- Speaker #0
En gym, on passe des semaines à répéter nos mouvements et zéro minute à entraîner la tête qui nous permet de les réussir. Ici, on va changer ça. Bienvenue dans Aligné, de la tête aux pointes. Ce podcast s'adresse aux gymnastes et aux coachs qui ont compris que répéter plus ne règle pas toujours ce qui se joue à l'intérieur. Je m'appelle Arthur Planck, préparateur mental spécialisé en gymnastique. Musique J'accompagne les gyms et leurs entraîneurs à comprendre ce qui ne se voit pas, mais décide de tout. Ce podcast ne t'apportera pas d'astuces toutes faites pour filer tes réceptions, mais plutôt une autre façon de voir tes entraînements, et c'est certainement ça qui t'aidera le plus à progresser. Ici, on remet les choses dans l'ordre. La tête d'abord, les pointes ensuite. Bienvenue pour ce nouvel épisode de Aligné de la tête aux pointes. Cet épisode est particulier parce que je ne l'ai pas enregistré dans mon bureau. Je l'ai enregistré le dimanche 20 septembre 2026 au matin à Angers, devant une salle de 40 entraîneurs et de dirigeants de clubs de gymnastique pendant une journée de formation organisée par le comité départemental. Ce matin-là, j'ai voulu faire les choses autrement. Plutôt que de parler aux entraîneurs de ce qui se passe dans la tête de leur gym, j'ai voulu faire venir une gymnaste et lui poser des questions devant les entraîneurs pour qu'ils puissent l'écouter. Cette gymnaste c'est Louise, vous entendrez son parcours dans les minutes suivantes, ainsi que comment elle a vécu ses années de gym en sachant qu'elle n'est pas venue ici pour vendre la préparation mentale, elle n'a pas été payée pour venir, elle est venue bénévolement un dimanche matin pour partager son parcours à d'autres entraîneurs. Et j'avais envie de ne pas garder ça pour moi ou pour les entraîneurs qui étaient présents uniquement ce matin-là, mais plutôt le partager à d'autres entraîneurs, parce que vous passez des milliers d'heures dans le gymnase avec vos gyms, Très souvent, vous prenez le temps de les écouter, mais combien de fois vous savez vraiment ce qui se passe dans la tête de vos hymnes quand vous leur parlez ? Eh bien, je pense très peu de fois et donc c'est une occasion ici qu'on peut avoir de savoir ce qui se passe dans la tête de nos hymnes. A savoir, j'ai une petite précision avant de vous partager l'extrait de cette interview avec Louise. Louise n'était absolument pas préparée aux questions, elle les découvrait en même temps que la salle et je me suis moi-même autorisé à la challenger sur certaines questions. Un peu comme lors des séances de préparation mentale d'ailleurs. Et tu vas peut-être m'entendre dire « vous » par moment dans le podcast. C'est le moment où je m'adresse aux entraîneurs qui étaient en face de nous, dans cette salle, à ce moment-là. Mais tu peux complètement prendre ces passages-là pour toi, bien évidemment. Il me reste à te souhaiter une bonne écoute et de profiter de ce moment qui est assez rare où on entend une gymnaste partager son parcours avec autant de sincérité. Bonne écoute à toi. Écoute, j'aimerais bien qu'on prenne peut-être 5 minutes. pour en savoir un peu plus sur toi, apprendre à te connaître, parce que là, tu es là devant tout le monde, mais personne ne te connaît, ou il y en a quelques-uns qui te connaissent. Est-ce que tu pourrais peut-être déjà te présenter ? Quel âge tu as ? D'où tu viens ? Tu pourrais juste nous donner ces informations-là.
- Speaker #1
Donc, moi, je m'appelle Louise Lucas. J'ai 18 ans et je viens de Montaigu. J'ai commencé la gym quand j'avais 4 ans. Donc, ça fait déjà un peu peu de temps. Je suis passée par 3 clubs différents. J'ai terminé mes années de gym à Nantes en juin 2026.
- Speaker #0
On aura l'occasion d'ailleurs de revenir sur tout ce parcours. Est-ce que tu pourrais peut-être nous dire qu'est-ce qui a fait que déjà tu es tombée dans la gym, arrivée à la gym, ça aurait pu être plein d'autres sports finalement, mais qu'est-ce qui a fait que ça a été la gym pour toi ?
- Speaker #1
C'est ma maman qui m'a raconté ça, c'est que quand j'étais petite, j'avais à peu près 3-4 ans, elle me disait que je faisais que de grimper partout. sur les meubles de la maison, tout partout. Et donc, en fait, elle a dit que j'allais tester la gym parce qu'à la gym, on grimpe un peu partout aussi. Et en fait, c'est un sport qui m'a plu dès que je suis petite et auquel j'ai continué une grande partie de ma vie.
- Speaker #0
Je pense que c'est aussi le début peut-être de carrière de beaucoup de gymnastes. Quand on arrive à la gym, c'est parce qu'on a un enfant, peut-être parfois même qu'on dirait turbulent, ou un enfant qui a beaucoup d'énergie, du coup, on le met dans une salle de gym pour qu'il saute partout pendant deux heures de manière encadrée. Je pense que tu as parlé à beaucoup de gymnastes, mais qu'est-ce qui fait que tu continues la gym ? Parce qu'il y a cette raison qui fait que tu débutes, et ensuite il y a peut-être d'autres raisons qui font qu'on continue. Toi, ça a été quoi tes raisons qui t'ont fait continuer la gym finalement ?
- Speaker #1
C'est vrai que quand j'étais petite, je regardais aussi la gym une fois que j'avais commencé. Et j'avais beaucoup d'exemples de grands gymnastes, comme du coup Simone Biles, Mélanie, De Gis de Santos. Et puis c'est vrai que ça, c'est des gymnastes que j'ai beaucoup observés quand j'étais plus jeune. Et qui m'a donné l'envie de continuer, de progresser pour essayer, pourquoi pas, d'atteindre leur niveau. Et c'est vrai que ça m'a toujours plu depuis que je suis petite. J'ai tout de suite accroché avec la gym dès que j'ai commencé. Donc j'ai continué, continué.
- Speaker #0
Tu as vraiment eu un coup de cœur et à la fois tu as eu des exemples avec des gymnastes de haut niveau. D'ailleurs, tu saurais nous dire ce qui t'a marqué quand tu as vu Simone Baez ou Mélanie ? Tu nous parles de ces exemples-là. Il y a des choses qui t'inspirent chez elles ?
- Speaker #1
C'est leur gym surtout. J'aime beaucoup comment elles font leur gym, leur manière de faire, comment elles pratiquent, même les accros qu'elles font. C'est quelque chose de... que je rêve de faire un jour. Et donc, ça m'a toujours donné l'envie de faire la même chose et de produire la même chose.
- Speaker #0
Donc, elles t'ont inspirée sur leur manière de faire de la gym, leur qualité peut-être aussi dans la gym, leur qualité d'exécution, ce genre de choses, et les acrobaties extraordinaires qu'elles faisaient. C'est génial. J'aimerais qu'on revienne peut-être sur ton parcours à tes débuts. Est-ce que tu aurais peut-être... Des moments marquants quand tu étais plus jeune, quand tu as débuté la gym. Peut-être que quand on repense aux éléments marquants, on repense souvent à nos premières compétitions. Je crois qu'on a tous peut-être quelques souvenirs de nos premières compétitions ou des éléments marquants de ces premières compètes. Est-ce que tu aurais peut-être une anecdote à nous partager sur une première compète que tu as vécue ?
- Speaker #1
Mes premières compétitions, c'est vrai que j'étais très contente de les faire. J'ai fait d'abord à Montaigu. C'était quelque chose... Quand je débutais, je trouvais ça incroyable parce que c'était la première fois que je faisais. Et c'est vrai que c'est quelque chose où je ne me prenais pas du tout la tête quand j'étais petite. Moi, j'étais là, j'étais trop contente. C'était en fait un plaisir. Et je courais partout. Ouais, c'est vraiment quelque chose. Ma première compétition, je pense que c'est quelque chose où je m'en souviendrai parce que je pense que c'est la première chose où j'ai vraiment kiffé de faire.
- Speaker #0
Tu disais que tu pouvais courir partout, etc. Et donc, à ce moment... Quand je t'entends, j'ai l'impression d'entendre de l'innocence aussi dans cette première compète. En fait, tu m'as pas encore dit « Ah, ma première compète, elle m'a marqué parce que j'ai gagné 0-10 grâce à mon élément » . Tu me dis plutôt « Ouais, c'était des émotions, c'était des beaux moments » . Ok, on aura l'occasion peut-être de revenir sur la période de compète. Est-ce que tu pourrais peut-être nous dire, puisque tu as évolué d'année en année jusqu'à arriver à Nantes, C'était quoi ton quotidien sur tes dernières années de gym ? C'était encore d'ailleurs récent. Tu nous as dit que tu as mis fin à ta carrière en juin 2026. Mais sur tes dernières années, c'était quoi ton quotidien en tant que lycéenne, gymnaste ?
- Speaker #1
Moi, j'étais au lycée, forcément à Nantes. Et je faisais 15 heures de gym par semaine. J'étais dans un lycée qui me permettait d'avoir des horaires aménagés. Donc de finir les cours un peu plus tôt pour filer directement à la gym et faire un maximum de gym pour progresser encore plus et faire le plus de compétitions possibles. Parce que nous à Nantes, on était dans deux fédérations différentes, donc il fallait qu'on soit prête pour chaque compétition. Donc le fait de faire 15 heures de gym par semaine, c'est vrai que c'est quelque chose où on était prête à chaque compétition qu'on allait. Que ce soit en FSCF ou en FFG, où on allait, en fait, on était tout le temps prêtes, grâce aussi au lycée qui nous permettait de faire ça.
- Speaker #0
Et en même temps, ça n'a pas toujours été le cas d'avoir des horaires aménagés. Du coup, est-ce que toi, tu as remarqué une différence dans le fait de passer sur des horaires aménagés, d'avoir ton emploi du temps qui est adapté pour aller t'entraîner ? Et quelles ont été les différences selon toi,
- Speaker #1
si on a eu ? C'est vrai que moi, quand j'étais au collège, Je finissais tout le temps à la même heure, j'allais à la gym ensuite. Quand j'ai commencé mes 15 heures de gym par semaine, c'est vrai que l'intensité a beaucoup augmenté. Il fallait aussi que je me repose énormément. Au début, ça a été un peu compliqué parce qu'il fallait que je trouve le rythme pour me lever, me coucher, aller à la gym, switcher entre l'école, la gym, les devoirs, tout ça. Une fois que j'avais trouvé mon organisation Comment Faire, c'est vrai que ça a été plus facile, mais au début, c'est vrai que ça a pris du temps, ce qui est normal quand c'est la première fois qu'on fait ce genre de choses.
- Speaker #0
Et souvent, ce que je remarque avec les gymnastes, pour avoir été aussi entraîneur d'une section sportive, c'est qu'il y a un passage aussi dans la tête entre le moment où je vais m'entraîner en plus de l'école et le moment où l'école s'adapte pour que je puisse aller à l'entraînement. Ce que je remarque chez les gymnastes, c'est qu'il y a aussi par moments une montée de l'enjeu ou une montée de la pression qu'on se met parce qu'on se dit, du coup, mes parents ont signé pour ça. L'école, elle a signé pour que moi, je puisse aller m'entraîner plus tôt, mon entraîneur vient plus tôt. Est-ce que toi, c'est quelque chose que tu as pu ressentir de ton côté quand tu as eu les horaires adaptés ?
- Speaker #1
La première fois, oui. Parce que quand j'ai commencé, c'est vrai que l'organisation a été un peu compliquée. Des fois, je consacrais plus de temps pour la gym que pour l'école, donc mes notes, ça pouvait baisser. Mais j'avais toujours cette pression de me dire qu'il faut que tu fasses bien, que ce soit à l'école ou à la gym. où j'avais... Peur en fait aussi de décevoir mes parents parce que forcément moi je voulais bien faire pour eux, que ce soit le lycée, la gym. Et en fait une fois que j'ai trouvé mon organisation où j'arrivais à faire les deux en même temps, c'est vrai que c'était beaucoup plus facile. Et là j'ai réussi en fait à trouver vraiment mon rythme et à trouver le temps de tout faire en fait en même temps.
- Speaker #0
Donc ça t'a mis plusieurs années peut-être à trouver cet équilibre entre le sport, ce que te demande ta famille, la gym. D'ailleurs, tu disais que tu te mettais la pression. ou peut-être qu'on pouvait te mettre la pression. Qu'est-ce qui a fait, selon toi, ou plutôt, est-ce que tu aurais, avec le recul là, des exemples qui te disent « Ah ben c'est ça qui m'a mis la pression. » Il y a peut-être des paroles que tu as reçues qui t'ont mis la pression alors que ce n'était pas forcément volontaire. Est-ce que tu arrives aujourd'hui à déterminer d'où elle venait cette pression ?
- Speaker #1
Ben, parfois, c'est surtout moi qui mettais en fait la pression à moi-même parce que je me disais en fait « Il faut que tu fasses comme ça, que ce soit au lycée ou à la gym. » Et en fait, c'est vrai que c'est quelque chose où, quand là je prends du recul, c'est des paroles qui, je sais, m'ont mis la pression à moi-même, parce que ma maman, au contraire, elle était plus là pour m'encourager, même si, par exemple, mes notes pouvaient baisser, elle essayait en fait de continuer à me motiver. Alors au début, oui, ça a été compliqué, mais à force, une fois que j'avais vraiment trouvé, ça a été beaucoup mieux, je me mettais beaucoup moins l'impression. Enfin, tout a été... Beaucoup plus organisée et même pour moi, j'arrivais beaucoup plus à profiter, on va dire.
- Speaker #0
Là, tu nous parlais de ta maman, par exemple, qui était complètement au clé, qui t'accompagnait en tout cas et qui te soutenait, si les notes baissaient. Comment ça se passait au niveau du club de gym ? Est-ce que là-dessus, tu as pu ressentir par moments de la pression ?
- Speaker #1
Pas forcément parce qu'eux, alors oui, ils pouvaient suivre un petit peu nos notes. pour savoir comment ça se passait, tout ça. Mais ils nous ont encouragés quand même à nous dire ce que vous faites à la gym, vous le donnez aussi au lycée, à vos devoirs. Ils nous disaient, si vous devez rater un entraînement pour travailler, pour nous, il n'y a aucun problème. Vous nous le dites, ce soir, je ne serai pas là, je vais travailler. Eux, ils étaient totalement d'accord avec ça. Et justement, ils voulaient aussi que le lycée passe quand même avant la gym, si on avait besoin.
- Speaker #0
Je t'apprécie d'entendre le dire parce que par moments, en tant qu'entraîneur, quand j'ai été entraîneur, j'ai pu, moi, ressentir de la culpabilité de me dire j'ai les gymnastes qui se mettent la pression alors que je n'ai pas du tout l'impression de leur mettre la pression. Même en tant que parent, je pense que parfois on peut avoir cette situation-là d'avoir son enfant qui se met la pression alors qu'on essaie de tout faire pour qu'il ne se mette pas la pression. Et là, ce que Louise, elle est en train de nous dire, c'est qu'en fait, elle avait des parents soutenants, elle avait un club soutenant, pourtant elle se mettait elle-même la pression. Et je pense que tu es en train aussi de... de nous aider à avoir plus de clarté sur d'où est-ce qu'elle vient cette pression. Parfois, elle vient juste de l'athlète lui-même et de sa relation à sa pratique, sa relation au lycée, sa relation aux notes. Il y a un aspect presque individuel. Merci de le partager. Je pense que ça fera du bien à certains entraîneurs qui se posent beaucoup de questions sur leur positionnement et aussi à certains parents. Merci beaucoup, Louise, pour ça. J'aimerais qu'on rentre un peu plus dans ta tête, si tu le veux bien, sur comment toi, tu as vécu ces années, justement, de gym. Est-ce que tu es OK qu'on aille là-dessus ?
- Speaker #1
Oui, si, si.
- Speaker #0
De manière très concrète, est-ce que tu pourrais nous dire, dans la tête d'une gym, le jour des qualifs, le jour des régions équipes, le jour des régions indiennes, qu'est-ce qui se passe le matin, dans la tête, quand tu te lèves, comment ça se passe dans la tête d'une gym qui se prépare pour aller à sa qualif pour les Français ?
- Speaker #1
C'est un peu désordonné. Enfin, moi, je sais que dans ma tête, c'est un peu désordonné, parce que je sais qu'une qualif pour aller au championnat de France, c'est quelque chose où j'ai toujours rêvé d'y aller. Alors oui, j'en ai fait, mais les premières fois où je faisais ces qualifications-là, c'était n'importe quoi. Je me mettais trop de stress, trop de pression dans ma tête, parce que je me disais, tu veux cette qualif', donc il faut que tu fasses comme ci, il faut que tu fasses comme ça. Il ne faut pas que tu aies de déséquilibre, sauf qu'en fait, c'est à force de me dire ça que je faisais tout l'inverse de ce que je voulais. Et donc la première fois, c'est vrai que ça n'a pas été facile. Après... Plus je grandis, plus j'ai pris en maturité, donc ça a été un peu plus facile de gérer, mais je sais qu'il y a toujours une part de moi dans ma tête qui me disait « il faut que tu fasses bien les choses, si tu veux avoir ta qualité, sinon tu vas le regretter » . Alors qu'on a d'autres années, on a encore d'autres compétitions pour le faire, mais moi dans ma tête, je n'arrivais pas à me dire ça. À ce moment-là, au moment même, je n'arrivais pas à me dire… Non mais Louis, c'est à l'année prochaine pour tenter, c'est pas grave si tu te qualifies pas, tout ça. Et en fait, moi à ce moment-là, j'étais que dans l'optique, je veux aller aux championnats de France, je veux faire les championnats de France, donc il faut que je fasse comme ça.
- Speaker #0
Un peu comme si ton cerveau était tellement concentré sur la qualif du jour qu'il n'était pas du tout capable de dézoomer et de voir qu'il y avait encore plein de saisons à venir, plein d'occasions, de chances d'aller aux championnats de France, et pas juste tout ne se jouait pas aujourd'hui, entre guillemets. Ok, et concrètement, donc... donc tu te lèves, il y a ce genre de pression-là qu'on entend beaucoup dans ton discours de il faut, il faut, il faut, qui contraint vraiment le cerveau. Et à la fois, si on zoome vraiment avant le passage à l'agré, et je vais choisir un agré volontairement, genre, je sais pas moi, la poutre, juste avant la poutre, le jour des qualifs indives, tu fais ton échauffement, et puis souvent il y a les gyms qui passent avant toi. Comment ça se passe dans ta tête à ce moment-là ? Qu'est-ce que t'as essayé de faire pour gérer cette pression ? J'imagine qu'il y avait de la pression à ce moment-là.
- Speaker #1
Oui, il n'y en avait pas qu'un peu parce que la poudre, ça n'a jamais été mon point fort. C'est toujours l'agrès où j'avais énormément de mal. Et en fait, j'essayais de me dire qu'il fallait que je fasse élément par élément. C'est surtout ce que mon coach me disait. Tu fais élément par élément, tu commences par ça. Comment je dois le mettre en place ? Alors des fois, ça a été compliqué parce que je n'y arrivais pas. Je voulais tellement bien faire qu'en fait, je montais, mais je ne réfléchissais pas. Donc je tombais sur des trucs bêtes, où je ne devais pas tomber normalement. Et en fait, au fur et à mesure, j'arrivais un peu à penser, à me dire, ok, je dois faire comme ça. Par exemple, pour le salto arrière, je ne dois pas tourner mon bassin, je dois laisser mon bassin dans l'axe. Et en fait, quand j'arrivais à penser à ça, j'arrivais à faire mes éléments derrière. Mais c'est vrai qu'il y a parfois où j'ai toujours du mal à penser, parce que quand tu es sur la poutre... Des fois, t'es dans ta bulle et en fait, on pense pas forcément à ce qu'on fait. On veut juste, quand on est pas laisse comme moi, on veut juste terminer la poudre, fini. Mais j'essayais quand même au maximum de penser justement pour réussir et pour que je sois en fait contente de moi derrière.
- Speaker #0
Ok. Quand je t'entends, j'ai l'impression qu'il y avait une vraie bataille entre la pression, le « il faut réussir » et en même temps, on me dit qu'il faut que je réfléchisse élément par élément, mais en même temps, j'y arrive pas parce que je suis dans un état où... On est le jour de la région et j'ai qu'une chance pour réussir. Il y a une vraie bataille intérieure à ce moment-là, finalement. Et en même temps, tu me disais des fois, juste, je ne réfléchis pas et mon cerveau fonctionne de manière primitive. Je fais tous mes éléments et vite, vite, la sortie, comme ça, c'est fait. Je comprends bien ça. Est-ce que malgré tout, il y a des choses que tu te disais ? Comment tu te parlais à toi-même pendant les compétitions ?
- Speaker #1
Il y a parfois, je sais que, même si j'étais avec les filles, j'essayais quand même de, on va dire, m'éloigner un peu. Parce que, alors oui, elles étaient là, elles me soutenaient, ça, il n'y avait pas de souci. Mais je sais que j'aimais bien aussi un peu m'éloigner pour, en fait, essayer de m'encourager moi-même intérieurement. Même si parfois, c'est un peu compliqué parce que, admettons, on a déjà fait deux agrès, qu'on a chuté avant. En fait, il faut se remettre dans le jeu, il faut continuer la compétition parce que ce n'est pas fini. J'essayais de quand même m'encourager, de me dire, tu peux le faire, la compétition n'est pas finie. Il faut juste que t'arrives à faire comme ça, à souffler quand t'en as l'occasion. Et c'est vrai qu'une fois que j'avais fait ce genre de choses, d'essayer de me reconnecter aussi à moi-même pour souffler, je retournais avec les filles. Et c'est là où parfois j'arrivais à me sentir bien avant de faire la graie. Et où il y a des fois, je sais que quand c'était vraiment compliqué, il y a des fois où j'avais encore ma pression. Alors j'essayais de la canaliser quand même. Parce que si je sais que j'en ai trop, je sais très bien que je vais faire n'importe quoi derrière. Parce que c'est déjà arrivé, j'en ai déjà eu de l'expérience. Et ce n'est pas quelque chose où on est très content une fois qu'on a fini la grève. Mais j'essaie de faire au maximum de gérer ma pression quand ça n'allait vraiment pas. Pour donner tout, que ce soit en équipe, pour donner tout pour l'équipe. Ou quand c'est un individuel, juste pour que moi je sois quand même contente. Malgré si j'avais fait une chute avant ou quoi.
- Speaker #0
Et cette pression, elle te disait quoi du coup ? C'était quoi les mots ?
- Speaker #1
C'était plus du genre... si tu fais comme ça, tu vas chuter. Ou si tu fais ça, tu vas rater. Ce n'était que des trucs négatifs. Et donc forcément, des fois dans ma tête, c'était un peu négatif. Alors j'essayais quand même de trouver du positif. Mais c'est vrai que ce n'est pas toujours facile.
- Speaker #0
D'ailleurs, tu le disais, c'est d'autant plus difficile quand on a eu des agrès avant sur lesquels on a déjà eu des chutes. Surtout quand je crois que plus on avance dans l'âge... plus on a cette maturité cette lucidité sur les points sur le système de qualif quand on sait qu'on est tout juste pour faire 50 points et que la qualif elle se joue à 50 et qu'on vient de faire une chute sur le premier agré on pourrait avoir tendance à se dire c'est mort, c'est fichu et dans ce cas là ça peut être difficile de terminer la compète dans la joie et la bonne humeur et malgré tout c'est le lot de tous les gymnastes de faire des chutes, de faire des erreurs, de tomber en compète à ce moment là toi comment est-ce que tu pouvais réagir je crois que tu as eu plusieurs façons de réagir par rapport aux échecs, aux ratés. Est-ce que tu pourrais peut-être nous partager ça a été quoi tes différentes réactions ?
- Speaker #1
Parfois, quand je chutais, je sais que j'étais tellement déçue de moi intérieure que je lâchais tout en fait. Je pleurais. Clairement, j'étais sur le plateau, mais je pleurais. En fait, parce que je me dis... En fait, quand je pleurais, je me disais tout le temps mais c'est la fin en fait, genre c'est fini. Alors que des fois, il nous reste un agrès, il nous reste deux agrès. Et en fait, la compétition n'est jamais finie tant que la personne micro n'a pas dit qu'il faut sortir du plateau. Et c'est vrai que quand je pleurais, c'est vrai que j'étais dans cette optique-là. Mais il y a parfois, on va dire, j'étais un peu plus énervée contre moi, sans pleurer, mais j'étais énervée contre moi et cette haine, en fait, s'il restait des agrès, je la mettais dans les autres agrès. Je sais que parfois, quand j'avais de la haine... envers moi parce que j'ai chuté, parce que j'ai pas fait comme je voulais. Si par exemple c'était en poutre et qu'il reste le sol derrière, pour le sol je vais tout donner et je vais mettre toute la haine que j'avais pour la poutre, je vais la mettre dans le sol, ce qui me permet aussi de réussir derrière. Ou pas, parce que des fois je me mets tellement de pression avec cette haine que je rate, mais on va dire que ça a plutôt fonctionné. transvaser mes émotions dans les agrès qui me restent pour justement bien faire et que je sois quand même un minimum contente de ma compétition.
- Speaker #0
Donc si je comprends, il va se passer quelque chose, peu importe ce qui va se passer, ça va générer une émotion, j'essaie de créer un modèle, ça va générer une émotion et toi tu te sers de cette émotion pour la suite. Et je trouve ça assez intelligent si on analyse ça d'un point de vue mental parce qu'on pourrait subir l'émotion et toi tu reprends le contrôle dessus en te disant non, plutôt que de subir ce qui est en train de se passer pour moi. Je n'ai pas choisi ce qui se passe comme émotion en moi, par contre, je vais décider de m'en servir pour la suite. Ça peut être inspirant pour certains coachs ou certaines gymnastes qui pourraient nous écouter. Merci beaucoup pour ça. D'ailleurs, à ces moments-là, qu'est-ce qui a pu te faire du bien, peut-être dans ton entourage, dans ce qu'on a pu te dire ? Peut-être que c'était de ne pas avoir d'entourage à ce moment-là, mais qu'est-ce qui te faisait du bien à ce moment-là ?
- Speaker #1
Je sais que ma maman était souvent dans les gradins. Elle était souvent là quand elle pouvait, elle venait. Et je sais que moi, j'avais cette manie, c'est qu'à chaque fois que, avant de faire mon agrès et après l'avoir fait, j'avais tout le temps en fait un regard envers elle parce que j'avais besoin de son avis. Et je sais que si par exemple je chutais, elle me regardait, elle me faisait des signes en mode souffle, ça va aller, il te reste tel agrès, tel agrès, ça va le faire en fait. Et je sais que juste le fait de la voir et d'avoir ses gestes, je sais que parfois Ça me faisait quand même du bien parce que je me dis, ok, il reste à l'agré, donc il faut que je souffle, il faut que je me calme. Et puis en fait, si je fais correctement, ça va le faire. Sinon, mes coachs étaient là aussi. Quand ma maman n'était pas là, ils étaient là, ils nous disaient tout le temps. Moi, je sais que souvent, des fois, ils me prenaient à part parce qu'ils savent très bien que je me mets énormément de pression. Donc, ils me prenaient à part, ils me disaient, Louise, il te reste à l'agré, souffle, ça va le faire. En fait, ils avaient les mêmes mots. que ma maman me donnait. Donc forcément, ça me rappelait, on va dire, ce qu'elle me donnait. Et donc, j'arrivais un peu plus à gérer mes émotions en compétition.
- Speaker #0
Et pour te connaître, du coup, je sais qu'il y a eu plusieurs saisons, même, où on arrive avec plein d'espoir, on se donne les moyens, on travaille dur, et finalement, le résultat, à la fin, n'est pas là. On ne décroche pas la fameuse calife qu'on aimerait avoir. Comment est-ce que toi tu vis ça quand c'est vécu, et je pense que ça parlera à beaucoup d'entraîneurs et beaucoup de gymnastes, quand c'est vécu de manière presque répétée, année après année ? Je me relance dans la saison, je me dis allez c'est la bonne, je donne tout dès le mois d'août avec la prépa physique, je travaille mes nouveaux éléments, je travaille mon exécution, j'arrive à la qualif, je suis prête, et pourtant ça ne passe pas, année après année. Comment est-ce que tu vis ça ? Et peut-être aussi la deuxième question que j'aimerais te poser dans un second temps, c'est avec le recul, quelles leçons tu as peut-être envie d'en tirer ?
- Speaker #1
C'est vrai que sur le coup, je me disais souvent, ok, j'ai raté l'année dernière, cette année, je vais tout donner parce que je vais l'avoir cette qualif. Quand j'avance dans la saison, je vais au qualif, je la rate. Forcément, au fond de moi, je suis déçue, je suis triste. Parce que je me dis, en fait, je me donne tous les moyens. À l'entraînement, je me bats pour avoir cette qualif. En compétition, j'essaie de faire mon maximum pour avoir cette qualif. Et en fait, je ne l'atteins pas. Donc forcément, au fond de moi, c'est dur parce qu'il y a énormément d'émotions. Et c'est vrai que pour le coup, ma maman qui est là, des fois, je sais qu'elle ne me parle pas. Mais elle me prend juste dans ses bras et ça m'aide. Mais c'est quelque chose en fait. qui m'est toujours resté en moi, le fait de ne pas me qualifier. Quand j'ai eu ma première qualification, l'année dernière, c'était en mai 2025. J'ai eu ma qualification. Là, j'ai été super contente parce que c'est une qualification que j'ai toujours voulue. Ça faisait quatre ans que je n'arrivais pas à l'avoir. Donc forcément, quand j'ai enfin eu, je me dis que mon travail commence à payer. Et en fait, j'arrive... Donc elles étaient à Oyonnax, j'arrive à Oyonnax, premier agrès, je fais deux chutes, je me dis, ok, il te reste trois agrès derrière, t'es là pour le kiff, parce que je jouais rien du tout, je le savais très bien. J'étais là pour le kiff, et en fait j'arrive au sol, premier accroche, je tombe, et deuxième, je me blesse. Et c'est là que je me dis, en fait j'ai fait tout ce parcours pour me blesser, et sur le coup c'est vrai que... Je m'en voulais à moi-même, alors qu'en soi, ce n'est pas forcément de ma faute ce qui m'est arrivé. Je n'ai pas fait la bonne réception qu'il fallait que je fasse, mais je m'en voulais à moi-même. J'étais énervée contre moi parce que je me dis, en fait, première année que je me qualifie au championnat de France, il faut que j'arrête la compétition parce que je me blesse et il faut que j'aille à l'hôpital. Et c'est là que je me dis, ce n'est pas possible. Et en fait, moi de base... J'étais censée arrêter la gym déjà l'année dernière. Et je me suis dit non, je ne peux pas arrêter sur ça. J'ai continué cette année. Je n'ai pas eu ma calife parce que je me suis blessée encore avant. Mais ça arrive. Mais avec le recul, je me dis que si je pouvais commencer la prépa mentale un peu plus tôt pour savoir gérer mes émotions en compétition, pour savoir faire comme il faut, ne pas me mettre de stress ou au contraire avoir du bon stress pour m'aider à faire les éléments. S'il faut que je revienne en arrière pour le faire, je le ferai. Parce que je sais que ça m'a énormément aidée. Quand je regarde l'année dernière, je sais qu'en compétition, je n'ai pas pleuré une seule fois. Je n'ai pas été énervée une seule fois, même si je chutais. Justement, j'arrivais quand même à trouver du positif derrière tout ça, alors que d'habitude, c'est quelque chose que je n'aurais jamais fait. Donc, s'il y en a vraiment qui étaient comme ça, vraiment, c'est quelque chose où il faut qu'elles testent. Et parce que moi, je sais que ça m'a énormément apporté. Alors si ça peut apporter à d'autres gens, à d'autres gyms, il faut qu'elles foncent, même si au début, elles ne peuvent pas croire que ça fonctionne, parce qu'il y en a qui disent « Non, ça ne va pas fonctionner » . Alors qu'en fait, avec du recul, quand on a fait, tu vois que moi, je me dis, là, avec le recul, quand je regarde mes compétitions de l'année dernière, c'est vrai qu'en fait, je ne me reconnais pas. Quand je voyais une moi il y a deux ans et une moi l'année dernière, sur les compétitions, en fait, je ne me reconnaissais pas. Parce que j'étais pas du tout dans la même optique. Mentalement, j'avais pas du tout la même chose. Et donc, quand je l'avais vue, j'étais... C'est pas moi, c'est pas possible. Alors qu'en fait, si. C'est juste que j'avais changé ma manière de faire les choses et ma manière de penser en fait en complète. C'est tout.
- Speaker #0
Il me semble important de rappeler que je n'ai pas payé Louise pour dire tout ça. Merci Louise. je dis merci pour moi mais merci pour la préparation mentale vraiment, on aura l'occasion peut-être de parler un peu plus de l'accompagnement qu'est-ce qu'on a pu mettre en place comment t'as vécu ça etc juste, tu me disais que ça t'avait servi la préparation mentale et moi je le vois aujourd'hui, rien qu'avec ta présence et le fait que tu puisses venir nous parler de tout ça avec honnêteté sincérité, c'est aussi ce qu'on développe en préparation mentale c'est être vraiment pleinement qui on est, l'accepter se l'autoriser Merci. Et c'est vraiment ce que tu es en train de nous démontrer et d'incarner, donc merci beaucoup pour ça. Et je me dis qu'une Louise qui n'aurait pas vécu la préparation mentale, peut-être qu'elle ne serait pas là aujourd'hui devant nous, en s'autorisant à parler de tout ça, ces moments difficiles pendant sa carrière. Merci beaucoup. Et en même temps, je crois qu'en venant ici, devant nous, devant les entraîneurs, tu es aussi en train de donner du sens à ce qui s'est passé pour toi, à cette blessure, ces quatre ans de préparation. Et je crois que ça va parler à tellement de monde de s'entraîner tellement dur. Enfin réussir et finalement quand on réussit, on rate derrière. J'ai l'impression que c'est peut-être un cercle comme ça qui se répète tout le temps. On réussit, puis au moment où on a réussi, on re-rate. À ce moment-là, tu as vécu la blessure du coup au championnat de France. Tu nous partageais à quel point ça avait été difficile à ce moment-là. Aujourd'hui, avec le recul, tu me disais que tu arrivais à trouver du positif dans la situation et je vais peut-être te challenger. avec ça, parce que c'est peut-être la situation la plus difficile pour laquelle je te posais la question, mais en quoi tu peux trouver du positif dans cette situation de t'être préparée pendant 4 ans, enfin avoir décroché ta qualif et finalement te blesser au championnat de France ? Je te challenge là.
- Speaker #1
J'avoue que là, pour le coup, sur cette compétition, j'arrivais pas vraiment à trouver de positif parce que dans ma tête, c'était tellement compliqué le fait que je me blesse. que je voyais du négatif partout. Pour moi, il n'y en avait pas. Alors que le positif, en fait, avec du recul, c'est que j'ai été aux championnats de France. Pour moi, le positif de cette compète, c'est que j'ai participé. Oui, je n'ai pas fini la compète. J'ai été présente, par contre, aux championnats de France. J'ai participé aux championnats de France avec le recul. Moi, c'est ce que je retiens. Et c'est mon positif. Alors oui, je n'ai pas fait la plus belle des compètes que j'ai pu faire. Parce que j'ai chuté et tout ça. Et je ne dis pas le contraire. Mais juste le fait d'avoir été présente au championnat de France, c'est ce que je retiens et que je retiendrai.
- Speaker #0
J'ai l'impression que si on posait la question à la Louise il y a peut-être 4 ou 5 ans, elle rêverait peut-être de faire deux chutes au championnat de France, de se retrouver au championnat de France et de pouvoir y faire des chutes, parce que ça voudrait dire qu'elle y est, qu'elle s'est calichée et que son travail a payé. C'est intéressant de voir cette situation aussi avec cet angle-là. Je pense qu'il y a une partie aussi qui est très importante. à aller voir ensemble, c'est aussi la relation que tu peux avoir avec les entraîneurs. En plus, au moment où on enregistre ça, il y a plein d'entraîneurs devant nous, et je pense qu'ils seraient ravis d'écouter une gymnaste parler de ça. Dans ta relation aux entraîneurs, est-ce que tu pourrais peut-être nous dire, toi, tu vas parler que pour toi, tu n'es pas la voix de tous les gymnastes, mais qu'est-ce qui te donne confiance, toi, chez un entraîneur ?
- Speaker #1
Moi, je sais que ce qui me donne confiance chez un entraîneur, c'est que l'entraîneur, il est présent pour la gym, Que ce soit compliqué ou pas, parce que forcément, il y a des entraînements qui peuvent être plus compliqués. Moi, je sais que j'en ai connu, surtout que j'ai un fort caractère. Donc, aux entraînements, quand c'est compliqué, je sais que j'ai vraiment tendance à ne pas trop parler. Et ça, en fait, ça se voit que je suis énervée contre moi parce que c'est compliqué. Mais malgré ça, en fait, les entraîneurs, ils sont quand même là. Ils vont quand même essayer de nous parler. Même s'ils savent que la gym n'est pas très contente, moi je sais que le fait qu'ils ont été là, même si parfois c'était compliqué, parfois c'était plus facile, ils ont toujours été présents et ils m'ont toujours soutenue. Et je sais que moi c'est quelque chose que j'ai beaucoup apprécié chez les entraîneurs, parce qu'en fait ça me motivait encore plus à bien faire les choses et à pouvoir progresser.
- Speaker #0
Donc c'est leur capacité à te soutenir dans les hauts comme dans les bas qui te permettait d'avoir confiance en eux et de bien te sentir à l'entraînement.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Malgré tout, je crois qu'il y a aussi, tu disais qu'il y a des entraînements qui ne se passent pas bien pour les gyms parce qu'on arrive, des fois on est fatigué, les éléments ne passent pas alors qu'on arrive la veille, c'est frustrant, c'est énervant et on a toutes les réactions qu'on peut avoir. Mais parfois c'est aussi l'entraîneur qui arrive à l'entraînement fatigué ou qui arrive parce qu'il a eu le week-end de compète et puis on ne lui a pas donné de jour de repos. Et donc, il arrive fatigué à l'entraînement, ou bien l'entraîneur peut arriver parfois frustré parce qu'il ressort d'une réunion avec son comité ou que sais-je. Est-ce que toi, c'est des choses que tu as pu sentir par moments, que ton entraîneur n'était pas juste un robot, mais que lui aussi était un être humain ? Et comment tu vivais ça, toi, de voir ton entraîneur parfois dans des états différents ?
- Speaker #1
Je sais que... Donc moi, mon ancien entraîneur, quand j'étais à Nantes... Je sais que c'est vrai que c'est quelque chose qu'il avait beaucoup, parce que lui, il était entraîneur, mais il était également au staff, c'était prof de sport, donc forcément, c'était compliqué. Parfois, en fait, il venait, il essayait toujours d'avoir le sourire et d'être de bonne humeur, parce qu'il veut aussi transmettre sa bonne humeur, mais on savait qu'il était fatigué, on savait que forcément, ça n'allait pas. Donc nous, en fait, de notre côté, même si les entraînements, c'était pas Ce qu'on voulait pour nous, mais que lui était fatigué, en fait, on essayait de faire un maximum, de ne pas montrer que nous, ça nous énervait qu'on n'arrive pas justement, parce qu'on savait très bien qu'il était fatigué. Donc on essayait juste de faire comme on pouvait. Si jamais on est fatigué, on allait juste lui dire qu'on était un peu fatigué, donc on préfère faire de cette manière pour éviter de se blesser et tout ça. On savait que lui aussi, il était fatigué, donc on lui a dit, on lui disait tout le temps, on lui demandait si ça allait quand même, parce que forcément, quand quelqu'un est fatigué, ce n'est pas toujours très facile. Mais on a essayé de tout faire pour qu'il ne soit pas encore plus fatigué à cause de nous, ou qu'il soit énervé justement. Même s'il est fatigué, on voulait quand même qu'il soit content d'être avec nous et content d'être là.
- Speaker #0
Vous êtes des gymnastes idéales, tous les entraîneurs aimeraient avoir des gymnastes ainsi. Ils vont voir leur entraîneur en lui disant « J'ai repéré que tu étais fatigué, je vais tout donner pour toi aujourd'hui. » Ça semble merveilleux la façon dont on parle. Et je l'apprécie, ça a été certainement une réalité. Et en même temps, je crois qu'il y a peut-être aussi une autre réalité qui coexiste où l'entraîneur est fatigué, moi aussi je suis fatigué, il me demande des choses, je n'arrive pas à répondre à ses demandes. Est-ce que tu as vécu ce genre de situation ? Il y a des moments où on ne s'entend pas, parce qu'on est juste deux êtres humains dans une salle, on est dans la recherche d'un objectif, mais tous les deux, on a nos états. Est-ce que c'est des moments que tu as vécus ? Et quels souvenirs t'en gardes de ces moments-là ?
- Speaker #1
Oui, je pense qu'on peut tous avoir vécu au moins une fois ce moment, parce que, comme tu dis, on est tous des êtres humains, on n'est pas des robots. Donc forcément, parfois, on est tous fatigués, on ne s'entend pas tout le temps, c'est normal. parce qu'on a tous un caractère différent. Donc c'est normal qu'on ne s'entende pas tout le temps. Mais après, on essaye de faire des efforts chacun de notre côté. On essaye de trouver, on parle, on essaye de faire un compromis pour se dire « Ok, aujourd'hui tu fais comme ça, par contre dans la semaine, tu feras de cette manière. » On essaye de trouver un entre deux de ce que nous on veut. Et puis à la finalité, on y arrive. Et puis après, on fait comme on voulait le faire, comme on devait le faire dès le départ. On le fait plus tard dans la semaine, quand on se sent mieux, quand l'entraîneur aussi peut se sentir mieux. Et puis après, tout roule. Donc c'est bon.
- Speaker #0
Ok, j'ai l'impression que tout ça ne peut se passer que s'il y a un ingrédient qui est fondamental, qui est la communication finalement. Chose qu'on développe aussi en préparation mentale. D'ailleurs, on apprend à nos athlètes à communiquer leurs besoins, comment est-ce qu'ils se sentent. L'exprimer envers l'entraîneur, etc. Néanmoins, est-ce qu'il y a des choses sur lesquelles, peut-être des sujets ou des situations sur lesquelles c'était plus difficile pour toi d'aller voir l'entraîneur ? Il y a peut-être même des choses que tu n'as jamais dites à tes entraîneurs parce que c'était dur d'aller leur dire. Est-ce qu'il y a des choses qui te parlent quand je te dis ça ?
- Speaker #1
Quand j'avais mal quelque part.
- Speaker #0
Quand tu avais mal quelque part ?
- Speaker #1
Ah oui, ça je n'en disais jamais. Parce que pour moi, j'étais dans ma tête, bah ok. t'as mal à la cheville, t'as mal au genou c'est pas grave en fait tu fais parce que pour moi si j'étais à la gym c'était pour faire, c'était pas pour me plaindre j'ai mal au genou j'ai mal à la cheville pour moi ça c'était pas possible même si j'avais mal quelque part je faisais de la gym quand même et après le soir quand je rentrais chez moi s'il fallait que je glace, je glaçais je faisais le nécessaire pour calmer la douleur quand même mais je sais que ça c'est quelque chose que je disais jamais à mes entraîneurs parce que je ne pouvais pas.
- Speaker #0
Est-ce que tu as senti que le fait de ne pas le communiquer, de ne pas aborder ce sujet-là avec tes entraîneurs, ça a pu avoir des conséquences pour toi, des conséquences pour eux, et peut-être même des conséquences sur votre relation ? Parce qu'on sait que dans une relation, quand on se cache des choses, ça peut effriter la relation. Est-ce que toi, tu as senti que ça a eu des conséquences sur tout ça ?
- Speaker #1
Ça a eu des conséquences sur moi, parce qu'au jour d'aujourd'hui, quand je regarde avec le recul, je me dis, en fait, tu aurais dû dire ça, Parce que... Quand je regarde le jour d'aujourd'hui, il n'y a pas longtemps, je me reblesses. Aujourd'hui, j'ai toujours mal aux genoux, j'ai toujours mal à mes chevilles. Je sais qu'elles ne sont pas réellement réparées comme il faut. Donc je me dis, en fait, tu aurais dû dire que tu avais mal, soigner comme il fallait, faire des pauses s'il fallait, parce que c'est vrai que là, je me dis, je regrette un peu de ne pas avoir dit, parce que vu que j'ai toujours les douleurs, des fois, quand je fais des choses, c'est contraignant. Après, forcément... Quand t'arrives le jour de la compète et que t'as mal à la cheville ou au genou, que t'as pas dit à ton entraîneur la semaine qu'il te voit faire un strap, qu'il te regarde et il fait « bah t'as mal ? » « Oui, j'ai eu mal toute la semaine. » Et là qu'il te dit « bah pourquoi tu m'as pas dit ? » Là tu sais que ça fait quelque chose quand même à l'entraîneur, le fait qu'on ne dise pas qu'on avait mal quelque part, parce qu'on lui a caché, et en fait on a forcé dessus alors que la gym elle avait mal. Et c'est vrai que... Moi, je sais que du coup, c'est ce que j'ai vécu avec mon entraîneur. Et il m'a dit, mais tu me l'aurais dit, on aurait fait des exercices adaptés, justement, pour ne pas avoir mal. Mais malgré ça, après, je n'arrivais pas à dire que j'avais mal quand même.
- Speaker #0
Une question peut-être plus préparatrice mentale, là, je vais rentrer dans mon rôle de préparatrice mentale. Mais la majorité de nos comportements sont dirigés par nos émotions, parce que c'est elles qui nous mettent en mouvement. Et une des émotions qui dirige la majorité de nos comportements aujourd'hui, c'est la peur. Du coup, moi j'ai envie de te poser une question, et libre à toi d'y répondre, peut-être que tu ne sais même pas, mais selon toi, quelle est la peur qui faisait que tu n'osais pas aller leur en parler, dire de quoi tu avais peur ?
- Speaker #1
J'avais peur de ce qu'il allait me dire derrière. En fait, c'est surtout que dans ma tête, je me disais, mais si tu vas lui dire, Sastro, il va être déçu parce que tu as mal quelque part. Alors forcément, il peut être déçu pour nous parce qu'on a mal quelque part, donc on ne fait pas comme on a envie de faire. Mais d'un côté, c'est un entraîneur et en fait, il peut comprendre que tu as mal à tel endroit. et qu'il peut adapter les choses. Mais moi, je sais que même si j'avais mal quelque part, je n'arrivais pas parce que j'avais peur de ce qu'il allait me dire derrière. Alors oui, forcément, quand je lui disais que j'avais mal au genou, normal que ça me saoulait parce que j'ai toujours eu des problèmes au genou. Donc à un moment donné, quand on répète « j'ai mal au genou, j'ai mal au genou, j'ai mal au genou » , à force, c'est énervant pour lui comme pour moi. Donc, c'est normal, mais surtout, j'avais peur de ce qu'il allait me dire derrière, alors qu'en soi, il n'y a pas vraiment à avoir de peur.
- Speaker #0
Je ne veux pas remettre en question la légitimité d'avoir peur ou non, c'est tout à fait normal. Et en même temps, je pense que tu nous le disais très bien, que des fois, ça peut saouler. Quand l'entraîneur a une gym entre les mains qui a en plus du potentiel... C'est le rôle aussi de l'entraîneur de voir le potentiel de la gymnaste, voir jusqu'où elle peut aller. Et parfois, ça peut être saoulant pour lui, mais si c'est saoulant, c'est aussi parce qu'il voit ton potentiel et il voit à quel point tu pourrais aller loin. Et donc, on peut aussi regarder cette face-là. Si je prends ça comme un Rubik's Cube, c'est un peu une autre face du Rubik's Cube. On peut se dire, waouh, en fait, si mon entraîneur est saoulé et que je lui dise que j'ai mal, c'est aussi parce qu'il croit en moi. Et il a une vision sur moi qui est assez positive. Je pense que ça intéresse aussi d'aller regarder ça. Merci pour ce partage-là. Je pense que ça pourra vraiment aider les entraîneurs dans leur posture avec leur gym. J'ai quelques questions pour toi sur la prépa mentale, l'accompagnement, comment ça se passe. Parce que c'est vrai que c'est quelque chose dont on ne parle pas. Et je veux encore une fois te remercier parce que très peu de gymnastes prennent la parole en disant « moi j'ai fait de la prépa mentale, moi je suis accompagné » . Même si on en parle beaucoup aujourd'hui, très peu prennent la parole dessus. Donc, t'es ok qu'on aille là-dessus ?
- Speaker #1
Pas de soucis.
- Speaker #0
Est-ce que tu pourrais peut-être nous partager, toi, qu'est-ce qui a fait qu'à un moment donné, tu t'es dit, je vais aller voir un préparateur mental ? Qu'est-ce que tu avais comme difficulté ? Qu'est-ce que tu rencontrais et qui t'a fait dire, là, il faut peut-être que j'aille voir un préparateur mental ?
- Speaker #1
C'est surtout le fait qu'en compétition, je me mettais trop de stress, trop de pression et je n'arrivais jamais à le gérer. Et en fait, à un moment donné, j'étais tellement déçue de moi à chaque compétition que je me suis dit, il faut que je fasse quelque chose. Et en fait, je suis allée voir maman, j'ai fait « Maman, il faut que je vois un préparateur mental » . J'ai fait « Là, je ne peux pas continuer comme ça, à être déçue de moi, à toujours voir du négatif à chaque compète » . Et donc en fait, on cherchait. Et moi, à ce moment-là, je te suivais déjà sur Insta, donc je voyais déjà tes posts. Et je me suis dit « Regarde maman, en fait, je me retrouvais dans certains posts. » Et je me dis « Je me retrouve dedans » . Et en fait, c'est vrai que quand elle a lu... Elle me retrouvait aussi dedans, parce que forcément, elle me connaissait, donc elle savait à peu près ce que je ressentais. Et donc en fait, à ce moment-là, on s'est dit, on tente. Et puis on verra comment ça se passe.
- Speaker #0
Et tu dis que tu es allée voir ta maman en disant, j'ai besoin ou je veux faire de la préparation mentale, mais comment est-ce que tu as connu ça, du coup, c'est via les réseaux, ou on t'en avait parlé ? Parce qu'aller voir son parent pour dire, je veux faire de la préparation mentale ou c'est ça dont j'ai besoin. Ce n'est pas inné, on n'est pas avec cette idée-là. Comment tu as connu ça du coup ?
- Speaker #1
Sur les réseaux. Oui, c'est vrai que je suis un peu plusieurs préparateurs mentaux. Et puis même, mon coach m'en avait un peu parlé parce que je lui disais que j'en avais marre en fait de tout le temps être déçu de moi à chaque compétition. Et puis, c'est là qu'il me dit, mais pourquoi tu ne t'essayes pas ? Tenter de voir quelqu'un pour un préparateur mental, etc. Et en fait, lui, de son côté, il nous en a fait venir une à la salle qui faisait et préparatrice mentale et sophrologue. Mais en fait, je n'avais pas vraiment accroché avec elle. De une, parce que je la connaissais. Donc forcément, c'était plus compliqué d'accrocher avec elle. Et de deux, j'étais moins à l'aise avec sa manière de faire. Donc c'est vrai que c'était plus compliqué. Et donc en fait, suite à ça, j'ai dit à maman, il me faut ça. Il faut que je change.
- Speaker #0
Génial. Donc on voit que ça peut venir de l'entraîneur qui a le bon réflexe de rediriger vers un préparateur mental, que les réseaux ont aussi joué là-dedans pour trouver le bon contact, la personne avec qui tu t'entends bien. Parce qu'il y a cette notion qui est super importante avec le préparateur mental. comme une relation qui doit s'instaurer parce qu'on va aborder des sujets qui ne sont pas toujours évidents. Quand on parle de notre rapport à l'échec, de notre confiance en nous, de notre estime, il faut aussi se sentir en confiance pour aborder ces sujets-là avec quelqu'un. Et en même temps, quand tu as débuté, ou avant peut-être de débuter la préparation mentale, tu t'attendais à quoi ? Tu pensais qu'on allait faire quoi ensemble ?
- Speaker #1
En fait, je n'avais pas vraiment d'idée. Quand j'ai démarré, j'avoue que je me suis dit « On va démarrer et puis on verra ce qu'on fait, on verra comment ça se passe. » Parce que je n'avais pas d'idée précise, en fait, réellement, comment ça se passait. Parce que forcément, tous les préparateurs mentaux n'ont pas la même méthode de faire, n'ont pas les mêmes techniques. Donc quand j'ai vu celle qui est venue à la salle, on faisait quasiment que des exercices de respiration. Oui, ça peut aider. Mais c'est vrai que moi, ce n'est pas ce qu'il me fallait réellement. Et quand du coup, on a commencé les séances, quand j'ai remarqué comment ça fonctionnait, je me dis, ça, ça va. Ça, j'aime bien. Je pense que ça peut fonctionner.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on a fait du coup et qui t'a paru pertinent ? Qu'est-ce qu'on a fait concrètement et qui t'a aidé ?
- Speaker #1
Chaque séance, le début, c'est le fait que tu demandais comment on allait, la manière dans laquelle on était à l'instant T, et qu'après, on retravaille dessus, on retravaille sur ce qu'on avait peur, par exemple, ou les blocages qu'on pouvait avoir, et le fait qu'on travaille dessus, je sais que c'est quelque chose qui m'a aidée et que j'ai aimé faire, comprendre un peu pourquoi ça bloque. Qu'est-ce que je peux mettre en place derrière pour que tout fonctionne après ?
- Speaker #0
Quand tu me parles, je repense à une séance qu'on a eue. Tu me dis si c'est OK pour toi que je le partage, mais en fait, on avait eu une séance. J'essaie de rendre ça beaucoup plus concret pour les gens parce que là, on est venu, on a discuté, on a vu le problème et puis après, je reparle des outils. Mais je me rappelle qu'on a eu une séance et c'était sur le début de la saison. Et je ne sais plus, tu me disais que tu t'énervais quand tu ratais des gammes au sol. Genre les rondades plate-dos, les trucs comme ça, vous savez qu'on fait avec une chausse là, rondade plate-dos, rondade flippe. Et tu sais que tu t'énervais quand tu n'y arrivais pas, et quand on a creusé ensemble, en fait ce qui se jouait, c'était qu'il y avait les petites poussines du groupe d'à côté qui te regardaient, et que dans ta tête, c'était pas ok que la grande Louise du club, elle montre mal l'exemple. qu'elle rate devant les petites poussines. Parce que, attendez, vous imaginez, si moi, Louise, je rate devant les petites poussines, les petites poussines, elles vont prendre des mauvaises habitudes. Elles ne vont pas bien rentrer les pointes à l'arrondage, elles ne vont pas bien pousser dans les bras si moi, je n'y arrive pas devant elles. Et en fait, il y avait un blocage là-dessus. Il y avait un truc dans la tête, il y avait un vélo qui tournait dans la tête de Louise de « Aux yeux des petites, je dois être parfaite. » Et si je rate, en fait, limite le club ne va pas bien avancer à cause de moi. Tu te rappelles ? Il y a un truc qui se jouait là-dessus. Et pourquoi je vous partage cet exemple ? Parce que parfois, ça n'a rien à voir avec l'élément en tant que thème, mais plus à voir avec les conséquences de ce qui est en train de se passer. Et là, on aurait pu discuter 50 minutes de comment tu poses tes mains à la rondade, comment tu pousses dans les bras. En fait, ce n'est pas ça qui se jouait pour elle. C'était que si elle ne respectait pas une consigne technique, alors on pensait que les petites allées dupliquaient ce qu'elle était en train de faire et que du coup, l'avenir du club était en jeu. Vous voyez un peu jusqu'où ça peut aller par moment, dans la tête des gyms ? Et je partage ça parce que parfois, on donne plein de consignes techniques, on donne beaucoup d'importance à la technique, comment poser les mains, etc. où on va questionner l'agime sur la technique, alors qu'en fait, ce qui se joue là, il n'a rien à voir. C'est complètement autre chose. Tu as un truc à dire là-dessus ? J'ai l'impression de t'avoir exposé devant les autres. Ah non,
- Speaker #1
mais oui,
- Speaker #0
c'est bon. Est-ce que tu pourrais peut-être nous partager ce qui a changé dans ta tête en ayant ce genre de séance où on va creuser, on va chercher plus loin, on remet en question certaines idées que tu avais, certaines croyances ? Qu'est-ce qui a changé pour toi ?
- Speaker #1
Du coup, je voyais plus la même chose, je voyais différemment, on va dire, dans le sens où dès que j'avais peur, par exemple, si on avait déjà parlé de la peur dans les séances, j'essayais de refaire ce qu'on avait fait pour justement que moi je me dise qu'il faut que ça devienne un peu un automatisme, c'est qu'à chaque fois que j'ai peur, Il faut que j'arrive à faire de telle manière pour que moi, je sois mieux, que ce soit dans ma tête ou à l'entraînement. Et ça, c'est quelque chose que j'arrivais un peu plus à faire à force. Parce qu'on ne rencontre pas des peurs tous les jours forcément, on peut en rencontrer souvent. Mais j'arrivais un peu plus à le faire et c'est quelque chose qui m'a aidée justement de refaire. qu'on faisait pendant les séances, et même encore aujourd'hui, ça m'a même aidée pour le lycée, justement, parce que forcément, au lycée, des fois, j'avais des peurs pour des évaluations, des exercices ou quoi. Donc j'arrivais un peu à remettre, un peu différemment, mais je remettais, je refaisais en fait les choses, mais dans ma tête. Donc c'est vrai que ça m'a aidée, ça.
- Speaker #0
Ouais, on parle de toi, et tu nous parlais de ta relation avec ton entraîneur, où t'avais une relation de confiance, où vous communiquiez beaucoup. Est-ce que toi, de ton côté, ton entraîneur t'a fait des remarques là-dessus ? Est-ce qu'il a vu d'ailleurs que tu avais fait de la préparation mentale, qu'il y avait des choses qui avaient changé pour toi ?
- Speaker #1
C'est vrai qu'au tout début, quand j'ai commencé, je ne lui en avais pas forcément parlé. Et en fait, au fur et à mesure... Il a trouvé que dans ma manière d'être aux entraînements, il a trouvé que ça allait mieux. Parce que je m'énervais moins, j'essayais de réfléchir un peu plus à ce que je faisais, à la manière de faire. Et en fait, à un moment donné, il me voit et il me fait « Mais Louise, il se passe quoi pour que tu sois comme ça ? » Et là, je lui dis « Je fais de la prépa mentale » . Et là, il m'a dit que c'était très bien, qu'il fallait que je continue comme ça parce que c'était en train de m'aider et que si je continue à faire comme ça... Eh bien, j'allais prendre les compétitions, on va dire, plus au sérieux, mais j'allais réussir à un peu plus profiter et justement à être plus fière, on va dire, de moi et contente justement de ce que j'ai fait, même s'il y a des chutes, même s'il y a des ratés, parce que ça peut arriver, on est des êtres humains.
- Speaker #0
Et on voit l'importance pour ton entraîneur que toi, tu ressortes de ces compétitions, que tu es fière de toi, que tu prennes du plaisir, au-delà de l'aspect performance. On ne l'a même pas dit, mais tu faisais des compétitions dans un niveau quand même national, donc avec une certaine exigence. On pourrait se dire qu'on ne pense qu'à ça, mais finalement l'entraîneur était satisfait aussi s'il y avait la notion de fierté, de plaisir en compétition. Merci de le partager, ça rentre totalement dans l'équation. Pour terminer, peut-être que si tu pouvais transmettre un message, d'ailleurs tu as des entraîneurs, c'est toi. Si tu pouvais transmettre un message aux entraîneurs, je ne te demande pas de sortir une citation de philosophe ou quoi que ce soit, juste parle avec le cœur. Si tu avais une chose peut-être à transmettre aux entraîneurs et aussi une chose à transmettre aux autres gyms, qu'est-ce que tu aurais envie, toi, de leur transmettre à propos de la prépa mentale ou autre ? Qu'est-ce que tu aurais envie de transmettre, toi ?
- Speaker #1
Pour les gyms, que si jamais, en fait, elles se sentent... pas forcément bien aux compétitions, aux entraînements, qu'elles sont toujours déçues, d'essayer de changer, de voir un peu de manière différente les choses, de comment faire les éléments, d'éventuellement, si elles n'arrivent pas, essayer d'aller parler aux entraîneurs, parce que ça, c'est quelque chose où les entraîneurs peuvent justement aider à essayer de voir autrement les choses pour aider les gyms. Et si ça ne fonctionne vraiment pas, essayez de la préparation mentale parce que ça ne fonctionne pas pour tout le monde. Ça peut marcher pour certaines, mais pourquoi pas pour elles, essayer si elles en ont déjà l'envie parce qu'il faut aussi en avoir envie. Et on va dire qu'il faut aussi un peu y croire que ça marche parce que je pense que si tu n'y crois pas, je ne pense pas que ça marche à 100%. Ça peut marcher un temps, mais pas tout le temps. Et donc déjà, juste pour elle, en fait, d'essayer de faire différemment, de parler, de voir autrement. Si on bloque sur un élément, c'est OK de reprendre à zéro. S'il faut reprendre à zéro, on reprend à zéro pour reprendre justement confiance sur l'élément. Et ce que je pourrais dire, en fait, pour les entraîneurs, c'est que s'ils voient qu'une gym bloque, les pap... pas forcément bien ou elle est un peu énervée, soit essayer de lui parler pour essayer de comprendre aussi elle ce qu'elle ressent intérieurement pour justement pouvoir l'aider derrière, lui parler calmement, comprendre ce qu'elle ressent, qu'elle se livre un peu à eux pour l'aider à progresser, l'aider à voir un peu autrement. À gérer le stress, la pression, et qu'en fait, elle soit quand même contente, même s'il peut y avoir des chutes ou il n'y en a pas, mais qu'elle soit quand même contente de ce qu'elle a fait.
- Speaker #0
Il y a une chose qui est beaucoup revenue, et je te remercie, Louise, de l'avoir apportée, c'est de voir les choses autrement. Parce qu'effectivement, dans notre très joli sport qu'est la gymnastique, il y a plein de choses sur lesquelles on n'a pas le contrôle, qui ne dépendent pas de nous. Les règles sont les règles, les agrès sont les agrès, le temps d'échappement c'est le temps d'échappement, les points sont les points. Par contre, on peut effectivement changer notre rapport à tout ça, la manière dont on le voit et comment on relationne avec tout ça, et c'est là où on a le plus de contrôle, et c'est là où la prépa mentale a le plus d'impact. Donc merci d'en avoir parlé Louise. Est-ce qu'on peut remercier Louise quand même pour ce partage ? Merci Louise. Moi j'en ai peut-être une dernière pour toi. Comment ça s'est passé pour toi l'exercice ? Parce que je le disais, c'est assez inédit, je crois que ça n'a jamais été fait en fait, de réunir des entraîneurs, faire venir un gymnaste, lui poser des questions devant tout le monde et qu'on prenne la parole. Comment ça s'est passé pour toi l'exercice d'échanger et de discuter devant 40 paires de yeux qui te regardent comme ça ?
- Speaker #1
Au début, c'est un peu stressant parce qu'on n'a pas l'habitude. Après, je sais qu'une fois que c'est parti, j'étais plus à l'aise, donc c'était plus facile. Au début, j'avoue que c'était un peu stressant, mais je sais pourquoi je le faisais. Et j'avais envie de partager ça et j'avais envie de le faire.
- Speaker #0
J'avais vraiment envie de poser cette question parce que pour moi, elle résume vraiment la manière dont on doit se préparer en compétition. C'est-à-dire, oui, quand j'arrive, c'est hyper stressant. J'arrive dans un environnement tout à fait nouveau. Une fois que c'est parti, c'est parti parce que je suis juste dans le moment présent et concentré à faire ce que j'ai à faire. Et en même temps, ce qui m'a permis de me concentrer dans le moment présent, c'est de savoir pourquoi je le fais. Et donc merci parce qu'en répondant à cette question, tu as vraiment un résumé de comment fonctionne la préparation mentale et comment on se prépare pour un événement. Merci beaucoup Louise encore une fois. Voilà, c'est la fin de cet épisode. Ce qui m'a le plus marqué en la réécoutant, c'est une phrase que Louise a répétée sans s'en rendre compte. Elle a dit « voir les choses autrement » . En fait, à aucun moment elle n'a parlé de technique, ni même d'un outil ou d'une méthode de préparation mentale. Vous remarquez, elle n'a pas parlé de cet outil miraculeux de respiration ou de visualisation qui lui a permis de tout changer dans sa gym. Par contre, elle a parlé d'un changement de regard, de perception. Et c'est exactement là que la préparation mentale a le plus d'effet selon moi, parce que dans notre sport, très souvent les règles sont les règles, et on n'a pas tellement de mouvements là-dessus à apporter. Par contre, ce qu'on peut changer, c'est notre rapport à tout ça. Alors la question sur laquelle je vais te laisser peut paraître bizarre, mais je vais te la poser quand même. Quelles sont les choses dans la gym que tu ne peux pas changer ? Et qu'est-ce que tu peux changer par rapport à ce que tu ne peux pas changer ? Voilà. j'ai juste envie de te laisser là-dessus et si t'as envie d'échanger, moi je reste dispo par message privé sur Instagram par exemple ou par mail, et je te dis à très bientôt Si ce que tu viens d'entendre t'a parlé ce n'est probablement pas par hasard c'est souvent le signe que tu as déjà compris que le problème n'est pas de travailler plus mais de comprendre autrement. Si tu veux aller plus loin que ce podcast, tu trouveras tout ce qu'il te faut pour continuer de t'entraîner mentalement dans la description de cet épisode. Ce podcast est là pour ouvrir des prises de conscience. L'accompagnement, lui, permet de les transformer en changements concrets, à l'entraînement comme sur le plateau de compète. On se retrouve très vite pour le prochain épisode et d'ici là, souviens-toi, dans la gym comme dans la vie, ce qui compte n'est pas ce qui t'arrive, mais ce que tu en fais. Musique