- Speaker #0
Béréchit est une série d'entretiens avec des mères en Israël. Elles racontent la grossesse, la naissance, la peur, la force, le quotidien. Des récits intimes qui disent une réalité collective, donner la vie dans un pays en tension. Je suis Julia Ganancia, mère et journaliste, et j'ai créé cet espace pour faire entendre ces histoires trop peu racontées. Béréchit signifie au commencement en hébreu, un mot pour parler de naissance, de début, de vie, un podcast documentaire et humain sur ce que signifie devenir maire en Israël aujourd'hui. Bonne écoute ! On imagine souvent la mère qu'on sera, on imagine ce qu'on transmettra à ses enfants, les valeurs qu'on leur donnera, les choix qu'on fera pour eux. Et puis parfois, on change de pays, de langue, de culture, et tout ce qu'on croyait savoir de la maternité vacille. Aujourd'hui dans Béréchit, je reçois Virginie Gage, auteure, ancienne journaliste, elle monte sur scène. On va parler d'Alia, de maternité, de religion, et de cette drôle de place qu'on occupe quand nos enfants finissent par mieux connaître le pays que nous. Virginie avait imaginé sa maternité en France. En Israël, elle a dû apprendre à lâcher prise, à accepter que ses filles fassent leur propre choix, parfois très loin de ce qu'elle avait imaginé pour elle, jusqu'à se demander parfois à quoi elle leur sert encore. Et si immigrer avec ses enfants, c'était aussi accepter de ne plus être tout à fait la mère qu'on pensait devenir ? Bonjour Virginie et merci d'être ici. Alors pour commencer, je souhaiterais te demander où commence ton histoire de mère ?
- Speaker #1
Oh, je crois qu'elle commence, Julia, avec ma petite sœur. On a 12 ans d'écart, donc je ne peux pas dire que je l'ai élevée, puisque je n'aime pas cette expression, et ce serait manquer de respect à ma mère qui a vraiment joué son rôle pour nous trois, parce qu'on est trois, je suis l'aînée, j'ai une soeur de 4 ans, ma cadette, et une petite soeur de 12 ans, ma cadette. Mais je crois que j'ai vraiment joué à la poupée avec ma petite soeur. On avait 12 ans d'écart, je la changeais, je la gardais, je la menais à l'école, je la ramenais de l'école, et j'ai été cette grande soeur aussi qui a beaucoup soutenu la petite et qui a géré des problèmes. que ma mère ne voulait pas gérer, type roi cutane pour les boutons, des trucs un peu comme ça. Donc oui, je pense que ma maternité a commencé là. Après, moi, je n'ai jamais été fan des enfants. C'est-à-dire que je ne me précipitais pas sur les enfants des autres. J'avais plutôt ce recul de me dire, va leur faire mal, etc. Donc voilà, mais c'est vrai que je suis devenue mère très tard. Je suis devenue mère à 32 ans. Donc voilà, oui, c'est vraiment, je me suis sentie pour la première fois. fois ce lien maternel avec ma petite sœur Déborah.
- Speaker #0
Effectivement, 32 et 37 ans, du coup, est-ce que tu as eu le sentiment d'être devenue mère avec une idée assez construite de la mère que tu voulais être et de ce que tu voulais leur transmettre ? Parce que j'imagine que la maternité te trottait dans la tête depuis déjà plusieurs années.
- Speaker #1
Oui, mais alors, elle était très précise cette idée, mais elle était complètement fausse. Mais oui, j'avais une idée très précise, bien sûr, j'ai eu ma première fille à 32 ans. J'ai eu un petit peu de mal à la voir, on a quand même attendu deux ans, ce qui est long deux ans quand on attend un enfant, c'est-à-dire que deux ans ça fait quand même 24 mois où tu pleures à chaque fois que t'es pas enceinte, donc c'est long, ça paraît court comme ça mais en fait c'est long. Oui, oui, moi je voulais être la mère que j'aurais voulu avoir quand j'étais enfant, donc une mère très à l'écoute, sans tabou verbal, qui parle de tout, qui... qui détecte le talent, qui le travaille chez l'enfant. Voilà, je m'imaginais être cette mère-là, très drôle. Ma mère n'est pas quelqu'un de sinistre, mais j'avais envie d'être cette mère drôle, fun, qui déconne tout le temps, et à la fois qui apporte des choses, qui fait gagner du temps. En fait, je pense que quand on devient mère, on se dit qu'on va réparer sa propre enfance. Donc moi, quand j'ai eu Anouk, ma grande, je me disais, j'ai tellement hâte de l'adolescence, où elle va être... avec des boutons, la gingraille, je lui disais, ma fille, ne t'inquiète pas, c'est la fin du bac, compagne les musiciens. Alors qu'en fait, pas du tout, ça veut dire, moi, ma fille, c'est un bonbon depuis qu'elle est née, elle est hyper jolie, elle n'a pas de boutons, les garçons lui courent après. Donc, je ne peux pas l'aider, en fait. Je me suis rendue compte que je voulais l'aider sur des trucs, mais qu'elle a d'autres problématiques. Et donc, j'ai compris ça très vite.
- Speaker #0
Tu avais imaginé être mère en France ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr, parce que j'ai fait mon alia quand Anouk avait 5 ans et quand Adèle avait 5 mois. Et on a décidé de faire notre alia quand j'étais enceinte d'Adèle, 2 ou 3 mois avant. Il n'était pas question que j'accouche en Israël, je trouvais déjà qu'on se lançait dans un gros projet. Donc oui, pour moi la maternité c'était la France et j'avais imaginé ma fille aller à l'école bleue à Meilly, puis ensuite on aurait tenté Jean-Saëns Sailly. J'étais un peu une bouffonne comme ça, donc voilà, oui, j'allais pas projeter du tout en Israël. Et c'est vrai qu'après, on a switché assez vite et je me suis pas rendu compte des implications que ça allait apporter sur ma relation avec elle. Moi, je pensais que bon, on changeait juste d'endroit, mais en fait, pas du tout. On a changé d'endroit, on a changé de carte, on a tout changé.
- Speaker #0
Alors, quand tu es arrivée en Israël avec tes enfants, justement, qu'est-ce qui a été le plus déstabilisant dans ta façon d'être mère ?
- Speaker #1
Très vite j'ai compris quelque chose, c'est que moi quand j'étais enfant, mes parents étaient les sachants. Ils savaient, mon père savait où on allait, il subvenait à nos besoins, il était omniprésent, il était le chef de la... Et c'est vrai que quand je suis arrivée en Israël, j'ai compris quelque chose, c'est qu'en fait j'étais hors de ma zone de confort, donc je n'étais plus la sachante, je n'étais plus celle qui savait. Je ne savais pas parler la langue de ce pays, je ne savais pas comment ce pays fonctionnait. Donc ça c'est déjà un premier constat qui est très déstabilisant, mais surtout on se rend compte que l'enfant, il devient sachant avant vous, c'est-à-dire qu'elle a mis cinq mois à parler couramment hébreu, là où moi je... Je galérais et je galère encore. C'est-à-dire que je me suis rendue compte qu'en fait, la sachance, c'était elle, ce n'était pas moi. Et donc, il fallait que je continue d'avoir un peu ce rôle de leader et d'autorité, tout en ne comprenant rien à ce qui se passait autour de moi. Alors qu'elle, elle avait des clés que moi, je n'avais pas. Donc ça, ça a été très compliqué. Tu rajoutes à ça le fait que moi, je me remets énormément en question. Donc, elle a pris le lit, quoi.
- Speaker #0
Et comment on le vit, le fait de ne plus être celle qui sait, celle qui explique, celle qui guide ?
- Speaker #1
C'est très déstabilisant. D'abord, c'est très déstabilisant pour soi-même. Et ensuite, je dois dire que j'ai deux filles. L'aînée, elle le vit assez bien parce qu'elle a pris le lead. Et je crois que pour la petite, c'est plus déstabilisant, parce que je pense qu'elles n'ont pas le même caractère. Donc c'est vrai que pour la petite, me voir un peu plus en souffrance, un peu plus comme ça, dans un espèce d'état où... Je ne sais pas trop, je navigue un peu à vue. Je trouve que ça génère plus d'angoisse chez la petite que chez la grande. La grande, elle s'est dit, ma mère, elle ne sait pas, moi je vais prendre le lit, je vais prendre le vin. La petite, je pense que comme elle est très différente, je pense que ça a généré pour elle plus d'angoisse.
- Speaker #0
Et tu lui as expliqué, écoute, moi en France, j'aurais été sur des rails, ici, je ne maîtrise pas. Non,
- Speaker #1
je n'ai pas verbalisé ça parce que je pense que c'est l'éléphant dans la pièce, elles le savent. Et après, c'est vrai que oui, j'ai dit des choses comme, vous savez, maman, elle galère ici, mais en France, elle a... Bon, je ne sais pas vivre dans la nostalgie et dans le passé, mais c'est vrai que je leur dis, en France, ça ne se serait pas passé comme ça. En France, maman, elle aurait pu vous aider sur les études, sur le soutien, sur le réseau, bien sûr. Mais je ne sais pas de leur... Je ne sais pas trop de rentrer là-dedans, mais c'est vrai que je pense qu'elles le savent. On le sait tous, on n'en parle pas, mais on le sait. Et on vit avec cette espèce de truc. Moi, je sais que ça ne génère pas trop de frustration chez moi, déjà. C'est de ne pas faire la meuf aigrie, quoi. Même si parfois, c'est difficile.
- Speaker #0
Parce qu'est-ce qu'on pourrait dire que c'est une forme de déclassement parental ?
- Speaker #1
Ah, mais pour moi, la LIA... et le fait de monter en Israël, ça a été un déclassement, vraiment. Et oui, c'est un déclassement parental en termes d'autorité, en termes de confiance en soi, en termes de leadership que tu peux donner à ton enfant, et en termes éducationnels, bien sûr que c'est un déclassement. Et si tu tombes sur un enfant en face qui est un peu fort, qui a un fort caractère, tu te laisses bouffer. Vraiment, c'est un déclassement. Après, j'ai essayé de mettre en place d'autres choses pour garder un peu cette forme d'autorité et de tutelle. Même si elle en a pris un coup. Mais oui, bien sûr, c'est un déclassement.
- Speaker #0
Il faut faire fleurir d'autres choses.
- Speaker #1
Oui, et puis il faut travailler une singularité, une autorité autre part.
- Speaker #0
Tu as l'impression encore aujourd'hui que parfois les rôles s'inversent et qu'elles deviennent presque tes guides, voire tes référentes ?
- Speaker #1
Bien sûr, bien sûr. Elles ouvrent le courrier, elles me disent « Maman, il faut payer ça, il fallait payer ça à ce moment-là » . Oui, bien sûr, elles sont un peu comme ça. Quand par exemple j'ai un problème avec la banque, si elle n'est pas au téléphone avec moi, j'avoue que même 13 ans après, je galère encore. Et je sais que le jour où elle a commencé à faire ça pour moi, j'ai perdu quelque chose. À côté de ça, je crois qu'on a gagné en complicité, on a gagné en échange. Mais c'est vrai que oui, j'aurais aimé leur épargner de ça aussi. Parce que c'est vrai que c'est une angoisse quand ta fille... 13 ans, elle est au téléphone avec la banque et elle te dit « Oui, alors il y a 12 000 chèquelles de découvertes ! » Et toi t'es là et tu dis « Ok, très bien ! » Donc c'est un peu compliqué. Mais j'ai fait ce que j'ai pu, et je crois que quand on fait ce qu'on peut, on fait ce qu'on doit. Donc j'ai navigué un peu à vue comme ça, et on a réussi à créer quelque chose quand même qui ressemble à une forme d'autorité entre elle et moi. Il y a quand même « Je suis la mère, elle est la fille » . Même si parfois l'écart se resserre un peu.
- Speaker #0
Est-ce que parfois on t'a dit, je pense notamment peut-être à tes parents, que tu étais un peu démissionnaire, laxiste ? Est-ce que tu te reconnais dans ces mots ?
- Speaker #1
Un peu ? Non, on n'a même pas dit un peu. On a dit t'as lâché la rampe quoi. Oui mais t'as lâché la rampe Virginie. Moi à nous que la grande elle a commencé à sortir à l'âge de 4 ans. A 15 ans, elle allait dans un mouvement de jeunesse le vendredi soir. Elle n'avait pas de téléphone avec elle, donc pour moi c'était une source d'angoisse. Et ma mère me disait « Mais pourquoi tu t'infliges ça ? » Je disais « Parce qu'elle a besoin, parce que la vie elle est dure ici. Donc il faut aussi que je leur offre un peu des plaisirs. » Et c'est vrai qu'elle a fait des choses qu'à son âge, je n'aurais même pas envisagé de demander à mes parents de faire. Elle est partie en vacances seule à Elate à l'âge de 16 ans et demi. Elle m'a inventé qu'il y avait les parents d'une copine dans la maison d'à côté, je ne sais même pas si c'était vrai ou pas. Oui, oui, mes parents me regardent comme si j'étais complètement démissionnaire. Et ma mère et mon père, ils ne comprennent pas qu'on est en discussion permanente. Ma mère me dit, mais à un moment donné, tu lui dis non, ça n'existe pas. Parce qu'en fait, c'est ma fille, mais c'est ma partenaire aussi. Donc, c'est mon associé. Donc, je ne peux pas lui dire non. J'ai effectivement 51% des parts de la maison. Mais elle a 49%, donc on est obligé de discuter et de composer. Et ça, ma mère, elle ne comprend pas que je n'ai pas un final cut, un espèce de truc d'autorité où je dis non, ça n'arrive plus.
- Speaker #0
Stop.
- Speaker #1
Ça n'arrive plus, ça.
- Speaker #0
Tu m'avais dit par téléphone avant qu'on fasse l'entretien que tu avais bien conscience que tes filles n'étaient pas des prolongements de toi-même et que leurs erreurs leur appartiennent. Est-ce une conviction que tu avais déjà en France ou est-ce que c'est quelque chose que l'Alia t'a appris ?
- Speaker #1
Je l'avais un peu en France, d'abord parce que c'est la maternité que je voulais. J'ai beaucoup été le réceptacle de l'ambition de mes parents qui n'avaient pas le bac, qui n'avaient pas fait d'études et qui m'ont beaucoup poussé dans cette voie-là. Et je les en remercie, ça n'a pas été une source de souffrance. Mais j'avais vraiment cette conviction que mes enfants feraient leur chemin. Et je pense que c'était un espèce de pressentiment comme ça, mais ça a été renforcé par Israël où vraiment... Tu arrives au GAN, donc la maternelle, l'équivalent de la maternelle, et tu as une maîtresse de maternelle qui connaît ta fille depuis deux mois et qui te parle de ta fille comme si elle la connaissait depuis toujours, elle a compris des trucs que toi tu n'as à peine pu comprendre et saisir. Et je trouve qu'ici on travaille tellement sur l'individu, le savoir-être, la singularité de l'enfant que... Israël a renforcé cette conviction, vraiment, que mes enfants feront leur vie. Et ma fille fait sa vie, mais pas parallèlement à moi, ça veut dire dans un autre monde que le mien. Politiquement, elle a des convictions politiques qui ne sont pas du tout les miennes. Cultuellement, en termes de pratiques religieuses, on n'est pas du tout pareil. Ses frontières ne sont pas les mêmes, ses red flags ne sont pas les mêmes que les miens, ses convictions, même humaines, ne sont pas les mêmes que les miens. Les miennes, vraiment, elles sont... elle est sur sa planète. Vraiment, elle est sur son truc et parfois, ça me heurte. Mais je me dis, mon rôle n'est pas qu'elle me ressemble. Mon rôle est vraiment de faire en sorte qu'elle s'épanouisse dans ce qu'elle a envie de s'épanouir, même si parfois, je ne le comprends pas.
- Speaker #0
Et alors justement, tes filles, est-ce que tu penses qu'elles attendent de toi des choses qui ne sont pas toi ? Qu'est-ce qu'elles attendent de leur mère que tu as du mal à leur donner ?
- Speaker #1
Je pense que mes filles, elles auraient rêvé d'avoir une mère un peu plus conventionnelle. Je monte sur scène. C'est pas fastoche pour des gamines, des adolescentes, d'assumer que maman, elle monte sur scène, elle fait des blagues. parle de son divorce, elle se met un peu à nu, je pense que c'est compliqué. Je pense qu'elles auraient aimé que leurs parents restent ensemble. Je pense qu'elles auraient aimé avoir une mère un peu plus conventionnelle qui se fonde un peu plus dans le moule de ce pays, c'est à dire qui fait le pain de shabbat. qui passent des heures en cuisine, qui partagent des recettes sur Instagram. Mais encore une fois, j'accepte ce truc parce que moi, effectivement, je n'ai pas eu la mère que je voulais et elles, elles n'ont pas la mère qu'elles veulent et je pense que c'est très sain.
- Speaker #0
Et quand tu as décidé de faire ton Aliyah avec ton mari et tes filles, quelle vie imaginais-tu construire en Israël ?
- Speaker #1
Je n'avais pas d'idée et je pense que c'est ce qui m'a permis de partir parce que je pense qu'il pour une grosse dose d'inconscience. Je pense... que inconsciemment je pensais que j'allais juste transposer ma vie de France en Israël.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Oui, non mais tranquille. Tout simplement. La fille qui est sur une autre planète.
- Speaker #0
Vraiment ?
- Speaker #1
Oui, écoute, il n'y a pas de raison. On habite à Neuilly, on va vivre à Ranaï, il paraît que c'est pareil. Pas du tout.
- Speaker #0
Si je ne me trompe pas, tu as divorcé environ trois ans après ton arrivée ?
- Speaker #1
Oui, trois ans après mon arrivée.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui se passait dans ta vie à ce moment-là ?
- Speaker #1
Moi, assez tôt, Assez tôt dans mon mariage, je me suis rendue compte qu'on n'avait peut-être pas fait le bon choix et lui et moi. Et je pense que lui, il avait aussi cette réflexion-là. Donc c'est vrai que la séparation avait été envisagée avant la naissance de ma deuxième. Je trouve que même en préparant l'alien, on avait envisagé l'éventualité que si un jour on se sépare, il fallait qu'on reste lui et moi dans le même pays, donc en Israël. Donc le divorce ne m'est pas tombé dessus comme ça. Je pense effectivement que ce pays m'a aussi permis de comprendre quand je suis arrivée que mon couple ne tiendrait pas. Pas parce que l'alias est difficile, mais parce que ce pays c'est une terre de vérité. Moi je regardais les gens qui me disaient ça, je me disais... mais quelle drogue ils prennent quoi. Et en fait ils ont raison. C'est un pays qui te prend énormément d'énergie, énormément de sel et donc tu ne peux pas faire semblant. C'est pas un pays où on fait semblant. Donc moi très vite j'ai dit à l'homme qui partageait ma vie à l'époque, j'ai dit on va pas y aller. arriver et il m'a dit pourquoi tu dis ça je dis parce qu'on ne va pas réussir à faire semblant et effectivement je pense que si on était resté en france plus longtemps on aurait fait la blague plus longtemps on serait resté marié plus longtemps parce que en france c'est simple tu te quittes le matin à 8 heures tu te retrouves à 18 heures bon bah se faire marier un peu sympa ça passe tu vois le week-end tu fais des trucs un peu sympa mais ici on a on était tellement on s'est pris tellement un tsunami dans la face que on était obligé d'être solide et on s'est rendu compte de toutes nos nos faiblesses. laisse en tant que couple. Donc je savais que ça ne tiendrait pas. Et je pense que c'est Israël qui a précipité... ce choix de divorce parce que structurellement on n'était pas équipé pour continuer.
- Speaker #0
Alors est-ce que le divorce a été une rupture supplémentaire ? A-t-il fait vaciller la stabilité que tu commençais à reconstruire ?
- Speaker #1
Bien sûr, parce que moi je ne me suis jamais interrogée sur mon rôle de mère. J'étais mère. Donc mère célibataire, je me le suis pris en pleine face. Je me suis rendue compte que je ne pouvais plus faire ce que je faisais quand j'étais mariée avec elle. Il fallait que je leur propose des choses quand on était ensemble, par exemple. ce qui était lunaire. Je leur disais mais moi je ne suis pas votre animatrice en fait. Oui mais avec papa on fait ceci, avec papa on fait cela, avec toi on ne fait rien. Oui donc là tu es obligée de t'interroger, tu te dis oui effectivement il va falloir que je rende ce temps qualitatif avec elle. Chose que je ne me suis jamais, une question que je ne me suis jamais posée quand on était mariés. Enfin je veux dire, mes filles elles refusaient de s'ennuyer 10 minutes. Il fallait que je sois là, que je leur propose des choses. En même temps il fallait que je survive parce que c'est un pays qui est dur, il fallait que je bosse, il fallait... Tout a été très compliqué et ça m'a... m'a obligée finalement à me demander quel genre de mère je veux être. Alors que ce n'est pas du tout une question, ce n'est plus une question que je me posais en fait. J'étais une mère.
- Speaker #0
Une mère fonctionnelle ?
- Speaker #1
Oui, j'étais une mère très fonctionnelle. Moi, j'étais une mère que fonctionnelle. Et ça, je m'en suis rendue compte avec le divorce. Je me suis rendue compte qu'en fait, moi, j'étais celle qui faisait à manger, qui lavait le linge, qui soignait, qui lavait, qui nourrissait, qui faisait les réunions parents-profs, qui gérait les box le matin. Mais je n'étais pas la mère du kiff. J'étais pas la mère qui leur... faisait des kifs. Le kif c'était leur père, moi je m'occupais de la maison le vendredi matin et lui les emmenait à la plage. Je me suis dit maintenant en tant que mère divorcée je ne peux plus faire ça, il va falloir que je leur apporte un peu du kif, de la légèreté, du chill, du bonheur, du kif quoi, du plaisir et ça ça m'a obligée en fait ce temps que je passais. Je le dis sur scène, c'est une formule que j'adore parce qu'elle est très très juste. J'ai méfié un Shabbat sur deux, c'est ce que je dis dans mon spectacle, j'ai méfié un week-end sur deux. Quand elles ne sont pas là, je me fais chier, quand elles sont là, c'est elles qui me font chier. Mais c'est tellement ça, il fallait que je trouve, et j'ai dû retrouver un espèce d'équilibre entre les moments où elles me manquent et les moments où je voudrais qu'elles partent chez leur père. C'est horrible de dire ça, mais... Je pense que c'est la réalité de toutes les mères divorcées.
- Speaker #0
Mais devoir traverser une séparation dans un pays où tu es encore en train de trouver tes marques, tu as performé là quand même.
- Speaker #1
Mais c'est un enfer, c'est un enfer. Va assister à une audience de divorce en hébreu. Avec une traductrice sortie de derrière les fagots que tu connais pas, qui arrête pas de regarder ton futur ex-mari en disant « Le pauvre, il a l'air pas bien, le pauvre, le pauvre. » C'est un enfer. J'ai vécu, c'était... Franchement, je pense que c'est des sketchs, en fait. C'est...
- Speaker #2
Aujourd'hui.
- Speaker #1
Aujourd'hui. Et à côté de ça, je me dis, il fallait en passer par là. Une séparation, c'est jamais facile. C'est comme ça, c'est derrière moi. J'essaie de pas trop regarder derrière, mais... J'ai eu des mots... moments de solitude, de très grande solitude. Mais je me suis toujours dit on va y arriver, il y a un truc qui est génial en Israël, c'est que ça a renforcé ma foi et je me suis dit si je traverse tout ça, c'est qu'il y a une fin. Il y aura une fin à ce processus là, il faut juste attendre.
- Speaker #0
Avec le recul, qu'est ce qui a été le plus difficile à perdre ? Le cadre familial, les repères, le sentiment de maîtriser ta vie ?
- Speaker #1
Tout ça mélangé, je ne m'étais jamais imaginée mère célibataire. Enfin, je m'étais imaginée... C'est un mélange de tout ça, c'est un mélange de... On fait des enfants à deux, on s'imagine les élever à deux. Évidemment que ça bouleverse tout, ça change toute ta perception du monde et puis même si t'as envisagé la séparation, tu ne mesures pas les conséquences de ce que ça veut dire. Ça veut dire rentrer chez toi le soir, être seule, elles sont un peu livrées à elles-mêmes. pendant une heure voire deux il faut checker les devoirs il faut tout faire seul et surtout il faut avoir cette charge mentale aussi seul c'est à dire tous ces arbitrages seul je veux faire ci je veux pas faire ça pourquoi tu m'achètes pas ci pourquoi tu m'achètes pas ça quand t'es deux tu peux dire mais t'as un père vas-y va voir ton père moi je suis pas tout ça c'est très difficile à gérer et en même temps j'ai envie de te dire que je pense que moi je suis devenue très croyante et et je pense que Dieu t'envoie des épreuves que tu peux surmonter. C'est le petit quart d'heure un peu spirituel. Et je pense que j'étais capable de les surmonter. Et que tu n'es face à des épreuves que celles que tu peux surmonter. Il ne peut pas t'envoyer une épreuve où tu n'es pas armée pour ne pas la passer haut la main. Donc je me suis dit, il n'y a pas le choix, il faut y aller.
- Speaker #0
Et tu as eu le sentiment de devoir devenir une autre mère après ton divorce, plus solide, plus organisée, plus exigeante ou au contraire plus souple ?
- Speaker #1
Tout ça dépend des moments. En vrai, je suis vraiment devenue beaucoup plus souple. Plus souple et plus alignée bizarrement. Mais oui, beaucoup plus souple parce que tu es obligée de choisir tes combats. Comme tu es seule, tu es obligée de savoir qu'est-ce qui est le plus important. Est-ce que le plus important c'est qu'elles se lavent les dents et qu'elles aillent dormir à 22h ? Ou est-ce qu'elles ne se lavent pas les dents et qu'elles aillent dormir à... Tu fais des arbitrages. J'étais obligée de faire des arbitrages. Parce que je travaille beaucoup. parce qu'elles sont beaucoup seules aussi, c'est vrai. C'est vrai que la grande, moi j'aurais jamais pensé faire ça, mais la grande m'a beaucoup secondée dans l'éducation de la petite et dans le fait de garder la petite, elles ont 5 ans d'écart. Donc quand Anouk avait 13 ans, Adèle avait 8 ans, et donc oui c'est vrai qu'Anouk a fait à manger à la petite, a géré qu'elle se lavait bien les cheveux, lui a bien rincé les cheveux quand elle sortait parce que je devais finir tard, parce que je rentrais, parce que c'était compliqué. Donc oui, c'est sûr que j'aurais bien voulu être cette mère Merci. qui ne fait pas porter à la grande une responsabilité avant l'heure. Mais j'ai fait ce que je pouvais. Et quand on fait ce qu'on peut, on fait ce qu'on doit. Donc j'ai avancé comme j'ai pu.
- Speaker #0
Et avec le recul, tu penses avoir grandi un peu en même temps que tes filles pendant ces années-là ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Mais je crois que j'ai grandi avec elles parce qu'on vit dans un pays que je ne connais pas. Et je crois même qu'elles ont grandi plus vite que moi. Je dis souvent que c'est mon équipe, mais c'est aussi... aussi mes coachs quoi, c'est à dire que elles me coachent je les coach, on a vraiment une espèce de parentalité à 3 comme ça là j'ai la petite qui est en pleine crise d'adolescence et la grande elle m'aide beaucoup à faire tampon, c'est à dire que parfois elle me regarde, en un regard elle me dit c'est bon je gère, c'est bon je gère je prends sur moi et je sais que si j'avais été mariée Ça ne se serait pas du tout passé comme ça.
- Speaker #0
Et pendant que tu essayais de reconstruire ta vie, tes filles grandissaient dans ce pays et progressivement elles ont commencé à en comprendre les codes mieux que toi. À quel moment as-tu commencé à sentir qu'elles étaient davantage chez elles, en Israël, que toi ?
- Speaker #1
J'ai un souvenir très précis, c'était à Hanouka. Et la matière... Six mois après votre arrivée ? Ouais, même pas, on est arrivés en été, c'était vers décembre, quoi. Et le vendredi, moi, j'avais pas loupé le pan pour apprendre l'hébreu, donc je me suis dit, je vais être détente demain et tout, et la maîtresse, le soir, m'appelle et me dit, demain, j'ai besoin de toi parce que j'ai une maîtresse qui est absente. Je dis, mais non, pourquoi moi, je suis pas punie. Et finalement, je viens, et je découvre ma grande, qui a à l'époque, donc, cinq ans, qui parle couramment hébreu, et qui nagent littéralement dans le... bac à sable comme on nage dans une piscine, donc j'ai compris à ce moment là pourquoi elle avait du sable dans la culotte à ce moment là qu'elle rentrait le soir. Et je comprends en fait qu'elle parle hébreu mais fluide, mais un truc de dingue ça veut dire elle fait des phrases sans avoir tenu un stylo, sans avoir assisté à un seul cours, vraiment je suis bluffée quoi. Et la maîtresse me regarde et me dit tu vois pourquoi je voulais que tu viennes ? Et je comprends qu'elle connaisse pays mieux que moi, qu'elle le comprend mieux que moi mais... Oui en fait c'est pas qu'une question de langue,
- Speaker #0
c'est à quel point elle est à l'aise dans cet univers.
- Speaker #1
Dans cet écosystème-là où moi, je ne sais pas encore comment faire. Je me dis, mais c'est fou, quoi. Elle est chez elle alors que ça ne fait que 4 mois qu'on est là.
- Speaker #0
Et est-ce que tu te souviens de la première fois où l'une d'elles t'a expliqué quelque chose sur la société israélienne que tu ne comprenais pas ?
- Speaker #1
Anouk me dit très souvent que je ne comprends pas qu'on ait un pays en guerre. Et c'est vrai que c'est une réalité que je connais, mais que j'ai du mal à intégrer tout le temps. C'est-à-dire que là, par exemple, elle me dit peut-être qu'ils vont taper. Et je dis, quoi ? Mais genre, comme si c'était...
- Speaker #0
Comme si tu étais arrivée hier.
- Speaker #1
Et elle me dit, mais maman, tu sais très bien que tous les six mois, ils tapent, quoi. Et moi, je suis encore un peu heurtée par cette réalité-là. C'est-à-dire que je mesure que le quotidien... va changer, que la petite va peut-être pas avoir école, que peut-être que les bureaux vont fermer, peut-être qu'on... Et elle, elle me dit mais maman, mais c'est la guerre en fait ! Pour info, j'ai jamais regardé un seul épisode de Fauda parce que j'ai un problème avec la violence physique à l'écran et à nous que c'est tapé toutes les saisons et la dernière fois, elle découvre la dernière saison qui est particulièrement dure en plus, je m'installe à côté d'elle avec mon café et je vois une scène où il y a des terroristes qui se déguisent en juifs avec la kippa sur la tête et les tzitzit et qui agresse donc un soldat de Tsaïl qui va mourir. Et je la regarde horrifiée, je dis mais qu'est-ce que c'est ? Et elle me dit, mais maman, ça se passe tous les jours en fait, c'est la guerre, on est dans un pays en guerre. Et quand elle me parle comme ça, j'ai vraiment l'impression d'avoir 8 ans d'âge mental. Ça me rappelle cette scène de Monsieur Batignolle où le petit garçon dit à Gérard Juniau, où Gérard Juniau lui dit, mais tout le monde ment évidemment, et il dit mais c'est la guerre en fait, c'est le petit qui lui dit mais c'est la guerre. Merci. C'est vrai que moi, par exemple, je me souviens très bien de ce moment. Ça fait un an qu'on a fait l'aléa et il y a l'enlèvement des trois adolescents juifs.
- Speaker #0
Par le Hamas.
- Speaker #1
Par le Hamas. On est juin 2014. Et on est au tri pendant des jours pour les retrouver. Et évidemment, on va retrouver des corps qui vont donner lieu à l'opération bordure protectrice, qui va donner lieu à une incursion dans Gaza où on va perdre énormément de soldats. Donc moi, je découvre à ce moment-là les alertes, les abris. je ne connaissais pas, vraiment je découvre cette réalité, on a un an d'aléa dans les pattes, au moment où il y a l'enlèvement des trois adolescents tout le monde prie et ma fille rentre de la maternelle, donc elle est en dernière année maternelle elle a 5 ans et elle me dit il faut prier il faut mettre la tzedaka pour les enfants, les pièces et tout Je suis affolée quoi, donc je vais voir la maîtresse devant moi et je lui dis mais qu'est-ce que tu leur as raconté, tu es folle, pourquoi tu leur as dit que on avait trois adolescents dans la nature qu'on cherchait et qu'on voulait les récupérer et elle me regarde la maîtresse et elle me dit mais c'est toi la folle, toi tu es folle, mais elle crie hein elle me dit mais tu crois quoi ? tu crois que tu vas mettre ta fille sous cloche comme ça ? et je lui dis mais qu'est-ce que tu vas lui dire si demain on retrouve des corps et s'il meurt ? tu vas leur dire quoi ? et elle me dit on va leur dire qu'ils sont morts et là je rentre chez moi j'ai quoi ? j'ai 10 minutes à pied ? je pleure Je pleure parce que je me dis que je suis incapable d'épargner à ma fille toute l'horreur de ce monde-là. Et surtout, je suis venue pour lui épargner cette horreur-là. Mais même là, je ne pourrais pas lui épargner parce que c'est la réalité. Et je suis en PLS, comme disent les jeunes. Je suis perdue. Je suis perdue. Je me dis, mais comment c'est possible ?
- Speaker #0
En fait, ce qui s'écroule à ce moment-là, c'est quoi ?
- Speaker #1
C'est le fait que je ne vais pas pouvoir la protéger de l'horreur du monde. Et que je suis venue en Israël pour ça. Donc même ici, ça me poursuit. Et je me dis que je ne vais pas pouvoir l'aider en fait. que je ne vais pas pouvoir la protéger de ça. Et je me dis, c'est quoi mon rôle de mère si je ne peux pas la protéger de ça ? Je me dis, c'est fou en fait.
- Speaker #0
Et ce qui est fou, c'est que c'est une histoire qui est revenue toquer à ta porte il n'y a pas très longtemps.
- Speaker #1
Non. c'est une histoire qui est revenue il n'y a pas très longtemps parce qu'en fait je ne sais plus c'était en novembre de l'année dernière je crois et elle doit aller à l'école donc c'est un dimanche et moi le dimanche je ne travaille pas donc je suis vachement plus étendue que dimanche et je la vois qui fait ses boucles qui se maquille et tout je lui dis tout ça pour l'école elle me dit ah non je ne vais pas à l'école aujourd'hui je lui dis mais tu vas où elle me dit je vais à l'enterrement d'Adargoldin à Dargoldine, c'est un soldat qu'on a perdu au moment de la guerre. au moment de l'opération bordure protectrice, au moment où elle avait 5 ans.
- Speaker #0
Donc il y a 12 ans.
- Speaker #1
Voilà. Et en fait le corps n'a jamais été rendu et il a été rendu dans le cadre des accords avec l'échange des otages. Et donc je lui dis mais tu ne vas pas aller à l'internat d'Adar Goldin, c'est à te faire ça bas, ils vont couper les routes, qu'est-ce que tu vas faire ? Et elle me dit mais je lui dois ça, je lui dois ça. Et moi je me sens minable de ne pas comprendre ce qu'elle me dit en fait. Et je me dis qu'elle a cette espèce d'instinct comme ça, de se dire, je dois y aller, je dois lui rendre hommage. Et c'est un truc tripale comme ça, ça sort d'elle-même, elle doit y aller. Comme moi après l'attentat contre les dessinateurs de Charlie Hebdo, je suis descendue dans la rue parce qu'il se trouve que j'étais en France à ce moment-là. Comme un espèce de réflexe comme ça.
- Speaker #0
Oui, sauf qu'elle a 16 ans.
- Speaker #1
Sauf qu'elle, elle a 17 ans, qu'elle se fait belle pour lui rendre hommage. Et elle me dit, on vit toujours. Ça m'oblige,
- Speaker #0
en fait. Justement, je voudrais qu'on parle aussi du 7 octobre, de ce jour où tout bascule, de ce que c'est qu'être une mère dans un pays en guerre. Toi, où étais-tu ce jour-là ? Comment tu as appris ce qui se passait ? Et où étaient les filles ?
- Speaker #1
Alors moi, j'étais seule chez moi. Je ne les avais pas ce Shabbat. c'était une configuration qui est un peu apocalyptique parce que j'avais un groupe qui était parti passer shabbat chez une copine parce que le samedi elle avait un repas communautaire avec son mouvement de jeunesse et la petite elle était à khadéra dans la famille de son père mais sans son père donc voilà je me lève le matin assez tard et je vois plein de messages sur mon téléphone dont le message d'un ex il n'y avait pas de raison qu'il m'écrivait qui me demande si je vais bien dit c'est bizarre la multiplication des messages à une atelier je je découvre ça et je vois sur... surtout par la fenêtre, je vois une espèce de chape de plomb avec des gens qui... Un espèce de truc un peu désertique, alors que moi, j'habitais à Nathanaé à l'époque dans un endroit où il y avait beaucoup de passages. Et je vois un mec en petite-tite, chapeau, et un téléphone à la main et qui court. Je me dis, mais c'est l'enfer. C'est l'espace des trucs. Shabbat. C'est une râte au roi. Et là, j'avais déjà allumé la télé sur la télévision israélienne, on commençait à voir, et je vois Ratoufine. Je comprends donc le mot otage, je vois Noa, Argemani, je vois ces images très vite, et je me dis, mais ils arrivent en fait. Donc je ferme la porte. Parce que moi, la porte n'a jamais été fermée chez moi.
- Speaker #0
Comment tu réussis à joindre les filles ? Les filles,
- Speaker #1
je ne peux pas les joindre. Adèle, elle n'a pas de téléphone à ce moment-là parce qu'elle est trop petite encore. Et à nous, son téléphone est éteint parce que c'est Shabbat. Donc j'essaie de l'appeler, mais je sais que c'est éteint. Et finalement, elle arrive à la maison à 14h. Elle tape à la porte. Je regarde l'œilleton, ce qui ne m'arrive jamais. J'ouvre. On se serre dans les bras. Elle me dit qu'elle a faim parce qu'elle n'a rien mangé. Et parce qu'en fait, elle était au repas communautaire en train de préparer, et que le père de sa copine, qui est très religieux, est venu le chercher en voiture, en disant, je te ramène chez toi, et il lui a dit, Zenil Hama, c'est la guerre. Il lui a dit, c'est la guerre. Et elle a dit, si lui, l'Israélien, il me dit, c'est la guerre, c'est que c'est la guerre.
- Speaker #0
Tu te souviens de votre première conversation après les premières nouvelles ? Qu'est-ce qui se dit ?
- Speaker #1
On regarde à la télé et je ne sais pas, je la vois rire un peu nerveusement. Je crois qu'on y est sonné. Moi, je pleure. J'essaie d'appeler mon ex-mari. mais il est sur messagerie. Je suis devant la télé, je suis effarée, je me dis que je vais me réveiller. Je suis sur les réseaux sociaux, je regarde. C'est le trou noir, en fait. C'est le trou noir. Et le soir... je récupère des infos de la petite qui est à Khadéra que je vais récupérer le lendemain et je t'avoue que quand on est toutes les trois au même endroit je souffle un peu mais ce qu'il faut bien comprendre c'est que à ce moment là, pour moi ils sont partout ça veut dire, pour moi c'est partout je vois des copines à Hachedot qui m'envoient des vidéos où ils tournent sur les ronds-points avec des kalash, je me dis ils vont arriver on n'a plus du tout la mesure de... de l'espace, du temps, des frontières.
- Speaker #0
Il faut dire que c'est un tout petit pays, donc en fait, ça ne s'est pas passé très loin. Et surtout,
- Speaker #1
on apprend après que ça a mis énormément de temps à récupérer les territoires. Il y a des gens qui sont restés coincés dans des abris à tenir des portes pendant des vies qui dénoseurent. Et puis surtout, les otages. Les otages, le nombre de morts, les otages. Je vois BFM TV qui bascule en édition spéciale. C'est la fin du monde.
- Speaker #0
Comment les filles réagissent, les adolescentes, à ce moment-là ?
- Speaker #1
Adèle, elle me demande comment ça va se passer. Est-ce qu'on va s'en sortir ? Adèle, elle a cette phrase très mignonne. elle me dit il faut qu'on se mette en jupe il faut qu'on devienne plus pratiquante enfin elle a cette espèce de truc de se dire faut qu'on fasse quelque chose est ce qu'on va s'en sortir vraiment elle est dans une espèce de panique Anouk très vite elle est happée par aller faire des cartons pour les soldats, dans un espèce de bénévolat comme ça frénétique. Et moi je n'ai pas les réponses. Moi je suis perdue. Moi je suis vraiment perdue. C'est-à-dire que si elle me demande si on va s'en sortir à... Je lui dis, je crois, je ne sais pas.
- Speaker #0
C'est dur ça à ce moment-là ?
- Speaker #1
Oui, mais on vit tellement un moment où on est sonné, que je ne me dis pas, je perds encore de l'autorité dans la parentalité. Je réfléchis. Tu es dans autre chose. Je suis en mode survie moi. À ce moment-là, je suis en mode survie.
- Speaker #0
Au cours des semaines qui suivent, elles te parlent de leur peur, de leurs questions, de leur incompréhension, ou est-ce que tu as le sentiment qu'elles ont plutôt gardé leurs émotions pour elles ?
- Speaker #1
Non, non, la... La petite, d'abord, il n'y a pas d'école. Moi, ce qui m'embête quand il n'y a pas d'école, ce n'est pas qu'il n'y a pas d'école, c'est qu'ils sont livrés à eux-mêmes et à leurs pensées. Donc, c'est très compliqué. Mais moi, la télé était allumée H24. J'ai envoyé la petite chez ma mère et mes parents étaient sur CNUS toute la journée. Donc, je me disais qu'en fait, elle prenait tout d'un coup. Et puis, elle m'a demandé ce que ça voulait dire d'épapiter. d'égalité, je navigue à vue.
- Speaker #0
Et tu n'as pas cette urgence de vouloir les protéger ? Tu n'as pas le sentiment que tu vas pouvoir ? Non,
- Speaker #1
parce que c'est comme fermer la porte face à un tsunami. Tu ne peux pas. En tout cas, moi, j'ai été vraiment dans ce truc de... Moi, je pleurais devant elle, je me prenais la tête dans les mains devant elle. Je me disais, mais où on va ?
- Speaker #0
Est-ce que tu as le sentiment qu'elles ont vécu les événements différemment de toi parce qu'elles avaient grandi en Israël et que ce pays con. constituent leur environnement familier ?
- Speaker #1
Je pense qu'elles sont plus armées pour les alertes, pour les ruptures du quotidien. C'est-à-dire alertes, pas d'école, tout ça, moi je le prends quand même à chaque fois comme des hypercutes, alors qu'elles, elles se mettent tout de suite en mode survie, comme quand on va dans un mi-clat en fait. J'ai l'impression qu'elles ont une espèce de mi-clat mental, le mi-clat c'est cette pièce forte où on va pour se protéger des alertes. Et j'ai vraiment l'impression qu'elle, elle switch très... vite dans cette configuration là alors que moi j'ai toujours l'impression que ma vie va s'arrêter quoi il y a ma décolle qui ferme les écoles donc vraiment je suis un peu en mode c'est compliqué quoi et elles elles ont ce truc de se dire ok d'accord c'est bon elles
- Speaker #0
ont le pire putainé que moi et est-ce que leur rapport à la sécurité a changé leur manière de sortir de voir leurs amis de se projeter dans l'avenir aussi non parce que moi je crois qu'elles ont un truc que je n'ai n'ai pas,
- Speaker #1
que je travaille au quotidien. mais qu'elles, elles ont parce qu'elles l'ont un peu dans leurs veines, c'est qu'elles ont la foi. Et qu'elles vivent vraiment avec ce truc que c'est Dieu qui donne et c'est Dieu qui reprend. Et ce n'est pas parce qu'il y a la guerre qu'on est plus en danger que quand il n'y a pas la guerre. Anouk me dit très souvent... souvent, je rentre à telle heure si Dieu veut. Ce qui me met dans un état de rage mais tu m'imagines même pas. Et je lui dis, mais t'es folle de me dire ça, t'es dingue. Elle me dit, mais maman, et elle a le doigt pointé vers le ciel, elle me dit, c'est pas moi qui décide. Et une fois on a eu une discussion horrible, je me dis, tu sais, moi j'ai deux filles, vous êtes mes deux yeux, et s'il vous arrive un truc, je... Et elle me dit, bah si il m'arrive un truc, il te restera qu'un oeil, tu verras beaucoup moins bien, mais tu verras, tu vas t'en sortir. C'est dur hein ! mais elle est comme ça elle est comme ça, c'est à dire que elle vive avec ce truc au dessus de la tête de se dire, on décide pas tu comprends, on décide pas Anouk, elle a une copine dont le cousin je crois a servi à Gaza deux fois après le 7 octobre, il est rentré dans Gaza, il est ressorti, il est re-rentré et il est mort sur la route dans un accident de scooter quand il rentrait chez ses parents. Donc elle me dit, tu vois, le danger il est jamais là où on l'attend vraiment et c'est pas nous qui décidons en fait. Donc elle vit vraiment avec ce truc de se dire... Détente, détente, on ne choisit pas.
- Speaker #0
Et tu as découvert cette sorte de ressource, mélangée à une maturité aussi quelque part, à ce moment-là où tu connaissais déjà Sadelle ?
- Speaker #1
Je connaissais Sadelle, mais ça a pris une couleur indienne. dimension particulière depuis le 7 octobre puisque moi j'ai profité du 7 octobre pour leur dire mais tu ne peux pas sortir, mais tu ne peux pas faire ci mais c'est dangereux, mais ceci, cela résultat, ma fille elle fait un séminaire de filles post-bac à Chlomit qui est à 10 km de Raffia donc si tu veux je ne maîtrise rien
- Speaker #0
Et ce rapport à la foi, est-ce que chez toi il s'est justement aussi renforcé à ce moment-là ?
- Speaker #1
Il s'est renforcé parce que je crois qu'elles sont les êtres les plus proches de moi. Donc je me dis que si elles sont sensibles à ça, il faut peut-être que j'essaie de comprendre ce qui se passe dans leur esprit. Et c'est vrai que ce pays, je le dis très souvent, si on n'a pas la foi en Israël, c'est comme aller au Disney en disant « Moi, Mickey, ce n'est pas du tout ma tasse de thé. » à mon nez c'est complètement... Les gens ici qui ne sont pas du tout pratiquants, ils disent, si Dieu veut, avec l'aide de Dieu. Donc Dieu, il est avec nous, il est contre nous, mais il est toujours quelque part en fait. Donc oui, oui, elles m'ont réconciliée avec ça.
- Speaker #0
Du coup, ton rapport à Israël a à nouveau évolué à ce moment-là.
- Speaker #1
Moi, avant le 7 octobre, je voulais rentrer. Je leur disais, je suis là pour vous, dès que vous êtes mariés, casés, enceints, je me casse. C'est horrible, je disais ça, vraiment. Depuis le 7 octobre, la vague d'antisémitisme qui traverse le monde m'a quand même beaucoup aidée, parce que je me suis dit où aller. Ça m'a scotché à ce pays. D'abord parce que j'ai eu vraiment l'impression de souffrir avec lui. C'est vrai, quand on fait l'Alia, il faut comprendre que quand on fait l'Alia, sans être vraiment intégré comme moi, quand on n'a pas fait l'armée, quand on n'a pas vécu des guerres... Alors je dis que j'ai vécu bordure protectrice, mais je l'ai vécu en tant que spectatrice. Ça veut dire que mon mari, mon ex-mari à l'époque, n'était pas en Iloyne. Je suis quand même sur un itinéraire un peu bispois dans ce pays. Et là, j'ai vraiment vécu dans ma chair. Je connais des gens qui ont perdu des proches à Nova. J'ai vraiment eu l'impression de souffrir avec ce pays comme un espèce de rite de passage qui m'a scotché à ce pays et qui fait que je ne partirai pas de ce pays.
- Speaker #0
Et donc, ça t'a scotché aussi à tes filles ?
- Speaker #1
Ça m'a scotché à la réalité de mes filles. C'est-à-dire que vraiment, j'avais envisagé que nos chemins se séparent. d'un point de vue géographique, même si je s'est perdue souvent, etc. Et je pense aujourd'hui qu'on partage la même certitude d'être au bon endroit.
- Speaker #0
Quand tu penses à leur avenir aujourd'hui, qu'est-ce qui te préoccupe le plus ? Et qu'est-ce qui continue à te donner confiance ?
- Speaker #1
Ce qui me préoccupe, c'est qu'elles ne veulent rien. Elles n'ont aucun projet professionnel qui tient la route, vraiment. Je me suis rendue compte qu'elles ne voulaient pas du tout faire des études. Mais je me suis rendue compte qu'en fait, moi, les études à l'époque où j'en ai fait, C'est bien. signe d'émancipation et de liberté. Ici elles ont tellement de liberté que en fait ça n'est pas synonyme d'émancipation des études, c'est plutôt synonyme de se taper dans un amphi et on sait pas trop pourquoi. Donc elles veulent pas faire d'études donc ça ça m'inquiète. Qu'est ce qui me donne confiance ? Elles ont les clés du bar, elles savent où elles sont en fait, elles en sauront toujours plus que moi. Ça ça me donne confiance même si je suis très inquiète que quand je demande à nous que la grande ce qu'elle veut faire indiqué être une bonne épouse, la féministe en moi a envie de faire un chaliche. Mais je me dis que la route est longue, qu'elle sera sans doute différente dans un ou deux ans et elle aura peut-être... Et puis ce pays permet aussi de faire des études après avoir fait des enfants, c'est complètement différent de la France en fait. Moi j'ai les repères de France, ça veut dire qu'après le bac on m'a demandé ce que je voulais faire de ma vie, ce qui est lunaire à 18 ans, on ne sait pas ce qu'on veut faire de sa vie. Donc voilà et et puis je les vois quand même d'une maturité et d'une indépendance. et d'une autonomie redoutable par rapport aux enfants de mes copines en France du même âge. Et je leur dis vraiment j'ai l'impression que les enfants en France sont empotés alors que moi elle gère quoi.
- Speaker #0
Il y a un décalage justement avec tes amies en France ?
- Speaker #1
Bien sûr, elles trouvent que je suis une mère complètement démissionnaire. Parce que j'ai laissé à nous que décider d'aller au séminaire avant l'armée. Elles ne comprennent pas que je laisse autant la liberté de choix sur son avenir. Mais je lui dis que c'est sa vie en fait. Donc je ne suis pas du tout... Cette mère qui décide quoi, moi je vois mes copines à Paris, elles sont là avec Parcoursup, oui alors il va peut-être aller à Porto, oui alors il fait droit, je préférais qu'il aille à Assas que là, alors moi je vais te dire, elle m'a mis devant le fait accompli, elle m'a juste demandé de faire des chèques pour l'inscription, et puis moi j'ai fait des chèques quoi, donc voilà.
- Speaker #0
Alors elles ont une petite surprise pour toi. Il y a un petit message de l'une de tes filles que je voudrais te faire écouter.
- Speaker #2
Salut maman, c'est Anouk. J'ai voulu déjà que tu saches à quel point je suis fière de toi, de la femme forte que tu es, que tout le monde sait, que tu es intelligente et que tu es forte et que tu sais faire tout dans tout. T'es douée dans tout ce que tu fais, dans tout ce que tu touches et je suis fière d'être ta fille. Je voulais que tu saches que je vois tout ce que tu fais pour moi, même si c'est compliqué des fois et que tu crois que je vois pas, je vois tout ce que tu fais, les sacrifices pour nous et tout l'amour que tu nous donnes à moi et à Adèle. Et tu m'as appris tellement de choses et tu m'as montré, même si c'est des trucs que tu n'as pas fait exprès, tu m'as appris tellement de choses. Des choses comme faut jamais aller dormir fâché, même si c'est pas facile, même si on se dispute, et ben faut toujours pardonner, commencer une nouvelle journée bien. Et faut, tu montres que même si c'est pas facile, on peut toujours sourire. Et moi je suis sûre que j'aurais voulu aucune autre mère. J'espère qu'un jour moi, quand je serai genre maman, et ben je pourrai élever mes enfants comme tu nous as élevés, même quand c'est dur. Et merci pour tout ce que tu fais pour moi et pour tout ce que... Merci Jean d'être cette maman. Voilà. Je t'aime de tout mon cœur et voilà. Anouk. Waouh. Waouh. Moi j'ai pas trop raté.
- Speaker #1
Loin de là. Le seul regret que j'ai, vraiment, c'est qu'elles ont trop été aux premières loges de mes difficultés. J'essaye maintenant, tu vois, de changer ça. Je leur ai trop fait sentir que c'était compliqué. C'est le seul truc où vraiment j'aimerais me dire, si j'avais pu adoucir un peu ça, c'est que la vie de tout le monde, elle est compliquée, en vrai.
- Speaker #0
Si tu pouvais retrouver la Virginie qui venait d'arriver en Israël avec ses filles, qu'aurais-tu envie de lui dire ?
- Speaker #1
J'aurais envie de lui dire, range ta Rolex et ton sac Vuitton, tu ne vas pas en avoir besoin du tout. Connecte-toi à SPI, oublie tous tes repères, fais une croix sur tout ce qui te paraît hyper important, ben finalement c'est pas du tout important, détends-toi, rien n'est grave, et surtout, surtout, ça commence maintenant en fait. Moi j'avais l'impression que la LIA, ça... C'était terminé quand j'étais installée quoi. Et en fait, ça commence quand t'as des balais, des cartons. Et débarrasse-toi de tout ce qui... Israël m'a appris à être dans l'être et pas dans l'avoir. Et moi j'étais très très attachée à mes choses. À mes livres, à mes bijoux... Tout ça, et en fait tout ça c'est vraiment du matériel quoi et puis finalement je lui dirais fais toutes les erreurs que tu dois faire. Il n'y a que les routes qui sont belles, ça m'a permis d'être qui je suis aujourd'hui.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as perdu en chemin et qu'est-ce que tu as gagné que tu n'aurais jamais imaginé ?
- Speaker #1
J'ai perdu beaucoup d'illusions, beaucoup de confort matériel, du confort intellectuel, du confort social aussi. J'ai perdu beaucoup d'illusions, j'ai perdu beaucoup de... de naïveté, beaucoup de spontanéité. Et qu'est-ce que j'ai gagné ? Tout, tout ce qui fait que je suis celle que je suis aujourd'hui, beaucoup de courage, le courage de monter sur scène, le courage d'assumer qui je suis, le courage de dire je suis bien seule, le courage de dire peut-être après 10 ans j'aimerais bien être avec quelqu'un, le courage d'être soi-même, le courage de dire je me suis trompée, je ne sais pas. Je ne sais pas, cette phrase-là, c'est une phrase... que j'avais beaucoup de mal à dire quand j'étais en France. Quand on me tanquait sur un sujet que je ne connaissais pas, j'étais sur les fiches Wikipédia toute la nuit, le lendemain, je disais, « Ah, je ne pourrais pas me tanquer sur ça parce que je sais. » Quand tu arrives en Israël, tu apprends à dire, « Je ne sais pas. »
- Speaker #0
Aujourd'hui, qu'est-ce que tu aimerais que tes filles comprennent de ton parcours au-delà de ce qu'elles ont vécu elles-mêmes ?
- Speaker #1
J'aimerais qu'elles comprennent que... J'aimerais qu'elle comprenne un truc, mais comme c'est elle qui me l'a dit, Anouk, elle dit une phrase très belle. Je parle beaucoup d'Anouk parce qu'Adèle est plus petite, mais je ne doute pas qu'Adèle m'apporte autant qu'Anouk. Mais Anouk me dit, quand je ne vis pas bien... ce qui arrive très souvent, elle me dit tu sais maman, à la fin ça va bien se passer et si ça se passe pas bien c'est que c'est pas la fin j'adore cette expression j'ai appris cette expression en Israël et je me dis, c'est tellement ça moi je leur répétais souvent un truc c'est à la fin du bal qu'on paye les musiciens c'est une phrase que mon père me répétait beaucoup et j'aime beaucoup cette phrase mais en fait c'est toi qui décide de la fin du bal si t'es pas bien c'est que c'est pas la fin du bal Merci. Et ça, c'est vraiment une phrase où je me dis, elle a raison. Qu'est-ce qui peut nous arriver de pire ?
- Speaker #0
Et si tu devais... Redéfinir aujourd'hui ton rôle de mère en une phrase, que dirais-tu ?
- Speaker #1
Je dirais que... Être une bonne mère, c'est être une mère qui se demande si c'est une bonne mère, déjà. Et c'est accepter une coparentalité avec toutes les choses qui peuvent t'aider. Et moi, ce pays a éduqué mes filles autant que moi. Il a pris le relais autant que moi. Vraiment, il a pris le relais quand moi, je n'étais pas là. Et il a offert à mes filles une figure tutélaire très structurante pour leur vie. Vraiment. Je continue de naviguer à vue en sachant que... Je les éduque, je leur donne des clés, mais c'est elles qui m'élèvent. C'est-à-dire que je te dis, c'est mon équipe et c'est mes coachs.
- Speaker #0
Pour terminer, je voudrais te poser quelques petites questions auxquelles tu vas répondre rapidement, s'il te plaît. Israël, d'abord, patriarcat ou matriarcat selon toi ?
- Speaker #1
Patriarcat, définitivement.
- Speaker #0
Israël, pays des enfants ou pays des mères ?
- Speaker #1
Pays des enfants.
- Speaker #0
Être mère ici, pression ou puissance ?
- Speaker #1
Je dirais puissance.
- Speaker #0
Élever un enfant en Israël, instinct ou stratégie ?
- Speaker #1
Un peu des deux, mais je crois que je dirais plus instinct parce que ce pays te fait sortir ton instinct.
- Speaker #0
La maternité, ancrage ou bouleversement ?
- Speaker #1
Moi, je dirais bouleversement.
- Speaker #0
Et Virginie, pour terminer, quel commencement reste-t-il encore à écrire ?
- Speaker #1
Moi, tous les matins est un commencement. Tous les matins, je me lève en me disant qu'il faut que je devienne une meilleure version de moi-même et que je m'améliore et que je travaille sur des trucs. Donc, tu me dis, le prochain commencement, c'est demain, demain matin. Et c'est peut-être être... Être celle que je dois être, c'est-à-dire faire ce que je sais faire de mieux, écrire, parler, transmettre des messages, et peut-être, après dix ans de divorce, peut-être essayer de composer avec l'autre. Le prochain commencement, ce serait peut-être ça.
- Speaker #0
Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode de Béréchit. D'ici là, si vous avez des questions, des réactions ou des témoignages à partager, vous pouvez m'écrire sur mon compte Instagram. Et si cet épisode vous a touché, n'hésitez pas à vous abonner, à le partager ou à le faire découvrir autour de vous. A très vite !