- Speaker #0
Bienvenue sur Avotexte,
- Speaker #1
un podcast pour découvrir les auteurs et autrices de l'imaginaire autour de leurs boissons préférées. Lecture, échange, bonne humeur ! Bienvenue sur la saison 1 épisode 2 Et j'en profite tout de suite pour vous remercier car vous avez été nombreux à écouter le premier épisode et à faire décoller le podcast avec nous. Donc merci beaucoup. Et aujourd'hui, nouvelle invitée, on part à la découverte de la plume de Rudy Agostini. Salut Rudy !
- Speaker #2
Bonjour !
- Speaker #1
Alors tu le sais, je le sais, vous le savez peut-être, je fais venir les invités avec leur boisson préférée. Et je me prépare la même. Du coup Rudy, qu'est-ce qu'on boit aujourd'hui ?
- Speaker #2
On boit du... télère à la mort.
- Speaker #1
Oui, alors je souris parce qu'en off, tu t'inquiétais du manque d'originalité de la boisson. Alors, déjà, on boit ce qu'on veut sur Avotext, il n'y a pas de jugement. Et en vrai, ça m'a arrangée parce que au moins, j'ai exactement la même boisson que toi. Contrairement au premier épisode où j'avais eu un petit peu plus de mal à trouver la même marque que Barbara Mayol. Eh bien, écoute, tu nous expliqueras pourquoi ce choix de boisson à la toute fin Pour l'instant, je vous propose d'apprendre à connaître Rudy à travers un petit portrait. Rudy, il y a deux choses qui te démangent, la plume et les baskets. Tu ne peux ni te passer d'écrire, ni arrêter de marcher en montagne si possible. Cela t'a donné l'impulsion d'écrire des récits de voyage, dont certains ont d'ailleurs fait l'objet d'une publication dans la très belle revue Au bout du monde. Mais ton imagination, tout comme l'horizon dégagé des sommets enneigés que tu vises, n'a pas de limite. Tu écris également dans le genre du polar historique, pour mêler enquête et histoire de l'art de la Renaissance. Une de tes nouvelles dans ce style a remporté le prix Plume sanglante des bibliothèques de Dijon il y a quelques années. Tu es aussi le documentaliste de Avotext. Tu m'aides à regrouper des infos et des références de toutes sortes pour préparer les échanges avec les invités. Donc c'est grâce à toi que je vais pouvoir faire croire aux auditeurs et auditrices du podcast que je possède une culture de l'imaginaire foisonnante. Spoiler, pas du tout. Merci évidemment pour ton aide et le temps précieux que tu accordes à ce projet. Enfin, et surtout, tu es un auteur de fantaisie, et c'est bien pour ça que tu es avec nous aujourd'hui. Tu es en plein dans l'écriture d'une pentalogie intitulée Le Dieu Requin. C'est de la fantaisie de piraterie, Une aventure au long cours avec de la magie, même si tu ne l'appelles pas comme ça. Les cinq tomes sont planifiés et là tu en es au tome 3 en ce moment ?
- Speaker #2
Alors j'en suis au tome 2, j'ai fini le premier jet du tome 2. Donc là je me laisse un petit temps pour le laisser reposer tout simplement. Je m'amuse à écrire quelques nouvelles. Je suis en train de finaliser un autre récit de voyage, comme tu l'as souligné tout à l'heure pour la revue Bout du Monde, sur un voyage en Norvège. Et là, je vais certainement faire le plan du troisième tome, avant de reprendre la réécriture du deuxième tome, avant relecture, bêta-lecture.
- Speaker #1
Ok. Alors pour vous situer un petit peu, vous qui nous écoutez, on est à bord dans cette histoire, nous sommes à bord de l'Ecorcher, un bateau pirate voguant vers une destination aussi dangereuse que mystérieuse. L'équipage ne s'appelle pas la Horde des Écarisseurs. Pour rien, ces Forbans ont tous un passé tumultueux. Et nous partons justement à la rencontre de quelques-uns d'entre eux, à travers deux extraits. Premier extrait du Dieu requin, livre 1, chapitre 9, Sous les voiles. Seul, Schlask ne riait pas. Pour tout dire, il se retenait de chialer. Il était avec la horde des écarisseurs. Tous ces fils de putes étaient responsables, directement ou non, du tournant désastreux qu'avait pris son existence. Et le dodu ignorait encore comment le cours des choses avait pu dégénérer à ce point. Les mains fermement accrochées à la rame, l'ancien tavernier laissa sa rage intensifier son mouvement. « Oh là ! Tout doux, Patachou ! » lui lança soudain le costaud qui ramait à sa gauche. « T'es pressé d'arriver à la toute première ou quoi ? » L'interjection secoua Schlask, qui tourna la tête sortant de ses pensées, et tamisa aussitôt son rythme. Sa rage fut remplacée par l'appréhension de devoir interagir avec un membre de la horde. « Désolé, » marmonna-t-il. « T'en fais pas, va. Moi, c'est Charbouc, maître charpentier, » poursuivit le taquin. « À tes côtés, c'est Sabia. Te fie pas à son joli minois. Elle en a taillé des plus gros que toi. Pas vrai, Sabia ? » La jeune femme se contenta d'incliner la tête en direction de l'ancien tavernier. qui la regardait peu rassurée. « Moi, c'est schlask ! On sait, on sait ! » ricana Charbouk. Et prenant un regard roublard, l'affreux costaud ajouta « Hé, bouge pas, on va rire ! » Il siffla fort et s'écria « Hé, la doublette ! » Sur la rangée opposée, de l'autre côté de l'allée centrale, une tête se retourna brèvement sur un des bancs de nage. Le gus, visiblement pas très enjoué que charboucle l'apostrophe, répliqua sèchement. « Va, va, va te faire foutre, pauvre concon ! T'engueule et répète après moi ! Le barbare a le zizi qui fait bobo au cucu de la dondon ! » La horde entière se poila comme un seul homme. Schlask observait la scène sans en saisir encore toute l'hilarité. La doublette conservait un visage de marbre, apparemment victime de l'amusement général, plus souvent qu'à son tour. Dans un premier temps, il sembla passer outre le défi, puis son égo prit le dessus, et il s'exclama « Le bababar, le barababar, le... » Le pauvre n'eut pas le temps d'aller plus loin. Il fut lapidé sur le champ par un éboulis de rire sarcastique. « Charbouc ! » plutôt content de sa connerie, enchaîna Fissa avant que l'autre ne se relève de la risée. « C'était pas mal, mon enculé ! Mais essaye voir avec celle-là, elle est plus facile. Ma cocotte a le frifri qui fait coin-coin. Ma cocotte... Je tente mes merdes ! » Le maître charpentier partit d'un grand éclat de rire et, se tournant vers Chlasque, ajouta « Ah ! Il m'adore ! » Fous-lui la paix, maintenant, Charbouk ! gronda un grand gaillard à la barbe noire, non sans sourire.
- Speaker #3
Il a eu son compte pour aujourd'hui. Entendu !
- Speaker #1
Charbouk ne menta pas de faire un bref clin d'œil de connivence à Chlesk, qui ne se sentait pas trop concerné. Il n'était pas bien beau, ni de face, ni de profil. Un éclat malicieux dans les yeux parvenait cependant à rehausser sa laideur. Des cheveux noirs. huileux et frisoté, long jusqu'au début du cou, lui tenait lieu de tignasse. Il portait un vêtement rouge vermillon, une chemise reléguée au rang de chemisette, depuis que les manches avaient été sectionnées avec une maîtrise approximative de la couture. Il était costaud, le fumier, une musculature généreuse, trouée de cicatrices, qui témoignait d'un statut de ferrailleur aguerri. Après quelques coups d'aviron sans dire un mot, il leur redonna un coup de coude dans le bedon de Schlask et dit avec un mouvement de tête vers l'avant, désignant le barbu qui venait de parler. Lui, c'est Quatre-Vingt-Huit, notre canonnier. A se contenta de répondre Schlask le nez sur sa rame. Et tu sais pourquoi il s'appelle comme ça ? Ben non, maugréa l'ancien tavernier. qui se demandait bien jusqu'où irait sa malchance pour s'être retrouvé aux côtés du plus bavard d'entre tous ces malfrats ben demande-lui grassouille schlask hésita un instant il aurait vraiment aimé se faire oublier et rester peinard dans son coin faire la causette ne faisait pas partie de ses priorités loin de là pourtant il avait déjà compris que charbouc n'était pas le genre d'énergumène à lâcher l'affaire lorsqu'il avait une idée en tête il avança donc la main et tapota l'épaule du barbu qui se tourna vers lui pourquoi on vous appelle à peine eut-il terminé sa phrase que charbouc s'égosilla eh les gars vous avez entendu y a schlatz qui demande à quatre-vingt-huit d'où lui vient son surnom s'éloignant de plus en plus vers le fond du faux pont Les commentaires éparses des matelots fusèrent de partout. Oh le con ! Il sait pas où il met les pieds !
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça peut lui foutre ? Ben moi je sais pas non plus ! Ah quel enculé !
- Speaker #1
Pris au dépourvu, Schlask ne savait plus où donner de la tête. À ses côtés, totalement illare, Charbouk n'arrêtait pas de le bousculer. La bedaine du dodu ondulait sous les nombreux coups de coude. Lorsque le pirate le laissa un peu tranquille, le canonnier entreprit tout de même de répondre à sa question. « C'est en rapport au nombre de têtes que j'ai coupées. » lâcha-t-il. en tournant son imposante carcasse vers eux. Le pirate avait répondu sur le ton d'une conversation banale. Il aurait dit « Le dimanche, j'aime me préparer quelques friandises à l'heure du goûter » , que le timbre de sa voix n'aurait pas varié. Cependant, nonchalante ou non, la phrase coupa net le sifflet de Schleske, qui ne put que bredouiller « Oh, je vois, je vois » . Sa réponse donnée, 88 reprit sa position. Schlask contempla un instant son dos, recouvert d'un simple débardeur blanc taché, ainsi que les bras nus, tatoués et musclés du canonnier. Et soudain, sa curiosité naturelle remplaça son malaise. Poser des questions, écouter les réponses et renchérir faisait partie intégrante de son ancien métier de tavernier. Pour faire boire ses clients, rien de tel que la parlotte. Sans se préoccuper de Charbouc, qui ricanait encore de sa connerie, il se lança d'une voix plus forte. « C'était des ennemis à vous ? » Quatre-vingt-huit, entendant la question qui lui était destinée, se tordit le cou pour regarder le gros. « Pas du tout, » dit-il, un sourire aux lèvres. « Il ne m'avait rien fait, en tout cas, pas à moi. » « Ah ! » d'accord schlask se demanda aussitôt dans quelles circonstances l'activité de découper des têtes pouvait devenir un passe-temps tandis qu'il gambergeait le dodu porta son attention sur les seins de tatouage qui tartinaient la couenne du canonnier il en avait partout sur les bras le cou et très probablement sous son vêtement sale bien que multiples les dessins étaient identiques des visages des trognes des faciès des portraits schlaske demeura silencieux quelque temps et finit par relancer la conversation est-ce que c'est en rapport avec vos tatouages disons que ça entre en ligne de compte répondit quatre-et-huit étonné et amusé par le nouveau qui osait tailler le bout de gras sur le sujet on dirait des têtes c'en est oui effectivement dit-il
- Speaker #3
Une par cadavre.
- Speaker #1
Et j'imagine qu'au total, il y a 88 tatouages ? Exact. Mis à l'aise par l'aspect bonhomme du canonnier, malgré son passé visiblement houleux, Schlask poursuivit. Tu étais assassin ? En quelque sorte. Mais en plus honnête. Et honnêtement, tu étais quoi ? Comme n'attendant que ça depuis tout à l'heure ? Charbouc, une grande risette étalée sur la bouche, se redressa pour alerter ses comparses autour de lui. « Hé, les gars ! Yashlas qui demande à 88, c'était quoi son turban ? » Et évidemment, les commentaires ne se firent pas attendre et jaillirent dans la seconde.
- Speaker #3
« Il fait exprès ? » « Je réponds plus de rien. »
- Speaker #1
« Ça le regarde pas ! » « J'aimerais savoir, moi aussi. »
- Speaker #0
« Ah ah, qu'il est ! »
- Speaker #1
Schlask lança une yade assassine à Charbouc, qui ne lui prêta aucune attention, trop occupé à s'esclaffer et à se gondoler dans tous les sens. L'ancien tavernier soupira en secouant la tête, mais au fond de lui, même s'il tentait de le cacher et de réprimer ce sentiment, les frasques du turlupin l'amusaient. Un peu. Après un haussement d'épaule, il tourna son bedon vers 88. afin d'avoir sa réponse eh bien il fut un temps où j'étais bourreau confia ce dernier oh fit le joufflu et c'était il y a longtemps une vingtaine d'années je ne suis plus tout jeune t'es pourtant encore fringant remarqua schlask ne gardant qu'une pogne sur l'aviron fouilla alors dans ses poches et lui tendit l'autre main tout sourire graines de tournesol Proposa-t-il. Ah, euh, non, non, merci, ça va bien. Le canonnier n'insista pas et fourra la fournée dans sa gueule. cette conversation un peu forcée par charboucq au départ avait finalement permis à schlask de s'ouvrir à son environnement il laissa donc son regard vagabonder de ci de là dans les ténèbres du les éclats de jour répandus par les sabords rencontraient des volutes ouattées issues de l'humidité des corps chauds en action une lueur vaporeuse en résultait et des lignes boursouflées dansaient s'affaissaient et s'envolaient. Les silhouettes des forbans gesticulaient dans un clair obscur hypnotisant. Avec l'écho des roulis liquides dans les oreilles, la chair et les profils semblaient grouiller, s'unir puis se détacher, fusionner puis se diviser, comme de la glaise crépusculaire, recherchant avec insatisfaction une forme parfaite. ii l'heure avant l'heure il traça la ligne de l'horizon un trait fin droit et délicat presque invisible le vélin recoula sous la caresse du fusain toujours le même début toujours aussi apaisant ses yeux se levèrent pour se remplir du paysage avant de le déverser sur la feuille comme à son habitude corville s'était réveillé avant le gros de la troupe seule une poignée de personnes avait les paupières allumées sur la nuit de ce monde l'équipe de garde bien sûr qui désormais était composée entre autres de charboucq sabia albrun dean abigadel et loub bouquet lui surveillait la bougie graduée pour les dernières heures de sommeil et le capitaine qui n'avait pas dû dormir beaucoup fixait l'éclat des flammes avec sa coutumière expression contemplative corville le maître d'équipage débuta son dessin par des traits de base afin d'avoir une ébauche solide du décor un point de fuite pour la perspective des lignes structurantes un ou deux repères où les ombres seraient plus marquées et le tour était joué corville s'était spécialisé dans le dessin de paysages il ne réalisait pas de portrait hors de question de représenter de jolis minois alors que lui-même avait la tronche d'un vieux cul fripé pas de corps non plus il ne goûtait guère à cette passion pour la chair l'anatomie en mouvement les muscles en tension la courbe des formes cela ne lui parlait pas et puis le bonhomme connaissait trop l'âme humaine pour désirer en esquisser la surface en ce qui concernait les natures mortes ça l'emmerdait point pourtant la thématique se rapprochait de son domaine de prédilection à ceci près que la nature morte était composée étudiée pensée alors qu'avec les paysages on ne trichait pas il fallait accepter le sujet tel qu'il se présentait et ça corville aimait dépeindre les éléments avec une vérité froide et crue était ce qui donnait du sang à son fusain approfondir maintenant marquer les contours donner de l'épaisseur à certains éléments la gueule cramée profitait de ces instants paisibles pour s'adonner à ses frivolités le calme du crayon avant la tempête des matelots dont le réveil teinté d'humeurs inégales sans vergogne le crépuscule du silence il était souvent avec le capitaine dans ces moments-là parfois un maigre dialogue filait leur isolement respectif comme des cailloux blancs semés avec parcimonie sur un long chemin plus souvent une logorée de paroles pleines de sagesse et d'érudition restait à l'abri derrière leurs lèvres d'autres fois encore une simple phrase ponctuelle et incisive constitua leur échange le maître d'équipage s'attaqua aux montagnes à la roche à la matière un essaim de détails fourmilla sur le vélin donnant du corps à la pierre qui de simple silhouette passa à véritable présence massive et menaçante le dessein était la seule activité qui parvenait à le canaliser il n'excellait pas cependant ses facultés lui permettaient de parvenir à un résultat satisfaisant de son point de vue tout du moins son art Corville l'avait initialisé sur le Grand Faucon, le premier balainier sur lequel il avait été enrôlé. Pour qui connaissait la rudesse de la vie en mer, la vie en mer sur un balainier dépassait de loin ce degré austère, pour atteindre des sommets de noirceur, de violence et, bien souvent, de cruauté. C'était un monde fait pour briser les âmes. non pour les noyer les noyer dans le limon pourpre vomi par le cadavre des baleines agonisantes corville se pensait fort lorsqu'il avait intégré le faucon quelques semaines suffirent pour lui cracher sa naïveté au visage il ne se souvenait pas exactement de comment cela s'était produit certainement peu à peu comme un rat grignotant les cavités d'un mur pour épaissir son chemin mais une chose était sûre il avait perdu une part de lui-même en séjournant à bord du grand faucon avait-il essayé et tentait-il encore d'en récupérer quelques morceaux à travers le dessin peut-être oui peut-être bien il entreprit de représenter la forêt de pin corville évoluait par étapes par grappes une fois un élément du décor commencé il le finalisait beaucoup d'artistes travaillaient différemment l'ensemble du paysage évoluait dans un même élan sous leurs mains ils ne s'attardaient pas sur un aspect particulier au contraire le dessin surgissait dans son ensemble touche après touche même si elle n'était guère classique le maître d'équipage préférait sa manière son fusain s'écrasa fort sur le vélin pour ancrer la première rangée de troncs son trait était vif donnant du nerf aux branches et du piquant aux épines puis petit à petit il atténua son appui jusqu'à faire des arbres les plus éloignés une masse diffuse l'effet de profondeur était saisissant simple certes mais payant un brin de texture fut ajouté vénure aiguille ombre et la forêt de pin hanta bientôt l'espace de son obscure présence en parlant d'obscur par la suite corville était monté à bord de la flamme un autre balainier plus massif que le grand faucon et mieux équipé car décidé à pourfendre les eaux du nord fort de son expérience première le jeune matelot se croyait homme il se découvrit bête perdue dans ces zones extrêmes la flamme s'était faite emprisonner par la glace belle ironie les hommes avaient trimé dur pour tenter de dégager le navire sans jamais y parvenir le froid la faim l'inconfort l'errance les quatre murs du désespoir un état d'esprit qui avait vite pris logis dans la tête des matelots invitant à sa table des hôtes peu recommandables tels que la folie il y avait eu du sang mais pas celui des baleines cette fois-ci corville avait tué pour fuir et il avait déguerpi pendant des jours à travers l'hiver le plus pur comment avait-il survécu aujourd'hui il répondait la chance à l'époque il aurait rétorqué la guigne car côtoyé de si près les ténèbres de l'homme avait asséché tout désir de vivre parmi ses semblables voire de vivre tout court il n'était pas facile d'expliquer et de retranscrire ce qui poussait quelqu'un à rester en vie alors même que tout son être appelait la mort malgré tout le maître d'équipage avait tenu bon son réconfort il l'avait trouvé parmi les animaux créature plus sensible et bienveillante à ses yeux que la plupart des êtres humains pourquoi avait-il fini par quitter ce nid l'appel du large rien de plus la mer l'appelait le mouvement l'attirait l'aventure l'envoûtait il existait différents types d'addiction et parfois même si on y mettait tout son coeur même si on se bouchait fort fort les oreilles leurs murmures sinuaient jusqu'au plus profond des eaux après de grandes réticences et la négoce d'un salaire convenable le maître d'équipage avait fini par accepter de monter à bord d'un balainier nommé la dague jaune au début tout s'était bien déroulé ils avaient même fait une bonne prise au large des côtes d'ultford mais un connard distrait avait laissé traîner une bougie au mauvais endroit il y avait eu un effroyable incendie qui avait eu pour conséquence des morts des brûlés des blessés corville faisait partie des brûlés il expédia rapidement la fin de son dessin des gribouillis étudiés marquèrent l'emplacement des pirates encore endormis un coin de page évoqua brèvement le grand feu des lignes ondulées courtes vives dispersant une lumière forte sur les matelots les plus proches en l'état l'esquisse était finie sauf que le bonhomme ne terminait jamais ainsi il ajoutait toujours un élément inventé éparpillé dans le décor une ombre insignifiante un petit oeil indiscret un début de main ou de jambe des tentacules l'éclat d'un poignard pour lui c'était ça la vraie ligne de l'horizon dans son dessin ce simple détail soulignait la frontière entre deux mondes l'ambiance paisible qui transpirait du croquis opposée aux facteurs qui pouvaient tout faire basculer c'était ça le véritable point de fuite a lui seul il déformait l'espace et le rendait soudain plus profond il souffla pour épouster la poudre de fusain émiettée sur le vélin une nuée compacte s'envola jusqu'aux abords du feu dessinant une constellation de points sombres avalée par un geyser incandescent de son allant coutumier corville se mit debout les yeux vagabondant sur les traits il s'avança plus près du feu afin d'avoir une vision propre du résultat il devait avoir réalisé environ plus de trois cents esquisses depuis ses débuts mais de mémoire il n'était fier que d'une poignée de ses oeuvres celle-ci en faisait partie il aimait particulièrement le rendu des pins le simple fait de les contempler parvenait à souffler un peu de sérénité dans son esprit un dernier coup d'oeil et le vélin s'engouffra dans les flammes corville ne gardait jamais rien sa philosophie même s'il ne l'aurait jamais nommée ainsi était que rien ne durait surtout pas la beauté tout était impermanent les levées de soleil les souvenirs les accolades la richesse les amis tout finissait par s'éteindre et lui aussi il mourait ce que l'on faisait dans une vie les hauts faits les exploits les défis rejoignaient peu à peu jour après jour siècle après siècle le ventre sans fond de l'oubli le monde ne conserverait aucune trace de belsilvius de corville alors pas besoin d'ego pas besoin de moi je ni de regardez ce que j'ai fait dites que vous aimez il était seul maître seul spectateur et seul juge et passé ce délai ce qui avait été n'avait plus de raison d'être la place était laissée propre et nette prête à accueillir une œuvre vierge. Rien ne durait, surtout pas la beauté, car la beauté était dans l'éphémère. On referme le livre et on retrouve Rudy. Ça va toujours, Rudy ?
- Speaker #2
Toujours, ça va.
- Speaker #1
Bon, la lecture t'a plu ?
- Speaker #2
Parfait. Franchement, j'ai adoré. C'est vraiment quelque chose d'assez jouissif, en fait, d'entendre quelqu'un lire les mots qu'on a couché sur le papier. C'est toujours assez... Ouais, ouais, c'est... C'est touchant.
- Speaker #1
En réfléchissant ensemble à la thématique qu'on pouvait aborder aujourd'hui... Tout de suite, tu m'as parlé de tes personnages. C'est vraiment ça qui est venu en premier. Les personnages, c'est ce qui définit l'histoire pour toi.
- Speaker #0
Alors, c'est pas forcément ce qui va définir l'histoire, mais après, je pense que pour tout le monde, ça va être pareil. C'est ce qui va lui donner vie, ce qui va lui donner corps, en fait. On a souvent l'idée de l'histoire, moi, en tout cas, je pense comme ça, on peut avoir une idée globale de l'histoire, mais après, ce qui va incarner cette histoire physiquement, c'est un corps et forcément, c'est un personnage. Donc oui, j'ai du mal à visualiser une histoire sans de personnages incarnés et forts.
- Speaker #1
Là, en plus, tu pars sur une saga de piraterie. On imagine l'écorchère, c'est le bateau sur lequel tout pratiquement se passe. Combien de marins sur un bateau aussi gros que l'écorchère ? C'est quoi comme bateau déjà ?
- Speaker #0
C'est un vaisseau vraiment pour faire la guerre, donc c'est vraiment équipé de plusieurs canons. C'est après le galion, physiquement on va dire que c'est un galion, mais c'est vraiment un vaisseau d'armement, donc équipé pour faire vraiment la guerre. Un bateau qui a été construit et pensé par le capitaine. Donc c'est vraiment, voilà, c'est un beau bateau. Et donc, il y a une centaine de marins, enfin une centaine de matelots à bord pour s'occuper de tout ce qui est canon, la voilure, enfin tout ça.
- Speaker #1
Donc ça fait beaucoup de personnages, même si c'est étalé sur 5 tomes, ça fait beaucoup de personnages. Comment tu les prépares ? Tu fais des fiches ou pas, toi ?
- Speaker #0
Alors, non, c'est quelque chose que j'aimerais plus ou moins pallier. Parce que c'est vrai que des fois, je le fais un peu au feeling. Je me dis que ce personnage va avoir, en tout cas pour les personnages secondaires ou tertiaires, ça va être vraiment quelque chose de pris sur le vif, avec quelques petits éléments de physique, que ce soit les vêtements, l'éthique, le langage. Et pour les personnages principaux, je ne fais pas forcément des fiches, mais ça va être quelque chose de beaucoup plus appuyé, beaucoup plus marqué.
- Speaker #1
Alors là, dans les extraits, on a rencontré... Corville, pour le deuxième extrait, qui est un personnage assez important, mais que finalement tu ne décris qu'au deuxième tome. L'extrait est tiré du deuxième tome, on a son passé, etc. Comment choisis-tu le moment où tu vas présenter tel ou tel personnage ?
- Speaker #0
Je n'ai pas forcément de ligne directrice par rapport à ça, c'est un peu l'histoire qui va jouer un peu sur des moments de pause, sur des moments de... justement d'action, où on va découvrir un personnage, par tel ou tel biais, justement, dans les moments de pause, on peut aller plus en profondeur, on peut aller chercher, titiller, dans les moments d'action, qu'est-ce qu'il va choisir comme action, est-ce qu'il va se mettre devant un personnage, est-ce qu'il va fuir, voilà, ça permet justement de donner de l'épaisseur à différents instants de l'écriture.
- Speaker #1
Donc finalement, la description des personnages physiques, c'est... pas si important pour toi ? Ce qui va caractériser vraiment un personnage, c'est sa façon de se mouvoir, de s'exprimer, son nom peut-être ?
- Speaker #0
Alors, t'as mis le point dessus, c'est vraiment déjà dans un premier temps, je pense, la voix. Faut trouver la voix de son personnage avant même des fois de penser à comment il va être habillé, comment il va bouger, enfin, la voix pour moi c'est le squelette du personnage. Par exemple, si je fais un parallèle avec le théâtre, finalement on a très peu de... de description physique ou de vestimentaire. On sait juste qu'il est roi, prince, qu'il est valet. Et finalement, c'est la voix qu'on va donner au personnage. Est-ce qu'il fait des phrases courtes ? Est-ce qu'il fait des phrases longues ? Est-ce qu'il a un défaut de langage ? Est-ce qu'il a de l'humour ? Est-ce qu'il est très carré ? C'est ça, pour moi, le squelette du personnage. Et après, tout ce qu'on va mettre dessus, que ce soit un caractère physique, est-ce qu'il a une cicatrice, est-ce qu'il a un chapeau avec une plume, tout ça, ça vient c'est plus la chair du personnage mais encore une fois le squelette pour moi ça reste la voix déjà juste avec la voix on est capable les yeux fermés de savoir quel personnage est en train de parler oui je pense quand on regarde là le récit que tu as fait avec quand on découvre Charbouk finalement Charbouk sa description elle vient un peu après le langage mais en 2-3 traits de dialogue on comprend que c'est quelqu'un qui aime bien faire chier les gens qui aime titiller, rigoler. Enfin, on n'a pas besoin de savoir qu'il a un bandeau rouge. Enfin, ça, ça vient après. Dans un premier temps, on a le personnage schlask qui est ennuyé, enfin, qui est titillé. On arrive tout de suite à visualiser quel genre de personnage ça peut être. Je pense qu'on a déjà vu des gens comme ça dans notre entourage, des fois, même au téléphone. Ça peut surprendre, des fois, justement. Tiens, cette personne-là, je ne l'imaginais pas comme ça, rien qu'à la voix. Et finalement, on... On a déjà un trait de caractère, rien qu'avec la voix de la personne au téléphone.
- Speaker #1
Alors, vous n'avez pas accès encore au roman de Rudy, donc j'entends la frustration que ça peut être pour les auditrices, les auditeurs, puisque ta saga n'est pas encore publiée, et puis de toute façon, elle est encore en cours d'écriture. Moi j'ai eu la chance de pouvoir lire le premier tome et d'avoir accès à des informations sur le deuxième. Et effectivement, par rapport au langage, c'est quelque chose qui est très important dans le dieu requin. Il y a même une forme de magie qui vient de là. Alors encore une fois, tu ne l'appelles pas magie et on ne va pas trop en parler pour ne rien divulgacher. Mais sans en dire plus, il y a par exemple le vieux burl qui a un accent très particulier. C'est quoi ? C'est les « et » qui sont remplacés par des « a » ? ou l'inverse, je ne sais plus.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Enfin, voilà, j'ai pensé à... Moi, je viens d'un petit village, Pombière, et des fois, on s'amusait à vraiment parler en patois, patois. Et ce personnage m'est venu, justement, en accentuant, justement, ce petit trait de caractère. Je me dis, ouais, ça pourrait être intéressant, un personnage qui a vraiment cette voix particulière, cet accent, ce patois. Et de là, il est né de Lleubel, effectivement.
- Speaker #1
On a aussi Bouquet, un autre pirate de l'écorchère. qui lui porte bien son prénom, tu peux dire pourquoi ?
- Speaker #0
Parce qu'il a un langage très fleuri, dans le sens, oui, il est très empoulé, très pointilleux, un langage très soutenu, qui aime bien corriger les autres sur comment il s'exprime. Donc encore une fois, on est sur un... Bon, après, je ne présente pas forcément tous les personnages qu'il y a sur l'écorchère, mais je trouve que c'est important, dans la mesure du possible, c'est important de les caractériser, ne serait-ce que par la voix, de la manière de s'exprimer. Il y en a un qui va jurer comme un chartier, l'autre justement qui fait le pendant et qui va venir s'exprimer avec beaucoup plus de retenue, des gens qui vont être plus dans l'action, qui vont faire des phrases courtes, qui vont être très directifs. Et je trouve que c'est intéressant de rien que par le langage, de pouvoir dire, ah, limite, on a même plus loin de dire bouquet ou on sait à la phrase qui parle.
- Speaker #1
Oui, ça c'est quand c'est réussi, quoi. Alors, à côté du langage, il y a forcément l'histoire. Tu l'as dit au début, l'histoire est portée par les personnages. Alors j'imagine bien que tu ne donnes pas une incarnation au sang matelot de l'écorchère, mais est-ce que tous les personnages que tu fais intervenir dans ton histoire ont un arc propre ? Une motivation, des conflits intérieurs, une évolution ? Est-ce qu'ils ont tous ça ? Est-ce que tu as déjà pensé à tous ces arcs narratifs-là pour tous tes personnages ? Ou est-ce que ça vient au fur et à mesure ?
- Speaker #0
Alors il y a un peu les deux. Il y a effectivement sur la pyramide des priorités, on a... Le capitaine, on suit son histoire, clairement, c'est pour ça que les matelots ont embarqué sur l'écorchère. Donc oui, lui avec Imélé, qui sont un peu les deux, si je devais symboliser le père et la mère de l'écorchère, c'est vraiment les deux têtes au-dessus de la pyramide. Donc oui, eux, leur histoire sont liées par différents événements. Donc forcément, eux, ils ont un canevas assez musclé, assez charpenté pour écrire l'histoire. Après, les personnages directement secondaires qu'on va suivre également, ils ont un arc aussi propre à eux, qui est un petit peu moins ficelé, mais qui vient au feeling de l'histoire. Donc il y a un peu de bricolage des fois avec la cible de l'histoire, même s'il y a une espèce de petit fil rouge qui les suit. D'autres sont là, on va dire, là on est plus dans le tertiaire, c'est vraiment des personnages que j'écris au fur et à mesure, qui sont là pour apporter un moment de détente, qui ont apporté pour une information importante. mais qui n'ont pas forcément une structure très complète.
- Speaker #1
Parmi ceux qui nous écoutent, il y a des habitués de la fantaisie. Et on sait qu'en fantaisie, multiplier les personnages, avec en plus des fois des noms, des prénoms un peu tarabiscotés, ça peut faire peur au lecteur. Quand il y a trop d'informations, trop de personnages, comment tu évites ça, toi ?
- Speaker #0
Alors, je pense que... D'où l'importance de bien les caractériser dès le début. Ça permet au lecteur de s'asseoir, de manière imagée, dans un personnage. Lui, ça y est, je l'ai cerné, je le connais, même s'il peut y avoir des éléments qui viennent un peu chambouler ou qui viennent donner une autre vision du personnage. Je pense que c'est déjà très important pour les personnages principaux et secondaires de bien les asseoir, de bien les caractériser. Ça permet justement au lecteur d'avoir ses repères et de pouvoir naviguer. sans mauvais jeu de mots, mais de pouvoir naviguer avec les personnages, les différents personnages dans l'aventure.
- Speaker #1
D'où l'importance de les présenter parfois en décalé, comme Corville par exemple, dont on a accès à son passé finalement qu'au deuxième tome, alors qu'il intervient déjà au premier tome. Ça étale un petit peu les informations au fur et à mesure du récit ?
- Speaker #0
Oui, oui, tout à fait. Et cette information-là, on n'en a pas forcément besoin dans le premier tome. Finalement, Corville est présenté en tant que maître d'équipage. On est dans l'action, on est dans un point A, on doit aller à un point B. finalement. Donc, Corville, il se caractérise par son action, par ce qu'il dit, par ce qu'il véhicule, et après, au moment, dans le deuxième tome, où on est dans un espèce de point mort, là, on peut aller fouiller un peu plus son passé. Il faut savoir, je pense, temporiser les informations qu'on donne sur les personnages. On n'a pas besoin de tout savoir tout de suite. Il a 5 ans, il a volé une sucette, enfin ça, on a besoin d'avoir des informations parcellaires. dans un premier temps, et après, je pense que c'est plus fluide pour le lecteur et pour la lecture.
- Speaker #1
C'est comme aussi la description physique. Il y a beaucoup d'auteurs qui ont à cœur de décrire physiquement leur personnage. Moi, en tant que lectrice, je n'ai pas toujours trouvé ça forcément utile. Toi, tu fais quoi ? Tu décris, ou pas pour tout le monde, un petit détail par-ci, par-là, ou tu fais une vraie description physique ?
- Speaker #0
Alors, c'est une bonne question, en fait. Je pense qu'encore une fois, là, c'est... C'est un peu l'histoire qui va déterminer si c'est utile ou pas. Quand le capitaine arrive sur l'île de Galmérod, je le décris un peu physiquement parce qu'il a une entrée en scène. Il a une entrée en scène. Là, on est à la place du tavernier. On est à la place des gens qui sont dans la terre à ce moment-là. Ça fait un peu cinématographique. Il entre, on le voit entrer. Qu'est-ce qu'on voit tout de suite sur le personnage physiquement ? Donc cette scène, elle est utile à ce moment-là pour décrire le personnage. Elle convient à l'événement. Après, pour d'autres événements, pour d'autres situations dans l'histoire ou dans le cours du récit, ce n'est pas forcément utile. On va avoir besoin de petits détails, une chevelure un peu foisonnante, une caractéristique, un bandeau rouge encore une fois, ou une cicatrice sur le visage. Ce genre de...
- Speaker #1
Des détails qui viennent marquer quelque chose sur le personnage, mais pas forcément une description, des pieds à la tête.
- Speaker #0
Non, non, après, je pense aussi que ça peut être une erreur. En tant que premier écrivain en herbe, c'est quelque chose qu'on a peut-être envie de faire. Pour bien dire au lecteur, voilà à quoi ressemble mon personnage, on a tendance des fois à vouloir pousser tout de suite la description. Alors que je pense que des fois, c'est bien de l'étaler sur deux, trois détails pour surprendre encore une fois. Dire, tiens, j'avais pas compris ou je me disais pas qu'il était manchot, par exemple. Je sais que dans le premier tome... Ça,
- Speaker #1
pour le coup, c'est un gros détail. Oui,
- Speaker #0
c'est vrai.
- Speaker #1
C'est vrai que de ne pas décrire complètement, ça laisse aussi au lecteur la possibilité de se faire aussi sa propre image.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Après, c'est vrai que dans le premier tome, je l'ai quand même beaucoup fait, je crois. je crois, quand même, pour certains personnages. En tout cas, forcément, les principaux et un peu les secondaires, un peu moins sur les secondaires, mais j'ai quand même appuyé certaines descriptions pour leur indiquer, voilà, ce personnage est comme ça, et voilà, il est bien décrit.
- Speaker #1
Je sais de source sûre que dans ton histoire, il y a aussi une religion, un petit peu, que tu développes avec des dieux et des déesses qui ont des apparences... pour le coup on parlait de descriptions physiques qui ont des apparences physiques pour certains assez particulières, tous aussi ils ont un phrasé encore différent comment t'es venu l'idée, comment tu as pensé ton panthéon un petit peu ?
- Speaker #0
Alors déjà j'aime beaucoup la mythologie je l'étudie depuis que je suis gamin et donc la mythologie grecque, la mythologie viking, japonaise et égyptienne un peu moins mais c'est toujours quelque chose que vous faites un... Toutes les mythologies ont quelque chose à apporter, donc je pioche un petit peu les idées que je pourrais avoir dans ce domaine, dans les différentes mythologies que j'ai pu traverser. Après, je trouve que c'est intéressant, encore une fois, ça reste des divinités, donc les faire dialoguer avec un phrasé particulier, encore une fois, on est toujours sur le squelette du personnage, comment il s'exprime, qu'est-ce qui va venir le différencier par rapport à un humain, voilà, c'est toujours des questions que je me pose. En tout cas, le langage, le nom, c'est des questions qui me reviennent. Après, pour la description physique, pareil, là encore, on est sur des divinités. Je me dis, qu'est-ce qui peut venir lui donner une petite touche supplémentaire aux divinités qu'on connaît, que ce soit Ares, que ce soit Odin ? Aller un peu plus haut et dire, tiens, ça pourrait être intéressant qu'il ait cette caractéristique physique qui vient un peu dénoter par rapport à ce qu'on connaît.
- Speaker #1
Justement, tu parlais des noms. Tu as posé pour tes personnages des noms intéressants. Et là encore, on sent ton appétence pour le verbe, avec les jeux de mots. Par exemple, on parlait de Bouquet tout à l'heure, qui a son langage fleuri. Du coup, il s'appelle Bouquet. On a Septembre aussi, qui s'appelle Septembre.
- Speaker #0
Effectivement, c'est son nom.
- Speaker #1
Tu peux nous citer deux, trois autres personnages ?
- Speaker #0
Ah, on a vu, on a Corville, il y a 88, Septembre, le capitaine qui a un nom particulier, mais là je le garde secret. Bon, c'est pas un secret secret, mais c'est juste que je préfère dans les premières...
- Speaker #1
Pas de divulgachage pour l'instant.
- Speaker #0
Voilà, c'est vrai que dans les premières pages, je ne le dis pas pour donner une petite surprise. T'as Imélé, qui est le bras droit du capitaine. On a aussi Noireuil, on a Donnero, enfin... J'aime bien trouver des petits noms un peu particuliers.
- Speaker #1
Et qui parlent de leur histoire déjà.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
88, clairement, on a son histoire derrière. On l'a entendu dans l'extrait tout à l'heure. 88 têtes coupées.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, tout à fait. Il y a Julie Jolie aussi. Je crois qu'on ne l'a pas dans les récits que tu as lu. Dans les extraits, non. Mais voilà, il y a plusieurs noms. J'aime bien vraiment passer du temps sur... Pas trop de temps non plus. Mais passer du temps sur un personnage qui va apparaître, encore une fois, pour lui donner vraiment une chair et un peu d'épaisseur.
- Speaker #1
Pour peut-être finir avec une dernière question, qu'est-ce qui différencie, selon toi, un personnage de fantasy d'un pirate de fantasy ?
- Speaker #0
Ah, c'est une bonne question.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Le pirate de fantasy est déjà caractérisé... par l'idéologie ou l'idéalisme qu'on a, c'est-à-dire l'aventure. Alors qu'un personnage de fantaisie, ce n'est pas forcément l'aventure qui va le caractériser. Vu qu'il y a le côté pirate derrière, on a déjà tout un bagage avec nos pensées dessus, de ce qu'on a pu lire sur ces récits. On a déjà de la carte au trésor, de la chasse au trésor qui vient. On a un bateau. Enfin, on a déjà, rien qu'avec ce mot pirate, tout un dictionnaire finalement d'un vocabulaire, des images qui viennent. Alors qu'un personnage de fantasy, c'est très vaste. On peut penser à Harry Potter, on peut penser à Bill Bon, ou même au Seigneur des Anneaux plus largement, ou encore à Game of Thrones. C'est assez vaste quand même comme personnage, alors que forcément, on se restreint dans la piraterie à une espèce d'archétype très... Très appuyé, très pointu.
- Speaker #1
Est-ce qu'un pirate de fantasy est forcément mauvais ? Forcément baroudeur ? Est-ce qu'il est forcément violent ?
- Speaker #0
Non. Regarde, si on prend Bouquet, ce n'est pas l'image qu'on en a. C'est quelqu'un, justement, qui joue l'alto. C'est quelqu'un qui a un personnage très soutenu, très soigné, qui est plutôt bien sur lui. Et c'est... Non, j'aime bien, justement, casser un petit peu, des fois, les... un peu les codes justement d'apporter des différences sur le bateau. Il y a évidemment un petit haut qui s'appelle Petit Pierre. C'est un jeune mousse, il a une dizaine de mois, il a 12 ans. Ça me permet, un peu comme un acteur qui va s'essayer à différents rôles, là ça permet de se pencher dans la psychologie de différents personnages. Un personnage féminin, un personnage plus âgé, un personnage masculin, un enfant, quelqu'un qui a une infirmité. Ça permet de jouer comme ça et c'est... autant rafraîchissant pour moi, et si ça l'est pour moi, je pense que ça l'est également pour le lecteur.
- Speaker #1
Merci Rudy pour cet échange sur les personnages en fantasy. On va passer au tac au tac. Le principe est simple, je te pose des questions et tu y réponds. Mets le tout sur 3 minutes. Le but n'est pas forcément de répondre aux plus de questions possibles, pas du tout. Tu peux prendre le temps de répondre. Tu peux faire une réponse détaillée, mais tu peux aussi faire une réponse très courte. Oui, non, ça marche aussi. Quoi qu'il en soit, il s'agit surtout de répondre sans trop réfléchir et avec la plus grande sincérité.
- Speaker #0
Je peux le faire.
- Speaker #1
Parfait.
- Speaker #0
Le tac au tac.
- Speaker #1
Quelle remarque sur tes écrits te vexe le plus ?
- Speaker #0
C'est nul.
- Speaker #1
Ouais, ça c'est dur ça. Tu l'as vraiment déjà entendu ça ?
- Speaker #0
Plus jeune, oui.
- Speaker #1
D'accord. Est-ce que tu crois au talent ?
- Speaker #0
Oui. Je pense qu'on a tous quelque chose, une direction dans un art en particulier ou dans une branche en particulier. Après, je crois beaucoup plus au fait de voir, justement, l'entretenir et de travailler sur ce talent. On ne peut pas juste se reposer sur le talent.
- Speaker #1
L'équilibre d'une vie, ça passe par quoi ?
- Speaker #0
Pour moi, le sport, l'écriture et la vie de famille. Le travail, forcément. Le travail, je le mets en dernier quand même.
- Speaker #1
Et la vie de famille en avant-dernier.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça.
- Speaker #1
Longue session d'écriture en une fois ou petite session éparpillée ?
- Speaker #0
Petite session éparpillée.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?
- Speaker #0
Ça va bien, j'écris de la fantaisie, donc tout va bien.
- Speaker #1
Le pire livre qu'on t'a déjà offert ?
- Speaker #0
Alors, ce n'est pas le pire livre que j'ai eu à lire, mais c'était plutôt le pire livre au moment où on me l'a offert, que c'était Marche ou crève de Stephen King. Et c'est ma femme qui me l'a offert pour mon voyage au Pérou, alors que j'allais randonner. Donc, c'était un symbole assez marqué.
- Speaker #1
Ton expression préférée ?
- Speaker #0
Mon expression préférée ? Euh... Je passe. Je sais pas.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui te fait dire d'un texte, c'est mauvais ?
- Speaker #0
Ben, le fait que j'accroche pas, que j'accroche ni à l'histoire ni au personnage, que... Oui, voilà, c'est ça, en fait. Je pense que si l'histoire est bonne, mais que les personnages n'arrivent pas à m'amener dans l'histoire, je peux décrocher vite. J'essaye de pousser, quand même, mais... Je pense que même une histoire qui ne va vers rien, mais là où les personnages peuvent être forts, peut être un bon livre. L'inverse, c'est plus difficile.
- Speaker #1
Mais tu vas jusqu'à dire c'est mauvais ou c'est quelque chose que tu ne dis pas forcément ?
- Speaker #0
Non, c'est juste que je n'accroche pas. Je dis juste que je n'accroche pas. Je n'aime pas cette expression c'est mauvais parce que c'est tellement subjectif de dire c'est bon ou pas bon. Non, c'est plus que je n'accroche pas. Ça peut être pareil pour un film ou même une musique.
- Speaker #1
Cuisine du terroir ou cuisine d'ailleurs ?
- Speaker #0
Les deux. Pourquoi se priver ?
- Speaker #1
Ta journée idéale ?
- Speaker #0
Sport, écriture et puis rien faire.
- Speaker #1
Toujours pas la famille.
- Speaker #0
Non, toujours pas.
- Speaker #1
C'est fini, c'est fini, c'est fini. Voilà, donc c'était le tac au tac de Rudy. Merci beaucoup Rudy. Alors on revient sur la boisson que j'ai bu par petite touche. J'ai essayé d'éviter l'ASMR, j'espère que ça s'est pas trop entendu. Mais c'est très bon ce petit thé à la menthe, c'est classique mais effectivement très bon. Pourquoi tu as choisi ça ?
- Speaker #0
Le thé à la menthe, c'est une boisson à la fois fraîche et chaude, donc je trouve que c'est toujours appréciable. Elle m'accompagne quand je me fais toujours un petit thermos, quand je vais travailler, c'est une boisson qui m'accompagne au long de la journée. Et puis même quand je me mets à écrire, je m'en fais toujours un petit mug pour débuter ma séance d'écriture.
- Speaker #1
Merci beaucoup Rudy d'être venu boire un coup avec moi. Si vous souhaitez découvrir la plume de Rudy, chères auditrices et auditeurs, ses récits de voyage se trouvent dans les numéros 29 et 61 de la revue Au bout du monde. Si c'est la saga du dieu requin qui vous fait envie, et je vous comprends, il va falloir être patient, parce que pour l'instant, pas de publication prévue. Tu es aussi absent des réseaux sociaux, donc c'est dire la chance qu'on avait de te recevoir ici. Rudy, je vais te laisser le mot de la fin. Avec quel adjectif Merci. Décrirais-tu ton expérience sur Avotext ?
- Speaker #0
Réfléchissant.
- Speaker #1
Avotext, c'est fini pour aujourd'hui. Je remercie encore Rudy d'avoir accepté l'invitation. Si cela vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner et à partager l'épisode. Nous nous retrouvons les 5 et 20 de chaque mois. L'épisode prochain, ce sera au tour de l'autrice Sohalis Ovi de nous offrir un verre. A bientôt !