Speaker #0La salle d'asile, qu'est-ce que c'est ?
C'est une institution d'éducation pour les enfants qui est apparue au début du 19e siècle. D'abord en Angleterre et puis en France assez rapidement dès 1828. Le but c'est de protéger les enfants des dangers de la rue, de la misère, de la misère sociale. Je ne vais pas aller trop vite. C'est une méthode qui est venue d'Angleterre parce qu'en Angleterre, c'est là qu'a lieu d'abord la révolution industrielle. Et c'est là que la misère, en fait, dans les villes devient très préoccupante. Donc, c'est pour protéger les enfants et leur donner une éducation morale, religieuse, et puis, les premiers principes, les premières bases d'une instruction primaire, à savoir lire, surtout et écrire et un peu compter. Alors, le fondateur des salles d'asile en France, c'est Jean-Denis Cochin, qui était avocat, il était aussi maire du 12e arrondissement de Paris. Il a entendu parler de ces expériences britanniques et il veut faire la même chose en France, et donc il crée, dans son arrondissement, une salle d'asile. Donc, il s'inspire en fait d'un manuel qui existe déjà en Angleterre. En Angleterre, ces écoles-là s'appellent des Infant Schools. Et lui, il rédige aussi un manuel pour conduire cette école de la première enfance. Il le rédige en 1833. Il reprend en fait le manuel anglais. Il a envoyé aussi Madame Millet. Donc il y a plusieurs dames patronesses, des femmes riches, des notables parisiens, parisiennes en France, qui se réunissent, qui veulent fonder ces écoles-là à Paris. Et donc il envoie Mme Millet se tenir au courant de l'expérience anglaise et elle lui faire rapport. Et bon, lui, à partir de ça, il va créer cette première salle d'années en France. Il écrit aussi ce manuel, donc ça va être la base de la pédagogie des salles d'asile.
Et puis, ce sera repris par le gouvernement pendant la Monarchie de Juillet. En 1837, il y a une ordonnance royale qui va organiser sur toute la France ces salles d'asile, puisqu'on est très content de l'expérience parisienne, qui en a eu plusieurs dans Paris qui se sont créées suite à l'expérience de Denis Cochin.
Et donc là je vous présente ce à quoi ressemblaient les salles d'asile à l'époque de leur création à Paris : on voit une grande salle où on réunit plus de 100 élèves, voire 200. C'est comme pour l'école mutuelle, on y rassemble beaucoup d'enfants. On voit que les filles sont d'un côté, les graçons de l'autre, ça c'est une caractéristique qui restera. Et on voit au fond tous ces gradins. Donc les gradins, ça c'est vraiment l'invention des salles d'asile. Donc on va réunir au début de la classe, à l'entrée de la classe, les enfants vont se mettre sur les gradins et c'est là qu'on leur fera répéter des formules, des réponses à des questions. Ce sera un enseignement très mécanique. Et les gradins symbolisent cet enseignement mécanique fait par questions et réponses. Alors, ce sera beaucoup religieux. Il y aura beaucoup de vérités religieuses comme ça qui seront dites par les enfants suite à des questions posées par l'adulte, mais qui seront des réponses apprises par cœur. Et on voit aussi ces tableaux là devant les élèves, ce sont des tableaux de lecture : donc on commence à apprendre à lire les lettres. On reprend le système d'enseignement mutuel, c'est à dire que ce sont des élèves plus grands qui vont montrer les lettres aux plus petits qui vont répéter les lettres qui vont répéter aussi, il y aura des tableaux de syllabes on fera répéter les syllabes puis des tableaux de mots, on fera répéter les mots. Donc il y aura un moment dans la classe où les enfants vont faire ça, des moments où ils seront aux gradinx pour répondre à des questions mécaniquement. On voit d'ailleurs que les tableaux sont accrochés sur les côtés de la classe. Il y a un boulier compteur aussi, on le voit au fond. Pour apprendre à compter, on utilise un boulier compteur. Ce sont des exercices qui seront faits aux gradins par l'instituteur ou l'institutrice. Alors à l'époque, les hommes peuvent enseigner dans les salles d'asile. Ça va disparaître ensuite. Jusqu'en 1855, on permet aux hommes d'enseigner dans les salles d'asile. Parce qu'au départ, c'est un homme, Jean-Denis Cochin, qui est quand même le directeur de la première salle d'asile de Paris. Mais ensuite, ce ne seront que des femmes. Il faudra attendre en France les années 1970, pour avoir des hommes dans les écoles maternelles de nouveau. Donc voilà, ça vous donne une idée un peu de la pédagogie. Alors on voit le portrait de Louis-Philippe, donc il y a les symboles. Là, on ne voit pas de signes religieux, mais il faut imaginer quand même un Christ ou une Sainte Vierge, enfin, il faut imaginer ça aussi.
Alors les femmes ont joué un rôle très important dès le début, donc des dames très riches, des grandes bourgeoises, comme Eugénie Millet. C'est elle qui va en Angleterre faire son rapport sur les Infant Schools. Et puis, Émilie Mallet, qui est la femme d'un grand banquier, qui va organiser les premières écoles parisiennes. Et puis aussi Marie-Pape Carpentier, dont vous avez déjà entendu parler, parce qu'elle est assez connue. Il y a une école d'ailleurs à Rennes qui porte son nom. Donc, elle va être directrice de'une salle d'asile à La Flèche. Et puis, elle va être surtout la directrice de l'Ecole pratique à Paris de toutes les directrices de salles d'asile. Enfin, voilà, ce sera une école de formation, et beaucoup de directrices de province vont aller se former à Paris pour apprendre la méthode des salles d'asile qu'on apprend en trois mois. Trois ou six mois, enfin, c'est pas deux ans. Donc c'est un l'apprentissage d'une méthode pratique. Comment conduire les élèves ? Comment diriger les exercices aux gradins? Comment on procède pour la lecture ? Donc on est dans un enseignement très pratique. Mais c'est une femme qui a eu beaucoup de mérite, il n'y a pas beaucoup de femmes qui occupent des postes comme ça à ce
Alors, pour étudier l'histoire des salles d'asile à Rennes, je me suis basé sur deux documents phares qui m'ont beaucoup intéressés.
- Le livre de comptes de l'oeuvre des salles d'asile, qui court sur 30 ans, de 1839 à 1869, qui est conservé ici aux archives municipales de Rennes. C'est un document qu'on trouve très peu. Je ne sais pas, je suis allé dans d'autres Archives départementales et municipales et je n'ai pas trouvé ce genre de document. Au départ, c'est un document qui appartient à la Société de Saint-Vincent-de-Paul : c'est donc un document de la société charitable qui a fondé les salles d'asile à Rennes. Ce qui est intéressant, c'est qu'on voit les recettes et dépenses chaque année, donc on voit à quoi sert l'argent, on voit le personnel, les locaux. On voit aussi l'évolution du financement.
- Et le deuxième document, c'est le rapport d'inspection de Pauline Kergomard, que j'ai trouvé un peu par hasard, à Paris, aux Archives nationales. Et alors, il est d'autant plus important qu'on ne connaît pas les rapports de Pauline Kergomard, à part deux qui ont été imprimés. Elle en a sûrement écrit un par an, sur vingt ou trente ans. Donc, il y en a beaucoup, mais qui ne sont pas connus. Et il s'agit de son premier rapport d'inspection.
Pauline Kergomard, à l'époque, c'est l'inspectrice générale des salles d'asile, en 1879. Elle a été nommée par Jules Ferry. C'est une républicaine. Elle a une conception très novatrice de l'éducation, de l'école maternelle, de ce qu'elle doit être, et des salles d'asile à l'époque. Son rapport est assez long, il y fait une quarantaine de pages et il y a deux pages sur Rennes et c'est intéressant parce qu'elle est très sévère avec les salles d'asile de Rennes et je vous dirai tout à l'heure les effets de son rapport. Et on voit bien, vraiment, le choc pédagogique entre la conception des salles d'asiles et la conception de l'école maternelle, enfin, ce qu'elle rêve comme école maternelle, elle, qui n'est sans doute pas la conception de toutes les autres inspectrices générales, elles sont 8 à l'époque. Elle sort donc un peu du lot. Elle a vraiment joué un rôle important pour rénover justement la conception de ces écoles-là.
A gauche, on a le livre de compte qui n'est pas très agréable à lire, ça ne raconte pas beaucoup d'histoires, mais on se prend au jeu de regarder les chiffres, de comparer tout ça. Et puis à droite, c'est la première page du rapport de Pauline Kergomard. "Monsieur le ministre", écrit à la main, à l'époque on écrit qu'à la main, donc c'est presque comme un cahier d'écoliers. Dans le premier document, le document comptable, on voit d'abord que l'œuvre est écrite par une société charitable, la Société de Vincent-de-Paul, qui regroupe des notables, des catholiques, des jeunes, la plupart des jeunes notables, qui veulent faire une action charitable auprès des pauvres qui sont très nombreux dans la ville de Rennes, c'est à peu près un habitant sur quatre, d'après le docteur Toulmouche qui a fait une enquête à cette époque-là. Mais j'y reviendrai aussi. Et donc, ce qu'on voit dans le document comptable, c'est qu'au début, il y a des souscripteurs, donc beaucoup de notables, c'est toujours pareil, ce sont des gens riches qui vont donner de l'argent pour cette œuvre. Et, au fur et à mesure, en fait très vite, il n'y aura pas assez d'argent et puis on demande à la ville, à la municipalité de prendre en charge une partie de la dépense, ce qu'elle fait, déjà 6 ans après la création, en 1844. La ville fournit pour 44% de la dépense et, en échange, on veut bien que le maire vienne dans le conseil d'administration. Je reviens sur le docteur. Toulmouche, j'en ai parlé. Il a écrit un livre en 1849 pour dresser un petit peu l'état de la population rennaise. Il y a des éléments très intéressants par rapport à la pauvreté, justement. On a 40 000 habitants à Rennes à l'époque, 10 000 pauvres. Donc lui s'est basé sur les registres des paroisses où on inscrit tous les noms des indigents. Donc il n'a pas évalué son chiffre au hasard. Donc il y avait 10 000 indigents. Donc c'est des gens qui ont besoin des secours, de la charité publique, pour survivre. Il y a beaucoup de mendicité, des enfants qui mendient justement. Et aussi, il y a quelque chose qui est important, c'est la mortalité infantile. Il a fait une étude sur tous les décès entre 1831 et 1835, c'est un petit peu avant l'écriture de son livre, et sur 8148 personnes décédées, on peut compter, alors si on ne compte pas les morts-nés, mais c'est déjà 7,3% des décès, c'est énorme. Et si on compte les enfants de moins de 5 ans, ça fait 27%. Plus d'un décès sur quatre, c'est un enfant de 1 à 5 ans qui meurt. C'est énorme. Donc pour l'établissement des salles d'asile dans ce cadre-là, on comprend que c'est quand même un refuge contre la misère. Pour les notables, ils cherchent des solutions à cette misère parce que c'est partout dans la ville. La salle d'asile est une solution pour soulager la misère. Il y aura que des pauvres dans les salles d'asile, il n'y a pas de riches. C'est vraiment une institution charitable.
Je reviens en arrière parce qu'avant la société charitable, la ville voulait déjà créer une salle d'asile à Rennes, depuis 1834. C'est la politique du Gouvernement de Juillet depuis 1830 : on veut développer les écoles primaires et on veut développer les salles d'asile. Et donc à Rennes, on veut aussi faire ça. En 1837, on pense à une salle d'asile mais elle a une forme ronde, avec une école mutuelle à côté, donc c'est un groupe scolaire. Et je pense qu'il est situé rue de Saint-Malo, enfin bon, là je m'avance un peu parce qu'il n'y a pas tellement d'indices pour dire que c'est là. Donc c'est Millardet, c'est celui qui a construit l'Opéra, qui fait ce plan. Il n'est pas retenu parce que justement la salle d'asile a une forme ronde, ce n'est pas du tout la norme. Et donc Millardet fait un autre plan en 1838, un an plus tard, très beau aussi. On voit comme une coupole à la salle d'asile, une belle entrée, et puis, toujours, cette forme ronde. Et bon, il s'entête, mais ça ne plaît pas et le projet sera refusé. Dommage mais bon, il y a aussi beaucoup de problèmes financiers qui font que la ville ne s'engage pas plus loin. Donc la mairie abandonne ce projet qui sera repris par la société charitable et par le milieu catholique, l'Evêque et les prêtres de Rennes. Parce que j'ai parlé des souscripteurs mais les prêtres de Rennes vont s'engager dans des collectes dans toutes les églises et ça va financer une bonne partie des premières années de fonctionnement. Les collectes sont comme les souscriptions, ça va aussi baisser au cours des années. Parmi les ecclésiastiques, l'abbé Jehannin est le curé de Saint-Aubin, aujourd'hui place Sainte-Anne. C'est toujours l'église Saint-Aubin d'ailleurs. Mais à cette époque-là, ce n'est pas cette église-là. C'est une église plus petite, située au niveau du manège.
Et donc l'abbé Jéhannin, c'est un prêtre très, très actif qui adhère complètement au projet de salle d'asile et il va travailler avec la Société Saint-Vincennt-de-Paul, et c'est lui qui va faire construire la première salle d'asile de Rennes. Auparavant, il existait une salle d'asile dans la rue Saint-Malo, dans un bâtiment qui était loué mais il se trouve que très vite le bâtiment ne convient. Il est insalubre, les enfants sont trop serrés. Et donc, la Société cherche à créer un bâtiment adapté. Et c'est l'abbé Jéhannin qui va réunir les fonds pour faire construire cette école qui existe toujours, qui est l'école de la rue Saint-Malo. Cette école est toujours pratiquement dans sa structure de départ. À part les ailes qui ont été transformées, mais le bâtiment du fond est comme il a été prévu en 1843. Alors c'est un arrangement en fait entre la société charitable et la ville. La ville cèse un terrain qu'elle avait prévu pour construire une salle d'asile, mais bon ça ne s'est pas fait. Donc elle cède son terrain et donc l'abbé Jéhannin peut construire son école sur ce terrain-là. Mais la ville conserve la propriété du terrain, c'est pour ça que l'école est toujours là et qu'elle est municipale depuis longtemps. Parce que la ville exige que l'école construite par Jéhannin soit à destination des jeunes enfants. Donc ce sont les conditions de départ. L'évêque de Rennes, Mgr Brossay-Saint-Marc, lui, veut renouer une blason de l'Eglise catholique, qui a une grande, grande influence. Donc, lui va se mettre président de l'Oeuvre des salles d'asile. Il se méfie quand-même un peu de la Société. Alors, je ne vais pas rentrer dans les détails, parce qu'il y a des guerres de pouvoir. Il se méfie de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, qui sont des laïcs. Mais ils ont une vision très légitimiste, très à droite, on dirait aujourd'hui. Et lui, il veut composer avec la ville, avec les autorités accadémiques. Donc, ce n'est pas quelqu'un qui veut se mettre à dos les autorités locales. Donc, il va se mettre à la tête de l'Oeuvre des salles d'asile, il va vouloir en diriger les vues juste au départ. Après, en fait, la ville va très vite prendre la main sur ses salles d'asile à cause du financement. Ce qui va sauver aussi l'oeuvre des salles d'asile, c'est donc la ville qui vient au secours, mais il y a aussi les dames patronesses. Elles existent depuis le départ, c'est prévu par la loi, par l'ordonnance royale. Il faut qu'il y ait un comité de dames patronesses, tel qu'à Paris. Les dames patronesses vont veiller au bien-être des enfants, à ce qu'ils aient suffisamment à manger, à ce qu'ils soient bien vêtus. Donc elles ont vraiment une fonction charitable. Et elles seront assez nombreuses à Rennes, entre 40, 60, 110 dames patronesses qui vont régulièrement s'occuper des salles d'assile. Elles vont visiter, elles vont organiser des loteries, elles vont distribuer des vêtements, du pain. Elles ont un système de collecte d'argent aussi. J'ai calculé qu'elles apportaient 20% du budget. Donc 44% par la ville, 20% par les dames patronesses. Donc ça fait que les souscriptions, les quêtes dans les églises, en fait, c'est devenu minoritaire. Et donc après, c'est les dames patronesses qui vont avoir un peu le leadership avec la ville. Et on voit bien dans le registre, en ait, que c'est cela qui se passe sur les 30 années.
Alors, j'ai parlé de pain. Donc, ce qui est intéressant, c'est qu'il y a des soupes, ce sont les premières cantines, en fait. Au départ, en fait, les enfants doivent apporter leur panier avec ce qu'il faut pour manger. Donc l'institutrice, la religieuse, vérifie le panier chaque matin et si le panier n'est pas garni, l'enfant est renvoyé chez lui. Donc ça c'est dans le règlement de départ. Et puis, petit à petit, les besoins sont tellement importants et il y a des enfants qui viennent sans doute sans rien du tout. Et donc les dames patronesses ont organisé des distributions de pain dans les salles d'asile. Et ce sera généralisé au cours du 19ème siècle. En 1882, au moment de la laïcisation, il y a déjà des soupes régulières dans toutes les salles d'asile, des soupes pour tous les enfants. Donc ça, ça veut dire qu'il y avait vraiment ce besoin de nourrir les enfants. Et peut-être qu'au départ, dans le règlement, on n'avait pas mesuré l'ampleur de la misère sociale. Les salles d'asile vont avoir beaucoup de succès, elles seront remplies à ras bord, parce que les familles en avaient besoin pour nourrir leurs enfants et aussi pour les vêtir, parce que les dames patronesses apportaient des vêtements qu'elles cousaient elles-mêmes aussi. Elles faisaient ce travail de couture. Donc ça c'était essentiel et je pense que les salles d'asile ont eu ce succès à cause de cet aspect charitable, plus que pour l'instruction en fait. Sur le cadastre de 1843, on voit très bien le Couvent de Jacobin, avec l'office du tourisme, et ce qui est aujourd'hui l'école maternelle de la rue Saint-Malo, où c'est écrit « salle d'asile ». Le bâtiment du fond, c'est le bâtiment d'origine. Ce qui a changé, c'est les ailes : il y avait deux préaux au départ qui seront après transformés en réfectoires. Sur le plan de 1883, on voit bien les gradins donc il y a deux classes, une pour les garçons et une pour les filles et ils ont deux cours séparés, avec un mur entre les deux cours. Ils ont des toilettes séparées, des réfectoires séparés. En fait, c'est deux écoles dans une école. Ce sera critiqué par les inspectrices générales. Et Pauline Kergomard, elle, elle se bat pour la mixité. La vraie mixité, c'est-à-dire qu'on ne met pas les garçons d'un côté et les filles de l'autre. Elle dit que c'est une source d'enrichissement pour les enfants. Mais ça c'est nouveau à l'époque, les gens ne pensent pas comme ça.
Une deuxième salle a été créée, quelques mois après celle de la rue de Saint-Malo, dans la basse-ville au sud de la Vilaine, rue Poullain-du-Parc En fait, c'est une ancienne tannerie que la société charitable a louée, assez grande pour accueillir 300 enfants. Ce bâtiment n'existe plus, tout le quartier a été complètement transformé souts le Second empire. Le gros problème de ce lieu, c'est que le bâtiment est fragile. Il menace de s'écrouler. Et en 1860, on décide d'évacuer les enfants. On a peur pour leur sécurité. Et aussi, le quartier est très malsain. Il y a des anonneries, des tanneries. Il y a des ruisseaux, deux ruisseaux, qui étaient d'anciens bras de la Vilaine où tout le monde jetait des ordures, donc ça sent très mauvais et c'est très insalubre.Voilà le rapport que fait la déléguée spéciale, donc c'est une inspectrice qui n'est pas rennaise envoyée par le ministère. Donc elle dit ça : "C'est une tannerie. Les enfants étaient au nombre de 116, ordinairement il monte jusqu'à 140. Alors on doit bien souffrir car les classes sont bas d'étage, l'air ne s'y renouvelle pas parfaitement. Sans cesse nos étouffions, beaucoup d'enfants dormaient, ceux qui soutenaient plus vigoureusement le point de chaleur ont bien répondu et assez bien chanté." On imagine l'état ! Alors, cette salle-là a été fermée en 1860-1861. Je n'ai pas réussi à déterminer quand. Elle a été transférée dans l'ancien hôpital Saint-Yves, de l'autre côté de la Vilaine, pendant 3 ans, 4 ans. En 1864, on installe cette salle d'asile entre la rue des Carmes et la rue Vasselot. À l'arrière, ce sont des bâtiments de la ville maintenant. Et il y avait un couvent, là, le couvent des Carmes. Et donc il y a de très belles images de cet endroit. Donc la salle d'asile s'installe là. Mais vous verrez plus tard que ce n'est pas mieux que la tannerie.
Je n'ai pas parlé du personnel. Dans le registre des comptes, on voit que ce sont des religieuses qui s'occupent des enfants. Il y en a quatre, il y en a deux par salle d'asile, une pour les garçons, une pour les filles. C'est l'ordre ordre religieux de Ruillé-sur-Loir fondé en 1806 s'occupe des salles d'asile. Cela s'explique car c'est lui qui s'occupe déjà de l'école de filles des soeurs de la Providence de Ruillé, dans le quartier de la rue de Saint-Malo, là où se trouve l'hôtel-Dieu, dans le bas de la rue, au croisement de la rue Legraverend et de la rue de Saint-Malo. Elles étaient installées là depuis 1821 et la Société charitable a fait appel à elles parce qu'elles s'occupent déjà de l'enseignement des filles.
Alors, la troisième salle d'asile, c'est une salle d'asile moderne pour l'époque. Elle n'existe plus aujourd'hui. C'est là où se trouve l'école Louise-Michel, dans le quartier du Colombier. Cette salle est ouverte en 1878, sous la Troisième République et le maire de Rennes, c'est Pierre Martin. Donc là il y a beaucoup de Républicains convaincus, laïcs. Il décide de confier cette salle d'asile à des laïcs. Mais à l'époque c'est très difficile de trouver des directrices laïques pour s'occuper des salles d'asile. Elles sont toutes tenues par des religieuses, dans tout le département et en Bretagne, mais c'est le cas pour les écoles de filles aussi. Et donc il trouve une Brestoise, Mademoiselle Prigent, qui elle est très religieuse et va faire beaucoup de catéchisme, faire venir le curé souvent dans l'école, ce qui ne plaira pas beaucoup à Pauline Kergomard. Donc, on voit bien que la municipalité confie à une laïque, mais doit quand-même donner des gages aux catholiques, à l'esprit clérical. Sur le plan de la salle de boulevard de la Tour d'Auvergne, on voit toujours les fameux gradins. Et puis, il y a des salles qui sont adjacentes, qui servent à regrouper des élèves aussi, parce qu'en fait, il y a trois classes.
Donc je reviens un peu sur Pauline Kergomard. C'est une bordelaise, elle est née en 1838, dans une famille protestante, assez bourgeoise. Son père est inspecteur primaire mais, en fait, il n'a jamais vraiment exercé comme inspecteur primaire parce qu'il avait des idées qui ne plaisaient pas au Gouvernement. Mais bon, ça situe un peu le niveau social. Elle a été institutrice privée pour des jeunes filles de bonne famille. Elle a rédigé des articles divers, des livres pour enfants. Elle a vécu à Paris. Elle a été beaucoup influencée par une de ses sœurs et par son beau-frère qui était un républicain convaincu. En fait, elle baigne à Paris dans un milieu de républicains laïcs. Donc, elle a des idées très avancées pour l'époque. Elle fait partie de toute cette génération. On peut citer Ferdinand Buisson, qui est son ami, et tous ces républicains laïcs qui ont créé l'école publique française, qui ont laïcisé l'école, en 1882. C'est Ferdinand Buisson qui lui met le pied à l'étrier, qui l'encourage à passer le concours d'inspectrice de salle d'asile. Elle n'a jamais dirigé de salle d'asile, selon moi, elle n'a pas eu le temps. Mais elle a été reçue au concours, elle a été tout de suite nommée inspectrice générale. Il y en avait huit à l'époque, c'est quelqu'un d'important. Il n'y a pas beaucoup de femmes qui occupent ces postes. Je le redis, c'est comme pour Marie-Pierre Carpentier, c'est rare, les femmes qui occupent des postes gouvernementaux. Donc, ce sont des exceptions. Et donc, elle arrive, elle fait sa première tournée d'inspection en Bretagne. Et là, c'est le choc ! Alors, elle, sa conception de l'école maternelle, ce n'est pas l'école, en fait. Elle, ce qu'elle connaît, c'est l'éducation maternelle. Elle va d'ailleurs écrire un livre qui s'appelle "L'éducation maternelle dans l'école." C'est-à-dire que sa conception est Rousseauiste, quand on lit Jean-Jacques Rousseau, c'est ça. C'est que l'enfant, il faut le laisser libre. Il fait des choix, il fait ses expériences. La mère est là pour le guider, pour lui poser des questions Donc c'est pas du tout directif, on laisse beaucoup de liberté à l'enfant, il faut qu'ils fassent ces expériences, il doit être autonome dans son apprentissage.Elle ne veut pas l'école maternelle en fait, elle dit "c'est bon pour les pauvres" , c'est une vision de classe. Elle dit "c'est bon pour les pauvres" parce que ils peuvent pas faire autrement et puis les mères ne sont pas capables. Bon, je le dis brutalement mais c'est un peu ça quand on lit ses articles. Elle, son modèle, c'est la femme bourgeoise qui éduque ses enfants dans cet esprit-là. Car à l'époque, il n'y a que les femmes qui sont aisées, qui peuvent le faire. Elle va donc proposer qu'on suive ces préceptes-là à l'école maternelle. Mais si on pouvait se passer d'école pour elle, en fait, ce serait si bien. C'est presque un paradoxe. Donc elle arrive à Rennes, vers le mois de juin, juillet, puisqu'elle est nommée au mois de mai et qu'elle fait son rapport au mois d'octobre. Elle commence par Rennes, sur la salle d'asile de la Tour d'Auvergne, donc voilà ce qu'elle dit : "Le matériel est à peu près complet. L'enseignement ne s'adresse qu'à la mémoire. Mademoiselle Prigent a eu, paraît-il, quelques scrupules d'accepter la direction d'une école laïque. Elle essaie de se faire pardonner cette acceptation en exagérant l'enseignement du catéchisme. La discipline est très bonne. Les évolutions rappellent celles de la salle d'asile du Cours normal de Paris." Mademoiselle Prigent a été formée à l'Ecole normale de Paris par Marie-Pape Carpentier. Donc voilà, elle connaît très bien la méthode des salles d'asile, elle l'a mise en place à Lmbézellec, près de Brest. Elle est expérimentée.
Rue de Saint-Malo, la salle d'asile publique congréganiste est financée par la ville. Les services sont payés par la ville. A l'époque, il n'y a plus de société charitable. En 1879, c'est la ville qui entretient toutes les écoles publiques. Mais il y a une partie des écoles publiques qui sont congéganistes. C'est le cas de la salle d'asile de la rue Saint-Malo. " Le local est à peu près satisfaisant comme dimension mais les dépendances et les abords sont en fort mauvais état. La directrice, soeur Agathe-Ange, de la Providence de Ruillé, débute par la prière. Les enfants récitent sur un ton inouï le Pater, l'Ave, le Credo, le Confiteor, les Commandements de Dieu et ceux de l'Église, les actes de foi, d'espérance, de charité, des litanies, des invocations. Avant d'arriver au tiers de cette interminable prière, les enfants n'y prennent plus aucune attention. Les évolutions ramènent la pensée vers l'Église à l'heure des offices. Ce sont des saluts sans fin aux quatre points cardinaux, aux directrices, aux enfants eux-mêmes, à peine placés aux gradins, les garçons disent aux filles : "nous saluons vos beaux anges Celles-ci répondent : "et nous les vôtres". L'enseignement, ainsi que je l'ai constaté dans l'introduction de ce rapport, est tout de mots, la directrice fait des fautes de français. Combien que ça fait ? Pourquoi vous dites ça ? Elle confond la subvention avec la lettre d'obédience." On donnait des lettres d'obédience aux congrégations, c'était en fait un acte officel, une permission du Gouvernement pour pouvoir enseigner. On donnait ça aux congrégations et après, les sœurs s'arrangeaient entre elles. Et souvent, la sœur à qui on avait donné la lettre d'obédience, c'est pas elle qui enseignait. Rue Vasselot, là où il y avait le couvent des Carmes, il y avait une salle d'asile publique congréganiste, là aussi dirigée par les Sœurs. "Le local de cette salle d'asile est le plus déplorable de tous ceux que j'ai rencontrés dans ma tournée. Le plafond et les murs sont inondés par les conduits des lieux d'aisance de l'école des Frères situés à l'étage au-dessus. La même inondation se produit jusque dans les placards de la cuisine. L'hiver, les enfants mangent dans cette classe infecte. L'état sanitaire y est déplorable. Les enfants ne peuvent y rester plus d'un mois sans tomber malade. Ils sont pour la plupart rachitiques, couverts de gourme, ou atteints de maladies d'yeux. Quelques-uns, infirmes tout à fait, devraient être placés dans des maisons spéciales. La plupart ont la tête démesurée, le crâne ne se soude pas. Pour ajouter à l'odeur infecte de cette classe, on y admet des enfants de 14 à 15 mois, (donc on est en dessous de l'âge légal), que l'on couche sur des matelas qui ne sèchent jamais. La directrice, soeur Raphaël, n'est pas titulaire. La titulaire ne vient jamais dans la classe. Quant à l'enseignement, les enfants parlent des billions d'habitants qui peuplent la terre, donnent des définitions de grammaire, de géographie, etc. On distribue la soupe privée." Donc voilà l'état des lieux. Elle est sévère, mais je pense que c'est réaliste. Si on lit tout le rapport, dans toutes les écoles de Bretagne, elle dit que c'est de la misère. Elle vitsite la Mayenne aussi, elle dit que la Bretagne c'est pire. Les enfants sont mal habillés, sont mal propres, ils sont dans un état sanitaire déplorable. Et elle est très choquée en fait de ce qu'elle a vu. Le seul truc qu'elle a trouvé bien en Bretagne, c'est que dans les salles d'asile, on distribue la soupe. Ce n'est pas le cas dans les autres. Si on lit les deux autres rapports qu'elle a fait dans le Sud-Ouest, par exemple, elle dit qu'en Bretagne, c'est la seule région où elle a trouvé que les soupes étaient distribuées régulièrement dans les salles d'asile. C'est peut-être aussi parce qu'il y a plus de misère. Elle va beaucoup insister sur l'hygiène, sur la santé des enfants, sur leur bien-être ... et sur la mixité aussi. On voit bien que dans la salle de la rue Vasselot, il y a quand-même une mixité à l'époque. Ils sont tous dans la même salle, mais ils sont sans doute séparés puisque les garçons adressent des saluts aux filles. Donc, ça suppose qu'ils ne sont pas ensemble.
Alors, est-ce que ça a changé quelque chose après la venue de Pauline Kergomard ? Bon, son passage passe presque inaperçu. Il n'y a qu'un document aux Archives municipales qui montre qu'elle est passée. Elle n'a pas pu réunir les dames patronesses, et puis la ville et les sœurs pour faire le point. Et d'ailleurs, elle écrit à Jules Ferry, au ministre de tutelle, et dit que la prochaine fois, elles aimerait bien rencontrer tout le monde et pour discuter. Elle ne peut pas faire ça. Donc déjà, son action est un coup d'épée dans l'eau.
Alors, les changements : j'ai compté 21 institutrices laïques après 1883 jusqu'en 1914 (j'ai épluché tous leurs dossiers personnels) Le 2 août 1881, un décret crée les écoles maternelles et annonce des nouveaux programmes, qui sont inspirés par Pauline Kergomard. Donc ça, c'est le texte fondamental qui crée l'école maternelle en France. Mais on voit que la pédagogie ne change pas pour autant. En 1891, dans l'école des Faux-Ponts, rue Saint-Hélier (désaffectée aujourd'hui), l'inspecteur indique que :
"la maîtresse semble fière de ce qu'elle a quelques élèves qui lisent couramment." (On est en classe de moyens, 4-5 ans.) "Ils lisent couramment certains mots et connaissent les départements avec leurs chefs-lieux". Bon, ça donne une idée.
"À l'école maternelle du boulevard de la Tour d'Auvergne en 1909, Madame Devey dirige la section des grands. Elle les occupe consciencieusement, mais ses procédés me paraissent un peu routiniers et ses exercices s'adressent plus à la mémoire qu'à l'observation et au jugement." Donc, on est encore dans la tendance salle d'asile, un enseignement inculqué et mécanique. Je peux parler aussi d'aspect régimentaire, parce que les élèves sont conduits au son d'un claquoir et marchent au pas. Ils chantent pendant qu'ils marchent. Donc ça a un côté un peu militaire.
Boulevard de la Tour d'Auvergne, en 1913, le commentaire de l'inspecteur est très révélateur : "Madame P. est chargée de la section des tout-petits, dee 2-3 ans. Sa classe est fort médiocrement installée et dépourvue de matériel et de jouets." Qu'est-ce qu'ils font ? Je ne sais pas. Ils chantent et récitent. On imagine la difficulté aussi pour les institutrices.
Rue de Saint-Malo, dans la classe des grands, 1897. "Au moment de mon entrée, à 2h30, Mme M. assise à l'estrade, faisait un travail de tricot et ne suivait pas son emploi du temps." L'inspecteur est allé plusieurs fois dans cette école-là et elles faisaient souvent du tricot les institutrices. Et il le note à chaque fois. "Entendu ensuite une leçon de système métrique médiocre." On voit que l'enseignement est calqué sur celui de l'école primaire.
La mairie construit aussi de nouvelles écoles On a vu la Tour d'Auvergne, mais il y a aussi l'école des Faux-ponts. À l'époque, c'est l'école maternelle de la rue Saint-Hélier. Elle est ouverte en 1882. Puis, c'est l'école Papu, en 1913. Donc, en l'espace d'une trentaine d'années, la mairie fait construire trois écoles qui sont du coup spacieuses, aérées, mais qui ne sont pas à la hauteur de la capacité d'accueil. Parce qu'à chaque fois, il n'y a que deux classes. Alors qu'on pourrait accueillir beaucoup plus ! Là, je parle de la laïcisation. Donc ça commence en 1878, je l'ai dit, par l'école de la Tour d'Auvergne. Ensuite en 1882, on ouvre celle de Saint-Hélier ce qui permet de fermer celle de la rue Vasselot où il y avait les sœurs. Du coup, on se débarrasse des sœurs et on met des laïcs à la place des sœurs. Et en 1883, c'est au tour de celle de la rue Saint-Malo et on retire aux religieuses la direction de l'école. Ça ne s'est pas passé aussi vite partout. À Rennes, ça va très vite, la laïcisation des écoles maternelles. À Fougères, par exemple, on faut attendre 1912 pour que tous les salles d'asile soient laïcisées. En fait, en 1886, il y a la loi Goblet qui interdit aux congréganistes d'enseigner dans les écoles primaires et maternelles. Pour les écoles de garçons, les congréganistes ont 5 ans pour s'en aller dans les écoles publiques. Mais pour les femmes, il n'y a pas de date. Donc celles qui sont en place, elles peuvent rester jusqu'à leur retraite. C'est pour ça que la laïcisation va être accélérée par les lois Combes, à partir de 1902 jusqu'en 1904, où on va carrément chasser les congréganistes de toutes les écoles, y compris privées. Et du coup, on va régler le problème comme ça. Donc il y avait urgence pour remplacer les congréganistes. Et à Rennes, parce que la municipalité est très engagée dans la laïcité, ça va aller assez vite. Ça sera pareil pour les écoles de filles.
La préscolarisation, c'est bien plus compliqué que ce qu'on pense. Les salles d'asile qui sont devenues écoles maternelles, c'est qu'une petite partie de la préscolarisation. C'est 549 élèves dans les trois salles d'asile que je vous ai présentées qui sont devenues écoles maternelles. C'est que 33%, donc le tiers des enfants de 2 à 6 ans qui sont scolarisés dans ces écoles-là. Il y a une grande partie, presque autant, qui sont dans les classes enfantines, qui sont dans les écoles primaires. Dans toutes les écoles primaires, il y avait des classes pour les enfants plus jeunes, en général c'est des 5-6 ans, et souvent les parents préfèrent envoyer les enfants là parce que c'est déjà l'école primaire. Les écoles maternelles privées occupent aussi 14% des effectifs. Mais il y a aussi les classes enfantines privées et là, je ne peux pas savoir ce qu'il y a derrière. Ça peut être des classes enfantines rattachées à des écoles primaires ou professionnelles. Et il y a aussi sans doute des vraies écoles privées, une sorte de garderie améliorée. Donc ça fait 29% des scolarisables. C'est-à-dire que c'est une minorité des enfants qui va dans l'école maternelle à l'époque. Et c'est après la Seconde Guerre mondiale vraiment que l'école maternelle va se développer en termes numériques. Je ne peux pas être plus précis, je n'ai pas étudié assez. Alors, qu'est-ce qui a changé ? L'hygiène. Il y a des visites de médecins, il y a des nouveaux locaux, plus sains et plus aérés. Les institutrices sont très préoccupées la propreté des enfants. Ce sont des choses qui n'existaient pas avant, qui sont désormais acquises. Il y a un rapport de médecins conservé aux Archives municipales, qui est très détaillé, on voit toutes les maladies, semaine par semaine. Le médecin vient toutes les semaines et détaille sur une année toutes les maladies que les enfants ont contracté, combien d'enfants ont contractés cette maladie, combien d'enfants meurent aussi, il faut savoir ça. Sur ce document qui court sur une année, on voit qu'il y a 4 enfants ou 5 qui sont morts. La mortalité infantile reste quand-même présente, même si ce n'est pas comme ce qu'avait écrit le docteur Toulmouche. Mais bon, il y a un souci vraiment vis-à-vis de la santé des jeunes enfants. Alors du point de vue de la pédagogie, j'ai déjà dit que ce n'était pas encore ça. Malgré tout, il y a quand même le sectionnement par âge, ça c'est nouveau, c'est dans le décret de 1881. Et donc le décret impose deux sections à règne à trois, grand, moyen, petit, dans ce qu'on trouve aujourd'hui. Les effectifs aussi ont beaucoup baissé, ils étaient autour de 120 en 1879 par classe. On se retrouve avec une moyenne de 60 en 1906. Là aussi ça compte. Les gradins, on les a jusqu'en 1913. Il y a des plans de 1913, ils sont toujours là, rue de Saint-Malo, ils sont toujours là, rue Saint-Hélier, et ils sont toujours là à la Tour d'Auvergne. Et quand on construit l'école maternelle Papu, là, on n'en a plus. Donc c'est juste avant la Première Guerre mondiale. Alors la laïcisation est effectifve à Rennes. Par contre, il y a eu une perte d'élèves suite à cette laïcisation. Les parents enlèvent des enfants des écoles. Il y a une centaine de Saint-Malo qui sont enlevés comme ça. Ils vont à l'école des sœurs. Et puis, il y a la même chose, rue Saint-Hélier. Les parents sont attachés aux religieuses quand-même. Il faut voir que les religieuses ont été très dévouées. Et puis, les enfants sont nourris, sont habillés et on s'occupe d'eux. Les sœurs, elles font tout ce qu'elles peuvent. Et puis il y a l'attachement à la religion catholique, c'est quelque chose qui est fondamental dans les villes comme Rennes. Alors il y a toujours les devoirs envers Dieu, c'est dans le décret de 1881, les enfants doivent être éduqués dans l'idée qu'il y aurait un Dieu. L'enseignement n'a rien à faire avec la religion, mais il y a quand même une référence à Dieu, et dans les écoles primaires, c'est la même chose. Ça reste mais ça reste quelques années comme ça.
Alors, quelques ouvrages sur le sujet : "L'invention du jeune enfant au 19e siècle" de Jean-Noël Luc. Il donne le cadre, l'histoire des salles d'asile en France, pendant le 19e siècle. Il y a l'ouvrage sur Marie-Pape Carpentier qui a été écrit par Colette Cosnier, qui était une professeure de littérature "Marie Pape-Carpantier : de l'école maternelle à l'école des filles". Donc un livre un peu à la gloire de cette femme exceptionnelle. Elle prend parti pour cette femme. Il y a aussi un ouvrage récent de Catherine Valenti : "Pauline Kergomard. l'enfance au coeur." Il donne un bon aperçu de son action, de qui était cette femme, même si ses archives personnelles ont malheureusement brûlé. Sur Gallica, vous pouvez trouver deux ouvrages de Pauline Kergomard "L'éducation maternelle dans l'école" (1886) et "Les écoles maternelles : décrets, règlements et circulaires en vigueur" (1905). Elle a aussi écrit beaucoup d'articles dans une revue qui s'appelait "La vie d'enfance", qui était la revue des salles d'asile. Enfin, on peut citer un article, une article de Patricia et Solène Touche : « Être institutrice de maternelle, la lente constitution d’une identité professionnelle (années 1880-années 1920) ». Il ne parle pas des salles d'asile, mais donne un aperçu des conditions de la professionnalisation des institutrices de maternelle. Cet article est tiré d'un ouvrage intitulé « Les enseignantes en France. 16e-20e siècle », qui est paru en 2023.