Speaker #1Et surtout, n'oubliez pas. Et surtout, n'oubliez pas. Dans le mot deuil, il y a certes le D de décès, mais il y a aussi le E d'espoir d'espoir et le I qu'on retrouve dans le mot vie. qu'on retrouve dans le mot vie. Je vous souhaite une bonne écoute. Dans l'épisode 52 de Revoir Podcast, vous avez découvert l'histoire d'Élodie, une histoire marquée par l'hyper-MS gravidique, une pathologie de la grossesse qui provoque des nausées et des vomissements persistants. La liste des symptômes associés est très longue, rappelle le site internet de l'association de lutte contre l'hyper-MS gravidique, dont la mission est d'aider, accompagner et soutenir les femmes victimes de cette pathologie. Parmi ces symptômes, il y a donc une déshydratation, une perte de poids importante, des carences, une détresse psychologique aussi. Dans l'épisode 52, Elodie revient sur son parcours de femme enceinte et malade. Malade parce qu'enceinte. Hospitalisée à domicile avec des perfusions assurant son hydratation, elle se sent de plus en plus sombrée. Surtout, les symptômes sont toujours là, entraînant avec eux énormément de conséquences physiques et mentales. La seule porte de sortie d'Elodie, recourir à une interruption de grossesse. Une interruption volontaire de grossesse. Un choix de survie, m'a-t-elle expliqué, alors même que cette grossesse était désirée. L'IVG, c'est aussi la voie que prennent un grand nombre de femmes qui souffrent d'hyper-MS gravidique, tant les symptômes sont violents. 10 à 15% des femmes atteintes de cette pathologie y ont recours. Pour comparer, Si on prend l'ensemble des femmes qui ont eu recours à l'IVG en 2023 en France, c'est quasiment dix fois plus. Alors, à la fin de notre enregistrement, j'ai demandé à Élodie si elle souhaitait transmettre un message à celles qui, comme elle, sont passées par cette épreuve. Dans cet épisode bonus, je vous propose donc quelques passages inédits de notre entretien. Si vous aussi, vous vivez ce deuil, j'espère que les mots d'Élodie... désormais ambassadrice pour l'association de lutte contre l'hyper-MS gravidique, vous feront du bien et vous permettront de vous sentir moins seule.
Speaker #2Ce que j'aimerais vraiment dire à une personne qui traverse ça, c'est qu'il ne faut pas regarder le passé avec les lunettes du présent. On prend les décisions à un moment donné, avec les informations qu'on a à ce moment-là, et tu ne pouvais pas savoir la suite. Tu ne pouvais pas savoir la suite de l'histoire. Et tu as pris à l'instant T la décision qui était nécessaire. Tu ne peux pas se comparer parce que chaque vécu, chaque histoire, elle est singulière. Ton histoire à toi, ce n'est pas l'histoire de quelqu'un d'autre. On ne part pas tous avec les mêmes armes, j'ai envie de dire, les mêmes armes physiques, psychologiques. Et tout ça, c'est des choses à prendre en compte en fait. Tu ne peux pas te comparer. Tu n'es pas faible. Tu n'es pas faible. Quand on prend la décision d'interrompre une grossesse, ça peut être, en tout cas, dans le cadre d'une maladie, un geste de survie, en fait. Dans mon cas, c'était un geste désespéré de ma propre survie. Et ta vie à toi, elle vaut la peine. Elle a de la valeur. Et en fait, elle mérite de continuer. Et une grossesse, oui, elle peut mettre ta vie en péril. Maintenant, avec le recul... très honnêtement, quelles auraient pu être les conséquences pour ta santé physique, pour ta santé mentale. Est-ce que réellement aller jusqu'au bout de cette grossesse, ça aurait été faisable Moi, quelque chose qui m'aide énormément, en effet, comme tu disais, c'est de me replonger dans ce que j'ai écrit. Il n'y a pas longtemps, j'ai partagé un petit montage vidéo aussi avec les photos de cette époque. Et j'ai trouvé ça, moi, ça m'a... Je le sais, mais ça m'a réouvert les yeux, en fait. Je vois les photos au début de ma grossesse, où je suis heureuse, où tout va bien, où j'ai encore les joues remplies, etc., où je rigole. Et les photos... La semaine qui précède l'intervention, les joues creusées, le regard vide, les perfusions, les bleus, tout ça, voir réellement à quoi ça ressemblait, ça m'aide en fait à me dire que vraiment, j'étais pas bien. Voir ce regard dans le vague complètement vide, c'est... Ça me fait de la peine de me voir comme ça. Bien sûr, c'est des photos d'ailleurs qui sont dans un dossier spécifique de mon téléphone pour pas que je puisse tomber dessus par mes gardes. Mais c'est nécessaire de les avoir, je pense, pour se rappeler. Je me suis fait des vidéos aussi que j'arrive pas à garder, mais je pense qu'ils sont nécessaires aussi. Ça peut être très utile de se parler, de se laisser des messages, de s'écrire. Avoir écrit, par exemple, tous mes symptômes. Moi, tous les jours, je prenais des notes. pour voir mes symptômes, comment ça a évolué. Je notais mon poids, notamment, ou ce que j'avais mangé. Donc, j'ai des pages et des pages de notes, comme ça. Et ça, ça m'aide énormément à me rendre compte de la gravité que ça avait. Parce qu'en fait, après coup, c'est facile de se dire Ah, c'était pas si grave, j'aurais pu tenir. C'est toujours ce qu'on se dit, en plus, après coup. Mais vraiment, t'exagères. Comment t'as pu Pourquoi On se sent hyper faible, hyper vulnérable. Alors qu'en fait, on a déjà été super fort. J'ai notamment une ambassadrice qui m'a dit mais t'as été incroyable, t'as été super forte Moi, je ne le crois pas, mais elle, elle me le dit et beaucoup de gens me le disent. J'ai envie de dire à une personne qui traverse ça t'es incroyable, t'as déjà été super forte Même si on ne sait pas ce qu'on ressent, le terme survivant pour les malades de l'hyper-MS gravidique, je le trouve hyper fort. On est des survivantes, en fait. Ma fille, elle a un livre que je lui lis souvent, que j'aime beaucoup, qui est Ce que papa m'a dit Et il y a une phrase dedans que je lui ai lue et qui fait tellement écho pour moi. C'est dit sur une page Et si je suis triste Et son papa lui répond Si tu es triste, marche lentement, la joie reviendra Et ça, c'est quelque chose où j'ai dû lire ce livre à ma fille, je crois, dans les jours qu'on suivit l'intervention. Et ça m'a beaucoup... beaucoup suivi et souvent j'y repense. Je me dis, si je suis triste, marche lentement. Dans le sens où, fais un pas après l'autre. Regarder le bout du chemin, c'est hyper difficile. C'est même impossible quand on ne va pas bien. Mais fais un pas, puis un autre. Et à force, tu verras le chemin que tu as parcouru. Mais n'essaye pas de te projeter trop loin. Vas-y petit à petit et tu verras, ça va aller mieux. Un jour, ça ira mieux. Je ne dis pas qu'on oublie, on n'oublie pas. Moi, je n'oublie pas. Mais un jour, on arrive à vivre avec.