- Speaker #0
Salut Sarah !
- Speaker #1
Et Lolila !
- Speaker #0
Aujourd'hui, j'aimerais qu'on échange autour de la capacité d'oser donner son avis, son point de vue, d'oser s'affirmer.
- Speaker #1
Oui, tu veux qu'on parle d'oser prendre sa place dans la relation.
- Speaker #0
C'est ça ! Cette capacité à s'exprimer, s'affirmer ses besoins, ses envies, ses avis, pleinement, tout en respectant ceux d'autrui.
- Speaker #1
Oui, et que prendre cette place se fasse dans une juste mesure entre, d'une part, un extrême. la passivité où je m'efface, et à l'autre extrême, l'agressivité où j'écrase le point de vue de l'autre pour mettre uniquement le mien en valeur.
- Speaker #0
Par exemple, là j'ai faim. Et si tu me proposais à manger, si tu me disais Est-ce que tu veux qu'on s'arrête pour manger ou on peut enchaîner l'enregistrement encore une heure ? Eh bien, oser prendre ma place, respectueusement tant de ma personne que de la tienne, serait un juste milieu entre, d'une part, Oh, ben comme tu veux ! alors que j'ai très faim ? Ou d'autre part, mais évidemment que j'ai faim ! Quelle question ! Quelle bête question ! Il est 12h30, évidemment que j'ai faim ! Qui n'a pas faim à 12h30, à part les gens bizarres ? Et ce serait simplement de dire, oui, moi j'ai vraiment faim, ça me conviendrait qu'on mange maintenant.
- Speaker #1
Oui, je préfère en effet que tu me parles comme ça, parce que l'autre option n'était pas cool.
- Speaker #0
Je vais essayer d'être plus gentille. C'est un sujet qui m'intéresse parce que je suis interpellée par pas mal de personnes ces derniers temps qui me confient être dans des situations... parfois juste un peu embarrassantes, parfois handicapantes, parce qu'elles n'osent pas dire ce qu'elles veulent. Elles n'osent pas donner leur avis, exprimer leur ressenti, leur préférence. Elles sont confrontées à des conséquences négatives, importantes, qu'elles rencontrent justement parce qu'elles n'osent pas s'affirmer, entre guillemets. Et finalement, elles en souffrent. J'ai envie de te donner l'exemple ici d'une dame qui m'a dit qu'on disait d'elle qu'elle était une girouette, qu'elle n'était pas fiable. Elle dit, j'ai même entendu, que j'étais inconsistante. Bref, elle considère qu'on ne la respecte pas, qu'on ne la considère pas, justement parce qu'elle ne donne pas son avis et qu'elle a tendance à se rallier à l'avis des autres, à l'avis de la majorité. Elle sent bien qu'à cause de ça, elle est moins prise en considération. Il me vient aussi l'exemple d'un homme qui me raconte que, dans son couple, il évite à tout prix de donner son avis. Il va plutôt acquiescer, suivre, valider l'avis de son conjoint, parce qu'il ne souhaite pas entrer en conflit. Il a peur de ce qu'un désaccord pourrait engendrer comme discussion, alors que son conjoint lui dit qu'il a besoin qu'il s'affirme. Et lui, il continue de se replier sur lui-même, de se taire. Il sait que ce n'est pas l'idéal, mais en fait, il ne sait pas comment faire autrement. Je pense aussi à une dame qui reçoit récemment dans un restaurant un plat qui ne lui convient pas. Il ne lui convient pas parce qu'elle ne l'a pas commandé, il ne correspond pas à sa commande. Et elle goûte le plat plutôt que de le dire directement au serveur. Et bien finalement, elle n'aime pas ce plat. Et au lieu de le renvoyer ou de demander autre chose, elle n'en dit rien. Et elle commandera juste un dessert pour combler sa faim.
- Speaker #1
Oui. Et tu sais, à l'inverse, quand tu dis que tu n'aimes pas ton plat, parce que moi ça peut m'arriver, quand on ne sait pas ce qui était prévu, t'es mal vu. Ce qui ne t'aide pas, en plus, à t'affirmer.
- Speaker #0
À t'affirmer. Entre nous, soit. Le retour des autres.
- Speaker #1
Le retour des autres, qui peut nous enfermer là-dedans. Nous taxer de personnes difficiles.
- Speaker #0
N'est-ce pas,
- Speaker #1
Sarah ? Moi, je vois aussi une situation de la vie courante, qui est celle de ne rien oser dire quand, dans une file d'attente, typiquement au supermarché, quelqu'un nous passe devant. On ne dit rien. mais potentiellement on rumine, on rougit, on s'énerve, on marmonne, tu vois, mais on ne dit rien à la personne. Ou aussi quand des amis organisent par exemple une sortie et que l'activité qui est proposée, elle ne nous intéresse pas, pas vraiment. Et donc on va, plutôt que de dire quoi que ce soit, y aller, mais en anticipant déjà à l'avance qu'on va passer probablement un mauvais moment, mais parce que les autres sont enthousiastes, parce qu'il y a cette organisation, on ne dit rien, on y va. et jusqu'à cet événement, on rumine, peut-être même on regrette d'y aller. Des exemples comme ça, il y en a tout un paquet. Et si vous vous reconnaissez dans ceci, ou si vous reconnaissez d'autres personnes de votre entourage dans ces situations, alors je pense vraiment que ce qui suit va vous intéresser.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui pourrait être à l'origine justement de la peur qu'on a à ne pas donner son avis ? La peur qu'on a d'oser partager son opinion ? Il y a plusieurs éléments qu'on a envie de mettre en évidence ici, qui ne sont pas du tout exhaustifs, mais qui nous paraissent les plus intéressants à mettre en avant. C'est pour commencer le manque de confiance en soi. Ce manque de confiance en soi, il engendre souvent de la timidité, le souhait de rester plutôt discret, le fait de ne pas croire dans son point de vue, ou de ne pas s'accorder du crédit. Parfois encore, les personnes me disent qu'elles accordent intrinsèquement plus de crédit à ce que l'autre dit, plutôt qu'à ce qu'elles peuvent penser ou avoir envie de dire. Elles attribuent plus de crédit à la parole de l'autre qu'à leur propre point de vue. parfois, elles mettent en évidence qu'elles ont peur que leur avis soit directement invalidé par l'autre, descendu, contredit, et que cette idée les terrifie, et qu'elles préfèrent alors suivre la majorité, l'avis des autres.
- Speaker #1
Oui, c'est plus sécure, en fait. C'est ça,
- Speaker #0
plus référent pour elles. Et en analyse transactionnelle, on parlera des positions de vie. Et en l'occurrence ici, c'est une position de vie basse, pour faire très concis et ne prendre que ce qui nous intéresse dans le cadre de cet épisode. Et vraiment, n'hésitez pas à aller par vous-même. Pour approfondir ce sujet, on aura une tendance avec cette position de vie basse à se soumettre, à se positionner de manière plus basse que l'autre qu'on va positionner en position haute, qu'on va considérer comme plus important que nous. C'est une position qu'on a souvent acquise depuis notre plus tendre enfance. Généralement, c'est un certain conditionnement qui est lié à la place qu'on avait dans notre famille, à la place qu'on a laissée à notre avis, à notre parole.
- Speaker #1
Il y a également, assez typiquement, je trouve, la peur du rejet, la peur de ne pas être aimé, de ne pas être considéré comme une personne qui soit gentille, serviable, conciliante, parce qu'on s'exprime justement, parce qu'on est peut-être en désaccord avec les autres, et du coup, on prendrait le risque de passer pour quelqu'un qui râle, qui rabat joie, pire, qui soit une personne égoïste. Et puis, je pense qu'il y a aussi vraiment tout un tas de situations où, en fait, on ne sait pas. comment faire, comment exprimer, comment prendre sa place d'une manière qui soit juste. Parfois, les personnes qu'on questionne sur les raisons de ne pas oser donner son point de vue, bien, elles disent qu'elles ont peur d'être inadéquates, de dire mal leur avis, surtout s'ils s'opposent cet avis à l'autre ou, au pire, à une majorité. Elles ont peur de ne pas trouver les moyens de dire de manière convenable ce qu'elle pense, peut-être parce que justement les émotions prennent le dessus et que du coup, il y a un risque plus important de s'exprimer d'une manière qui soit inadéquate. Et donc, il y a une espèce de calcul inconscient du coût et du bénéfice à s'exprimer. Est-ce que ça vaut la peine de prendre ce risque de ne pas être aimée, peut-être d'être rejetée, d'entrer en conflit, de perdre la face ? Si la réponse est non, en tout cas... Dans notre esprit, si notre croyance est que ce n'est pas le cas, on va continuer à ne pas s'exprimer, à ne pas prendre cette place.
- Speaker #0
Et pourtant, on prend des risques à ne pas donner son avis, à ne pas partager son opinion. Ces risques sont multiples et ils sont différents selon les sphères de la vie dans lesquelles on ose ou on n'ose pas donner son avis, mais aussi en fonction du degré de difficulté à oser s'affirmer. Parfois, on ose dire les choses dans certaines situations ou avec certaines personnes, mais parfois, on n'ose jamais s'affirmer, quelle que soit la sphère dans laquelle on est, quelle que soit la personne à laquelle on s'adresse.
- Speaker #1
On peut se retrouver à accepter des compromis, à faire des compromis, se retrouver dans des situations qui ne nous conviennent pas parce qu'on devient influençable dans ce cas-là et ça peut aller, en fait, dans le temps, jusqu'à ne plus savoir du tout. qui on est, ce qu'on aime, parce qu'on a été tellement dans l'attention à ce que l'autre veut, à ce que l'autre a besoin, on n'a tellement pas pris l'habitude de s'occuper de nous et de se questionner sur nous, qu'on n'a pas de balise en fait à ce sujet.
- Speaker #0
Oui, et en amour, et en amitié aussi, ça peut avoir des conséquences. Ça peut créer de la distance entre les partenaires. Le fait de ne pas avoir accès à ce que l'autre pense, à ce que l'autre souhaite, me met dans l'impossibilité de tenir compte de son point de vue. À force de se cacher... de se faire discret, de vouloir faire plaisir à l'autre, celui qui n'ose pas dire finit par être effacé par l'autre, qui prend finalement la place qui lui est laissée. place qu'il sera peut-être aussi frustré d'occuper, car il l'occupe par dépit ou par nécessité, parce qu'en fait, il faut bien prendre les décisions avancées, ce qui peut finir par le faire se sentir seul dans la relation.
- Speaker #1
Oui, ou en tout cas, mal à l'aise, inconfortable. Moi, ça m'est arrivé d'être dans des relations où, pour l'autre, la relation avait justement plus d'importance ou tellement d'importance qu'il ou elle s'effaçait, tu vois, parce que se dire, oser s'exprimer, ça donnait le sentiment qu'il puisse y avoir un désaccord et que la relation serait...
- Speaker #0
Altérée.
- Speaker #1
Altérée, merci. Mais du coup, ce qui se passe, c'est que quoi que tu demandes, quel que soit le choix à faire, par exemple, on ferait ceci, on mange, on mange pas, peu importe, l'autre, c'est comme tu veux. Comme tu veux, comme tu veux. Et donc tu finis par prendre une posture qui est celle du décideur, de celui qui oriente la relation tout le temps. En tout cas, c'est ce qui peut se passer naturellement et inconsciemment. Ou alors, tu dois déployer beaucoup d'énergie pour ne pas rentrer dans cette posture-là et donc aller chercher l'autre.
- Speaker #0
Quoi qu'il en soit, c'est inconfortable.
- Speaker #1
Mais c'est inconfortable, effectivement. Et ça dénature un petit peu la relation. Ou est-ce que chacun s'y retrouve ? J'en suis pas bien sûre.
- Speaker #0
C'est ça. Dans le même ordre d'idées, on prend aussi le risque de devenir transparent. On n'est pas considéré à notre juste valeur par notre entourage qui nous considère, dans certains cas, les cas les plus extrêmes bien sûr, comme dans l'exemple que j'ai pu citer au début de cet épisode, comme quelqu'un de vide, d'inconsistant. On peut même finalement omettre de nous demander notre avis dans un groupe tant on a l'habitude que l'on suive la majorité. Ou alors de nous demander notre avis de manière complètement superficielle, rapide. sans vraiment considérer notre réponse si on en donne une, partant du principe que de toutes les manières on suivra le groupe, la majorité. On peut aussi être la bonne poire, celle à qui on va proposer, demander quelque chose, sachant qu'on est considéré comme un béné oui oui.
- Speaker #1
Ça peut également conduire certaines personnes à rabaisser celle qui ne s'exprime pas ou ne prend pas sa place, comme dans l'exemple de la girouette que tu donnes tout à l'heure. à lui donner donc des surnoms. C'est quelque chose d'assez violent, en fait, mine de rien. Peut-être même qu'on va rire d'elle autour de cette tendance qu'elle a à ne pas avoir d'avis en dehors de celui du groupe, de l'autre ou encore de la majorité.
- Speaker #0
On n'est évidemment pas là en train de justifier ce comportement ou de les expliquer.
- Speaker #1
Non, bien sûr. Et sans compter aussi, malheureusement, les gens malveillants qui pourraient abuser du manque d'assertivité de l'autre.
- Speaker #0
La personne qui n'ose pas se dire prend aussi le risque de détériorer sa confiance en elle. À force de se cacher, de se replier sur elle-même, ça peut générer le sentiment de sacrifier ses propres désirs. Évidemment. Pour éviter les conflits et ça peut même conduire à un sentiment de frustration et d'injustice. Dans certaines situations, à force de ne rien dire et de cumuler la frustration, le sentiment d'injustice de la personne va finir par exploser au moment où il y a une goutte d'eau qui va faire déborder le vase. Ce qui va générer de l'incompréhension. dans son entourage, qui n'a pas l'habitude de la voir s'exprimer ainsi. Il va y avoir sans doute des conséquences négatives, les gens ne vont pas comprendre, vont souligner l'inadéquation de sa réaction ou sa disproportion, ce qui va renforcer la piètre estime qu'elle a d'elle-même et de ses compétences à dire les choses. Et par conséquent, elle aura alors tendance à encore moins s'exprimer à l'avenir.
- Speaker #1
Bon, on a déjà un paquet de risques qui sont mis en évidence, mais je voudrais quand même en ajouter un. C'est qu'en fait, on peut aussi en arriver à des conflits. Parce que les autres autour de nous, peut-être, préfèreraient qu'on soit honnête plutôt que gentil, plutôt que... À ne pas donner son avis, à ne pas exprimer qui on est, eh bien, on prend le risque de manquer d'authenticité, de présence dans la relation. Et donc, les autres pourront aussi parfois dire que c'est une forme de manque d'investissement dans la relation que de ne pas dire, de ne pas donner son point de vue. Ça peut être vu parfois aussi comme un manque d'intérêt. un manque de respect, voire de considération de l'autre et de la relation, alors qu'à l'origine,
- Speaker #0
c'est tout l'inverse.
- Speaker #1
Alors si on résume les risques généraux à ne pas oser prendre sa place, on peut parler de ressentiment et de frustration personnelle. Oui, le fait de refouler ses besoins et ses sentiments peut conduire à une accumulation de ressentiment envers soi-même et envers les autres. Ça peut conduire aussi à une mauvaise communication. Le manque d'interactivité avec l'autre peut entraîner forcément des malentendus et donc des conflits dans la relation. Parce que justement, les besoins réels ne sont pas clairement exprimés et ne peuvent donc pas être pris en considération. Et puis, on peut mettre en évidence le risque de baisse de l'estime de soi, qui est déjà parfois justement pas ultra élevé, parce qu'il y a une incapacité à défendre ses convictions, ce qui peut miner la confiance en soi et renforcer le sentiment d'inutilité de la personne concernée.
- Speaker #0
Maintenant, passons à quelques conseils pratiques pour développer sa capacité à s'affirmer et à prendre sa place. Alors ici, on va donner des conseils généraux. Et le premier qu'on vous donnera... c'est celui de vous faire aider si vous êtes dans une situation qui vous met en souffrance, qui vous met en difficulté importante, si vous sentez bien que pour vous, ça va bien au-delà d'une difficulté à surmonter, bien au-delà d'un challenge à se fixer. En fonction du degré d'importance de la difficulté que vous rencontrez, il ne faut pas hésiter à vous faire accompagner. Si l'idée même de donner votre point de vue vous fige, vous pétrifient, il sera sans doute nécessaire d'être accompagné par un professionnel qui pourra progressivement vous accompagner à lever vos freins.
- Speaker #1
Et pour celles et ceux qui peuvent et souhaitent se challenger par elles-mêmes, voici quelques petits conseils. Avant toute chose, soyez indulgent avec vous-même, c'est la base, et donnez-vous l'autorisation d'oser vous dire. Dites-le vous, je veux dire, vraiment, à vous-même. Vous avez le droit d'exprimer vos besoins et vos opinions au même titre que les autres.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Placez cette information, cette autorisation en conscience. En fonction de la difficulté que vous rencontrez, plus ou moins ancrée, plus ou moins handicapante, cette autorisation, vous allez pouvoir vous la donner en vous la répétant, en l'écrivant. Par exemple, sur un papier, vous pourriez mettre à vue, ou quand vous ouvrez votre téléphone, ça pourrait être un petit message.
- Speaker #0
Un petit rappel.
- Speaker #1
Oui, mais parce que le cerveau, il s'imprègne des messages quand il les voit et quand il les entend régulièrement.
- Speaker #0
En parler à des personnes de confiance permet aussi de se rendre compte qu'on est pas mal à être dans ce cas, que le fait de ne pas oser exprimer son point de vue est une des situations pour lesquelles on consulte très souvent un psychologue ou un coach. Le fait de savoir qu'on n'est pas seul dans la situation et que c'est une problématique largement partagée permet de diminuer le sentiment d'isolement et de honte qui va avec. Autre élément important, le fait de partir du postulat de base que ça va prendre du temps. que le fait de ne pas y arriver du premier coup, ni du deuxième, troisième, etc., fait partie du processus d'apprentissage tout à fait normal. Il faut donc s'attendre, si on a bien fait les choses, à se tromper, à se sentir mal à l'aise, à être un peu gauche. Par rapport à ça, on peut tout à fait mettre certaines personnes de son entourage proches dans la confidence et dire qu'on est en apprentissage, qu'on apprend à donner son avis, à prendre la place qui est la plus juste pour nous. De cette manière... On pourra débriefer avec elle après une expérience où on aura essayé de dire notre point de vue. Ce point me permet d'en venir à un élément essentiel que j'ai envie de mettre en avant ici, c'est l'expérimentation. On a la croyance que c'est parce qu'on a confiance en soi qu'on va oser dire. Mais on oublie aussi et surtout que c'est l'expérimentation qui va augmenter cette confiance en soi et qui va générer un cercle virtueux. Tiens, j'ai osé dire et il ne s'est rien passé, rien de grave, ou même quelque chose de positif est arrivé. On a pris mon avis en considération. Et par conséquent, j'ai envie de réitérer l'expérience.
- Speaker #1
Oui, tu sais, j'ai vécu ça il y a quelques semaines dans ma sphère professionnelle. Oui. Oui, dans ma sphère professionnelle, je tiens particulièrement à ce que les relations se passent bien, à ce que tout soit fluide pour tout le monde. Et il s'avère que je formule une demande concernant un point en particulier à une de mes collègues, justement. Et son retour est un peu négatif. Elle me liste les raisons pour lesquelles ce n'est pas possible, etc. Etc. Et en temps normal, ce que j'aurais fait, c'est que j'aurais lâché prise et j'aurais dit Ok, j'entends ton point de vue, tant pis. Et j'aurais laissé tomber ma demande pour justement rester dans quelque chose de cool pour tout le monde.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et là, ça me tenait en fait particulièrement à cœur et je n'étais pas en plus d'accord avec la plupart des arguments qu'elle évoquait.
- Speaker #0
Et t'as avancé.
- Speaker #1
Et j'ai fait le choix de l'exprimer de manière vraiment tout à fait cordiale et ok, sur un ton qui est tout à fait ok. Mais j'ai signifié que je n'étais pas trop d'accord, que mon avis était plutôt celui-ci et celui-là. avis qu'elle a entendu et elle m'a renvoyée vers quelqu'un d'autre pour résoudre mon problème et je suis ressortie de là en me disant ouch d'ailleurs je t'en ai parlé en me disant bah zut je me sens un peu mal tu vois j'ai dit les choses j'ai un peu peur qu'elle les mal prie que je sois passée pour quelqu'un que je ne suis pas etc etc et en fait ce qui s'est passé c'est que le lendemain c'est cette personne qui m'a fait un petit message en s'excusant d'avoir été un peu fermée à mon idée, elle m'a expliqué les raisons pour lesquelles qui s'entendent mille fois et en fait j'ai obtenu du coup ce que je voulais et tu vois le contraste, là au moins je me dis ça y est j'ai pas été sympa parce qu'en fait j'ai tellement pas l'habitude de m'exprimer sur un désaccord et encore moins dans cette sphère là que le fait de l'avoir fait m'a mis dans l'inconfort alors qu'au final parce que je l'ai fait d'une manière qui était gentille, ça a été entendu et ça a fonctionné.
- Speaker #0
Ça a été positif.
- Speaker #1
Donc là, j'ai vraiment vécu une expérience qui m'a permis de changer un petit peu mon avis, ma façon de faire, et qui certainement me permettra de le réitérer.
- Speaker #0
L'expérience dont tu parles en psychologie, elle porte un nom justement. C'est l'expérience émotionnelle correctrice. Et pour nous, c'est vraiment la forme la plus puissante d'apprentissage. Alors, je m'explique. Souvent, quand on s'empêche de dire ce qu'on pense, c'est qu'on active une distorsion cognitive.
- Speaker #1
Oui, alors c'est peut-être un mot qui mérite d'être un petit peu expliqué. Une distorsion cognitive, c'est en fait comme porter des lunettes, nos lunettes, qui déforment la réalité. Donc en fait, il faut imaginer qu'on porte tous des lunettes qui font paraître les choses plus grandes ou plus petites, par exemple, qu'elles ne le sont en réalité. Eh bien, les distorsions cognitives, c'est comme ces lunettes, mais pour la pensée. Elles nous font voir les situations d'une manière déformée, souvent en exagérant ou en minimisant certains aspects de cette réalité. Et ça peut nous faire penser d'une manière qui est irrationnelle ou nous faire tirer des conclusions qui ne sont pas vraies, par exemple.
- Speaker #0
Tout à fait. Alors dans cet exemple où on n'ose pas se dire, souvent la distorsion à laquelle on va faire appel, c'est celle qu'on nomme l'erreur de prévision. Alors concrètement, on va prévoir le pire. le pire scénario et on va être convaincu que c'est ce qui va arriver si on ose prendre la parole. Le plus souvent, c'est une erreur de prévision de type dramatisation. On va amplifier les risques, on va dramatiser non pas ce qui pourrait arriver, mais ce qui va certainement arriver à coup sûr de notre point de vue si on ose prendre la parole et s'exprimer.
- Speaker #1
Donc non seulement tu imagines le pire du pire, mais en plus tu es persuadé que c'est ce qui va se passer.
- Speaker #0
Exactement ça. Ok.
- Speaker #1
Bonne chance pour tout exprimer. Pour sortir de ce schéma, l'expérimentation est justement un moyen très efficace. Le fait d'observer et de pratiquer des expériences qui sont différentes de ce que j'ai l'habitude de faire, permet de vivre, de ressentir les choses et donc de mieux les apprendre, de mieux les intégrer, donc de favoriser le fait de sortir de ces schémas de pensée qui, justement, jusque-là, visiblement... nous sabote.
- Speaker #0
C'est donc tout à fait ça, l'expérience émotionnelle correctrice.
- Speaker #1
Et le but de l'expérimentation n'est pas d'arriver à exprimer son point de vue. Le but n'est pas non plus d'arriver à imposer son point de vue ou à le faire valoir. Le but unique, lorsqu'on initie ce changement, c'est d'essayer. On va donc concrètement commencer dans des environnements qu'on aura au préalable identifiés comme étant sécures c'est-à-dire où les enjeux ne sont pas importants. On ne teste pas ça avec son boss, par exemple. Par exemple. C'est par là qu'on commence en général. Là où les liens qu'on a avec les personnes dans cet environnement, les personnes avec qui on va essayer justement de poser nos limites, eh bien ces liens sont solides et sains. Donc on se sent à l'aise d'expérimenter avec elles. Une fois qu'on a identifié cet environnement ou ces différents environnements, on peut se fixer comme unique objectif d'essayer de le faire, d'essayer de prendre sa place et de voir ce que ça fait chez soi, chez l'autre, par rapport à la situation dans sa globalité. Le principe ici, c'est vraiment d'initier cette expérience émotionnelle correctrice et d'y aller par tout petit pas, par micro-marche, en fait de découper ce qui peut paraître un éléphant en toutes petites tranches.
- Speaker #0
Concrètement, il y a plein de techniques qui peuvent être facilement accessibles dans des formations, dans certains bouquins qui traitent du sujet. En tout cas, nous ici, on peut proposer l'une des plus connues qui nous vient de la CNV, la communication non violente, et qui s'appelle l'OSBD. Le DESC est un équivalent, par exemple. Alors, OSBD, le O pour observation. La première étape est justement de partir d'une observation neutre, c'est-à-dire se baser sur les faits. On dit souvent à cette étape de formuler ce qu'une caméra aurait pu enregistrer. L'idée, c'est vraiment de décrire objectivement la situation sans la juger et sans l'interpréter.
- Speaker #1
Pour reprendre l'exemple du repas, ça reviendrait à ce que je te dise. Eh bien, il est 12h30 et mon ventre gargouille.
- Speaker #0
Complètement. Le S de OSBD. Pour sentiments la deuxième étape, c'est d'exprimer vos sentiments. Qu'est-ce que vous ressentez par rapport à la situation de manière la plus authentique et spécifique possible ?
- Speaker #1
Je te dirais j'ai vraiment faim, d'ailleurs j'arrive même plus à me concentrer sur autre chose que mon ventre qui n'arrête pas de gargouiller Alors on passera à l'étape du B,
- Speaker #0
des besoins. Et l'idée est ici d'identifier les besoins fondamentaux qui se cachent derrière ces émotions.
- Speaker #1
Bon là c'est simple, c'est j'ai besoin de manger, j'ai faim
- Speaker #0
Formulez ensuite. Pour la dernière étape, une demande concrète, le D de demande. Elle doit être cette demande concrète mais aussi réalisable pour répondre à vos besoins tout en tenant compte des besoins des autres.
- Speaker #1
Lila, j'ai besoin qu'on mange maintenant pour pouvoir reprendre de l'énergie et ensuite me plonger pleinement dans notre enregistrement. Est-ce que ça te va ?
- Speaker #0
Principe de base, manger, ça me convient toujours.
- Speaker #1
Alors au départ, ça va paraître un petit peu technique. Ça va sembler peu naturel. C'est pour ça que l'idée, c'est d'abord de s'exercer dans un environnement qui est totalement sécure. Et puis, progressivement, on va pouvoir prendre ses distances par rapport à cette façon de formuler les choses. pour adapter la forme à ce qui nous convient, à la manière dont on a l'habitude de parler, tout en gardant l'idée de fond, qui consiste à partir d'éléments concrets pour exprimer ses besoins, ses sentiments, et aussi une demande qui soit concrète et respectueuse. En pratiquant cette technique, on peut apprendre à communiquer de manière affirmée, tout en préservant la qualité de nos relations et en favorisant une meilleure compréhension mutuelle. Bon, en conclusion, vous l'aurez compris, en tout cas, on l'espère. Il est clair qu'oser se dire, oser prendre sa place, est une caractéristique très importante dans les échanges pour naviguer avec confiance et respect dans les interactions. Ça peut augmenter la confiance en soi. Mais oui, en apprenant à exprimer clairement ses besoins et ses opinions, on renforce par l'expérience sa confiance en soi et son estime de soi. Et c'est encore plus vrai quand on peut vivre les conséquences positives de s'affirmer. Et puis, bien sûr, ça peut améliorer nos relations, parce que l'assertivité, elle favorise des interactions qui sont plus authentiques et plus respectueuses. Ça renforce donc les liens avec les autres, parce qu'ils sont basés justement sur des besoins sincères, et ça donne plus de chances que les relations durent dans le temps. Ça améliore également les relations, parce que ça augmente les chances d'une bonne compréhension mutuelle. Donc c'est plus fluide, c'est plus gai, et ça fait plus plaisir.
- Speaker #0
C'est plus sain, oui, complètement. Sur ce, je te propose qu'on aille se manger un petit bout.
- Speaker #1
Ah oui, merci. Allez, à bientôt.
- Speaker #0
Salut.
- Speaker #1
Salut. Merci d'avoir écouté cet épisode. On a à cœur qui vous est inspiré. Si c'est le cas, pensez à le partager autour de vous, à déposer vos étoiles et à vous abonner pour ne rien manquer. On se retrouve la semaine prochaine avec un nouvel épisode et d'ici là, sur Instagram et YouTube. À bientôt.