Speaker #0Bienvenue dans Bonbons et Choux de Bruxelles. Ici, on croque dans l'âme. Parfois sucré, parfois amer, chaque bouchée nous nourrit d'une meilleure connaissance de soi. Bienvenue dans ce nouvel épisode consacré à un... moments fondateurs, ces moments dans notre vie pour lesquels on peut considérer qu'il y a un avant et un après. Aujourd'hui, on va parler des humiliations durables. Il existe des humiliations qui passent. Celles que l'on oublie, que l'on range dans la catégorie des mauvais souvenirs et qui finissent par perdre leur charge émotionnelle. Et puis, il y a les autres. Il y a celles qui s'installent. Celles qui restent intactes, même des années plus tard, avec une précision dérangeante. Une amie m'a raconté une scène de son enfance dont elle se souvient dans les moindres détails. Elle était petite et elle avait volé un Bounty dans une supérette en bas de chez elle. Donc ça, c'est un geste d'enfant. Ce n'est pas un plan, ce n'est pas une transgression réfléchie, il n'y a pas de volonté de nuire. En fait, c'est un acte impulsif, mal évalué, typiquement enfantin. Sa mère s'en est rendue compte quand elles étaient rentrées à la maison. Elle l'a trouvée dans sa chambre en train de montrer l'objet de son larcin à son petit frère. Et sa mère a dit... Écoute, on va y retourner tout de suite et on va le rendre. Alors à ce moment-là, quelque chose a vraiment basculé pour mon amie. Elle supplie sa mère, elle a honte, une honte immense, disproportionnée, physique presque, à s'imaginer devoir aller le rendre. Elle pleure, elle supplie de ne pas y retourner, elle promet que ça ne recommencera jamais. Mais sa mère refuse. Non, on ne vole pas et tu vas le rendre toi-même. Elle emmène sa fille dans la supérette. Elle oblige sa fille à parler et à dire à voix haute « Voilà, je viens vous rendre ce bounty que j'ai volé tout à l'heure. » Cette scène, mon amie s'en souvient comme si elle datait d'hier. Le regard de l'adulte en face, le silence autour, la sensation d'être exposée, d'être réduite à son acte, d'être figée. dans la honte. Ce qui est frappant, c'est que cette humiliation ne vient pas seulement du fait d'avoir volé. Elle vient surtout du contexte dans lequel la réparation a été imposée. La petite fille n'est pas accompagnée. Elle est contrainte. La personne censée la protéger du regard extérieur, sa mère, la livre en quelque sorte à ce regard-là. Même aujourd'hui, Mon amie comprend intellectuellement la position de sa mère. Elle sait qu'un parent doit poser un cadre. Elle sait que l'intention n'était pas de faire mal, mais d'enseigner, de marquer un interdit. Mais la petite fille qu'elle était, elle, elle n'a pas intégré une leçon morale. Elle a malheureusement intégré autre chose. Elle a intégré que l'erreur pouvait mener à l'exposition publique, que la faute appelait l'humiliation, que même l'adulte protecteur pouvait devenir inflexible face à la règle, que la honte pouvait être utilisée comme outil éducatif. Et c'est souvent comme ça que naissent les humiliations durables. Pas dans la violence, pas dans la méchasté consciente, mais dans l'inflexibilité, dans l'absence de prise en compte de l'état émotionnel de l'enfant. Ces humiliations-là... Elles peuvent créer des croyances profondes. Par exemple, faire une erreur, c'est dangereux. Il vaut mieux cacher que réparer. Être vu dans sa faute est insupportable. L'autorité ne protège pas toujours. Elles peuvent aussi générer des stratégies, une peur intense du jugement, un besoin de contrôle, une difficulté à demander pardon ou à reconnaître ses torts. Ou au contraire. Une soumission excessive aux règles par peur de la faute. Ce qui est particulièrement marquant ici, c'est le conflit interne que cela crée à l'âge adulte. Parce que la personne comprend, elle nuance, elle rationalise, mais le corps, lui, se souvient. La honte, elle, elle ne s'est pas dissoute. Et c'est toute la complexité de ces moments fondateurs silencieux. Ils ne sont pas noirs ou blancs. Ils ne reposent pas sur des intentions malveillantes. Ils reposent sur un décalage. entre ce que l'enfant pouvait recevoir et ce qui lui a été imposé. Une humiliation durable n'est pas forcément liée à ce qui s'est passé, mais à la manière dont cela s'est passé, au fait d'avoir été exposé sans être soutenu, corrigé sans être contenu, forcé sans être sécurisé. Et souvent, ces moments-là nous accompagnent longtemps. Ils façonnent notre rapport à la faute, à la loi. à l'autorité, au regard des autres. Ils peuvent nous rendre très exigeants avec nous-mêmes ou très durs envers l'erreur, chez nous comme chez les autres. Mettre des mots sur ces humiliations, ce n'est pas accuser, ce n'est pas réécrire le passé, c'est reconnaître que certaines scènes ont laissé une empreinte. Et que comprendre cette empreinte, c'est parfois se redonner la possibilité de réparer autrement, avec plus de souplesse, plus de protection et plus de discernement sur ce qui nous a été offert à ce moment-là. C'était Bonbons et Choux de Bruxelles. On a croqué dans l'âme, parfois sucré, parfois amer. Maintenant, il est temps de digérer. À la prochaine !