- Speaker #0
Épisode 1. La prise de parole, ça fait peur quand même. Dans ce premier épisode, j'aimerais vous faire entendre mon constat. La peur de la prise de parole est coriace et n'est pas faite que de trac.
- Speaker #1
Bah, parler en public, c'est un peu, comment dire, stressant.
- Speaker #0
Rose, écolière.
- Speaker #1
Mais aussi, tu peux t'exprimer, toi. Et tout le monde t'écoute. C'est assez intimidant quand même. Il y a plein de gens autour de toi qui sont en train de te regarder. Ça fait du bien, mais à la fois ça fait peur, parce que t'es content qu'ils t'écoutent, mais t'as un peu peur quand même.
- Speaker #0
Prendre la parole n'est pas un exercice anodin. Prendre la parole est une action, un geste physique, un engagement du corps. C'est un moment où on s'expose, physiquement, pour dire quelque chose avec l'enjeu d'intéresser, de convaincre. C'est une occasion donc d'exister aux yeux d'un autre et dire qui on est. Une occasion d'être reconnu et vu par l'autre. Ce n'est pas rien quand on y réfléchit bien. C'est un acte courageux et l'enjeu crée beaucoup d'excitation et aussi beaucoup de trac.
- Speaker #2
Là, si je me remets dans les circonstances...
- Speaker #0
Alice, étudiante. Elle est invitée à poser une question dans un grand événement politique.
- Speaker #2
Plus je voyais les gens passer et plus j'avais peur en fait, parce que je savais que ça allait être mon tour. Donc non, j'étais pas bien. J'avais l'impression d'aller au... Comment ça s'appelle ? Quand tu sais quand on te coupe la tête. C'était stressant.
- Speaker #0
En 15 ans d'accompagnement, j'ai pu interroger plus de 4000 personnes sur leur expérience à l'oral. Je n'ai jamais entendu quelqu'un me dire qu'il n'a jamais eu le trac. Jamais. Peu importe l'âge, la fonction ou l'expérience, prendre la parole n'est jamais neutre. Et ce n'est simple pour personne. Dans l'attente d'une prise de parole, généralement, la pression monte, le cœur bat de plus en plus fort, on se demande ce qu'on fait là, pourquoi on s'est mis dans cette situation-là. Le parallèle avec la guillotine est éloquent, on est stressé comme si on allait y passer. Et franchement, on préférerait être ailleurs.
- Speaker #2
On a passé le micro, on a tourné les caméras sur moi. On a annoncé la question étudiante et là, tout s'est enchaîné d'un coup. J'ai posé ma question, je l'ai trouvée très longue alors que je l'avais rédigée, ça faisait même pas trois lignes et j'avais l'impression de monopoliser toute la parole.
- Speaker #0
Alice était préparée. Une fois sous les projecteurs, tout s'emballe. La peur de trop parler, l'impression de prendre trop de place.
- Speaker #2
C'est encore un problème de positionnement, de prendre sa place, c'est toujours la même chose de toute façon.
- Speaker #0
Ce n'est pas tant la prise de parole en elle-même qui est difficile que ce qu'elle représente. Oser exister, oser prendre sa place et affirmer sa légitimité de le faire dans l'espace public. Le rapport à la prise de parole, la manière dont on l'apprend, dit beaucoup des conflits et contradictions de nos quêtes existentielles. Ils témoignent de notre liberté à être, de notre légitimité à nous exprimer, de la place que nous avons reçue, que nous avons prise ou que nous cherchons encore à prendre.
- Speaker #2
J'ai chaud, je tremble aussi. J'ai l'impression que j'ai la tête qui est très en avant, que je n'ai pas une jolie posture. Je regardais mes notes tellement j'étais terrorisée. J'avais vraiment la voix qui tremblait.
- Speaker #0
Coeur qui s'emballe, sueur, main moite, voix qui tremble, coup de chaud, débit. Paroles qui s'accélèrent, diaphragmes qui se bloquent, impressions de ne plus rien savoir, replis sur ses notes qu'on ne regarde pas, dialogue interne très négatif sous sa prestation. On ne parle pas seulement d'un léger inconfort, mais de la possibilité d'un véritable malaise physique et d'une estime de soi souvent très mauvaise dans l'exercice.
- Speaker #2
Pour te dire, je n'ai même pas voulu regarder le replay de ma question tellement je n'étais pas satisfaite de moi.
- Speaker #0
Rares sont ceux ou celles d'entre nous qui apprécient se regarder en image sur une vidéo.
- Speaker #2
Après j'ai discuté avec une femme qui m'a dit « ah bah j'étais vue sur les camps » et une autre étudiante j'ai dit « ah oui » et je lui ai dit « j'étais hyper stressée » elle m'a dit « ah bah ça se voyait pas du tout » mais je pense qu'elle a été polie en fait.
- Speaker #0
On est souvent persuadé que notre stress se voit, comme le nez au milieu de la figure. On s'imagine que tout le monde remarque la tempête intérieure. Alors, si les gens sont en effet souvent sympas et polis, et si en effet le stress... peut parfois nous déborder et se voir ou s'entendre. Pourtant, la plupart du temps, il y a un vrai décalage entre ce qu'on ressent à l'intérieur et ce que les autres en perçoivent de l'extérieur. Le chaos interne qu'on vit intimement apparaît parfois comme un calme olympien.
- Speaker #3
On m'a souvent fait des remarques sur la manière de m'exprimer.
- Speaker #0
Caroline, 24 ans, étudiante, souvent en difficulté à l'oral, même sans public.
- Speaker #3
Je suis assez souvent incomprise.
- Speaker #0
Le travail de la prise de parole ne se limite pas aux grandes conférences avec micro et projecteur. Une intervention en réunion est une prise de parole. Un entretien d'embauche est une prise de parole. Un discours amoureux ? est une prise de parole. En fait, les occasions de prise de parole sont innombrables et je vous propose de considérer qu'il y a prise de parole dès qu'on se positionne pour dire quelque chose. Le stress sera variable en fonction de la situation et en fonction de l'auditoire, mais pour certains ou certaines, une seule personne peut être aussi intimidante qu'un large auditoire.
- Speaker #3
On me demande souvent de reformuler. Est-ce que... C'est pas clair, quoi. Et on me dit souvent de faire plus simple. Je sens que mon interlocuteur est un peu... Je le laisse un peu perplexe. J'ai tellement envie de bien exprimer. Je suis... Je suis pas dans un processus de dévalorisation. Je sais que j'ai plein de choses à dire intéressantes, mais je sais que ma difficulté est là, dans l'expression. À l'oral et...
- Speaker #0
Prendre la parole, c'est réussir à mettre des mots sur ce qu'on pense et veut dire pour que l'autre qui écoute puisse entendre, comprendre et retenir. Ah, là est tout l'enjeu. Et Caroline a raison. Ce n'est en effet pas si simple. Parler est une chose, être écouté une autre. Le mauvais orateur, et c'est sans doute pour cela d'ailleurs qu'il est mauvais, croit toujours qu'il est compris, ou du moins écouté. Le bon orateur n'a pas cette illusion. Vous savez, on est souvent surpris de ne pas avoir été entendu. Mais je l'ai dit pourtant, je l'ai dit ! Oui, mais à l'oral, entre dire et être entendu, il y a un océan de maladresse et de malentendu. À l'écrit, votre lecteur a le temps d'intégrer votre pensée. Il peut même relire pour s'assurer d'avoir compris. À l'oral, c'est un instant T. Entre ce que je pense dire, ce que je veux dire, ce que je dis vraiment, Ce que l'autre entend, croit comprendre, comprend effectivement et retient vraiment, une étude estime que 90% de l'information peut se perdre ou se transformer complètement. C'est implacable. Pas fatal, par contre. Et ça, c'est le boulot de l'art oratoire. Rendre claire et attractive sa pensée à l'attention de l'oreille d'un autre. C'est tout un art, en effet. Vous l'aurez compris, la difficulté augmente quand le nombre d'oreilles augmente.
- Speaker #3
C'est tellement associé à un échec que oui c'est chaque prise de parole et la prise de parole en public, c'est puissant, c'est très difficile. Chaque fois une appréhension. Et le blanc, enfin, assez souvent je me suis retrouvée dans l'incapacité de faire mon exposé arrivé en fin de licence. J'ai été obligée d'arrêter. Je ne pouvais pas. Je pense que c'est un manque de persévérance. Ça me paraît insurmontable. Je ne pouvais pas y arriver.
- Speaker #0
Selon le contexte, l'enjeu, l'interlocuteur ou l'auditoire, le stress change. Plus ou moins fort. plus ou moins visible, singulier pour chacun ou chacune.
- Speaker #3
Physiquement, c'est pas tellement sur le moment de l'angoisse où c'est pas vraiment la boue d'adrénaline. C'est pas ça que je ressens. Non, c'est plus... À quoi bon ? Je ne sais pas, je pense que c'est la panique. C'est vraiment le brouillé.
- Speaker #0
La difficulté de prendre la parole peut être si insurmontable pour certains ou certaines qu'ils ou elles peuvent y renoncer ou chercher à l'éviter le plus possible, avec dépit, résignation ou indifférence. Ce que je constate, année après année, c'est à quel point nous sommes peu formés et peu sensibilisés au travail nécessaire pour progresser à l'oral. Ce manque de formation est dommageable, il nourrit de la mésestime de soi. A l'école, on apprend à lire, à écrire, à compter, mais pas à parler devant les autres. Ça, on l'apprend sur le tas et, souvent, dans la douleur. Et par voie de conséquence, ceux ou celles qui sont plus extravertis, moins stressés, plus préparés ou détendus du fait de leur environnement social et culturel, vont se faire plus entendre que d'autres. Sont-ils plus pertinents pour autant ? Pas toujours.
- Speaker #4
Je lisais mes notes dans le couloir.
- Speaker #0
Violette, 15 ans, elle a passé l'oral du brevet.
- Speaker #4
J'ai la boule au ventre. Moi j'ai cette manière avec les mains de me gratter les mains. Pas des bouffées chaleures, mais ça me... Je ne saurais pas comment expliquer ça. Je sens que j'ai un peu plus chaud. Je trépigne on va dire et je me sens plus vulnérable forcément. Quand j'ai fait mes cinq minutes, il m'est arrivé un moment où j'étais en train de penser à comment j'étais, comment je faisais et tout. Et ça m'a un peu sortie de ce que je racontais. Du coup j'ai dû regarder mes notes à nouveau pour vérifier où est-ce que j'en étais. Pendant tout le long de la présentation, il y avait le stress du temps, de ce que je disais, de comment je disais, par rapport à la vitesse à laquelle je parlais et tout. Et c'était très... Très sur le fil.
- Speaker #0
Pendant la prise de parole, on a tendance à être un peu trop concerné par ce qu'on dit et ce qu'on fait. Sur le fil, comme dit Violette. Dans un contrôle et un souci permanent.
- Speaker #4
Pendant les moments de stress, regarder les gens dans les yeux, ce n'était pas du tout pour moi. Du coup, la petite technique, c'était de regarder entre, et puis de, des fois, switcher pendant une seconde sur l'une, sur l'autre, comme si j'en ai regardé alors que je regardais le mur. Je ne suis pas à l'aise à regarder les gens dans les yeux.
- Speaker #0
La prise de parole est un moment de face à face avec l'autre. On se retrouve au dépens de son regard. L'autre nous regarde, il nous considère, c'est-à-dire nous observe attentivement. Il nous évalue en silence. On est donc dans un moment de grande vulnérabilité. Et cela explique que beaucoup de gens fuient le regard ou trouvent des petites astuces pour l'éviter.
- Speaker #4
Même aussi quand le prof m'interroge, je crois que c'est quand j'ai pas vraiment tendance à rougir. Mais je sens mes joues un peu se réchauffer on va dire. Immédiatement j'ai une boule au ventre qui vient direct comme ça et je réponds vite et puis ça passe à autre chose. Je n'ai pas l'amant du cours. Mais je suis très connue, enfin, dans tous mes bulletins, il y a au moins quatre fois des profs qui disent « Juliette devrait participer plus » . J'ai essayé l'année dernière, au dernier trimestre, j'ai essayé de faire des efforts pour parler un peu plus et tout. Quatre ans après avoir été dans mon collège, ce qui fait assez peu comme participation, c'est des fois que je n'ose pas développer ce que je veux dire pour vite arrêter d'être à la parole. Après il y a un autre élève qui dit quelque chose, de ma tête je me dis, ça je l'ai pensé aussi, je l'aurais dit aussi mais bon.
- Speaker #0
Ne pas oser développer ses idées. Se débarrasser et expédier nos phrases ou lances-pierres, histoire de ne pas rester trop longtemps sous les projecteurs, puis regretter après coup de ne pas avoir su mettre en valeur sa pensée. L'envie de s'exprimer et la peur du jugement bataillent et révèlent les contradictions et les difficultés que nous rencontrons face à la représentation de soi. Franchement, savoir se taire quand on n'a rien à dire est une belle qualité. Par contre, on se rend bien compte qu'on loupe pas mal d'opportunités de se faire entendre. quand on a des choses à dire.
- Speaker #5
Ça me tétanise.
- Speaker #0
Rita, 27 ans, se prépare à des entretiens d'embauche.
- Speaker #5
Rien que d'y penser, c'est dur. De penser qu'à un moment donné, je vais pouvoir faire des entretiens parce que moi, du coup, je suis plus dans un contexte d'entretien. C'est compliqué. J'essaie de ne pas y penser. Au moment où je parle, il n'y a pas grand-chose qui est à l'intérieur. Au contraire, des fois, je n'arrive plus à penser. J'ai envie de parler de choses mais je me dis bon là la phrase elle va être dure à tourner il faut pas que je me plante donc je préfère ne pas le dire parce que je vais être dans l'anticipation encore une fois de ce que je vais dire alors que je pense que je peux avoir des idées et au pire c'est pas très grave si je bafouille un peu ou si je reviens sur ce que j'ai dit mais ça va me demander un effort donc je ne vais plutôt pas dire ce que je voulais dire au lieu de faire l'effort et peut-être de me tromper ou de ne plus arriver à parler, etc. Mais au début, à chaque fois c'est au début, j'ai plein de petites choses qui se mettent en route dans mon corps, qui est très compliqué. Moi ça me fait trembler, ça me fait trembler en plus derrière la tête, donc c'est hyper désagréable. J'ai l'impression de ne pas me contrôler. Et en plus j'ai peur qu'on voit que je tremble, donc c'est encore pire. Ça m'handicape un peu, ça finit par se calmer, Sinon j'ai la voix qui tremble un peu. Alors ça je ne l'avais pas trop au début. Mais là ça commence à arriver. Ça se lit sur le ton de ma voix. J'ai la voix qui tremble, qui va un peu dans les graves puis redescend dans les aigus. Mais ça se voit chez les gens qui sont très stressés à l'oral. Je le vois dans les conférences que je fais. On voit des fois les médecins, il y en a qui sont très à l'aise. Et il y en a qui c'est leur première conférence. Et c'est hyper impressionnant parce que c'est devant plein de gens. Et moi en plus je suis hyper empathique. donc je... Les voix, je serre les fesses avec eux. Parce que je vois sur ces gens qui sont très très stressés de prendre la parole, qui doivent se tenir. Moi c'est pareil, je dois me tenir. Alors des fois en plus j'ai des postures qui ne sont pas de mise. Je me mets sur la table, un peu le dos rond, mais le plus proche du sol possible. Je ne peux pas trop être toute droite parce que là du coup tout tremble. Donc je dois vraiment me tenir à la table. Des fois, je me retrouve dans des réunions, presque la tête sur la table. Petit à petit, je m'affaisse, chose qu'il ne faut pas faire. Mais voilà, donc j'ai ce rapport à l'espace où il faut que je sois vraiment ancrée, tenir quelque chose pour ne pas trop trembler, justement. Mais j'ai quand même la tête qui tremble et après la voix qui tremble. Et en fait, j'ai peur. De partir en crise d'angoisse, donc ça c'est autre chose parce que moi j'ai beaucoup d'anxiété dans la vie en général. Et du coup j'ai peur de faire des crises d'angoisse que j'en ai déjà fait et que c'est un peu terrifiant. Et du coup j'anticipe, alors je sais maintenant avec du recul que c'est que de l'anticipation finalement. Mais j'anticipe de faire une crise d'angoisse donc il faut absolument pas que je fasse de crise d'angoisse parce que je suis dans un contexte où je peux pas me le permettre. Donc c'est hyper stressant de se dire je ne dois pas angoisser. Mais c'est angoissant, enfin c'est un cercle vicieux. Là où je pourrais très bien parler, justement, par exemple, devant toi, parce qu'on se connaît bien. Mais devant quelqu'un d'autre, juste dans un contexte où quelqu'un va m'écouter, vraiment écouter ce que je vais dire. Alors, il y a aussi, du coup, je pense, là-dedans, l'image du soi, du coup, le rapport à soi, etc. Où, par exemple, je vais pouvoir faire des réunions, parler d'un sujet, genre, moins de mal. que parler de moi. Et parler, justement, dans un contexte d'entretien, devoir un peu se vendre, entre guillemets, c'est hyper dur. En plus du fait d'être stressé, plus on doit être OK avec ce qu'on dit, réfléchir à ce qu'on dit, bien répondre, parce qu'on est un peu jugé, entre guillemets, par la personne qui est en face de nous. Donc c'est encore pire pour le stress.
- Speaker #0
La parole est une exposition de soi. La capacité à se faire entendre et à se mettre en valeur à l'oral va déterminer la réussite à des entretiens, la possibilité de se démarquer, de réaliser une évolution professionnelle souhaitée, de s'adresser aux autres dans une assemblée et de se situer par rapport à eux. L'exercice oral peut donc handicaper certaines et certains et révèle ou crée des inégalités en fonction de cette capacité à gérer le stress et à prendre sa place à l'oral.
- Speaker #6
Ce qu'on ressent à chaque fois qu'on ressent de l'appréhension, c'est qu'il y a une espèce de... On sent presque le ventre recroqueviller parce qu'on est intimidé.
- Speaker #0
Louise, universitaire.
- Speaker #6
Sans trop de problèmes, il m'arrive quand même assez régulièrement de prendre un bêta bloquant, les trucs qui coupent l'adrénaline, avant une prise de parole.
- Speaker #0
Certains et certaines, comme Louise, trouvent des solutions en prenant parfois un bêta bloquant. Bon, c'est une solution qui marche à court terme, mais qui ne résoudra pas le problème véritablement. Et puis, petite parenthèse importante, c'est un vrai médicament à ne prendre que sous contrôle médical.
- Speaker #6
Mais j'en ai pas toujours besoin et quand je suis sûre de ce que je vais dire, là je suis carrément capable de faire un peu le show, de mettre le ton. de parler un petit peu comme une chroniqueuse de radio. Et c'est chouette parce que je sais d'avance que ce que je dis, c'est bien. Et si en plus, je vois les gens réagir, rire, avoir des expressions sur leur visage qui laissent comprendre que ça leur amène des réflexions et qui vont ensuite m'en parler quand j'aurai fini, c'est vraiment un super moment.
- Speaker #0
La prise de parole peut être, pour une même personne, à la fois une source d'angoisse terrifiante et aussi, La source d'un grand plaisir. Quand la peur est transcendée au profit d'une vraie connexion avec son auditoire, c'est un moment très gratifiant de partage. On est très heureux ensuite de l'avoir vécu, d'avoir su briller un peu et d'en avoir trouvé l'humour et le jeu. Louise souligne un point d'appui important. Quand je suis sûre de ce que je vais dire, et sans doute comment elle va le dire, on y reviendra.
- Speaker #7
J'ai travaillé pendant quatre mois et demi pour cette présentation.
- Speaker #0
Christina, doctorante.
- Speaker #7
Elle présente ses travaux de thèse à ses collègues. Parler est une
- Speaker #0
chose, être écoutée en est une autre, donc. L'enjeu de la prise de parole est avant tout de donner envie à son auditoire d'écouter, et sur la durée. Parce qu'en réalité, un auditoire, malgré sa bonne volonté, a de multiples sources de préoccupations et de distractions. Il peut très vite décrocher et penser à tout autre chose. Vous le savez, vous êtes vous-même auditoire. Il va donc falloir l'intéresser, accrocher son écoute et la tenir en haleine. Ce qui est tout un art, encore une fois, l'art oratoire qui, comme le vélo ou le violon, s'apprend. et qui est loin d'être inné. Mais nous manquons cruellement de formation et donc de méthode pour préparer. Dit-on aux musiciens, même le plus vertueux, « Non, mais ne te prends pas la tête, ne prépare pas, c'est bon, reste spontané, tu paraîtras naturel. » Non, on sait que le musicien répète chaque jour sa partition et ses gammes pour que le jour J, il ne soit plus dans le souci de sa technique, mais tout à son art. Eh bien, c'est pareil à l'oral. C'est moins exigeant à l'oral, mais c'est pareil. Ce manque de formation à l'oral génère deux habitudes très fréquentes. La première, par manque de temps, par manque de méthode, on ne prépare pas. En se rassurant avec le fameux « je ne prépare pas, je préfère rester spontané pour paraître naturel » , ce qui est tout à fait illusoire. Et on le sait, sous effet du stress, on n'est pas dans sa plus grande détente, fluidité, souplesse, présence d'esprit pour être clair, éloquent, efficace. Non, on devient plutôt ce bon élève exemplaire, coincé, figé, soucieux de bien faire, de montrer qu'on a la bonne réponse. Deuxième habitude, on prépare mais mal, en étant trop scolaire, en voulant tout dire parce qu'on pense que maîtriser le sujet est égal à tout dire. On le sait pourtant, et Voltaire nous le dit depuis bien longtemps, le secret d'ennuyer, c'est de tout dire. Ce qui va se traduire par une longue tradition de présentation trop longue, morne, trop théorique. Soporifique, en fait.
- Speaker #1
J'étais ailleurs, j'ai venu... C'était horrible, mais je pense que j'avais beaucoup d'envie de partager avec mes collègues tout le travail que j'avais fait pendant quatre mois et demi. Donc, j'ai mélangé tout, la problématique de ma thèse, les cadres théoriques, la description de mon intervention et les résultats aussi, l'interprétation des résultats. Et voilà, je pense que l'un de mes problèmes, c'est que je n'ai pas... Bien planifié, je n'ai pas répété ma présentation et à certains moments j'ai senti qu'improvisé et que comme je voyais que les gens étaient un peu annulés, j'ai sauté des pages et je pense que ça a perdu la cohérence de tout ce que j'avais écrit.
- Speaker #0
La prise de parole ne dépend pas uniquement de ce qu'on sait. Maîtriser son sujet ou dire des informations intéressantes ne garantit en rien qu'on sera entendu. La qualité et l'attractivité de la prise de parole dépend grandement de la manière avec laquelle on fait entendre la pertinence du sujet, la manière avec laquelle on met en valeur ce que l'on sait. C'est la valeur ajoutée de l'oral. Il y a un corps, une voix, une manière de traduire en mots et en gestes sa pensée, qui vont interpeller, ou pas, un auditoire. C'est la valeur ajoutée de l'oral, mais c'est aussi sa grande difficulté, et peut-être son injustice. Certaines et certains... Notamment ceux et celles qui maîtrisent bien les codes de l'éloquence, qui sont à l'aise et savent attirer l'attention, vont remporter l'adhésion. Indépendamment de la qualité de l'idée, parfois. Distinguons ici ce qui différencie la prise de parole du concours d'éloquence. L'éloquence est un outil utilisé en prise de parole. C'est un atout. Le concours d'éloquence, c'est remporter l'adhésion, quelle que soit la conviction finalement. En prise de parole, il s'agit de remporter l'adhésion. avec sa propre conviction.
- Speaker #1
Et bon, la catastrophe pour moi, c'était au moment de me poser des questions, que j'étais un peu sidérée, bloquée, et je pense que j'ai paniqué. La sensation, une page blanche, je ne me sentais pas en capacité de répondre.
- Speaker #0
L'exercice de répondre aux questions de son éditoire est un exercice souvent redouté. Moment où on a le sentiment qu'on va chercher à nous déstabiliser.
- Speaker #2
Pour en revenir à ça, c'est que moi je ne peux pas faire de conférence.
- Speaker #0
Anna, 40 ans, psychosociologue et universitaire.
- Speaker #2
Anna Rondat m'a définitivement vaccinée. J'avais préparé moult shows, j'avais énormément travaillé et tout est perdu au moment où je m'adresse à Hercossy. Mon travail est mis en échec, je perds le film complètement. Je ne dis pas ce que j'ai écrit, ni ce que j'ai l'intention de formuler. Je n'arrête pas de commencer ma conférence, mais au bout du compte, elle est finie, que j'ai l'impression de n'avoir fait que la commencer. Plein de volets que j'ai ouverts et que je n'ai pas refermés. Ma parole est complètement désordonnée. Elle ne se construit pas, elle perd le fil. C'est-à-dire que s'il n'y a pas d'interaction, c'est pas possible. Donc je peux les anticiper et les créer, c'est-à-dire me mettre en dialogue avec quelqu'un quand je prépare et me dire « bon, ça va, si se substituer à la réalité via l'interaction, ça marche pas » . Je peux tout écrire et lire, ça marche pas non plus. Enfin, tout est mis en échec. La prise de parole, elle est possible et intéressante pour moi s'il y a une interaction.
- Speaker #0
Plus l'auditoire est large, dans un format conférence par exemple, plus cela devient compliqué de garder un contact avec lui. On ne voit plus les petits signaux qui rassurent, les hochements de tête, les sourires complices, les regards qui disent « c'est bon, je te suis » . Alors on peut vite se sentir seul à réciter son texte, sans savoir si la salle adhère ou décroche. Ce qui a un effet direct sur la voix. Elle perd de sa vivacité. Cette vivacité orale qu'on a en interaction avec l'autre. Les intonations, les ruptures, les silences, les arrêts soudains, les relances... Quand on récite mécaniquement, tout s'aplatit sur une même bande passante. Ce qui a un effet soporifique sur l'écoute, c'est mécanique. Cette incertitude sur la réception de ce qu'on dit et cet effet récitation fait que beaucoup s'enferment dans leur bain. n'ayant pas de retour, le doute arrive, jusqu'à potentiellement mettre en échec ce que l'on dit, comme si cela n'avait plus aucune importance, plus aucun intérêt. Le vrai défi donc, comme le souligne Anna, dans ce contexte-là de prise de parole devant un public, est de retrouver cette intention d'interaction avec le public. C'est ce lien qui redonne de la vie, du dynamisme, de l'intérêt à la parole, ce qui empêche l'ennui de s'installer côté scène mais aussi côté auditoire.
- Speaker #2
Et l'autre expérience, parce que je te l'avais dit tout de suite... Donc ce centre de collègues, de pères, de figures d'identification, collègues chevronnés, c'est mes aînés, etc. En tout cas pour moi c'est des gens très importants, mais pas forcément intimidants. Ils me repéraient, mais ils ne savaient pas encore bien qui j'étais. Ils sont bienveillants, dans l'absolu ça va, mais ils ont cette expérience, donc moi ça me mettait probablement en position assez craintive. Et je fais une erreur de langage. Je prends la parole une première fois, puis une seconde fois, et les deux fois de suite, au lieu de dire « agiographie » , je dis « géographie » . Donc je me prends littéralement les pieds dans le tapis, par un aveu d'ignorance absolument pathétique, puisque ça a été dit deux fois, que je sais ce que ça veut dire, et que moi je fais exactement ce qui à ce moment-là ne peut être compris comme une erreur, mais plus qu'une erreur, une... C'est le... comment dire... je tombe quoi ! Je tombe, je fais n'importe quoi, je suis vraiment nulle. Au lieu de dire à géographie, je dis géographie. Et un collègue et ami déjà à cette date vient à mon secours. Je ne perds pas mes moyens, je n'ai absolument pas... je ne me suis pas confondue en excuses, je n'ai pas rougi, je n'ai pas du tout... et en même temps ça m'a poursuivie pendant des semaines et des mois.
- Speaker #0
Chaque environnement a ses pratiques et ses codes à l'oral. Dans les contextes académiques, le rapport au savoir passe par cette capacité à s'exprimer avec les codes requis. Pierre Bourdieu, dont on parlera un petit peu plus dans l'épisode prochain, Pierre Bourdieu, dans La Distinction, indique que la valeur du discours savant réside dans un écart, c'est-à-dire dans la distance par rapport aux manières de parler simples et communes. En somme, plus c'est compliqué, plus ça semble sérieux. Il suffit d'assister à un colloque pour le constater. Pour être légitime, l'exposé universitaire doit être dense, complexe, et avouons-le, un peu intimidant. L'excellence académique, même si elle peut avoir son intérêt par ailleurs, met une pression considérable. Dans ce contexte, l'erreur, l'hésitation ou le moment où l'on cherche son mot, ce qui peut d'ailleurs passer complètement inaperçu pour un auditoire, par contre est redouté et vécu comme un moment de chute, un aveu d'ignorance pathétique, comme le dit Anna. Le mot est fort, mais traduit bien comme une simple prise de parole peut être chargée d'un enjeu identitaire fort, et peut ébranler profondément l'estime de soi lorsqu'on pense ne pas avoir réussi à être à la hauteur.
- Speaker #3
Je me suis trouvé à vivre le cauchemar du comédien, qui est souvent une première où on rêve qu'on débarque sur scène et on ne sait pas son texte, ou on ne sait pas ce qu'on fait là. Et bien voilà, j'ai vécu pour de vrai cette situation.
- Speaker #0
Manu, comédien, il se rappelle un bide mémorable. C'est à l'occasion d'un arbre de Noël que Manu accepte de remplacer au pied levé un clown malade qui devait faire une heure de spectacle devant 100 personnes. Il a fait du clown, il sait pourtant qu'un spectacle ne s'improvise pas, que l'improvisation se travaille. Mais sous l'insistance de son ami et en bon camarade, il accepte. Il se dit que ça va aller. Il ne le refera plus.
- Speaker #3
Donc c'est juste un... une espèce de trou noir, enfin moi je me souviens plus vraiment tellement c'était violent j'ai des trous mais je sais pas, je me souviens plus en détail ce qui s'est passé si ce n'est que j'ai j'étais dans dans une espèce de de panique paralysante où plus rien ne fonctionnait, c'est à dire que j'étais incapable d'improviser quoi que ce soit j'étais Tétanisé quoi. Je regardais pas, je regardais pas les gens. Je regardais pas les gens dans les yeux, je fuyais tout le monde du regard. Je me disais bon ben voilà, une heure de calvaire, allons-y.
- Speaker #0
L'expérience du bide, c'est sans doute l'expérience physique ultime de ce qu'on redoute. La panique paralysante. On est complètement tétanisé, figé comme un lapin pris dans les phares d'une voiture. On est figé. Ce mot est important. Il dit bien l'effet de cette peur de l'évaluation. Figé dans le corps, figé dans l'esprit, incapable de bouger ni de prononcer le moindre mot sensé.
- Speaker #4
Je me souviens, au lycée, de devoir faire des exposés et d'être mais... D'être terrorisée, c'est-à-dire qu'en fait, d'avoir carrément des stratégies d'évitement quand le prof distribuait les exposés, de regarder ailleurs pour pas croiser son regard, pour pas qu'il me dise toi, enfin d'être vraiment mais complètement terrorisée quoi, c'est quand même bizarre, donc ça c'était au lycée.
- Speaker #0
Emmanuel, 49 ans, prof et psy.
- Speaker #4
Et après, à l'université, je faisais jamais d'exposés. Et quand des gens faisaient des exposés, je me disais, je sais pas comment ils font. Moi, je fais pas d'exposés. C'est vraiment pas possible pour moi. Et je suis étonnée. Ce qui m'étonne, c'est que ça m'arrive encore à mon âge. J'ai 49 ans. Je suis assez à l'aise pour intervenir, en fait. Je suis pas quelqu'un de timide. Je sais pas comment dire. Je prends la parole.
- Speaker #0
Cette peur peut nous cueillir encore à tout moment, quel que soit notre âge, notre métier, notre expérience. Une même personne pourrait être tout à fait à l'aise et convaincante dans une situation, plus du tout dans une autre.
- Speaker #4
C'est dès qu'il y a cette question de montrer quelque chose, d'être jugée, alors là, c'est la catastrophe. Et je crois qu'en plus d'être stressée, il y a un truc très fort qui est que j'ai honte d'être stressée. Et donc je ne comprends absolument pas l'enjeu que je mets. Et en fait, je crois qu'il y a un truc de se sentir tellement ridicule à mon âge de m'angoisser pour un truc comme ça, tu vois. Et du coup je me dis mais c'est dingue que je m'angoisse de parler 7 minutes devant quelques personnes alors qu'il y a tellement de choses beaucoup plus importantes. Déjà il n'y a pas d'enjeu pour moi, c'est très irrationnel.
- Speaker #0
Terrorisée par la peur de la page blanche, peur panique de faire un bide, peur de se tromper, de monopoliser la parole, peur de faire une erreur, de ne plus savoir quoi dire, peur du blanc, du trou, de la chute, de l'échafaud. Et pour couronner le tout, peur de montrer qu'on a peur d'avoir peur. Le jugement, la peur du jugement est forte. Une étude dit que 75% de la population mondiale souffrirait de glossophobie, c'est-à-dire la peur de prendre la parole. Elle serait la deuxième peur après la peur de la mort. Waouh, énorme, n'est-ce pas ? Alors je dis souvent, relativisons. D'abord, on va mourir, et puis on va être jugé. À partir du moment où on entre dans une pièce, à la manière avec laquelle on se présente. On est catégorisé, mis directement dans une case. L'enjeu est de ne pas s'arrêter là et d'aider son auditoire à passer au-delà. On pourrait se dire que cette peur à l'oral ne concerne que les personnes timides. Je fais le constat qu'elle concerne tout le monde. Tout le monde ne l'avouera peut-être pas, mais à des degrés différents, cette peur de l'évaluation de l'autre sur soi est active pour tout le monde. Quel que soit l'âge, le métier, le niveau de pratique, à l'oral, on y est toutes et tous confrontés.
- Speaker #5
Il faut avouer que se mettre dans cet état-là pour une réunion de reporting comptable, c'est regrettable, mais c'est comme ça.
- Speaker #0
Moment pub, ce que vous entendez là, c'est un extrait d'une conférence spectacle que j'ai écrite sur la prise de parole. Les plus à l'aise à l'oral vont mieux gérer les effets de cette peur, pourtant, ils vont aussi la redouter. D'ailleurs, ceux et celles qui sont à l'aise, et qui ont l'air si faciles, qui semblent donc, je dis bien semblent, avoir dompté cette peur, eh bien, c'est parce qu'ils travaillent leur prise de parole. Il n'y a pas de secret. Il n'y a pas de secret. J'affirme volontiers que cette peur concerne tout le monde parce que finalement c'est plutôt bon signe de sentir ce stress. Sarah Bernard.
- Speaker #6
Cèdre de racines par madame Sarah Bernard. Oui, je l'envie.
- Speaker #0
Sarah Bernard, que vous entendez là dans un enregistrement réalisé chez Thomas Edison dans le New Jersey en 1903. Cette fameuse comédienne du début du XXe siècle. disait à une jeune comédienne qui prétendait ne pas avoir le trac, « Ah oui, eh bien, ça viendra avec le talent. » Bim ! Je le constate, l'empêchement, le stress de l'exercice est souvent corrélé à l'envie et au désir qu'on a de prendre la parole. À condition de travail, les plus timides à l'exercice deviennent souvent les plus pertinents à l'oral. La prise de parole n'est pas une discussion quotidienne. Il y a un enjeu de convaincre, de mettre en valeur une idée, un projet, soi-même. Et comme le sportif qui est attendu sur sa performance, on a le trac. Et comme le sportif, il faut gérer son stress et travailler son geste pour être au rendez-vous. Mais tout de même, si le trac est nécessaire comme une source d'énergie pour se dépasser, ce stress-là, qu'on ressent en prise de parole, n'est pas fait que de trac. Le trac permet de se dépasser, ce stress-là... Mais une pression qui inhibe et participe à nourrir la mésestime de soi, avoir l'impression d'aller à l'échafaud, être terrorisé, être en panique, jusqu'à prendre des bêtas bloquants pour certains ou certaines, ou préférer se taire pour d'autres, c'est fort quand même comme pression.
- Speaker #5
En soi, je sais parfaitement qu'il n'y a rien à craindre, au pire, même s'ils pensent « ah oui, c'est pas vrai ce qu'elle raconte » , même si les profs disent « non, c'est pas exactement ça » , c'est pas grave, ma vie ne va pas se terminer, c'est pas grave, je le sais parfaitement, mais pourtant j'ai quand même cette peur, j'ai beau me dire que c'est rien. Il y a quand même cette peur qui est toujours là.
- Speaker #0
Cette peur est irrationnelle et prend aux tripes.
- Speaker #5
Les conseils des personnes, généralement, c'est « Oui, mais non, mais t'inquiète, ils sont très sympas et tout, je les sais bien, mais bon... » Alors je me dis « Bon, ben, j'aurais pu, quoi. » Enfin, je comprends pas pourquoi ça fait un tel blocage, comme ça.
- Speaker #0
Malgré toute ma bonne volonté de formatrice, Je me suis rendu compte qu'en appeler à l'audace de dépasser le trac et inviter au lâcher prise ne suffit pas. J'ai beau rassurer, soulager, dire que cette peur est normale, qu'elle concerne tout le monde, qu'il ne suffit pas d'être à l'aise pour être pertinent, que les timides deviennent souvent les plus éloquents, qu'il s'agit juste de travailler, je vois bien que cette peur reprend toujours le dessus et empêche de travailler et de progresser véritablement. Les « il faut » ou « y'a qu'à » Invité à relativiser, à accepter de ne pas être parfait, à rester détendu, à être authentique. Ce n'est pas si simple. Dépasser les effets de la mésestime de soi dans cet exercice et du stress qu'il génère demande un travail de fond sur la durée et ne se contente pas d'une bonne intention positiviste.
- Speaker #4
Je ne sais pas. Justement, c'est pour ça que je pense que ça reste une peur. C'est que ça n'a pas tellement de mots ni d'objets. C'est vraiment complètement absurde. Comme tu dis, c'est peut-être un truc un peu traumatique parce qu'il n'y a pas de mots dessus.
- Speaker #0
Dans le prochain épisode, on va aller plus loin dans l'investigation de cette peur. et explorez ses conséquences dans le rapport à l'autre. Suivez-moi. Merci de m'avoir écouté jusqu'au bout. Si vous voulez me soutenir, abonnez-vous, partagez, mettez le plus d'étoiles possible. Et pour aller plus loin, vous pouvez aussi vous procurer mon livre en e-book « Apprendre la parole, une voie d'émancipation » disponible ou bientôt disponible sur Kobo et Kindle. Merci.