- Speaker #0
Bonjour et bienvenue chez Booster, je suis Laure Fintenprevaux. Ici, tu vas entendre des femmes qui te racontent comment le sport les a transformées. Leurs doutes, leurs déclics, leurs victoires. Des trajectoires où le sport devient un levier pour te sentir bien dans ta tête et bien dans ton corps. Reprendre confiance, faire des choix et tracer sa voie. Et j'espère que tu repartiras avec de l'élan, de la force et l'envie de bouger pour toi. Parce que le sport, c'est avant tout une rencontre avec soi. Très bonne écoute ! Aujourd'hui, je reçois Ronit, 53 ans, et son histoire, c'est celle de beaucoup de femmes. Une vie qui va vite, qui se remplit. Ronit s'est mariée jeune, elle a eu trois enfants. Et pendant des années, elle n'a pas vraiment eu le temps de se demander si son corps était en mouvement. Et puis un jour, autour de 40 ans, les enfants grandissent et elle ouvre les yeux. Elle réalise qu'elle s'est un peu oubliée en route. Elle parle aussi de ce moment très intime où le corps change, où il répond différemment. Se sentir un peu plus ronde, s'essouffler plus vite, trouver que s'habiller devient de plus en plus compliqué, comme un signal. Alors elle enfile ses baskets, et tout commence. Doucement, imparfaitement, mais avec constance. Très bonne écoute. Bonjour Ronit, merci d'avoir accepté mon invitation. Comment tu vas aujourd'hui ? Eh ben ça va, bonjour Laure. Ça va mieux que la semaine dernière ? Un peu mieux, oui. Je me remets de mes émotions. Ronit a fait le marathon de Valence la semaine dernière, et il faisait extrêmement chaud.
- Speaker #1
Oui, on est monté. Ce qui se disait entre les coureurs, on était sur 27-28 degrés.
- Speaker #0
Ce n'est pas l'idéal pour courir un marathon. Pour commencer, je te laisse te présenter avec tes mots.
- Speaker #1
Je m'appelle Ronit, j'ai 53 ans, j'ai un parcours un peu atypique en termes de profession parce que je viens plutôt du monde scientifique. Je suis ingénieure et docteur en sciences des matériaux et j'ai travaillé plus de 10 ans en tant que chercheure au commissariat à l'énergie atomique. Depuis un moment de ma vie, j'ai eu envie de raconter autrement le savoir et les sciences. Donc j'ai changé de voie pour rejoindre le monde de l'édition, d'abord scientifique, et ensuite grand public, pour des maisons d'édition assez prestigieuses de Paris. Et depuis trois ans, j'ai créé mon agence littéraire. Mon métier, ça consiste à mettre en relation des auteurs qui ont des choses importantes à dire, avec des maisons d'édition, pour donner des sens à des livres. Je me suis naturellement spécialisée dans les domaines que j'aime beaucoup, la cuisine, la gastronomie. La santé et le bien-être, voilà. Est-ce que le sport a toujours fait partie de ta vie, Ronit ? Ah mais alors, mais pas du tout. Mais alors vraiment pas du tout. Je me suis mise vraiment au sport, vraiment sur le tard. J'ai commencé à peu près 40, 41 ans. C'était vraiment pas quelque chose qui me passionnait quand j'étais jeune. Au collège, j'avais mes règles à peu près quatre fois par mois pour essayer de sécher les cours de sport. Et puis, ce n'était pas vraiment une activité qui me plaisait. J'ai fait quelques sports, le volet, le basket, le tennis. C'était surtout pour voir les copains, pour être avec du monde de mon âge. Mais non, ce n'était pas du tout quelque chose qui m'animait quand j'étais jeune. Puis, le lycée est arrivé, on fait un peu moins de sport. Et puis ensuite, les études supérieures, on fait un autre type de sport qui se passe plutôt dans les bars. Donc, ce n'était pas du tout la même chose. Et puis très vite, moi, je me suis mariée très jeune. Donc ensuite, la vie, elle a pris le dessus de manière très rapide sans que j'ai eu le temps de réfléchir. Est-ce que mon corps est en mouvement ou pas ? Donc, je me suis mariée à 24 ans. J'ai eu ma première fille à 25, Mayanne. Ensuite, j'ai eu Elia. Ensuite, on est parti vivre à l'étranger et j'ai eu Elia qui est née là-bas. Je suis revenue. J'ai eu Jonas. Voilà. Donc, la vie a fait que je n'ai pas vraiment eu le temps de me poser ce genre de questions.
- Speaker #0
Est-ce que tu as eu l'impression, sur ce chemin de la maternité et de construction familiale, de t'oublier ?
- Speaker #1
Oui, mais je ne m'en suis pas rendue compte sur le moment. Parce que sur le moment, on vit, on travaille, on tient une maison, on est en couple. Donc tout ça fait que ça matche bien. Et puis en même temps, je n'en ai pas forcément besoin. Mais à un moment donné, c'est vrai que j'ai ouvert les yeux à 40 ans, les enfants étaient un peu plus grands, un peu plus, pas autonomes, mais un peu plus, voilà, on est sortis des couches et des bobos de la petite enfance. Et puis à un moment donné, 40 ans, c'est aussi un tournant dans la vie professionnelle qui fait que, voilà, qu'est-ce qu'on a envie de montrer à nos enfants, qu'est-ce qu'on a envie d'être pour soi. Et là, je me suis réveillée, je me suis vue et je me suis dit, mais en fait... J'ai bien réussi ma vie de couple, ma vie de famille, mes enfants sont bien. Mais voilà, il y a peut-être quelqu'un que j'ai oublié en route. Et en gros, c'était moi.
- Speaker #0
D'où est venu ton déclic ?
- Speaker #1
Le déclic, c'est clair, c'est des grossesses que j'ai adoré faire, porter. J'ai allaité pendant très longtemps chacun de mes enfants. J'ai adoré être enceinte, j'ai adoré accoucher. Bref, c'était vraiment des moments assez épanouissants pour moi. Mais voilà, le corps, il ne répond pas forcément toujours comme on aimerait. Et c'est vrai qu'à 40 ans, j'étais peut-être... Quand j'ai ouvert les yeux, c'est vrai que je me suis vue comme étant peut-être un peu trop ronde, et souffler assez rapidement, des difficultés de s'habiller. Donc tu te dis, moi je suis bien dans ma peau, mais pourquoi quand je monte l'escalier, je suis soufflée avec les collègues, ce n'est pas terrible ? Ou alors, pourquoi c'est si compliqué de s'habiller quand on est un petit peu ronde ? Je me suis dit, je suis sortie de mon corps et je me suis dit, il faut faire quelque chose pour toi,
- Speaker #0
pour te remettre un peu sur la voie qui te permettrait d'être mieux dans ton toi. Est-ce que tu peux nous raconter comment s'est passé tes premiers pas, tes premières sorties ? Parce qu'à ce moment-là, tu as enfilé tes baskets. Est-ce que tu peux nous raconter ? Ah oui, c'est très, très drôle. J'enfile des baskets que j'avais depuis quand même assez longtemps chez moi.
- Speaker #1
J'enfile un vieux jogging, un vieux pull. et je décide de faire le tour du pâté de maison qu'ils doivent faire. Alors maintenant, je le connais par cœur, qui fait 2,9 kilomètres très précisément. Mais je me suis dit, voilà, je vais faire le tour du pâté de maison, je vais bouger. Parce que bouger, ça va forcément me faire du bien. Et je me mets à courir. Enfin, à courir, maintenant, je me rends compte que je trottine, en fait. Et au bout de, je pense, 250 mètres, je suis mais essoufflée, la langue par terre et impossible de continuer. Et je me suis dit, waouh, c'est quand même un peu grave, non, mais c'est quand même assez étonnant. J'avais 40 ans à l'époque, de ne pas pouvoir courir plus longtemps. Surtout que pendant mes années d'adolescence, je bougeais au basket, je courais à droite à gauche. Et je me dis, purée, là, il y a quelque chose. Donc, je suis rentrée à pied, en marchant. Et puis... Et puis voilà, je me suis dit, il ne faut pas lâcher. De toute façon, le début, c'est toujours un peu compliqué. Et puis deux jours après, j'ai remis les baskets et j'ai recontinué. Et là, je suis allée un peu plus loin que les 250 mètres. J'ai été peut-être à 500 ou 600 mètres. Et puis mon premier kilomètre s'est fait dans les semaines qui ont suivi. Et en fait, le fait de se dire qu'on est capable d'y arriver, même si ce n'est pas loin, même si ce n'est pas rapide. Le fait de le dire quand il est arrivé, c'est que moi, avec moi-même, parce que je me parle beaucoup à moi-même, je me dis, c'est bien ce que tu as fait, maintenant, essaye de faire 5 minutes de plus, ou 3 minutes de plus, ou 200 mètres de plus. Et en fait, ce dialogue que j'ai éternellement avec moi et moi-même pendant les courses, fait que c'est un débat que j'aime bien avoir avec moi-même. Donc du coup, j'ai continué. Et puis je me suis inscrite très vite à ma première course. Je me souviens, c'était le 6 km du Luxembourg, trois fois le tour du parc. Pour moi, c'était insurmontable. Je me dis, pur ironie, qu'est-ce que tu vas faire ? Et puis, je voyais bien que quand on est dans les sas de départ, les gens commençaient à parler d'allure, de vitesse. Je ne comprenais rien à ce qu'ils disaient. Il y en a qui disaient, voilà, moi, je vais faire un négatif split. C'était un monde que je ne connaissais pas. Et moi, j'étais un peu la grosse dondon qui était là, dans le sas de départ, avec ses baskets qui dataient d'il y a super longtemps. Et puis, ce n'est pas grave, j'ai démarré et j'ai fini. Et en fait, le fait de commencer et de finir, j'ai dû mettre 41 minutes, j'ai mis pour faire les 6 kilomètres, d'avoir ma famille à l'arrivée qui m'attendait. Et pour eux, pour nous tous qui ne venons pas du monde du running, c'était quelque chose de... Notre mère, ma femme a couru 6 kilomètres et c'était extraordinaire. Et pour moi, je me dis, j'ai fait quelque chose, j'ai dit que j'allais faire quelque chose, que j'ai fait. Merci. Et que j'ai fini. Donc pour nous, à ce stade-là, il n'y avait même pas de question de chrono, d'allure. Bien sûr. Mais c'était un début et une fin. Et on s'est dit, mais je me suis dit, mais ouais, Ronique, tu peux y arriver en fait. C'est bien ce que tu as fait.
- Speaker #0
Comment tu as fait pour ne pas te décourager dans tes premières sorties ? Parce que ça arrive à plein de monde. J'ai pas mal de personnes autour de moi qui vont me dire, la course à pied, j'ai essayé, ce n'est pas fait pour moi. Et qui se découragent très vite. Et ce que je leur dis aussi beaucoup, c'est... En fait, il ne faut pas croire que c'est inné, la course à pied. Quand on joue au tennis, par exemple, on ne va pas renvoyer des balles du fond du cours tout de suite. Pareil avec plein de sports. Et pourtant, pour beaucoup, la course à pied, c'est un peu comme la marche. Ça devrait être inné. Et c'est, je sors, je dois courir 45 minutes. Et si je n'y arrive pas, ce n'est pas fait pour moi. Toi, comment tu as fait, justement, quand tu t'es arrêté à 300 mètres, à 500 mètres, de toujours retourner et te dire, je vais y arriver. Il faut juste que je me donne du temps.
- Speaker #1
Alors, c'était il y a 13 ans déjà. Donc il y a 13 ans, il y avait moins cette... Ce tangouement pour le running qu'on a aujourd'hui, il y avait moins la présence des réseaux sociaux et en fait les gens qui couraient étaient... C'était relativement rare dans nos entourages d'avoir des gens qui courent. Donc on était moins pollués aussi par tous ces dictats qui viennent un petit peu nous plomber et nous foutre des mauvaises idées dans la tête. Donc c'était très agréable. Moi, quand j'ai commencé à 13 ans, personne ne courait autour de moi et puis on n'en parlait pas. Donc en fait, j'ai couru toute seule avec moi-même. Je ne suis pas revenue à la maison en disant « ce n'est pas fait pour moi » . Je me suis juste dit, bon ben voilà, t'as couru 300 mètres, si j'essaye de faire un peu plus, de toute façon, avec le corps que j'avais, la course à pied, c'était ce qu'il y a de plus simple. C'est quand même un sport où tu en fais juste des baskets, que tu sois épilé ou pas épilé, que t'es térégle ou pas térégle, que t'as besoin de pratiquement pas grand-chose, contrairement à la piscine où il faut y aller, il y a des horaires d'ouverture et de fermeture, il te faut le bonnet. C'est autre chose quand même, la course à pied. En tout cas, cette période de ma vie, ça a été vraiment le seul sport que je pouvais faire pour me mettre en mouvement. Donc que je cours ou que je marche, ce n'était pas très très très grave. Mais c'était aussi il y a 13 ans. Aujourd'hui, je vois bien que même dans mon entourage, quand les gens se mettent à courir, ils le font parce qu'ils ont vu sur les réseaux sociaux, parce qu'il y a une basket qui est super jolie et qui coûte 200 balles et qu'il faut vraiment la voir. Ce n'est plus du tout la même approche qu'il y a 15 ans. Voilà, donc c'est vraiment l'évolution. Alors après, c'est très, très bien parce qu'il y a un engouement pour la course à pied qui est fabuleux. Donc, les gens se mettent à courir. Mais c'est vrai que moi, ça n'a pas été, en tout cas au départ, ça n'a pas été pour suivre une tendance. Ça a été vraiment pour te faire du bien,
- Speaker #0
si tu veux vivre un peu. Donc là, tu racontais le 6 km du Luxembourg. Puis après, tu as fait des 10, tu as fait du 20 km. Comment réagit ton entourage à cette nouvelle version de Ronit ? C'était assez impressionnant parce qu'encore une fois, il y a 13 ans, j'étais une des seules à me mettre à courir et à faire des courses à pied.
- Speaker #1
Donc c'était vraiment assez original, en tout cas dans l'entourage, de parler de ça. Parce que le 6 km, mais très vite après, je me souviens que le 6 km c'était en septembre, je me suis inscrite au 10 km du 14e en janvier, donc 4 mois après. Dans ma tête, je me dis, mais comment je vais faire ? Six kilomètres, passer la ligne d'arrivée, j'étais déjà morte. Mais là, il faudra faire quatre kilomètres en plus. Je me dis, bon, je vais essayer. Et en fait, c'est venu très, très vite. Et puis ce côté, je le raconte tout le temps, mais aujourd'hui, avec mes mots d'aujourd'hui, c'est qu'en fait, on habite une maison depuis, pour aujourd'hui, 53 ans. Ça fait 53 ans que j'habite cette maison. Mais je découvre des chambres et des endroits de cette maison que je n'avais jamais vus depuis jamais, en fait. Et donc, du coup, le fait d'ouvrir une porte et de découvrir un lieu que tu ne connais pas, c'est hyper jouissif de comprendre comment tu fonctionnes. Donc, j'ai ouvert cette porte du 6 km, puis j'ai ouvert la porte du 10 km. Et puis après, je me suis dit, allez, soyons folles, on va partir sur un 20 km. Mais 20 km, c'était la fin d'un monde, quoi. et du coup je me suis entraînée pas forcément bien avec du monde, je me suis entraînée toute seule je courais deux ou trois fois par semaine je ne savais pas ce que ça voulait dire infractionner je ne savais pas ce que ça voulait dire une VMA et j'étais assez heureuse en fait parce que l'idée c'était juste de courir et en fait quand je me suis inscrite au 20 km et que j'ai fait le 20 km je me souviens sur la ligne de départ tout le monde disait ouais c'est bon t'es en période d'affûtage je ne comprenais rien à ce qu'ils disaient et moi je me disais mais Merci. Comment je vais faire 20 kilomètres ? La plus grande distance que j'ai courue pendant mon entraînement, c'était 8. Comment je vais réussir à passer ça ? Et en fait, on s'aperçoit que petit à petit, encore une fois, il y a plein de portes qui s'ouvrent pendant la période de run. Et on croit qu'au bout de 8 kilomètres, on va mourir, parce qu'en entraînement, au bout de 8 kilomètres, on est mort, en tout cas moi. Et donc en fait, non, au bout de 8 kilomètres, il y a une autre porte qui s'ouvre. C'est comme si... Super Mario arrive, il remet une pièce dans le truc et en fait, encore un autre monde qui s'ouvre. Et en fait, à 8 kilomètres, il y a une chambre qui s'est ouverte. Et j'y étais. C'était dur, c'était long, c'était fatigant, j'avais mal aux jambes, je ne courais pas vite du tout. Mais en fait, petit à petit, j'ai réussi à ouvrir toutes ces portes et à passer la ligne d'arrivée. Et ça, c'est quelque chose qui est très agréable d'un point de vue personnel. Et puis surtout, de se dire, en fait... Notre cerveau, il nous dit des choses, mais des fois, notre cerveau, il nous dit plein de conneries. Donc, il faut vraiment tester. Le dialogue que je me fais dans chacune de mes courses, c'est entre moi, mon cerveau, et puis, quoi qu'il arrive, de toute façon, c'est toujours moi qui gagne. C'est moi la maîtresse de maison, donc c'est moi qui décide ce que je veux faire et ce que je ne veux pas faire. Même si le cerveau, des fois, il me dit, arrête-toi, tu vois, tu es fatigué, ton mari t'attend là-bas dans le froid, vas-y, arrête-toi, et puis va le rejoindre et aller prendre un café. Une battle que je me mène tout le temps avec moi-même, mais je sais qu'à la fin, c'est toujours moi qui dois gagner. Il n'y a pas de secret, il n'y a pas de mystère. Et quand on part dans ce point de vue-là, c'est vrai que les courses se passent, pas tout le temps bien, mais en tout cas, elles se passent et on arrive toujours au bout. Et ça a été vraiment un déclic pour moi. Et ce déclic qu'on voit à la ligne d'arrivée, il est très excitant et j'ai adoré.
- Speaker #0
Et c'est ça, il ne faut pas avoir le truc à court terme de se dire que ça serait plus facile d'abandonner, de faire ci. Tu sais très bien que si tu vas chercher d'autres ressources, l'arrivée est beaucoup plus belle que finalement le confort immédiat.
- Speaker #1
C'est un jeu de négo éternel du début à la fin entre toi et toi-même, toi et ton cerveau. Et en fait, il faut que tu te dises de toute façon, quoi qu'il arrive, tu peux me dire ce que tu veux. De toute façon, c'est moi qui vais décider. Alors oui, je peux décider de m'arrêter. Mais comme c'est ce que tu m'as dit, ça va peut-être m'embêter un petit peu. Donc je vais peut-être... En fait, non, si je n'ai pas envie de m'arrêter, ouais, je suis fatiguée. Ouais, j'ai mal aux jambes. J'ai des crampes partout. voir ce que ça apporte cette ligne d'arrivée. Et c'est ça qui me porte en tout cas dans mes courses.
- Speaker #0
De ne pas écouter cette première voix, la première petite voix qui ne te veut pas forcément toujours du bien. Quand j'ai l'idée d'un marathon, alors est-ce que tu peux nous raconter ? Parce que je sais que tu en as fait plusieurs, donc tu es passée du 20 km au marathon. Est-ce que tu as voulu justement ouvrir une autre porte ? Alors moi, de toute façon,
- Speaker #1
pendant des années, c'était hors de question que je fasse un marathon. 42 km, ce n'est quand même pas rien. Donc le 20 km, ensuite le semi-marathon, j'ai fait pas mal de semi-marathons. Et puis au bout d'un an, deux ans, trois ans, quatre ans, je jonglais entre des 10, des 20 et des 21. En fait, c'était ça un petit peu mes activités de l'année. Et puis au bout de 4-5 ans, je me suis dit, pourquoi ne pas m'inscrire à un marathon en fait ? Bon, après, très vite, je me dis non, c'est pas possible, c'est pas possible. 21 kilomètres, déjà j'arrive, je mets deux heures et demie à faire mon semi-marathon. Faire un marathon, c'est 42 kilomètres, c'est autre chose. Je sais qu'il y a un ami qui m'a dit, le marathon c'est une course, c'est THE course, c'est la course qu'il faut respecter. Il ne faut pas la prendre à l'envers, il ne faut pas rester humble. Il faut rester humble et puis il ne faut surtout pas, il faut la respecter cette course. C'est une très très grande dame le marathon. Il faut la respecter pour ce qu'elle est et ne pas la prendre à l'envers. Donc, bon, voilà, 45, 46 ans, 47 ans. Et là, je me dis, je vais m'inscrire quand même à Marathon. Il va se passer ce qui va se passer, puis on va essayer, puis on va voir. Donc, j'ai un coach à cette époque-là qui me prépare, qui me prépare super bien parce qu'il me fait du renforcement musculaire, qui me fait des séances de sortie. On ne parle pas non plus à cette époque-là ni de VMA, ni d'allure, l'idée c'est de sortir, de courir, de faire des kilomètres. Et ça me convenait aussi très très bien parce que pour le coup l'idée c'était vraiment de courir, de commencer et de finir. Et je m'inscris au Marathon de Paris. C'était en 2020 au départ, j'étais prête en février et puis finalement tout a fermé et donc ça a été repoussé. Donc ma prépa s'est arrêtée là mais j'ai recommencé en 2021 parce que le Marathon de 2020 a été reporté. en octobre 2021. Et du coup, voilà, donc reprépare et je prends la ligne de départ et je lui dis, voilà, Ronit, maintenant tu démarres. Peu importe ce que tu fais, tu cours, tu t'arrêtes jamais en fait. Et puis tu y vas. Et j'ai fini mon marathon. Dans la souffrance, oui, j'ai eu des douleurs, j'ai eu mal, j'ai couru très lentement, mais c'est pas très très grave à ce stade-là, pour moi en tout cas. Mais je l'ai commencé et je l'ai fini. Et ça a été les 300 derniers mètres sur les Champs-Élysées. Je m'en souviens encore maintenant. Rien que d'en parler, j'ai la chair de poule. C'est quelque chose où tu te dis, waouh, j'ai couru 42 kilomètres. Je suis marathonienne. 42 kilomètres, il faut à un moment donné aussi relativiser cette distance. Et le poids de cette distance, c'est 42 kilomètres. C'est énorme.
- Speaker #0
Et c'est 42, 195,
- Speaker #1
donc c'est presque les 195 que tu as faits lors de ton premier sport. Exactement,
- Speaker #0
tu en as fait 42 de plus. La petite virgule qui vient clôturer tout ça,
- Speaker #1
c'est exactement ça. Cette ligne d'arrivée, je passe cette ligne d'arrivée, je tombe dans les bras d'un gars qui me dit « j'ai fini » , je dis « moi aussi » . Et voilà, je marche, je vois ma famille qui est là, qui crie mon nom. Mon coach qui est venu aussi me voir à l'arrivée. Non, ça a été un moment... Et en fait, ça... Bon, après, donc, j'arrive, j'embrasse tout le monde, je pleure, j'ai des crampes partout, impossible de marcher. Et puis, je me dis, non plus jamais, c'est trop dur, c'est trop compliqué. Enfin, non, c'est pas possible, quoi. Donc, t'as refermé la porte, tu t'es dit, c'était génial, mais je vais pas prendre la deuxième porte. Ah non, non, cette porte-là, elle a été exceptionnelle. Vraiment, elle m'a amenée dans un très, très long couloir avec une lumière blanche au bout. Ça a été vraiment une vraie révélation. Mais je me suis dit,
- Speaker #0
ça suffit, stop. C'est très, très... Enfin, c'est long, c'est compliqué. La prépa, elle demande beaucoup de... de boulot, mais voilà, je l'ai fait, ça y est, c'est bon, c'est fini. Et qu'est-ce que tu as appris de cette préparation ? On parle beaucoup du marathon, mais souvent la préparation aussi, elle nous apprend beaucoup sur nous. Quel enseignement tu retiens de ce premier marathon ? L'enseignement, c'est la discipline. Moi, je suis très scolaire, en fait, dans ma manière d'être, même au quotidien,
- Speaker #1
je suis très scolaire. J'aime bien faire ce que je dis et puis dire ce que je fais. Et en fait, là, c'était très bien parce que le coach m'avait fait un plan. Donc en fait, il n'y a pas à réfléchir. Le plan, c'est tu cours ça, tu fais ça, tu viens ici faire du renfort et c'est tout. Donc en fait, je suis rentrée dans cette routine-là qui me convenait bien aussi. Et puis en fait, oui, des fois, on n'a pas envie d'aller courir, clairement. Je pense que je n'ai loupé aucune des sorties qui avaient été inscrites sur le plan. Et ça, c'était bien. Alors, c'est la grande phrase qui dit que quand la motivation n'est pas là, la discipline prend le relais. Et c'est exactement ça. En fait, il n'y a pas à chercher aujourd'hui, je dois courir 12 kilomètres, je vais courir mes 12 kilomètres. Je mets deux heures, peu importe, je vais courir ce qui est écrit sur le papier en fait. Et voilà, c'est vrai que ça a été cette préparation, mais c'était une prépa que j'ai adoré faire parce qu'elle était rigoureuse, mais elle était cool, c'est-à-dire qu'encore une fois, je n'avais pas à penser à l'allure. J'avais pas pensé à la stratégie d'alimentation. Enfin, tout ça, c'était pour le coup pas le propos et pas le moment d'en parler. Et du coup, j'ai couru, j'ai commencé, j'ai fini et c'était très bien. On parle pas du temps parce que j'ai fait un très, très gros temps. C'est pas très grave. Mais comme me dit mon mari, ouais, t'as quand même été plus vite que moi qui me suis pas inscrit. C'est vrai que j'ai fait un marathon et j'ai pas mis moins de trois heures. Mais c'est pas grave. j'ai quand même couru 42 kilomètres. Et je pense que les statistiques montrent que dans France ou dans le monde, le nombre de gens qui courent un marathon, c'est moins de 1%. Et là, quand on prend conscience de ça, on se dit, moins de 1% quand même. Donc j'ai fait quelque chose que même la majorité, pratiquement tout mon entourage n'a jamais fait. Waouh, c'est vraiment super. Donc ça, c'était, voilà, je rentre le soir, soirée pizza avec les copains. Non, non, mais maintenant, ça y est, stop, c'est fini, marathon, trop dur, trop dur. En fait, cette théorie, elle ne tient que 48 heures, parce que c'est très excitant de se dire qu'on a fait quelque chose, qu'on a réussi, mais on a peut-être aussi un petit peu envie de recommencer, peut-être un peu mieux, différemment, voilà. Et très vite, je me suis inscrite à d'autres formats et d'autres marathons. En fait, on est piqué. Et je ne pensais pas l'être parce que je me disais tout le temps, mais non, pas moi. Moi, je fais un marathon et ça y est, stop. Et en fait, ce n'est pas vrai.
- Speaker #0
L'histoire va continuer. Et donc, un an plus tard, tu fais le marathon des sables en Jordanie.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Combien de kilomètres ?
- Speaker #1
120 kilomètres. Sur combien de jours ? Sur trois jours. En autosuffisance, donc avec un sac à dos lesté de toutes nos affaires. Eux nous fournissaient l'eau tous les 10 kilomètres. et la tente pour dormir la nuit. Mais on avait le matelas, on avait l'alimentation, on avait le réchaud, on avait les tenues de rechange pour ceux qui voulaient. Enfin voilà, donc un sac quand même et les bâtons si on le souhaitait. C'était pareil un challenge assez excitant parce qu'encore une fois, je partais dans un pays que je ne connaissais pas. Je partais toute seule, même si mon mari m'a accompagnée, mais je faisais un format dans un désert toute seule. et puis avec un sac à dos donc c'est vrai qu'on court beaucoup moins mais on court quand même mais pas beaucoup moins que sur une course marathon par exemple mais on marche pendant 10, 12, 14, 16 heures par jour et ça a été aussi une grande révélation pour moi je suis tellement flippée d'être toute seule que j'avais acheté une puce jordanienne pour pouvoir être en contact avec mon mari et mes enfants, mais en fait dans le désert, ça ne capte pas. En fait, j'étais seule au monde. Enfin, seule avec les autres concurrents aussi. Mais on marche, donc c'est vraiment un moment de presque de méditation en fait. On rencontre des gens vraiment de tout horizon, c'est des Espagnols, des Américains, des Brésiliens qui viennent chacun chercher quelque chose et puis si on a envie de ne pas parler, on ne parle pas, on marche tout seul. Si on a envie de parler, on a des gens à qui parler. Et c'était vraiment un moment hors du temps. Personne n'était sur ses téléphones parce qu'il n'y avait pas de réseau. Et puis tout le monde, voilà, marche, marche, marche. Et puis le soir, on arrive au camp. Et donc on se met tous chacun dans nos tentes. Et puis on se parle en fait, parce qu'on est là avec d'autres gens qu'on ne connaît pas, qui ont des histoires différentes. On fait notre popote, on réchauffe notre riz quatre fromages sur un feu qu'on essaye de mettre en place. Non, c'était vraiment assez roots comme expérience. Et une de mes plus belles expériences de toute ma vie, ça a été vraiment ça. Parce que pendant quatre jours hors du temps avec des gens que je ne connaissais pas, sans réseau, donc pas de contact avec la vie extérieure, je pensais que ça allait me manquer, mais ça m'a fait un bien fou. Parce que là encore,
- Speaker #0
on se découvre d'autres facettes, on se découvre d'autres endroits, un grenier, une cave qu'on n'avait pas vue dans notre maison. Et là, ça a été vraiment fabuleux. J'ai l'impression que les relations humaines, c'est ce que tu en retires de cette expérience-là, ce que tu disais, que tu avais du mal à quitter ta famille. Je sais aussi que tu as du mal parfois à être en groupe ou à courir avec du monde. Tu aimes bien courir toute seule. Ça t'a fait du bien aussi de te connecter à ces personnes-là lors de cette expérience ? Oui, c'est vrai, tu as raison. Je suis très famille, en fait. Je suis très clanique avec mon mari,
- Speaker #1
mes enfants. Ils sont là sur toutes mes courses et je les accompagne quand aussi ils font leur activité. et c'est vrai que Là, se retrouver seule au fin fond du désert de Jordanie, avec Souleymane, qui était propriétaire du désert, qui nous indiquait les endroits à prendre et surtout à ne pas prendre, à cause des bêtes, des serpents, tout ça. Je me dis, mais qu'est-ce que je fais là, seule, à 50 ans, avec d'autres gens ? C'était assez étrange. Et puis finalement, c'est une expérience qui m'a beaucoup plu, parce que justement, on se découvre fatalement d'autres appétences. On parle avec des gens. qu'on n'aurait peut-être jamais rencontré avant, qui nous racontent leur histoire, et qu'il y avait des jeunes, il y avait des vieux. Et ce côté-là de prendre conscience que l'autre aussi est là pour d'autres motivations que les tiennes, et qu'il est là finalement comme toi, donc il ne te juge pas, il t'aide, il t'apporte aussi plein de choses. Pour moi, le coup, ça m'a vraiment encore ouvert des petites portes. qui m'ont fait du bien. Et voilà, après, j'étais contente de retourner chez moi. J'aime toujours courir toute seule parce que je me perçois que quand je suis dans une bulle, c'est là où j'arrive à me parler et à négocier avec moi-même. Donc, je préfère vraiment être là. Mais c'est vrai que ce côté un petit peu, voilà, on est tous ensemble en même temps et on souffre en même temps, j'ai pris un petit peu goût là.
- Speaker #0
Un an plus tard, donc, tu vas à New York. Et après, il y a eu Berlin en 2024. Et donc là, tu viens de terminer Valence. J'avais une question par rapport à tout ce que tu me dis. Est-ce que tu te sens mieux à 50 ans aujourd'hui qu'à 40 quand tu as commencé à courir ? Vraiment ? Oui, complètement. Je me connais mieux, déjà.
- Speaker #1
J'ai ouvert tellement de portes que je regrette de ne pas les avoir ouvertes plus tôt. Peut-être parce que ma vie aurait été différente. Mais oui, je me connais nettement mieux et je m'apprécie beaucoup mieux. aujourd'hui qu'à 40 ans, par exemple. Le fait de faire cette activité-là permet aussi d'apporter beaucoup de bonnes molécules dans ma tête qui fait que je me sens mieux maintenant. Oui, tout à fait. Est-ce que tu aurais un conseil pour quelqu'un qui débute, qui a envie de se lancer en course à pied ? Il faut qu'il y aille, en fait. L'idée, c'est qu'il n'y a pas de choix. Si la personne a envie de commencer, il faut qu'elle commence. Moi, je sais que depuis que je cours, depuis 13 ans maintenant, ça a changé aussi notre noyau familial, puisque ma fille aînée s'est mise à courir il y a quelques années, il y a 3-4 ans. Et puis, ma seconde fille commence à se mettre à courir. Donc, on est aussi, nous en tant que parents aussi, on représente un modèle pour les gens qui sont autour de nous. Et c'est vrai que les conseils que je donne à ma fille, la deuxième en ce moment qui commence à courir, Elle me dit « Ah là là, j'y arrive pas, j'ai couru même pas 3 kilomètres et je suis essoufflée. » Et le seul conseil que je lui dis « Mais c'est pas grave, en fait, tu cours, tu marches, tu cours, tu marches. » Et puis tu verras que plus tu vas faire ça, il y a un moment donné, la partie courir, elle sera un peu plus importante que la partie marcher. Et puis petit à petit, ça se transforme. Et c'est vrai que ça...
- Speaker #0
C'est le seul conseil qu'on peut donner. Après, c'est vraiment, encore une fois, une négociation avec soi-même. J'essaye d'embarquer mon mari, mais lui, à chaque fois qu'on fait des courses, il me dit non plus jamais, ce n'est pas pour moi. Donc, des fois, ça marche, des fois, ça ne marche pas. L'important, c'est surtout de bouger. L'important, c'est surtout d'apporter quelque chose qui nous permette de nous retrouver, que ce soit le tennis ou la course à pied, c'est sûr.
- Speaker #1
Et tu me disais aussi, en préparant cet épisode, la constance, elle bat la performance. Et ça, pour le coup, c'est quelque chose qui te guide aussi d'être hyper constante.
- Speaker #0
Complètement. C'est inscrit sur mon agenda. Quand j'ai mon agenda avec tous mes rendez-vous, mon boulot, je sais que le mercredi, je ne prends pas des rendez-vous trop tôt le mercredi matin parce que je sais que j'ai une séance de fractionnée. Voilà, je commence mes rendez-vous un peu plus tard, mais ça fait partie de mon activité. Je me réveille très tôt pour aller courir le matin avant d'aller bosser. Oui, c'est vrai que c'est tôt. Je ne suis pas une lève-tôt, mais c'est inscrit, je dois y aller, donc j'y vais. Et quel est le meilleur conseil qu'on t'ait donné à toi ? Le meilleur conseil qu'on m'ait donné ? Lâche-toi. En fait, tu cours pour toi, tu ne cours pas pour une performance. Et c'est vrai, moi je ne cours pas pour une performance. L'objectif, ce n'est pas de devenir une élite. Même si, à terme, avec le nombre de courses que j'ai faites, il y a un moment donné, on cherche un petit peu du mieux. Donc, on s'entoure de gens qui sont beaucoup plus capés, en tout cas, pour répondre à ce que toi, tu cherches en course à pied. On regarde les dernières baskets, on achète la montre qui va bien. On a compris maintenant allure-vitesse, on essaye de faire ces tests de VMA. Donc, petit à petit, fatalement, puisqu'on continue à courir, on essaye un petit peu de se professionnaliser dans toutes ces thématiques-là. Les réseaux sociaux nous aident beaucoup et nous plombent aussi beaucoup parce qu'ils ne nous montrent pas forcément toujours la réalité. Mais c'est vrai que c'est ce que j'essaye en tout cas de continuer à faire, mais toujours de prendre du plaisir. Parce que je sais très bien que mon objectif, ce n'est pas de faire un marathon en moins de trois heures. Mon objectif, c'est de prendre du plaisir,
- Speaker #1
de faire une préparation qui me permette d'eux. Et c'est ça qu'il faut mettre en place. Dans le podcast, on parle beaucoup du sport comme support de santé mentale. Est-ce que toi, il y a eu un moment où le sport, la course à pied, t'a aidé à traverser un moment difficile où t'as donné les armes pour justement surpasser quelque chose qui a été compliqué pour toi ?
- Speaker #0
Oui, oui, tout à fait. Les tempêtes dans une vie, ça arrive. Elles peuvent être régulières, elles peuvent être rares, mais ça arrive. Et moi, j'en ai aussi, comme tout le monde. Et c'est vrai que la course à pied permet de... En fait, j'essaie toujours de me représenter une image. Ça me permet, quand je passe une tempête, de me mettre une bouffée d'air, une espèce de parenthèse dans ma tête, où pendant cette période-là, ça va bien. Donc c'est vrai que quand ça gueule à la maison, avec les ados qui ne sont plus des ados, qui sont des jeunes adultes, quand ça ne matche pas forcément, qu'on n'est pas sur la même longueur, la première chose que je fais, c'est que je mets des baskets et que je vais courir. Ça permet d'apaiser, ça permet de remettre les bons épisodes au bon endroit et ça permet de revenir en étant beaucoup plus sereine. Et en relativisant, le fait d'apporter cette parenthèse enchantée pendant 10 minutes ou 20 minutes, ou même une demi-heure, permet en tout cas de revenir et beaucoup plus sereine. Je dis toujours en tout cas que quand je vais courir, c'est un endroit qui est tellement apaisé, où c'est vraiment, je m'imagine ça vraiment comme une parenthèse toute blanche à l'intérieur, qu'il y a plein de choses qui se passent en fait. Et je m'aperçois que je trouve des idées de projets. Pendant cette période-là, je travaille dans l'édition, donc j'ai des idées de titres de livres pendant cette période-là. Je pense à plein de choses. Je dis, tiens, ça, il faut que je le dise à ma fille pour pas qu'elle oublie ça. Et ça me permet... C'est tellement vide qu'en fait, en termes de créativité, ça booste. Et du coup, j'adore. Et puis quand je reviens, la vie reprend son dessus. Donc des fois, je revenais et j'oubliais tout ce que je m'étais dit pendant cette parenthèse enchantée.
- Speaker #1
Du coup, maintenant, quand je cours, je m'enregistre sur les titres, les projets. Voilà, ça, ça me fait toujours rigoler un peu. Je te rejoins complètement là-dessus. C'est en fait cet état de flot qui fait que parfois, je sais que j'aime beaucoup dire ça, mais ça m'arrive tout le temps, c'est quand je pars courir, je pars avec des problèmes, je reviens avec des solutions.
- Speaker #0
C'est exactement ça.
- Speaker #1
Et vraiment, il y a des... ou des fois même, je suis dans mon travail, j'écris un mail et puis je sais plus, j'ai une problématique que je sais pas résoudre et je me dis attends... Là, je vais aller courir et je suis sûre que je vais revenir avec une solution. Et ça arrive toujours.
- Speaker #0
C'est tout le temps ça.
- Speaker #1
Donc ça,
- Speaker #0
c'est vrai que c'est très agréable de se dire qu'on croit qu'on a des problèmes. Mais en fait, non, il faut juste prendre le temps d'eux. Ce temps d'eux, moi, je le fais pendant cette course à pied. Et en fait, ce n'est finalement pas un problème. Ou alors ce qui te pensait insurmontable ou incroyable ou énervant possible chez un collègue. En fait, tu t'aperçois que quand tu reviens, finalement, ce n'est pas si grave que ça, que tu vas écrire un petit mail ou que tu vas faire une petite action qui va faire que ça se démine tout de suite.
- Speaker #1
Et on prend goût à cette activité-là parce que justement, ça permet d'apporter beaucoup de sérénité dans notre quotidien. Donc, tu disais que par rapport à ta programmation, toi, tu as besoin en effet d'avoir un coach, d'avoir un plan d'entraînement pour pouvoir vraiment que ça rentre dans ton quotidien. Comment tu gères les jours un peu sans, les jours où finalement tu ne fais pas bien ta séance ou tu dois annuler ta séance parce que tu as un petit bobo et que il vaut mieux patienter quelques jours ? Parce que je sais que ce n'est pas facile, mais est-ce que tu as des petites choses sur lesquelles tu te rattaches ? Alors,
- Speaker #0
c'est sûr qu'il y a plein de jours, surtout en hiver, quand il fait nuit tôt et qu'il y a plein de jours où c'est clair, je n'ai pas envie d'aller courir, de mettre des baskets. Il fait froid, il neige. Et c'est évident qu'on n'a pas envie. Alors moi, mon truc à moi, c'est je ne réfléchis pas. C'est-à-dire que je cours le matin, donc dès que je me réveille, je ne réfléchis pas du tout. C'est-à-dire que d'une manière, comme un automate, je mets mes baskets, mon legging, et je sors en moins de 8 minutes, je suis dehors entre le moment où je me suis réveillée et le moment où je suis dehors. Donc là, je me dis, ouais, tu n'as pas envie, mais n'empêche que tu es déjà en tenue. Et une fois que c'est ça, je démarre le premier pas. Et en fait, je fais ma séance et je reviens et je me dis, ouais, tu n'avais peut-être pas envie, mais enfin, tu l'as quand même fait. Et je ne suis pas sur ma montre. Quand on finit l'activité sur la montre, elle pose deux questions. Elle pose, est-ce que c'était dur ? Donc, généralement, je dis oui. Et est-ce que la deuxième question, c'est comment vous vous êtes sentie ? Et quoi qu'il arrive, même si ma séance, elle est loupée, ce qui arrive aussi assez régulièrement, on peut se sentir, je crois qu'il y a cinq ou six indicateurs, et je me mets toujours très forte, toujours, quoi qu'il arrive. Pourquoi je me suis sentie très forte ? Parce que j'ai été courir, en fait. Donc, ouais, j'ai raté la séance, mais je suis très forte parce que j'ai quand même été courir, et qu'il fait froid, qu'il fait 4 degrés, que j'aurais pu rester au lit pour prendre le petit-déj avec mon mari, mais en fait, non, je me suis quand même enlevé les doigts de la hotte pour aller courir. Donc, quoi qu'il arrive, je suis toujours très forte. Et quoi qu'il arrive, c'est toujours moi qui gagne. Donc, c'est un jeu qui est assez sympa parce qu'on sait que c'est toujours soi qui... Enfin, on gagne toujours, quoi. Donc, ouais, la motivation, quand elle n'est pas là, c'est sûr que la discipline doit prendre le dessus et pas réfléchir. Et en fait, je vois que ma fille, maintenant, elle se lève à 5h pour aller courir le matin avant d'aller bosser, alors qu'elle aussi, c'est une grande dormeuse. Et je me dis, en fait, tout ce que je m'inflige à moi, toutes les bonnes valeurs, en tout cas, à mon sens, mes bonnes valeurs, Quand je m'inflige à moi, en fait, elles sont répercutées sur mon entourage. Donc, ça ne peut être que positif. Exactement. Et ce que tu disais, c'est ça. C'est finalement, quoi qu'il arrive, c'est une victoire. Peu importe si ta séance a été dure ou pas. Peu importe. Quoi qu'il arrive. Et pourtant, j'en ai raté des séances. Mais oui, je suis très forte d'aller courir. Je me le dis moi-même. Je ne sais pas quelque chose dont je me vante sur les réseaux. Mais je me le dis à moi-même que je suis forte d'avoir été courir alors que je n'avais pas envie.
- Speaker #1
Tu as une phrase fabuleuse, il n'est jamais trop tard pour mal commencer. Tu peux nous raconter comment elle est née cette phrase ?
- Speaker #0
En fait, avec mon expérience, c'est-à-dire que l'idée, on peut se dire, il faut que je change quelque chose dans ma vie, il faut que j'aille courir, il faut que j'aille bouger, il faut que je fasse quelque chose. En fait, peu importe, il faut y aller, il faut s'écouter, il faut s'écouter, se dire, je sais qu'il y a quelque chose qui doit changer dans ma vie. Et il faut s'écouter et on peut commencer et on peut commencer mal et ce n'est pas grave. C'est pas grave de commencer mal, l'important c'est de commencer, et puis après de trouver aussi un petit peu de plaisir pour pouvoir faire mieux. Mais c'est pas grave de mal commencer, enfiler ses baskets, je pense que ma première paire de baskets n'était pas du tout faite pour du running. C'est pas très grave en fait, j'ai quand même fait 300 mètres avec, et puis voilà, après on apprend petit à petit, mais il faut s'autoriser de rater un petit peu, c'est jamais un échec, on apprend toujours en fait. Donc, on a peut-être fait mal au départ, mais c'est ce qui fait qu'aujourd'hui, j'ai fait mon 4 marathons et voilà.
- Speaker #1
Tu parles des baskets et tout à l'heure, j'écoutais un épisode de podcast avec Mathieu Stéphanie qui avait invité le fondateur d'Oka et qui disait aussi qu'aujourd'hui, les gens qui commencent le running ont la chance d'avoir des super baskets. Et c'est vrai, la technologie en 10 ans ou même en 20 ans ou 30 ans, elle a vraiment évolué. Et aujourd'hui, je pense que quelqu'un qui démarre, il peut rapidement aussi trouver sa bonne chaussure qui peut lui permettre de ne pas se blesser, de ne pas avoir mal au genou, parce que ça, ça peut être aussi quelque chose qui peut être un frein. Tout à fait, on a tout ce qu'il faut. Il faut aussi avoir un portefeuille un petit peu gagnant. Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
parce que tout tout commence à devenir quand même très ferme. Quand on regarde, je faisais la dernière fois le compte de ce que je portais pour courir le marathon, entre le prix des chaussures, la montre, du casque, les gels et tout ça, ça devient quand même un sport où il faut aussi, pour avoir toute proportion gardée, il faut quand même faire un peu la part des choses. Encore une fois, on n'est pas des élites, et tu as raison aussi, on a la chance aujourd'hui d'avoir du matériel qui nous permet de courir. en tout cas en se blessant moins. Mais voilà, il ne faut pas non plus que les grands équipementiers nous fassent payer tout ça, parce que c'est vrai qu'à un moment donné,
- Speaker #1
ça commence à... Et encore, je ne parle pas du prix de chacune des courses. Oui, exactement. Mais c'est vrai que c'est un montant. Alors qu'à la base, c'est quand même un sport hyper accessible. Tout le monde peut... Tu as juste à prendre une paire de baskets, tu peux aller courir. Après, on peut être un peu plus minimaliste, mais c'est vrai qu'autour de nous, maintenant, sur les réseaux, on voit aussi toujours... Le nouveau produit qui va révolutionner. Il faut réussir aussi, je pense, à se détacher de tout ça. Oui, tout à fait. Et puis, il y a 13 ans, quand j'ai commencé, je courais avec mon téléphone, avec des baskets qui me permettaient d'aller travailler aussi.
- Speaker #0
Tout ça, j'ai vu cette évolution-là et je suis tombée dans le panneau comme les autres. Il ne faut pas se leurrer parce que j'aurais pu continuer à courir avec un téléphone. J'aurais pu mettre... Un vieux casque avec des fils sur mon téléphone pour écouter ma musique. Mais non, j'ai acheté autre chose. Donc oui, on tombe aussi dans le panneau parce qu'on veut être bien. Bon, voilà, il faut mesurer un petit peu tout ça.
- Speaker #1
Tu t'adresses souvent à celles qui se disent trop vieilles, trop lentes, trop rouillées, trop tout. Qu'est-ce que tu auras envie de leur dire là maintenant ?
- Speaker #0
C'est pas vrai en fait, parce qu'on est vraiment des putains de guerrières. Pourquoi ? Parce que je m'en suis rendue compte même là. Au marathon de Valence, il y a quelques semaines, j'ai fait un stage de running avec un lot de femmes, tous les âges, ça passait de 25 ans jusqu'à 55 ans. Ce n'est pas vraiment mon truc encore une fois, mais voilà, on s'est retrouvées cette petite dizaine de femmes. Et je dois dire que j'ai beaucoup apprécié ce stage parce que justement, les femmes que j'ai rencontrées, elles ont ce pouvoir. qui se transmet en tout cas dès qu'on discute, ce côté où je suis là pour t'aider. Alors, il y avait différents types de gens qui performaient sur ce stage-là, mais il n'y a jamais eu cette compète interne. Et puis, ça a été assez fabuleux de se dire que, et je m'en suis rendue compte, dans ce lot de femmes, personne, mais personne n'a demandé à l'autre. Combien tu mets sur le marathon ? Combien t'as fait ? C'est quoi ta dernière perte ? C'est quoi ton RP ? Et ça, on est resté quatre jours ensemble. Quand je cours et que je rencontre des amis hommes, je dois dire que la première chose qu'ils me demandent, c'est combien tu mets sur le marathon. Et c'est vrai que ce côté-là, cette sororité que j'ai vue, elle a été assez chouette. Et là, même pour le marathon, j'ai vu qu'elles étaient toutes... à m'envoyer des petits messages, à me féliciter pour ma ligne d'arrivée. Et c'est chouette. Franchement, c'est chouette de se dire que ça, ça fait du bien. Donc, vieille, jeune, lente, pas lente, non. On a enfilé des baskets, on est parti. Et ça, c'est parce qu'on est des guerrières, des vraies.
- Speaker #1
C'est le moment de conclure l'épisode avec le Rituel Booster. Est-ce que tu as une ressource inspirante à nous partager ?
- Speaker #0
Je suis éditrice, donc j'aime les livres, donc je lis beaucoup. plein de types de bouquins cette année mon agence en tout cas s'est spécialisée dans les livres de cuisine et cette année j'ai passé mon CAP cuisine pour te dire, en plus du running donc après les baskets me poser sur un canapé avec un livre c'est aussi une de mes activités favorites j'aime beaucoup écouter des podcasts comme je cours beaucoup je suis 5-6 heures dans la semaine en extérieur donc j'écoute beaucoup de podcasts le tien aussi. Voilà, plein de podcasts sur le sport, bien sûr, mais pas que. Donc, je ne suis pas inspirée par quelque chose de spécifique, mais en tout cas, j'essaye de...
- Speaker #1
Tu as besoin de te nourrir,
- Speaker #0
de nourrir, de comprendre comment ça fonctionne. J'apprends plein de choses. Et c'est ça qui est très agréable, c'est que même à mon âge, je continue à apprendre énormément de choses. Et je me dis, mais il y a tellement encore de choses à vivre et à faire que c'est excitant. Donc, je m'inspire de plein de choses.
- Speaker #1
Et tu as un livre, justement, ton dernier livre qui t'a touchée.
- Speaker #0
J'aime bien le livre d'Anaïs Kemener, c'est une femme avec tout son parcours, ça fait rêver. Puis elle est toujours très jolie avec toutes ses paillettes, donc c'est le genre de femme qu'il faut rêver. Qui a toujours le smile, alors qu'elle a quand même un parcours costaud. Est-ce que tu as une musique qui te booste quand tu cours ? La chanson qui me booste tout le temps, c'est ce que je mets tout le temps sur mes réseaux sociaux, ce que j'adore, c'est celle de Queen, Don't Stop Me Now. En fait, c'est ça. C'est-à-dire que là, j'en suis là, mais en fait, il ne faut pas me dire d'arrêter parce que je vais quand même continuer et en fait, je vais tous vous éclater.
- Speaker #1
Et donc, du coup, dans ton combat interne, tu chantes cette chanson quand tu as ta petite voix qui te dit d'arrêter.
- Speaker #0
Exactement. Je me mets en mode queen. Alors, beaucoup moins bien. Il faut être totalement honnête. Mais non, non, c'est vraiment une chanson qui me booste, qui va me chercher vraiment des choses qui me font me défoncer. Vraiment, vraiment. Est-ce que tu as un mantra, une petite phrase ? qui t'accompagne. Le mantra que j'ai depuis très très très longtemps et que je donne à mes enfants mais aussi aux gens que j'aime, la vie te donne ce qui est bon pour toi. Et je rajoute tout le temps, ça n'a rien à voir avec le mérite, la vie te donne ce qui est bon pour toi, c'est-à-dire que des fois, t'as une mauvaise nouvelle ou t'as un truc qui se passe pas comme tu l'entends toi, mais c'est normal, c'est parce qu'en fait la vie elle a compris que c'est pas de ce côté-là que tu dois aller, c'est d'un autre côté. Donc du coup, la vie te donne toujours ce qui est bon pour toi et il faut toujours comprendre que ce qui t'arrive, c'est aussi parce qu'il va se passer quelque chose de mieux après. Et comme je dis, le meilleur est toujours devant soi. Si ce n'est pas ça, c'est que ce n'était pas ça en fait. Donc il y a autre chose qui va arriver de mieux. Et pour le marathon de Valence, tout était aligné sauf qu'il s'est passé beaucoup de choses pendant ce marathon. C'est que ce n'était peut-être pas le moment que ça se passe là, mais ça ne veut pas dire que ça ne va jamais arriver. Il faut voir autre chose et autre part.
- Speaker #1
Il y a un autre chemin qui t'attend. Est-ce que tu as une personne que tu aimerais entendre à mon micro ?
- Speaker #0
Alors, les réseaux sociaux, avec tous les côtés négatifs que ça peut avoir, ça a aussi des côtés positifs pour nous, femmes, pour moi, femme, en tout cas, de plus de 50. J'ai commencé aussi très tôt à suivre des femmes qui avaient et mon niveau et mon âge, plus ou moins. Il y a une qui s'appelle Jessica, c'est la fille du canal. En fait, on a sympathisé. On ne s'est pratiquement jamais vues. On s'est croisées sur des courses, mais on ne se connaît pas. On n'est pas copine. Mais c'est une nana que j'aime beaucoup parce que je pense qu'à travers tous ces postes que j'arrive à comprendre qu'elle aussi, elle a eu une vie qui n'était pas facile. Elle a encore performé à moins de 4 heures. Donc, c'est pour moi comme un... C'est ce que je lui dis tout le temps. Je dis que tu es mon héroïne parce que je me dis que si tu as réussi à faire ça par ton travail acharné, c'est qu'en fait, on est toutes capables de le faire. Il faut le vouloir, bien évidemment. Mais on est capable de le faire. Et en fait, c'est mon moteur. Elle me donne toujours envie de me dire, elle est arrivée. Donc, je vais y arriver. Je vais bosser aussi. Je vais y arriver. Et c'est une nana, voilà, on s'écrit de temps en temps sur l'Insta. Et j'aime beaucoup cette fille qui est très chouette.
- Speaker #1
Super. Merci beaucoup, Ronit. C'était super chouette d'échanger avec toi. Merci à toi,
- Speaker #0
Laure. Et on continue à te suivre sur ton super podcast parce qu'il est aussi très inspirant. Merci.
- Speaker #1
Si cet épisode t'a parlé, partage-le à une amie. Parfois, ça suffit à rallumer une étincelle. Et si tu veux soutenir Booster, abonne-toi, laisse 5 étoiles et un petit commentaire, ça m'aide beaucoup. On se retrouve très vite pour un nouvel épisode de Booster.