- Speaker #0
Bienvenue sur Avotex, un podcast pour découvrir les auteurs et autrices de l'imaginaire autour de leurs boissons préférées. Lecture, échange, bonne humeur ! Bienvenue sur la saison 1 épisode 10 pour découvrir aujourd'hui la plume de Sarah Chattel. Salut Sarah !
- Speaker #1
Salut !
- Speaker #0
Et bonjour à vous aussi qui nous écoutez depuis votre plateforme préférée ou mieux encore depuis le site d'elbakine.net qui est donc notre partenaire, aussi foufou d'imaginaire que nous. N'hésitez pas d'ailleurs à venir papoter sur le forum du site, on est toujours très intéressés par vos retours et vos ressentis sur le podcast. Alors pour l'épisode d'aujourd'hui, on va suivre un format un tout petit peu différent des autres, je vais vous expliquer ça dans un instant. Mais avant, on ne change pas les bonnes habitudes. Sarah et moi partageons une même boisson. Je te laisse dévoiler à tout le monde ce qu'on est en train de boire, Sarah.
- Speaker #1
Alors, on est sur quelque chose d'assez fruité, le smoothie à la banane.
- Speaker #0
Voilà, un smoothie à la banane. Moi, j'ai triché, j'ai rajouté un tout petit peu de cannelle.
- Speaker #1
C'est pas grave, fallait pas dire.
- Speaker #0
Tu m'en veux pas, c'est parfait. Alors, on revient un petit peu à l'épisode d'aujourd'hui que je vous explique. habituellement, là, j'enchaîne avec le portrait de mon invité, puis vous avez la lecture du texte, suivi de l'échange. Je vais bien entendu vous présenter Sarah en quelques mots. Mais avant ça, il me tenait à cœur d'apporter quelques précisions. Car, a priori, vous ne connaissez pas et ne pouvez quasiment pas connaître Sarah. Avec ce podcast, mon envie première était de mettre en avant toutes sortes de plumes de l'imaginaire francophone. Et dans ces plumes, il y en a des publiées. Il y en a des autopubliés et il y en a des pas publiés du tout. C'était déjà le cas de l'épisode 7 avec Sophie Valenis, et c'est encore le cas aujourd'hui avec Sarah. Alors contrairement à Sophie, qui a tout de même les deux pieds dans l'écriture et des contacts en cours avec des éditions, toi Sarah, avec toi on explore aujourd'hui vraiment les tout débuts d'une volonté d'écrire. D'où le thème « Quand la plume nous démange » . Chers auditeurs, chères auditrices, je vous présente Sarah Châtel. Sarah, tu vis dans ce beau pays qu'est la Normandie. Tu as 18 ans. Tu es en prépa scientifique MP. Merci, tu as précisé pour moi qui ne suis pas du tout scientifique que c'était maths et physique. Ce qui veut dire, si je ne me trompe pas, que depuis septembre 2025, tu ne dors plus que 5 heures par nuit, tu manges en travaillant et tu travailles en dormant. C'est à peu près ça, non ?
- Speaker #1
Je pense que c'est pas mal résumé.
- Speaker #0
Et malgré cet emploi du temps outrageusement chargé, tu parviens tant bien que mal à te libérer une petite demi-heure par semaine pour lire et une autre à la volée pour écrire. L'écriture et même la créativité de manière générale, car tu aimes également dessiner et peindre, fait partie de ta vie depuis toujours. L'année dernière, en mars 2025, tu as participé au concours du Salon Pile à lire à Rouen. Et c'est d'ailleurs à cette occasion que nous nous sommes rencontrés. Et c'est grâce d'ailleurs à Soalice Ovi, qui était mon invitée au troisième épisode. C'est elle qui nous a mis en contact. Est-ce que tu peux nous raconter comment tu en es venue à participer à ce concours ?
- Speaker #1
Bien sûr. Je m'en souviens encore, c'était... Il me semble que la première fois que j'ai entendu parler du concours, c'était en janvier 2024. Et justement, c'est des gens qui sont venus me voir à mon lycée, parce que la plupart de mes amis savent. que je vais m'écrire et que mon projet plus tard c'est de devenir autrice, même si je me suis lancée dans des études scientifiques. Et justement, c'était notre CPE qui avait fait circuler des informations sur le concours en lui-même. Et il y a quelques personnes de mon lycée qui ont participé. D'ailleurs, les trois personnes qui ont gagné, donc les trois finalistes, étaient des personnes de mon lycée. Et donc évidemment, je me suis sentie pas obligée, mais évidemment que j'allais participer. Ce n'était pas que c'était fait pour moi, mais c'était l'occasion rêvée de pouvoir m'attacher à la tâche, de voir un peu comment m'organiser autour d'un sujet particulier qui n'était pas mon propre sujet et voir un peu comment je pouvais jouer avec les règles. Et bien, pendant les vacances, je m'y suis mise et c'est allé tout seul.
- Speaker #0
Voilà, et avec ce texte, tu as remporté le premier prix.
- Speaker #1
C'est évidemment la nouvelle que je vous propose de découvrir aujourd'hui. Donc, place à la lecture. et on se retrouve juste après.
- Speaker #0
Le livre de M. Sakimoto de Sarah Chattel. Cole était loin d'être un garçon heureux. Il était la définition même de l'enfant malchanceux. De toute sa vie, il n'avait jamais connu que bassesse et méchanceté. C'était comme si, dès la naissance, il avait été victime d'un sort. Un sort qui le vouait à dépérir, isolé et infiniment triste. Les seuls moments qu'il appréciait étaient ceux qu'il partageait avec M. Sakimoto. Ils étaient devenus sa raison de vivre, celle qui le poussait à avancer. Monsieur Sakimoto était un vieil homme qui possédait la librairie du coin. Il était tout aussi adorable qu'admirable. Voilà déjà dix ans qu'il alimentait les lectures des villageois et quelques semaines seulement que Cole avait fait sa rencontre. Il la devait à sa mère qui, après avoir appris qu'il vivait seul, l'avait poussée à visiter le vieil homme. Et depuis qu'il était entré dans son magasin, Cole n'avait cessé de l'aider. Il incarnait en quelque sorte le grand-père qu'il n'avait jamais connu. Chaque fois que M. Sakimoto manquait de personnel pour porter des cartons lourds, Cole se portait garant pour la tâche. Chaque fois qu'il avait besoin d'un avis extérieur et frais sur un livre qu'il hésitait à acheter, Cole proposait ses services. Ce jour-ci, la mère de Cole avait accepté qu'il passe l'après-midi entière chez le libraire. Il baladait ses doigts sur les commodes dédiés à la science-fiction, à la recherche de sa prochaine trouvaille.
- Speaker #1
« Cole ! »
- Speaker #0
s'exclama M. Sakimoto au loin. « Viens ici, mon garçon ! » Curieux, l'enfant abandonna ses recherches pour rejoindre le vieil homme. Ce dernier l'interpellait rarement. En vérité, c'était toujours Cole qui allait le trouver. et qui constatait qu'il avait besoin d'aide quel problème pouvait-il bien avoir pour l'appeler ainsi lorsque cole aperçut m sakimoto ses yeux se posèrent aussitôt sur le bouquin qu'il tenait entre les mains il paraissait plus ancien que l'endroit son dos était marron sali ses feuilles étaient usées déchirées par endroits même l'écriture sur la couverture était quelque peu effacée « Vois-tu ? » commença M. Sakimoto. « C'est là une de mes pièces les plus rustiques, une de mes pièces les plus précieuses, comme j'aime les appeler. C'est le premier livre que j'ai emporté avec moi dans ce village. » Le libraire avait tourné le dos. La voix était si basse, si délicate, que Cole devait tendre l'oreille pour la percevoir. « J'imagine qu'il vous est très cher, » dit le garçon. Il fait partie intégrante de ma vie. M. Sakimoto se retourna. Quoique ses yeux parussent sourire, un air grave était collé à son visage. Ce n'est pas parce qu'il occupe une place sentimentale dans mon cœur que je le chéris autant. C'est parce qu'il est très puissant. M. Sakimoto s'approcha de Cole, avalant les quelques pas qui les séparaient. je sais à quel point les choses n'ont pas été faciles pour toi poursuivit-il tu mérites une meilleure vie mon garçon laisse-moi te faire ce cadeau dès que tu l'ouvriras il t'appartiendra il sera lié à toi à ta vie fronça les sourcils se pouvait-il que sa mère se soit secrètement entretenue avec m sakimoto bien qu'il le considérât comme son grand-père Cole ne s'était jamais ouvert sur ses sentiments. Il avait toujours craint d'être incompris. Dans un sens, admettre qu'il allait mal, ce serait avouer qu'il coulait, et il n'était pas prêt. « Je ne veux pas voler ce livre qui est inestimable à vos yeux, » affirma Cole. « J'ai beau apprécier toutes les suggestions que vous me faites, je n'aimerai jamais cet ouvrage autant que vous l'aimez. » « Si, si ! » s'exclama le vieil homme. Il... tout sauta si fort qu'il dut reprendre sa respiration. « J'insiste ! Comme tu as pu le constater, je suis seul aujourd'hui. Je n'ai plus personne à mes côtés. Mes enfants sont loin de moi et personne ne vient travailler dans mon antre. Si ce n'est toi, je ne veux pas que ce livre meure avec moi. Je me fais vieux. Je ne peux plus m'en occuper. Il faut lui trouver un autre hôte, digne de lui. Maintenant, tends les bras. » Les yeux remplis d'étoiles, Cole obéit. Le libraire plaça ce livre entre ses mains. Il hésitait presque à le toucher. Quelle chance il avait de recevoir un artefact de M. Sakimoto, son ami le plus cher. L'homme qui ne l'avait jamais déçu, celui qui ne l'avait jamais trahi, Cole le plaqua contre son torse comme pour l'empêcher de s'échapper. « J'en prendrai grand soin, merci. » Le vieil homme sourit. Il réajusta ses lunettes, puis frotta ses mains, sûrement pour se débarrasser de la poussière qui lui restait. Ne nous penchons plus dessus. La journée est loin de s'achever. Nous avons encore du travail. Lorsqu'il rentra chez lui, Cole ne pensait plus qu'à une chose, son nouveau livre. Affalé sur son lit, il le sortit de son sac troué et le contempla pour ce qui sembla être une éternité. Il l'effleura doucement, si doucement que l'on aurait dit qu'il avait peur de le briser. Cole avait détruit... tellement de choses dans sa vie. Cette fois-ci, il voulait se montrer plus prudent qu'à l'ordinaire. En lui prêtant cet artefact, M. Sakimoto lui avait fait confiance. Il ne pouvait le décevoir. Sans plus attendre, Cole découvrit la première page. Il écarquilla les yeux. « Étrange ? » songea l'enfant. « Pourquoi y figurais-je déjà ? Serait-ce l'œuvre de M. Sakimoto ? » ce que cole avait sous les yeux c'était une liste des prénoms de tous les propriétaires du livre du plus ancien au plus récent bradley sakimoto y était mentionné juste avant lui un sourire étira les lèvres du garçon il était véritablement devenu le nouveau détenteur ce livre semblait avoir été transmis de génération en génération d'où son apparence rustique peut-être que cole à l'avenir lui aussi offrirait ce livre à un enfant qu'il porterait dans son coeur son héritier sûrement s'il en avait un jour était-ce ainsi que le voyait m sakimoto comme son propre petit-fils à cette pensée ne puisse empêcher de sourire que ce serait incroyable d'avoir un grand-père aussi calme et bienveillant que lui cole tourna de nouveau la page elle mentionnait le premier client de ce livre quelques dessins et illustrations le représentaient ainsi que des événements marquants de sa vie des événements véritablement fâcheux décrits tels des prophéties quand il partira acheter une baguette de pain sa femme disparaîtra ou encore dès qu'il trouvera un nouvel emploi sa maison brûlera fronça les sourcils au nombre des tragédies qui défilaient il eut une pensée compatissante pour cet homme qui avait bien dû souffrir Ce livre ressemblait davantage à un journal de bord qu'à une histoire fictive. À la fin de la rubrique, une note de cet homme était collée, qu'il avait lui-même rédigée. L'écriture était presque illisible tant elle était penchée. Pourtant, Cole put déceler quelques bouts du manuscrit. « Je vais très mal. Ma santé, physique comme mentale, empire de jour en jour. Tout cela, je le dois à cet apothicaire. » S'il ne m'avait pas vanté cette chose, alors que je récupérais simplement mes médicaments, ma vie serait toujours aussi paisible. Je n'ai plus qu'une volonté, m'en débarrasser. Cette chose ? Cole ne pouvait s'empêcher de se demander de quoi il s'agissait. Malheureusement, que ce soit dû à l'écriture ou à des tâches qui avaient effacé le contenu, rien n'était plus compréhensible. Au fur et à mesure que Cole découvrait les différents propriétaires, il leur trouva tous deux points communs. D'une part, ils avaient tous une vie désastreuse. D'autre part, ils paraissaient tous désirer s'acquitter d'un certain item que Cole ne parvenait pas à identifier. Que pouvait bien être l'objet de toutes leurs craintes ? Avec hâte, Cole passa à l'extrait de Monsieur Sakimoto. Impossible qu'il puisse être aussi pessimiste que ses prédécesseurs, n'est-ce pas ? Monsieur Sakimoto était toujours enjoué, toujours vibrant de joie. Rien ne semblait pouvoir l'abattre. Quand Cole pleurait, il était toujours le premier à le réconforter, avec son rire large et gras. Mais alors qu'il s'apprêtait à tout découvrir de Monsieur Sakimoto, son modèle, Cole s'arrêta. Ce n'était pas juste ce qu'il s'apprêtait à faire. n'était pas digne de l'éducation qu'il avait reçue. M. Sakimoto, quoiqu'il ne l'aurait jamais avoué, n'aurait pas apprécié que le garçon agisse ainsi. De ce fait, l'enfant se résolut à fermer le cahier. Néanmoins, en le découvrant, Cole s'était retrouvé bien plus perplexe, et bien moins enthousiaste qu'auparavant. Ce livre n'ouvrait que davantage de questions. Qu'était-il réellement ? Il n'avait pas l'air d'un ouvrage traditionnel. Il ne contenait aucune image, aucune histoire, si ce n'était celle des précédents propriétaires. M. Sakimoto n'avait-il pas assuré qu'il lui était très cher ? Alors, pourquoi le lui avait-il donné ? Qu'attendait-il de lui ? À présent, Cole devait-il faire de même ? Devait-il s'armer de sa plume et écrire les quelques mots qui lui passaient par la tête ? De plus, sans réellement comprendre pourquoi, Cole ne pouvait s'empêcher de trembler. Quelque chose qu'il ignorait décidément le poussait à s'écarter du livre. C'était comme une voix, lointaine mais certaine, qui lui chuchotait de s'en débarrasser. Pourtant, Cole avait déjà développé une relation particulière avec lui. Il ne pouvait pas s'en détacher aussi vite, surtout pas quand c'était un cadeau de M. Sakimoto. Alors Cole essaya quelque chose. Il voulait tester cette voix à l'intérieur de lui et espérait secrètement qu'elle se trompe. Il sortit de son lit et s'approcha de sa fenêtre. Il l'ouvrit. Les rayons du soleil éblouissaient ses yeux. Il leva le livre qu'il tenait en sa main gauche, prit de l'élan et le jeta. La seconde qui suivit, Cole se retrouvait à terre, étourdi. Il observait avec choc le livre qui était resté dans sa chambre. Comment était-ce possible ? Cole avait beau ne pas être l'élève le plus brillant du collège, il connaissait vaguement les lois de la physique. et il lui semblait que la gravité qui régissait ce monde ne fonctionnait pas ainsi c'était comme si une force avait été plus puissante que son cou et avait repoussé le livre vers lui pourtant c'était l'été il faisait chaud et sec à l'extérieur aucun signe de vent à l'horizon bien qu'il n'eût pas assisté à la scène à cause du soleil cole savait que quelque chose d'étrange venait d'arriver ainsi il prit son courage à deux mains et réitéra l'exercice Cette fois-ci, en observant, il se leva en trombe et, reculant d'un pas, jeta le livre. Il le lança si fort qu'il crut déchirer les muscles de son bras. Logiquement, le livre aurait atterri dans la rue, en contrebas. Il se serait écrasé par terre, en un bruit assourdissant, et se serait peut-être même froissé. Alors pourquoi, à l'instant même où il quitta ses doigts, le livre sembla rebondir ? comme pour se venger il frappa cole en plein visage le coeur du garçon tambourinait à en décrocher sa cage thoracique sa voix interne avait raison ce livre était extraordinaire le lendemain après-midi après les cours il devrait en parler à m sakimoto cole n'en croyait pas ses yeux il Ausha de nouveau il plaqua son visage humide contre la paroi de la porte déjà marquée par sa sueur combien de fois avait-il répété ce mouvement plus de fois qu'il ne pouvait le compter s'il continuait de marteler la porte de ses poings elle finirait par céder laissez-moi entrer je sais que vous êtes là sakimoto comme il l'avait si souvent affirmé n'avait nulle part où se rendre si ce n'était à sa librairie c'était là qu'il passait l'entièreté de ses journées il n'avait aucune famille à visiter aucune activité à réaliser il ne pouvait être autre part qu'ici alors pourquoi diantre ne répondait-il pas monsieur sakimoto s'écria de nouveau cole à présent les larmes lui brûlaient les yeux chaque passant qui le frôlait le dévisageait avec mauvaise ce n'était qu'une question de minutes avant que l'un d'eux ne le prenne pour un voleur il devait déguerpir avant que ce soit le cas pourtant le collégien ne pouvait bouger ses pieds Il restait fermement planté là, devant cette porte obscure, aucune lumière à l'intérieur. Un panneau était plaqué contre la vitre, un panneau que Cole n'avait jamais aperçu auparavant, fermé. En revenant chez lui, Cole courut dans sa chambre. Il ne salua même pas sa mère ni sa sœur, qu'il se jeta sur son lit pour retrouver le livre qu'il avait caché la veille au soir. Ce grimoire, vieux et magique. Cole n'éprouvait plus aucun scrupule à briser l'intimité de M. Sakimoto. Il fallait qu'il lise sa partie. C'était cette petite voix qui l'en commandait, celle qui ne se trompait pas. Si ce n'était le libraire qui répondait à ces questions, ce serait sans aucun doute sa note. De ses doigts tremblants, Cole peina à trouver la page exacte. Toutefois, quand ses yeux se posèrent sur le manuscrit, il put le lire en entier. Voilà les quelques lignes que M. Sakimoto avait rédigées avec soin. J'ai trouvé le prochain note. C'est un garçon du nom de Cole. Il a déjà vécu l'enfer, ce livre ne lui fera pas grand défaut. C'est toujours plus honorable d'offrir ce journal à une personne brisée qu'à une personne qui a tout réussi. Je ne serai pas le même monstre que l'ancien propriétaire. J'ai connu la vie rêvée, Los Angeles, ma femme, Myriam. Les matins lors desquels je me réveille tard, j'enfile des costumes Giorgio Armani et je pars, dans des bureaux qui m'appartiennent. Tout cela me manque. Tout cela, je le dois à un fichu stagiaire qui jalousait mon poste et qui m'a refilé ce démon. J'ai même dû changer de nom, à la consonance japonaise, pour que ma famille ne suspecte pas ma nouvelle identité. Un libraire ? Sérieusement ? Qui aurait pu croire que le grand Brad Weasley termine ainsi ? Mais aujourd'hui, une autre page se tourne. Il est l'heure, pour moi, de me libérer de ces chaînes. C'était de pire en pire. M. Sakimoto, comment avait-il osé ? Tout ce temps, s'était-il moqué de Cole ? Cela le faisait-il rire de lui raconter tous ses mensonges sur sa vie, sur ses enfants, sur sa femme présumément morte ? Cela paraissait fou. M. Sakimoto, non. Brad Weasley avait vu sa vie s'écrouler devant ses yeux à cause d'un grimoire magique. Il savait à quel point il était dangereux pour l'avoir appris à ses dépens et... Voilà qu'il l'avait offert au seul garçon qui lui avait souri, au seul garçon qui lui avait jamais prêté main forte, qui lui avait sacrifié son temps. Quel genre de cadeau était-ce, sinon empoisonné ? À l'image même du grand-père, la vie de Cole allait s'effondrer devant ses yeux. Il ne pouvait pas, non, il ne supporterait pas. Au fond de lui, Cole avait toujours un espoir qu'il se soit trompé, que tout ça ne soit qu'une vieille blague orchestrée par M. Sakimoto. et qu'un jour il toquerait à sa porte et l'inviterait à passer du temps dans la librairie c'est ainsi que des mois passèrent m sakimoto ne refit jamais sa réapparition à chaque fois qu'un malheur lui arrivait se demandait s'il le devait à la providence ou à ce livre il ne voulait pas y croire il n'arrivait pas à croire que m sakimoto eût été capable d'une telle cruauté Jusqu'au jour où sa plus grande frayeur se confirma. Sa sœur avait été envoyée à l'hôpital. Cole savait qu'il devait agir. Ce livre était un fléau que Brad Weasley lui avait transmis. Vu qu'il ne pouvait le détruire, il ne lui restait plus qu'un choix. Soit il imitait Brad en léguant la malédiction, soit il la gardait à vie avec lui. En d'autres termes, soit Cole sauvait son entourage, détruisant celui d'une autre personne, Soit il sacrifiait sa famille. Cole ne pouvait se résoudre à cette dernière option. Il savait qu'il allait devenir un monstre, mais il ne pouvait trahir ses proches. Finalement, il commettrait un crime plus affreux que celui de Brad Wesley. Alors que ce dernier avait gardé le carnet toute sa vie, s'obligeant à vivre loin de ceux qu'il aimait pour ne pas leur porter préjudice et ainsi empêcher au plus la malédiction d'être transmise, Cole n'avait tenu que quelques mois. Il était bien plus égoïste. Il ne voulait pas s'éloigner du seul amour qu'on lui portait. C'était décidé qu'Ole allait remettre ce livre à une autre personne. Le lendemain de l'hospitalisation de sa sœur, la main tremblante, il se munit d'un stylo à l'encre noire. Rapidement, il rédigea à son tour une note ainsi que ses quelques mots écrits sur un post-it collé à la couverture. « Lisez-le, il va changer votre vie du tout au tout. » Au moins, ça, ce n'était pas un mensonge. Il se rendit au café le plus proche et déposa l'ouvrage sur la première table qu'il trouva. C'était lâche de sa part, il devint l'avouer. Il était incapable, comme M. Sakimoto, de regarder un villageois droit dans les yeux et lui recommander cet artefact démoniaque. Il était incapable d'apercevoir l'espoir naître dans ses yeux, sachant très bien qu'il allait détruire sa vie. Au moment où le garçon poussa la porte, une femme entra. Elle s'installa à la table où le grimoire avait été abandonné. Bien vite, à cause de sa curiosité, elle en ouvrit les pages. Enfin, Cole était débarrassé de cette malédiction. Pourtant, loin de trouver ses épaules légères, le cœur de Cole se crispa brutalement dans sa poitrine. Un souvenir s'imposa à lui, celui des mots du grand-père. « Dès que tu l'ouvriras, il t'appartiendra. Il sera lié à toi, à ta vie. » Cole avait pris sa phrase au sens métaphorique et non littéral. Il était trop tard. Son erreur était commise. Si M. Sakimoto ne lui ouvrait plus la porte de sa boutique, ce n'était pas parce qu'il était trop honteux de l'avoir trahi ou parce qu'il avait déménagé. C'est parce qu'il était mort. M. Sakimoto s'était débarrassé de ce livre, mais au prix de sa vie. Et désormais, Cole avait fait la même chose. On referme le livre et on retrouve Sarah. Ça va toujours, Sarah ?
- Speaker #1
Ah mais, ça va super !
- Speaker #0
À quel âge et dans quelles circonstances tu as réalisé que l'écriture t'attirait ?
- Speaker #1
Assez tardivement, je ne sais pas si je vous l'admets, Roulou. Parce que la plupart du temps, j'entends les auteurs affirmer que dès 5 ans ou dès 6 ans, ils écrivaient des histoires ou quoi, alors que moi, je ne sais pas que... Je n'étais pas intéressée, c'est que je détestais la lecture. En fait, j'ai découvert ça très brutalement, si j'ose dire. Quand j'étais en seconde, donc vers 15 ans, je me suis réveillée tout d'un coup. Et je me suis dit, j'aimerais bien écrire. C'est très bizarre. C'est très bizarre, mais ça m'est venu abondamment. Et ça ne m'est pas comme une révélation, mais juste, je me suis dit, j'aimerais bien tester. J'ai passé mes jours et mes nuits à écrire alors que j'allais en cours. C'est la folie. Et j'ai adoré. Je pense que c'est les meilleures nuits que j'ai passées de ma vie pour le moment. Parce que vraiment, j'étais dans un état mental fou. Et juste, ça m'a montré que je voulais devenir autrice. Et que même, justement, maintenant, donc trois ans après, je veux toujours l'être autant. Donc je pense que j'ai vraiment trouvé ma vocation à ce moment-là.
- Speaker #0
En te réveillant la nuit, et qu'est-ce qui, enfin si tu as envie d'en parler, mais qu'est-ce que tu as écrit à ce moment-là ? C'était une histoire que tu avais rêvée, c'était...
- Speaker #1
Pas du tout. En fait, même si autrice, j'ai jamais vraiment voulu l'être, j'ai toujours voulu avoir un métier qui est situé dans l'art en général. C'est-à-dire que quand j'étais petite, je me souviens, la seule chose qui me faisait rêver, c'était tout ce qui est culture, manga, animé, tout ça. Et quand j'étais petite, je voulais être animatrice. Et après, je me suis rendue compte que pour faire un animé, ce n'était pas une personne, mais c'était une équipe de personnes qui devait animer. Donc, je me suis rabattue sur Mangaka. Mais après, je ne dessinais pas assez bien. Donc, j'ai dû me rabattre sur Rotris inconsciemment, j'imagine. Et au début, j'avais... Justement, j'imaginais des scénarios dans ma tête pour m'endormir un moment de ma vie. Et à un moment, je me suis dit que j'allais justement écrire sur quelque chose qui me passait par la tête. Et c'est venu tout seul, en fait. J'écrivais sur le clavier et les mots venaient comme ils me passaient en tête. Et tout simplement, ça a produit quelque chose de pas forcément fantastique au début. C'était assez honteux, même, ce que j'ai proposé. J'ai toujours le document du premier texte que j'ai écrit. Et ça me terrifie. En fait, c'est drôle à la fois, parce que c'est burlesque, ce que j'écrivais. On n'est pas sérieux. On a 15 ans, on va pouvoir prendre la citation de Rimbaud pour les 17. Je voulais écrire quelque chose de fantaisiste. Et à ce moment-là... Je savais que ma plume n'était pas assez développée. Une plume n'est jamais vraiment développée ou pas développée, mais je savais que je n'avais pas encore un style et que cette idée était trop grandiose pour moi. Finalement, à la fin du compte, je n'aurais jamais écrit l'histoire. Il faut toujours écrire ce dont on a envie d'écrire, même si c'est pour s'entraîner ou quoi. Mais je l'écrirais un jour. J'écrivais des choses par-ci, par-là. Après, je me suis rabattue sur une histoire en particulier et j'ai continué à l'écrire. Même aujourd'hui, je continue encore à l'écrire.
- Speaker #0
Est-ce que tu parles de ta passion de l'écriture à tes proches ? Alors oui, tu as dit que tout à l'heure, certains de tes amis étaient au courant, mais est-ce que dans la famille, tout le monde le sait ? Est-ce que tu en parles vraiment facilement ?
- Speaker #1
Oui. Oui, justement, ça a été l'objet d'une petite querelle lorsque j'ai dû décider de mon avenir. Je l'ai dit frontalement à mes parents que je voulais être autrice, que j'espérais plus tard écrire des livres et peut-être même gagner ma vie avec. Évidemment, c'est des... C'était assez compliqué en même temps. C'est-à-dire qu'il m'accompagne, entre guillemets, dans l'écriture en tant que passion.
- Speaker #0
mais pour ce qui est du travail ils aimeraient plutôt comme je l'ai fait là que je me guide vers une voie plus scientifique. Au début j'en parlais de rien à la mère puis elle a un peu arrêté parce qu'au début je voulais vraiment que mes proches lisent ce que je faisais pour me donner des retours ou alors mon frère, je suis au début je vais harceler mon frère, après moi je lui envoyais tous les jours des messages en lui demandant s'il te plaît lis ce que j'ai écrit dis moi ce que tu en penses parce que lui c'était un ferson lecteur auparavant Et puis il a abandonné lorsque j'ai vu que... Lorsqu'il me répondait, c'était... Je comprenais qu'il lisait pas vraiment ce que j'avais écrit. Ça me décevait plus qu'autre chose. Donc il a arrêté d'en parler ou alors de faire lire. Mais la plupart des gens que je connais, ils savent l'intérêt grandissant que j'ai pour l'écriture.
- Speaker #1
D'accord. Et tu as d'autres personnes autour de toi qui écrivent aussi ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Parmi tes amis ou...
- Speaker #0
Non, personne. Non, vraiment, je... Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui m'a dit « Ah, moi aussi, j'adore écrire. » Il y a beaucoup de gens qui le lisent. Et encore, lire, ça, c'est rare, malheureusement. Mais non, écrire, je n'ai jamais vraiment rencontré quelqu'un qui lisait, parce que dans ce cas-là, on aurait pu peut-être partager nos textes, céder mutuellement. Non, jamais. J'ai pensé à aller sur peut-être des sites ou des groupes Discord pour partager et juste échanger sur le sujet. Mais je crois que je suis trop timide pour faire ça. J'ai jamais pensé le cas, finalement. Je dois avoir un gros groupe Discord, mais j'ai jamais envoyé de message dessus.
- Speaker #1
Je t'encourage, effectivement, vraiment à le faire, à dépasser peut-être cette timidité, et à le faire, parce que quand tu te retrouves avec des personnes avec qui partager cette passion, c'est hyper riche, et effectivement, on s'entrelit, on discute de là où on en est dans nos romans et tout ça. C'est vrai que c'est hyper... C'est hyper chouette. Après, il faut un peu de temps aussi, et je crois que ça t'en manque un peu en ce moment.
- Speaker #0
Ah ouais, là, c'est un peu dur. Je t'avoue que parfois, je dois faire des devoirs maison révisés pour mes devoirs surveillés. Je me retrouve à taper sur le clavier les mots, et je me dis « mais qu'est-ce que je fais ? Je devrais travailler alors que j'écris. »
- Speaker #1
Tu m'as confié que tu aimais aussi le dessin, la peinture, et tout à l'heure, tu parlais que tu avais tenté un petit peu de faire du manga. qu'est-ce qui te plaît particulièrement dans l'écriture par rapport à ces autres arts ?
- Speaker #0
Il y a beaucoup de domaines dans l'art et beaucoup de choses différentes mais à chaque fois il y a une petite nuance je trouve par exemple dans le dessin ça va plutôt passer par le justement le regard et les formes qu'on va créer sur le papier ou alors les couleurs alors que l'écriture c'est juste des mots, des mots simples sur des pages blanches en noir Et je trouve que c'est là qu'on voit vraiment la créativité de l'individu et à quel point, juste avec des mots simples sur un papier, il peut réussir à construire tout un univers et raconter justement une scène. C'est là qu'on voit justement la pluralité des points de vue et c'est quelque chose d'incroyable. C'est-à-dire qu'on peut donner un texte avec justement une scène et connaître l'auteur qu'il y a derrière parce que c'est sa plume, ça lui appartient et on sait que c'est quelque chose qui lui a puiser de son cœur et c'est... j'adore. C'est trop bien.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des genres qui t'attirent plus que d'autres, dans lesquels tu as plus envie d'aller ?
- Speaker #0
Oui, totalement. Moi, je ne suis pas trop branchée romance. J'en lis, mais je n'ai pas vraiment d'appétence envers l'écriture d'une romance. J'aime surtout tout ce qui est aventure, mystère aussi. Mais vraiment aventure, c'est-à-dire beaucoup de péripéties. Alors, beaucoup de rebondissements, d'enquêtes, des choses comme ça. Peut-être aussi les slides of life. Mais oui, surtout, avant-chose, j'adore. Parce qu'il y a tellement de possibilités. C'est un peu... En fait, c'est assez bizarre parce que je travaille dans un milieu. Non, je travaille. J'étudie dans un milieu où on est censé être raisonnable et scientifique. Et tout doit être carré parfaitement. Et justement, moi, j'aime bien quand il n'y a aucune règle et qu'on peut écrire n'importe quoi et que ça passe.
- Speaker #1
Justement, je voulais en reparler avec toi de ce côté scientifique. Sur l'épisode 6, j'ai eu la chance de recevoir Noémie Lemos, qui est une autrice de science-fiction, que je te recommande parce qu'elle écrit trop trop bien et qu'elle est absolument adorable, et qui en fait dans la vraie vie, à côté de son métier d'autrice, est scientifique. Dans l'épisode 9, j'ai reçu Agathe Tournois, qui est aussi une autrice assez science-fiction également, et elle écrit aussi des nanofictions, c'est des textes très très courts. Elle est très très forte à ça. C'est aussi une scientifique, elle travaille dans son métier de tous les jours. Elle est médiatrice scientifique. J'en parlais justement particulièrement avec Noémie, on a même un peu tourné l'épisode là-dessus. sur le fait, le rapport entre la littérature et la science, est-ce que vraiment il fallait mettre une barrière ou pas ? Et on s'est rendu compte que non, que les sciences étaient très, très inspirantes aussi, finalement, pour la littérature. Donc peut-être qu'un jour, ça t'aidera, tu vois, ce que tu es en train de faire en prépa. Oui, bien sûr. Un jour, ça t'aidera dans tes histoires, peut-être, de te donner des idées d'aventure. Ah,
- Speaker #0
mais ne serait-ce que pour la structure, la structure du texte. Comme, justement, en études scientifiques, on apprend à être très structuré, très droit. dans les raisonnements en général, ça aide à avoir un fil rouge, un fil conducteur et on peut dérouler facilement à partir de ça.
- Speaker #1
Du coup, justement, tu parles de structure. Est-ce que tu structures tes écrits avant de commencer à les écrire ou est-ce que tu pars dans l'écriture comme ça ? Il y a deux sortes d'auteurs, on appelle ça les architectes et les jardiniers. Je ne sais pas si tu en as déjà entendu parler.
- Speaker #0
Non, mais je vois très bien l'analogie, oui.
- Speaker #1
Tu te situerais où à peu près ? Quelque part entre les deux ?
- Speaker #0
Tu ne le sais sûrement pas, mais tu touches un point sensible.
- Speaker #1
Ah mince !
- Speaker #0
Moi, j'adorerais être un architecte.
- Speaker #1
Ah,
- Speaker #0
je t'adore. Les choses seraient si simples si j'étais un architecte, mais malheureusement, je suis un jardinier, je plante mes graines un peu comme ça, je les sème, et je regarde ce qui pousse, ce qui ne pousse pas, et ça ne pousse pas très haut. Mais ce n'est pas grave. J'ai un problème avec ça justement, et c'est pour ça que peut-être les études scientifiques me font m'aider. J'ai tellement envie d'écrire, c'est tellement une petite brûlure que... parfois, je n'ai même pas envie de rédiger. Parce que je sais qu'il y a des gens qui sont très chériricaux, qui vont rédiger pas par pas les scènes, les actions, et c'est très bien, parce que justement, on a l'intrigue qui est très focalisée et on ne se perd jamais de vue de l'objectif. Mais ce n'est vraiment pas comme ça que j'écris. Peut-être que c'est intrinsèque à ma personne et que je ne pourrais jamais le changer. Mais il s'adore juste devant la... Parce que j'écris sur mon ordinateur. Devant les pages vierges, juste me dire, OK. Je fais cette scène, je l'écris, je regarde comment ça donne, j'avise pour la suite, je me dis « Ah, peut-être que là, j'aurais dû rajouter ça, je rajoute. »
- Speaker #1
Après, je me dis « Ah, c'est nul,
- Speaker #0
je recommence. » Mais j'essaie de plus en plus de structurer peut-être mes chapitres pour que ça ait un sens, parce qu'après, c'est un peu bazar. Et c'est un but que je me suis donné, notamment pour 2026. Dans mes textes, dès que je commence un chapitre, j'essaie de voir, j'essaie de m'installer et de me dire. qu'est-ce qu'il va se passer dans le chapitre, pourquoi est-ce que ce chapitre existe et me poser,
- Speaker #1
réfléchir c'est pas forcément un problème effectivement d'être jardinier il y a beaucoup de jardiniers qui écrivent en mode, comme tu disais vraiment au fil de la plume et qui écrivent et qui écrivent et qui écrivent qui vont vers des impasses et qui sont obligés de revenir en arrière pour repartir sur autre chose etc et à la limite c'est pas grave le tout peut-être c'est de revenir Merci. de savoir reprendre après le texte, puis de le restructurer après coup. À la limite, un texte n'est jamais fini et parfait du premier coup, de toute façon. On parle souvent aussi des premiers jets.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc le premier jet, tu vois, il peut être à la limite à la file de la plume, et puis après coup, revenir.
- Speaker #0
Oui. Mais bon, je pense que, comme de tout dans la vie, il faut être un peu des deux. Je suis 98% jardinière aujourd'hui. J'espère demain être 70%, 30%. pour un peu plus d'équité.
- Speaker #1
Donc, tu as reporté le premier prix à Rouen.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu as ressenti quand tu as appris que tu avais gagné le concours ?
- Speaker #0
Une joie. Une joie immense. Évidemment, incommensurable. Je pense que je ne blague pas quand je dis que c'était la meilleure nouvelle de ma vie. Vraiment, avoir gagné ce concours. Parce que... Il faut voir que ça faisait deux ans que je vivais un peu dans l'obscurité, que j'écrivais énormément de mon côté, que je ne voyais pas forcément quoi en faire. J'ai posté parfois sur Whatpad des sites un peu à la volée, mais je ne voyais pas vraiment dans quelle direction ça allait. Il n'y avait pas de concrétisation. En fait, ce concours, ça m'a permis justement de me tester, de voir ce que je pouvais produire. Et jamais, mais jamais, je n'avais émaliné justement que je pouvais remporter ce concours. Donc déjà quand j'avais vu le mail qui m'annonçait que j'étais dans les finalistes, j'étais comme une petite folle. J'étais tellement heureuse. J'ai pleuré, j'étais folle de joie. Parce que c'est comme si j'avais justement fait le premier pas dans ce monde. C'est comme s'il y avait une barrière invisible et je n'étais pas encore passée dedans. Et là je suis passée dedans. Et ça m'a donné un peu plus confiance en moi. Me dire que finalement, peut-être que comparé à deux ans auparavant, j'écrivais peut-être plus si mal que ça. et que... J'avais peut-être développé un petit peu mon style. Et oui, c'était génial. J'étais très heureuse.
- Speaker #1
Comment tu imagines le métier d'autrice ?
- Speaker #0
Peut-être avec une vision idéalisée, mais c'est parce que je suis encore jeune et que je ne me suis pas encore confrontée à la chose.
- Speaker #1
Oui, mais justement, c'est bien.
- Speaker #0
C'est bien ?
- Speaker #1
Oui, c'est bien, parce que tu vois, juste là, j'ai reçu des auteurs, des autrices qui sont installées là-dedans, qui, pour la plupart, ont encore un boulot à côté et ne font pas que de l'écriture, parce que vivre de l'écriture aujourd'hui, c'est très compliqué. Mais malgré tout, j'ai pu discuter avec eux, le métier d'auteur, ils connaissent, tu vois. Je trouve ça justement très rafraîchissant de te poser cette question, et même si c'est idéaliste, j'ai très envie de connaître ta réponse.
- Speaker #0
Alors, comme je m'imaginerais être autrice, je m'imagine, ça c'est en vue de ma personnalité, je suis quelqu'un qui travaille énormément, donc c'est sûr que si, en plus, je travaille sur quelque chose que j'aime, alors je ne vais pas lâcher l'ordinateur dessus. Donc, j'imagine, je suis en train d'écrire peut-être 8 heures par jour ou quelque chose comme ça, même plus. Aussi, il y a des rendez-vous avec... Ah, c'est tellement cordial ! Peut-être des rendez-vous avec... Enfin, des meetings avec, je ne sais pas, les gens de Maisons d'édition ou alors d'autres auteurs pour collaborer ou des choses comme ça. Parce que s'il réussit à entrer dans ce monde de l'écriture, je ne suis pas sûre que je resterai... que enfermé là-dedans. Comme je t'ai dit, mon but à long terme aussi, c'est lorsque j'aurai développé mon côté artistique niveau dessin de produire des mangas si je peux ou alors même, je ne sais pas si tu en as, si tu as déjà joué à des choses comme ça, des video-novels ou si tu vois ce que c'est.
- Speaker #1
Non, c'est quoi ?
- Speaker #0
Oui, en fait, c'est des jeux vidéo mais des histoires narrées avec les jeux vidéo. Tu vois les personnages. Tu vois leur discussion, leur fil de pensée, tu vois l'intrigue qui se défile. Et donc, c'est un texte, c'est comme un récit, mais avec des images, des musiques, tout ça.
- Speaker #1
Ok. Donc, tu peux jouer avec les personnages ?
- Speaker #0
En fait, c'est une histoire animée. Et dans certains visual novels, tu as des choix en plus que tu peux faire et ça change le parcours du jeu en lui-même. C'est-à-dire que c'est une histoire interactive. Les choix que tu réalises peuvent avoir un impact sur l'histoire ou parfois non. Et c'est juste, tu le suis.
- Speaker #1
le déroulement d'accord c'est un peu le concept tu es l'héros de l'histoire les livres aussi tu dois choisir la page à laquelle tu vas pour avoir la suite je connais pas du tout mais c'est vrai je savais pas que ça existait ouais ouais ça existe d'ailleurs c'est souvent beaucoup des trucs d'aventure ça
- Speaker #0
pourrait te plaire mais c'est des concepts qui sont hyper intéressants ouais bah là c'est ça mais comme c'est sur un jeu vidéo je t'ai cliqué sur le bouton ok allez c'est parti trop bien tu vois je connaissais pas du tout trop cool Et c'est un autre moyen. C'est pas exactement comme si on écrivait sur du papier, parce que là, ça passe par un autre sens, ma vue, et aussi lui. Donc c'est différent. C'est-à-dire qu'on peut pas transposer un texte qu'on a écrit pour le rendre en visual novel. Mais c'est une piste que j'aimerais totalement explorer, parce que c'est toujours des connaissances en art en plus, et c'est toujours un moyen de s'exprimer librement. Et j'adore.
- Speaker #1
Elle est bien, ta vision d'autrice, il n'y a pas de souci.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
je t'en dirai des nouvelles dans 5 ans minimum c'est exactement ce que je me suis dit que si ça se trouve c'est ta première interview et que dans 5 ans cette interview elle vaudra de l'or parce que tu seras hyper célèbre ah mais on espère on espère je reviendrai dans 5 saisons et je te dirai mais l'or ma
- Speaker #0
vision de motrice j'avais tout vu, j'avais eu raison j'adore euh
- Speaker #1
Est-ce que tu écris quoi en ce moment ? C'est un roman ?
- Speaker #0
Oui, c'est un roman. Moi, je n'écris pas de nouvelles. En fait, dès que je développe un personnage, je le développe à fond et je me retrouve à écrire une histoire. Justement, l'histoire sur laquelle je bosse là, pour revenir un peu dans le passé, comme je t'ai expliqué au tout début, je n'avais vraiment pas confiance en ma plume. Même à l'époque, je me rendais compte que ce n'était pas vraiment fantastique. Il n'y a pas de plume qui est mauvaise. Juste, je savais que c'était peut-être... pas le style auquel je voulais aboutir. Et je me rendais compte que ça n'allait pas... Enfin, qu'il y avait du travail derrière à produire. Et j'avais cette idée de livre que je voulais absolument écrire. Je me suis dit, non. J'écris quelque chose d'annexe, quelque chose de temporaire, quelque chose que je n'avais pas aimé avant pour m'entraîner. Et j'aime cette histoire. Et maintenant, j'écris toujours dessus. Je suis toujours dessus parce qu'évidemment, avec les cours à côté et toutes les études, c'est un peu compliqué de s'adonner 100%. Merci. C'est une histoire d'enquête, pas de meurtre forcément, mais d'enquête et d'aventure en même temps. Et c'est encore en chemin. Je me suis enfermée dans cette histoire en me disant « Non, je ne vais pas l'aimer, ça va juste être un entraînement. » Et maintenant, je me retrouve à écrire tout. Je suis à actuellement 130 000 mots en viande.
- Speaker #1
C'est un bon gros bébé.
- Speaker #0
C'est ça, c'est un gros bébé. Il y a quelques trous encore à remplir. Et après, il faudra évidemment repasser dessus pour être sûre de la direction que je veux prendre. Tout ça, mais c'est un bébé d'odieux. Et même à chaque fois, je pense à une idée. Je me dis « Oh, je vais écrire dessus. » Je me retrouve à écrire quelque chose et je me dis « Mais je pense à autre chose. » Je me disais, ok, je...
- Speaker #1
j'écris le chapitre d'après et après je me retrouve avec une histoire et un synopsis et je me dis mais je peux pas je dois finir l'autre et donc c'est comme ça que je me retrouve avec 6 histoires en même temps ça je pense que c'est le c'est le malheur de les 3 quarts de tous les auteurs mais oui totalement non il faut le voir comme un plaisir ouais voilà c'est ça d'emmagasiner les idées à n'en plus finir est-ce que y'a des de... au moins un, mais peut-être plusieurs, auteurs ou autrices que tu admires par-dessus tout, qui te font vibrer plus qu'un autre ?
- Speaker #0
Le problème, c'est qu'à chaque fois que je lis un livre, j'aime bien la plume. Enfin, il y a des plumes que je préfère, évidemment, mais c'est plutôt des livres que je lis à la volée. Je me dis « Oh ! Très belle écriture ! » Et je ne suis pas forcément le travail de la personne derrière. Je sais que j'ai des... J'ai adoré les livres de Jane Austen et j'aimais énormément. J'aimais aussi Laissez remonter, s'il adore aussi la plume de l'autrice. J'ai oublié son nom. Elle a écrit les Bridgerton. C'est plutôt la traductrice dont j'aime, dont j'apprécie la plume. C'est Cécile Détuilier, la traductrice. Il me semble qu'elle a traduit un des livres. Et je me suis dit, waouh, j'adore la traduction. Et donc, je suis allée voir le nom de la personne. La plupart du temps, lorsqu'on lit un... un ouvrage qui a été traduit dans notre langue, on oublie que derrière, il y a le travail d'un traducteur et que ce n'est pas forcément la plume de l'auteur à la base. Le traducteur, c'est un peu un héros de l'ombre qui vient apporter... Finalement, est-ce qu'il n'y aurait pas un peu le style du traducteur qui se laisse transposer sur celui de l'auteur à la base ? J'imagine que pour aboutir au travail de traducteur, on doit se détacher au plus du texte et rester le plus neutre possible et respecter au mieux la plume de l'auteur qui est là à la base, mais il y a forcément... une petite influence. Et la plupart du temps, c'est ce qui fait les bonnes traductions. Au-delà de l'écriture, j'aime bien être traductrice parfois et peut-être traduire des textes. Je trouve que c'est un travail qui est amusant, justement.
- Speaker #1
Est-ce que t'as déjà été amenée à lire des livres qui parlent d'écriture ?
- Speaker #0
Jamais.
- Speaker #1
Si je devais te conseiller, enfin, te conseiller, vous conseiller, à vous aussi, si vous avez envie d'écrire deux livres qui parlent d'écriture, il y a celui de Stephen King C'est Écriture, mémoire d'un métier, qui est assez intéressant sur ses méthodes de travail, etc., sur comment il fait. Et celui de Christelle Dabos, c'est dans la collection chez Robert, Secrets d'écriture. Il y a plusieurs auteurs qui ont écrit dans cette collection, mais j'aime beaucoup Christelle Dabos pour son travail. Et puis ce livre-là, moi, m'a beaucoup plu, c'est Et l'imagination prend feu. Et pour plus le côté technique, t'as L'anatomie du scénario de John Truby. Alors là, c'est un gros pavé.
- Speaker #0
Ah oui, très chirurgical, oui.
- Speaker #1
Ouais. justement, tu en parlais tout à l'heure du côté chirurgical, il décortique le scénario à fond sur plein de détails et c'est hyper intéressant. Mais voilà, des petites pistes pour travailler l'écriture. Mais pour l'instant, si tu veux bien, on va passer maintenant au tac au tac.
- Speaker #0
Bah oui !
- Speaker #1
Allons-y ! J'avais oublié !
- Speaker #0
J'avais oublié le temps de ces bonnes minutes et maintenant, c'est la surprise.
- Speaker #1
Voilà, ça va bien se passer. Alors je rappelle le principe qui est très simple, je te pose des questions et tu y réponds, le tout sur 3 minutes. Donc tu peux apporter une réponse très courte, tu peux aussi détailler, c'est pas un problème, le but c'est surtout de répondre sans trop réfléchir, et avec la plus grande sincérité évidemment.
- Speaker #0
Le tac au tac.
- Speaker #1
Selon toi, Sarah, quelle qualité s'avère indispensable pour écrire ?
- Speaker #0
Euh... la détermination.
- Speaker #1
Ton dernier faux rire ?
- Speaker #0
En cours ce matin. De mathématiques, ne le dites pas à mon professeur de mathématiques.
- Speaker #1
Est-ce que tu préfères écrire en musique ou en silence ?
- Speaker #0
J'ai jamais écrit sans musique.
- Speaker #1
Ta journée idéale, ce serait quoi ?
- Speaker #0
Réveil, près de la plage ou dans un décor bucolique. Je regarde la mer, il y a un chat à côté de moi, mon chat. Je profite, je me prélasse, j'écris. Et tout simplement, mon métier d'écrivaine qui me prend plein temps.
- Speaker #1
Tu préfères écrire des scènes de dialogue ou de description ?
- Speaker #0
Dialogue. Je trouve que c'est plus mouvementé. Il y a plus de sous-entendus parfois qu'on peut faire passer. Et j'aime bien cette sensation. Même si dans les descriptions, c'est très fin aussi parfois.
- Speaker #1
Une mode qui t'agace ?
- Speaker #0
Écrire au présent. Ou au passé composé. Écrire au passé composé, je ne sais pas pourquoi, ça me fait un peu hérisser les poignets.
- Speaker #1
Devant l'avenir du monde, est-ce que tu es optimiste ou pessimiste ?
- Speaker #0
Très pessimiste, notamment avec l'intelligence artificielle. Je vois de plus en plus d'œuvres qui sont publiées et qui sont notées. Et où il y a des phrases « Voici votre chapitre, dites-moi ce que vous en pensez, et je pourrais changer, modifier. » Et en fait, c'est l'intelligence artificielle qui a tout écrit. Et puis, ça me dégoûte, en fait, tout simplement.
- Speaker #1
T'amuses, ce serait qui ou quoi ?
- Speaker #0
Est-ce que je peux dire mes propres personnages ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Ouais, mes propres personnages. J'ai pas forcément de personnes qui... Ça me ferait un peu peur d'écrire sur quelqu'un. Je sais pas pourquoi.
- Speaker #1
L'horoscope, tu le lis ou tu le jettes ?
- Speaker #0
Je le lis pour un peu de... Faut bien rêver parfois. Sauf quand c'est pessimiste, faut juste fermer la page et passer à autre chose.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui t'épate dans la vie ?
- Speaker #0
à quel point les gens peuvent être différents les uns des autres et à quel point chacun voit la vie différemment et ne vit pas les mêmes choses, je trouve ça fou c'est incroyable même qu'il y ait des gens qui trouvent que tout sur cette terre est magnifique et mérite d'être vécu et d'autres qui au contraire ne voient pas énormément de choses positives je trouve ça fou
- Speaker #1
Merci Sarah
- Speaker #0
Ah oui ? Ça va juste ? Qu'est-ce que je pensais ? En fait, je suis trop hippie-plait, je crois que c'est ça. J'aime trop parler.
- Speaker #1
C'est fini, c'est fini, c'est fini. Alors, ce smoothie banane, tu avais choisi ça pour quoi, du coup ?
- Speaker #0
C'est un peu la boisson de mon enfance et de tous les synonymes de joie. et juste de bonheur en général. C'est-à-dire que je me souviens, quand j'étais en vacances, c'était un peu les moments de repos et justement, je pouvais faire tout ce que je voulais, regarder des vidéos, jouer justement avec mon frère ou quoi. Et à ces temps-là, donc quoi, il faisait beau parce que c'était les vacances d'été, évidemment. Ma mère, les après-midi, parfois, faisait un smoothie à la banane. Très simple en vérité, mais quand j'étais petite, ça me paraissait tellement complexe avec la machine qui fait énormément de bruit. Et elle faisait de la brioche aussi et on mangeait à 4h. ce petit goûter et c'était j'adorais en fait vraiment je la suppliais chaque jour de faire des smoothies à la banane et de quoi j'ai appris à me servir de la machine j'étais très satisfaite et j'ai pas vraiment dosé au début mais je pense que j'ai réussi à trouver un équilibre entre la machine et moi et aujourd'hui je m'en sors très bien j'ai laissé adopter la dette merci
- Speaker #1
beaucoup beaucoup Sarah d'être venue boire un coup avec moi c'était vraiment un plaisir de discuter et de revenir un peu au début de l'écriture comme ça j'espère que ça aura réveillé quelques bons souvenirs parmi les autoristes accomplis qui nous écoutent. Ça va faire rêver aussi certaines personnes qui, comme toi, ont cette envie d'écrire. Et je te souhaite évidemment une longue carrière dans l'écriture.
- Speaker #0
Merci à toi, alors. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Pour finir, je te laisse le tout dernier mot de la fin. C'est une petite tradition sur Avotext. Je vais te demander avec quel adjectif décrirais-tu ton expérience sur... à vos textes.
- Speaker #0
Je dirais révélation. Restons sur le mystère. Voilà.
- Speaker #1
À vos textes, c'est fini pour aujourd'hui. Je remercie encore Sarah d'avoir accepté l'invitation. Si cela vous a plu, n'hésitez pas à venir nous le dire sur Instagram ou sur le forum delbakine.net. Nous nous retrouvons le mois prochain et ce sera au tour de l'auteur Franck Scalbert de nous offrir un verre. À bientôt !