- Speaker #0
« Histoire secrète »
- Speaker #1
Bienvenue dans Ajaccio, Histoire secrète, le podcast de l'Office de tourisme du pays d'Ajaccio. Je suis Christophe et dans cette saison, on se plonge dans une seule histoire, mais immense, celle de Napoléon, l'Ajaccien devenu l'un des personnages les plus puissants et les plus commentés de l'histoire. A chaque épisode, on va partir d'un détail, d'une œuvre, d'un objet, d'une plaque, un lieu parfois discret, ici à Ajaccio et dans le pays d'Ajaccio, un indice qui va nous ouvrir la porte de la grande histoire napoléonienne. Pour m'accompagner cette saison, je suis avec Philippe Perfettine, chef de projet au service patrimoine de la ville d'Ajaccio. guide conférencier et auteur de nombreux ouvrages consacrés à l'empereur ajaxien. Alors aujourd'hui, la question est la suivante. Plus qu'un fantôme et presque un dieu, la mort de Napoléon. On part d'un détail ajaxien, au palais Fèches, que tu connais bien Philippe. D'un côté, les derniers moments de Napoléon de Vincenzo Vella. De l'autre, un reliquaire avec un morceau de cercueil de Napoléon. Comment passe-t-on d'un homme à une relique ?
- Speaker #2
On passe par une chute, puis par un exil, et surtout par une construction, celle d'un mythe fondateur. Le paradoxe, c'est que Napoléon perd tout en 1815, mais il va gagner quelque chose de plus durable que l'empire qu'il avait espéré, c'est la légende. En 1815 donc, les grandes nations européennes se coalisent à nouveau pour en finir une bonne fois pour toutes. Avec l'ogre corse, une armée gigantesque est levée et marche sur la France. Napoléon, comme d'habitude, réagit vite, file vers l'Est. Le 16 juin, l'armée impériale enfonce les Prussiens à Ligny et il fait route vers Waterloo. Le 18 juin, la charge est lancée en fin de matinée. Jérôme Bonaparte, le petit frère de Napoléon, échoue à prendre Ougoumont. L'artillerie française ne parvient pas à toucher les Anglais prudemment positionnés. En début d'après-midi, l'infanterie impériale prend le dessus grâce aux charges héroïques du maréchal Ney. Wellington chancelle, mais tient bon jusqu'à l'arrivée des renforts. Napoléon attend toujours Grouchy, mais ce sont les Prussiens qu'il voit arriver. Le sort bascule, et malgré les actes de plus en plus héroïques et désespérés de Ney et de Cambronne, c'est la fin.
- Speaker #1
Donc Waterloo, ce n'est pas seulement une défaite militaire, c'est la fin du rêve de reconquête de Napoléon.
- Speaker #2
Absolument. Et Napoléon le comprend immédiatement, il doit rentrer en France et affronter le pire. Ses rêves de reconquête s'achèvent, il arrive en France et effectivement il est attendu par le pire, puisque cette fois l'aigle a chuté pour de bon et Lord Byron écrira à ce sujet quelques années plus tard. Waterloo, tu fus témoin de la chute de celui qui fut le plus extraordinaire, mais non le plus méchant des hommes. De retour à Paris, il faut abdiquer pour la seconde et dernière fois. Le 25 juin 1815, Napoléon, ironie du sort, quitte la capitale par Sey, Champs-Elysées, sous son arc de triomphe qui est encore en cours de construction. Il s'arrête à la Malmaison, se remémore Saint-Joséphine qui est morte l'année précédente et il reçoit la visite de l'éternellement fidèle Marie Walewska, sa maîtresse, avant de se rendre sur l'Idex. où les Anglais l'attendent. Ils l'attendent pour quoi faire ? Pour l'amener en Angleterre. Ils lui annoncent la sentence. Il sera exilé sur l'île de Sainte-Hélène, en pleine Atlantique Sud. Napoléon accuse le coup, mais il sait rebondir et comprend l'aura de martyr que cette sanction peut lui offrir. Il dit alors, l'infortune seule manquait à ma renommée. J'ai porté la couronne d'empereur, la couronne de roi d'Italie. L'Angleterre m'en donne une encore plus glorieuse, une couronne d'épines. Et en arrivant à Sainte-Hélène, il sait donc qu'il va y mourir, mais ça ne le panique pas, il est très familier de la mort depuis le temps. Et il lâche juste un simple « ce n'est pas un bien joli séjour » . Condamné par les monarques européens, parce qu'il a été trop longtemps leur bourreau, il devient une victime. Mais la victimisation, c'est définitivement pas son truc, et il endosse un costume beaucoup plus prestigieux, celui du martyr. Transformer une condamnation à mort dans l'oubli. en chemin vers l'éternité. C'est, d'une certaine manière, une victoire.
- Speaker #1
C'est une victoire, c'est vertigineux. On croit à l'enterré vivant et lui voit presque une scène pour sa postérité.
- Speaker #2
C'est pas presque, c'est tout à fait ça. Puisque même pendant le trajet vers l'exil, c'est déjà chargé de symboles. Parce qu'après avoir quitté la France, définitivement, Effectivement, il embarque sur le Bélair-aux-Fonds et accoste à Torquay. Connaissant l'Antiquité, il connaît sans doute l'histoire de Bélair-aux-Fonds, haï des dieux pour avoir voulu atteindre l'Olympe. Il finit par errer, abandonné de tous. C'est donc le cas de Napoléon. Le 7 août 1815, direction l'Atlantique Sud, 72 jours de traversée, vers une île minuscule, plus petite que l'île d'Elbe, perdue entre l'Amérique du Sud et l'Afrique. Le chemin n'en finit plus, le temps ne passe... plus pareil pour un homme habitué à vivre en sur-régime. On voudrait le tuer, on ne s'y prendrait pas autrement. L'exécuter en Europe susciterait trop d'émotions. Le laisser partir aux Etats-Unis éveillerait des soupçons. Alors, on choisit l'exil, l'oubli et le vide. D'abord installé au Braillard, s'il est transféré en décembre à Longwood, sur un plateau humide battu par les vents à 600 mètres d'altitude, dans une ancienne ferme de 200 mètres carrés, sans eau potable. Quelques compagnons d'infortune le suivent. On pense que c'est sa dernière histoire, croit-on à ce moment-là. Il y a le général Bertrand, présent depuis la première campagne d'Italie, Montolon, le général Gourgaud et l'obscur Emmanuel de Lascazes. Discret, mais décisif. Lascazes comprend que le passé peut nourrir l'avenir et il dit « Sire, nous vivrons du passé, vous vous relirez, Sire. » Et Napoléon répond « Eh bien ! » Nous écrirons nos mémoires. Le travail est la faux du temps. A Sainte-Hélène, Las Casas devient un scribe de la légende napoléonienne.
- Speaker #1
Oui, on a souvent cru à un exil solitaire de Napoléon. Mais en fait, il n'était pas seul sur son rocher, il était entouré d'hommes qui vont écrire pour lui.
- Speaker #2
Absolument. Napoléon dicte, dicte sans cesse. Et ses compagnons deviennent ses évangélistes. La vie d'exil est d'un ennui mortel. de temps que Napoléon n'a absolument aucune liberté, surveillée par les Anglais de Hudson Law. Les journées sont longues, mais rythmées par le travail. Napoléon égrène le roman de sa vie. Il n'a jamais été aussi grand qu'un Saint-Hélène, parce qu'il y forge sa légende, grâce à sa mémoire prodigieuse. Il dicte à Las Casas, à Bertrand, à Gourgaud, à Montolon, ces quatre évangélistes donc. Quel roman que ma vie, aurait-il dit. Je me suis élevé de rien à être le plus grand monarque. rien que ça. Expulsé, Las Casas publie le mémorial de Sainte-Hélène en 1823. Plus qu'un best-seller, c'est une véritable bible, celle d'un Corse de conditions modestes devenu empereur. Condamné à mort par les Anglais, Napoléon réussit le tour de force de devenir immortel. Et ça se joue à partir de 1819, lorsqu'il tombe très malade. Ses forces l'abandonnent. L'ennui et le calvaire vont durer deux ans. Le 5 mai 1821, Napoléon rend finalement son dernier souffle, que Chateaubriand décrira comme « le plus puissant souffle de vie qui jamais anima l'argile humaine » . Il est enterré dans la vallée du Géranium, au fond d'un endroit au nom sinistre, le bol à ponche du diable. Et Hudson Lowe refuse que le terme « empereur » soit gravé sur la pierre. La tombe restera anonyme.
- Speaker #1
Anonyme, c'est une humiliation ultime. Et pourtant, c'est presque le point de départ de l'Ascension.
- Speaker #2
Tout à fait, c'est l'humiliation ultime parce que toute sa vie, Napoléon a essayé de se faire un nom, un prénom plutôt. Mais là aussi, il a la chance avec lui parfois, souvent. Et c'est en fait un moment de désincarnation, d'une élévation, d'une ascension effectivement. Son esprit survit, l'histoire lui appartient désormais. Il a travaillé à sa postérité suffisamment longtemps pour se persuader qu'on ne l'oubliera pas. Mais imagine-t-il qu'il reviendra parmi les hommes 19 ans plus tard ? Le miracle de Pâques de Napoléon. En 1840, Louis-Philippe ordonne le retour des cendres. Le prince de Joinville, son fils, va déterrer le corps de Napoléon dans la vallée du Tombeau. A l'ouverture des cercueils, puisqu'il y en a plusieurs, l'assistante est stupéfaite. La dépouille est quasiment intacte. Philippe de Roincabau note... Sa peau garde cette couleur particulière qui est propre seulement à la vie. Et la scasesse, fils, ajoute, saisit de sensations impossibles à rendre. Le retour à Paris devient une apothéose des Champs-Élysées aux Invalides. Victor Hugo, qui assiste à la scène, écrit « Pour entrer dans Paris, la ville de mémoire, cire, il faut revenir de la sombre victoire qu'on remporte au pays des morts. Être pour l'univers, qui de loin vous contemple plus qu'un fantôme et presque un dieu.
- Speaker #1
Et quand on revient au palais fèche, devant la toile et le reliquaire, ben on comprend, la mort n'a pas effacé Napoléon, elle l'a transformé.
- Speaker #2
Tout à fait, et c'est ce basculement-là que ces objets résument. L'homme devient une légende, presque un culte.
- Speaker #1
Merci Philippe de nous avoir appris tout ça. Merci à vous d'avoir écouté cet épisode d'Ajaccio Histoire Secrète, saison Napoléon. Si vous avez aimé, abonnez-vous au podcast, laissez un avis, partagez cet épisode, c'est ce qui nous aide à le faire vivre. Si vous voulez passer de l'écoute au réel, venez découvrir Ajaccio sur place. L'Office de tourisme du pays d'Ajaccio et la ville proposent des visites guidées pour explorer ces lieux, ces objets, ces traces napoléoniennes au plus près du patrimoine. On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode. et un nouveau détail qui nous ramènera encore à Napoléon.