Speaker #0Bona Vida ! Le podcast d'une aventure régénérative sur 1,5 hectare en Ariège. Explorons les sagesses ancestrales et les pratiques régénératives, agroécologie, permaculture, syntropie, hydrologie, dans la pensée comme dans la pratique quotidienne. Une aventure pour renouer avec la joie en soi, au service du vivant, de l'hospitalité et de la beauté du monde. Le son est le résultat de la compression et de la dilatation de tranches d'air. Il n'y a pas d'air dans l'espace. Il n'y a donc pas de son dans l'espace. Il faut imaginer alors les événements les plus violents et les plus spectaculaires de la formation de l'univers actuel, tels que la collision de deux astres à pleine vitesse, se produire dans un silence complet. C'est donc dans un silence total qu'un corps céleste et une protoplanète voient leur trajectoire se rencontrer. Le silence d'un heurt qui rend instantanément la matière liquide, comme si deux gouttes d'eau magmatiques se heurtaient de justesse et déployaient dans le choc une robe de débris liquéfiés, des milliards de tonnes de matière en fusion. L'impacteur est intégralement dissout dans le choc. La vitesse inaudible, les températures inouïes des matières en orbite, leur danse muette, liquide, tandis qu'elles se réagrègent sous l'attraction gravitationnelle, en deux nouveaux corps célestes. C'était il y a 4,5 milliards d'années, et ça n'a pris que quelques heures. La formation dans le silence du ballet cosmiquen du duo qui toujours se regarde face à face, la planète Terre et son satellite, la Lune. Suite à l'impact cosmique, la température à la surface de la Terre atteint jusqu'à 10 000 degrés Celsius. C'est un océan de magma. La planète est enrobée de gaz et de vapeur, une première forme d'atmosphère. Alors seulement existe l'air. Alors seulement, le miracle du son. La Terre est née d'un choc cosmique muet. C'était il y a 4,5 milliards d'années. Dans les 100 millions d'années qui suivent, sa surface se refroidit et les océans se forment. Il y a donc 4,4 milliards d'années. Et seulement 100 millions d'années plus tard, comme semblent le montrer des fossiles, de ce qui seraient les premières formes d'organismes microscopiques, 100 millions d'années plus tard, soit il y a environ 4,3 milliards d'années, se produit le phénomène de l'abiogénèse. L'abiogénèse est le nom d'un phénomène chimique aux allures de miracle. L'apparition de la vie à partir de matière inerte, l'apparition de la vie à partir de la non-vie. La biogénèse est l'apparition d'êtres vivants à partir des éléments qui composent tout objet ou matière. Un processus chimique est un processus chimique qui agence les mêmes éléments fondamentaux que ceux que l'on trouve dans l'univers. Un processus qui fait de la vie et de l'expression que nous en sommes un des modes possibles du déploiement de l'univers. Nous sommes vivants, dotés d'une capacité d'existence et de mort, capables de nous reproduire et de transmettre la vie et son potentiel d'évolution. Capable de conscience, de souffrance et de joie, notre corps et le cosmos ont une architecture en partage. Commune à toute chose, nous sommes une tissure fabuleuse d'éléments fondamentaux. Voilà l'histoire à laquelle je reviens régulièrement en travaillant au jardin. À chaque sécheresse, à chaque signe de fragilité du système, je refais les mêmes constats. Désertification des paysages, menace cataclysmique des dérèglements climatiques, fragilisation de la biosphère et perte des fonctions et critères essentiels de l'habitabilité des territoires. Dans ma petite cervelle, je manipule les paramètres de l'écosystème en tous sens, comme un remix cube, cherchant à résoudre le casse-tête. de la désertification des paysages. Et j'en reviens toujours là, au choc cosmique, à l'origine de la Terre et de la Lune. C'est la base de ma pensée pour régénérer les milieux. Vous me suivez ? L'histoire de la vie sur Terre nous raconte que le paysage habitable, son eau potable, son air respirable, ses températures vivables et son sol fertile ne sont pas des états de fée. acquis pour l'humanité, ni pour quiconque. L'histoire de la vie sur Terre nous relate que nos conditions de vie sont le produit d'un équilibre dynamique, le produit de processus vivant. Allons, venez avec moi, faire un petit tour du grand manège du déploiement de la vie sur Terre. Nous voilà repartis 4,3 milliards d'années en arrière. L'abiogénèse se produit au tréfonds des océans, dans la marmite chaude et pressurisée des cheminées hydrothermales. L'abiogénèse est un point de bascule. A partir de ce moment, Les êtres vivants ne cesseront de transformer leur milieu et leurs conditions de vie. Mais la vie se déploie très lentement d'abord, et uniquement à l'échelle microscopique. Faisons un bond dans le temps, à 2,4 milliards d'années. Rien, ni personne, n'habite encore la croûte terrestre. Les microbes aquatiques, plus proches de la surface de l'eau, et donc exposés à la lumière, déploient une nouvelle modalité d'existence, la photosynthèse. Cette production de sucre à partir de carbone et de lumière assure une première modification radicale du milieu terrestre par les êtres vivants, l'oxygénation de l'atmosphère. Les conditions de vie sont extrêmes, et c'est encore très patiemment que se déploie la vie. Progressons d'un nouveau saut de puce de quelques 2 milliards d'années pour vivre un événement majeur. Il y a donc environ 500 millions d'années. Les premières formes de vie des microbes quittent l'eau pour les continents de roches. La croûte terrestre est alors analogue à celle de la Lune, déserte, nue, hostile. Une croûte rocheuse, dépourvue de sol, balayée par les tempêtes, supportant une amplitude de température importante et soumise à des rayonnements ultraviolets mutagènes. Les êtres vivants qui partent à la conquête de la vie inter-être doivent encore trouver des solutions pour s'approvisionner en eau et en minéraux. Quitter le cocon aquatique est un défi majeur pour la vie. Les algues microscopiques qui parviennent à s'implanter dans ce milieu hostile ne le font pas seules. Un regard dans l'œil du microscope nous permet de le voir. Elles sont en réalité escortées de champignons symbiotiques. Ces champignons les aident à s'agripper au substrat, dissolvent et explorent la roche pour en extraire les minéraux, et captent l'eau pour deux. En retour, l'algue partage les sucres qu'elle produit par photosynthèse, elle-même assurée par les bactéries symbiotiques hébergées dans les cellules de l'algue. Autant dire que l'exploit de la sortie des eaux se fait à grand renfort de mutualisme. Cette symbiose du grec « sim » « ensemble » et du latin « bios » « la vie » , une vie mutualiste est proche de celle qui assure aujourd'hui dans nos paysages la colonisation des milieux les plus hostiles, les lichens. Nous n'avons pas d'indice de la présence de lichens au début de la vie sur Terre, mais c'est bien une alliance microbienne analogue d'une algue et d'un champignon qui ouvre la voie de la vie terrestre. Puisant leur robustesse dans la symbiose, ces microbes pionniers recouvrent la roche nue d'un biofilm, une couche fine, visqueuse, habitée de microbes. Ce sont des biofilms qui rendent les cailloux des rivières glissants pour nous autres randonneurs. Grâce au biofilm s'installent d'autres formes de vie, plus grandes, présentant non pas encore des racines, mais déjà des crampons, pour s'agripper à la roche inhospitalière. Ainsi, par leur cycle de vie, de propagation et de mort, les microbes laissent sur leur passage une petite couche de matière organique mélangée à de la poussière de roche dissoute, un protosol. Bondissons à nouveau dans le temps pour voir ce qui suit. Voilà les premières mousses qui s'installent au sein même des biofilms. Capables de rester desséchées pendant des mois et de se réhydrater à la première occasion, les mousses sont également une forme de vie particulièrement robuste. À nouveau, par leur cycle de vie, de propagation et de mort, elles contribuent à la création d'un substrat qui s'approche de... plus en plus à ce que nous pourrons appeler le sol. De minuscules animaux, des arthropodes, disons des insectes, commencent à les habiter. Petit à petit, patiemment, les formes de vie sur Terre se diversifient. Arrivent des sortes de prêles et de fougères. Cette colonisation miniature induit pourtant des changements majeurs sur Terre. Elle permet par exemple l'oxygénation massive de l'atmosphère, la création d'une couche d'ozone protectrice des ultraviolets, la régulation des précipitations. Après les tapis de microbes et les minuscules forêts de mousse, les petites plantes font l'effet d'une jungle. Des insectes plus gros les habitent mais aussi des mollusques suivis de peu par les premiers vertébrés. Il aura fallu des milliards d'années d'évolution patiente, mais désormais, le vivant se déploie par pas de géants sur la croûte inter-être. Tout s'accélère, se diversifie, se complexifie dans les interactions et les modalités d'existence. Arrivent les dicotylédones. Toutes ces plantes qui, en germant, font deux petites feuilles rondes avant de sortir leur feuille vraie. Ces petites feuilles rondes sont les cotylédons. Dix cotylédons, deux cotylédons. Voilà les plantes annuelles qui vivent, se reproduisent et meurent dans l'année. Puis les bisannuelles et les vivaces qui vivent plusieurs années. Chaque nouvelle vie coexiste avec les formes de vie précédentes, du moins un temps. chacune contribuant par la création du sol et la modification du milieu aux formes de vie future. Créé par le dessus, par la décomposition de la matière organique, et par le dessous, par la dissolution de la roche, le sol devient plus profond, plus fertile. Arrivent alors les buissons, puis les arbustes, et enfin les arbres. Depuis les arbres pionniers jusqu'à ceux que nous appelons arbres de climax, le déploiement luxuriant du végétal crée autant d'habitats pour la faune, dont l'arborescence se fractalise, expression de la force vitale incomparable du processus de vie. Dans des expressions abondantes, toujours plus diverses et nombreuses, la vie explore tous les possibles, elle s'essaye à tout. et survit ce qui est opportun, dans un processus créatif qui dépasse l'entendement. Des formes de vignes nouvelles abondent et ramifient toujours plus finement l'arborescence du vivant. Nous arrivons au seuil d'une temporalité qui ressemble désormais à ce que vous connaissez. La vie est d'une force de vie, de survie et de perpétuation ahurissante. Mais la vie est fragile, si légère, si ténue. Depuis les débuts de la vie sur Terre, environ 99% des espèces qui ont un jour habité la planète sont maintenant éteintes. C'est vrai, je ne vous ai pas tout dit. Il y a eu quelques heures dans ce déploiement époustouflant de la vie. Ces heures, qui balaient parfois des millions d'années d'évolution, sont appelées extinctions de masse. La dernière et sixième extinction de masse en cours est causée par un modèle civilisationnel humain qui menace jusqu'à sa propre existence. Atterrissons en douceur de ce périple dans l'hostilité des débuts de la vie sur Terre. Atterrissons, car cette planète est bien la seule capable de nous voir vivre. C'est bon, n'est-ce pas ? L'histoire que nous venons de traverser ensemble s'appelle la succession écologique. C'est l'histoire de la création d'habitats pour le vivant par les processus vivants eux-mêmes au cours de leur déploiement. Cette histoire se joue depuis le début de la vie sur Terre, mais elle se rejoue continuellement, à tous les stades. Tenez, observez la carrosserie de la voiture de mon voisin. C'est un milieu très inhospitalier, une carrosserie de voiture, que les liquettes s'emploient à coloniser. Vous les voyez dans les petits recoins des fenêtres et des rétroviseurs, et sous les renflements des pare-chocs. Quand vous vous promenez en ville. observer ces touffes de graminées ou ces pissants lits miniaturisés qui parviennent à sortir de la fissure d'un trottoir comme leur ancêtre de la nuit des temps a su fissurer la roche. L'histoire de la succession écologique nous rappelle que l'habitat n'est pas acquis. L'existence du sol n'est pas acquise. Nos conditions de vie ne sont pas un fait donné. Elles sont le résultat de millions d'années de travail par les processus vivants. Des processus longs, impliquant une quantité d'espèces incommensurables dans des interactions d'une complexité inimaginable. C'est cela qui a rendu la planète Terre habitable pour nous et pour une immense part des vivants qui s'y déploient actuellement. Quand les systèmes vivants sont menacés, nos conditions de vie se fragilisent. Plus ils sont affaiblis, fragmentés, amoindris, plus l'habitabilité du monde s'effrite. Nous venons de faire ensemble le petit tour de manège cosmique qui va de la formation du couple Terre-Lune à la fertilité de mon jardin. Vous me suivez maintenant ? Cette compréhension permet d'appréhender la notion de régénération, par opposition à une adaptation qui attend l'avènement de catastrophes pour répondre en palliatif. La notion de régénération ne nous laisse pas victimes passives des dérèglements, mais coacteurs intrinsèques de paysages vivants et vivriers. En tant qu'être vivant parmi les vivants, nous sommes légitimes, nous aussi, à contribuer activement aux soins de l'écosystème que nous cohabitons avec toutes les autres formes de vie. Voilà donc ma stratégie régénérative. Et je vous en parlais dès le premier épisode de ce podcast en mentionnant nos meilleurs alliés, les microbes. J'invoque les processus vivants dans les dynamiques de la succession écologique au service. de l'épanouissement du jardin. Il n'y a pas de proportionnalité entre les efforts investis et les résultats au jardin. Plus la vie y est présente, plus les résultats sont spectaculaires. C'est tout. Aussi, rien ne sert de lutter. Les processus vivants, les microbes, la dynamique de la succession écologique travaillent infiniment mieux que nous. Plutôt que de vouloir nous imposer au paysage, nous sommes... plus efficaces à accompagner et soutenir la régénération que les processus vivants assurent eux-mêmes. Cela illustre parfaitement un principe en permaculture que j'affectionne tout particulièrement, un minimum d'effort pour un maximum d'effet. C'est une belle invitation pour nous les humains à retrouver notre place dans les mutualismes de déploiement des systèmes vivants que nous habitons. Alors qu'est-ce qu'un habitat pour nous, les humains ? C'est un milieu qui autorise non seulement notre survie, mais encore le déploiement de nos possibles. C'est un milieu qui nous fournit un air respirable et sain, une eau potable et saine. Un sol non seulement présent, mais fertile, car nos besoins alimentaires sont considérables. C'est un milieu habité également par une biodiversité vertigineuse. qui assurent des fonctions vitales en nous, comme notre microbiote bactérien, ou en dehors de nous, et c'est là que la liste déborde complètement le temps de ce podcast, mais citons, à titre d'exemple, la végétation arborée, qui tout à la fois contribue au cycle de l'eau, à la fertilité, à la création du sol, à la production de nourriture, à l'accueil d'une biodiversité indispensable, à la production d'oxygène. au stockage du carbone, à la production de bois, la production d'ombres fraîches, à la régulation des extrêmes de température. J'interromps cette liste interminable ici. Retenons que l'habitat humain doit tout ou presque à la vie non humaine. Comprendre la dynamique de création d'habitat pour le vivant par les processus vivants eux-mêmes nous protège d'un écueil. Celui de chercher à solutionner isolément un problème portant sur un paramètre unique de notre milieu. Car notre habitat est le produit d'un écosystème qui fonctionne comme un jeu de poupées russes truquées. Chaque élément contient tous les éléments. Et chaque élément contenant est contenu dans les éléments qu'il contient. Le système est mouvant, intriqué, complexe. Il faut revenir au Rubik's Cube. Travailler sur toutes les facettes. simultanément. C'est ce qu'on appelle l'approche holistique. Les stratégies régénératives se font de toutes dans une sagesse unique. La compréhension et l'acceptation que tout le vivant coexiste d'un même tissu, que le vivant lui-même peut se définir comme un réseau relationnel dynamique. L'espèce humaine, tout comme chaque intersection de ce réseau, en est inextricable. La toile du vivant peut supporter de perdre quelques nœuds, mais aucun nœud n'existe hors de la toile. Dans l'origine des espèces, publié en 1859, Le célèbre biologiste Charles Darwin note déjà avec émerveillement « Il y a de la grandeur dans cette vision de la vie, avec ses puissances » , écrit Charles Darwin, « tandis que la planète tourne sur un cercle, conformément aux lois immuables de la gravité. Depuis un commencement si simple, une infinité de formes les plus belles et merveilleuses ont été et sont encore en évolution. » Et il écrit encore « et de songer que ces formes construites avec raffinement, si différentes les unes des autres, dépendent les unes des autres d'une manière si complexe. Bien avant la percée darwinienne, l'humanité a perçu et exprimé avec finesse cette qualité interdépendante du vivant. Les larmes que j'ai versées hier sont devenues pluies. Thich Nhat Hanh, moine bouddhiste, activiste pour la paix et poète. Thich Nhat Hanh a proposé un mot pour décrire l'interdépendance inextricable qui caractérise le réseau vivant et inorganique. Un verbe, inter-être, nous inter-être, nous dit-il. Lors d'un enseignement filmé en 2009 au village des Pruniers en Dordogne, Thich Nhat Hanh s'exprime ainsi. Nous sommes tissés par la toile de inter-être et quand nous nous regardons, en profondeur nous-mêmes. Nous voyons des éléments, non nous, qui sont là. Et nous pouvons toucher cette toile magnifique qui nous a tissés. Vous êtes tout le cosmos. Le cosmos est en vous. Et il poursuit. Quand vous tenez dans votre main le morceau de pain, avant de manger, vous regardez le pain en profondeur. c'est-à-dire avec la pleine conscience. Et une seconde suffit pour nous de réaliser que ce pain, ce morceau de pain que nous tenons dans la main, c'est le corps du cosmos. Il y a le soleil dedans, il y a la terre, il y a les nuages, il y a le tout. Comprenons bien qu'il ne s'agit pas là d'une vision de l'esprit abstraite, mais d'une observation. Le pain est constitué d'éléments non- pain. En l'observant, je vois le plan de blé, germé d'un grain lui-même issu d'une longue lignée. Je vois le nuage qui a offert l'eau de pluie, clapotant au sol. Les rayons du soleil qui ont permis la photosynthèse. Les flux d'air, d'oxygène et de dioxyde de carbone avec le reste de l'écosystème. Les microbes du sol et toute la mésophone, le travail du jardinier, la roche-mère. Toutes les conditions qui ont permis à tout ceci d'évoluer depuis la nuit des temps, depuis les débuts de la vie inter-être et avant. Le concept inter-être synthétise la dynamique fondamentale de l'écologie. L'écologie comme la science des relations entre les êtres vivants eux-mêmes et avec le milieu organique et inorganique qu'ils habitent. Nombreuses sont les sagesses ancestrales qui témoignent de cette compréhension de la nature du vivant. Robin Wall Kimmerer est maire, botaniste, professeur émérite de l'Université de New York et membre de la nation Potawatomi. « la régénération, le soin » dit-elle. J'appelle cela la grande réminiscence. Car en tant que femme indigène, je suis habitée des histoires et de la connaissance que pour la plus grande part de l'histoire de l'humanité, les peuples ont interagi avec le monde vivant dans un esprit enraciné dans la gratitude et la réciprocité. De l'autre côté de la planète, en Inde, Vandana Shiva, physicienne, écoféministe indienne, activiste pour l'environnement, exprime quelque chose de très similaire. On peut lire dans son livre « Le cri de la Terre » , traduit en français. « Nous portons toujours en nous la graine de la relation primordiale avec la Terre et le vivant, même si nous l'avions oubliée depuis longtemps. » C'est une reconnaissance de l'émerveillement, de la beauté et de la nature sacrée de la Terre. C'est une révérence ressentie pour tout ce qui existe. Quand nous aurons ramené cette qualité fondamentale dans notre conscience et dans notre vie, alors nous serons en mesure de répondre à notre crise actuelle. La conscience de la nature, de l'interrelation de l'humanité au reste du vivant et du monde inorganique, ne se limite pas aux sagesses ancestrales et aux peuples indigènes. Elle perce aussi au sein de la pensée occidentale. Carl Sagan, astrophysicien, planétologue et médiateur scientifique, condense cette compréhension dans une formule lumineuse. Le cosmos est en nous. Nous sommes faits de poussière d'étoiles. Nous sommes la possibilité pour l'univers de se connaître lui-même. En effet, si la vie puis la conscience sont des modalités possibles du déploiement de l'univers, nous pouvons envisager l'humanité comme la possibilité de l'univers d'avoir conscience de lui-même, de se découvrir et de se comprendre lui-même. Au-delà des scientifiques, le monde artistique regorge de saillies créatives qui saisissent même fugacement la qualité de notre être au monde. Citons Lame Light, Les Feux de la Rampe, œuvre cinématographique de 1952 par Charlie Chaplin. Chaplin touche la nature miraculeuse du déploiement de la vie depuis le mouvement de l'univers. La vie est une chose belle, magnifique, même pour une méduse. Et juste après, assemblant toutes les pièces du puzzle, il y a quelque chose d'aussi inévitable que la mort, et c'est la vie ! « La vie, la vie, la vie ! » s'exclame Chaplin. « Pensez à la puissance de l'univers qui fait tourner la terre, pousser les arbres. Et cette même puissance est en vous. » Et comme toujours, Chaplin nous invite non pas à intellectualiser, mais à ressentir.
Speaker #0Et cette même puissance est en vous. Touchez la vie, touchez la nature profonde du vivant. Entrez en contact avec la beauté des possibles du cosmos. Ce n'est pas seulement précieux, c'est indispensable à notre œuvre de régénération qui doit permettre à un immense panel des formes de vie, dont la vie humaine, de se maintenir et de prospérer. Dans les décennies qui viennent, « Our incomplete grasp of complexity is why our interventions have had such negative consequences » , écrit Erika Gies, autrice américaine et journaliste dans son livre primé « Water always wins » . L'eau gagne toujours. Les théories systémiques, écrit Erika Gies, les théories systémiques reconnaissent les interconnexions et tentent de comprendre. leurs relations intriquées. Un écosystème sain et résilient en ce qu'il peut absorber un certain degré de perturbation extérieure par l'adaptation. Le système est fluide et il peut même développer un nouveau comportement en réaction à une perturbation. Notre compréhension incomplète de la complexité est la raison même pour laquelle nos interventions ont des conséquences si néfastes. Processus, complexité, réseau, tissu, interdépendance, diversité, cohabitation, relation, alliance, fonctionnalité, co-création, adaptation, inter-être, mutualisme, interaction, créativité, co-évolution, impermanence, continuation, transformation, coexistence, systémique, holistique, régénération, intrication, profusion, dynamique, complexité. Notre compréhension Non seulement scientifiques, mais relationnels et affectifs des principes du vivant sont donc une condition préalable aux soins, à la régénération et à la protection de la vie. Ici, je ne me fais que l'écho de Jean-Claude Amézen, médecin, immunologiste et chercheur en biologie français, connu pour son travail de médiation scientifique, notamment pour la très belle émission « Sur les épaules de Darwin » . Sur le livre éponyme, sous-titré « Les battements du temps » , les mots d'Amézène résonnent avec tout ce que nous venons d'entendre. « Les sciences » , écrit Jean-Claude Amézène, « les sciences bouleversent le regard que nous portons sur le monde, mais elles ne peuvent à elles seules rendre compte de la splendeur, de ce que nous appelons la réalité. Il nous faut à la fois comprendre et ressentir. Mêlez l'émotion et la raison, les arts et la science. Montez sur les épaules des savants, des penseurs et des poètes. Ces mots nous sont précieux, car ils nous permettent d'éviter un écueil. Dans notre rapport au monde, à l'autre, à nous-mêmes, l'intelligence rationnelle nous ouvre au monde, mais elle ne suffit pas à l'embrasser. Pour cela, nous devons libérer notre intelligence sensible. Le soin du vivant, notre travail régénératif, ne sont possibles que si nous acceptons l'humilité de notre position dans un monde vivant qui nous dépasse très largement, mais également à la condition de reconnaître et d'accueillir en nous cette réalité, cette totalité indissociable dont nous sommes le produit. Accueillons l'altérité qui est en nous-mêmes et accueillons-nous dans l'altérité. Accueillons la mort comme moteur de la vie. Accueillons notre sensibilité comme la sœur de notre intellect. Accueillons la complexité, l'incertitude, l'inconnu comme des maîtres à penser. Accueillons le moment présent. comme la condensation de la vie depuis la nuit des temps. Merci pour votre écoute. Vous pouvez retrouver les références mentionnées dans cet épisode sur le site internet. Nous voilà familiers de cette alliance avec les puissances de la vie qu'est la démarche régénérative. Mais comment appliquer cela concrètement au jardin ? C'est ce que nous allons voir. au prochain épisode, dans le deuxième volet sur la régénération. Ce podcast existe grâce à ses auditeurs. N'hésitez pas à me suggérer les sujets qui vous importent. Merci pour les commentaires et les étoiles, votre soutien sous toutes ses formes et recevez des graines du jardin pour une participation sur Tipeee. On se retrouve sur le site lespoussevives.fr ou vos plateformes d'écoute de podcasts. Au plaisir et bonne vie !