- Speaker #0
L'IA ne menace pas votre expertise, elle sanctionne votre indécision. Je suis Meryem Begziz, mon quotidien c'est d'aider les cabinets de conseil et les indépendants à ne pas se faire ubériser par l'IA. Dans Au milieu du gay, on ne parle pas de promptes ou de gadgets. On parle des décisions stratégiques que l'IA nous force à prendre. Et, pour lancer ce podcast, j'ai voulu aller au fond des choses. Pendant plusieurs épisodes, nous allons désosser un sujet vital avec une invitée fil rouge, Anna Ausha, cofondatrice de Spicy Lemon et experte en stratégie de contenu IA. On passe sous le capot pour comprendre ses choix et ses méthodes. Bienvenue dans ce nouvel épisode d'Au milieu du guet. Bonjour Anna, ravie de te retrouver aujourd'hui pour parler des compétences irremplaçables par l'IA. J'ai cru comprendre que c'était un sujet que tu abordais beaucoup avec tes clients, tu peux m'en dire un peu plus ?
- Speaker #1
Oui, merci beaucoup Myriam, trop heureuse de faire cet épisode ensemble. Alors c'est vraiment pour moi le cœur de l'utilisation de l'IA aujourd'hui, c'est comment est-ce qu'on arrivera au mieux à retranscrire l'expertise qu'on peut avoir dans son métier et dans son secteur, dans notre usage de l'intelligence artificielle. Parce qu'en fait, je suis absolument convaincue que cette pensée qu'on a tous de l'IA va me remplacer et en fait je vais perdre mon boulot, elle est tout à fait irrationnelle. Parce qu'aujourd'hui, ce qui fait qu'une personne utilise l'IA mieux qu'une autre, c'est avant tout sa capacité à transmettre ce qu'elle sait de son métier et c'est avant tout sa capacité à transmettre son expertise. Et pour ça, il y a plein d'astuces aujourd'hui dans l'usage qu'on a d'intelligence artificielle où en fait, au début, on était dans du prompting, on était encore dans la compréhension des outils, on essayait de voir... On se disait que pour bien utiliser l'IA, il fallait d'abord, avant tout, apprendre à utiliser les différents logiciels d'intelligence artificielle. Mais aujourd'hui, on a inversé la situation. Quand on utilise par exemple un cloud, on peut tout simplement lui dire, pose-moi un maximum de questions sur mon expertise, sur un sujet précis. Par exemple, je donne un exemple très, très, très opérationnel dans le content. J'ai envie de produire un post LinkedIn ou un playbook. Je lui donne 10 exemples de playbooks que j'ai déjà produits. Je peux lui expliquer pourquoi est-ce que ces playbooks sont bons. pourquoi ils sont mauvais, sur quoi je travaillais précisément, c'était quoi les points qui m'intéressaient le plus, sur quoi est-ce que je passais du temps. Et ensuite, je lui demande de me poser une quarantaine de questions au moins sur ses playbooks pour qu'il puisse lui affiner la compréhension qu'il peut avoir de mon métier. Et là, du coup, je peux répondre à ces questions, soit même maintenant aujourd'hui à l'oral, façon voiceover, et on rentre encore plus dans une expertise finalement très humaine et plus du tout une expertise de l'outil. Soit je peux lui taper aussi les réponses à ces questions. Et en fait, c'est parce qu'il arrivera au mieux à comprendre mon expertise du sujet, de la création de Post LinkedIn, de Playbook, qu'il arrivera ensuite à reproduire au mieux cette compétence pour créer des contenus qui correspondent vraiment à ce que moi j'aurais fait en tant qu'être humain.
- Speaker #0
Donc si je comprends bien, ta valeur ajoutée aujourd'hui, c'est vraiment cette capacité à utiliser l'IA pour t'aider à rendre explicite ce qui est ton expertise implicite, c'est ça ?
- Speaker #1
exactement et c'est pour ça aussi quand je tombe sur beaucoup de personnes aujourd'hui qui ont très très peur avec l'IA que ça va très vite je suis dépassée, je n'arrive pas à comprendre aujourd'hui quel outil utiliser, est-ce que je vais sur Cloud, est-ce que je vais sur Perplicity, qu'est-ce que je fais comment et pourquoi, je pense que toutes ces questions là c'est du bruit et au bout d'un moment il faut s'en éloigner au maximum et juste se dire aujourd'hui je me repose plutôt moi sur mon expertise, sur mes cas d'usage à moi comment est-ce que je suis capable de retranscrire au mieux ce que moi je fais et ensuite se pose la question dans quel outil je le retranscrit de quelle manière, et c'est là qu'on peut faire des formations pour expliquer ça au mieux, mais ce qui compte avant tout, c'est son expérience à soi. Et je me permets un autre exemple que je trouve extrêmement tangible par rapport à ça, en lien justement avec les podcasts et les émissions. Je trouve que l'une des caractéristiques aujourd'hui d'une très bonne newsletter issue d'un podcast, c'est la capacité de cette newsletter à vraiment comprendre quels sont les points clés, les messages clés qu'on voudrait mettre en avant. Et aujourd'hui, même si tu donnes 25 exemples de newsletters à une IA, elle ne sera pas capable, comme toi, de comprendre quels étaient les messages clés. En revanche, si tu passes parfois plusieurs heures à analyser ton propre comportement et ta propre analyse de contenu en disant qu'est-ce qui a fait que sur les éditions précédentes j'ai choisi plutôt ce moment-là ou cet autre moment, ou plutôt j'ai abandonné ces autres moments et que j'ai vraiment pris le temps d'analyser ma manière de penser, que j'aurais été capable finalement d'expliquer à l'IA pourquoi j'ai fait ces choix, pourquoi est-ce que j'ai pas choisi d'autres extraits et finalement l'IA deviendra bonne et pourra me générer des bonnes newsletters. Donc on voit que finalement la différence entre une bonne et une mauvaise newsletter ne provient pas du fait de comment est-ce qu'on prend, comment est-ce qu'on utilise l'outil, mais elle provient de notre manière de fonctionner, de notre capacité à retranscrire notre manière de penser et de mieux expliciter notre manière de fonctionner quand on réfléchit à un sujet.
- Speaker #0
Oui, ça me parle beaucoup ce que tu dis et je fais le lien en fait dans cette capacité à expliquer. qui a explicité ce qu'on fait avec finalement les qualités humaines, de capacité de communication, de capacité de réflexion, de ce qu'on appelle le self-reflection, c'est-à-dire vraiment la capacité à analyser notre manière de fonctionner. Et après, il y a encore d'autres capacités humaines qui, je pense, là pour le coup, ne seront pas remplaçables et où vraiment on aura encore la primeur, En tout cas, c'est... Comme ça que je le vois pour l'avenir proche, c'est tout ce qui est empathie, écoute active. Et quand je parle d'empathie, attention, ce n'est pas l'empathie des bisounours de « Ah, je veux faire du bien à tout le monde » . Oui, bien sûr, je veux faire du bien à tout le monde. Mais en même temps, l'empathie, elle me sert aussi à comprendre l'autre, même d'un point de vue stratégique. Elle me sert à pouvoir analyser une situation qui se passe devant moi. c'est pas juste l'empathie Parce que parfois, les gens, quand ils pensent à l'empathie, se disent « Ah oui, mais moi, je ne veux pas être psychologue. » Mais en fait, non, ce n'est pas ça. L'empathie, c'est vraiment ce qui te permet de comprendre ce qui se passe avec d'autres êtres humains, tout simplement. L'écoute active aussi, elle te permet de bien comprendre comment les autres raisonnent, ce qu'ils pensent. Et donc, j'ajoute à ça aussi le discernement, qui pour moi est à la fois un mélange de savoir empirique, mais aussi de capacités logiques qui se travaillent. Et du coup, je me dis, on a quand même plein, plein de choses sur lesquelles on peut encore vraiment travailler et qu'on peut enrichir.
- Speaker #1
Je trouve ça super intéressant ce que tu dis, parce que si je me rends compte, on parle beaucoup de notre usage personnel à l'IA, mais finalement, en fait, dans une entreprise, tu te retrouves avec beaucoup d'individus qui travaillent seuls, face à leur intelligence artificielle. Et du coup, je pense que ces besoins forcément d'empathie, de contact à l'autre sont encore démultipliés. Je ne sais pas, est-ce que tu fais des choses aussi par rapport à ça ?
- Speaker #0
C'est un excellent point parce que justement, moi, dans mes formations à l'IA, dans les cabinets de conseil, je fais vraiment en sorte qu'à chaque fois, ils fassent des choses ensemble. Parce que pour moi, l'exercice même d'utiliser l'IA peut-être pour résoudre des cas, pour les aider sur leurs projets, ça doit être aussi une occasion de se rendre compte de la complémentarité qu'ils ont en termes de savoir, en termes d'usage d'IA, mais aussi en termes juste de réflexion différenciée. Et la dernière formation que j'ai faite pour un cabinet de conseil, à la fin de la journée, le partenaire m'a dit « Ah, mais c'est super parce qu'en fait, finalement, c'était vraiment un vrai team building » .
- Speaker #1
Trop chouette.
- Speaker #0
Et du coup,
- Speaker #1
c'est quoi les exercices que tu mets aussi en place ? Parce que ça m'intéresse beaucoup. En fait, on... On en parle beaucoup quand même de ces notions d'empathie, de discernement, mais aujourd'hui comment est-ce qu'on entraîne notre muscle d'empathie, nos capacités à être plus en ce sens des émotions humaines ?
- Speaker #0
Alors, l'empathie ça commence d'abord par être attentif à analyser, et puis aussi être peut-être, et ça encore une fois c'est de l'entraînement, ne pas forcément juger l'autre. C'est juste, en tout cas dans le début de l'entraînement, on va dire, c'est juste regarder. Regarder ce qui se passe et ne pas aller au-delà de cette phase-là. Et donc en fait, on se rend compte que plus on regarde sans passer à la phase « je juge » , plus on est capable de percevoir des signaux et plus on est capable aussi d'avoir une vision peut-être plus ouverte des choses. Je vais te donner un très bon exemple. Si je vois quelqu'un crier dans la rue et si je suis vraiment dans mon côté, je juge directement, tout de suite, je vais me dire, il est fou. Alors que si, les Anglais ont un terme qui est très bien qui dit « hold your judgment » . Et en fait, si je dis, juste je m'arrête à cette info, il a crié, ok, qu'est-ce que ça peut être ? Et en fait, c'est ça l'entraînement, c'est se dire, ok, il a crié, qu'est-ce que ça peut être potentiellement ? C'est quoi les différentes options ? Et à ce moment-là, je me rends compte, peut-être que quelqu'un lui a volé son sac, peut-être qu'il est poursuivi par un voleur. Tu vois, c'est des exercices d'entraînement qui permettent petit à petit de voir les choses différemment. Les autres exemples que j'ai, que je peux te donner, qui sont pour le coup vraiment, ça c'est des choses sur lesquelles j'ai énormément travaillé dans les cabinets que j'accompagne, c'est la communication interpersonnelle. Et là, vraiment, on peut faire beaucoup de progrès. Alors, pas dans les trucs plaqués où, tu sais, on te dit « Ah, assieds-toi comme ça, non, machin, place ta voix. » Bon, ça, moi, j'y crois pas. Beaucoup, même si parfois c'est aidant quand on a à faire une prise de parole en public, c'est vrai que c'est mieux de placer sa voix, etc. Mais moi je crois beaucoup en l'authenticité de notre communication, et je pense que c'est là où on est le plus impactant. Mais par contre, si vraiment on est dans un environnement où il faut parler un peu plus, on nous demande d'intervenir, etc., là on va travailler à la fois sur les croyances qui t'empêchent de prendre un peu plus la parole, de te lâcher un peu plus et en même temps se forcer un peu sur certains comportements qui derrière t'aident à changer tes croyances. Tu vois, tu te dis ah bah tiens, j'ai parlé, finalement c'était pas dangereux, bon, il s'est rien passé. Donc voilà, c'est vraiment le cercle vertueux, croyance, compétence, finalement que j'utilise, pardon, croyance comportement que j'utilise dans à peu près tous mes coachings individuels ou en groupe. Ce qu'on appelle le co-développement, ça j'y crois beaucoup, c'est ensemble, on travaille ensemble sur les compétences et on travaille beaucoup sur ce cercle-là, tout simplement. Et c'est comme se muscler, c'est vraiment, c'est que ça. Se muscler comme au sport, ben voilà, les compétences finalement c'est des muscles.
- Speaker #1
Ce qui me fait penser aussi que je pense que l'un des muscles qu'il faut aussi beaucoup entretenir avec Lia, et c'est assez lié à tout ce que tu as dit, c'est aussi l'esprit critique et la capacité à déconstruire les biais qu'on a. Ce qui, je pense, nous fait tous aussi peur sur le plan éducationnel des nouvelles générations, surtout sur ces aspects-là. Mais finalement, de se dire aussi que comment est-ce qu'on arrive à toujours sans cesse interroger ce qu'on nous donne, ce que l'IA nous dit. Il y a aussi cette peur que plus on va l'utiliser, l'IA, de manière vocale, moins aussi on sera en capacité finalement de nous rendre compte qu'on parle à une intelligence artificielle et pas à une intelligence humaine. Parce qu'on re-rentre aussi dans des mécanismes qui nous sont tellement familiers, tellement naturels. qu'exercer un esprit critique permanent devient plus complexe. Et moi-même, je m'en rends compte aussi quand j'utilise aussi les LLM, parce que dans la forme, tout paraît juste, mais dans le fond, cela ne l'est pas. Et une fois de plus, on a besoin d'expertise pour pouvoir le discerner. Et une fois de plus, on a besoin d'avoir une concentration quasi maximale quand on travaille avec l'IA, de ne pas sombrer dans une forme de passivité par rapport au contenu qu'on reçoit, pour être continuellement actif et continuellement aussi à jour sur qu'est-ce qui se passe dessus, qu'est-ce qui marche, qu'est-ce qui ne fonctionne pas. En fait, on travaille aussi tout ce muscle-là en permanence. Et je trouve que c'est aussi fatigant quand on l'utilise beaucoup.
- Speaker #0
Je suis entièrement d'accord avec toi, ça peut être très fatigant. Moi, ce que j'ai essayé de faire avec mes agents Dust, c'est qu'eux-mêmes me forcent à leur répondre d'abord à certaines questions avant de me donner des réponses. Par exemple, quand je dis, tiens, voilà un article... propose-moi un post LinkedIn par rapport à ça. Il me dit non, attends, dis-moi toi d'abord ce que tu en penses.
- Speaker #1
Super.
- Speaker #0
Tu vois ? Et donc ça, ça me force à réfléchir parce qu'en fait, naturellement, on est quand même paresseux. Donc, on a besoin aussi de systèmes qui nous forcent un peu à réfléchir. Et ça, on peut, je pense, les mettre en place. De même que dans l'éducation de nos enfants, je pense qu'on peut mettre en place ces systèmes qui verrouillent un peu, entre guillemets, et qui forcent à réfléchir. avant d'avoir des solutions trop faciles.
- Speaker #1
Je suis d'accord. Et du coup, les solutions, c'est créer des agents qui te posent des questions, créer des agents avec de l'esprit critique qui critiquent ce que disent d'autres agents. Donc, on voit sur quels aspects ils critiquent aussi. Créer potentiellement aussi pousser quand on utilise des cloud co-work ou tous ces types d'outils dont on parle beaucoup en ce moment. Les forcer à nous questionner aussi avant d'agir sur quoi que ce soit. Et en fait, se mettre en place toute une muraille d'aide. pour nous forcer à nous questionner et réfléchir sur ce qu'on fait je suis assez alignée sur ça trop bien, merci beaucoup Myriam je pense qu'on a pas mal abordé la question si vous avez aussi d'autres réflexions là-dessus n'hésitez pas à les partager en commentaire et avec plaisir pour se retrouver sur un prochain épisode merci d'avoir écouté Au milieu du gay
- Speaker #0
Pour aller plus loin et passer à l'action sur votre propre stratégie IA, retrouvez-moi directement sur LinkedIn ou sur meriembexis.com. Pensez à suivre le podcast sur votre plateforme préférée pour ne pas rater les prochains épisodes. Et d'ici là, rappelez-vous, face à l'IA, le pire choix, c'est de ne pas en faire.