, il y a des cailles en ce moment, qui chambent dedans. Il y a le bruit en proyer que vous entendez là, qui s'énerve là. Il est là parce que son nid est là. Alors ça, c'est une bande. Ce n'est pas fait exprès ça. C'est un problème de semoir. C'est pas moi qui ai semé les céréales, on travaille à deux sur la ferme, c'est pas moi. Le semoir était bouché, et on l'a pas vu. Et en fait, vous voyez, quand vous semez pas, c'est hyper intéressant, quand vous semez pas, vous labourez, vous reprenez, au mois de novembre, vous semez pas, et bien vous êtes là-dedans,
- Speaker #5
vous voyez ?
- Speaker #0
Et c'est hyper bien parce que vous voyez, vous savez que vous avez tout. On a tous entendu en histoire l'assaulement biennal et triennal qui a duré pendant des siècles et des siècles. Une année, vous cultivez une céréale. Deux années, vous cultivez des céréales. Et ensuite, vous laissez une année de jachère. Certainement, c'était ça qu'ils avaient, les gars. Ils avaient ça, là. Et là, là-dedans, il y a tout le monde. Vous imaginez bien. Ça, c'est du régraditalie, principalement, qui est une espèce indigène, avec toute la flore qui est là. Et l'année suivante, ça, vous le remettez en culture. Ça s'est régénéré et c'est reparti. C'est pas fait exprès, mais c'est hyper intéressant. Et quand on passe en vélo, on se rend compte que là, la perdrie rouge, il y a un couple de perdries rouges, elle était là-dedans. Elle était nulle part là. Elle est partie. Le bois en proyer, c'est une espèce qui s'est vraiment effondrée, littéralement, parce qu'elle est totalement liée aux prairies. Et donc, la disparition de l'élevage, disparition du proyer. Réintroduction de surface de prairie, retour du proyer. Là, de l'autre côté... On est monté à plus de 10 couples de proyés. Arrivé à la fin de la reproduction, le groupe de proyés au mois de juillet, il y a deux ans, il y avait 200 bruits en proyés, adultes et jeunes.
- Speaker #3
Plusieurs espèces de Messicoles sont nectarifères et pollinifères. Elles attirent les auxiliaires de culture comme les coccinelles, les syrphes ou les chrysopes. Et leurs graines constituent une ressource alimentaire pour les oiseaux de plaine qui, à leur tour, vont chasser des insectes ravageurs des cultures. Les messicoles rendent aussi directement service aux cultures en favorisant et en diversifiant les mycorhizes. Une étude a démontré qu'une parcelle de céréales sans messicoles ou une parcelle de messicoles sans céréales développe moins de mycorhizes qu'une parcelle où les deux cohabitent. Et les mycorhizes, ces fameuses Merci. symbioses entre les racines des plantes et des champignons sont favorables au développement des céréales, CQFD. Dans la deuxième partie de ce reportage, on approfondit avec Thomas, paysan brasseur, et Christophe, paysan boulanger, l'adaptation de l'itinéraire technique, mais aussi le changement de posture intérieure généré chez les paysans par l'observation de la flore des champs. A tout de suite !