- Abla
Prescrire un examen biologique, c'est un acte du quotidien, mais aussi une vraie responsabilité. Dans Biomédicalement Votre, on prend le temps de décrypter ensemble la juste prescription à partir de situations concrètes, de retours de terrain et d'échanges entre professionnels de santé. Bienvenue et bonne écoute ! Je m'appelle Abla, je suis biologiste médicale et aujourd'hui je reçois avec plaisir ma chère collègue Amandine Ganon, biologiste médical spécialiste en immuno-hématologie au laboratoire CERBA. Ensemble, nous allons parler « Test direct à l'antiglobuline » ou « Épreuve directe à l'antiglobuline » , EDA, anciennement appelé « Test de COOMS direct » . Un examen incontournable, notamment dans l'exploration des anémies hémolithiques immunes. C'est un examen fréquemment prescrit, mais dans l'interprétation est parfois source de difficultés. Dans quelle situation faut-il réellement demander ? Un test positif suffit-il à poser un diagnostic ? Qu'en est-il si le résultat est négatif ? Dans cet épisode de Biomédicalement Votre, nous allons revenir sur la juste prescription et surtout la juste interprétation de l'épreuve directe à l'antiglobuline ou EDA. Bonjour Amandine.
- Amandine Ganon
Bonjour Abla.
- Abla
Avant toute chose, je vais vous lire la question que nous a envoyée Bruno, médecin généraliste à Toulouse. qui prend en charge une patiente de 74 ans présentant une anémie avec une aptoglobine effondrée, des LDH et une bilirubine libre augmentée. Il suspecte une anémie hémolytique auto-immune et souhaite demander une épreuve directe à l'antiglobuline. Il se demande s'il pourra poser un diagnostic en cas de test positif. Alors Amandine, qu'est-ce qu'on peut répondre à Bruno ?
- Amandine Ganon
Bruno, il a tout à fait raison de demander un EDA ou... Examen direct à l'antiglobuline dans ce contexte, car il existe des arguments biologiques en faveur d'une hémolyse chez son patient. Un EDA positif lui permettra de conclure à une anémie hémolytique auto-immune, soit à anticorps chaud, soit à anticorps froid dans ce contexte. Un EDA négatif lui permettra a priori d'exclure l'hypothèse d'un auto-anticorps et l'orientera vers une anémie hémolytique à EDA négatif.
- Abla
Très bien. Et avant d'aller plus loin... Amandine, pouvez-vous nous rappeler simplement ce qu'est une épreuve directe à l'antiglobuline et ce qu'il met en évidence ?
- Amandine Ganon
Un EDA est un examen immuno-hématologique qui détecte la présence d'anticorps et ou de composants du complément fixés in vivo à la surface des globules rouges. La positivité en IgG et ou en C3d va nous renseigner sur la nature de l'anticorps, IgG ou IgM, et son optimum thermique. 37 degrés ou 4 degrés.
- Abla
Dans quelles situations, Amandine, peut-on voir des EDA positifs ?
- Amandine Ganon
Un EDA met en évidence un conflit immunologique. Plusieurs situations sont possibles. Lors d'une anémie hémolytique, et si celle-ci est d'origine auto-immune, l'EDA sera positif, et il le sera dans plus de 95% des cas. Un EDA peut aussi être positif dans d'autres situations cliniques, après une transfusion, par exemple, ou bien chez un nouveau-né. et notamment lors de la maladie hémolithique du nouveau-né liée aux anticorps maternels qui se sont fixés sur les globules rouges du foetus. Certains médicaments peuvent aussi positiver l'EDA. Le contexte est donc très important et va aider à l'interprétation.
- Abla
Vous dites qu'un EDA est positif lors d'une anémie hémolithique auto-immune dans plus de 95% des cas. Donc il est possible qu'il soit négatif dans 5% des cas, c'est ça ?
- Amandine Ganon
Oui, dans de rares cas. L'EDA peut être faussement négatif. Cela peut s'expliquer si une trop faible quantité d'anticorps, par exemple, est fixée, ou bien par la présence d'anticorps particuliers, non détectés par le test classique, tels que des IGa notamment. Lorsque la suspicion clinique est forte, des techniques plus spécialisées peuvent être nécessaires, et c'est là que le dialogue avec le biologiste prend tout son sens.
- Abla
Alors, que penser d'un EDA négatif ? alors que nous sommes pourtant en présence d'une anémie hémolytique.
- Amandine Ganon
Il existe de nombreuses causes d'hémolyse à EDA négatif. Un EDA sera négatif lorsqu'il y a une hémolyse, dite par exemple corpusculaire, telle que les anomalies de membrane du globule rouge, comme par exemple la sphérocytose, ou bien les anomalies de l'hémoglobine, telle que la drépanocytose, ou bien encore lors d'infections telles que le paludisme.
- Abla
Le compte-rendu mentionne la positivité en IgG, C3d ou les deux. Amandine, pourquoi cette information est importante et comment le clinicien doit-il l'interpréter ?
- Amandine Ganon
Comme déjà discuté, le profil de l'examen direct à l'antiglobuline dans un contexte d'anémie hémolithique apporte une orientation diagnostique précieuse. Il existe en effet trois cas de figure. La positivité isolée en IgG, la positivité isolée en C3D et la positivité en IgG et en C3D. La positivité isolée en IgG évoque une anémie hémolytique auto-immune à anticorps chaud de type IgG, dont l'optimum thermique est à 37 degrés. La positivité isolée en C3D évoque une activation du complément lié. à un anticorps de type IgM. Son optimum thermique est à 4°C et cela définit les anémies hémolythiques auto-immunes à anticorps froids, dont fait partie la maladie des agglutinines froides, ou MAF. La positivité en IgG et en C3D est possible et définit alors les anémies hémolythiques auto-immunes dites mixtes. Cette information va donc aider le clinicien qui va la confronter au contexte clinique et biologique pour trouver la cause de l'anémie hémolythique.
- Abla
Et justement, parlons des agglutinines froides. Lorsqu'un EDA revient positif uniquement pour le complément, donc en C3D, peut-on conclure à une maladie des agglutinines froides ?
- Amandine Ganon
Un EDA positif en C3D est un argument important vers une anémie hémolytique auto-immune à anticorps froids. Et ce profil oriente en effet vers une possible maladie des agglutinines froides, ou MAF, notamment si celle-ci concerne une personne âgée de plus de 50 ans qui présente des acrocyanoses, c'est-à-dire... une cyanose des extrémités au froid. Une MAF peut être confirmée par la recherche d'agglutinine froide, qui est un autre examen spécialisé et qui va permettre, par ailleurs, un titrage de ces anticorps.
- Abla
Et pour terminer, quel est le piège le plus récon que vous rencontrez au laboratoire avec cet examen ?
- Amandine Ganon
Ce test contient un puits contrôle qui doit rester négatif. Parfois, malheureusement, une agglutinine froide, une hypergamma globulinémie très importante, peuvent interférer en positivant le puits contrôle. Le test est donc malheureusement ininterprétable, et ce malgré des lavages successifs des hématies ou bien une réalisation du test à 37 degrés.
- Abla
Si je résume, on prescrit un EDA devant une anémie hémolytique pour orienter vers son caractère auto-immun ou pas. Un EDA positif oriente vers une anémie hémolytique auto-immune. Le profil IgG-C3D oriente le diagnostic d'anémie hémolytique auto-immune vers Une anémie hémolytique auto-immune à anticorps chaud, froid ou mixte. Un EDA reste un examen qui doit être interprété selon le contexte clinique et biologique. Et enfin, un EDA faussement négatif et rare, mais n'élimine pas le diagnostic si la suspicion clinique est forte et d'autres examens complémentaires sont alors possibles. C'est le moment de la question rituelle. Amandine, avez-vous un cas qui vous a particulièrement marqué ?
- Amandine Ganon
Je me souviens en effet d'un tableau d'anémie hémolytique. auto-immunes chez une jeune patiente qui avait présenté une anémie brutale et importante à 9g/L et identifiée hémolytique par les marqueurs biochimiques tels que la LDH et l'haptoglobine. Un frottis sanguin avait été réalisé et montrait pourtant des sphérocytes, posant le problème de diagnostic différentiel de la sphérocytose héréditaire. L'examen direct à l'antiglobuline a été réalisé et était fortement positif en IgG, en faveur donc d'une anémie hémolytique. auto-immunes. Ce qu'il faut savoir, en effet, des sphérocytes peuvent être observées lors d'une anémie hémolytique auto-immune. Son cas s'était résolu par une corticothérapie et la cause retrouvée était un lupus, qui est en effet une cause fréquente d'anémie hémolytique auto-immune, en particulier chez une jeune femme.
- Abla
Très intéressant. Alors encore merci Amandine d'avoir partagé votre expérience.
- Amandine Ganon
Merci Abla.
- Abla
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