Speaker #0Avant les mots naissent les pensées, et avant de devenir des pages, elles prennent vie dans la marge. Vous écoutez, avant les mots la marge, je suis Rajasvir, romancière, et à travers ce podcast, je vous invite au cœur de mon métier, entre écriture, lecture et réflexion sur la littérature. En somme, je vous parle de mes romans, mais aussi de tout ce qui vient bien avant, mes idées, mes choix, mes doutes, mes joies. Et peut-être qu'avec le temps, je vous parlerai de l'après, qui sait ? Bonne écoute ! Bonjour, bonsoir et bienvenue dans ce premier épisode sur la série à propos des reflets de papier. Avant toute chose, petit encart d'avertissement. La duologie des reflets de papier, bien que ce soit un feel-good, que ce soit doux et plein de rires, c'est aussi une duologie qui contient des thématiques qui peuvent heurter la sensibilité. Ces thématiques sont l'hôpital psychiatrique, la dépression, l'anorexie et la mention d'addiction. Donc si l'une de ces thématiques vous heurte, que vous ne vous sentez pas en capacité d'écouter ce podcast à l'instant T, remettez-le à plus tard, à un moment qui sera plus opportun pour vous, ou passez l'épisode tout simplement, le plus important c'est que vous preniez soin de vous. Pour les autres, ravie de vous garder avec moi, donc pour commencer dans la logique des choses, je vais vous présenter un peu les reflets de papier pour celleux qui ne connaissent pas, histoire que vous sachiez dans quoi vous vous aventurez. Donc les reflets de papier c'est une romance MxM, une romance entre hommes, C'est aussi une romance feel-good et une romance psychologique, même si à l'époque je n'ai pas marketée comme telle parce que tout simplement je n'y avais pas pensé et personne ne me l'a dit. Mais c'est bien une romance psychologique puisqu'on est focalisé sur la psyché des personnages. Donc ce n'est pas, vous l'aurez compris, un livre avec énormément d'action et de péripéties. À l'époque, les lecteuristes l'ont qualifié de livre bonbon, de livre doudou, bref un bon feel-good quoi. Donc voici le résumé. Je ne vais pas vous lire la quatrième de couverture qui en dit finalement bien peu. Je vais plutôt vous parler des personnages et de leur état d'esprit au départ du livre, vous présenter en fait la situation de départ de chacun dans le chapitre 1. C'est un tout petit peu plus long qu'un résumé, mais ça donne davantage envie, je trouve. C'est donc l'histoire de Lévy, un jeune homme de 21 ans qui est anorexique, il le sait, et il décide qu'il a besoin d'aide. Donc pour ce faire, il fait le choix d'intégrer une unité d'hospitalisation libre. en hôpital psychiatrique. Alors, une unité d'hospitalisation libre, je vous explique pour celleux qui ne connaissent pas, c'est une unité où les gens choisissent volontairement de se rendre. Et quand ils y sont hospitalisés, ils peuvent en sortir à tout moment. Contrairement à l'unité d'hospitalisation fermée, dite hospitalisation sous contrainte, souvent la plus connue du public parce que la plus effrayante. Donc voilà, si vous ne le saviez pas, sachez qu'en accord avec le médecin, parfois le médecin traitant, parfois le psychiatre, Vous pouvez demander à être hospitalisé pour une durée, déterminé ou non, ça c'est la personne qui voit. Donc, Lévy rentre en unité libre pour tenter d'aller mieux, tenter de combattre l'anorexie, mais aussi de la comprendre, saisir pourquoi et comment il en est arrivé là. À côté de ça, on a l'entrée un petit peu plus corsée de Eliaz, donc c'est un jeune homme de 25 ans. Eliaz, il arrive aux urgences d'un hôpital classique. Il est un peu trop alcoolisé et il tient des propos relativement inquiétants, du style... Alors si ma mémoire est bonne, je dis ça comme si je n'étais pas l'autrice. Excusez-moi, ça date de fin 2021, d'accord ? Donc Eliaz, de mémoire, il dit quelque chose du style « Pourquoi vous me laissez pas crever dans mon coin ? » Comme ça alerte le personnel soignant que c'est les urgences, qui comme d'habitude sont débordées, que le médecin urgentiste, il n'a pas que ça à faire, il en a un petit peu ras la casquette de s'occuper des gens saouls, ça sent le vécu, oui je sais. Eh bien ce médecin, il fait un chantage pas très sympathique à Eliaz, il lui dit « Écoutez monsieur, C'est simple. Etant donné vos propos, vos idées noires, soit vous acceptez de rentrer en unité d'hospitalisation libre et vous verrez sur place avec les psychiatres, soit je signe un certificat sans consentement et vous irez dans une unité sous contrainte. En gros, ça veut dire, quoi qu'il arrive, Eliaz, demain matin, tu seras à l'hôpital. Bon, Eliaz, il est saoul, mais il ne l'est pas assez pour faire le mauvais choix, donc il accepte d'entrer en unité d'hospitalisation libre. Et c'est là-bas qu'il va faire la rencontre de Lévy. Et comment vous dire que ça démarre pas très très bien ? Parce que Eliaz, il rentre un petit peu après Lévy, donc la soirée, elle est déjà bien avancée. Il se fait accompagner jusqu'à sa chambre par deux soignants, histoire de s'assurer qu'il ne mette pas le bazar le temps de décuver. Il se trouve que sa chambre, c'est la chambre voisine à celle de Lévy, parce que sinon, c'est pas drôle, on se sait, les lecteuristes. Et Lévy, comme il entend du bruit, il ouvre sa porte. Il passe la tête. Eliaz le voit. Et la première phrase que Lévy entend, c'est « Je pourrais te casser en deux » . Alors, forcément, on ne démarre pas sous les meilleurs auspices. Il y a de quoi se méfier. Bon, cette romance de fait, bien que ce soit un feel-good, j'insiste là-dessus, elle ne démarre pas facilement. Parce que les deux protagonistes ont peur. Ils ont besoin d'aide. Eliaz, il n'a pas du tout envie d'être là et encore moins d'y rester. En plus... Ils se trouvent à la même table en salle à manger et à cette table, il y a une fille qui, contrairement à eux, est une habituée des lieux. Cette fille, elle s'appelle Gillian et elle est là pour addiction et donc sevrage et elle a décidé qu'elle était là pour passer un bon moment. Parce que Gillian, ce n'est pas une Lévy tristoune, ce n'est pas une Eliaz amère. Gillian, elle est pleine de peps malgré une vie très difficile et c'est elle qui va ramener plein de couleurs et qui va faire que ce roman, ce n'est pas seulement une belle histoire d'amour, c'est aussi... Une très belle histoire d'amitié, avec un petit soupçon de found family. Je dis soupçon parce que Gillian, elle a encore sa famille, et Lévy, il a ses parents, bien que divorcés. Donc en soi, il y a des familles présentes, mais Eliaz, lui, il n'en a plus. Donc ça fait un petit peu une found family pour lui quand même. Maintenant que je vous ai présenté les personnages et les thématiques, je vais vous parler de l'environnement. Donc pourquoi un roman dans un hôpital psychiatrique ? La réponse est à la fois très simple et très complexe, autant qu'elle est personnelle. Elle nécessite de la nuance et je vais en montrer autant que, je l'espère, celleux qui m'écoutent et qui ne seront pas d'accord en montreront aussi. L'hôpital psychiatrique, c'est un lieu que je connais bien puisque c'est mon lieu de travail. J'ai exercé dans toutes les unités, donc que ce soit unité d'hospitalisation libre comme sous contrainte, unité pour malades chroniques, gérontopsychiatrie, donc la psychiatrie chez la personne âgée, unité pour mineurs, addictologie... MAS et FAM, donc c'est maisons d'accueil spécialisée et foyer d'accueil médicalisé, qui sont des lieux de vie en fait pour personnes polypathologiques. Et enfin, j'ai travaillé au sein d'une AMP, donc on voit au tout début des reflets de papier, antenne médico-psychologique. Donc, c'est un univers que je connais plutôt bien. Alors, pourquoi un feel-good dans un hôpital psychiatrique ? Parce que c'est un lieu qui fait aussi peur qu'il fascine, à juste titre. Il fait peur pour deux raisons. La première est la plus simple. Les médias contribuent depuis des années à faire de l'hôpital psychiatrique un lieu atroce. Je ne compte plus les films d'horreur, les jeux vidéo où l'hôpital psychiatrique est dépeint comme un lieu sordide, avec un décor qui tombe en lambeaux et des néons qui grésillent dans l'obscurité. Et, très honnêtement, je suis fatiguée de cette vision, pour être honnête. Mais l'autre vision, elle me fatigue peut-être encore plus. L'autre raison pour laquelle l'hôpital psy est mal vu, c'est la raison la plus importante, c'est celle qu'il ne faut jamais passer sous silence, c'est qu'à l'heure actuelle, en 2026, il s'y passe encore des abus, des protocoles, et prises en charge humiliantes et donc traumatisantes. J'ai vu des gens témoigner sur les réseaux, j'ai connu d'anciens collègues maltraitants, si ça peut vous rassurer d'ailleurs, petit aparté, la hiérarchie a pris ça très au sérieux, ils n'exercent plus à ce jour dans mon hôpital, mais ça signifie malheureusement qu'ils peuvent exercer encore ailleurs. Vous me direz, ok Raj, donc là tu nous listes les raisons qui font que l'hôpital psychiatrique est un lieu négatif. A juste titre, comme je vous le disais, mais, parce qu'il y a un mais bien évidemment, sans dénier ces témoignages de personnes ayant très mal vécu une hospitalisation, cette façon de faire n'est pas la vision que j'ai de bien faire mon métier. Je sais que je fais partie d'une minorité de soignants, j'en ai bien conscience, mais je veux justement que les gens en état de fragilité psychologique sachent qu'on est quelques soignants à se battre pour leurs droits, pour des prises en soins plus humaines. Je suis une autrice queer de romances queer, entre autres. Donc, vous vous doutez bien que dans l'exercice de mon métier à l'hôpital, je ne suis par exemple ni homophobe ni transphobe. Au contraire, c'est moi qui vais me battre pour effacer un deadname d'une feuille de transmission, par exemple. Donc ça aussi, c'est du vécu. Donc, je ne dis pas que je suis parfaite, très loin de là, mais je pense très sincèrement qu'une hospitalisation peut être bénéfique si, et seulement si, le patient a la chance de tomber sur une équipe chouette. Et si j'y crois, c'est parce que ça existe. C'est parce que j'ai eu des patients. qui ont bien vécu leur hospitalisation, qui sont venus me remercier, qui sont sortis bien mieux qu'ils ne sont rentrés. Et c'est pour ces situations-là, précisément, que j'aime mon métier. Donc, j'insiste. Je ne nierai jamais la réalité des situations traumatiques vécues par des personnes dans les hôpitaux psychiatriques, même dans les hôpitaux somatiques, d'ailleurs, parce que les abus ne sont pas l'apanage de la psy, malheureusement. Mais, pour une fois, étant donné qu'on ne parle de l'hôpital que en mal, J'avais envie d'en parler en bien, de montrer que parfois ça se passe bien, qu'on en tire de bonnes choses, qu'on peut y apprendre à se remettre doucement. Raison pour laquelle j'avais envie d'écrire en dehors des clichés. Et ici, je dis cliché, je ne vais pas dire stéréotype, parce qu'encore une fois, l'hôpital psy, comme lieu d'abus, ça existe, et on ne doit pas censurer cette réalité, ce serait dangereux et injuste. Mais par contre, on ne peut pas non plus dire que ça n'aide jamais personne, et que ça ne se passe jamais bien, parce que ça dépend de trop de facteurs. Ça dépend des moyens déployés par la région, ça dépend de l'hôpital, de sa modernité, de son règlement intérieur, parce que tous les hôpitaux ne fonctionnent pas du tout pareil. Ça dépend des difficultés du patient et bien sûr, ça dépend des soignants, de leur personnalité, de leurs défauts notamment, et de leur niveau de formation. Parce que les infirmiers, par exemple, on a tous le même diplôme en sortie d'école. Mais une fois sur le terrain, les formations proposées, autant les facultatives que les obligatoires, elles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Donc voilà. Le fait que ça puisse bien se passer en hôpital psychiatrique, c'était le cas avant que j'écrive ce livre, puisque je l'ai vécu dans mon quotidien. Et c'était le cas après l'écriture de ce livre, toujours, puisque j'ai eu des retours de lecteuristes qui sont venus me dire que les reflets de papier, ça leur avait donné la force de se faire aider, d'accepter d'entrer en unité libre, et au moment où ils m'écrivaient, ils en étaient ressortis, et ça s'était très bien passé. Et ces gens-là ne sont pas une minorité. Je parle pas d'une exception. Nombreuses sont les hospitalisations à apporter du positif aux gens, c'est pour ça que j'avais envie de démystifier l'hôpital psychiatrique, ou en tout cas, l'unité d'hospitalisation libre. Il y a une raison pour laquelle ça se passe là, c'est que pour moi, il était hors de question d'écrire une romance dans une unité sous contrainte. Ça veut pas dire que ça peut pas arriver, pas du tout, mais je trouvais pas ça légitime d'écrire du feel good sur une unité où les gens ne sont pas là de leur plein gré. Vous voyez ce que je veux dire ? Ça veut pas dire qu'en unité sous contrainte ça se passe forcément mal, je précise encore, mais les nombreux témoignages d'abus et de traumatismes en milieu psy sont en grande partie en unité sous contrainte... Donc... Pour moi, c'est un moyen de faire la part des choses, de réajuster la réalité de l'hôpital psychiatrique, de pouvoir dire « parfois ça se passe très bien » , sans pour autant ignorer que malheureusement, parfois, ça peut se passer très mal. D'ailleurs, ça se passe bien pour Lévy, Eliaz et Gillian, mais ça ne veut pas dire que l'hôpital en lui-même fonctionne parfaitement bien. Je vous explique, et ça me fait venir à ma deuxième raison d'écrire sur le milieu de l'hôpital psy, la fainéantise. Je suis tout à fait honnête avec vous. Parce que je vous ai parlé de fictioréalisme dans le premier épisode. Je suis une autrice qui fait énormément de recherches sur mes thématiques. Et en plus de ça, j'aime interviewer les concernés pour ces thématiques, pour les métiers de mes personnages, etc. Pour coller au mieux à la réalité. En l'occurrence, à ce moment-là, quand j'imagine les reflets de papier, j'ai besoin de douceur, de rire, d'émotions positives, besoin de me vider la tête. Donc, j'ai besoin d'écrire quelque chose qui ne me demandera pas trois mois de recherche. Alors forcément... mon cerveau est allé au plus simple, mon lieu de travail. C'est-à-dire que j'ai volontairement changé le nom de l'hôpital, et je ne cite pas la région, mais l'hôpital et l'unité libre où se retrouvent Lévy et Eliaz sont l'exact reflet de l'unité libre et de l'hôpital où je travaille. D'où la fainéantise, parce que zéro recherche, mais d'où aussi, et je reviens à ce que je disais, un fonctionnement qui laisse un peu à désirer. Le médecin urgentiste qui fait du chantage à Eliaz au tout début, c'est un très bon exemple. Je ne l'ai pas écrit pour dire, il a grave raison. Je l'ai écrit parce que c'est la réalité. C'est un vécu que j'ai eu en tant que soignante dans les urgences, de voir des patients qu'on infantilisait, à qui on ne laissait pas de choix. Un autre exemple, sans spoiler quoi que ce soit, ne vous inquiétez pas. Dans le premier point de vue de Lévy, comme il arrive en début de soirée, la psychiatre qui le reçoit en entretien d'entrée, c'est une psychiatre d'astreinte. Ça signifie qu'elle est d'astreinte la nuit, elle est appelée en cas de problème ou en cas d'entrée, comme c'est le cas pour Eliaz. Et cette psychiatre, je ne lui donne même pas un nom. parce qu'on ne la reverra pas. Alors vous me direz, à quoi elle sert ? À quoi ça sert cette scène de l'entrée de Lévy ? Elle sert à montrer la réalité de terrain. Et cette réalité, c'est que le patient va être amené à s'épuiser, à répéter minimum quatre fois la même histoire, parfois en moins de trois heures, de répondre aux mêmes questions à quatre personnes différentes, d'abord aux urgences, quand ils passent par là, ensuite avec la psychiatre qui fait l'entrée s'ils arrivent d'Astraz, ensuite avec l'infirmier qui s'occupe de l'administratif. Et puis à nouveau avec le psychiatre de l'unité qui prendra le relais le lendemain matin, parfois 24 heures plus tard. Bref, écrire un feel-good, c'est bien, mais je ne voulais pas enjoliver la situation. Oui, l'hospital se passe bien pour les personnages, mais il y a quand même des moments où quand on lit, on se dit « Mais ça, ça va pas, c'est pas très logique. » Ou alors « Oh, il est chiant ce protocole. » Bref, la réalité brute, quoi. Maintenant, pourquoi ces troubles ? Pourquoi la dépression et l'anorexie ? Alors ici, c'est très logique. Je voulais écrire une romance, et une romance qui se passe dans un hôpital psychiatrique. Ce qui, de facto... signifiait qu'au départ, les personnages mentalement ne sont pas au top du top. Comme j'aime le dire, on n'est pas hospitalisé quand on pète la forme. Or, ici, c'est de santé mentale dont il est question. Et dans un hôpital psychiatrique, on est amené à accompagner des gens qui présentent tout type de problématiques, que ce soit handicap, troubles ou maladies mentales. Et certains de ces troubles, certaines de ces maladies, entrent dans le domaine de la psychose. La psychose, qu'est-ce que c'est ? C'est un terme générique, un mot parapluie qui désigne un trouble mental dans lesquel il y a perte de contact avec la réalité à un moment donné. C'est très large parce que ça regroupe par exemple les hallucinations quelles qu'elles soient, donc auditives, visuelles, synesthésiques, mais aussi par exemple une désorganisation de la pensée. Donc on y classe aussi bien les différents types de schizophrénie que des psychoses paranoïaques. Et moi j'ajoute à ça les troubles dans lesquels peuvent survenir ce qu'on appelle une crise psychotique. C'est le cas de certains troubles de l'humeur, comme la bipolarité. La bipolarité, elle n'est pas considérée comme une psychose. Mais, dans les extrêmes de ses symptômes, elle peut temporairement provoquer des épisodes de perte totale de contact avec la réalité. Donc pourquoi je vous raconte ça ? Parce que pour moi, il n'était pas question d'écrire une romance entre deux personnages qui présentent un trouble, ou qui sont en crise à ce moment-là, pendant lesquels ils perdent contact avec la réalité. Alors attention, je ne dis pas que les personnes souffrant de ces troubles ne peuvent pas vivre de romance. absolument pas. J'ai d'ailleurs écrit une maman dans un de mes romans, une maman d'un de mes personnages qui a une bipolarité et qui est une merveilleuse maman, malgré les phases et les crises. Ce personnage c'est Ornella, dans la lumière noire, si ça vous intéresse. Mais ce que je dis, c'est que je ne trouvais pas éthique d'écrire une romance qui démarre à un moment où les personnages sont trop fragiles pour donner un consentement éclairé sur ce qui leur arrive. Donc on en revient à On n'est pas à l'hôpital pour le plaisir. C'est que forcément, il y a un déséquilibre dans la psyché ou la maladie ou le trouble, raison pour laquelle je me suis tournée d'office vers des troubles qui ne sont pas psychotiques, des troubles plus généraux. Les personnes qu'on peut être amené à prendre en soin en psychiatrie peuvent présenter des troubles de l'ordre de troubles alimentaires, de la dépression, des troubles obsessionnels compulsifs, des troubles anxieux, troubles du sommeil, des troubles de la personnalité comme le TPA, troubles de la personnalité antisociale, borderline. Des troubles de l'addiction, des troubles autistiques, etc. Liste non exhaustive. Donc j'ai le choix. Et par le plus pur hasard, mon cerveau se fixe sur la dépression et l'anorexie. Enfin, c'est pas vraiment un hasard. Nous sommes dans la décennie où on parle le plus de santé mentale, ce qui est une très bonne chose, il était temps, même s'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. La dépression, elle est donc au cœur des débats de la santé publique fin 2021. Et l'anorexie, je me dis sur le moment... que je suis une personne qui aime mettre les pieds dans le plat, qui aime parler des choses dont on parle peu. Donc, comme j'ai deux personnages masculins et que l'anorexie, on en parle, oui, mais surtout chez les femmes, je me suis dit que c'était l'occasion de montrer quand ça touche un homme aussi. Parce que même si les hommes sont ici en minorité, ça existe et je trouvais important d'en parler. Parce que l'anorexie, on n'en parle plus tellement à notre époque. Moi, je suis de la décennie 90, donc j'ai grandi enfant et adolescente dans une société où on prônait la maigreur. La décennie Kate Moss, où les mannequins devaient faire un 38 maximum. La décennie où on te faisait croire que Bridget Jones, qui fait une taille 40, est grosse. La décennie où on sort Titanic, où on te dit que Rose, elle est trop grosse aussi. Donc vous voyez un peu les dégâts. Donc un peu avant 2010, on commence à dénoncer la chose, avec des actrices comme Jennifer Lawrence, qui est aussi jugée trop grosse dans Hunger Games. Et cette actrice, elle s'insurge, elle déclare que non, elle ne maigrira pas, qu'elle n'a pas... pas envie que les adolescentes qui s'identifient à elles, à Katniss, se disent « je dois maigrir » . Donc les années 2010, c'est les années où la tendance s'inverse. Et durant cette décennie-là, on dénonce les pro-ana. On dénonce les industries qui sont assez meurtrières, et notamment l'industrie du régime. Le body positif émerge. Bref, que du bon. Sauf que depuis l'époque post-Covid, on recommence à voir émerger le fait de prôner la maigreur sur les réseaux sociaux avec des façons de maigrir. et évidemment pas sécuritaire pour le corps ni pour le mental. Donc ça me fait peur. Je me dis, j'ai besoin de rappeler que ça existe, que c'est dangereux. J'ai besoin de laisser ma patte sur ce sujet. Donc ça me paraît pas mal. Deux thématiques qui ont le pouvoir de toucher beaucoup de monde. Elles tombent un peu comme une évidence pour moi. Donc j'écris, j'écris, le premier jet se forme en trois mois et demi, ça coule tout seul, je fais mon petit marketing, je soumets le roman, je signe un contrat. Les reflets de papier tome 1 sort en novembre 2022, le tome 2 début 2023, et ce n'est que là, soit un an plus tard, ce n'est que là que je me rends compte que Lévy et Eliaz ne sont pas nés par hasard, ils sont deux parties de moi qui se rencontrent en 2021. mais qui se sont déjà rencontrées il y a déjà de très nombreuses années de cela. Parce que, vous l'aurez compris à ce stade, la dépression et l'anorexie, je les ai bien connues. La dépression pendant presque dix ans, et les troubles alimentaires, j'ai connu les deux extrêmes, c'est-à-dire l'anorexie mentale, ça, ça a été la période la plus courte, un an et demi, et l'hyperphagie qui, elle, a duré beaucoup plus longtemps. Et le jour où j'ai fait le rapprochement, ça m'a fait tout drôle, parce que je me suis dit, en fin de compte, ces thématiques, ce n'est pas moi. qui les ai choisies, c'est elles qui m'ont choisie. Un peu comme ces deux maladies me sont tombées dessus à une période qui se chevauchait d'ailleurs. Donc au moment où l'idée des reflets de papier est née dans ma tête, je suis guérie de ces deux-là depuis longtemps, mais inconsciemment, j'avais besoin d'en parler. J'aime bien me dire que Eliaz et Lévy tombant amoureux, c'est une réalité miroir positive à la partie de ma vie où la réalité négative, c'était la dépression et l'anorexie qui tombent amoureuses et qui ont décidé de loger en moi. Et en faire un feel good, c'était mettre le point final à cette période de ma vie. C'était montrer à ces maladies que j'avais gagné, et je le montrais à travers deux personnages qui se battent pour guérir et qui sont heureux ensemble. Mais c'était aussi avoir la place de m'exprimer sur des sujets très durs dans un écrin de douceur. Parce que ces sujets, même si dans le fond, inconsciemment, je les ai abordés pour moi, je les ai en premier lieu abordés pour parler à mon lectorat, à celleux qui souffre de la dépression, de l'anorexie, voire des deux. Je voulais un espace où on puisse parler de grave sans avoir à atteindre le drame. Parce que le drame, on le connaît déjà, nous les concernés. On n'a pas besoin d'enfoncer le couteau dans la plaie. Donc, même si les thématiques sont difficiles, que le roman débute forcément où les personnages ne sont pas au mieux de leur forme, ils ne font que remonter la pente. Il faut vraiment visualiser un graphique avec une ligne qui démarre en bas et qui ne fait que grimper vers le haut. C'est le principe même du feel-good pour moi. Donc, c'est le qui hésiterait, qui ne serait pas sûr, je vous assure, et mes lecteuristes qui n'étaient pas convaincus sont revenus vers moi après lecture, c'est bel et bien un feel good. C'est plein de douceur, plein d'espoir, d'entraide, de rire, de câlin, de flirt, de gay panic, bien évidemment. Et vous savez ce que je trouve le plus magique dans cette histoire ? C'est que les petits tips que les personnages se donnent entre eux, les encouragements, les conseils donnés par la psychiatre, bref, les phrases qui marquent le plus en fait. tout le monde peut s'y retrouver, même celles qui ne souffrent pas d'anorexie ni de dépression. J'ai ponctué ce roman de phrases marquantes, c'est un petit jeu inventé par l'un des personnages, je ne vous spoil pas parce que ce serait dommage, mais ce jeu, je pense que c'est ce qui a le plus marqué les lecteurices, ce qui les a le plus aidé. Certains se sont même mis à le faire dans leur propre vie, donc c'est encore plus merveilleux, parce que voilà, au-delà des troubles des personnages, ce sont aussi des jeunes en quête de bonheur, en quête d'amour, des jeunes qui doutent, qui ont perdu foi en eux, qui ont perdu foi en l'avenir. Et ça, ça parle à beaucoup de monde, même ceux qui ne présentent aucun trouble. Donc voilà, j'ai fait le tour de la présentation des reflets de papier et de pourquoi les thématiques. J'espère que cet épisode vous a plu. Si jamais la duologie vous intéresse, les reflets de papier est édité dans la maison d'édition Nisha et caetera . Elle est toujours disponible. Sachez que j'ai écrit Les ombres précieuses, qui est un peu son tome compagnon. C'est une romance lesbienne qui raconte l'histoire et la romance de Gillian. parce qu'il n'y avait pas de raison que je la laisse de côté, et Les Ombres Précieuses est disponible sur Wattpad dans son intégralité gratuitement. Attention toutefois, bien que les deux œuvres puissent se lire indépendamment, Les Ombres Précieuses, donc l'histoire de Gillian, démarre à cheval sur la fin des reflets de papier. Bon, après, le suspense de la fin des reflets de papier n'est pas insoutenable, mais voilà, je préférais vous prévenir. Sur ce, j'en ai terminé avec cet épisode. On se retrouve dans deux semaines pour parler plus en profondeur de la façon dont j'ai traité les thématiques des reflets de papier, l'anorexie et la dépression. Alors j'ai pas encore choisi si je fais un épisode global ou un épisode pour chaque thématique, parce que ça va grandement dépendre de la quantité de pensées et de paroles que je vais débiter, donc ce sera la surprise autant pour vous que pour moi. Allez, je vous laisse ici. On se recroise entre deux pages ?