- Speaker #0
Le droit et la santé mentale, ça peut sembler un drôle de mélange, mais comme l'avocat sur le toast, ça match. Bienvenue dans Avocat de Toast, le podcast qui aborde le droit sous un autre angle. Bonjour à tous, aujourd'hui nous allons aborder la gestion du stress dans la profession d'avocat et la prévention du burn-out. Pour en parler, je suis ravie de recevoir Aurélie Tégué-Niazard, sophrologue expérimentée qui intervient notamment auprès des élèves avocats pour les aider à mieux gérer leur stress. Elle va nous expliquer comment la sophrologie peut être une ressource précieuse, notamment pour ceux qui évoluent dans le milieu juridique. Bonjour Aurélie,
- Speaker #1
je suis ravie de te recevoir sur mon podcast.
- Speaker #2
Bonjour Aude, et merci de ton invitation.
- Speaker #1
Je te laisse te présenter brièvement, nous dire un peu qui tu es et quel est ton parcours.
- Speaker #2
Donc je suis Aurélie de Gagnazard, je suis sophrologue depuis 2019. Il s'agit en fait d'une reconversion professionnelle, puisqu'avant je n'étais pas du tout sur ce métier-là, j'étais dans le commerce, donc dans tout ce qui est vente de services auprès des entreprises. Pendant plus de 20 ans, j'ai réalisé différents postes dans ce domaine-là. Et en 2017, j'ai vécu ce que beaucoup malheureusement traversent parfois dans leur vie professionnelle, j'ai vécu un burn-out. Et c'est justement quand je me suis soignée par rapport à cette maladie, tout simplement, que j'ai découvert la sophrologie et que j'ai souhaité déjà me former moi personnellement dans ce domaine-là. Et j'ai trouvé ça tellement intéressant et tellement important. pour moi de partager justement cette méthode qui m'a beaucoup aidée, que j'ai décidé d'en faire mon métier. Donc depuis 2019, j'ai ouvert mon cabinet, donc période un peu compliquée, il y a eu le Covid, voilà. Mais aujourd'hui, donc, je propose des séances individuelles en cabinet, des séances collectives, en association, en entreprise, également dans les écoles aussi. de la primaire jusqu'au lycée et aussi en enseignement supérieur. Voilà,
- Speaker #1
merci beaucoup. Si je t'ai invitée sur ce podcast, c'est notamment parce que tu interviens. à l'école de formation du Barreau de Paris et tu animes des ateliers de sophrologie. Quels sont les objectifs de ces ateliers ?
- Speaker #2
Alors ces ateliers, en fait, ça fait depuis 5 ans maintenant qu'on le propose avec 4 autres collègues, 4 autres intervenantes. Cet atelier a une durée de 2 heures, donc c'est déjà très bien. Pour moi, c'est un peu court parce que je voudrais aller plus loin dedans. Mais en tout cas, cet atelier répond à 2 objectifs. Le premier, comprendre les mécanismes du stress pour mieux y faire face au quotidien. et le deuxième, acquérir des outils concrets pour mieux gérer la pression, la gestion des émotions dans le cadre du travail, mais pourquoi pas aussi dans le cadre de sa vie personnelle.
- Speaker #1
Et du coup, quels conseils tu donnerais justement à des étudiants en droit qui ont du mal à faire ça ? mal à gérer la pression académique, les examens ou même la charge de travail ?
- Speaker #2
Oh, ce serait en effet multiple, parce que c'est vrai que la pression académique en droit est vraiment intense, c'est une nivelle là pour d'autres types d'étudiants que je suis, à l'école d'ingénieur ou même en médecine. En fait, à l'UFB, justement, on insiste beaucoup sur le fait que le stress fait partie de notre vie, d'une manière générale, et que malheureusement, il était... inévitable, ça fait partie de notre quotidien, mais qu'il peut être canalisé en s'appuyant surtout sur des ressources positives que nous avons en nous ou que nous devons redécouvrir ou découvrir. L'idée, c'est en effet de pouvoir recharger les batteries, de souffler. On ne peut pas toujours être dans la contrainte, dans les révisions ou dans le travail. Il est impératif pour avoir un équilibre d'avoir des ressources, donc de faire du sport, de faire des pauses. de peut-être, pourquoi pas, s'aider de ressources externes comme une thérapie, éventuellement, pourquoi pas, ou même du coaching. Mais en tout cas, voilà, c'est important, c'est important surtout de ne pas rester seule aussi. Oui, c'est sûr.
- Speaker #1
Et j'aimerais qu'on aborde un peu la profession d'avocat. Donc, c'est une profession qui peut générer beaucoup de stress. On l'a vu dans l'épisode précédent, notamment en raison de la quantité de travail, des délais à respecter, de l'exposition quotidienne à des conflits et à des violences. comment est-ce que selon toi la sophrologie elle peut aider à gérer ces sources de stress spécifiques ?
- Speaker #2
Alors par exemple pour tout ce qui est gestion de la surcharge de travail et des délais en sophrologie on travaille beaucoup avec des exercices de respiration c'est vraiment un outil extraordinaire pour ça et l'idée justement c'est que ces exercices permettent tout simplement de réguler le rythme cardiaque le système nerveux autonome pour redescendre la pression Dans les moments d'urgence qu'un avocat peut vivre, avant une audience, avant une négociation tendue, ou une deadline impérative à respecter. Après, sur la gestion de la surcharge de travail, il y a aussi tout ce qui est visualisation positive, c'est-à-dire le fait de s'imaginer quelque chose, de conditionner son cerveau, de se projeter dans une situation stressante en y associant le calme et la maîtrise. Donc ça renforce la confiance, la concentration, ça aide en tout cas à se maîtriser. Après sur le côté des conflits et de la violence C'est vrai que quand on pratique régulièrement la sophrologie, ça permet d'avoir une meilleure conscience émotionnelle, déjà parce qu'on se connaît mieux. Et par la même occasion, il est plus facile de comprendre aussi les autres que nous avons en face de nous. Et donc de désamorcer des réactions impulsives, de rester centré, surtout dans des échanges tendus ou dans des échanges qui pourraient être agressifs. Après l'objectif c'est en effet trouver Des petites astuces, que ce soit de la respiration, des mouvements aussi de contraction et décontraction du corps, pour justement transformer le stress en énergie, tout simplement.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour ces conseils. Est-ce que justement tu pourrais nous partager une technique simple de sophrologie, pour que les personnes qui nous écoutent, qu'ils soient étudiants ou pas forcément, puissent utiliser au quotidien ?
- Speaker #2
Des petites astuces, alors j'en aurais mal plusieurs, je ne sais pas si j'ai le temps pour vous. Oui, bien sûr. Super. Alors... Technique simple, je dirais que ce qui est bien c'est de à la fois mettre une respiration, de mettre aussi peut-être un exercice de contraction et décontraction et d'essayer aussi de se booster avec comme un petit mantra ou en tout cas une petite phrase assez percutante pour se booster. Donc la première chose à faire quand on veut essayer de se concentrer, de se recentrer et de se donner confiance, de se calmer, c'est surtout de s'installer dans un endroit calme si on peut le faire. De préférence, un bureau fermé, une salle de pause, peut-être même dans une voiture, garée tranquillement. Et se dire vraiment que cette pause, c'est pour soi. Se dire, voilà, je coupe le téléphone, je coupe tout ce qui pourrait me déranger et je m'accorde du temps pour retrouver mon calme. La première petite chose que je pourrais vous donner, c'est un exercice très simple que peut-être beaucoup connaissent. C'est la respiration ventrale, qu'on appelle aussi la respiration abdominale. Elle permet d'apaiser le système nerveux et de ralentir le rythme cardiaque qui en général s'emballe très facilement lorsqu'on est stressé. Donc la petite consigne très simple, je vais essayer d'être assez synthétique. On se met debout si on peut ou sinon en effet en posture assise, le dos plutôt bien droit pour bien avoir la colonne d'air qui est développée. On pose les deux mains sur son ventre et on commence tout simplement à souffler doucement par la bouche, à expirer. en rentrant le ventre. Ensuite, on inspire par le nez en gonflant le ventre. Voilà. On expire vraiment très lentement, on inspire bien profondément et on fait ça pendant 6 à 10 cycles respiratoires. Ça correspond à 2-3 minutes. Ok. Et l'idée, c'est vraiment de se calmer. En fait, cette respiration, elle est super parce que ça correspond à la respiration qu'on a lorsqu'on dort.
- Speaker #1
Donc,
- Speaker #2
c'est vraiment la respiration de calme. D'accord ? Ok. Donc, voilà. On se détend, on apaise beaucoup de tensions, on se libère aussi beaucoup les petites tensions qu'on peut avoir dans le ventre, la boule au ventre parfois qu'on peut avoir. C'est un exercice qui est très utile pour ça. Donc ça c'est le premier, 2-3 minutes, pas plus. Et le second en fait qui peut être intéressant, c'est contracter le corps et le relâcher, toujours avec une respiration. Donc là vous allez inspirer par le nez, vous allez bloquer votre respiration, vous allez contracter tout votre corps de la tête au pied. D'accord, vous serrez tout. Et ensuite, vous soufflez et vous relâchez. Et c'est pareil, vous pouvez le répéter minimum trois fois, mais plus de trois fois si vous le souhaitez, en fonction de vos besoins. Donc là, ça permet de relâcher toutes les petites tensions du stress qu'on peut avoir au niveau des cervicales, au niveau des épaules, puis partout dans le corps, parce qu'on a tous des ressentis différents. Et ça permet vraiment de bien relâcher un petit truc. Un corps détendu favorise un mental apaisé. Petite phrase à retenir. Toujours essayer de se détendre parce qu'en fait, les deux sont liés. Donc dès qu'au niveau du cerveau, on sent qu'on est un petit peu en surchauffe, avoir le réflexe d'aller se détendre, de faire une respiration, de faire ce type d'exercice. Et déjà, on voit les choses peut-être un petit peu plus claires une fois qu'on a terminé ces exercices.
- Speaker #1
Et c'est marrant parce que l'exercice où on se contracte entièrement, C'était quelque chose que je faisais avant mes épreuves de l'examen du barreau. Et ça m'a beaucoup aidée, ça me détendait. Je faisais ça 2-3 minutes avant d'y aller. Et on relâche le corps. C'est automatique quasiment.
- Speaker #2
Et vraiment, c'est très bon. Super.
- Speaker #1
Est-ce que tu aurais plus spécifiquement des exercices à conseiller aux jeunes avocats qui sont confrontés notamment au stress des premières plaidoiries avant d'aller plaider, d'entrer dans la salle ?
- Speaker #2
Oui, les premières plaidoiries, la respiration ventrale que je viens d'évoquer fonctionne très bien. Il y a un autre exercice qui peut en effet aider qui s'appelle le pompage des épaules avec une petite intention positive derrière. Alors c'est un exercice qui permet vraiment d'évacuer les tensions et de recharger le mental de manière positive. Donc pour cet exercice, l'idée c'est de se mettre plutôt debout, les bras le long du corps, les pieds à peu près écartés de la largeur du bassin pour être bien stable, la tête dans l'axe de la colonne vertébrale. idéalement si on peut on ferme les yeux parce que ça permet d'être bien concentré à soi et là en fait vous allez imaginer que dans vos bras qui sont du corps, dans vos poings, vous allez serrer justement vos doutes, vos peurs votre stress, donc vous les tenez bien dans vos poings serrés vous allez inspirer profondément par le nez vous allez bloquer votre respiration et la respiration bloquée vous allez monter vos épaules aux oreilles Ouh ! pour détendre justement ses épaules. Et ensuite souffler et relâcher complètement. D'accord ? Ça permet en plus vraiment de dénouer toutes les tensions là ici, au niveau des trapèzes.
- Speaker #1
C'est là où il y a souvent d'ailleurs les tensions.
- Speaker #2
Là où il y a souvent des tensions. Et le fait de vous dire, voilà, je jette mes peurs, je jette mes doutes, quelque part vous reprogrammez votre cerveau qui lui a plutôt tendance de vous dire, ça va être compliqué, je ne vais pas y arriver, etc. Donc on le reprogramme. L'idée c'est de terminer et de se dire voilà je suis maintenant prête à avancer, je suis prête à plaider, j'y vais.
- Speaker #1
Tu parlais tout à l'heure de la visualisation positive. Oui. Est-ce que justement ça peut aider pour les jeunes avocats pour leur première plaidoirie de s'imaginer, enfin comment est-ce qu'on peut utiliser la visualisation positive dans ce cadre-là ?
- Speaker #2
Alors la visualisation positive en fait justement pour bien en expliquer ce que c'est, c'est notre capacité mentale. à nous imaginer dans une situation, éventuellement à nous remémorer aussi un souvenir, pourquoi pas, de manière à en effet peut-être retrouver de la sérénité, de l'énergie ou de la conscience en soi. Donc là typiquement dans le cas peut-être d'une plaidoirie qui va approcher, c'est en effet se mettre à fermer les yeux, se détendre déjà, essayer de respirer un petit peu, et en effet de se visualiser calme, concentré. Droite dans sa posture, parce que la posture est importante quand vous plaidez. Ça peut être vous voir en train de marcher vers le tribunal plutôt en confiance. Être dans une salle de réunion éventuellement si c'est pour un rendez-vous, pourquoi pas. Mais en tout cas, imaginez chaque détail. Et finalement, se voir avec une voix claire, se voir assurée, se voir avec un corps détendu. Et en fait, en faisant ça, on va finalement conditionner son cerveau. On va le programmer pour que celui-ci vous permette de ressentir la maîtrise, la clarté, la confiance aussi dans vos connaissances et dans votre dossier. En l'occurrence, c'est le cas d'une plaidoirie. Et c'est vrai que c'est en effet un outil qui est très intéressant. Moi, je l'utilise en effet beaucoup dans toutes mes séances individuelles, notamment pour la préparation des examens. Conditionner son cerveau, c'est... En tout cas, vous vous assurez d'être un peu plus calme et un peu plus serein lorsque vous arrivez le jour J. Après, peut-être qu'au départ, il faut être accompagné pour s'entraîner à faire ce type de visualisation, mais on a tous des capacités de visualisation depuis qu'on est tout petit. Donc, il suffit juste de réactiver ce côté un peu imaginaire.
- Speaker #1
Très bien. Et est-ce que tu as remarqué une demande plutôt croissante autour du bien-être dans le milieu juridique ces dernières années ?
- Speaker #2
Alors dans le milieu juridique, je ne saurais pas forcément te répondre exactement. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, aller à 90% des personnes qui poussent ma porte aujourd'hui du cabinet, c'est pour de la gestion du stress, qu'ils soient petits, ados ou adultes. Donc c'est vraiment quelque chose d'assez conséquent. Après, les profils sont assez divers, mais ce que j'ai pu remarquer, c'est que tous les métiers qui sont dits de l'humain, Tous les métiers qui impliquent finalement une responsabilité humaine, un engagement éthique, une relation directe à l'autre, par exemple les professeurs, les soignants, les avocats. En effet, ce sont des professions qui reviennent beaucoup.
- Speaker #0
Nous allons désormais aborder la question de la prévention du burn-out, mais avant d'aller plus loin, il me semble important de revenir sur l'histoire de ce mot. dont on entend beaucoup parler. Pour bien comprendre de quoi on parle, il faut faire un retour dans le temps dans les années 1960. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le mot « burn-out » n'est pas né dans les couloirs de l'hôpital ou dans des cabinets médicaux, mais dans les rues de New York. A l'époque, les toxicomanes utilisaient l'expression « to burn out » pour décrire un état d'épuisement total, mais c'est seulement en 1974 que le psychanalyste américain Herbert Fredenberger a repris ce terme dans un article intitulé « Burn-out syndrome » pour décrire l'épuisement des soignants bénévoles dans les free clinics de New York. Ces bénévoles travaillaient à l'époque dans ces cliniques pour aider des anciens toxicomanes. Ils étaient bien souvent idéalistes et très investis, et ils se sont retrouvés consumés par leur travail, sans reconnaissance ni soutien. Désormais, le burn-out, appelé également syndrome d'épuisement professionnel, désigne un état lié à une surcharge de travail, ou à l'impossibilité de bien faire son travail tout en respectant ses propres valeurs. Juridiquement, depuis 2019, le burn-out figure dans la classification internationale des maladies de l'OMS, bien que celle-ci ne le considère pas comme une maladie, mais plutôt comme un phénomène lié au travail. En France, le burn-out n'est pas officiellement reconnu comme une maladie professionnelle dans les tableaux de la sécurité sociale, mais il peut être reconnu au cas par cas via une procédure spéciale.
- Speaker #1
J'aimerais maintenant qu'on aborde la question de la prévention du burn-out. On en a parlé un petit peu quand tu t'es présentée. Tout d'abord, par rapport au milieu juridique, j'ai lu une étude assez récente qui a été menée par un avocat du barreau de Rennes auprès de 200 confrères. Et sur ces 200 confrères interrogés, plus de la moitié ont évoqué une surcharge de travail et 27% se sont dit à bout de force. Donc toi-même, tu as traversé un burn-out. Est-ce que tu peux nous raconter un peu ce qui t'est arrivé ?
- Speaker #2
Alors en fait, le burn-out, déjà, ce qu'il faut savoir, c'est en effet une surcharge, qu'elle soit physique et aussi mentale. C'est assez insidieux, ça se fait sur le long terme. Ce n'est pas quelque chose qui arrive vraiment d'un coup. En tout cas, moi, avec le recul, c'est ce que j'ai pu constater. Donc, il y a eu des signes avant-coureurs que je n'ai pas forcément vus ou que je n'ai pas voulu voir, peut-être. Mais des signes qui étaient à la fois physiques, qui étaient aussi, par exemple, des troubles du sommeil aussi beaucoup. Et puis, à un moment donné, il y a une petite goutte qui a fait déborder le vase et qui a fait que je me suis écroulée, tout simplement. Et c'est une collègue amie. on va dire ça, qui a tout simplement fermé mon PC et qui m'a dit d'aller voir le médecin. Et je la remercierai jamais assez parce que si ça se trouve peut-être que si elle n'avait pas été là, j'aurais peut-être encore tiré un petit peu plus sur la corde et après on ne sait pas où ça aurait été. Mais en tout cas, voilà, ça peut arriver vraiment à tout le monde, même si on sent qu'on a suffisamment de ressources. Et écoutez les autres, c'est très important parce que votre entourage vous dit, il remarque que quelque chose ne va pas. Mais souvent, Je me dis mais non, on est très très fort, je suis une Wonder Woman, je peux tout gérer. Et voilà, attention, en fait le burn-out c'est vraiment quand le stress est chronique, c'est-à-dire quand tu n'as plus le temps de récupérer, quand tu ne souffles plus. Et en gros c'est ce que je disais tout à l'heure, on parlait des ressources. Quand tu n'arrives plus à ressortir tes ressources et que tu n'as que du négatif en fait. Donc c'est pour ça que c'est très important. de se protéger, de garder des activités, de continuer de voir sa famille, de privilégier tous ces petits moments-là pour avoir cet équilibre au quotidien entre eux. Oui, j'ai des contraintes et de l'autre côté, j'ai quand même des petits moments sympas qui me font du bien. Oui, bien sûr,
- Speaker #1
trouver un équilibre.
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #1
Et tu disais qu'il y avait des signes avant-coureurs du burn-out, pour être certain que tu n'as pas voulu écouter à ce moment-là. Quels seraient, selon toi, les signes, justement, avant-coureurs à ne pas négliger ? pour ceux et celles qui nous écouteraient ?
- Speaker #2
Alors, il peut y avoir différents types de signes. Tu vas avoir des signes physiques, des signes aussi un peu émotionnels et psychologiques, bien sûr, des signes cognitifs et des signes au niveau de ton comportement. Donc, je dirais que ceux qui sont les plus, en tout cas ceux qu'on me remonte le plus, et ceux aussi que j'ai vécu, ça va être une fatigue un peu persistante, même si tu t'es reposée.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #2
Des troubles du sommeil, beaucoup. C'est-à-dire que tu vas te coucher, mais tu vas cogiter sur ta journée que tu as passée. Tu vas cogiter sur ta journée du lendemain, donc tu vas avoir un petit peu plus de difficulté à t'endormir. Le sommeil n'est pas forcément de bonne qualité. Des tensions, donc au niveau du corps. Tout à l'heure, on parlait du pompage des épaules pour se dénouer, etc. Il y a des zones en général qui sont un peu plus... un peu plus sollicités au niveau du stress, donc les trapèzes, le dos aussi beaucoup. Moi, je sais que j'avais très très mal au dos, alors que il n'allait pas mieux d'avoir mal au dos. Et aussi le ventre. Et puis palpitations, respirations un peu modifiées. Chez certaines personnes, ça peut être même des crises d'angoisse, ça peut arriver. Et alors moi, c'est ce que j'avais remarqué, plein de petites maladies que je n'avais pas d'habitude.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #2
En liant tout simplement au fait que comme tu es fatigué, tu as moins de défense immunitaire et donc tu attrapes un petit peu tout ce qui passe. Ça, c'est pour les signes physiques. Après, pour les signes émotionnels, tu vas être un peu plus irritable. Un peu plus agité, peut-être des envies de pleurer chez certaines personnes, ce qui revient beaucoup. La tristesse, oui, c'est ça. Un peu les prémices, un peu de déprime ou de dépression, ce genre de choses. Après, des difficultés à te concentrer, des oublis que tu n'as pas forcément. Ça aussi, ça peut arriver. Des pensées anxieuses surtout. En gros, des scénarios plutôt négatifs dans ta tête. plutôt que positif. Et après, les signes comportementaux que tu peux avoir, c'est le fait de t'isoler. Tu n'as plus envie forcément de voir du monde. Plutôt désorganiser. Le fait de faire un peu de présentéisme, tu vois, au travail, sans pour autant vraiment travailler. Enfin, on est là parce que ça fait bien d'être là. Et pour autant, ça n'avance pas. Et on n'arrive pas finalement à ralentir ce rythme-là. Donc, il y a plein de petites choses. Et aussi... Tu peux avoir des troubles de comportement liés à la nourriture, ça peut arriver. Le fait de grignoter un petit peu plus que d'habitude, ou alors de ne plus avoir d'appétit. Il y en a beaucoup. Après, te dire les plus importants, c'est difficile parce que chacun va avoir le sien. Mais si on peut en retenir les principaux, ça va être la tension du corps, le sommeil, des émotions qui font un peu le yo-yo, et puis des comportements... que tu n'as pas d'habitude, quoi. Concentration, mémoire, tout ça.
- Speaker #1
Donc une plus grande fragilité et diverses manifestations de stress, en fait, sur toutes ces formes.
- Speaker #2
Exactement, oui, tout à fait. Ok.
- Speaker #1
Et c'est vrai qu'en ce moment, enfin ces dernières années, on parle de plus en plus de burn-out. On est dans une société où il y a une sorte d'injonction à beaucoup travailler, à réussir. Est-ce que tu as ressenti une forme de culpabilité de ne pas réussir, entre grands guillemets, à réussir à tout gérer ? Est-ce que tu as ressenti ça ?
- Speaker #2
Oui, j'ai ressenti ça. Alors, ce qui est assez étonnant, c'est que je l'ai ressenti après, c'est-à-dire une fois que j'étais arrêtée, que je me suis posée, que j'ai beaucoup dormi. Et là, du coup, forcément, on a d'autres réflexions personnelles qui arrivent en se disant, ben oui, mais en fait, j'ai raté beaucoup de choses finalement. Mais on est tellement la tête dans le guidon et on est tellement à fond dans son travail. Et moi, je l'ai vécu dans un tout autre domaine que la justice, mais je pense que c'est vraiment similaire. Et pour le coup, oui, après, on s'en rend compte. Mais dans ces cas-là, il faut être accompagné. Moi, j'ai eu la chance d'être suivie par quelqu'un, une sophrologue en l'occurrence, qui était extraordinaire et qui m'a fait prendre conscience de toutes ces choses-là, des choses essentielles, des valeurs qui étaient importantes pour moi finalement, parce que je les avais un peu perdues de vue, tout ça. Et là, aujourd'hui, j'arrive mieux à prioriser. Je lâche prise sur pas mal de choses. Avant, je devais être un peu psychorigide sur certaines choses. Maintenant, je laisse. Il y a des choses qui sont bien plus importantes. Et ça, ce que je voudrais dire aux personnes qui vont nous écouter, c'est que ça s'apprend. Et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle. Même si on est vraiment dans le contrôle, dans le perfectionnisme à fond, parce qu'il y a des profils qui sont plus sujets au burn-out que d'autres, ça va être les personnes perfectionnistes. les personnes qui vont être dans l'hyper contrôle à chaque fois, les personnes qui ne savent pas dire non. Et ça, ça prend. Et moi, je continue d'apprendre tout le temps. C'est vraiment du développement personnel.
- Speaker #1
Oui, c'est un travail sur soi et on peut être aidé pour...
- Speaker #2
Exactement, il ne faut pas hésiter.
- Speaker #1
Pour revenir au milieu juridique, une avocate m'a dit récemment, vous savez, le surmenage, c'est presque inhérent à notre métier. Est-ce que tu penses qu'on banalise un peu trop la surcharge dans la profession d'avocat, que c'est en fait en quelque sorte une norme un peu implicite à ce métier-là ?
- Speaker #2
Oui, je pense que c'est souvent trop normalisé. D'une manière générale, oui, il serait temps de briser un peu ce mythe de voilà, il faut travailler beaucoup, ça veut dire que tu es excellent, non, tout ça, il faudrait le mettre de côté. Je pense qu'aujourd'hui la justice a besoin de cerveaux brillants et non de corps épuisés, tout simplement. Et qu'un professionnel en bonne santé mentale va mieux travailler, il va travailler plus longtemps, surtout avec plus de sens. Et il continuera son métier. Parce qu'aujourd'hui, je crois que dans le métier d'avocat, il y a pas mal de personnes qui arrêtent assez rapidement. Oui,
- Speaker #1
je crois que c'est la majorité qui arrêtent avant 10 ans d'exercice.
- Speaker #2
Voilà. Donc voilà, après, bon, les raisons exactes, je m'en répouille un peu. Mais je pense qu'il y a quand même beaucoup de ça, malheureusement.
- Speaker #1
Et justement, pour peut-être les étudiants qui nous écoutent, ou en tout cas les avocats en début de carrière, c'est vrai que justement, en début de carrière, on a souvent envie de faire ses preuves. Parfois au prix de sa santé. Comment est-ce qu'un jeune avocat qui nous écouterait peut-il préserver sa santé mentale sans compromettre ses ambitions professionnelles ?
- Speaker #2
Alors c'est une question essentielle. Après, ça peut être en effet compliqué de la réaliser. Je pense néanmoins que c'est important de revenir sur cette expression « faire ses preuves » . Parce que faire ses preuves, ça ne veut pas forcément dire s'épuiser à la tâche. c'est c'est montrer son sérieux sans sacrifier sa santé. Et je pense que se fixer des objectifs clairs et précis, ça peut aider pour éviter de partir, en effet, dans tous les sens, voir ses progrès, voir ce qui manque, et permettre aux jeunes avocats, alors si en plus ils peuvent être sous la coupelle d'un mentor, ce serait l'idéal, parce que ce mentor pourrait vraiment l'aider à faire face. à ses questions, peut-être à ses échecs, peut-être à ses peurs aussi. Mais je pense qu'en effet, les objectifs sont importants pour déjà un petit peu cadrer ça. Et puis aussi, donner ses limites, s'affirmer, c'était ce qu'on disait tout à l'heure, dès le départ. Alors, je sais que ce n'est pas facile parce que dire non, notamment quand on commence le travail, c'est difficile, mais néanmoins, c'est essentiel. Parce que sinon, l'estime de soi en prend un coup et on ne se protège pas. Et on peut vite faire après des horaires de travail complètement démesurés. Et je pense qu'en effet, si vous leur donnez un petit bout de votre main, ils prendront tout le bras. Et c'est valable partout. Si vous donnez de mauvaises habitudes à rester très très tard le soir, Le jour où vous allez partir à 18h, moi je l'ai déjà vécu dans mon ancien travail, on va vous dire, tu prends ton après-midi ? Il est pourtant 18h. Mais ça, je suis consciente que c'est quelque chose de compliqué. Après, il faut aussi choisir son environnement avec discernement, je pense. C'est vrai que tous les cabinets ne valorisent pas l'équilibre de vie. C'est vrai, pour beaucoup. Mais je pense qu'il faut avant tout penser à soi, il ne faut pas se briser, ça c'est essentiel. Un mentor, ça peut être pas mal. Vraiment. Je pense que ça peut être un bon soutien pour faire face à tout ça. C'est ça.
- Speaker #1
Donc, en tout cas, se fixer des objectifs réalisables et savoir poser ses limites.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Si une personne, là, nous écoute et qu'elle se sent actuellement surmenée, un peu au bout du rouleau, quel conseil tu lui donnerais ?
- Speaker #2
Alors le premier conseil que je lui donnerais, c'est surtout de ne pas rester seule. Parce que quand on est seule, on a tendance à encore ruminer plus davantage. Et c'est là où on peut vraiment plonger en fait. Et vraiment là-dessus, il n'y a aucune honte à demander de l'aide, même si c'est psychologique, vraiment. Parce que, et c'est ce que je dis souvent aux personnes qui viennent me voir et qui poussent la porte de mon cabinet. même si moi en l'occurrence je ne suis pas du tout psychologue, vraiment ça je le tiens à le repréciser, on vient chercher voilà une écoute dans mon cabinet des outils concrets pour se sentir mieux et à chaque fois je les félicite, je leur dis bravo parce que c'est déjà quelque chose de très positif pour eux que de pousser cette force et de très courageux parce que ça veut dire qu'on a déjà accepté le fait qu'il y a quelque chose qui est fragilisé chez nous et que c'est nécessaire d'être aidé Merci. Et alors, ça peut être via un entourage, ça peut être aussi via un thérapeute, peu à peu, mais en tout cas, c'est le fait de ne pas rester seule parce que la santé mentale vaut mieux plus qu'un dossier ou qu'une note.
- Speaker #1
Ça, c'est sûr. Merci beaucoup pour tes conseils. Et enfin, pour terminer, j'ai encore une petite question. Est-ce que tu aurais une œuvre, quelle qu'elle soit, en lien avec le droit et ou la santé mentale, à conseiller à ceux et celles qui nous écoutent ?
- Speaker #2
Alors moi, il y a un livre que j'ai amené d'ailleurs, qui m'a beaucoup plu, que je relis aussi régulièrement.
- Speaker #0
Ce sont les 4 accords Toltec de Don Miguel Ruiz. Et c'est vrai que ce livre a été pour moi très enrichissant parce que c'est un livre qui évolue en fait avec toi. Et tu as aussi différentes lectures en fonction de ton développement personnel, de ton cheminement. Et en fait, ces 4 accords Toltec te permettent d'avoir une vie un peu plus consciente, un peu plus sereine, un peu plus authentique. Alors après, je ne vais pas forcément les détailler, mais en tout cas, voilà, le premier, c'est que ta parole soit impeccable. Le deuxième, c'est ne prends rien personnellement. Le troisième, c'est ne fais pas de suppositions. Et le quatrième, que j'aime beaucoup, c'est faire toujours de ton mieux, en sachant que notre mieux varie d'un jour à l'autre et que ça, il faut l'accepter. Donc, c'est plein de petites choses comme ça. qui peuvent vraiment être utiles au quotidien. Donc voilà, c'est ma petite référence lecture que je pourrais conseiller aux personnes qui vont nous écouter.
- Speaker #1
Merci beaucoup, je regarderai. En tout cas, merci pour cet échange riche et inspirant. J'espère que cet épisode aidera celles et ceux qui se reconnaissent dans tes propos. Et merci beaucoup, à très bientôt.
- Speaker #0
Merci à toi.